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Full text of "Essai sur l'affection de la langue connue sous le nom de prolapsus linguæ : présenté et soutenu à la Faculté de Médecine de Paris, le 28 avril 1812,"

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https://archive.org/details/b29333556 



E S S A I 

SUR L’AFFECTION DE LA LANGUE 

CONNUE SOUS LE NOM DE 

PROLAPSUS linguæ; 

Présenté et soutenu à la Faculté de Médecine de Paris, 

le 28 avril 1812* 

Par L. F. SAUVÉ, de Meaux 

(Département de Seine-efc-Marne), 

Ancien Elève de FEcole pratique; Membre de la Société d’instruc¬ 
tion médicale; ex-Éiève interne des Hôpitaux civils; ex-ËIèvc 
externe des Hôpitaux militaires. 


A PARIS, 

DE L’IMPRIMERIE DE DIDOT JEUNE, 

Imprimeur delà Faculté de Médecine, rue des Maçons-Sorbonne ,11.® i 3 # 

1812, 




FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS. 



M. L E R O U X , Do yen. 
M. B O U RD IER. 

I M. BOYER. 

M. CHAUSSIER. 

M. COR VI S A RT. 

M. DE Y EUX. 

M. DUBOIS. 

M. HALLE. 


M. 

M. 


Professeurs, 


M. 

M. 

M. 

M. 



M. 

I M. 
M. 
M. 
M. 
M. 
M. 
M- 
M. 


L A L L E M E N T , Président, 
LEROY. 

PELLETAN. 

PERCY. 

PINEL. 

RICHARD. 

SUE. 

THILLAYE, Examinateur. 

P E TI T-R A D E L, Examinateur. 
DES GENET T ES, Examinateur. 
DU M ÉR IL. 

DE JUSSIEU, Examinateur. 
RICHERAND , Examinateur. 

VA UQUELIN. 

DE SORME AUX. 
DUPUYTREN. 


Par délibération du 19 frimaire an 7 , l’Ecole a arrêté que les opinions 
émises dans les dissertations qui lui sont présentées, doivent être considérées 
comme propres à leurs auteurs ; qu’elle n’entend leur donner aucune appro¬ 
bation ni improbation. 








A 


MES PERE ET MERE. 

Ils ont sacrifié tout ce cjuils possédaient pour mon instruc - 
tion : fai trouvé en eux plus de tendresse cjuon rien pourrait 
espérer des parens les plus opulens . 

A 

Monsieur RICHERAND, 

Professeur de la Faculté de Médecine de Paris; Chirurgien 
consultant du Lycée Napoléon; Chirurgien en chef adjoint 
de l’Hôpital Saint-Louis; Chirurgien-Major de la garde de 
Pans ; Membre de l’Académie Impériale Joséphine de 
Vienne, des Académies de Saint-Pétersbourg, Madrid, 
Thurin, et de plusieurs autres Sociétés savantes nationales 
et étrangères* 

# 

Témoignage de la plus vive reconnaissance pour les services 
importans cjriil m’a rendus, et les bontés dont il m’a honoré . 
Je fiais les vœux les plus afdens pour en mériter la conti¬ 
nuation. 


L. F* SAUVÉ. 



( 5 ) 


1 - —— ■ - —- - 

ESSAI 


Sur l'Affection de la Langue connue sous le 

nom de Prolapsus liriguœ. 


Une maladie dont on n’a étudié que quelques caractères extérieurs , 
qui seuls ont fixé l’attention des pathologistes, ne peut être réputée 
connue : cette réflexion est applicable à l’affection qui va nous 
occuper. Les faits recueillis sur cette matière sont assez nombreux , 
et nous paraissent suffisans pour servir de fondement à une doctrine 
philosophique ; mais nous croyons pouvoir avancer que leur rappro¬ 
chement n’a pas été fait, qu’on n’a pas fondé sur les résultats géné¬ 
raux de l’observation les différences , les causes et les indications 
de cette maladie. 

Nous pensons que pour écrire sur une maladie, surtout lorsqu’elle 
présente des caractères physiques évidens , il n’est pas indispensable 
de l’avoir observée soi-même, et il nous semble qu’on est autorisé 
à tirer des conséquences générales des faits isolés qui la concernent, 
quand ils sont assez nombreux, et que les observateurs ont tenu un 
langage uniforme , quelle que soit la différence qui existe entre eux 
relativement à l’étendue des lumières , à leur manière de voir et 
de juger, relativement au temps où ils ont vécu , et l’éloignement 
des pays qu’ils ont habité. Nous allons essayer de remplir cette 
tâche; nous savons que nos forces sont au-dessous de notre sujets 
mais devant satisfaire à une obligation de rigueur, et désirant tirer 







( 5 ) 

parti pour notre instruction de cette épreuve indispensable , noua 
avons cru ne devoir prendre que l’observation pour guide. 

Nous n’exposerons pas ici les faits dans leur ordre chronologique, 
nous ne ferons que parcourir successivement les différences, les 
causes , la séméiotique et la thérapeutique du prolapsus linguœ, 

La langue dans son état naturel présente un volume et une Forme 
analogues à la cavité de la bouche qui la loge habituellement, et 
semble en être le moule : on a vu, dans quelques circonstances, cet 
organe devenir plus volumineux et plus long, sortir de cette cavité, 
rester pendant sur la lèvre inférieure et même sur le menton ( San - 
d'if orl , Obs. path,, I. 4 , ch. 9, p. 100.— Duplan y Dissert., Paris , 
an 12. — Le Blanc , Op. chir., t. 1, p. 17.— Maurant , Journ. méd., 
1 76 1, t. i 5 , p. i 56 .—-Acta Sues. litt., t. 3 .— Gasp t Bartholin»Cent. , 
Hist. anat. cent. 3 . hist.43). Cet état est accompagné d’altérations 
dans la disposition des parties qui sont en rapport avec lui, de lésions 
dans la faculté de retenir la salive, de mâcher et d’avaler, et dans 
celle d’articuler les sons. Ce sont là les seules circonstances qui 
aient fixé l’attention des écrivains méthodiques; mais l’observation 
nous en fournit d’autres, qui doivent entrer dans l’exposition des 
différences et des causes de cette affection. 

Quoiqu’on ait souvent observé cette maladie sur des foetus à 
terme , ce n’est pas une raison pour la considérer comme dépen¬ 
dante d’un vice d’organisation première ; aucun fait n’autorise à le 
croire: bientôt nous verrons à quoi i! est raisonnable de l’attribuer; 
seulement il est remarquable qu’elle peut être congénitale ( Ephém. 
cur. nat., ann. 1, obs. 36 .— Lassas, Mém. de l’Institut, t. 1, sciences 
phys. et math.— Plazanet , Journ. de méd. ,1772, janvier, t. 3 /, p.498. 
— Acta Sues. loc. cit. —- Gasp, et Thom . Bortholin . Cent. Hist. anat. 
rar. ). 

Le ptyalisme mercuriel, les fluxions catarrhales, et toutes les causes 
d'irritation locale,en frappant la langue d’inflammation, déterminent 
l’augmentation de son volume. ( Trincavdlan y Rat. cur. par, hum. 


C 7 ) 

corpsaff., !ib. 5 , cap. 11. — Scultet, Apendix obs., tom. 2 , obs. 17. 
— Mem. Acad, chîrurg., t. i 5 , p. 38 p, in-12. — Idem , p. 408. — 
M. Bojer, Leçons de pathol. externe,-— Fores tus^ I. 14, U, obs. 28* 

*— M, Donalus> 1 . 3 , ch. 4 .—Sauvages y t. 1, p.— Trioen, Obs. mecî., 
v. 142. — M. Portai, Anat. med., t. 4 , p. 524 et 627 ). Si Pin(]amma„ 
lion est légère, mais long-temps entretenue par une cause quelconque, 
il lui succède bientôt une infiltration lymphatique, comme dans tous 
les cas où la circulation capillaire est gênée, et la langue, chassée de 
la bouche par la tuméfaction, se maintient dans cette situation. Si, au 
contraire, cette inflammation est violente et combattue par des moyens 
peu convenables, d'aiguë qu’elle était elle devient chronique, et 
elle borne ses effets à l’infiltration de l’organe; d’où résulte l’augmen¬ 
tation de son volume, et par conséquent son déplacement. 

On a vu s’élever sur le sommet de la langue des enfans nouveau- 
nés une de cestum eurs formées par l’organisation accidentelle et 
caverneuse du tissu des parties; tumeurs appelées variqueuses , san¬ 
guines , ou fuhgus hœmatodes.W est probable que, dans ce cas, le 
prolapsus coexistant a été déterminé par la gêne que le développe¬ 
ment du fungus apportait dans l’exercice des fonctions de la langue, 
et par la douleur qui résultait des frottemens qu’elle exerçait sur les 
parties voisines {Mauranl , loc. citât. ): de nouvelles maintiennent 
l’organe dans cette situation vicieuse. 

Sur des sujets morts avec des symptômes de scrophutes , on a trouvé 
dans l’épaisseur de la langue, qui pendait sur la lèvre inférieure, des 
tubercules auxquels on peut attribuer la procidence. ( M. Portai > 
Anat. med. ; — Van-Swieten, Com. in Boerh ., tom. 1. ) 


Nous ignorons si les tumeurs cancéreuses, avant ou après leur ul¬ 
cération , ont donné lieu au prolapsus linguœ . Sans doute les progrès 
rapides que fait le cancer dan^ le tissu de la langue ne donne pas le 
temps à l’effet dont il s’agit d’avoir lieu. 

On a observé \e prolapsus linguœ à tout âge, et sur des sujets d’une 
bonne constitution, à la suite d’affections convulsives qui avaient laissé 


( 8 ) 

ou ncn cîes paralysies dans le système musculaire. ( Leblanc ; 
Sauvages, Lassus , loc. citât.) 

Enfin , on a vu souvent la prqstrnsion de la langue sur des sujets 
hydrocéphales , avec rupture de la poche des eaux , effet cité comme 
exemple d’acéphales. ( Plazanet , Eph. cur. nat. — Lassus . ) On a 
même vu des exemples de prolapsus accompagné d’hydrocéphales 
sans rupture. 

Si on examine avec sévérité les histoires conservées parles auteurs 
que nous venons de citer ^ pour énumérer les différences connues de 
cette maladie , on est naturellement porté à proposer cette question : 
« Le prolapsus de la langue est*il une maladie essentielle, ou bien 
« n’est-il que le symptôme consécutif de toute autre affection, dont 
« 1 effet est d’augmenter le volume de la langue et le poids de son ex- 
« trémité, ou bien d’altérer l’harmonie des muscles qui servent à la 
« mouvoir, ou celle des organes qui sont en relation avec elle ? » 
En effet, toutes les observations de procidence nous montrent cette 
maladie compliquée de lésions organiques ou vitales, de l’organe lui- 
même, ou de ceux qui sont en relation avec lui : il est vrai que celles 
qui ont pour sujet des enfans nés avec cette disposition semblent 
s’élever contre cette conséquence générale; mais on remarquera que 
dans ces observations il n’est question que de sujets affectés d’hydro¬ 
céphales, et qu’on n’est pas embarrassé alors d’indiquer la lésion or¬ 
ganique qui a donné lieu à l’issue de la langue.D’après cela on est porté 
à croire que, dans les autres cas où il s’agit de cette affection congéni¬ 
tale, il a dû exister une maladie primitive qui a donné lieu au pro¬ 
lapsus ultérieur; ainsi puisque aucun fait ne prouve l’existence du pro¬ 
lapsus essentiel , sans en rejeter la possibilité, on est autorisé à le 
regarder comme une affect ion secondaire et le symptôme de tout autre 
maladie. 

Une circonstance nous paraît avoir constamment accompagné le 
prolongement de la langue , c’est l’infiltration de son tissu ; elle pour¬ 
rait bien dépendre d’un obstacle appor té dans la circulation capillaire 
de cci organe. Les causes de cet obstacle sont le changement d’atti- 


1 


( 9 ) 

tucîe delà portion chassée, son inclinaison inférieure, et la pression 
exercée par la lèvre et les dents sur le point d’inflexion. Quoi qu’il en 
soit , cette infiltration entretient et augmente le déplacement en 
ajoutant à la pesanteur de la portion sortie, en sorte qu’elle tiraille le 
tissu de la langue, et l’entraîne de plus en plus au-dehors; mais cette 
disposition r toute constante qu’elle est, ne peut servir à caractériser 
une maladie dont les formes sont si variées, non plus que l’œdème ne 
caractérise le grand nombre d’affections qu’il complique. 

Il est cependant une circonstance sans laquelle la maladie qui nous 
occupe ne peut avoir lieu ; c’est rallongement et l’extension du tissu 
de la langue : or, cet état peut être causé par tout ce qui tend à aug¬ 
menter le volume de la langue et le poids de son extrémité : ces 
causes sont très* variées, l’infiltration elle-même peut trouver place 
parmi elles. 

Les dé p la ce me ns de îa langue qui reconnaissent l’inflammation 
pour principe ne diff èrent de ceux qui sont produits par toute autre 
cause que par la faculté commune à tous les organes de surmonter 
quelquefois l’effort inflammatoire par le seul bénéfice des propriététés 
vitales dont ils sont doués : ainsi, lorsque l’inflammation n’a pas été 
durable, la résolution peut être complèteet ie prolapsus disparaître ; 
si le contraite a lieu, que l’engorgement inflammatoire n’ait pas été 
assez considérable pour rendre la langue dure et roide, ie prolapsus 
reste permanent, et s’accroît par les causes énoncées ci dessus. 

Il existe maintenant des observations de prolongement qui se rap¬ 
portent aux diverses espèces d’inflammation. Il a quelquefois succédé 
au phlegmon, et alors il a été passager ou durable, suivant la durée, 
l’intensité de l’inflammation, suivant qu’elle a été accompagnée ou 
non de l’inclinaison verticale. Quelquefois on a fait disparaître la dif~ 
fortuite qui en résultait par les moyens propres à combattre l’inflam¬ 
mation ; d’autres fois le phlegmon , qui avait son siège sur la pointe de 
la langue, s’e^t terminé par suppuration , et le prolongement n’a pas 
subsisté au-delà de l’ouverture de l’abcès qui l’avait causé, 
thèque-medico-germanique. ) 

% 



( 10 ) 

I/érysîpèle consécutif, ou produit par métastase, a été cause du 
prolapsus linguœ . ( Bonet, Sepulchr. anat., îib. i, sect. 21 , obs. 27.) 

Quelques auteurs ont pensé que l’engorgement des glandes situées 
à la base pouvait donner lieu à son déplacement de la même manière 
qu’une tumeur développée dans l’orbite repousse l’œil hors de cette 
cavité; mais cette assertion est purement gratuite, aucun fait n’est 
cité pour l’appuyer, et l’expérience la dément tous les jours. En effet, 
ne voil-on pas journellement des tuméfactions énormes, des glandes 
maxillaires et sublinguales , sans qu’elles soient accompagnées de 
prolapsus linguœ P 

S’il est vrai que, quand \eprolapsus est causé par une inflammation, 
il existe une véritable augmentation du volume de la langue, on ne 
peut reconnaître qu’un allongement du tissu de cet organe dans tous 
les cas ou il est produit par le développement d’une tumeur chronique 
dans l’épaisseur de sa pointe. Cet allongement peut être causé par les 
tubercules scrophuleux, les tumeurs fongueuses, les engorgemens 
vénériens, etc. ( M. Boyer .) etc. 

Toutes les fois que le prolapsus linguœ a succédé à des convulsions 
générales, il est probable qu’il était dû à la paralysie des muscles ré¬ 
tracteurs de la langue, effet de ces convulsions. Dans ces cas, la ma¬ 
ladie n’a été que passagère; les guérisons obtenues quelques années 
après par le procédé simple de la réduction eu sont la preuve. Ces 
guérisons, ainsi que celles qui ont été obtenues par l’emploi des to¬ 
piques stimuîans, viennent encore à l’appui de notre opinion touchant 
l’étiologie du prolongement de la langue , et prouvent que le seul 
changement de direction de la langue suffit pour rendre permanent 
un prolapsus , qui n’aurait été que passager s’il n’eût reconnu d’au¬ 
tres causes que la lésion organique qui l’avait produit d’abord. 

II est facile de reconnaître cette maladie, surtout quand le déplace¬ 
ment est considérable : alors l’issue de la langue qui tombe sur la lèvre 
inférieure, et se rapproche plus ou moins du menton, le recouvre ou 
même le dépasse, est une difformité trop remarquable pour ne pas 


C 11 ) 

frapper les personnes, même les moins versées dans l'observation des 
maladies. S’il faut en croire les auteurs, on a vu la langue présenter 
un volume extraordinaire, tel que celui d’un foie d’agneau, d’un 
cœur de veau , du poing , etc. ( Gasp . Pencer , Gomment, de prineip. 
divinat., pag. 461. — Scaliger, Exercitat. 199, n.° 2 , pag. 268.— 
Gasp, Bartholin , Ioc. cit. 

Quand le prolapsus est commençant, la présence continuelle de 
l’extrémité de la langue entre les lèvres suffit pour le caractériser. 
Galien ( de diflf. morb., lib. 9.) décrit l’état de l’organe dans des 
termes très-précis. 

« Nos autem 'vidimus cujusdam linguam supramodum absque 
" ullo dolons sensu excrevisse : ut necjuc mollis ttimor ? quod 
« Grœci œdema appellant , nequeduritsquem iidem scirrhon appel - 
« lant , neque inflammatio esse videretui' ; neque non prementi 
« manui cedebat , neque omni sensu carebat , neque dolore infes- 
« tabatur ,* sed hoc ipsum incrementum duntaxat erat nihil ipsa 
« substanlia particules vitiata. 

On ne peut rien ajouter à l’exactitude de cette description , mais 
die ne convient qu'aux cas les plus simples ; et il paraît que celui 
dont il est question dans Galien est de cette classe. Sans doute la ma¬ 
ladie dépendait d’un défaut d’harmonie dans l'action des muscles de 
la langue: mais dans la formation du diagnostic, il importe surtout 
de signaler la maladie principale et essentielle, la seule qui puisse 
fournir les indications les plus positives. Il n’est pas de notre sujet 
de traiter de chacune de ces maladies en particulier ; iî nous suffit 
de les avoir indiquées. 

Les effets du prolapsus lingues abandonné à lui-même peuvent se 
rapporter à ceux qui concernent le tissu ou l’intégrité de la langue, 
à ceux qui intéressent ses fonctions , et à ceux qui altèrent les parties 
voisines. 

Nous ne rappellerons pas ici tout ce que nous avons dit touchant 
l’infiltration du tissu de la langue; nous ajouterons seulement que 


I 


( 12 ) 

la matière lymphatique a quelquefois été trouvée sanguinolente , ce 
qui indique que le déplacement était compliqué d’inflammation 
chronique (*M. Parlai'), La langue, exposée continuellement au 
contact de î’air, éprouve de la part de ce fluide une irritation dont 
les effets varient ; tantôt elle la dessèc he et la durcit (Louis, Scultet )* 
Plus souvent elle augmente et pervertit la secrétion dont elle est le 
siège ; de là l’écoulement continuel d’une matière grisâtre et vis¬ 
queuse (Louis), Quelquefois cette matière a paru sanguinolente. 
( Gasp . Bartholin ). Mais nous présumons que le sang provenait 
d’autre source. Cette irritation ne borne pas ses effets à ceux que 
nous venons d’énumérer ; de concert avec celle que produit le tirail¬ 
lement des piliers du voile du palais et des muscles hyoglosses, 
elle donne lieu à une douleur que les malades rapportent à l’os 
hyoïde (Sandijort , loc. cil ). C’est elle qui cause le développement 
des mamelons qu’on voit s’élever de la surface de la langue et 
de la membrane palatine ( Sandifort , Trincavel , Le Blanc , 
'Louis, loc.cit ). Ils ne sont pas, comme on l’a pensé, des excrois¬ 
sances particulières, mais les papilles de la langue et de la mem¬ 
brane palatine, qui, augmentées de volume , ont pris la forme tu¬ 
berculeuse; nouvelle preuve de l’influence du déplacement total de 
l’organe dans le développemont du prolapsus linguœ . Ces papilles 
ainsi tuméfiées rendent plus sensibles les sillons qui les séparent; 
c’est à eux qu’on doit rapporter les gerçures diversement dirigées, 
dont quelques observateurs font mention (Poterius , cent. 3 ^, c.16). 
Enfin c’est cette irritation qui, lorsque la maladie est ancienne, 
rend le son de la voix rauque (Gasp. Bartholin , loc. ch.). Le dé¬ 
placement de l’os hyoïde et du larynx, le changement que ce der¬ 
nier éprouve dans sa forme , peuvent produire le même effet. On a 
vu cette irritation produire finflammation générale de la lan¬ 
gue, sa desquamation partielle ou totale, et des ulcérations plus 
ou moins profondes (Le Blanc , Trincavel, Poterius , Donatus , 
foc. cit.). 

Dans quelques circonstances, on a vu les effets de l’air varier 


( ‘ 3 ) 

comme Pétat de l’atmosphère , et devenir plus intenses dans 
les températures extrêmes (Louis. Voyez Duplan , Dissert. etc.). 

La pression exercée par les dents et la lèvre inférieure sur le point 
d’inflexion de la langue produit l’engorgement du tissu cellulaire 
sous-jacent, un pli transversal de sa membrane au-devant des dents, 
et toujours des ulcères profonds dans son épaisseur (Mourant. Voyez 
la gravure loco cit , Voyez aussi toutes les Observât, publiées sur 
cette maladie ). 

Quand le prolapsus ne consiste que dans une légère saillie de îa 
langue entre les lèvres , les fonctions de cet organe n’en sont lésées 
que chez les nourrissons; ils ne peuvent saisir que des mamelons 
volumineux, sans quoi la succion s’opère mal, et le dépérissement 
survient {Zacchias , Mourant , Lassus , ioe. cit.}. Si à cet âge le 
déplacement est considérable, la succion ne peut s'opérer que pâV 
la base de la langue. Celle-ci s’applique d’autant plus mal au palais , 
que le déplacement a été porté plus loin , que l’isthme du gosier est 
plus grand : dans ces deux cas, le mouvement par lequel la langue 
s’avance pour saisir le mamelon îa porte de plus en plus loin , et 
augmente le déplacement, 

11 est évident que la présence de la langue dans l'ouverture de la, 
bouche rend inutiles les dents incisives et canines: si l’augmenta- 
tion de son volume a lieu dans le sens de sa largeur, qu’elle s’avance 
jusque sur les molaires, la mastication est empêchée; cependant 
cela arrive rarement, et cette fonction s’opère malgré le volume 
excessif de îa langue (Gasp. Bartholin ). 

Lorsque la maladie est parvenue à un degré considérable, la por¬ 
tion de la langue encore contenue clans la bouche représente un plan 
dont l’inclinaison en avant et en bas est d’autant plus prononcée, que 
les dents et la mâchoire inférieure ont éprouvé une déperdition de 
substance plus considérable. Il résulte de là, outre une tendance 
continuelle au déplacement, une perversion dans la faculté d’avaier 
( Mourant ; Act. lïlt. Sues, loc . cit. ) et dans celle d’articuler les 


( H ) 

sons. i.° Pour porter les alimens dans l’isthme du gosier, tous les 
]joints de la surface de la langue ne sont plus appliqués comme dans 
l’état naturel successivement sur la voûte palatine , sa base seule 
remplit cette fonction ; et comme le muscle lingual ny contribue en 
rien , qu’elle dépend de faction seule des muscles styloglosses et 
glosso-staphylins, qui n’agissent que sur les côtés de cet organe, la 
déglutition reste imparfaite, l’inclinaison en est augmentée, ainsi 
que la tendance au déplacement. 2. 0 Tous les sons dont l’articula¬ 
tion exige des mouvemens de l’extrémité de la langue dans la bouche, 
un resserrement du gosier, ou l’explosion des lèvres, sont impossi¬ 
bles : ainsi les syllabes gutturales, palatines et labiales sont confuses 
et mal articulées : cependant l’habitude amenée par l’ancienneté 
corrige peu à peu ce vice de la prononciation ; ensorte qu’il est des 
malades qui parlent au bout de quelques temps avec une facilité 
qui a causé l’étonnement des observateurs. ( Trioen , Fan~Swiéten y 
Gasp . Bartholin, loc. cit. ) 

Nous avons fait connaître les effets de la pression exercée par les 
dents incisives et canines inférieures sur la langue ; cet organe , en 
apparence peu susceptible d’agir sur des parties aussi dures, ne 
laisse pas de les renverser par la pression constante qu’il exerce sur 
elles, et par un mouvement de glissement en avant et en bas, cause 
du prolapsus et de ses progrès : tantôt les petits os conservent leur 
solidité dans cette nouvelle attitude, tantôt ils s’ébranlent en se dé¬ 
plaçant, et abandonnent totalement leurs alvéoles ( Louis, Maurant, 
loc. cit.) : les choses se passent autrement lorsque le prolapsus sur¬ 
vient quelque temps après la deuxième dentition ; époque à laquelle 
les dents sont solidement implantées : alors elles sont usées entière¬ 
ment sans être renversées ( Sandifort ); la langue porte ensuite 
ses ravages sur la mâchoire inférieure elle-même ( toutes les obser¬ 
vations sur cette maladie); elle use son bord alvéolaire, y creuse 
une échancrure dans laquelle elle se loge, sans altérer le tissu des 
gencives. La langue agisssant également sur la lèvre inférieure, la 
renverse aussi en avant ; alors celle-ci s’étend dans tous les sens ; 


( i5 ) 

ce changement d’attîtude devient comme à la langue la cause d’une 
infiltration dont le siège se trouve dans le tissu cellulaire de la 
membrane interne ; l'épaisseur de la lèvre s’en trouve augmentée 
(Louis , Maurant ); mais l’espèce de frein qui existe sur la ligne 
médiane partage en deux ce boursouflement : ce phénomène a en¬ 
core été décrit comme une affection particulière par quelques obser¬ 
vateurs ( Sandifort ). Ces deux circonstances, plus que toutes celles 
sur lesquelles nous nous sommes appuyés jusqu’à présent, prou¬ 
vent r.° , que le prolapsus dépend autant du déplacement total de la 
langue que de l’allongement de son tissu ; une pression perpendi¬ 
culaire exercée sur les dents serait incapable de les renverser en 
avant ; 2. 0 que le changement d’attitude de cet organe cause l’infil¬ 
tration de son tissu , et que cette dernière produit l’augmentation de 
volume ; opinion que nous partageons avec un des plus célèbres 
professeur de cette Faculté ( M. le professeur Dubois. Voyez la 
Dissertation de M. Duplan, déjà ci(ée). 

Quelques observateurs ont noté des variations diurnales dans le 
volume de la langue: cette partie était plus engorgée le soir et dimi¬ 
nuait de volume pendant la nuit. ( Claudinus Cœsar Cous. t Med, 
cons. 9). On a noté de même des variations de volume correspon¬ 
dantes à certaines phases de la lune. On ne peut supposer ici fin- 
fluence des périodes menstruelles sur la maladie principale, puisque 
les sujets sur lesquels on a fait ces observations n’étaient ni d’âge ni 
de sexe à les faire supposer ( Gasp. Bartholin ). 

On a dû s’apercevoir que c’est sur l’observation que nous avons 
fondé les différences, l’étiologie et la séméiotique de la maladie qui 
fait le sujet de cette dissertation ; nous aurons également recours à 
elle pour en fixer le traitement : sans avoir la prétention de rien ajouter 
à l’art sous ce rapport, nous croyons pouvoir rendre cette partie plus 
méthodique. Nous diviserons les moyens qui ont été employés avec 
succès, ï.° en soins hygiéniques, 2. 0 eo remèdes médicaux , 3 .° en 
secours chirurgicaux ou topiques. 

Lassus, d’après sa propre observation, avait failja remarque judi- 


( ) 

cïeuse que les enfans en bas âge chez lesquels la maladie est peu 
prononcée n’exercent la succion qu’en portant la langue plus ou 
moins loin hors de la bouche, et que ce mouvement était propre à 
entretenir et à augmenter la maladie : il en avait déduit cette consé¬ 
quence très-juste, qu’il fallait diriger 1 9 alimentation de manière à 
éviter ou à rendre ces mouvemens inutiles; Pour cela il faisait cesser 
1 allaitement par le sein d’une nourrice, et nourrissait l’enfant au bi¬ 
beron. Ce précepte était fondé sur ce que, i.° la langue ne peut em¬ 
brasser un mamelon gros et court, ou long et mince, et en extraire 
le lait avec facilité, à moins que ce mamelon n’ait acquis un volume 
et une longueur convenables aux dépens de la peau voisine : cette 
circonstance est précisément ce qui nécessite le mouvement dont nous 
avons parlé ; £.° en versant le lait abondamment et avec facilité 
dans la bouche , à la faveur d’un biberon , on rend nécessaire le mou¬ 
vement de la langue propre à modérer l'écoulement et à en régler la 
quantité; lequel mouvement, ne pouvant avoir lieu sans que cet 
organe soit ramené dans la bouche, agit en sens inverse de celui 
c?e la succion, et produit un résultat opposé. Cependant Zacchias 
( loco cit.) avait remarqué que les nourrissons s’accommodent d’un 
mamelon gros et long; d’après quoi il paraîtra peut-être plus con¬ 
venable de continuer l’allaitement par le sein d’une nourrice à la 
faveur de cette condition. Mais qu’on réfléchisse que pour exprH 
mer le lait d’une mamelle il n’est pas nécessaire de faire le vide 
à son extrémité; qu’il suffit pour cela de diriger une pression de sa 
base à son sommet, et que l’enfant qui ne ramène que difficilement la 
langue dans la bouche, pouvant tirer le lait avec vivacité par un mou¬ 
vement de ce dernier organe hors de la bouche, sy livrera naturelle¬ 
ment, et que la maladie fera des progrès. On voit, d'après ce que 

rous venons de dire , combien serait dangereux le précepte donné par 

« 

Leblanc y lequel consiste à faciliter la déglutition en portant les aîi- 
mens bien avant dans la bouche. En se conduisant ainsi, on ne met¬ 
trait en jeu que les fibres postérieures des muscles de la langue, dont 
faction , comme on sait, est d’entraîner cet organe en avant, et de le 


( J 7 ) 

faire sortir de sa cavité; et oo condamnerait à l’immobilité les fibres 
antérieures® Ainsi on ne peut trop admirer la sagesse du conseil donné 
par Lassus, de nourrir l’enfant au biberon; mais il ne convient 
seul que quand la maladie est peu avancée ; dans les autres cas, il doit 
être combiné avec les autres moyens convenables. Pour tirer de ce¬ 
lui-ci tout le fruit possible, il faudrait que le tube du biberon fût dis¬ 
posé de manière à ne pas dépasser la partie moyenne du palais et 
de la langue; qu’il ne fût pas composé de matière susceptible de 
happer à la langue. La forme conique, et la porcelaine munie de 
sa couverte vitreuse, nous paraissent remplir les conditions exi¬ 
gibles. 

A en juger par l’emploi fréquent des saignées générales et locales 
dans le traitement du prolapsus lingues> on sera tenté de croire que 
cette maladie a souvent été accompagnée d’infiamnaation ; mais il est 
rare, lorsque le déplacement existe depuis long-temps, que cette 
maladie soit portée au point de nécessiter l’emploi des saignées géné¬ 
rales. Quel cas doit-on faire d’ailleurs de la prédilection que les auteurs 
accordent à Pouverturede la veine céphalique?(/ 7 tf/ej , cz/,5 , deTarente< 

-— Forestus. ) Il est plus souvent utile de tirer du sang de l’organe 
lui-même, soit par les sangsues ( Lassus, Anecdotes médicales ) , soit 
par les scarifications (Mém. de i’ Acad, de chirurgie ; Louis » — Bêla 
Malle.). Sans accorder à l’ouverture des ranioes toute l’importance 
qu’on y attachait autrefois ( Forestus. — Valescus .— Louis . Mém. 
del’Acad. de chirurg.), il peut même devenir utile de tirer du sang 
de la partie supérieure du col, des tempes , et même de la nuque , 
ainsi qu’on l’a souvent pratiqué par le moyeu des ventouses ( Guy de 
Chauliac. — Valescus. — Forestus. ). Tous les cas où ces moyens 
ont réussi présentaient un état inflammatoire chronique déterminé 
par une affection catarrhale sur les membranes muqueuses et le tissu 

fi 

cellulaire de la tête. Il ne faut pas cependant inférer de là que l’in¬ 
flammation accompagne toujours le prolongement de la langue, et 
qu’on doit en commencer le traitement par les saignées générales » 


( »8 ) 

comme le faisaient les anciens, qui n’étaient alors guidés que par 
l’empirisme. Quant aux saignées locales, elles doivent être indiquées 
par les symptômes de la maladie. 

On a fortement recommandé, et souvent employé les émétiques, 
et surtout les purgatifs: si ces derniers ont été réellement avantageux 
dans quelques circonstances, il en est beaucoup où ils ont été au 
moins inutiles. Cet emploi banal était fondé sur la supposition gratuite 
d’une humeur pituiteuse tombée de la tête, entretenant la maladie, 
et qu’il est important de détourner. II faut avouer toutefois que ces 
médicamens peuvent être très-utiles lorsque la maladie dépend du 
ptyalisme mercuriel ou d’une affection catarrhale : non qu’il faille es¬ 
pérer par-là d’obtenir la réduction de l’organe, mais c’est pour satis¬ 
faire aux conditions préliminaires par lesquelles cette réduction sera 
plus assurée. 

On ne voit pas aussi manifestement l’utilité des bains, des frictions, 
des lavemens irritans, des ventouses et du séton, employés souvent 
à titre de dérivatifs; mais dans tous ces cas, où la maladie était com¬ 
pliquée d’une inflammation chronique, on doit attribuer la guérison 
aux topiques qu’on a employés en même temps. Il faut en excepter le 
séton, employé avec succès par Scultel dans un cas où la maladie dé¬ 
pendait du ptyalisme mercuriel. 

Parmi les topiques , ceux qui ont été proposés par Galien et 
Valescus de Tarente, ont traversé les siècles avec la réputation qu’ils 
s’étaient acquise du temps de leurs auteurs; et tous ceux qui ont écrit 
depuis sur cette affection ( praticiens ou compilateurs) leur accordent 
la préférence d’un èonsentement unanime. Galien employa le suc de 
laitue sauvage; Valescus faisait usage d’une poudre composée de 
muriate de soude et d’ammoniaque , de poivre-long, de gingembre et 
d’alun cm; Lassas a employé seul cette dernière substance, mais sa 
grande sagacité lui suggéra de ne stimuler la langue,pour en diminuer 
le volume, qu’après l’avoir dégorgée et rendue indolente par l’appli¬ 
cation des sangsues. I! paraît que,quand \e prolapsus linguœ est exempt 


( >9) 

/ 

d’inflammatïon , qu’il ne tient plus qu’à l’infiltration, les topiques sti* 
mulans , même énergiques, conviennent en agissant comme résolu* 
tifs ; c’est pourquoi nous pensons que c’est à tort qu’on a voulu substi¬ 
tuer la laitue cultivée à la laitue sauvage ( Louis ). 

On conçoit facilement qu’on a pu guérir la maladie en replaçant la 
langue dans la bouche, et l’y maintenant réduite parle rapproche¬ 
ment constant des mâchoires, lorsque cette maladie peu développée 
ne consiste que dans une légère saillie de la langue entre les lèvres. 
Mais cequ’on croira à peine, c’est que le même procédé sufKsaitseuî 
pour guérir en peu de jours d’énormes gonttemens de la langue qui 
subsistaient depuis long-temps. Leblanc d’Orléans nous a conservé le 
fait le plus extraordinaire dans ce genre : il conçut, et exécuta avec le 
plus grand succès, le projet de ramener et maintenir la langue dans 
la bouche, au moyen du sachet de Vibrac ,Quatre jours ont suffi pour 
faire disparaître un gonflement qui existait depuis quatorze ans. Il 

n’est pas douteux que,quelle qu’ait été la cause première du prolapsus > 

* 

il était réduit alors à ses élérnens les plus simples. Si Leblanc , imbu 
des préjugés de son siècle, avait regardé cette maladie comme incu¬ 
rable par tout autre procédé que par l’excision de la portion excé¬ 
dante de l’organe, nous eussions été privés de l’observation qui jette 
le plus grand jour sur la nature de cette maladie. Il est certain que f 
pour réussir par ce moyen, il faut que l’affection soit exempte de 
toute complication , qu’elle ne consiste que dans l’infiltration séreuse ? 
ou l’extension du tissu de la langue, et le déplacement du larynx et 
de l’os hyoïde ; enfin on ne doit chercher à opérer la réduction qu’après 
avoir combattu la maladie qui a donné Heu au déplacement. Lassas 
a remarqué que le bridon est d’une difficile application chez les en fa ns 
très-jeunes; qu’il suffit chez ces sujets de réduire la langue, et de 
tenir les mâchoires rapprochées par une fronde pour obtenir les 
mêmes re-sultats. 

La complication du prolapsus avec les affections organiques de fa 
langue semble autoriser l’opinion des anciens, qui regardaient le 


( 20 ) 

Volume augmenté de cet organe comme une tumeur contre-natuu 
qu’on ne pouvait faire disparaître que par l’ablation. Cette opinion 
n’a dû changer que quand l'observation a fait connaître la véritable 
étiologie de cette maladie. Il est bien vrai cependant que la lecture 
de Galien aurait dû les préserver de cette erreur. 

Tout en blâmant l’abus d’une opération tout à fait inutile dans ces 
cas^simples, nous reconnaissons cependant qu’il en est d’autres où 
l’ablation est le seul remède propre à faire disparaître la cause phy¬ 
sique de la maladie : tel était le cas rapporté par Maurant . Une adhé¬ 
rence de l’extrémité de la langue avec le côté des gencives infé¬ 
rieures retint d’abord quelque temps l’organe dans la bouche; mais 
ce lien ayant été détruit, une tumeur fongueuse sanguine qui se dé¬ 
veloppait à l’extrémité l’entraîna au-dehors : on tenta l’amputation 
de cette altération organique, mais le sang qui coulait arrêta la 
main de l’opérateur timide ; la tumeur fut laissée, et elle entretint 
le déplacement de la langue, qui ne fut jamais guéri. On sent faci¬ 
lement que, dans ce cas, comme dans celui de tubercules scrophu- 
leux observé par M. Portai > aussi-bien que dans celui de carci¬ 
nome, l’indication positive consisterait à faire d’abord l’extirpation 
ou l’amputation de la tumeur, et de procéder à la réduction après 
la guérison de la plaie. 



( SI ) 

HIPPOCRÂT1S SENTENTIÆ. 

( Edente VANDER-LlNDEN 

I. ; 

Âustri auditum gravantes, caliginosi, caput gravantes , turpîdî, 
dissolventes, quumhic prævaluerit, taliainmorbis patiuntur. Si verô 
aquilo fuerit, tusses, fauces , alviduræ, urinæ difficultates, horro- 
res , dolores costarum, pectoris. Qumn hic dominatur, talia in mor¬ 
bis expectare oportet. Sect , ni, aph . 5 . 

IL 

Si febre existentecibi fastidiurn, et orisventriculi morsus, vertigo* 
et os amarescens , medicamento sursùm purgante opus habere signi- 
ficaté Sect.iv, aph , 17. 

III. 

Si lingua derepentè impotens fiat, aut aüqua corporis pars side- 
rata, atrabïlarium taie existit. Sect . vu, aph . 40. 

IV. 

Lingua nigra atque crnenta , cum quid horum signorum abest 5 
non admodùm malum; morbum enim minorem significar.Sec/. Vin, 
aph . 9. 

V. 

Pulmo tumens præ calore. Quum pulmo tumuerit præ nimio ca- 
Jore repletus , tussis tenet fortis, dura et erectæ cervicis respiratio , 
et acervatim respirât et fréquenter anhelat, et intumescit, et nares 
expandit, velut equus ex cursu, et linguam fréquenter exerit* et 
pectus ipsi cancre videtur , et gravitas in ipso inesse, etc. De Mor « 
iis, lih. ter, } n? 7 , 












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