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Full text of "L'agonie de tous les tyrans, ou, Les moyens de fabriquer la foudre qui va les exterminer /"

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LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ, OU LA MORT. 


L’AGONI E 

DE TOUS LES TYRANS , 

o u O-S-e 

LES MOYENS 

DE FABRIQUER LA FOUDRE 

QUI VA LES EXTERMINER. 

Hic virtus bellica gaudet. 

Cet ouvrage est lu simple rédaction par demandes et 
réponses des cours révolutionnaires sur la fabrication 
des salpêtres et des poudres , tenus dans V amphithéâtre 
du Musaeum , d? histoire naturelle , par les citoyens 
représentons du peuple , Gui ton et Fourcrot « 

Par le citoyen D U L A C. 


Prix , i liv. io s. 



Se trouve à Paris, chez G. -F. Galle ttx 
imprimeur, aux Jacobins Saint- Honoré ’ 
et chez tous les marchands de nouveautés. * 

L an II de la République Française , une et indivisible. 


THE ïlTZflBBtXV 
LfoïiARX 



a 


WMr. - '< 



AVIS 

PRELIMINAIRE.' 


J -...v 



M a e $ citoyens des communes de Paris 
et des départemens, qui n’ont pu assister 
aux cours révolutionnaires sur la fabrica- 
tion des salpêtres et des poudres, seront 
aussi instruits dans cette science utile, par 
une lecture réfléchie de ce petit ouvrage, 
que ceux qui ont suivi les séance? avec 
le plus d’exactitude. 

Le vœu que le comité de salut public 
a singulièrement manifesté , pour la pro- 
pagation générale des connoissances rela- 
tives à cet art , a été le but que le ré- 
dacfcur a cru atteindre dans ce travail 


/ 


» g ' 1 

DIVISION DE L* OUV RAGE. 


Histoire naturelle , et propriétés du nitre 
et salpêtre, page . . . . ... i. 

De l’art de séparer le salpêtre des maté- 
riaux salpétrés, page ..... io. 
Examen de la lessive des terres et des 
plâtres , évaporation et cristallisation des 
lessives $ salpêtre de la première cuite , 
page . . . . . .... .19. 

Raffinage ou purification du salpêtre , 
page , * . . .... . . 30. 

De la nature et du traitement des eaux- 
mères du salpêtre , page ... 40. 
Art de la fabrication de la poudre , suivant 
les procédés en usage dans les ateliers 
de la régie nationale* page . . 47. 

Procédé révolutionnaire pour la fabrication 
de la poudre de guerre, page % 55 , 
Propriétés de la poudre de guerre, épreuves, 
conservation , réparation , page . 61. 


L’AGONIE 

DE TOUS LES TYRANS, 

O U 

LES MOYENS 

DE FABRIQUER LA FOUDRE 

QUI VA LES EXTERMINER. 


Demande . Comment nomme-t-on le 9el Histoire na- 
avec lequel on fabrique la poudre à canon ? turei l e , \ f l 

T> r _ T • , propriétés du 

Réponse. Nitre ou salpêtre , et les cby-nitre ou sal- 

mistes le nomment nitrate de potasse. P être * 

D. Pourquoi les chimistes Pappellent-iîs 

ainsi ? 

R. Parce qu’il est foîrmé par l’union de 
l’acide nitritique et de la potasse. 

D. Pourquoi le nomme-t-on aussi salpêtre? 

R. Ce nom lui vient de sal petrœ , parce 
qu’on le tire souvent des vieilles pierres, 

D. Comment se forme le nitre ? 

; il’ ;!) 51) ïw aa3*r y • -*■ 

A 


( » ) 

r. il se forme continuellement dans la 
nature, à l’aide des matières animales et 
végétales qui se décomposent dans Pair , et 
dont la putréfaction lente donne naissance 
à son acide. 

D D’où lui vient l’alkali ou la potasse qui 
fest uni à l’acide de ce sel ? 

R. Il est fourni par les plantes entière- 
ment décomposées, ainsi on ne trouve point 
de nitre dans les lieux inhabités , sur les 
hautes montagnes et dans les profondeurs de 
la terre. 

D. Quand le nitre est formé , comment se 
présente-t-il à l’œil ? 

R. Il se présente sous la forme de petites 
aiguilles à la surface des murs ,des terres, 
sur le sol des habitations abandonnées ; on 
peut l’obtenir en balayant , c’èst pourquoi 
on l’appelle alors nitre de houssage. 

D. Le trouve-t-on quelquefois en grande 
masse isolée. ? 

R. Non , ni en carrière ni en lits dans l’in- 

f 

térieur de la terre. Il n’existe qu’à la sur- 
face ou à peü de profondeur , presque 
toujours il est caché dans les terres et les 
pierres. 

B. Quelle est la nature de ces pierres ? 


_ _ ( 3 ) 

• Les pierres calcaires poreuses et les 
craies de plusieurs département , tels sont 
les plâtres et les décombres des vieux bâ- 
trniens, ou les terres des caves , caveaux , 
écuries, étables, etc., etc. 

D ; ( ? Uels8ont les SI 'gnes où l’on reconnoîfi 
une habitation saipêtrée ? 

R. Au nitrequi s’efflleurit à sa surface, 
niais d ne faut pas confondre avec le salpêtre 
plusieurs au tres sels qui se montrent souvent 
sur les pierres ? 

D- Quels sont ces autres sels ? 

R. Le sulfafe de soude ou le sel de glcber 
le sulfate de magnésie ou sel d’epsom Je 
caibonate de soude ou sel de soude. 

D> Où trouve-t-on ceux-ci ? 

R. Au haut des voûtes, des murs de caves, 

tificatÙDus 311616118 * * S ° Ute,rains > d * for- 

et tS T qUe CeS SdS S ° 1U acres et amp rs , 
brases , ils les éteignent , a u lieu de les al 

lumer, comme le fait le nitre. 

nitfe' ?° Ù $e tr ° UVe P1US P artic “li'èrem«t le 


R. Au bas des murs et des habitations ; 
il ne’ Forme que de petites aiguilles brillantes, 
et jamais de longs filets ; il tient peu aux 
murs, et tombe Vers le bas, le moindre fret- 
tement le détache. 

D. Celui que l’on voit ainsi sur nos murs, 
est-il assez abondant dans nos climats , pour 

Fournir à nos usages ? 

R Non , si nous n’y joignions le mtre 

mêlé et caché dans les vmiUes pierm ou 
dans les craies , tufes et dans les p atres 

ou dans les terres des habitations , que 1 o 
en retire par l’art du salp étrier. 

D. Le nitre passe-t-il des terres ou 1 
contenu , dans d’autres corps ? . 

R Oui, il passe dans plusieüis \e & 

B. Esi,îl cpielqués plantes <l«i l»«' I « n 
f t q ^rXn.,çhe.lab« S l»s^leia- 

b^le.oliil.llae^Qu.ndané^- 

le sic de ce. plantes,. « q« » “ 

les extraits , le nitre s’y montre en aiguilles 

“ b D n<l N'a-t-on pas cm *j““ 

le nitre des terrains salpêtres veno 

plantes ? _ K; „ n vecon nu aujour- 


( 5 ) 

d’hui qu’il s’en forme beaucoup d’étranger 
aux végétaux. 

D. A quoi reconuoît-ou une terre ou une 
pierre salpêtrée ? 

R. A la saveur acre , salée , amère et 
fraîche en même-tems. Il suffit de la tenir 
un instant dans la bouche , pour que cette 
saveur s’y. développe ; cependant quelque 
riche qu’elle soit, jamais elle ne donne sur 
les charbons ardens de marque assez carac- 
térisée pour y reconnoître ainsi la pré- 
sence du nitre. 

D. La richesse d’une terre salpêtrée , 
varie-t-elle ? 

R. Oui , beaucoup , depuis quelques gros 
jusqu’à plusieurs livres par quintal. 

D. Pour connoître l’art d’extraire et de 
purifier le salpêtre , ainsi que celui de pré- 
parer la poudre , n’est-il pas essentiel d’avoir 
des notions exactes sur les principales pro- 
priétés du nitre pur ? 

R. Oui , sans doute. 

D. Quelle est la manière dont s’offre le 
nitre pur cristallisé ? 

R. En longues aiguilles, qui, examinées 
arec soin , présentent chacune un prisme à 

A 3 


(6 ) 

six pans , terminé par des sommets à deux 
faces ou en biseau. 

D. Ne trouve-t-on pas quelque fois une 
cavité ou canal le lorg de chaque cristal ? 

fl* Oui, et souvent un grand nombre de 
de cristaux se grouppent en toute sorte de 
sens, et imitent des faisceaux cannelés, 
des rayons et des soleils. 

D. Comment le nomme-t-on en cet état t 

R. Nitre en baguettes. 

D. Le nitre chauffé se fond-il facilement? 

R. Oui , et fondu , il est comme un li- 
quide gras et huileux $ il ne se dessèche 
pas au feu. 

D. Mais si on le fait bouillir ou rougir , 
que devient-il alors ? 

R. lise décompose , son acide se volati- 
lise en ses principes , et à la fin , il ne reste 
que l’alkali. 

D. Que devient le nitre, quand , simple- 
ment fondu , on le retire du feu? 

R. Il se fige en une masse blanche, opaque, 
un peu grasse à l’œil , qu’on nommoit autre- 
fois, et très-improprement , cristal minéral, 

D. Cette décomposition du nitre , par le 
feu, est-elle un des caractères du nitre ? 

R. Oui, et on l’appelle alkalisation du 


/ 


( 7 ) ^ 

nitre , parce qu’il se réduit en effet à la base 
alkaline ; ainsi on ne peut faire fondre et 
sur-tout rougir du nitre . sans en perdre 
plus ou moins. 

D- Le nitre reste-t-il à Pair , see ou hu- 
mide , sans éprouver de changement? 

R. Oui, lorsque le sel est bien pur: s’il 
s ? humecte, c’est qu’il contient des matières 
étrangères. 

D. Le nitre se dissout-il dans l’eau ? 

R. Facilement : si elle est à dix dégrés du 
thermomètre , elle en dissout un tiers de son 
poids ; si elle est bouillante, elle en dissout 
près de deux fois son poids. 

D. Que devient le nitre en laissant refroi- 
dir cette dissolution ? 

R. Le nitre qui n’étoit dissout qu’à l’aide 
delà matière de la chaleur , sesépiare ou se 
dépose en se cristallisant plus ou moins ré- 
gulièrement, suivant le teins que dure ce 
refroidissement. 

D. S’il est subit ? 

R. Alors le nitre se dépose en petits cris- 
taux grénus qui sont serrés les uns contre les 
autres , et qui forment une masse dure. 

D. Si la liqueur e*t réfroid ie par dégrés 
insensibles ? 


( s > 

R. Le nitre prend J a forme de crïsteaur 
en aiguilles ou en prismes. 

D. Le ni fer e chauffé avec du sable ou de 
l’argille se décompose-t-il ? 

R. L’acide qui y est contenu s'en sépare t 
la basse alkaline reste mêlée ou combinée 
avec la terre : c’est l’argile qu’on employé 
pour obtenir l’acide nitrique. 

D. Qu’est- ce que l’acide nitrique ? 

R. C’est ce qu’on appelle eau forte, ou dans 
les arts, esprit de nitre. 

D. Comment Robtient-on ? 

R. On arrête ou l’on retient dans des vases 
fermés , par la condensation ou, par le froid,, 
l’acide qui s’échappe en vapeurs. 

D Quels sont les procédés des chyinistes 
pour décomposer le nitre ? 

R. Ils emploient la force des attractions 
ou des adhérences qui existent entre diffé- 
rons corps. 

D. On en demande un exemple ? 

R. L’acide sulfurique, qu’on nomme huile 
de vitriol , a plus d’attraction avec la po- 
tasse , qui est un des principes du nitre * 
que n’en a l’acide nitrique; c’est pour cela 
qu’ils distilent ensemble ce sel avec l’ackte 
•ulfuri que* 


C 9 ) 


D. Quel en est le résultat ? 

R. Ils obtiennent ainsi l’acide nitnque en 
vapeur et il reste du salpêtre de potasse 
dans le fond du vaisseau distilatoire. C est 
ainsi qu’on a connu la nature du rutre et» 
vraie composition , par un acide particuliei 
uni à la potasse. 

D. Quelle est une des plus belles et des 

plus utiles propriétés du mtre ? 

R. C’est celle de servir à brûler les corps 
combustibles, tels que le charbon , le souffre, 
les métaux qui sont de vraies matières com- 
bustibles. C’est en raison de cette propriété 
qu’en iettant du salpêtre dans un loyer sur 
du charbon ardent, il augmente tout-a-coup 
l’activité du feu. Ce phénomène se nomme 
détoantion du nitre , parce qu’il se fait avec 
bruit. 


D. Par suite de cette propriété , quel est 
l’effet de son mélange avec du charbon , u 
souffre, des métaux en poudre et chaulie 

dans des vases fermés ? 

R. Il enflame à l’instant ces corps. 

D. Toutes les expériences faites sur le nitre 
et sur son acide prouvent-elles que ce der- 
nier estcoroposé d’une matière qui se trouve 


2;*“ Mi . 

R. Ouî. 

». Comment nomme-t-on cette matière ? 
Un la nomme azote, avec un des 

P T ,p . eS de ’ a]rf i u ’ on Bomm * oxfeft». 

"• Ainsi donc la nature forme l’acide 

Trn ,k r-— *■ 

re ammales qui sedécomposent lentement 
« 1 air qm sert a cette décomposition ? 

Uui, il ne s’agit que d’offrir à cet acide 

doTtTuTê? 011 SC f0 ™ e ’ ra,Ca,i P° tasse <]« 

doit Inietre uni pour faire de vrai salpêtre , 
esvegetaux sont très-propre à celà. 

ficîeis?^ U k thé ° rie deS Ditières art i* 
R. Oui , et c’est aussi celle de la forma- 
«ÏXr" Uedunit - d -^ les lieux 

z? r;r"ip l r ,e “ e *■ 

Parer ce sel et à l’obtenir à part ? 

R. Oui, et cette extraction constitue l’a r t 
du salpetner , il est fondé sur , a ^ 

qu a le mire de se dissoudre dans l’eau * tan- 
dis que la terre ne l’a point 


( H ) 

D. Dansl’çxtraction du salpêtre des maté- 
riaux salpêtrés , quel est le but? 

K. D’enlever tout le salpêtre contenu dans 
ces matériaux, de l’enlever le plus prompte- 
ment possible , et de le dissoudre dans le 
moins d^eau possible. 

D. Comment i emplit-on ce triple but ? 

R. Il faut que les matériaux salpêtrés 
soient assez divisés pour présenter la plus 
grande surface à l’eau qui doit elle-même 
toucher ces matériaux sur tous les points , 
les bien pénétrer , séjourner assez long-tems 
auprès d’eux pour les dépouiller de tout le 
sel qu’ils contiennent et être en assez grande 
quantité pourne laisser rien échapper. 

D. Quel est le procédé le plus usité pour 
ce fait ? 

R. On prend des tonneaux percés d’un 
trou vers !e bas ; ce trou est garni d’une 
cham phare et d’une broche; on environne ce 
trou d’un bouchon de paille , de quelques 
pierres ou d’un tuilleau qui empêche la terre 
ou les platras concassés de le boucher, et qui 
permette à l’eau de couler , on met au fond 
du tonneau quelques menus bois ou fagots, 
ou copeaux ou même un faux-fond à quel- 
ques pouces au-dessus du vrai» O» .remplit 


( 1 * ) 

ensuite le tonneau de terre ou pierres , ou 
plat-ras salpêtre , en observant de concasser 
ou pulvériser les pierres ou les platras ou de 
les réduire à l’état de terre , on jette de 
l’eau sur ces matériaux au milieu desquels 
on pratique une cavité. Après l’avoir laissé 
séjourner dans le tonneau dont la champîure 
est fermée pendant six à huit heures , on 
ouvre la champîure et on reçoit l’eau qui 
s’écoule peu à peu dans un bacquet placé au- 
dessous du tonneau qu’on nomme recette. 

D. Le premier lavage n’est-il pas assez 
riche en sel pour être évaporé avec fruit , et 
la terre ainsi lavée une fois n’est-elle pas 
épuisée par cette première lessive ? 

R. Pour parvenir à enrichir ou graduer 
l’eau , ainsi qu’à épuiser les matériaux sal- 
pêtres, ou de passer la première lessive sur 
des tonneaux remplis de nouvelle terre et de 
la même manière que la première fois , et on 
fait même cette opération sur une troisième 
terre. De même on fait passer trois eaux 
neuves de suite sur chaque terre, afin qu’elle 
soit épuisée. 

D. Quel est le moyen de remplir ces ob- 
jets avec économie de tems , de bras et de 
dépenses ? 



( xâ ) 

R Dans les ateliers de salpêtriers , cm dis^ 

p „t”mls. i e n .e,i».o»ne«« placés .« 

t r ois rangs de hauteur , douze pour chacun, 
entre lesquels on établit par des pompes des 
rigoles et des canaux , une connnumcatro 

facile et prompte. trouvé en . 

D L’industrie n a-t-eue p , 

^ des machines simples 
core des moyens et des r enlever 

pour vuider l’eau des tonneaux , 

et renouvelleras terres? 

R Oui • mais la démonstration en seioit 

dre une connorssance exacte ae p 

qu’ils employent. 

D - u^V 

'trZ'i’uccndie de bois neuf! à quelle mten- 

tl0 R. L’alkali contenu dans cette cendre aug- 
mente la proportion du bon salpêtre; Car 

plus on met de cendre, plus en general on 

obtientde salpêtre pur, pourvu cependant 
eue la quantité de cendres n’excède pa le 

r,«ileduvolu m «d«U..er,e;o».o« 

livrés de cendre seroit en pure p 


salpêtre. 0 ' 116 P0MibIe 9 u ^ altéra h P» été du 
D - ^ Ue,,e est don c la méthode Ja plus 
cendre ^ 

R. C’est de la mettre par lit d’un pouce 

entre des lits de trois pouces de terre , ce 
mode-ci vaut même mieux que de la placer 
au tond des tonneaux. 

D. Comme il est importantde connoîtrela 
foi ce des lessives pour savoir combien elles 

peuvent fournir de salpêtre et si elles sont 

dans le cas d être é vaporées a vec profit , h’a- 
-°n pas imagirté différens procédés plus ou 
moins sûrs et commodes, pour juger de 
* état de ces lessives et de la quantité de sal- 
pêtre qu’elles contiennent ? 

R. ^C’est ordinairement par la pésanteur 
spécifique qu’on détermine la proportion de 
sel contenu dans une eau. 

D. Comment concevoir la tliéorïè et la 
pratique de la recherche dé cette propriété ? 

R. En se rappellant qu e tous les corps oirt 
des poids différens sôüsle même volume. 

Par exemple. 

Un pied cube d’or pèse plus qu’un pied 
cube de plomb; un pied cube de fer pèse 
Plus qu’un pied cube de salpêtre; un pied 


c 15 ) 

cube d’eau pèse plus qu’un pied cube d’eau- 
de-vie. 

T). Si l’on fait dissoudre du salpêtre dans 
de 1 ’eau , un certain volume de cette eau , 
pa r exemple une pinte, pésera-t-elle plus que 
le même volume d’eau pure? 

R. Oui, d’autant plus quel’eau contiendra 
plus de salpêtre, et en faisant des dissolutions 
de salpêtres en différentes proportions , dans 
les mêmes qualités d’eau et enpéslnt celles- 
ci , sous le même volume , on trouvera,prr 
les différences de poids , le rapport qui 
existe entre leurs différentes pesanteurs et 
les quantitésde salpêtre qui y sont dissoutes, 
et un tableau contenant ces différences 
pourra servira connoître la nature d’une les- 
sive pesée sous le même volume. 

D. Mais ce procédé paroît bien long et bien 
compliqué, n’y en est-il point de plus court 
et de plus simple ? 

R. L’on se sert avec succès d’un instru- 
ment nommé aréomètre , qui, par la lessive 
qu’il déplace et pat la manière dont il s’en- 
fonce , fait juger sur-le-champ de l’état de 
cette lessive. 

D. Qu’elle est la théorie de cet instru- 
ment ? 


( 1 * ) 

Ji. Si dans une masse d’eau tranquille, et 
dont toutes les parties sont en repos , on en 
considère par la pensée une partie quelcon- 
que, il est évident, puisqu’elle pese etqu’elle 
est en repos , que son poids est en équilibre 
avec celui des autres parties , qui tendent 
comme elle a descendre , si à la place de 
cette partie on avoit une autre matière de 
même forme , de même volume et de même 
poids , ou solide ou liquide , il est évident 
qu’elle produiroit par son poids, le même 
effet que l’autie , c’est-à-dire, quelle restera 
à la même place, qu’elle sera eu équilibre et 
en repos. 

Ainsi un corps de même poids que pareil 
volume d’eau quelque part que ce soit dans- 
une eau tranquille , reste en repos sans des- 
cendre ni s’élever. 

D. Mais y a-t-il quelque matière de cette 

nature? 

R. Non , mais on parvient à en former 
une en ajoutant à une substance légère , 
comme du liège , un peu de matière pésante. 

D. Mais si cette autre matière supposée k 
la place de Peau pese plus que Peau qu’elle 
remplace ? 


R. Alors 


f 


( 17 ) 

R. Alors rien ne faisant équilibre à l’excès 
de son poids, elle descendra au fond du vase 
et d’autant plus vite que cet excès sera plus 
grand. 

Ainsi un corps qui pèse plus qu’un pareil 
volume d’eau placé dans une masse d’eau , 
tombe au fond; les métaux , les pierres et la 
plupart des corps solides mis dans l’eau pro- 
duisent cet effet. 

D. Mais si cette autre matière , toujours 
supposée à la place d’un même volume d’eau 
et au milieu de ce liquide en repos , pèse 
moins que l’eau quelle remplace, qu’en ar- 
rive-t-il ? 

R. Son poids n’est pins capable de faire 
équilibre à l’effort que font les autres par- 
ties d’eau pour descendre , puisque le poids 
de l’eau déplacé , qui est plus grand , étoit 
nécessaire pour maintenir cet équilibre , elle 
s’élèvera donc à la surface et une portion sor- 
tira de l’eau. 

D. Qu’est-ce qui déterminera le terme de 
cette portion? 

R. Elle sortira de l’eau jusqu’à ce qu’elle 
soit parvenue à ne plus déplacer qu’un j 
massé d’eau du même poids qu’elle ; et fo i 
conçoit facilement que plus ce corps sera 


( >8 ) 

léger , plus kpartie qui sortira de Peau sera 
grande, ou bien que plus Peau sera pesante , 
plus la partie du même corps qui sortira de 
Peau sera considérable. 

Ainsi un corps qui pèse moins que pareil 
volume d'eau , surnage, comme le font le' 
bois sec , le liège, e(c. 

D. Mais comment d’après cela réussir à 
mesurer et à compasser les pesanteurs liqui- 
des? 

R* Si la paitie qui doit sortir de Peau , 
lorsque le corps est plus léger, est allongée 
et menue, les différences de cette partie sor- 
tant de Peau, lorsque celle-ci sera de pesan- 
teur différente, deviendront sensibles, et 
pourront servir à mesurer et à compasser les 
pesanteurs des liquides , en comparant les 
les différens degrés d’élévation dans des li- 
quides différens. 

Tel est le principe de la confection des 
aréomètres, 

D. De quelle matière sont-ils composés ? 

R. Ce sont des tubes de verre portant une 
boule soufflée et lestée demanière qu’il reste 
debout dans Peau. Ils s’enfoncent d’autant 
plus que l’eau est plus légère ou moins 



«urnagenf. d’au- 




( *9 ) 

chargée de salpêtre , et ils 

tant plus que la lessive est plus "riche. 

D. Comment les gradue-t-on ou les cons- 
truit-on ? 

R. En les plongeant d’abord dans l’eau 
puie , ensuite dans des eaux qui contiennent 
depuis une jusqu’à vingt-cinq parties de sal- 
pêtre pour cent , et en marquant à chaque 
hauteur où le tube sléiève, un degré de plus,- 
ou un nombre croissant un à un, de sorte 
que cchaque degré indique une livre de 
saîpêîre sur cent. 

IX Les saîpetriers ne distingaent-iÎB oas 
pat Cies noms particuliers les lessives de dif- la ^estheVé 

férens degrés ? I erres et de 

R- Oui, depuis un ou deux de Varéo- Ration <V ‘ 
rnetre , jusqu’au-dessus de quinze du même crysfalisatio1 
instrument. des A less *ves 

T} T , salpêtre d< 

-Lespius roibles de toutes , celles qui la . P r emièr« 
üVnt jrassé quesur une terre lessivée déjà CUUe ' 
deux fois , comment se nomment-elles ? 

R- On les nomme Lavages : eiles ne 
donnent que quelques dégrés : en les faisant 
passer sur deux terres lessivées une seule 
fois, elles acquièrent quelques degrés de 
plus. \ 

D- Comment les nomme-t-on alors ? 

B a 


X ao 5 

R. Elles deviennent de petites eaux > qui, 
passées sur une troisième terre lessivée une 
fois, deviennent eaux fortes. Le passage à 
travers une terre neuve ou non lavee , les 
rend eaux de cuite , c’est - à - dire , au- 
dessus de dix degrés, et bonnes à être 
mises à la chaudière , pour etie cuites ou 
évaporées. 

X). L’eau qui a lessivé les terres ou platras 
salpêtres , n’en a-t-elle dissout que le sal- 
pêtre ? 

R. Non seulement elle en a dissout le 
salpêtre , mais aussi plusieurs autres ma- 
tières salines qui s’y trouvent , et spéciale- 
ment du muriate de soude ou sel marin 
commun, des sels terreux formés par l’union 
des acides nitritiques et muriatiques avec 
la chaux et la magnésie, et dont l'en- 
semble constitue l’eau mère. 

D. Ces deux genres de matières salines, 
n’auginentent-elles pas , en même-tems que 
le nitre , la pesanteur des lessives? 

R. Oui , et tellement que les degrés in- 
diqués par V aréomètre , n’indiquent pas 
du salpêtre pur, et que souvent ils sont 
presque tous dus a des sels etrangeis. 

R. Comment prouve-t-on facilement la 


' ( 41 ) 

présence de ces matières «ratures a» nitre? 
p R. Par l’addition de drlferentes sobs- 

tances dans la lessive. 

D. Quelles sont ces substances . 

R. Des dissolutions de divers aikaUs et 

de quelques sels métalliques üs indiquent 

dans les eaux , la chaux, la magnésie et 
l’acide muriatique , par la quantité ou la 
nature des précipités ou dépôts quelles 

forment dans les lessives. 

J) N’y a-t-il pas un autre moyen en- 
core de préciser la présence de ces matières 

étrangères au nitre ? , , 

K On les -y montre aussi par les phé- 
nomènes et les progrès de l’évaporation et 
par les propriétés du nitie que l’on obtien . 
Autrefois on attribuoit mal-a-propos 1 mr- 
pureté du nitre contenu dans les lessives , a 
des matières grasses dont on cher choit a le 
débarasser par f addition de differentes subs- 
tance» , et sur-tout de la cendre , mars on 
C ct parvenu à reconnoître cette erreur et a 


en corngei. . 

D. Combien le salpétrier a -tri d objet, a 
remplir en traitant ces lessives , pour en 
>b tenir Je salpt Ère t 
Pi. Peux. « «s* 


J 


( 22 ) 

J '- Quels sonfc-iis ? 

, K ' f Je ,P remier ’ dt< diminuer la quantité 
c.e? sel* étranger» pour augmenter celle du 
salpêtre , en changeant ceux de ces sels qui 
en sont susceptibles , en vrai nitre , ce qui 

se fait au moyen de la cendre ou de la 
potasse . 

Le second, de débarrasser le nitre du 
sel rnarm et des matières étrangères qui le 
sa ussent et l’empêchent de faire de bonne 
poudre. Il remplit ce second objet en tra- 
vaillant la lessive par l'évaporation. 

D ‘ Com ment un sel dissout dans l’eau 
et par conséquent le nitre dans la lessivé 
des salpétoers, s’en sépare-t-il par la ch*. 

R. Parce que l’eau est réduite en va- 
peur ou s’évapoxe. dans l’air, au moyen 
du calorique ou de la matière de la cha- 
leur qu’on y ajoute, tandis que le sel qui 
«est pas susceptible de.se volatiliser ou 
des evapo.-er comme l’eau, reste au fond 
fait i ’evaporatioiT. 

L. On en demande l’exemple. 

Ce fait se prouve facilement en dis- 
solvant une livre de nitre dans six livres 
d’eau , et ea faisant chauffer cette disse- 




( *3 ) 

lution dans un vase couvert, jusqu’à ce 
que l’eau soit entièrement évaporée ou ré- 
duite -, on retrouva le sel sous forme solide 
après cette évaporation. 

D. Il est facile de concevoir que plus 
la lessive sera riche en sel , et plus vite , 
ainsi qu’à moindre frais , on en obtiendra 
le salpêtre , ainsi il y a beaucoup d avan- 
tage à évaporer les lessives bien chargées , 
mais à quel terme sont-elles bonnes à cette 
fin ? 

R Elles sont bonnes lorsqu'elles sont à 
quinze degrés : on les traite meme avec 
avantage au-dessous de douze. Il faut sa- 
voir qu’au- dessus de quinze degres , la pe- 
santeur de la lessive ne tient souvent qu’à 
des sels calcaires , ou à Veau mere plu- 
tôt qu’au salpêtre. 

E. Pour évaporer les lessives des terres 
salpétrées , de quels moyens se sert- on ? 

R. On se sert de chaudières de cuivre , 
dont le fond a la forme d’un œul , qui sont 
établies dans des fourneaux de brique d’une 
construction simple , et dans lesquels on 
brûle du bois. 

D. La forme arrondie en œuf du fond 

B 4 


(H) 

des chaudières d’évaporation , ne tient-elle 
pas à une erreur ancienne sur la commu- 
nication de la chaleur. 

R. Oui, et il y a beaucoup d’avan- 
tages à employer des vaisseaux moins pro- 
fonds et d’une plus large ouverture , par- 
ce que l’eau s’évapore en raison des sur- 
faces. Le fonds peut toujours être arrondi 
comme celui des bassines, et le fourneau 
moins haut dans son intérieur , cons©m- 
mera moins de combustibles. 

D. A mesure que l’eau des lessives est 
chauffée , et sur-tout par les progrès de 
l’ébulition , qu’arrive-t-il ? 

R. La liqueur devient trouble; il s’cn pré- 
cipite une quantité plus ou moins grande 
de terre et de sels terreux ; il se forme à 
la surface une écume blanchâtre et une pel- 
licule composée de petits grains cubiques. 

D. Qu’ést-ce qui trouble la liqueur dans 
les premiers lavages ? 

R. C’est un mélange de plâtre ou de 
sulfate de chaux et de terre magnésiens 
et calcaire unies à l’acide carbonique. 

D. D’où provient l’écume et la pellicule? 

R. Elles sont dues à quelques matières 
impures ,, végétales ou animales , et sm> 


( a5 ) 

tout aux petits cristaux de sel marin ou 
muriate de soude , c|ui se séparent cie la 
surface à mesure que Peau sevapoie. 

D. Comme tous les sels sont étrangers 
au salpêtre , et qu’il faut obtenir celui-ci 
débarrassé de tous les corps , quel est le 
moyen que l’on em ployé ? 

R.. On enlève le sel marin avec une écu- 
moire , et on le jette dans un panier place 
à côté de la. chaudière. 


D, N’y auroit-il pas d’autres moyens à 
empioj 7 er ? 

R. On pourroit retenir ce sel sur une 
claie serrée ou sur un canevas qui travei 
seroit la liqueur. Le mouvemtnt de l’ébul- 
lition partant des parois de la chaudière , 
et se portant vers le centre , tous les corps 
qui troublent la liqueur sont entraînes \eis 
le milieu de la lessive, et tendent à se dé- 
poser vers le fond de la chaudière et dans 
son* centre : les salpétriers profitent de cette 
observation, et suspendent, à l’aide d’uno 
corde ou d’une chaîne de fer qui se meut 
sur une poulie , un chaudron de cuivre, 
au fond et au milieu de la chaudière. Ils 
retirent de te ms en te ras ce vaisseau , et 
épa rerit ainsi une grande quantité de dé- 


( 2Ô ) 

f '"T* î brmé P £ndanf ' ^omion ■ 

for ^ Ue ,eS . eeumes «ont dimiififées, ain, 
T e ] f P; tU:l P i(é f ™-enx, on continue l’a e- 
' JU Ga feu o» qu’en essayant la 

PT r ’ T r 7° naoisse qu’il s’r forme des 
n p S dc . S f , P être P âr le refroidissement. 
• our faire passer successivement dans 
•te chaudières la quantité de lessive suf- 
ferete, pour qu’à la fin de l'évaporation , 
«es soient pleines d’une liqueur prête à 
cristalliser , comment en use-t-on ? 

Iï. On place au-dessus et à côté des 
_■ -udwre» , un tonneau plein de lessive 
fc«ue qui en sort par une canuile en un 
' dlS P° se dc manière qu’il fournisse à 
Mesure de l’évaporation , et que le vaisseau 
Be se désemplisse pas. ' 

D- N’y auroit-i! pas un moyen de per- 
lêetionner davantage cet art de l’évapo- 

s. Pour cet effet ou pq-it placer A* côté 
«*E a la suite de la chaudière un bassin d'éva- 
poration en plomb,. soutenu sur des barres 
J’ pr, et qui est réchauffé par le fond 
-u* .fouraeau , ou par ia clieininée de ce 
icmrneau. 

Par ce moyen , on commence à éva' 


C 27 ) 

porer l’eau en l’élevant à près de cinquante 
degrés ; on sépare même les sels terreux qui 
se déposent au fond de ce bassin ; on fait 
ensuite passer cette eau chaude, à l’aide 
de sjphons , du bassin dans la chaudière. 

D. Quelques artistes ne recommandent- 
ils pas de traiter la lessive bouillante avec 
de la colle forte, pour la purifier et fa- 
ciliter la séparation du salpêtre, d'avec 
les matières qui l’altèrent. 

R. Oui, mais cette pratique allonge l’opé- 
ration , la rend plus difficile , et n’est pas 
nécessaire. 

D. Comme , malgré la séparation des 
écumes et du dépôt , la liqueur cuite jusqu’à 
l’évaporation est souvent un peu trouble , 
que fait-on alors ? 

R. Dans quelques ateliers , on la porte 
dans une espèce de bassin nommé répuroir , 
pour la laisser former son dépôt ; lorsqu’elle 
est éclaircie , 011 la descent dans les vases 
a crystalliser , qui sont ou de cuivre ou de 
bois. Le refroidissement opère la sépara- 
tion et la crjstallisation du salpêtre. 

D. Comment se dépose-t-il ? 

R* R se dépose en une masse grenue et 
solide couverte ordinairement de crjstaux 


( ) 

plus réguliers. Cette cristallisation dure or- 
dinairement trois jours. 

D. Quelque fois la liqueur , quoique suf- 
fisamment évaporée, ne donne point de cris- 
taux , et les salpétriers disent alors que la 
lessive tourne à la graisse ; d’où cela peut-il 
provenir ? 

R. Cela dépend de ce que le salpêtre 
y est trop peu abondant , et de ce qu’il 
y a beaucoup plus d’eau mère ou de ni- 
trate c+lcaire , que de véritable salpêtre 
ou nitrate de potasse , dans la lessive des 
terres ; et en effet il y a des platras et 
des pierres qui ne contiennent presque que 
du nitre terreux. 

D. Quel est le remède à cet accident ? 

R. Le seul remède est l’addition de la 
lessive ou de la potasse , car la lessive qui 
ne cristalise point , et qui tourne à la graisse, 
est une véritable eau mère. 

D. Quelle est la forme du salpêtre obtenu 
par l’opération qui vient d’être décrite? 

R. Il est ordinairement en pains ou en 
masses irrégulières, cristallisés, confusé- 
ment , d’une couleur jaune ou brune ; c’est 
le salpêtre de la première cuite. Il est mêlé 


de sel marin et de s!ls terreux , ou d’eau 
in ère. 

D. L’eau mère n’a-t-èlle point la qua- 
lité d’attirer l’humidité de l’arr ? 

R Oui : en sorte qu’en gardant ce sal- 
pêtre dans les endroits humides, il devient 
gras et même liquide au bout de quelques 

,0 RLe sal pétre de première cuite va. ie-t-il 
beaucoup dans la proportion de mtre , 
d’eau mère et de sel marin qui le cons- 
tituent ? „ • , 

R Oui , beaucoup ; et il faut savoir rou- 

ver cette proportion, pour estimer sa qualité. 

D. La loi ne permet - elle pas aux sai- 
pétriers , d’y laisser jusqu’à trente pour cent 

de ces matières impures ? 

R. Cela est vrai ; mais elle accorde une 

indemnité pour celui qui est le plus pur 
ou elle autorise à payer plus cher propor- 
tionellement celui qui contient moins d’eau 
mère et de sel marin ; en sorte que l’in- 
dustrie des salpétriers est favorisée et en- 
couragée. 

D. Pour connoître le salpêtre de la pre- 
mière cuite, et juger de sa qualité, quel 
est le moyen que l’on employé ? 


! 


danslZ n 7 Phfe h S ' mple dissolution 
7 S ‘ T' 1 eXpoSltion à Pair humide, dif- 
fcrensxeaet, fs appropriés , le traitement par 

il SâtUrCe de sal P^e pur (Jlli n’en- 

w qae ^ u mè,eet 

lXT eBCee ’ habitUdea PP—em aussi 

S l ' Petre de la P remi ’ère cuite ; 
tr? orf 7 eUCOre Sa, P être brut, est-il 

alpe- fort impur ? 

a. Oui , ie nitre s'y trouve mêlé avec 
du nuiriate de soude ou du sel Z 

rntralo de d,„„ tem mire , 

IM 7 “ " unies 

d i acide carbonique 

*«*sr s> di "°“ ,ra ,e 

R- Par la saveur salée, et parla déeré- 
pi ation sur les charbons allumés. 

cent-ilf? ^ SeC ° r,dS ’ COmment s> annon- 
] a a ;,. Par k COuIeur i au “e , le tact gras et 

On j prouve la présence des terres, parce 

les sels d Stent ’ aprèst I u,on a dissout tous . 
les sers dans une suffisante quantité d’eau 


rmpioT'j 


( 3 *) 

D. Le salpêtre brut» peut-il être 
pour taire de la poudre ? 

R.' Non, parce que îc sel marin qui y 
est contenu , mut a son effet : l’eau inere 
le rend- déliquescente , et la terre , ainsi qi;« 
les deux autres matières , en diminuent 
l’activité. 

D. Quels sont les moyens que nous -ap- 
prend la chimie , pour purifier le salpêtre 
l’i’iit > ou pour en séparer le nitre ou nitrate 
de potasse d’avec le sel marin , les terres 
et les sels terreux ? 

R On peut employer plusieurs moyens: 
1 exposition a l’air humide fait peu-à-pca 
liquéfier le nitrate et le mu date de chaux, 
en sorte qu’on peut les enlever en faisant 
ego u ter le seL X^a lessive dans l’eau froide 
en petite quantité, dissout le sel marin t 
sans tout lier au nitre, ou au moins en em 
prenait qu’une petite quantité. Une fois 
prive de l’eau mère et du sel marin , dis- 
solution dans l’eau bouillante, et la ervs- 
tallisation par le refroidissement, purifient 
fout-à-coup le^alpêtre, en laissant à part 
les terres qui ne peuvent pas se dissoudre. 

D. Ainsi donc pour purifier du salpêtre 
de la première cuite 9 on pourroit le laisser 


(30 

d’abord exposé à l’air , afin de faire dis- 
soudre par déliquescence les sels terreux , 
et les séparer sous la forme d’eau mère 
en les égoutant : lessiver ensuite avec le 
huitième environ de son poids d’eau , le 
salpêtre pour enlever le sel marin, le fondre 
après dans la moitié de son poids d’eau 
bouillante , et mettre en cristallisation : 
voilà le procédé. 

R. Oui, et il renferme trois opérations, 
dont la première est très -longue. Le sal- 
pêtre brut que l’on garde en magasin , est 
placé sur une espèce de plancher élevé de 
quelques pouces au-dessus du sol ; celui-ci 
formé de dalles bien jointes , ou couvert 
de plomb , conduit l’eau mère qui se liqué- 
fie peu-à-peu dans un bassin disposé de ma- 
nière que le terrain s’abaisse vers lui. Il 
est donc évident qu’en gardant le salpêtre 
brut à l’air , il se rafine peu-à-peu par la 
perte de son eau mère. 

D. Mais ces moyens chymiqnesne sont- 
ils pas trop longs et trop minutieux , pour 
pouvoir être employés en grand et avec 
avantage ? 

R. Sans doute ; il faut , dans les arts , des 

procédés 


( 33 ) 

procédés expéditifs et simples,* il ne faut 
pas multiplier les expériences et lés mani- 
pulations ,* il faut sur- tout ménager beau- 
coup le tems. 

D. N’y a-t-il donc pas un moyen de 
raffiner le salpêtre ; moins compliqué que 
celui qui vient d’être exposé? 

R. Par une simple dissolution dans Peau 
bouillante en petite quantité , par l’emploi 
delà colle, et parla cristallisation répétée 
deux fois de suite , le raffinage s’opère 
également. 

D. Comment opère-t-on dans les atfe- 
liers de raffinage ? 

Pt. On met deux mille livres de sal- 
pêtre de la première cuite dans une chau- 
dière de cuivre placée sur son fourneau , 
et Pon y ajoute environ une demi-queue 
d’eau : on fait dissoudre par la chaleur, 
on enlève l’écume qui monte rapidement 
a la surface ,* on y jette ensuite douze onces 
de colle forte, dissoute dans dix pintes d’eau 
bouillante, et mêlée avec quatre seaux d’eau 
froide,* cette addition refroidit la lessive, 
on agite beaucoup la liqueur : elle reprend 
bientôt son bouillon : on l’écume avec soin : 
on ajoute de beau froide à diverses reprises, 

C 


, ' ) ■ 

( 34) 

pour favoriser la formation et la sépara- 
tion des écumes qu’on enlève jusqu’à ce 
qu’elles cessent de se former : on sépare, à 
l’aide d’une grande cuillère percée , le sel 
marin qui se cristallise à la surface , et on 
le met à égouter dans un panier placé au- 
dessus de la chaudière. On enlève avec 
un puisoir , toute la liqueur : on la vuide 
- dans des bassins de cuivre, qui ont un cou- 
vercle de bois , et qu’on a soin d étouper 
exactement afin d’empêeher le contact de 
l’air : on I ’y laisse refroidir en repos pen- 
dant quatre ou cinq jours : le salpêtre s’y 
cristallise : on l’égoute ensuite. 

D. N’est-ce pas celui-là que l’on nomme 
salpêtre de la seconde cuite ? 

R. Oui , c’est là le salpêtre de la se- 
conde cuite. Il est beaucoup plus blanc , 
et presque plus déliquescent ; le nitre y est 
débarrassé de toute la terre et de piesque 
toute l’eau mère. 

D. Mais ne retient-il pas encore du sel 
marin ? 

R. Il en retient encore .trop pour servir 
avec avantage à la fabrication de la poudre, 
et on lai fait subir un second raffinage ou 


( 35 ) 

une troisième cuite , à moins d’eau que la 
première fois. 

D. Quel est pour cela le procédé dont 
on se sert ? 

K. On met deux mille livres de salpêtre 
de deux cuites ou de la seconde cuite , 
dans une chaudière de cuivre : on verse par- 
dessus le quart de son poids d'eau , et on, 
donne le feu lorsque la dissolution du sal- 
pêtre est faite à l’aide de la chaleur : on 
en sépare les écumes à l’aide de huit livres 
de colle forte seulement dans cette se- 
conde opération : on rafraîchit la liqueur 
avec un ou deux seaux d’eau froide : on 
brassebien pour former de nouvelles écumes 
qu’on enlève avec soin. Lorsque la liqueur 
est bien nette , et qu’elle ne donne plus 
d’écume, on la met en cristallisation dans 
les bassins, on en retire les pains de sal- 
pêtre cinq jours après, on les met égou- 
ter en les plaçant de champ et inclinés au- 
dessus des bassins. Toute l’eau mère étant 
ainsi bien séparée , on laisse le salpêtre 
sécher lentement à l’air. 

D. Combien faut-il de tems pour cette 
dessication ? 

R. Il faut six à sept semaines. 

C a 


( 36 ) 

D. Quelle est alors sa forme ? 

R. Il est sous la forme de pains solides 3 
d’un blanc éclatant : c’est le salpêtre de la 
troisième cuite, assez pur pour la fabrication 
de la poudre. 

Dans son milieu , on trouve des cris- 
taux groupés , qu^on nomme nitre en ba- 
guettes. 

D. Quelle est la théorie de ce raffinage 
en deux cuites ? 

R. Elle est fort simple. La terre , com- 
posée de carbonate ou craie et de carbo- 
nate de magnésie, ou magnésie blanche , 
n’étant pas dissoiuble dans l’eau , reste sans 
se dissoudre , et se sépare avec les écumes, 
ou se précipite au fond de la chaudière , 
en sorte qu’on ne l’enlève point avec le 
puisoir. Le sel marin ou muriate de soude , 
moins dissoluble que le nitre pur , se dé- 
pose en partie avec la terre , et celui qui 
se dissout étant cristallisable par l’évapo- 
ration , se rassemble à la surface de l’eau, 
et fait partie des écumes. Les sels terreux 
déliquesCens , le nitrate de chaux et le mu- 
riate de chaux , étant extrêmement dis- 
soluble , et ne pouvant pas se cristalliser , 
restent dissous dans la liqueur qui sur- 


<3 7 ) 

nage les cristaux , et forment l’eau mère. 

D. Ces opérations tendent donc toutes 
à isoler ou séparer le salpêtre pur ou ni- 
trate de potasse ? 

R. Oui, et il faut remarquer à l’égard 
de ce sel , que , quoiqu’il soit vrai , comme 
on l’a dit, que l’eau bouillante ne dissout 
que deux fois son poids de nitrate de po- 
tasse ou de nitre pur , ce qui a lieu en effet , 
lorsqu’on jette le sel dans l’eau à quatre- 
vingt dégrés , si l’on chauffe cette dis- 
solution, elle devient susceptible d’en dis- 
soudre davantage , aussi ne doit-on user 
dans la deuxième cuite , que de vingt- 
cinq livres d’eau pour cent de salpêtre , 
seize livres d’eau peuvent même suffire pour 
fondre , par la chaleur , cent livres de sal- 
pêtre , et cette dernière proportion a même 
été indiquée dans quelques instructions sur' 
le raffinage. 

D. Mais n’est-elle pas trop foible ? 

R. Oui , et il en résulte l’inconvénient 
de former une liqueur trop épaisse , trop 
difficile à brasser , qui expose les chau- 
dières à être percées ou déchirées vers le 
fond. 

D. Quoique la méthode qui vient d’être 

C 3 


( 38 )' 

décrite , réussisse complètement, n’y en an- 
r oit-il pas de plus rapide dans sa marché ? 

R. Oui , et le génie révolutionnaire vient 
de créer une méthode nouvelle qui peut 
suppléer l’ancienne, et qui est fondée sur 
les principes les plus exacts de la chimie. 

D. Quelle est cette méthode nouvelle- 
ment imaginée ? . 

R Le sel marin étant aussi xlissolnble 

à froid qu’à chaud , tandis que le sal- 
pêtre pur se dissout difficilement dans l’eau 
froide, et abondamment dans l’eau chaude, 
il est évident que si on laisse macérer 
pendant quelques jours le salpêtre brut dans 
l’eau pure , cette eau dissoudra beaucoup 
de sel marin , tous les sels à base terreuse, 
et fort peu de salpêtre. Ainsi par des la- 
vages successifs et assez abondans , on 
pourrait parvenir à purifier complètement 
le salpêtre brut , sans êtffe obligé de le dis- 
soudre à chaud. 

D. Cela serait bon s’il ne contenoit que 
du sel marin et des sels terreux déliques- 
cens, mais ce salpêtre, comme on l’a dit, 
est encore mêlé de beaucoup de terre que 
le lavage ne peut emporter ? 

R. C’est ce qui fait qu’il est indispen- 


S3ple de le dissocie au 

pour le filtrer ou retirer par le 04 

],dto„u,io„ portes les par., es K ..eu.«. ; 

D. Comment opère- t-on P?" “ ' 

Pt On concasse 011,011 écrase esa P 
bmt afin que l’eau puisse bien dépouiller 

on le met dans un cuvier perce d on tro 

à son fond , et garni d’une champln e avec 
sa bsoclie ; on l’arrose de vingt pour c t 
de son poids d’eau de riviere fioïc , 
brasse et ou laisse macérer trois 
agitant le mélange par intervalle , o , 
le salpêtre en ouvrant la cliamplure o ^ 
rose de nouveau avec dix pour ce- 
poids d’eau; on tasse bien, 
heures , on le laisse é gourer complètent 
enfin ou l’arrose une trou.em. for. , 
cinq pour cent de son poids d eau. 

" D Le salpêtre brut, dans cet état, e»t 

ii^fiéde i.*^-f dess t 

dak,u=seens,etde I. plus grande partre 

du sel marin? 

R. Oui , et ou le met alors dans une 

chaudière rie cuivre; on le dissent dans 

quatre-vingt pourcent de son perds de.» 

bouillante; on filtre la liqueur chaude a 

L. 4 


( 4o ) 

travers une couverture de laine ; on îa fait 
cristalliser a la manière ordinaire ; enfin on 
met à l’égout le salpêtre cristallisé, dans 
des chausses placées dans une étuve 5 quatre 
jours après , ce sel est assez pur et assez Sec 
pour être employé à la fabrication de la 
poudre. 

Après la cristallisation du salpêtre de 
"ure du trai- P rem *ère cuite, ainsi qu’après celle dunitre 
Cernent des de seconde et de troisième cuite , dans le 

du U S alpêTre? S * a ® na g e » H reste un liquide plus ou moins 
épais qui surnage les cristaux , et qui ne' 
prend point lui-même la forme cristalline^ 
comment le nomme-t-on ? 

R. C’est le liquide que Eon nomme eaur 
mère . 

D. Comment feau-mère est-elle princi- 
palement formée ? 

R Elle est principalement formée de 
deux sels calcaires , savoir ; de nitrate de 
chaux , et de muriate de chaux , qu’on 
nomme aussi sels terreux , sels déliquescens ; 
le premier est beaucoup plus abondant 
que le second. 

D. Ces deux sels sont-ils très - cristalli- 
sables ? 

R. Non , ils le sont fort peu \ ils attirent 


( 4 1 ) 

beaucoup l’humidité de l’air ; ils sont très- 
dissolubles : le quait de leur puidtf d’eau 
suffit pour les tenir liquides. 

1). Mais ne peut-on pas les dessécher par 
la chaleur? 

Pt. Oui, mais avec pe*ne ; leur dissolu- 
tion est épaisse, visqueuse et comme grasse 
sous les doigts; c’est leur présence plus 
abondante que celle du vrai nitre ou ni- 
trate de potasse dans nn grand nombre 
de terres et de pierres , qui/end les cuites 
si difficiles à cristalliser, et qui les fait tour- 
ner à la graisse. 

D : L’eau mère ne contient-elle pas , outre 
ces sels , un peu de vrai nitre ? 

R. Elle en contient, mais il est trop em- 
pâté pour l’obtenir facilement; aussi lorsque 
les salpètriers la jettent sur leurs plairas, 
nuit-elle plus souvent à leur lessive , qu’elle 
ne l’enrichit. 

D. N’y a-t-il pas aussi dans l’eau mère 
un peu de sel marin ? 

R. Oui , et quelquefois une matière co- 
lorante extractive, et il est très - essentiel 
de séparer le plus exactement possible ces 
sels formant Veau-mère d’avec le vrai nitre 
ou nitrate de potasse • 


( 4 2 ) 

D. Est-ce bien là tous les sels que ren- 
ferme J* eau-mère ? 

R. Les chymistés prouvent encore par 
leurs expériences que l’eau -mère du nitre 
contient d’autres sels terreux , et particu- 
lièrement du nitrate de magnésie» 

D. Gomment les chymistés le prou- 
vent-ils ? - 

R. Ils en démontrent la présence en ver- 
sant de l’eau de chaux et dé l’ammoniaque 
dansl’eau mère étendue d’eau; ils obtiennent 
ainsi un précipité léger et floconeux qui 
recueilli , lavé et séché , forme une terre 

blanche , légère , fade , qu’on nomma ma - 

/ • * 

gnesie. 

D. Quelle est l’utilité de cette terre? 

R. O n l’employé en médecine ; etcomme 
on l’a jusqu’ici tiré en grande partie d’An- 
gleterre , il est essentiel de savoir que dans 
le travail des eaux-meres du nitre, on peut 
la précipitée par l’eau de chaux , et en ob- 
tenir cette terre assez abondamment pour 
les besoins de la république. 

C’est un art simple qu’on n’a point en- 
core établi assez en grand en France , et 
que les chymistés ont cependant lait cou- 
noître depuis plusieurs années. Il est lié 


( 43 ) 

intimement, comme l’on voit à Celui du 
salpétrier. 

D. Quand on connoîtbien la nature des 
eaux-mères du nitre; est-il fàcile de les tra- 
vailler pour en tirer parti ? 

R. Sans, doute : le nitrate de chaux ou 
nitre à base terreuse , faisant la plus grande 
partie de ces liqueurs , et contenant un 
des principes du nitr«j , l’at idc nitrUiqde , 
il ne s’agit plus que d’ajouter l’autre prin- 
cipe qui manque. 

R. Quel est cet autre principe? 

R. C’est l’alkali fixe nommé potasse ; 
et comme cet alkali a plus d’attraction 
pour l’acide nitrique quç n’en a la chaux , 
en mêlant la potasse avec Veau-mère, le 
nitrate calcaire est décomposé, la chaux 
est précipitée , et il se forme (lu vrai nitre 
ou nitrate de potasse , qui peut alors être 
• cristallisé, raffiné et employé à la fabn- 
i cation de la pondre. 

D. Est-ce là le traitement des eaux- 

xneres du nitre? 

R. Oui, on les étend d’eau , jusqu’à ce 
qu’elles soieut parvenues à quinze degrés de 
l’aréomètre. On y verse une dissolution 
froide de potasse également à quinze degies ; 


( 44 ) 

on décante la liqueur et on l’évapore ou 
on la cuit , pour en obtenir le Salpêtre 
pur. 

D. A quoi sert la terre déposée ? 

R. Elle sert , après avoir été laveé , à 
la formation des nitrières artificielles. 

I). Comment peut-on diminuer la quan- 
tité d’eau-mère , et augmenter celle du vrai 
salpêtre, dès la première cuite des lessives ? 

R. On le peut en y ajoutant, avant de 
les évaporer , de la potasse ou une grande 
quantité de cendres qui contient l’alkali 
de la potasse , et qui décompose le nitrate 
calcaire. 

D. N’y a-t-il pas quelques sels qui , con- 
tenant de la potasse , peuvent aussi servir 
à décomposer les eaux-mères du nitre , et 
à les convertir en nitrate de potasse ou 
vrai salpêtre ? 

R. Oui , tels sont le sulfate de potasse , 
le muriate de potasse et le tartre. 

D. Où se trouve le premier de ces sels ? 

Pt. Il se trouve assez abondamment dans 
les cendres d’un grand nombre de végé- 
taux. Il contribue à purifier les lessives du 
salpêtre, lorsqu’on les fait passer à travers 
les cendres. 


( 45 ) 

On peut employer pour les eaux-meres 
du nitre , du souffre brûié dans des cham- 
bres de plomb, pour faire l’alkali sulfu- 
ripue ou vitriolique. Mais les cendres con- 
tenant l’alkali fixe trop peu mélangé et trop 
peu abondant , le sulfate de potasse qui ne 
se trouve que dans quelques laboratoires 
de chymie ou d’arts chyiniqucs , étant lui- 
même en quantité fort inférieure à celle 
qui est nécessaire pour le traitement des 
eaux-mères du nitre, c’est sur la potasse 
qu’il faut porter toute son attention. 

D. Qu’est-ce que la potasse ? 

R. La potasse est une espece d’alkall 
fixe, c’est-à-dire, de sel d’une saveur uri- 
neuse , changeant en verd la couleur bleue 
de. beaucoup de végétaux, et ne se vola- 
tilisant pas au feu , qu’on retire plus ou 
moins abondamment de tous les végétaux 
brûlés. 

D. Quel est le procédé dont on use à 
cet égard dans le nord de l’Europe ? 

R. En Suede , en Russie et en Lanne- 
marck , etc. on brûle du bois en quantité J 
on en calcine et on en vitrifie meme la eendre 
par le grand feu qu’on lui fait subir dans 
quelques lieux ; on lessive la cendre de bois 


( 46 ) 

à l’eau chaude ou a l’eau froide *. on 1 eva-' 
pore à siccité , ce qui forme le salin , et on 
calcine ce sel dans un fourneau de réver- 
bère , pour le convertir en potasse. 

D. Fait-on en France beaucoup de po- 
tasse avec du bois? 

R. On en fait fort peu, et on n’y fabriqué 
presque que du salin , avec des cendres de 
différentes plantes : il est essentiel de mul- 
tiplier les fabriques de potasse , dans les 
forêts que leur emplacement ne permet pas 
d’exploiter. 

D. En attendant que l’art de faire de 
la potasse par la combustion du bois , soit 
assez multiplié dans la république, ne se- 
roit-ir pas utile de tirer parti de toutes les 
substances qui contiennent cette Espèce d’al- 
kali ? 

R. Certainement , et les cendres de bois , 
les lessives domestiques , peuvent être em- 
ployées et le sont déjà avec avantagé. La 
soude , substituée à la potasse dans les ver- 
reries et dans un grand nombre d’atteliers , 
ménagera ce sel pour la fabrication du sal- 
pêtre. 

D. Quels seroient encore les moyens de 
se procurer de la potasse ? 


(47 ) 


R. On pourroit s’en procurer en se ser- 
vant du tartre qui a servi aux chapeliers, 
au décapage et au blanchiment des métaux, 
de la potasse qui a été employée au la- 
vage des planches d’imprimerie, en em- 
ployant les lies de vin et de vinaigre, en. 
brûlant les feuilles perdues, et sur-tout les 
plantes qui fournissent le plus de salin. 


D. Quelles sont ces plantes ? 

R. Ce sont les fougères, l’absinthe , les 
tiges de sarrasin et de maïs, les marcs de 
raisin sortant du pressoir. 



de souffre. 


D. Quelle est la meilleure poudre ? 

R. C’est celle qui s’enflamme le plus ins- 
tantanément , qui , en moindre dose, pro- 
duit plus d’effet ét altère le moins les armes. 
D. D’où dépendent ces propriétés ? 

R. Elles dépendent de la qualité des ma- 




( 48 ) 

tières , des proportions de composition, et 
de l’exactitude du mélange. 

D. Quelle est la qualité exigée pour le 

nitre ? 

R. Le nitre doit être exempt de tous sels 


étrangers. 

1). Quelle est celle du charbon ? 

R. Tous les bois ne sont pas bons pour 
faire le charbon qui entre dans la compo- 
sition de la pou Ire ; il faut un bois tendre, 
qui donne un charbon léger. On donne en 
France la préférence au charbon de Bour- 
daine ( Rhamnus frangula Linn ). Le 
charbon est un des ingédiens les plus ne- 
cessaires , comme substance combustible 
qui détermine subitement la décomposi- 
tion de l’acide du nitre , et sa résolution 

en gras. 

J). Quest-ce que le souffre . 

R. Le souffre est une substance minérale 
qu’on retire des pyrites ou sulfure métal- 
lique , par la sublimation, ou que l’on 
trouve sublimé dans les environs des vol- 
cans. . , , 

D. Quelles sont les qualités exigées clu 

souffre ? , r 

fl. Le souffre doit être purifie ou séparé 


( 49) 

par la fusion de toutes matières terreuses et 
salines ; on le fond a une douce chaleur dans 
une chaudière de fer. Les corps légers s’é- 
lèvent à la surface , d’où on les enlève avec 
une écumoire de fer : les plus lourds se pré- 
cipitent au fond; on entretient quelque teins 
la fusion en évitant de porter la chaleur à un 
degré capable de produire Pinflammation ou 
la sublimation ; lorsque la surface est nette, 
on puise avec des cuillers le soulre fluide, et 
on le jette dans des tonneaux où il se refroi- 
dit promptement, et se cristallise en masses 
irrégulières. On a soin de ne pas vuider la 
chaudière jusqu’au fond, pour ne pas re- 
mêler les matières qui s’y sont précipitées. 

D.Le soufre, ainsi purifié, attire* t-ii l’hu- 
midité de l’air ? 

R. Non, il a la propriété de s’unir à la 
partie oxigene de l’air , à une température 
peu élevée , c’est-à-dire de s’enflamer facile- 
ment , et de propager rapidement l’inflam- 
mation du charbon et du nitre il sert enfin 
à donner aux grains de la poudre une consis- 
tance, une dureté qui Pempêche deseréduire 
en poussière dans le transport. 

D. Quelles sont les proportions de com- 
position de ia poudre ? 

U 


C5o). 

R. Elles ont beaucoup varié ; les derniers 
réglemens fixent seulement la quantité de 
nitre à pour cent. 

On n’en met que 61 livres pourcent livres 
de poudre de mines. 

D. Quelle est la différence entre la poudre 
de mine et celle de traite ? 

R. La poudre appelée de traite ne différé 
guères de celle de mines * que parce qu’elle 
est en plus petits grains et lissée. r 

D. Comment s’opère le mélange ? 

R. Il ne peut être exact que par la pul- 
vérisation et la trituration. 

D. -Faut-il pulvériser le soufre, d’avance ? 

R. Oui , et le passer au tamis ; toutes les 
matières étant réunies dans les proportions 
indiquées, et distribuées dans des vaisseaux 
de bois , par parties de vingt livres , on les 
porte au moulin. 

D. Quqt e st le mécanisme de ce moulin ? 

R. Une roue à aubes ou à pots , mue par 
un courant d’eau , fait tourner deux arbres , 
dont chacun est garni de douze cames qui 
lèvent alternativement un pareil nombre de 
pilons. 

Les pilons , rangés sur deux files , sont 
contenus entre deux jumelles; ils sont de bois, 


) 

garnis a l’extrémité d’une boîte de cuivre 
iondu : leur élévation est de quatorze pouces: 
i s pèsent en tout 80 livres , et battent de 5o 
a 55 coups par minute. Au-dessous sont au- 
tant de mortiers creusés dans une forte pièce 
de bois solidement établie sur un massifde 
maçonnerie , et maintenue par des fers. 

Chacun de ces mortiers étant chargé de 
20 livres de mélange, on l’arrose d’une pinte 
d eau : l’on remue a v e o une sp&tule de bois 
ou un bâton , et on lève la vanne pour faire 
jouer Jes pilons. 

D. (Quelle est la durée du battage ? 

R. Elle étoit précédemment de 21 heures; 
on a rediute de quelques heures ; elle peut 
être bornée à 12, en rapprochant et multi- 
pliant les rechanges. 

R- Qu’appeJJe-t-on rechange? 

R- On appelle rechange , l’opération qui 
*e fait régulièrement à certains intervalles , 
et dont 1 objet estde disposer la matièrecon- 
tenue dans les mortiers, pour quje l’action 
du .pilon y produise plus d’effet pour le 
broiement et le mélange , et pour prévenir 

en memé-tems le danger de l’inflammation, 
par une percussion répétée sur una matière 
tassée par les premiers coups , durcie a un 

D a 


certain point daJle 'fond des mortiers, et 
qui commence à s’échauffer par le mouve- 

m D/ Le rechange est donc une opération 
indispensable ? 

R. O ui , et qui mérite la plus scrupuleuse 
attention. , 

D. Comment s’exécute-t-il ? - 

R. On commence par arrêter la-ioue et 
relever les pilons , que l’on arrête en' passant 
une cheville au-dessus de la morse. . . 

On vuide ensuite le premier mot tier de 
chaque file , et on j^ft 1%: matière danaune 
caisse ^e bois appelle, couloir. On passe 
matière du second mortier dans le premier, 
celle du.troisième dans le seçond , et amsi 
successivement jusqu’au dernier, dans le- 
quel on vgrse ce r .qui w? dans ,e cou 

loir. Les mOrtiers^PL^^^tte- 

nrent'vmdés , les calots des fonds brises, les 
parois bien uétojësde.la poudre 
attachée. Chaque ouvrier a pour cela u 

, main qni ^est une lame de cuivre un peu 
C °S! 3 "c : ainbien luit-on ordinairement de 

lC< R^Xen fait sept ou huit, le premier 


( 53 ) 

une heure après le chargement , les autres 
de trois heures en trois heures : on arrose a 
chaque fois d’un peu plus ou d’un peu moins 
de huit onces d’eau, suivant la saison et l eta 
delà sécheresse ou d’humidité delà matière. 

U. Que fait-on quand le battage est hm . 

11. La composition estretiréedesmortiers 
et portée en un lieu sec où ©n la laisse séjour- 
ner quelques jours , pour s’essorer , c est-a- 
dire perdre son humidité surabondante , 
acquérir un peu de consistance. 

D. Qu’en fait-on ensuite r 
R. De-là elle passe au grainoir. 

D. Comment cela se pratique-t-il ? , 

R. On en met une certaine quantité sur 
nn crible formé d’une peau tendue et percée 
de trois trous fort rapprochés de deux lignes 
de diamètre. On placesur la poudre un tour- 
teau de bois dur de cinq pouces de diamètre 
et d’un pouce d’épaisseur. On agite circu- 
kirement le crible , et le tourteau pressant 
la poudre , la force de passer par les trous du 
crible , en grains un peu anguleux. 

On répète l’opération sur un crible dont 
les trous sont plus petits , et l’on obtient la 

poudre de guerre. 

D Cette poudre se trouvant melee de 

D 3 


( «4 ) 

poudre hne et de poussier, comment fait-on 
pour les séparer ? 

R. On séparé la première au moyen d’un 
troisième grainoir ; le second par des tamis. 

D. Comment donne- t- on la dernière 
façon a la poudre fine ? 

R. On la porte dans des tonneaux, qui , 
tournant sur leur axe par le moyen d’un cou- 
rant d’eau , produisent entre les grains de 
poudre un frottement qui les poîit._ 

D. Combien contient chaque tonneau ? 

R. Chaque tonneau contient 200 livres ; 
la poudre y reste douze heures : c’est ce qu’on 
nomme lissage . 

B. Comment fait-on sécher la poudre ? 

R. La poudre fine grainée et lissée est 
étendue sur des tables de bois garnies de 
toiles , pour sécher à l’air ou au soleil , la 
poudre de guerre passe immédiatement du 
grainoir au séchoir; ces poudres étantseches, 
sont encore repassées sur le tamis pour en 
séparer le poussier. 

ib Ou se mettent ces poudres ? 

R. Dans des bar r ils de 100 ou de 200 livres. 

poudre est d’abord enfermée dans un sac 
cl une toile serrée ; les barrils de 200 sont re- 
couverts d’une chappe. 


( 55 ) 

D. Que fait-on du poussier ? 

R, Le poussier séparé par le tamis est re- 
porté pu moulin , où , après 1 ai rosage et un 
battagede deux ou trois heures , il redevient 
susceptible de donner du grain. 

D. N’existoit-il pas à Essone un moulin 
où les mortiers sont remplacés par une table 
de pierre calcaire ou meule glissante , et les 
pilons par deux meules verticales de même 
pierre , mises en mouvement par l’arbre qui 

porte leurs essieux ? , . 

R. Oui , et la poudre ainsi préparée etoit 

d’une qualité supérieure; le peu de produit 
de ce travail, et le danger auquel il exposoit 
les ouvriers l’on fait abandonner, dès qu’on 
ne s’est pluscru obligé de payer de la vie des 
hommes les plaisirs des despotes. 

D. Ne faut-il pas la plus grande prudence 
dans tontes les manipulations ? 

R. Oui , et c’est ce qui doit rendre la po- 
lice de ces sortes d’atteliers très sevère pour 


lent propre sûreté. 1 

D. Les difficultés de multiplier les pro- Procédé ré- 

, , i volutionuair 

duits de la fabrication de la poudre , par la pour la f a bri 
méthode ordinaire ; la construction de nou- cation de 1 
veaux moulins, qui seule exigeroit plusieurs 
mois , tous ces obstacles à la célérité ne peu- 

D 4 




r-ent-ils être vaincus par un moyen quel- 
conque ? 

R. L’ardeur des républicains ne pouvoifc 
s’accommoder d’une marche aussi lente. 
La convention nationale a mis en réquisition 
tous les talens, toutes les pensées des hommes 
exercés dans les arts. 

Qu’en est-il résulté? 

R. L’un d’eux et déjà célèbre, Te citoyen 
Cârny , a présenté un projet, suivant lequel 
on pouvoit se passer de meules , de pilons , 
de moulins et convertir , en quelques jours , 
ïe salpêtre en poudre. 

D. Le procédé a-t-il réussi ? 

R. Il a été essayé , ses produits éprouvés , 
ses moyens adoptés. C’est un nouvel art qui 
a le mérite de s’a pprçndre aussi faciiemeût 
qü’il s’exécute. 

D. Quels sont les procédés ? 

R. On met dans un tonneau de 32 pouces, 
de longueur sur seize de diamètre intérieur* 
54 livres de salpêtre , q livres de charbon , et 
g livres, de soufre pulvérisé et tamise, en tout 
jz livres de matières. On y ajoute 200 globes, 
ou houles de cuivre de lignes chacune de 
^iamêtre , pesant ensemble environ 55 livres, 
barrü est traversé par un axf de fer re^ 


( 5 7 ) 

vêtu de bois , qui porte à chaque bout une 
manivelle coudée. Le barril se place entre 
deux tréteaux garnis de crapaudines, en 
cuivre , sur lesquelles roule l’axe du barril. 

Deux hommes , relevés par intervalle par 
deux autres , tournent ce barril pendant îz 
heures ; au bout de ce tems la matière est 
triturée de manière à passer à travers les 
tamis de soie les plus serrés. Le mélange du 
salpêtre , du charbon et du soufre est aussi 
exact qu’il peut l’être après 24 heures de 
battage sous les pilons. 

D. Que manque-t-il alors à la pondre , 
pour être parfaite ? 

R. Elle n’a plus besoin que d’être grainée. 

D. Gomment parvient-on à la grainer ? 

R. Pour pouvoir la grainer , il faut , à la 
faveur d’un peu d’humidité , lui donner du 
liant et réunir les moléculesdes trois matières 
qui la composent, par une pression sut lisante» 

D. Quels sont ies moyens dont on use à 
cet effet ? 

R. On charge de la pondre en poussier un 
plateau de bois bien dressé, de deux pies de 
longueur sur douze à quinze pouces de lar- 
geur , bordé dans tout son pourtour d’un re" 
bord de 4 lignes, de hauteur et autant de lar- 


* 

( » ) 

geur ; on passe une règle sur ce rebord pour 
distribuer également la poudre sur la Sur- 
face du plateau. 

On applique un second plateau sur le pre- 
mier ; une feuillure de 3 lignes de profon- 
deur j règne dans tout son pourtour pour re- 
cevoir la languette ou rebord du plateau in- 
férieur. Par ce moyen la poudre est unifor- 
mément pressée. On place ainsi jusqu’à trois 
plateaux les uns sur les autres. Tous ces pla- 
teaux portent le rebord dont il est parlé ci- 
dessus sur une de leurs laces et la feuillure 
sur l’autre. 

D. Ces trente plateaux ainsi disposés, de 
quels moyens se sert-on pour les presser ? 

R. Ils sont pressés par un long levier fixé 
solidement par un un de ses bouts sous un 
chapeau de charpente ou tout simplement 
sous une poutre , et chargé à l’autre extié- 
mité d’un poids suffisant pour que les pla- 
teaux réduisent la couche de poussier , de 
4 lignes d’épaisseur qu’elle a avant la pi es- 
sieu , à une seule , ce qui s’opère facilement 
et sans grande peine, en prolongeant les bras 
du levier qui porte les poids. 

D. Que trouve - 1- on après sur chaque 
plateau ? 

/ ' . 



( $9 > 

R. Gn y trouve une couche ou galette de 
poudre, qui, exposée à Pair pendant quelques 
heures pour perdre Je peu d’humidité qu’elle 
pouvoit retenir , acquiert toute la consis- 
tance nécessaire pour être grainée, et four- 
nit un grain plus dense que celui qu’on ob- 
tient par les procédés en usage. 

D. Comment peut s’opérer le grainage de 
celte poudre? 

R. Il se fait en étendant les galettes ob- 
tenues par la pression sur un corps mollet, 
par exemple, sur un drap doublé, et en 
passant sur les galettes, et dans le sens de 
leur largeur, un rouleau de bois cannelé. 

f)- Comment se divisent-elles sous ce rou- 
leau ? 

K. En lames de peu de largeur; on repasse 
ensuite le rouleau sur ces lames dans le sens 
de leur longueur, et alors elles se divisent en 
tubes d une ou deux lignes carrées. 

D. Dans eet état, celte poudre est-elle sus- 
ceptible d’être employée ? 

R. Oui , elle peut être employée sans in- 
convénient; cependant si on trou voit le grain 
trop gros, ou si on jugeoit préférable de I’ar- 
rondir, il suffirait d’en mettre une certaine 
quantité dans un tonneau à lisser et de l’y 
™3n>'Hiler pendant quelques heures. 


D N’y a-t-il pas un procédé qui rend 1 o- 

pératiou du grainage pia»facüe et plqsex* 

Pe R. t Le’ voici: avant de garnir le plateau 

inférieur du poussier de poudre , on cten 
dessus une toile àcannevas, farte avec un 
fil rond , fort et dont les mailles forment au- 
tant de trous carrés d’une ligne ; on charge 
ensuite de poussier et on presse. Les fris du 
cannevas s’impriment dans la ? a e 
poudre , et lorsqu’on passe le rouleau 8 
cette gallette , elle se divise en autant de 

cubes que les fils en ont tracés. 

D. Quel est un des principaux avantage 

de cette méthode ? 

R. C’est que presque toute la poudre vient 
en grains d’une grosseur peu différente de 
«lie de la poudre de guerre connue , et 
qu’elle ne laisse presque pomt de poussier 
qu’on ne pou grain» 1. P«>« 
sous les pilons sans avoir vingt ou trente 
pour cent de ce poussier. 

D. Alors qu’en tait-on ? 

R Qn est obligé de le repasser au moulin, 
ce qui consomme du tenu, exige du travail 
et diminue d’un quart au moins la quanti o 
de poudre 'que l’on fabriquerait dans iU 


\ 



moulin , si l’on obtenoit tout de suite une 
quantité de poudre en grain égale a celle que 


donne ce nouveau procédé. • 

O. Suffit-il de connoître les procédés de 


D. La poudre de guerre étant composée, 


doivent concourir à l’effet ou le modifiera* 
leurs propriétés. 

D. On en demande un exemple? 

R. Lorsqu’on à fortement comprimé de 
l’air dans le fusil à vent, si on liai ouvre une 
issue, il s’échappe avec violence, et chasse 
la balle qu’il rencontre à plus ou moins de 
distance, suivant le degré de compression 
qu’il avoit reçu; cela peut servir adonner 
une idée de l’explosion de la poudre , puis- 
qu’elle a également pour cause l'élasticité 
d’une masse de fluides aériformes qui se dé- 
gagent subitement mais il n’est plus permis 



11 vuv. ± M. . v * 

D. Comment parvient-on aces cornois- r( ip ara tioiu 


sauces ? 


comme 
parties c 
nue par 


rtie de soufre : toutes ces matières 


( te ) 

aujourd’hui de confondre ces fluides avec 
l’air de l’atmosphère : ils ont leurs caractères 
qui les distinguent ; il n’ÿ a même aucune 
ressemblance dansla manièredontilsexistent 
dans la poudre avant l’inflammation. 

D. Qu’est-ce qui se passe dans cette opé- 
ration ? 

R. A l’instant où l’étincelle touche la 
poudrerie soufre s’allume, en s’appropriant 
le peu d’air qui l’environne et une portion de 
l’oxigène d u n i tre avec lequel i 1 est en contact. 
La chaleur qui résulte du calorique rendu 
libre parla nouvelle combinaison de l’oxi- 
gène, met le charbon en état d’agir lui-même 
sur Poxigène du nitre,etpar le carbone ou 
matière propre du charbon et par l’hydro- 
gène qu’il contient , et la décomposition de 
l’acide dunitre-, rend à l’état élastique l’azote 
qui est son radical. 

D. Que se forme -t-il donc simultané- 
ment ? 

R. i°- Par l’union du soufre à l’oxigène, 
du gas acide sulfureux, qui finit par se fixer 
en partie dans 1 alkali du nitre j mais qui , 
au moment de sa formation, et avec le con- 
cours du calorique, jouit d’une assez grande 
élasticité. 

Cj C3 

v 




( 63 ) 

2°. Par l’union du carboue à l’oxigene du 
nitre * une quantité considérable de gas 
acide carbonique. 

3 0 . Par l’union de l’azote au calorique , 
pu gas azote. 

4°. Enfin par l’union de l’oxigène du nitre 
à l’jdrogène du charbon , une portion 
d’eau qui, réunie à celle qui retient encore 
la poudre, et portée subitement à l’étac 
d’incadescence , acquiert une force expan- 
sive très- considérable. 

D. Comment démontre-t-on la présence 
de l’oxigène dans nitre. 

R. En l’exposant au feu , dans des vais- 
seaux bien fermés ; si l’on recueille le fluide 
aériforme qui s’en dégage , et qu’on y 
plonge un corps combustible a peine allumé, 
la rapidité avec laquelle il le dévore, Pédat 
de la lumière qui accompagne cette com- 
bustion, suffisent pour le faire distinguer de 
l’air commun. 

D. Comment prouve-t-on la formation du 
gas acide carbonique, et du gasarote? 

R. En les recevant sous une cloche de verre, 
remplie d’eau , pendant la combustion d’un 
mélange de nitre et de charbon ; on ne peut 
mécpnnaître l’action de la vapeur acqueuse 


(M) 

à un haut degré de chaleur , depuis qu'elle 
est devenue un instrument si puissant dans 
nos pompes a feu. 

D. Comment connoit-on exactement la 
force d’une poudre ? 

R.Pourlaconnoître justement, il faudrait 
mesurer la durée de son inflammation , la 
quantité de gas qu’elle produit, le volume 
qu’ils prennent instantanément par la cha- 
leur, et ce qui est l’effet immédiat, la 
vitesse qu’ils impriment au projectile qui 
s’oppose a leur expansion. 

D. Ne reste-t-il pas encore bien des re- 
cherches à faire sur ce sujet ? 

R. Oui* mais dirigés par le génie de la 
liberté , elles ne peuvent manquer d amener 

des résultats capables de fixer la victoire sous 
ses drapeaux* 

D. N’y a-t-il pas plusieurs manières d e- 
prouver comparativement la - force de la 
poudre? 

B. Oui , 011 en met trois onces dans 
chambre d’un petit mortier , incliné à 4 
deerés elle doit porter a 90 toises un globe 
de cuivre du poids de 60 livres , pour etre 
uisée de la qualité exigée pour le service* 



( 65 ) 

D. Quelles sont les autres manières ? 

R. L’éprouvette à recul , qui porte le nom 
de d’arcy , peut être regardée comme la 
plus exacte ; mais c’est une machine dont 
l’exécution est dispendieuse, et qui exige un 
établissement fixe. 

L’éprouvette à ressort de regnèir , a l’a- 
vantage d’être portative et indique assez 
constamment les divers degrés , avec toute 
la justesse qu’on peut espérer de ce genre 
d’instrument , et en opérant sur de petites 
quantités. 

D. Quand la poudre est faite; où se met- 
elle? 

R. Elle se met dans des barils faits exprès ; 
il y en a de cent et de deux cent livres. 

D. Quelles sont leurs dimensions ? 

R. Les premiers ont vingt-deux poucçs 
de hauteur sur treize pouces de diamètre, 
les derniers vingt-trois pouces de hauteur 
sur dix-huit de diamètre. Avdnt de placer 
la poudre dans le baril , on l’enferme dans 
un sac de toile serrée. Les barils de poudre 
de guerre de deux cent livres , destinés pour 
les armées , sont recouverts d’une enveloppe 
qu’on nomme chappe. 


( 66 ) 

D. Quels sont les lieux propres a bien 
conserver la poudre ? 

R. La poudre doit être conservée dans 
lin lien sec ; l’humidité, l’altère tellement, 
qu’a près un certain temps, elle seroit ab- 
sohuuent hors de service. 

Que fait-on alors pour la réparer? 

R. Il suffit quelquefois de la mettre au 
soleil. Mais si l’eau y a pénétré en assez 
grande quantité pour dissoudre une portion 
de nitre , comme quand elle est avariée sur 
les vaisseaux, il n’y a d’autres moyens que 
de la travailler, en renforçant sa compo- 
sition, du nitre que l’on juge qu’elle a 
perdu. 

D La police des magasins ou dépôts 

de poudre ne doit-elle pas être aussi sévère 
et aussi vigilante que celle des atteliers 
de fabrication ? 

R. Sans doute, et ce n’est pas assez d’en 
écarter les matières en ignition ; mais on ne 
doit jamais perdre de vue qu’elle s’allume 
sanscontact immédiat du feu, et même par 
la seule percussion. Il faut donc veiller avec 
soin pour qu’elle ne puisse servir que contre 
les ennemis de la république. 


(S 7 ) 


AVIS. 

Le Glaive Vengeur de la république française, une 
et indivisible , ou Galerie Révolutionnaire , contenant 
les roms, prénoms , le-s lieux de naissance , 1 elat* 
les ci-devant qualités . l’âge, les crimes et les dernières 
paroles de tous les grands conspirateurs et traîtres à 
la patrie , dont la tète est tombée sous le glaive 
national. 

Par arrêt du tribunal extraordinaire , établiàPans 
par une loi en date du 10 mars 1793 , F our jugeons 
appel les délits de contre-révolution. 

Se trouve, à Paris , chez G. -P. Galletti, impri- 
meur, aux Jacobins- Saint-Honoré. Prix, 31iv. pour 
Paris; et 3 liv. 10 s. pour les départemens , franc de 
port. 



A PARTS , chez G.-P. G alletti , Imprimeur 
du Journal des Lois de la République fran- 
çaise , aux Jacobins Saint-Honoré. 

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