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Full text of "Tung pao. Toung pao"

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ARCHIVES 


CONCERNANT UHISTOIRE, LES LANGUES, 


LA 


GÉOGRAPHIE ET UETHNOGRAPHIE 






DE 




UASIE ORIENTALE 



Revue dirigée par 
Henri CORDIER 

Membre de l'Institut 
Professeur à l'Ecole spéciale des Langues orientales vivantes 

ET 

Paul PELLIOT 

Membre de l'Institut 
Professeur au Collège de France. 



VOL. XX. 



LIBRAIRIE ET IMPRIMERIE 

CI-DEVANT 

E. J. BRILL 

LEIDE — 1921. 




Ds 

5-01 




7947lf. 



IMPRIMERIE CI-DEVANT E. J. BRILL, LEIDE. 



SOMMAIRE. 



Articles de Fonds. 

Pages 
Paul Pelliot, La peinture et la gravure européennes en Chine au temps 

de Mathieu Ricci i 

Leopold DE Saussure, Le voyage de Mou Wang et l'hypothèse d'Ed. Cha- 

vannes 19 

Paul Pelliot, Le juif Ngai, informateur du P. Mathieu Ricci 32 

L. Van Hée, Le Hai-tao Souan-king de Lieou 51 

Paul Pelliot, Quelques transcriptions apparentées à Çambhala dans les 

textes chinois 73 

Leopold DE Saussure, Les origines de l'astronomie chinoise 86 

RiCHENET, Note sur la mission des Lazaristes en Chine, spécialement à Pékin 117 

Aurel Stein, Central- Asian relies of China's ancient silk trade 130 

Paul Pelliot, Les «Conquêtes de l'Empereur de la Chine» 183 

A. C. Moule, A life of Odoric of Pordenone 275 

A. C. Moule, A small contribution to the study of the bibliography of Odoric 301 

Paul Pelliot, Note sur les T'ou-yu-houen et les Sou-p'i 323 

Aurel Stein, La traversée du dései-t par Hiuan-tsang en 630 ap. J.-C. . . 332 

G. Mathieu, Le système musical 355 

Nécrologie. 

Léon Tournade, George Ernest Morrison, par Henri Cordier 71 

Jules Harmand, par Henri Cordier 299 

Bulletin critique. 

Alfred Chapuis, La montre «cJiinoisc», par Paul Pelliot 61 

Lo Tchen-yu, Kou king Vou low, Tomioka Kenzo, Kokei no kenkyïl; — 
Professeur Panduranga S. S. Pissurlancar, Recherches sur la découverte 
de V Amérique par les anciens hommes de l'Inde; — Emile Hovelaque, 

Les peuples d' Extrême-Orient. La Chine, par P. Pelliot 142 

Public Debts in China. By Feng-hua Huang; — The Foreign Trade of 
China. By Chong Su-see; — Modem China A Political Study by 



IV SOMMAIRE. 

Pages 

Sih-Gung Cheng; — Bouinais, The Tsokiang ; or Water Transport 
Conditions between Tonkin, Lungchow, and banning, par Henri 
Cordier. — Louis Finot, La Marche à la Lumière (Bodhicaryävatära), 
par P. Pelliot. — L. Wieger, La Chine à travers les Ages hommes 
et choses — Précis — index biographique — Index bibliographique, 

par Henri Cordier 291 

Dr. Franz Babinger. Gottlieb Siegfried Bayer C1694—i738j, ein Beitrag 
zur Geschichte der morgenländischen Studien im i8. Jahrhundert; — 
Casimir Schnyder, Eduard Huber, ein schweizerischer Sprachen- 
gelehrter, Sinolog und Indochina forscher, par Paul Pelliot. — 
English- Chinese Dictionary of the Standard Chinese Spoken Language 
and Handbook for Translators, including Scientific, Technical, Modern, 
and Documentary Terms. By K. Hemeling; — I'he History of Shanghai 
by G. Lanning — S. Couling, par Henri Cordier 361 

Bibliographie. 

Livres nouveaux 69, 164, 297, 367 

Publications périodiques 169 

Notes and Queries. 

L'étymologie du nom des monts K'ouen louen, par L. de Saussure . . . 370 

Chronique. 

France, Angleterre, Chine 72, 182, 300, 372 

Index alphabétique 373 



LA PEINTURE ET LA GRAVURE EUROPÉENNES 
EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI, 

PAR 

PAUL PELLIOT. 



On s'est occupé à maintes reprises des peintres occidentaux qui 
travaillèrent pour les empereurs K'ang-hi et K'ien-long. Les noms 
d'AïTiRET, de Castiglione, ceux mêmes de Sichelbart, de Jean 
Damascene, de Panzi, voire de Belleville et de Gherardini, sont 
aujourd'hui bien connus des orientalistes. Mais il n'en va pas de 
même pour les premiers temps où l'art occidental pénétra en Chine, 
aux alentours de l'an 1600, avec le fondateur même des missions 
de Chine, Mathieu Ricci ^). 



1) Je rappelle que Ricci est arrivé à Macao en août 1582 (le 7 suivant le P. Tacchi- 
Ventnri, Opère storiche del P. Matteo Ricci, I, Lxiv; II, 416; mais à II, 371, le même 
auteur indique le 8 août, sans observation). J'insiste sur le millésime, parce qu'il y n par- 
fois à ce sujet des malentendus. La nouvelle édition du Cathay de Yule (t. IV, p. 178) 
dit que Ricci «reached Goa in 1578, but speedily left it for Macao» (avec une erreur, 
qui est de faire aller en 1595 Ricci à Pékin, d'où il se serait retiré à Nankin, au lieu 
que cette année-là il alla à Nankin, d'où il se retira à Nan-tch'ang). M. Cordier, aussi 
bien dans L'imprimerie sino-européetiTie en Chine (p. 39) que dans sa Bibliotheca Sinica* 
(col. 1090) et dans L'arrivée des Portugais en Chine {T'onng Pao, 1911, p. 540, où une 
faute d'impression fait mourir Ricci le 14 mai 1610 au lieu du 11 mai), fait arriver Ricci 
en Chine en 1583; c'est vrai en ce sens que Ricci ne passa de Macao au Kouang-tong 
qu'en 1583, mais pour d'autres missionnaires c'est la date de leur débarquement à Macao 
qui est comptée pour celle de leur arrivée en Chine; il n'y a pas de raison d'avoir deux 
systèmes. D'autre part, tous les textes chinois que je connais, y compris même la Vie 
chinoise de Ricci par le P. Aleni, font arriver Ricci en 1581; c'est entre autres le cas 

1 



2 PAULPELLIOT. LA PEINTURE ET LA GRAVURE EUROPÉENNES 

Dans un article extrêmement curieux intitulé Christian art in 
China^)y paru en 1910, M. B. Laufer a comblé en partie cette 
lacune de nos connaissances. Grâce à lui, nous avons aujourd'hui 
des reproductions de six peintures religieuses d'inspiration occidentale 
portant la signature du célèbre peintre Tong K'i-tch'ang, d'un al- 
bum figurant des scènes de la vie européenne, et surtout de quatre 
gravures religieuses européennes prises au début de 1606 par 7^ 
^ ^^ Tch'eng Ta-yo ^) comme sujets d'illustration pour des pla- 
ques d'encre de Chine *). 



dans le Si fang ta wen d'Aleni, dans la liste des missionnaires jointe au SP ^fr 3^ ^^ 
Cheng Mao sin tcheng et même dans le Ming che (eh. 326, P 8 r°; la traduction de 
Bretschneideb, Mediaeval Researches, If, 325, selon laquelle cette date serait celle de 
l'embarquement de Ricci et non de son débarquement, est inexacte). Pour incompréhensible 
que soit l'erreur d'Aleni, il n'y a pas à douter de la date d'août 1582, garantie par de 
nombreux documents contemporains. 

1) 19 pages et XX planches; tirage à part des Mitteil, des Seminars für Oriental. 
Sprachen, 13° année; cf. aussi, du même auteur, Ä Chinese Madonna, 8 pp. -j- 1 pi., ré- 
imprimé de The Open Court de janvier 1912. 

2) Wylie {Notes on Chinese literature, p. 117) et M. Laufer {Christian Art, p. 7) 
appellent Jf^ S j^ Tch'eng Kiun-fang l'auteur de ce recueil, intitulé ^^ ]^ 

^g Afj Tch'eng che mo yuan. Telle est en effet la forme du nom dans le Sseu k'ou 
ts'iuan chou (ch. 116, f° 13), dont les Notes de Wylie ne sont guère que des extraits; 
j'ai d'ailleurs rencontré aussi Tch'eng Kion-fang dans le chapitre bibliographique du ^j^T 

1^ ^t? Chö Men tche. Mais l'auteur même signe Tfâ -*-* S^ Tch'eng Ta-yo, et dans 
ses préliminaires, il dit lui-même qu'il s'appelle Tch'eng Ta-yo, tseu S^J tH Yeou-po, hao 

IM. ^^T'iao-ye, et qu'il a pour «autre tseuit (, 9|I *^- ) Kiun-fang; nous l'appellerons 
donc Tch'eng Ta-yo. Il était originaire de la sous-préfecture de fîV Cho au Ngan-houei, 
et c'était là aussi le pays d'origine de ~t ^^^ ^g Fang Yu-lou, auteur d'un recueil 
intitulé h ^P ^Pr Sq Fang che mo p'ou tout à fait similaire à celui de Tch'eng 
Ta-yo. Un grand nombre de figures sont communes aux deux recueils, entre autres une 
plaque portant une courte inscription en des caractères e'trangers qui semblent appartenir 
à une des écritures indigènes de l'Indochine septentrionale ou du Yunnan; dans ane autre 
plaque représentant une offrande de tribut, où l'inscription chinoise est identique dans les 
deux recueils. Fang Yu-lou est seul à mettre sur le revers de la plaque une courte m- 
scription y«J«» que Bushell a déchiffrée. Les deux recueils ont an certain nombre de plaques 
portant des inscriptions bouddhiques en brahml, et Fang Yu-lou reproduit même un feuillet 
de poffn avec un texte en brahml très altéré. Wylie, qui donne 1688 pour la date de pu- 
blication du Fang che mo p'ou, a admis, sur la foi du Sseu k'ou ts'iuan chou, que Fang 
yu-loa l'aurait publié pour supplanter le Tch'eng che mo yuan. Mais les préfaces et post- 



EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. 3 

Par la traduction latine des Commentaires de Ricci publiée au 
1615 par Trigault sous le titre de De Christiana expeditione apud 



faces du Fang che mo p'ou vont de 1583 à 1589; c'est tout à fait exceptionnellement 
qu'une d'entre elles, ajoutée sans doute après coup, est de 1596. Au contraire les préfaces 
et postfaces du Tch'eng che mo yuan vont de 1594 à 1605; les morceaux de Ricci, ajoutés 
après coup, sont du 9 janvier 1606. 11 semble donc bien que le Fang che mo p'ou ait 
existé avant le Tch'eng che mo yuan. Le Tch'eng che mo yuan est depuis longtemps à 
la Bibliothèque Nationale (Courant, Catalogue, n°' 1134 — 1137). Le Fang che mo p'ou ne 
s'y trouve au contraire que depuis que j'y ai remis un bon exemplaire qui m'avait été 
cédé par M«^ Jarlin (coll. Pelliot, II, 49); il est en 6 eh.; la collection littéraire de 
Fang Yu-lou est l'objet d'une notice au Sseu k'ou ts'iuan chou. Abel-Rémusat {Be l'étude 
des langues étrangères chez les Chinois, p. 20) parle d'un recueil illustré d'antiquités «en 
30 volumes grand-format» intitulé nFang-che me ping y»; malgré l'inexactitude de la des- 
cription, du nombre de chapitres et du titre, il semblerait qu'il s'agît du Fang che mo p' ou. 
Le Tch'eng che mo yuan est en 12 ch. Les gravures et les textes reproduits par M. Laufer 
doivent se trouver au ch. 6T, ff. 35 et suiv. Mais la table de ce ch. 6T, intitulée « table 
du ch. 12», s'arrête au f° 29. Les ff. 30—31 sont une addition de 1604; les ff. 32—34 
ont été ajoutés au printemps de 1605. Les ff. 35 et suivants, qui sont consacrés aux 
pièces de Ricci, sont une addition de janvier 1606. On voit que l'ouvrage a eu des 
états successifs, et il semble que les tables des chapitres aient été gravées dès 1603, et 
pour une division de l'ouvrage en 12 ch., au lieu de celle en 6 ch. doubles que comporte 
en fait notre exemplaire. Enfin, notre exemplaire ne comprend que deux des quatre gravures 
reproduites par M. Laufer et aucun des textes en transcription: le £° 35 r" représente 
Saint Pierre marchant sur les eaux, et le f° 35 v" rembraseraent de Sodome (A. Rémusat 
les a déjà signalées; cf. Mélanges Asiat., I, 47). Au premier abord, on pourrait bien sup- 
poser que les autres feuillets, qui sont les derniers de l'ouvrage, manquent à l'exemplaire 
de la Bibliothèque Nationale. Mais, comme Ta fait remarquer le P. Brucker (JE^oäüei. 
publiées par les Pères de la Compagnie de Jésus, t. 131 [1912], p. 223), les deux planches 
que donne encore le f° 85 de notre exemplaire ne comportent pas les titres en romanisation 
qui se trouvent dans l'exemplaire utilisé par M. Laufer. Il semble donc qu'on ait k un 
moment donné supprimé de l'ouvrage deux des gravures et tous les feuillets de texte ro- 
manisé, en même temps qu'on faisait sauter les titres romanisés en haut des deux gravures 
restantes; toutefois, les signatures européennes ont été conservées au bas de ces deux gra- 
vures (dans ces signatures, il n'y a pas lieu de maintenir le excutit de M. Laufer; le texte 
a correctement excudit). Il est possible que ces suppressions, dont on ne voit pas toutefois 
pourquoi elles ne se sont pas étendues au f° 35, aient été opérées lors de la proscription 
de 1616. En ce cas, et bien que l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale soit encore 
d'un tirage excellent, celui de M. Laufor devrait être encore meilleur, et tout à fait 
tch'ou-yin («de premier tirage»). Je rappelle qu'un exemplaire moyen du Tch'eng che mo 
yuan vaut actuellement à Pékin de 80 à 100 $. soit, au cours actuel, environ 1000 francs. 
Je crois trouver ailleurs trace d'exemplaires où, comme dans celui de la Bibliothèque 
Nationale, il ne subsistait plus que Saint Pierre marchant sur les eaux et l'embrasement 
de Sodome. Une lettre du Père Fr. Bourgeois, écrite de Pékin le 31 juillet 1778 et pu- 



4 PAULPELLIOT. LA PEINTURE FT LA GRAVURE EUROPÉENNES 

Sinas, on savait en gros que Ricci avait fait grand usage, pour sa 
propagande, de gravures et de peintures européennes ou de style 



bliée récemment par M. Cordier {T'oung Pao^ 1917, p. 379), contient le passage suivant: 
a Sous le dernier empereur des Ming tchao, les missionnaires Jésuites eurent le courage 
de faire peindre l'embrasement de Sodome et de Gomorre, et de le présenter avec une 
explication à oet Empereur, qui étoit souverainement débauché. Leur intention étoit de le 
frapper. Il trouva la peinture belle dans son genre. Il la fit graver dans un recueil^ des 
Monuments de son temps, et voilà tout ce qu'il en fut. Il y fit aussi graver l'Image du 
Sauveur portant la croix à la main». Le dernier empereur des Ming devrait être.Tch'ong- 
tcheng (1628 — 1644); mais on n'a aucune trace d'un recueil publié sous son règne et où 
de tels documents pourraient figurer. Si on se rappelle que Tch'eng Ta-yo présenta son 
recueil à l'Empereur, que l'embrasement de Sodome y figure, et que d'autre part, dans la 
gravure de Saint Pierre marchant sur les eaux, le Christ est debout sur le rivage et porte 
sa croix, il apparaîtra bien probable que le P. Bourgeois a connu, directement ou par 
ouï-dire, un exemplaire du Tch'eng che mo yuan où, comme dans celui de la Bibliothèque 
Nationale, il ne subsistait plus que deux gravures, et d'où toute mention de Ricci avait 
dispara. En près de deux siècles, le souvenir des rapports de Ricci et de Tch'eng Ta-yo 
avait eu le temps de s'effacer, et une légende s'était créée pour rendre compte de la pré- 
sence inattendue, dans ce recueil de monuments chinois, de deux gravures bibliques. 

3) Les gravures reproduites par M. Laufer, imitées de gravures sur cuivre et où on 
croirait encore reconnaître les hachures au burin des originaux, posent, au point de vue 
de l'histoire de la gravure en Chine, un problème technique curieux ; il faudra le repren- 
dre en étudiant aussi les reproductions chinoises des gravures de l'ouvrage illustré du 
P. Jérôme Nadal, qui ont un aspect assez difi'érent (cf. Cordier, L'imprimerie sino-européenne, 
n° 3; Courant, Catalogue, n°' 6750 — 6756). Il me paraît en tout cas que les planches du 
Tch'eng che mo yuan sont ici reproduites directement d'après les gravures, et non d'après 
les plaques d'encre de Chine que Tch'eng Ta-yo a sans doute illustrées en copiant ces 
gravures. Les textes chrétiens en caractères chinois et en romanisation joints aux gravures 
par Ricci le 9 janvier 1606 et qui sont également reproduits dans l'ouvrage de Tch'eng 
Ta-yo, offrent des anomalies inexplicables. Les formes y^g. et frag- peuvent n'être consi- 
dérées que comme de mauvaises graphies de J^^ yin et «^ yin, et peut-être (quoique 
j'en doute) y a-t-il eu une lecture siuan de ^^ tchouan, mais on comprend mal com- 
ment Ricci a pu laisser passer une orthographe Mj) ^^. (soit B-l) ^3ç ) Ye-sou au lieu 
du MK ÔBjç Ye-sou déjà consacré en 1606, et surtout comment il a pu transcrire teou 
le caractère j^ pao, par confusion avec ^g teou. Quant aux mots ^Q jp? '^^ 
— ^ W& y« pao-siang san-tso que M. Laufer (p. 10) a rendus hypothétiquement par «of 
the Holy Trinity», ils me paraissent signifier «en envoyant ces trois images précieuses», 
c'est-à-dire les trois premières gravures reproduites par M. Läufer; pour cet emploi dey« là 
où on attendrait ^Ê yi, cf. le jj p^ ^^ yu chou de la planche XV de M. Laufer. Quoi 
qu'il en soit, les textes reproduits par M. Laufer nous donnent pour la première fois des 
spécimens authentiques et sufiisamment longs du système de romanisation, avec notation des 



EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. 5 

européen ^). En 1629, le P. Sambiaso a même publié un petit traité 
de Réponses sur la peinture^). Le P. Buglio (1606 — 1682) fit con- 
naître en Chine la perspective européenne; il «donna à l'Empereur 
trois tableaux, où les règles en étaient parfaitement gardées»^); on 
sait que ces règles de perspective européenne furent appliquées en 
1696 dans le Keng tche fou de Tsiao Ping-tcheng *). 

En réalité, les premiers missionnaires n'avaient pas été enthou- 
siasmés par l'art chinois. On lit dans les Commentaires de Ricci ^): 
«Les Chinois, tout en étant très amis de la peinture, ne peuvent 
cependant atteindre à nos [artistes], et il leur manque beaucoup 



accents, qui avait été élaboré par Ricci. On sait que Ricci avait arrêté son système de 
romanisation en 1598 avec l'aide du P. Cattaneo et du frère chinois Sébastien Fernandez, 
et qu'il l'imposa dès lors à toute la mission (cf. Tacchi-Venturi, I, 300). Ainsi ce système, 
qui a une apparence portugaise, fut fixé par un Italien, mais qui déjà avait perdu le con- 
tact avec son pays depuis longtemps, et devait bientôt déclarer lui-même qu'il s'exprimait 
plus facilement en portugais ou même en espagnol que dans sa langue maternelle. Un 
problème du même ordre se pose pour la transcription de l'annamite par le quâc-ngû' qui, 
malgré son apparence portugaise, semble dû surtout à des missionnaires qui n'étaient pas 
portugais (cf. Ch. Maybon, Histoire moderne du pat/s d'Annam, Paris, 1919, in-8°, p. 36 — 37). 
Le Ififf Tchou, Aao yf-t ^)K Che-lin, qui mit en relations Ricci et Tch'eng Ta-yo, 
s'appelait de son vrai nom jijO 4H* j^ Tchou Che-lou, tseu j^ ^rifl Wou-Kong; 
originaire de ?H 1^ Tö-hing au Kiang-si, il avait passé le doctorat en 1589 et était 
devenu œf ^iL ^'^ ^^ pfa li-k'o ki-che-tchong à Nankin; c'est le «Cioscelin» des 
Commentaires (cf. Tacchi-Venturi, t. II, à l'index, s.v. Ciosellino). 

1) Pour le rôle des peintures chrétienne» dans la propagande au XVIP siècle, cf. les 
quelques renseignements groupés dans L. Gaillard, Croix et Svastika^, p. 172 et suiv, 

2) Cf. CoRDiEB, L'imprimerie sino- européenne, n°' 253 et 254; Courant, Catalogue, 
n"' 3385 — 3388; Laufer, Christian Art, t^. 5. Il n'y a en réalité qu'une œuvre du P. Sambiaso 
sur la peinture ; le n° 253 de M. Cordier se confond avec la moitié du n° 254. 

3) Cf. du Halde, Description de la Chine, éd. in-f° de 1735, t. III, p. 269. Du Halde 
appelle ici le P. Buglio «Bruglip», de même qu'au t. II, p. 128, il l'appelle «Broglio». 
Le P. Gaillakd, Nankin, Aperçu historique, p. 221, donne entre guillemets, avec une 
référence inexacte, une phrase qui ne se trouve pas en réalité dans du Halde. 

4) Cf. O. Franke, Kêng tschi fu, Hamburg, 1913, in-4'' ; P. Pelliot, A propos du 
Keng tche fou, dans Mém. concern. l'Asie Orientale, t. I, 1913, pp. 65 — 122; O. Franke, 
Zur Geschichte des Kêng Tschi T'u, dans Ostasiat, Zeitschrift, 1914, 169 — 208. 

5) Je traduis sur le texte italien original, d'après l'édition du P. Tacchi-Venturi, 
Opère storiche del P. Matteo Ricci S.J., Macerata, 1911, gr. in-8, I, 16. La traduction 
latine de Trigault n'est pas littérale. 



6 PAUL PELLIOT. LA PEINTURE ET LA GRAVURE EUROPÉENNES 

dans la statuaire et dans l'art du fondeur, quoi qu'ils fassent grand 
usage de tout cela, aussi bien dans divers arcs et dans les statues 
qu'ils font d'hommes et d'animaux en pierre et en bronze que pour 
leurs idoles et simulacres dans les temples, avec les cloches, les 
grands brûle-parfums qu'ils mettent en avant de leurs idoles, et 
autres œuvres d'art. Il me paraît que la cause qui les empêche 
d'être éminents dans ces arts-là est la rareté ou l'absence de com- 
munication avec d'autres nations qui auraient pu leur venir en aide; 
car comme habileté manuelle et dons naturels ils ne le cèdent à 
aucun peuple. Ils ne savent pas peindre à l'huile, ni mettre des 
ombres à ce qu'ils peignent ^), et ainsi toutes leurs peintures sont 
mortes et sans aucune vie. Dans la statuaire, ils sont tout à fait 
malheureux, et je ne sache pas qu'ils aient d'autres règles de pro- 
portions et de symétrie que l'œil, qui, dans les objets de grande 
dimension, se trompe bien facilement, et ils font des figures im- 
menses tant de pierre que de bronze.» 

C'est peut-être ce sentiment de l'infériorité de l'art chinois qui 
fit songer Ricci à tirer parti d'œuvres d'art européennes pour le 
succès de son apostolat. Sans doute, il se servira avant tout de 
peintures religieuses, il offrira à l'Empereur en 1601 des tableaux 
de Notre Seigneur et de la Vierge ^) et les gravures de l'œuvre du 
P. Nadal sont mentionnées tant dans les Commentaires que dans 



1) Dans une lettre du 18 octobre 1598, le P. Longobardi demande des «livres d'images», 
très appréciés des Chinois, « parce qu'ils ont ces ombres que les peintures chinoises ne mar- 
quent pas» (cf. Tacchi-Venturi, II, 475). 

2) Le rapport présenté par Ricci à l'Empereur, et où il est question de ces cadeaux, 
est bien du 87 janvier 1601, comme le dit M. Cokdier (2i'm;?rmme ««o-eKro;7<?c««e, n° 238), 
encore que le P. Tacchi-Venturi (t. I, p. 358) déclare cette date trop tardive et sûrement 
inexacte. La date du 28 janvier 1601 donnée par M. Laufer {Christian Art, p. 7) semble 
être une inadvertance. Une liste chinoise des cadeaux offerts par Ricci, plus complète que 
celles connues jusqu'ici par les sources européennes ou chinoises, se trouve dans le n° 1322 
du Catalogue de M. Courant et méritera d'être étudiée en détail. 



EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. 7 

les Lettres; mais on le voit aussi réclamer de bonnes gravures de 
la Rome antique dont le succès lui paraît assuré. 

Sur les premières peintures chrétiennes qui entrèrent en Chine 
avec Ricci, nous trouvons dans les Commentaires les indications 
suivantes, se rapportant à la fin de 1586 ou au début de 1587:^) 

«Notre Père Général Claude Acquaviva a écrit aux Pères de 

la mission et tout de suite il leur a envoyé de Rome une 

image du Sauveur faite par un excellent peintre Du Japon, 

le père vice-provincial Gaspard Coelho leur a envoyé une grande 
image du Sauveur faite par le P. Jean Nicolao, très belle. Des 
Philippines, un prêtre pieux a envoyé une image de la Vierge avec 
l'Enfant dans ses bras et Saint Jean [Baptiste] l'adorant, [image] 
venue d'Espagne, d'un rare talent par la vivacité des couleurs 
et des figures, et le P. François Cabrale l'a attribuée à cette 
mission-ci » 

Il y a ici une indication intéressante, celle d'un tableau peint 
par le P. Jean Nicolao. Des renseignements que le P. Tacchi-Venturi 
a extraits des archives de la Compagnie, il résulte en effet que le 
P. Nicolao, né à Naples en 1560, était déjà en 1592 au Japon 
(à «Xiqui»)'), où il enseignait la peinture à de jeunes Japonais. 
En 1603, il était à Nagasaki, directeur d'une école de peinture 
fondée par les Jésuites, On l'y retrouve encore en 1613. Un cata- 
logue antérieur à 1620 le fait alors vivre à Macao, où il est encore 
nommé en 1623. D'après une autre note du P. Tacchi-Venturi ^), 
le P. Nicolao portait à Nagasaki le titre de «préfet du séminaire 



1) Ed. Tacchi-Venturi, I. 157—158. 

2) C'est-à-dire à Shiki, une des îles du groupe d'Amakusa. 

3) làid., I, 648. Mais, dans cette dernière note, le P. Tacchi-Venturi doit se tromper 
en ne faisant durer que jusqu'à 1603 cette école de peinture établie par les Jésuites au 
Japon; les renseignements qu'il a donnés p. 158 sont formels pour prolonger son existence 
au moins jusqu'en 1613. Il me paraît vraisemblable que l'école ait duré jusqu'à la pros- 
cription de 1614, et que ce soit à cette date et pour ce motif que le P. Nicolao soit revenu 
à Macao. 



8 PAULPELLIOT. LA PEINTURE ET LA GRAVURE EUROPÉENNES 

des peintres». Léon Pages, qui ne parle pas d'enseignement de la 
peinture à Shiki ou à Nagasaki, dit de son côté, à propos de la 
mission d'Arima, qu'en 1601 «quatorze Doyoucous, étudiant la 
peinture, s'étaient retirés à Arima pendant la guerre, et vivaient 
en forme de séminaire, enrichissant de leurs œuvres les sanctuaires 
du Japon. Ils étaient sous la direction de deux religieux, dont l'un 
était venu de Rome, et était déjà prêtre» ^). Bien que Pages ne 
donne pas le nom de ce religieux, c'est bien probablement le P. Nicolao. 

En 1585 — 1586, le P. Nicolao était-il déjà au Japon? C'est 
possible, mais non certain, puisque son enseignement n'y est attesté 
qu'en 1592. Il importe toutefois d'insister sur l'existence de ce 
«séminaire des peintres», car nous allons retrouver sa trace à 
plusieurs reprises dans la mission de Ricci. 

Une première mention du «séminaire» apparaît dans un docu- 
ment où elle a été d'abord méconnue. La quatrième des gravures 
reproduites par M. Laufer d'après le Tch'eng che mo yuan est celle 
d'une Madone, et a été identifiée à une gravure de Jérôme Wieex 
reproduisant la «Nuestra Senora de l'Antiqua» de Seville. Au-dessous 
de cette gravure se trouve une légende assez longue, copiée textuelle- 
ment de la gravure de Wierx, sauf une dernière indication placée 
dans l'angle inférieur droit. M. Laufer a lu ce dernier bout de ligne 
«in 8 cm° Japv 1597», et le professeur C. Justi lui a suggéré pour 
«Japv» une interprétation «anno a partu virginis». Le P. Brucker 
a fait remarquer que le texte portait en réalité «in Sem^ Japo 1597»^). 
Et l'interprétation s'impose; il faut comprendre «au séminaire du 



1) Léon Pagèsj Histoire de la religion chrétienne au Japon depuis 1598 jusqu'à 1651, 
Paris, 1869, in-8, t. I, p. 45. 

2) Cf. Brucker, loc. laud., p. 223. Les articles où le P. Brucker a parlé de la Chine 
sont toujours intéressants, mais ce sont souvent des comptes-rendus, pour lesquels le nom 
du P. Brucker n'est pas indiqué dans les tables des Etudes-, aussi est-il difficile de les 
retrouver, et restent-ils peu connus. En fait, j'avais fait la même rectification, et mon article 
était rédigé quand un heureux hasard m'a fait retrouver le compte-rendu du P. Brucker. 



EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. 9 

Japon (ou des Japonais), 1597». Ce séminaire doit être soit le 
séminaire de «Xiqui», où Nicolao enseignait la peinture en 1592, 
soit le «séminaire des peintres» de Nagasaki, qui n'est attesté qu'à 
partir de 1603, mais pouvait fort bien exister dès 1597 ^). La con- 
statation est assez troublante. J'ai dit plus haut qu'on croyait encore 
distinguer, sur la planche du Tch'eng che mo yuan, la trace des 
hachures d'une gravure originale au burin. Faut-il admettre que 
ces hachures aient subsisté à travers une première copie manuscrite 
fidèle exécutée au Japon, et furent ensuite copiées non moins 
fidèlement dans la planche du Tch'eng che mo yuan'i Ou le P. Nicolao 
avait-il regravé ou fait regraver au burin en 1597 la planche originale 
de Wierx? Cette dernière hypothèse me paraît de beaucoup la plus 
vraisemblable. On lit en efî"et, dans le passage de Léon Pages déjà 
cité au sujet du, séminaire d'Arima: «On gravait aussi de belles 
images, comparables à celles d'Europe, et ou les répandait dans tout 
l'empire». C'est une de ces gravures, exécutée au Japon en 1597, 
qui a dû être donnée par Ricci à Tch'eng Ta-yo. 

Le P. Nicolao et son école ne jouèrent d'ailleurs pas seulement 
un rôle dans la mission de Ricci par les œuvres qu'ils envoyèrent; 
la mission leur dut aussi un peintre. 

Toutefois ce ne fut pas là le premier peintre que Ricci ait eu 
autour de lui. Quand, en mai-juin 1600, Ricci, alors en route de 
Nankin pour Pékin, se trouvait à Tsi-ning (Chau-tong), il eut 
l'occasion de montrer au gouverneur ^ Lieou (H. Ao* ^ Sin-t'ong) 
le tableau représentant la Vierge avec l'Enfant et Saint Jean-Baptiste 
qu'il destinait à l'Empereur. La femme du vice-roi, entendant parler 



1) Le P. Brucker suppose qu'il peut s'agir du séminaire de Macao où les Japonais 
vinrent étudier quand le gouvernement japonais s'opposa à la propagande chrétienne. Mais 
on a vu que le P. Nicolao était encore au Japon en 1613. La suite de cet article montrera 
que le frère Niva, son élève, ne fut ramené du Japon qu'en 1601 — 1602. Enfin, en 1606, 
Ricci envoya Niva de Pékin à Macao pour y décorer la nouvelle église des Jésuites, ce 
qu'il n'eût sans doute pas fait si Nicolao et ses élèves s'y fussent déjà trouvés. 



10 PAULPELLIOT. LA PEINTURE ET LA GRAVURE EUROPÉENNES 

du tableau, désira envoyer un peintre pour en prendre une copie. 
Mais les pères «craignant que [ce peintre] ne le pût faire assez bien, 
et surtout ne pouvant nullement s'arrêter là, donnèrent [au gouver-: 
neur] une copie, assez belle, qu'avait faite dans notre maison un 
jeune homme de notre maison»^). On ne sait qui était ce «jeune 
homme», capable de peindre, et qui se trouvait à Nankin dans la 
maison des pères. 

Mais, bientôt, le P. Ricci eut à Pékin un vrai peintre dans la 
personne du frère Jacques Niva, un élève du P. Nicolao que le 
Visiteur Alexandre Valignani^) avait ramené avec lui du Japon à 
Macao à la fin de 1601 ou au commencement de 1602. En 1601, 
le P. Ricci, retenu à Pékin, avait été suppléé dans les missions du 
Sud par le P. Emmanuel Diaz (senior), nommé recteur de ces missions. 
En 1602, le P. Diaz monta à Pékin conférer avec Ricci. «Là le 
Père vint avec le frère Jacques Niva, peintre, qui fils d'un Chinois, 
mais né au Japon, avait été élevé dans notre séminaire et con- 
naissait très bien cet art [de la peinture], et le père visiteur l'avait 
mandé pour aider dans cette entreprise [de l'apostolat de la Chine], 
sans qu'il fût encore reçu dans la Compagnie; et sans avoir aucune 
difiSculté ni empêchement en route, ils arrivèrent par eau à Pékin 
en juillet de l'année 1602» '). 

Le P. Tacchi-Venturi ajoute en note qu'il ne peut donner aucun 
renseignement sur ce frère Jacques Niva, dont le nom ne figure pas 
parmi ceux des pères et frères mentionnés comme se trouvant en 
Chine dans un catalogue du 25 janvier 1604. Mais il n'y a à ce 
silence rien d'étonnant. Le passage des Commentaires que je viens 
de citer spécifie qu'en 1602, Jacques Niva n'avait pas encore été 
reçu dans la Compagnie; le silence du catalogue du 25 janvier 1604 



1) Tacchi-Venturi, I, 350. 

2) Je garde cette forme, qui est celle qu'emploie le P. Tacchi-Venturi; mais le P. Bracker 
adopte Valignano, non sans de bonnes raisons lui aussi. 

3) Tacchi-Venturi, I, 439. 



EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. 11 

vient seulement de ce qu'il en était encore de même à cette date-là. 
Deux passages d'une lettre écrite le 15 août 1606 par le P. Ricci 
aa Général des Jésuites, Claude Acquaviva, montrent que le frère 
Niva, «mezzo giappone» (ce qui paraît supposer que, si son père 
était chinois, sa mère était japonaise), ne fut reçu comme frère 
dans la Compagnie qu'après la mort du P. Valignani, survenue le 
20 janvier 1606 i). 

Sur les travaux du frère Niva, on peut grouper quelques ren- 
seignements. 

Dans une lettre de février 1605 au P. Louis Maselli, Ricci dit: ^) 
«L'an passé, à Noël, pour la fête, nous avons placé sur l'autel, au' 
lieu de l'image du Sauveur qui y est toujours, une image nouvelle 
de la Vierge de saint Luc, avec l'Enfant dans les bras, très bien 
peinte par un jeune homme qui est dans notre maison et qui a 
été au Japon l'élève de notre P. Jean Nicolô (= Nicolao), et mer- 
veilleux fut le contentement que tous eurent de cette [image] ...» 

Dans sa lettre du 15 août 1606 au P. Acquaviva, Ricci men- 
tionne que le frère Niva est à ce moment à Macao, où il l'a en- 
voyé pour exécuter quelques peintures dans l'église nouvelle. 

Mais il devait y avoir de plus amples renseignements dans une 
lettre perdue de Ricci, car le P. du .Tarric, dans un passage qui 
semble avoir échappé au P. Tacchi-Venturi, célèbre assez longuement 
les mérites du frère Niva. Voici le texte'): «En la ville de Pacquin 
ez anneez 1605. estoiët le P. Matthieu Ricci, le P. Jacques Pantoja, 
& vn frère Japonois de la mesme Côpagnie, appelle Jacques, excel- 
lent peintre .... & le frère auec sa peinture rauissoit en admiration 
tout ce grand monde de la Chine, ainsi que parle le P. Ricci en 
vne de ses lettres, de façon que tous aduouoient qu'il n'y auoit 



J) Tacchi-Venturi, II, 300, 304. 

2) Tacchi-Venturi, II, 254. 

3) Troisiestne partie de l'Histoire des choses plus mémorables, Bordeaux, 1614, in-4'', 
p. 1018—1019. 



12 PAULPELLIOT. LA PEINTURE ET LA GRAVURE EUROPÉENNES 

point en la Chine aucune peinture, qui peut estre parangonnée à 
celles, qui venoient de sa main, quoy qu'auparavant ils estimassent, 
qu'il n'y en auoit au monde de telles que les leurs. Toutes-fois il 
traualloit si secrettement, qu'il n'y auoit que deux Chrestiens Chinois, 
& iceux fort fidelles, qui le sceusaent: parce que si cela fut venu 
à la notice du Roy, il n'eut peu estre employé à autre chose qu'aux 
ouurages d'iceluy, ou des plus grands Mandarins de la Cour : en 
danger d'en offencer plusieurs, ne pouuant satis-faire à tous. ^^ 

En 1610, le frère Niva fut envoyé à Nan-tch'ang dans le Kiang-si 
pour y peindre les images du Sauveur et de la Vierge dans les 
deux chapelles qu'y avait la Mission ^). C'est sans doute ce qui 
l'empêcha de se trouver à Pékin le 11 mai 1610, lors de la mort 
de Ricci. Ricci n'avait jamais voulu se laisser peindre ^). Mais les 
chrétiens indigènes se lamentaient de la mort de celui qu'ils ap- 
pelaient le Saint, et, ajoute Trigault, « par leurs prières importunes 
ils obligèrent un des frères, qui entendait un peu à la peinture, 
de peindre le portrait du héros, pour leur commune consolation. » 
Une lettre de de Ursis donne le nom de ce frère qui * entendait 



1) Cf. la lettre annuelle de 1610, du P. Trigault, visée dans Tacchi-Venturi, I, 648. 

2) Nous connaissons ce détail par la f^ie de Siu Kouang-k'i qu'écrivit le P. Couplet 
en 1678 (cf. Cordieb, L'imprimerie sino-européenne, n" 234, où cette œuvre est classée par 
inadvertance au milieu des écrits de Ricci). Siu Kouang-k'i refusa toujours de laisser faire 
son portrait, voulant imiter par là le P. Ricci, Aussi quand Siu Kouang-k'i fut sur le 
point de mourir, un de ses petits-fils usa-t-il de subterfuge, en faisant pénétrer comme on 
prétendu médecin un peintre qui examina longuement le mourant et reproduisit ensuite 
ses traits de mémoire. A propos de la mort de Siu Kouang-k'i, je ferai remarquer que le 
Biogr. Biet, de Giles (n° 779) la place en 1634, date qui a été répétée par M. Courant 
à diverses reprises dans son Catalogue et par M. Vacca dans son appendice au t. II du 
P. Tacchi-Venturi. J'ai indiqué 1633 dans B. E.F.E.-O., III, 723, et je crois que c'est 
la date qui est donnée actuellement par les Jésuites de Changfaai. Mais la Vie de Siu 
Kouang'k'i par le P. Couplet dit très formellement que Siu Kouang-k'i mourut, selon le 
calendrier occidental, en l'an de Notre-Seigneur 1632, et, selon le calendrier chinois, le 7 
de la 10° lune de la 5" année Tch'ong-tcheng, marquée des signes j'cw-c^e» ; ces données 
correspondent indubitablement au 18 novembre 1632. La famille de Siu Kouang-k'i existe 
encore; il devrait être possible d'arriver sur ce point à une solution certaine. 



EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. 13 

un peu à la peinture»: c'est Emmanuel Pereira ^). Nul doute qu'on 
se fût adressé à Niva s'il se fût alors trouvé à Pékin. 

Par contre, lorsqu'on 1611 l'Empereur eut donné aux Pères, 
pour le tombeau de Ricci, le temple bouddhique confisqué à l'eunuque 
/fêf Yang, et qu'il s'agit de substituer aux images et statues du 
bouddhisme uue décoration chrétienne appropriée, c'est le frère 
Jacques Niva, de retour à Pékin, qui s'acquitta de ce pieux devoir. 
« L'autel ... fut aba/;U, & les peintures de parois couuertes de chaux. 
En après on appresta vn lieu sur l'autel neuf, pour y poser l'image 
du Sauueur. L'vn de nos frères l'auoit pendant ce temps très- 
proprement peinte en ceste mesme métairie. On y void Jesus-Christ 
nostre Sauueur & Redëpteur assis en vn throsne magnifique, les 
Anges en haut, les Apostres en bas semblent de chaque costé l'escouter, 
comme s'il les enseignoit. » ^) 

On a vu que, dans une lettre perdue dont s'inspire le P. du Jarric, 
Ricci parlait avec enthousiasme de la peinture de Niva, et de l'effet 
qu'elle produisait sur les Chinois de la Cour. De même, dans ses 
Lettres, il note qu'un très grand nombre de visiteurs viennent à la 
mission «per curiosità di vedere l'artificio délia nostra pintura o 
stampa de libri et imagini o horiuoli artificiosi» ^). Une autre fois, 
Ricci dit que les Chinois «restent stupéfaits des livres d'images qui 
les font penser à des sculptures (scolpite), et ils ne peuvent croire 
que ce soient des peintures»*). 

Evidemment, on pourrait se demander si les premiers mission- 
naires ne se sont pas mépris dans une certaine mesure, et s'ils 



1) Cf. Trigault, De Christiana expeditione, Augsbourg, 1615, p. 614; Tacchi-Venturi, 
I, 617. 

2) Je reproduis la traduction faite par de Riquebourg-Teiqatii.t, neveu du P. Nicolas 
Trigault {Histoire de l'expédition chrestienne av royaume de la Chine, Lyon, 1616, 1091— 
1092); cf. aussi Tacchi-Venturi, I, 645. 

3) Lettre du 22 août 1608 au P. Claude Acquaviva (dans Tacchi-Venturi, II, 367). 

4) Lettre du 10 mai 1605 à Jeau-Baptiste Ricci (dans Tacchi-Venturi, II, 272). 



14 PAUL PELLIOT. LA PEINTURE ET, LA GRAVURE EUROPÉENNES 

n'ont pas accepté comme des preuves d'admiration profonde les 
compliments que la politesse chinoise prodigue volontiers. On sait 
en effet que, malgré la qualité de peintres ofiSciels qu'eurent au 
XVIIP siècle plusieurs peintres européens, les amateurs chinois, 
dans l'ensemble, n'appréciaient pas autrement cette perspective et 
ces ombres dont Ricci notait tout de suite l'absence dans la peinture 
de l'Extrême-Orient. Mais dans l'histoire de cette première mission 
de Chine, tout est extraordinaire. L'énorme ascendant que Ricci sut 
prendre à la Cour est indéniable. Sa situation d'étranger entretenu 
pendant 10 ans, lui et ses compagnons, aux frais de l'Empereur, 
est sans précédent. Et il n'y a pas non plus d'exemple, avant le 
sien, d'un tombeau donné par l'Empereur à un «barbare» mort à 
la capitale et qui n'était pas l'envoyé officiel d'un prince tributaire. 
Cette Chine de la fin des Ming a été séduite par la science des 
premiers missionnaires et par la dignité de leur vie. Et il semble 
bien que, déposant pour un temps leur orgueil et leur exclusivisme, 
beaucoup de très bous esprits aient alors admis que ces étrangers 
leur étaient supérieurs un peu en tous domaines. L'insertion des 
gravures chrétiennes dans le Tch'eng che mo yuan en est un exemple. 
J'en ajouterai un autre. Au milieu du XVIP siècle, ^ j^ ^ 
KiANG Chao-chou écrivit une Histoire de la poésie sans paroles 
(c'est-à-dire de la peinture), portant sur les peintres de la dynastie 
des Ming (1368 — 1644)^). Un court article y est consacré à la 
«peinture d'Occident» (^ ^ ^ si-yu houa); il y est dit:^) 



1) Le titre de l'ouvrage est J^ ^> gi §^ Wou cheng che che, en 7 ob.; cf. à 
8on sujet Sseu k'ou ts'iuan chou, ch. 114, f° 21—22. KiaDg Chao-chou a aussi laissé un 
recueil de mélanges, intitulé Sa yS 7^r ^S m^ ^un che tchai pi tau. C'est à tort 
que Wylie {Notet on Chinese Uterature'^, 136) fait vivre Kiang Chao-chou au début du 
XVIII* siècle; lai-même se quali&e de sujet des «ex-Ming»; il écrivait donc pen après 
que les Ming furent tombés en 1644, et en fait la préface du Yun che tchai pi t^an est 
de 1649. 

2) Je cite d'après la réédition photolithographique de 1910, ch. 7, f® 23. 



EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. 15 

«Li Ma-teou (Ricci) apporta avec lui une image du Maître du 
Ciel, [selon les] pays d'Occident; c'est une femme portant dans 
les bras un enfant. Les sourcils et les yeux, les plis des vêtements 
sont comme une image qui serait gardée par un miroir clair et qui 
librement va se mettre en mouvement. [Les figures] sont d'une majesté 
et d'une élégance dont les peintres chinois ne sauraient approcher. » ^) 

Les propos de Ricci ont ainsi, on le voit, une contrepartie dans 
les textes chinois. La peinture européenne a vraiment eu son heure 
de vogue en Chine au début du XVII® siècle, et dans l'histoire des 
relations artistiques entre l'Europe et l'Extrême-Orient il faut dé- 
sormais faire une place au P. Jean Nicolao, Napolitain, et à son 
élève, métis d'un Chinois et d'une Japonaise, le frère Jacques Niva. 



NOTES ADDITIONNELLES. 

P. L — Aux peintres «européens» qui ont travaillé en Chine au 
XVIIP siècle, il faut joindre Michel Araïlza, Arménien, qui arriva 
en Chine en 1720; c'était un laïc envoyé par la Propagande; son 
nom chinois fut Lai (cf. Rev. d'Extr.-Or., II [1887], p. 66). 

P. 9. — En rédigeant mon article, je n'avais pas à ma disposition 
la brochure de sir Ernest Satow, The Jesuit Mission Press in Japan, 
1591 — 1610, s. 1., 1880, in-4''. Le plus ancien livre imprimé par les 
Jésuites au Japon et qu'ait connu Satow a été gravé en 1591 à 
Katsusa, comté de Takaku (province de Hizen); mais Satow note 
que, d'après les «lettres annuelles» pour 1591 et 1592, le collège 
dut être transporté peu après à Amakusa. Les gravures des planches 
de ces ouvrages furent exécutées par des élèves des Jésuites. Satow 






16 PAULPELLIOT. LA PEINTURE ET LA GRAVURE EUROPÉENNES 

ne parle pas du P. Nicolao, mais il cite la Lettera Annua del 
Giappone dal Marzo del 1593 sino al Marzo del 94^ Milan, 1597, 
où il est dit (pp. 59—60): «Certaines de leurs maisons ne font pas 
moins de progrès dans la peinture ou dans la gravure des plaques 
de cuivre pour les impressions {in iniagliar lame di rame per stamps), 
car huit des leurs travaillent à diverses peintures à la gouache, et 
d'autres à l'huile, et cinq à graver des plaques.... Ceux qui gra- 
vent sur cuivre ne font pas moins dans leur service, car ils ont 
déjà gravé très au naturel les images venant de Rome, dont on a 
tiré beaucoup au grand plaisir et à la satisfaction des chrétiens». 
Comme on le voit, l'existence d'une section de gravure au burin 
dans le «séminaire des peintres* est pleinement confirmée par ce 
texte, et il n'y a plus à douter que c'est une de ces copies japo- 
naises au burin qui a été reproduite par Tch'eng Ta-yo. 

P. 11. — L'église des Jésuites à Macao avait brûlé en 1600; 
elle fut reconstruite en 1601 — 1602 avec le concours de chrétiens 
japonais, et c'est cette église nouvelle, bien connue sous le nom de 
San Paolo, qui a brûlé à son tour en 1835, mais dont l'imposante 
façade se dresse encore dans la ville de Macao (cf. Montalto de Jesus, 
Historie Macao, p. 49, mais je ne vois pas que le Ming che parle 
de l'église, comme le dit Montalto de Jesus). Telle est sûrement la 
vérité, mais il y a en apparence une difficulté chronologique. 
D'après Montalto de Jesus, la «pierre de fondation» de S* Paul porte: 
Virgini Magnae Matri Civitas Macaensis Lubens. Posuit An. 1602. 
Or une lettre annuelle du P. Carvalho, datée de Macao le 25 janvier 
1602, parle de l'incendie de l'église en 1600 et de sa reconstruction 
en 1601. Qu'il s'agisse bien de la même église, c'est ce que confirme 
par surcroît l'accord entre la dédicace à la Vierge de la pierre de 
fondation et l'indication expresse du P. Carvalho que l'église est 
dédiée à la Mère de Dieu. La solution me paraît être que l'in- 
scription n'est pas celle d'une véritable «pierre de fondation», 



EN CHINE AU TEMPS DE MATHIEU RICCI. 17 

mais marque l'achèvement des travaux. Quoi qu'il en soit, le pas- 
sage de la lettre du P. Carvalho est important pour le sujet du 
présent article, et je le reproduis ci-après {Lettre de la Chine 
de Van 1601. escrite par le P. Valentin Carua- glio Recteur du 
College de Macao au T. R. P. Clau- de Aquauiua General de 
la Compagnie de lesus, Paris, Claude Chappelet, 1605, in-12, 53 ff. 
[B. N., 0^ 104 (2)], P 5): «Au lieu des deux tableaux qui ont 
esté brusiez, l'on en a faict deux autres, l'vn de l'Assomption de la 
très saincte Mere de Dieu, à laquelle l'Eglise est dediee, l'autre des 
onze mille Vierges martyres. C'a esté un peintre Japonais que nous 
nommons Dogico que le P. Valignan enuoye à ceux de la Chine, 
qui le luy ont demandé pour faire quelques tableaux qu'ils veulent 
donner aux Chinois nouueaux conuertis en eschange des idoles 
qu'ils leur ostent. Sans doute qu'il a bonne main, & est habile 
garçon en son mestier, ses peintures paroissent si belles & accom- 
plies, que les Chinois y prendront plaisir.» De ce texte, il paraît 
bien résulter que le P. Valignani n'était pas encore à Macao, 
puisqu'il «envoie» du Japon le peintre demandé par les Jésuites 
de Chine; l'arrivée du P. Valignani serait donc du début de 1602. 
Maintenant qui est ce «Dogico»? On est tout de suite assez tenté 
de l'identifier au futur frère Jacques Ni va, qui aurait ainsi travaillé 
à l'église de Macao une première fois en 1601 et une seconde en 
1606. «Dogico» serait un aurnom japonais, peut-être un mot 
signifiant «novice» ou «élève» et identique au «doyoucou» em- 
ployé par Pages. Mais alors il faudrait admettre une légère inex- 
actitude dans les textes qui veulent que Jacques Ni va ait été 
«amené» du Japon par Valignani; Valignani l'aurait envoyé à 
Macao dès 1601, mais l'aurait ensuite pris avec lui pour aller à 
Pékin au milieu de 1602. Je n'ai pas actuellement le moyen d'arriver 
à une conclusion ferme sur ce point. 



18 PAUL PELLIOT. LA PEINTURE ET LA GRAVURE ETC. 

P. 14. — Comme exemple des critiques adressées aux méthodes 
de la peinture européenne par les critiques d'art chinois du 
XVIIP siècle, cf. le texte de Tchang Keng (1685-1760) traduit 
dans Giles, An Introd. to the study of Chinese pictorial arl^, p. 199. 
Toutefois M. Giles se trompe sûrement en parlant d'un portrait du 
pape; ^ç ^ kiao-tchou, le «maître» de la religion chrétienne, désigne 
bien ici Dieu lui-même, et c'est ce même tableau qui est ensuite décrit 
par «une femme portant un petit enfant» (cf. supra^ p. 15). 



LE VOYAGE DE MOU WANG 
ET L'HYPOTHÈSE D'ED. GHAVANNES 



PAB 



LEOPOLD DE SAUSSURE. 



Dans le Journal asiatique de mars-avril 1919 (p. 289) M. G. 
Ferrand écrit: 

a K'^ouen-louen, dit M. Pelliot, est un nom fameux de la géographie chinoise : 
c'est celui des montagnes d'Asie centrale où, d'après la légende, le prince Mou 
de l'état de Ts'^in aurait, au X' siècle (?) avant notre ère, rendu visite à la 
« mère reine d'Occiient » '). » 

Cette légende ne met pas en cause le prince Mou ^p de Ts'in 
mais bien le Fils du Ciel Mou wang ^ ^ de la dynastie des Tcheou. 

Il est vrai qu'Ed. Chavannes (M. H. V, pp. 480—489) a émis 
l'hypothèse que le voyage en question aurait été accompli, en réalité, 
non par l'empereur Mou (au 10® siècle) mais par son homonyme 
le duc Mou de Ts'in (au 7® siècle). Cette supposition, même si elle 
est fondée, n'autorise cependant pas à dire que « la légende » se 
rapporte au prince feudataire puisqu'elle met invariablement en 
cause l'empereur Mou. 

L'hypothèse de Chavannes est d'ailleurs très contestable. Déjà, 



1) Ed. Chavannes, Les Mém. hist, de Se-ma Ts'ien, t. II, 1897, pp. 7 — 8. Sur 
y^ -f" "Ht Si-wang-mou, cf. le compte rendu de M. Pelliot de Jdversaria sinica n° 1 
de H. A. Giles, dont les pages 1 — 19 sont consacrées à ce personnage mythique [dans 
B.E.F.E.-O., t. VI, 1906, pp. 416—421]. {Noie de M. Ferrand.) 



20 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

en 1908, dans son Ancient China simplified, M. E. H. Parker a fait 
observer, entre autres arguments, qu'elle ne rend pas compte d'un 
incident caractéristique du voyage. Le roi Mou ^) s'était amouraché, 
en cours de route, d'une jeune femme portant le même nom de clan 
que lui {Ki j(|5) et qu'il ne pouvait donc pas épouser sans en- 
freindre les rites: 

« About a third of the Travels is taken up with a description of the in- 
cestuous intrigue with Lady Ki and of her somptuous funerals. Why should 
duke Muh trouble himself about the rites due to members of the Ki family, 
to which the Emperor belonged but he himself did not? Why should the 
warlike duke Muh (who had just then been recommended to adopt simple 
Tartar ways...) waste his time in pomp and ritual? Again, when, as the 
Travels tells us, various vassal rulers from orthodox China arrived to pay 
their respects to the Emperor as their liege-lord, how is it possible to suppose 
that these orthodox counts and barons would come to pay court to a semi- 
barbarian count like duke Muh (as he is posthumously called), one of their 
equals, a man who took no part in the durbar affairs and who, on account 
of his human sacrifices, was not even thought fit to become an emergency 
Protector of China? Once more, the place the Emperor started from and came 
back to, though part of his appanage in 984 B.C. and possessing an ancestral 
Chou temple, was not part of the Ts'^in dominions in 650 B.C., and never 
possessed a TsHn temple. . . » 

Chose curieuse, ni Chavannes ni son contradicteur n'ont évoqué 
le passage du Tso ichouan se rapportant à l'an 529 av. J.-C. (120 
ans seulement après le prétendu voyage du prince de Ts'in), où 
l'on voit, avec des détails topiques ^), un conseiller du vicomte de 



1) On sait que les empereurs de la dynastie Tcheou portaient le titre de roi ï wang. 

2) Il est visible que ce récit provient (plus ou moins directement) d'an témoin oculaire. 
Le vicomte, soi-disant roi, de Tch'ou s'était mis en tête de demander au Fils du Ciel, les 
trépieds des Tcheou, palladium de la dynastie, dont la cession aurait équivalu à une ab- 
dication. «The snow was falling and the king went out with a whip in his hand, wearing 
a fur-cap, the cloak sent to him from Ts'in ornamented with king-fishers' feathers, and 
in shoes of leopard skin. In the evening Tsze-kih waited upon him; when the king saw 
him he put off his cap and cloak, laid aside his whip, and spoke with him» (Leqog: 
C. C. V, p. 641). Le roi de Tch'ou, dans cet entretien, vise à obtenir l'approbation de son 
conseiller; celui-ci, n'osant pas le heurter de front, saisit l'occasion d'une allusion indirecte. 
L'historiographe Ti-sianç étant venu à passer et le roi ayant loué ses capacités, Tteu-ii 



LE VOYAGE DE MOU WANG ET l'hYPOTHÈSE d'eD. CHAV ANNES. 21 

Tch'ou rappellaat à son maître — pour le prémunir contre un 
entraînement fâcheux — le souvenir du roi Mou qui eut la passion 
des voyages ^) mais finit cependant par écouter les remontrances 
de son ministre Meou fou et mourut ainsi de mort naturelle dans 
son palais de Tche j^. Cette anecdote ne prouve pas que le roi 
Mou soit allé au Turkestan, mais elle montre que c'est bien lui, 
et non le duc Mou, qui jouissait, au VP siècle, de la réputation 
de grand voyageur. 

Le principal argument de Chavanues est que, dans les annales 
des Tcheou, Sseu-ma Ts'ien ne mentionne pas le voyage du roi Mou, 
tandis qu'il eu parle assez longuement dans les chapitres consacrés 
aux royaumes semi-turks de Ts'in et de Tchao: «Je crois — dit-il — 
pouvoir en conclure que Se-ma Ts'ien, qui est un compilateur fort 
attentif à ne pas altérer ses sources, n'a pas relevé d'allusion au 
voyage du roi Mou dans les textes provenant du pays des Tcheou, 
tandis qu'il a trouvé la tradition de ce voyage très vivace dans les 
pays de Ts'in et de Tchao; il nous indique ainsi où nous devons 
chercher l'origine de ce récit.» 

Ces rapprochements sont de nature à faire impression, mais leur 
valeur se dissipe quand on se reporte aux documents, c'est-à-dire 
au chef d'œuvre de Chavannes, à sa traduction du Che ki. On y 
constate que les annales de la principauté de Ts'in y tiennent plus 



répartit qu'il ne le trouvait pas si savant ; a car, lui ayant parlé de l'ode composée à propos 
de l'admonestation de Meou-fou au roi Mou, il a avoué ne pas la connaître ». — « Quelle 
est cette ode — demanda le roi — pouvez vous me la réciter P» Après en avoir entendu 
les vers il ne put manger ni dormir; mais il ne se résigna pas à abandonner son projet 
et s'attira un humiliant refus. 

y. Ç|j( ^^ X^ ]|^ g Autrefois le roi Mou se laissait aller à sa passion de circuler 
à travers le monde, marquant partout l'empreinte des roues de son char et des sabots de 
ses chevaux {Tchao, 12" année). 



22 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

de place que celles consacrées a la longue dynastie des Tcheou; et 
que ces annales de Ts'in ne comportent aucune intercalation de 
documents étrangers, sauf dix lignes empruntées à Han Fei-tseu 
(t. II, p. 42); taudis que les annales des Tcheou sont composées 
de pièces et de morceaux empruntés au Chou king, au Tcheou chou, 
au Kouo yu et au Tso ichouan. Le règne du roi Mou, par exemple, 
comprend 170 lignes empruntées au Kouo yu et seulement 14 lignes 
d'annales indiquant son accession au trône, la durée de son règne 
et sa mort ^). 

La raison d'être de cette différence est facile à comprendre. 
Peu après le règne du roi Mou (10® siècle) les Tcheou tombèrent 
en décadence. En l'an 771 ils furent chassés de leur capitale par 
les barbares K'iuan Jong\ et c'est en cette même année, en con- 
sidération du secours apporté, que les Ts'in furent mis au rang des 
seigneurs. A partir de cette date Ts'in ne cesse de prospérer et 
Tcheou de s'affaiblir jusqu'au jour où (en 255 av. J.-C.) Ts'in 
s'annexa le peu qui restait de l'ancien domaine impérial et mit fin 
à la dynastie. Après avoir brisé les dernières résistances et s'être 
proclamé empereur, Ts'in che hoang ordonna la destruction des livres, 
notamment des livres d'histoire à l'exception des annales de sa maison. 

Après toutes ces vicissitudes, et surtout à cause des premiers 
désastres infligés à la dynastie au 8® siècle, il *n'est pas surprenant 
que les problématiques annales des Tcheou ne contiennent pas de 
renseignements sur le voyage du roi Mou. Elles ne nous appren- 
nent rien sur l'époque florissante du début de la dynastie, dont la 
chronologie est incertaine. Les détails circonstanciés que nous possé- 
dons sur certains événements de cette période sont dûs à d'autres 
sources. 

Ceux qui sont intercalés par Sseu-ma Ts'ien dans le règne du 



1) Encore n'est-il pas certain que ces maigres renseignements proviennent d'une source 
Tcàeou. 



LE VOYAGE DE MOU WANG ET l'hYPOTHÈSE d'eD. CHAV ANNES. 23 

roi Mou proviennent, avons-nous dit, du Kouo yu\ ce sont: 1*^ le 
discours de Meou-fou duc de Tchai ^) ; 2" un discours du roi au 
sujet de la réforme du code pénal. Ce second document n'a rien à 
voir avec le voyage au Turkestan tandis que le premier est en 
rapport direct avec lui. 

Le personnage qui tient ce discours, Meou fou, duc de Tchai, 
est précisément ce conseiller qui, dans l'anecdote du Tso tchouan, 
blâma le roi Mou de sa passion des voyages. Et ce personnage, 
comme le remarque Chavannes en 1895 (t. I, p. 252) est cité dans 
le Mou t'ien tseu tchouan. Comment concilier ce fait avec l'hypothèse 
émise en et 1905, d'après laquelle il semblerait vraiment qu'aucune 
particularité du récit ne désigne spécialement le roi Mou plutôt 
que le duc Mou sauf le titre de Fils du ciel? ^) 

En second lieu la remontrance adressée par Meou fou a rapport 
à une expédition projetée par l'empereur contre les K'iuan Jong. 



1) Ce discours, dit Chavannes (M. H. t. I, p. 251), a pour but de dissuader le roi 
de faire une expédition guerrière contre les K'iuan .long. Il est le développement de deux 
arguments: en premier lieu, les anciens rois de la d^'nastie des Tcheou n'étaient pas des 
rois guerriers; ils s'occupaient d'instruire et de nourrir le peuple; si le roi Wou a com- 
battu la dynastie des Tin, ce n'est pas par amour de la guerre, c'est par pitié pour les 
souffrances du peuple. En second lieu les K'iuan .Tong ne doivent pas être attaqués; en 
effet ils sont rangés dans la catégorie des vaisseaux barbares: or, les règlements royaux 
veulent que lorsque les vassaux barbares manquent à leurs devoirs on leur adresse une 
proclamation, mais ils ne veulent pas qu'on les combatte; d'ailleurs les K'iuan Jong n'ont 
pas manqué au devoir des vassaux barbares qui est de venir à la cour à chaque avènement. 
Le roi Mou a donc tort de projeter une attaque contre les K'iuan .Tong. 

2) a Le Mou t'ien tse tchouan pourrait fort bien être le récit de la tournée triomphale 
que fit le duc Mou dans ses nouvelles possessions occidentales pour recevoir solennellement 
l'hommage des chefs soumis ; ce récit dut être écrit au jour le jour, mais ne put être ter- 
miné que lorsque le duc Mou fut définitivement rentré dans son pays; or il semble que la 
mort du duc Mou, survenue en 621, ait eu lieu immédiatement après ce retour; c'est ce 
qui explique pourquoi, dans le titre de la relation, le prince figure avec son nom posthume 
«Mou:». En conclusion donc, la rédaction du Mou t'ien tse tchoan dut être achevée en 
621 av. J.-C. ou fort peu après. Cette date est bien plus vraisemblable que la date qu'il 
faut admettre si on rapporte la composition du Mou t'ien tse tchoan au règne du roi Mou ; 
en effet vers l'an 1000 avant notre ère la littérature chinoise était encore trop en enfance 
pour produire un monument aussi nettement scientifique» (M. H., V, p. 489). 



24 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

Cette peuplade habitait à l'ouest du domaine royal, par consé- 
quent sur l'itinéraire du Turkestan. Et l'admonestation du ministre 
montre que le roi Mou ne pratiquait pas la politique traditionnelle 
de non-intervention dans les pays barbares et qu'il prenait part en 
personne aux expéditions conquérantes. Le récit du Kouo yu se borne 
à constater que le roi Mou ne tint pas compte de l'exhortation de 
Meou fou, qu'il entra de suite, en campagne ... et ne rapporta 
pour tout butin que quatre loups blancs et quatre cerfs blancs. 
Mais ce discours du Kouo yu, contraire aux indications précises du 
i^ ^ ^ ^ au sujet de Meou fou et du roi Mou, est d'ordre 
ritualistique et moral; il exprime l'idéal, d'ailleurs très élevé, (combien 
différent de celui de l'Assyrie!) de l'Etat chinois et ne s'intéresse nulle- 
ment aux fantaisies exploratrices, contraires aux devoirs hiératiques 
du Fils du ciel, auxquelles se livrait le roi Mou ^). 

En résumé, Sseu-ma Ts'ien, dans sa compilation relative aux 
premiers Tclieou, n'a produit aucun document, aucun renseignement 
topique provenant des annales de cette dynastie, les archives ayant 
été vraisemblablement détruites lors de la prise de la capitale par 
les barbares au 8® siècle. Il ne pouvait par conséquent en trouver 
concernant le roi Mou (10® siècle); il y a suppléé par un récit du 
Kouo yu se rapportant à la question qui nous intéresse: directement 
par l'exhortation de Meou fou, indirectement par la mention d'une 
expédition chez les K'iuan Jong. C'est donc à tort, à mon avis, 
que Chavannes, dans ses conclusions (p. 489), a cru pouvoir attri-« 
buer une valeur probante à la constatation suivante: 

ai^ Les documents appartenant en propre à la dynastie des Tcheou et 
utilisés par Se-ma Ta'^ien dans les Annales principales des Tcheou, ignorent 
totalement le voyage du roi Mou.» 



1) D'aillears, même les récits favorables au roi Mou ne mentionnent son voyage que 
sons In forme riluelle d'une «inspection des fiefs». 



LE VOYAGE DE MOU WANG ET l'hYPOTHÈSE d'eD. CHA VANNES. 25 

Il nous reste maintenant à examiner la seconde partie de l'ar- 
gumentation : 

«S** La tradition relative à ce voyage est localisée dans les pays de Tsin 
et de Tchao et porte d'ailleurs en elle-même l'empreinte de la race turque 
qui habitait ces régions. » 

Cette assertion se réfère à ce qui a été dit plus haut des an- 
nales de Ts'in (t. II, p. 5-9) et de Tchao (t. V, p. 8 — 10). Mais 
si l'on se reporte aux textes, bien loin de les trouver favorables à 
la thèse de Chavannes, on constate qu'ils en établissent la réfutation. 

Ces textes appartiennent l'un et l'autre au préambule généalo- 
gique indiquant les antécédents de ces deux maisons princières col- 
latérales que je résume en un tableau synoptique: 

Fei-lien (au serrice du dernier empereur de la dynastie Yin.) 



Ngo-lai (Tué lors du renversement de la Ki-cheng 

I dynastie Yin.) \ 

Niu-FANG MoNG-TSENG (fut en faveur auprès du roi 

I I Tch'eng de la dynastie Tcheou.) 

P'ang-kao ' Heng-fou 

T'ai-ki Tsao-fou (Il fut en faveur auprès du roi Mou 

I de la dynastie Tcheou, dont il con- 

Ta-lo Tchao duisit le quadrige lorsque ce roi 

I alla visiter les fîefs dans l'ouest. 

Fei-tseu (Reçut le fief médiatisé de Ts'in en récom- Comme récompense il reçut en fief 

pense de ses bons services dans les haras du la ville de Tchao; il est l'auteur 

Ts'in roi Hiao (de la dynastie Tcheou). Ce roi lui de la maison de Tchao.) 

confirma le nom de clan Ying conféré autrefois 

à ses ascendants. Il est l'auteur de la maison 

de Ts'in.) 

Nous avons vu plus haut que les Annales de Ts'in, telles que 
Sseu-ma Ts'ien les donne, semblent originales et non pas composées 
d'emprunts. On peut donc dire «qu'elles appartiennent en propre 
à la maison de Ts'in» en employant l'expression dont Chavannes 
se sert (à tort, à mon avis) en parlant de celles des premiers Tcheou. 
L'historique, très objectif, des antécédents des Ts'in, ne contient 
pas de légendes merveilleuses; il reconnaît que la maison de Tchao 
est la branche aînée et que la maison de Ts'in doit son élévation 



26 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

aux souverains de la dynastie Tcheou et à la faveur dont le cousin 
Tsao-fou avait joui à la cour. 

Les Annales de la principauté de Tchao, aux pages indiquées, 
reproduisent les mêmes faits, plus résumés. 

Or Chavannes, tout en prétendant que ces Annales confirment 
son opinion ^), vient renverser, de sa propre autorité, cette généalogie, 
incompatible avec sa thèse puisqu'elle place au 10® siècle des faits 
qu'il veut attribuer au 7® siècle: 

A la thèse qui voit dans les traditions relatives aux pérégrinations du roi 
Mou le souvenir d'un voyage que ce souverain aurait effectué au 10' siècle . . . 
j'oppose la thèse suivante: vers 623 av. J.-C, le puissant chef de race turque 
qui régnait dans ie Chàn-si actuel réussit à imposer sa domination dans le 
Kan-sou et sur le Turkestan oriental . . . son char était tiré par des coursiers 
excellents qui, suivant la coutume turque, sont associés aux exploits du héros ... ; 
le cocher, chargé de conduire le merveilleux attelage était un parent du duc 
Mou et fut lui-même l'ancêtre des princes turcs du pays de Tchao. 

Depuis quinze ans que ces lignes ont été publiées, aucun lec- 
teur ne s'est peut-être rendu compte des conséquences impliquées 
dans la dernière phrase. Elle signifie que Chavannes refait arbi- 
trairement l'historique de la maison de Tchao en la faisant débuter 



1) Il voit sans doute cette confirmation dans le fait que ces passages des Annales de 
Ts'in et de Tchao reproduisent ce que le Mou t'ien tseu tchouan dit du quadrige mer- 
veilleux (p. 7): 

Tsao-fou, à cause qu'il excellait à conduire les chevaux, fut en faveur auprès du roi 
Mou, de la dynastie Tcheou; il avait le quadrige de Ki, Tao-li, Hoa-Lieou et Lou-eul. 
(Le roi Mou) alla dans l'ouest inspecter les fiefs; il s'y plut et oublia de revenir; le roi 
Ten de Siv fit des troubles. Tsao-fou était cocher du roi Mou; il revint dans (le pays de) 
Tcheou à toute vitesse, parcourant mille li par jour, afin de parer aux troubles. Le roi 
Mou donna la ville de Tchao en fief à Tsao-fou. . . 

(Récit identique dans les annales de Tchao avec les additions suivantes; le quadrige 
fut assorti par Tsao-fou et offert par lui au roi Mou. — Le roi Mou vit Si-wang-mou 
et se plut en sa compagnie). 

Kien d'autre, dans ces textes, n'est dit au sujet du quadrige. C'est donc dans ces 
quelques mots que Chavannes a vu «l'empreiate de la race turque qui habitait ces regions» 
et trouvé un argument suffisant pour considérer comme non avenu le fait que ces Annales 
des Ts'in et des Tchao attribuent formellement le voyage à l'empereur .Uou et à son 
serviteur, leur ancêtre Tsao-fou. 



LE VOYAGE DE MOU WANG ET l'HYPOTHÈSE d'eD. CHAVANNES. 27 

au 7® siècle alors que, d'après les annales des Ts'in et des Tchao, 
son fondateur est Tsao-fou, l'automédon du roi Mou, créé seigneur 
de Tchao au 10® siècle. D'un trait de plume et sans examiner 
quelles sont les répercussions de son hypothèse, il transplante du 
début du 10® siècle à la fin du 7® siècle, c'est-à-dire eu pleine 
période Tch'ouen — Ts'ieou, un ensemble de faits complexes et déclare 
que l'ancêtre des princes (plus tard rois) de Tchao est, en l'an 623, 
le cocher du prince de Ts'in. 

Or, à cette époque, bien connue non-seulement par les annales 
des états, mais par le livre de Confucius et ses commentaires, l'an- 
cêtre des princes de Tchao était Tchao Tch'ouei au service, non pas 
du prince de Ts'in, mais du fameux duc Wen de Tsin dont il avait 
été le fidèle compagnon pendant ses 19 ans d'exil et à qui ce 
kong tseu, aux aventures romanesques, devait en partie sa couronne 
puisque c'est lui, Tchao Tch'ouei, qui l'avait arraché à ses amours 
dans le pays de Ts'i. Ce Tchao Tch'ouei mourut en 622 et son fils 
Tchao Tauen lui succéda. Cette famille a vécu sous le plein jour de 
l'histoire et l'on sait que, étant devenue très puissante, elle s'en- 
tendit avec deux autres grandes familles pour démembrer le mar- 
quisat de Tsin en trois principautés qui furent Tchao, Han et Wei 
(en 376). 

L'opinion avancée par Chavaunes en 1905, et qui se heurte 
aux annales de Ts'in, de Tchao, de Tsin, au Tso tchouan, au Tchou 
chou ki nien et au Kouo yu, est insoutenable. Mais avant de l'avoir 
formulée dans le tome V des Mémoires historiques, il l'avait présentée 
sous une forme différente dans le tome II en 1897. Voyons si cette 
première version est plus acceptable: 

Quel est en effet le noyau de la légende? C'est Tsao-fou et son attelage 
de chevaux merveilleux dont on a conservé les noms étranges. Mais comme 
Tsao-fou passe pour avoir vécu au temps du roi Mou, les érudits ont rapproché 
le voyage dans l'ouest du nom de ce roi. C'est ainsi qu'une légende qui prit 
naissance dans le Chàn-si à une époque où les habitants de l'état de TsHn 



28 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

étaient encore barbares, a été d'abord rattachée artificiellement à l'histoire du 
royaume du Milieu en vertu d'une prétendue concordance chronologique entre 
Tsao-fou et le roi Mou, puis s'est grossie de toutes les fables qui se sont for- 
mées autour du contre-sens commis sur le nom de Si-wang-mou. 

Cette hypothèse est encore plus inadmissible que l'autre; si 
Chavannes l'a modifiée, c'est évidemment parce qu'il s'en est rendu 
compte. Le Mou t'ien tseu tchouan ne peut en effet avoir été com- 
posé par les érudits d'après la légende d'un peuple encore barbare ^). 
C'est un document très objectif, manifestement rédigé d'après des 
éphémérides contemporaines des événements. Aussi Chavannes a-t-il 
précisé, en 1905, que ce récit avait dû être achevé peu après la 
mort du duc Mou survenue en 621. 

* 

Chose curieuse, le mobile qui pousse Chavannes à ces suppo- 
sitions gratuites dont il ne vérifie pas les aboutissants, est visible- 
ment le désir de prouver le caractère turk des coutumes équestres 
qui se manifestent dans la Relation du voyage. Or personne ne 
conteste ce caractère turk et, pour l'admettre, il n'est aucunement 
nécessaire de transplanter l'épisode du domaine des Tcheou dans 
celui des Ts'in. Le territoire ancestral des Tcheou était au nord puis 
au sud de la rivière Wei, en contact avec les peuplades pastorales 
turco-tartares des Jong et des Ti. Et, même après l'accession des 
Tcheou au trône impérial, leurs fonctionnaires étaient en relations 
matrimoniales avec les barbares Jong^). Il est tout naturel que 
dans ces territoires d'élevage, la technique chevaline et les coutumes 



1) On peut en dire autant des concordances qui résultent des diverses annales et du 
Tao tchouan, an snjet de la généalogie des Tchao et des Ts'in, de l'intervention de Tsao 
fou et de Meou fou, du nom de clan du roi Mou, etc. A quelle époque les «érudits» 
auraient-ils transformé des événements de l'an 623 et la généalogie des princes de Tchao 
en une légende du 10° siècle déjà fixée dans le Tso tchouan^ 

2) C'est même îi cause de ces unions mixtes que Fei-tseu reçut le fief de Ts'in au 
lien de celui de Ta-lo qui lui était destiné, comme on le voit (t. II, p. 10 — II) dans ces 
annales que Chavannes supprime d'un trait de plume. 



LE VOYAGE. DE MOU WANG ET l'HYPOTHÈSE d'ED. CHA VANNES. 29 

équestres soient restées turkes, de même que chez nous la termino- 
logie des courses de chevaux et les règles du sport conservent leur 
caractère anglais. 

Un autre argument présenté par Chavannes est (comme nous 
l'avons vu plus haut) que la littérature chinoise était encore trop 
dans l'enfance au X® siècle pour produire un document aussi nette- 
ment scientifique que la Relation du voyage du roi Mou. Les docu- 
ments contemporains montrent cependant que ce ne sont pas les 
moyens d'expression qui manquent à cette époque: la différence de 
style entre la littérature du Chou king et le Mou t'ien tseu fchouan 
tient surtout, semble-t-il, à la différence des genres ^). 

Reste encore une dernière critique, la seule que Chavannes ait 
prévue: 

L'objection qu'on fera à ma théoiie est que le héros du Mou fien tse tchoan 
est constamment appelé le Fils du Ciel ^ -^ , épithète qui, en droit, ne peut 
convenir qu'à un roi de la dynastie Tcheou. . . 



1) Je suis d'autant plus sceptique au sujet de cette objection d'ordre philologique que 
j'ai eu roccasion de voir et de montrer à quelles erreurs d'appréciation une prévention 
analogue a conduit en ce qui concerne le texte du Tao tien. On pensait qu'à une époque 
si reculée il ne pouvait être question que d'observations astronomiques très grossières et 
l'on s'ingéniait à imaginer des procédés primitifs — d'ailleurs inapplicables, inopérants et 
inexistants — pour les faire cadrer avec le texte; alors que celui-ci appartient avec évi- 
dence à la période de l'astronomie tropique et solsticiale qu'il caractérise avec une netteté 
admirable; et que les quatre astérismes qu'il met en rapport avec les equinoxes et solstices 
sont précisément les astérismes centraux équidistants des quatre palais sidéraux immuables 
qui ont traversé quarante siècles d'histoire et correspondent aux saisons de la haute anti- 
quité. Ce qui, corroboré par les trigrammes de Fou-ki, par le calendrier originel (dit «des 
Hiay>, où les equinoxes et solstices marquent aussi le milieu des saisons) et par l'admirable 
symétrie diamétrale des étoiles fondamentales, montre que le système chinois, astronomique 
et dualistique, était constitué dès la haute antiquité. Le texte du Yao tien qui, dans sa 
concision symétrique, en résume les caractères essentiels, est un document proprement 
scientifique et synthétique, bien supérieur à ce que la Chaldée, ou tout autre foyer de 
civilisation, a produit à la même époque. (Cf. Archives des sciences pAysiques, Genève 1920). 

L'esprit curieux du roi Mou l'a entraîné vers un ordre d'idées naturellement incom- 
patible, dans la forme et dans le fond, avec celles de son époque et de son milieu ritua- 
listique. Mais si la relation de son voyage est un document scientifique, le texte du Tao 
tien, antérieur de quatorze siècles, l'est bien davantage. 



30 LÉOPOLDDESAUSSURE. 

Cette considération ne serait pas dénuée de valeur s'il n'y en 
avait vraiment pas d'autres à présenter. Mais elle n'aurait jamais 
une eflBcacité probante, car elle est affaire d'appréciation. Il n'est 
pas vraisemblable que les comtes de TsHn, après s'être arrogé le 
titre de roi, aient osé prendre le titre — essentiellement unique et 
impliquant des cérémonies religieuses impériales — de Fils du Ciel ^). 
Mais on ne pourrait pas démontrer l'impossibilité de la chose si un 
indice faisait naître une telle supposition. Cet indice, je ne le vois 
pas dans le Mou t'ien tseu tchouan, car la thèse de Chavannes attri- 
buant ce document au duc Mou ne paraît pas défendable. 

CONCLUSION. 

L'hypothèse de Chavannes au sujet d'une substitution du roi Mou 
au duc Mou dans le Mou i'ieîi tseu tchouan présente beaucoup 
d'analogie avec celle qu'il a émise en 1906 pour soutenir que la 
théorie des cinq éléments n'est pas chinoise mais turque ^). Dans 
l'un et l'autre cas, il est parti d'une supposition basée sur des 
rapprochements assez vagues, sans prendre le soin de rechercher les 
textes auxquels elle se heurte et de voir s'il est possible de les ré- 
cuser. Dans l'un et l'autre cas il semble avoir méconnu l'utilité de 
son admirable traduction des Mémoires historiques de Sseu-ma Ts'ien 



1) De nos jours les rois d'Ânnam (depuis 6ia-lông tout au moins, voir les Souvenirs 
de Chaigneau) ont usurpé ce titre au grand scandale des Chinois, qui ont attribué leur 
chute à cet acte d'impiété. Mais dans l'antiquité chinoise la situation était autre; les états 
feudataires les plus puissants se surveillaient les uns les autres et maintenaient l'égalité 
par des alliances. On n'imagine guère que l'un des princes ait pu prendre le titre de Fils 
du Ciel sans causer an scandale dont ou trouverait sûrement l'écho dans le TcA'otien Wieou 
ou dans ses commentaires. 

2) La réfutation que j'en ai faite et que Chavannes a accueillie avec bonne grâce dans 
le T'ounff pao (1910), a été complétée en 1911 par A. Forke dans l'appendice de son 
Lut! Hêng. 



LE VOYAGE DE MOU WANG ET l'hYPOTHÈSE d'eD. CHAV ANNES. 31 

qui constitue un répertoire si commode des textes antiques et où il 
est si facile d'en trouver à opposer à ces deux hypothèses ^). 

Il n'y a pas a regretter, cependant, que ce grand sinologue ait 
formulé, ça et là, des suppositions contestables; car du choc des 
idées jaillit la lumière et, pour que les questions soient résolues, 
il faut d'abord qu'elles aient été posées. 



1) Je me suis borné ici à réfuter l'hypothèse de Chavannes par des arguments em- 
pruntés aux livres d'histoire (CAe ki, Tso tchouan, etc.), parce que je n'avais pas à ma 
disposition le texte du Mou t'ien tseu tckouan, dont il ne me restait qu'un vague souvenir. 
Mais, depuis lors, ayant eu l'occasion de le relire (dans la traduction d'Eitel, Cj^tVza jRméze', 
vol. XVII), j'ai été vivement frappe' par l'objectivité de cet antique document qui provient 
manifestement (sauf quelques interpolations évidentes) du journal d'un historiographe du 
roi Mou. Ce texte précieux n'a guère été étudié d'une manière approfondie par les criti- 
ques chinois et occidentaux puisqu'aucun d'eux ne s'est aperçu des énormes erreurs calen- 
dériques qui y ont été introduites, lors de sa reconstitution, après sa découverte en frag- 
ments épars et incomplets, au IIP siècle de notre ère. Le lettré chargé du collationnement 
s'est borné à juxtaposer ces fragments, en numérotant les jours d'après la notation cyclique 
sans penser qu'un ou plusieurs cycles avaient pu s'écouler entre deux dates (exemple: 
907° jour, chute de neige en automne; 910' jour, grande chaleur d'été). On trouvera dans 
de prochains numéros du Journal asiatique et de la New China Review des études détaillés 
à ce sujet. 

En ce qui concerne l'objectif du principal voyage, je n'ai pas d'opinion. Si j'ai men- 
tionné le Turkestan oriental, c'est simplement parce que La Couperie, Chavannes et Parker 
s'accordaient sur ce point. Mais la découverte des lacunes du texte est probablement de 
nature h remettre en question cette hypothèse. Les Annales sur bambou désignent les monts 
K'ouen louen. Si ce terme ne figure pas dans le texte (sauf en un passage fantastique 
visiblement interpolé), c'est qu'il y a une lacune de 60 jours, insoupçonnée jusqu'ici, entre 
la visite à Si-wanq-mou et le séjour de chasse an Kouang yuan, point terminus du voyage. 

A propos du passage le mettant en cause, ci-dessus, p. 19, M. P. Pelliot me fait ob- 
server qu'il s'agit d'un lapsus calami, car en 1897 Chavannes n'avait pas encore émis son 
hypothèse concernant le duc Mou de Ts'in En lui donnant acte de celte rectification, 
j'ajoute que c'est peut-être ce quiproquo fortuit qui a suggéré à Chavannes l'idée de sub- 
stituer le duc Mou au roi 51ou lorsqu'il modifia en 1905 sa première version de 1897. 

\_Nota: — Dans la phrase écrite par moi en 1904 et que M. de Saussure reproduit 
à la suite de M. Ferrand, la mention du duc Mou de Ts'in au lieu du roi Mou des Tcheoa 
est un simple lapsus, comme le montre d'ailleurs la date indiquée du X° siècle, qui a sur- 
pris M. de Saussure. Ce lapsus est antérieur à l'hypothèse de Chavannes, que pour ma part 
je n'ai jamais acceptée. Je considère qu'il s'agit bien du roi Mou des Tcheou, ce qui ne 
veut pas dire que j'admette l'historicité du récit. — P. Pelliot]. 



LE JUIF NGAI, 
INFORMATEUR DU P. MATHIEU RICCI, 

PAR 

PAUL PELLIOT. 

..qp.. 

Dès 1615, la version latine publiée par Trigault des Commentaires 
de Mathieu Ricci racontait comment, quelques années après l'éta- 
blissement des Jésuites à Pékin, un Juif de K'ai-fong-fou était venu 
trouver le P. Ricci qu'il prenait pour un correligionnaire, et avait 
ainsi révélé à l'Occident l'existence ancienne de colonies juives en 
Extrême-Orient. 

Il y a quelques années, l'édition du P. Tacehi-Venturi nous a 
rendu les Commentaires de Ricci dans le texte italien original ^). 
Aux pages 468—471, sous une date que le P. Tacchi-Vbnturi 
fixe à 1605, on retrouve le récit traduit par Trigault. Il vient d'être 
question d'un livre écrit par un Chinois et où il était question des 
Pères, et Ricci continue ainsi: 

«Ce livre vint aux mains d'un Juif de nation et de religion, 
de la province et de la métropole du Ho-nan, Ngai de son nom 



1) P. Pietro Tacchi-Venturi S.J., Opère Storiche del P. Matteo Ricci S.J., t. I, I 
Commentari délia China, Macerata, 1911, grand in-8**, oxvui -j- 660 pp. -f- 1 f. s. n.; 
t. II, Le lettere délia Cina, ibid., 1913, lxvii + 570 pp. + 1 f, s. n., avec planches. 
L'édition est excellente et le commentaire met à profit les pre'cicuses archives de la Com- 
pa8;nie. Un certain nombre de mots chinois sont estropiés. L'index est très incomplet et 
assez souvent fantif. 



LE JUIF NGAI, INFORMATEUR DU P. MATHIEU RICCI. 33 

de famille, lequel avait déjà atteint le grade de licencié littéraire 
en Chine et était venu cette même année à Pékin pour les examens 
de doctorat. ... Le P. Mathieu le mena de suite à la chapelle où 
on avait nouvellement placé sur l'autel, vu que c'était la fête de 
Saint Jean Baptiste, une belle image de la Vierge, qui avait d'un 
côté l'Enfant Jésus, et de l'autre Saint Jean Baptiste en adoration 
à genoux. . . . On lui montra la Bible de Plantin en hébreu. ... Il 
dit aux pères qu'à K'ai-fong beaucoup savaient l'hébreu, entre autres 
un sien frère, et que lui, dès son enfance, s'était adonné aux lettres 
chinoises, et ainsi n'avait pas appris les lettres hébraïques. Et il 
donna à entendre que, pour avoir suivi les choses des lettrés de la 
Chine, il avait été chassé de la synagogue par l'archiprêtre qui est 
là à leur tête et était à moitié excommunié, et qu'il aurait facile- 
ment abandonné cette loi s'il eût pu obtenir le grade de docteur, 
comme le font aussi les Musulmans qui, réussissant à obtenir le grade 
de docteur, n'ont plus peur de leurs mollah, et abandonnent la loi»^). 

Ainsi le licencié Ngai serait venu voir Ricci le jour de la Saint- 
Jean, c'est-à-dire le 24 juin 1605, à l'occasion d'un voyage que 
Ngai faisait à Pékin pour se présenter aux examens triennaux de 
doctorat. On sait en effet que ces examens triennaux ont amené au 
P. Ricci, tout au moins en 1607 et 1610, un grand concours de 
visiteurs. 

Mais il y a à cette version des Commentaires une grosse difficulté. 
Les dates des examens triennaux de doctorat sont bien connues. 
Depuis le début des Ming, les noms des lauréats de chaque promo- 
tion sont gravés sur des stèles qui existent encore au Kouo-tseu-kien 
de Pékin, et toutes ces promotions sont éditées dans un recueil 



1) Ngai exagère l'opposition que les rabbins auraient faite aux lettres chinoises. Les 
Inscriptions juives de K'ai fong fou traduites par le P. Tobar font connaître les noms de 
plusieurs bacheliers et même de deux docteurs, Kao Siuan (de promotion inconnue) et 
Tchao Ying-cheng, docteur de 1646, qui conservèrent des attaches étroites avec la synagogue. 

3 



34 PAULPELLIOT. 

facilement accessible, le ^ i^ ^^ ^ T'i ming pei lou. Or il y a 
eu des examens de doctorat en 1601, eu 1604, en 1607; il n'y en 
a pas eu en 1605. 

On ne pourrait d'ailleurs arguer dé l'absence de millésime précis 
dans ce chapitre des Commentaires pour reporter à juin 1604 la 
visite du Juif Ngai. Les examens de doctorat se passaient au prin- 
temps, et V Histoire des Ming enregistre régulièrement, dans la 
troisième lune, la proclamation des résultats; en 1604, c'est le 13 
avril que la liste sortit ^). Peu après, les candidats malheureux 
retournaient dans leurs provinces. Il n'y aurait pas grande appa- 
rence pour que le Juif Ngai, s'il était venu à Pékin pour les 
examens de doctorat, s'y fût encore trouvé le 24 juin. D'ailleurs 
les Commentaires disent que, lors de la visite de Ngai, on lui montra 
la Bible de Plantin en hébreu. Il s'agit là de la Bible tétraglotte 
dite ^ Bible Royale'»^ imprimée chez Plantin en huit volumes, et 
qui parvint à Pékin, sauvée d'un naufrage dans une inondation du 
Pei-ho aux environs de T'ong-tcheou, au plus tôt dans les derniers 
jours de juillet 1604 2): même à cette date, la Saint-Jean était 
passée depuis uu mois. Enfin il y a une raison décisive pour que 
la visite de Ngai soit bien de 1605; c'est que dans une lettre auto- 
graphe du 26 juillet 1605, adressée au P. Cl. Acquaviva, le P. Ricci 
emploie en propres termes, à propos de la visite de Ngai, l'expres- 
sion de «ces jours passés». 

C'est en reprenant cette lettre du 26 juillet 1605 que nous allons 



1) Cf. Ming che, ch. 21, f° 2 v°. 

2) Sur la venue de cette Bible, cf. Tacchi-Ventnri, I, 453; II, 260, 282—283. Le 
P. Tacchi-Venturi (I, 462) admet même que le naufrage (dont il est aussi question II, 266) 
est de l'autoDonfe ou de l'hiver de 1604. L'hiver est hors de question, puisque le Pei-ho 
est alors gelé et ne peut déborder. En outre le P. Ricci (cf. Tacchi-Venturi, I, 452) met 
ce naufrage et l'inondation du Pei-ho au même temps que les grandes pluies qui causèrent 
une inondation à Pékin (sur ces pluies, cf. Tacchi-Venturi, I, 452; II, 271, 288). Or, 
d'après le Ming che (ch. 21, P 3 r°), c'est le 27 juillet que «à la capitale il y eut une 
grande pluie qui renversa [une partie de] l'enceinte de la ville». 



LE JUIF NGAI, INFORMATEUR DU P. MATHIEU RICCI. 35 

chercher la solution de la difficulté. Le P. Ricci dit qu'il a appris 
depuis «peu de jours» l'existence d'une ancienne chrétienté à 
K'ai-fong-fou, et il continue en ces termes (Tacchi-Venturi, II, 290 
et suiv.); 

«Nous avons su cela par l'intermédiaire d'un Juif de religion, 

de nationalité et de type, qui ces jours passés est venu me visiter 

C'est un homme appelé Ngai, de la province du Ho-nan, habitant 
de la métropole [de cette province]; son père avait trois fils; lui 
s'est adonné aux lettres chinoises et a obtenu le grade de licencié; 
il a déjà une soixantaine d'années; il est venu cette année demander 
un emploi qui lui a été donné dans une école de la ville de lanceo 
(Yang-tcheou). Les deux autres frères se sont appliqués aux lettres 
hébraïques et sont, paraît-il, rabbins parmi eux^).... H vint chez 
nous dans l'octave de Saint Jean Baptiste. ...» 

Cette lettre, écrite au lendemain de la visite de Ngai, doit faire 
foi. Avec elle, toute difficulté disparaît. Ngai vint en 1605 à Pékin 
pour demander un emploi, et non pour passer un examen qui n'eut 
pas lieu cette année-là. Mais quelques années plus tard, en écrivant 
ses Commentaires^ Ricci confondit la visite de ce licencié avec celles 
que lui rendirent tant d'autres licenciés quand ils venaient à Pékin 
pour les examens triennaux de doctorat. Il est possible d'ailleurs 
que Ngai ait dit aux Pères, comme le veulent les Commentaires, 
qu'il se fût senti plus libre d'abandonner ses correligiounaires s'il 
eût pu passer le doctorat^); mais à 60 ans, il avait eu le temps 
d'échouer à pas mal de sessions, et en 1605 ce n'est pas pour 
tenter encore de conquérir un grade littéraire qu'il était venu à la 
capitale, mais pour obtenir un gagne-pain. Enfin la date de cette 



1) Deux ou trois ans plus tard, le fils d'un de ces frères rabbins, appelé lui aussi Ngai 
naturellement, vint à sol tour visiter les Jésuites de Pékin. 

2) Des propos prêtés à Ngai, il semble résulter que Juifs et Musulmans constituaient 
en Chine sous les Ming, au point de vue administratif, des «nations» placées sous l'auto- 
rité et la responsabilité de leurs chefs religieux. 



36 PAULPELLIOT. 

visite n'est pas le 24 juin, mais un jour indéterminé de la semaine 
du 25 au 31 juin 1605. 

Ce Juif Ngai, il n'est pas impossible de l'identifier. 

Il y a peu de noms de famille Ngai; celui auquel on songe 
immédiatement est celui-là même que prit peu après le P. Aleni, 
à savoir ^ Ngai. La Biographie chinoise de Ricci écrite par le 
P. Aleni ^), en racontant la visite de 1605, donne bien au Juif le 



1) Il n'y a à ma connaissance (si on excepte la portion du ch. 326 du Minq che 
partiellement et parfois inexactement traduite dans Bretschneider, Mediaval Researches, II, 
324 — 326) qu'une biographie chinoise du P. Ricci, celle due au P. Aleni. Elle est pre'cédée 
d'un portrait du P. Ricci qui a été reproduit par le P. Tacchi-Venturi (t. II, en face de 
la p. 172) d'après l'exemplaire imprimé de cette Biographie, en 20 ff. plus 1 f° de fron- 
tispice, qui se trouve à la Bibliothèque Nationale de Rome. M. Vacca (dans Tacchi-Venturi, 
H, 548), qui mentionne cet exemplaire imprimé de Rome (sous le n° 21 de sa bibliographie), 
ne donne aucune date soit pour la re'daction, soit pour l'impression; mais il ajout« qu'il y 
a également à la Bibliothèque Nationale de Rome un exemplaire imprimé de deux autres 
«biographies» (qu'il classe sous les n"' 22 et 23 de sa bibliographie), l'une en 10 fiF., l'autre 
en 2 fif. Pour aucune de ces deux autres «biographies», il n'indique de nom d'auteur, ni 
de date de composition ou d'impression. Mais M. Vacca dit que son n° 21 correspond au 
n° 28 de Cordier, L'imprimerie sino-européenne en Chine, et ses n"' 22 et 23 au n° 29 du 
même ouvrage de M. Cordier. Vu que, pour le n" 28, M. Cordier indique une postface 
qu'il date de 1636, je pense. que c'est là que le P. Tacchi-Venturi a pris cette même date 
pour le portrait de Ricci. En réalité, il y a eu dans les divers auteurs toute une série de 
confusions. Il faut renverser les équivalences données par M. Vacca; c'est le n** 29 de M. 
Cordier qui répond à son n° 21, et le n° 28 de M. Cordier représente en réalité ses n°' 
22 et 23, plus autre chose. Mais les descriptions mêmes de M. Cordier reproduisent à 
leur tour des indications en partie inexactes du Catalogue des livres chinois de M. Courant. 
Les biographies chinoises du P. Ricci, toutes manuscrites, occupent dans ce Catalogue les 
n°' 1014, 1015, 1016 et 996. Les n"' 1014, 1015 et 1016 contiennent la Biographie de 
Ricci par Aleni. Le n° 1014 en particulier est la reproduction fidèle d'un exemplaire im- 
primé à l'église de Fou-tcheou, appelée ici -S* ^^t ""y' King-kiao-t'ang; il est indiqué 
que l'œuvre a été relue par les PP. Emmanuel Uiaz (junior), Eereira et Semedo, et que 
l'édition a été autorisée par le P. Emmanuel Diaz (junior), supérieur de la Mission. Il est 
vraisemblable que c'est là l'édition même qui existe à la Bibliothèque Nationale de Rome, 
encore qu'il ait dû y avoir aussi au XVIP siècle une édition publiée par la mission de 
Pékin (à en juger d'après les listes de Courant, Catal., n" 7046). Je doute d'ailleurs que, 
pour l'édition de Pékin, il faille adopter la date de 1620 indiquée par le P. Sommervogel, 
car il me paraît probable que la révision des PP. Em. Diaz, Fereira et Semedo et l'auto- 
risation du P. Diaz s'appliquent à la première édition; or le P. Diaz (junior) n'est devena 
vice-provincial que vers 1623; d'autre part la révision est forcément antérieure à 1637, 



LE JUIF NGJAI, INFORMATEUR DU P. MATHIEU RICCI. 37 

nom de ~^ Ngai, et les ioacriptious juives de K'ai-fong-fou nous 
attestent que ce nom était effectivement porté par des familles de 



date à laquelle le. P. Semedo quitta la Chine. Eofin, à supposer que l'édition de Fou-tcheou 
ne soit pas l'édition princeps, elle doit être antérieure à 1645, date à laquelle l'église de 
Fou-tcheou cessa d'être appelée King-kiao-t'ang. Comme on le voit, il n'y a rien là qui 
s'oppose à la date de 1636; mais cette date elle-même, jusqu'à de nouvelles trouvailles, ne 
me paraît reposer sur rien. Dans le n° 1015, la biographie de Ricci par Aleni est suivie 
du rapport de i^ ;;§ ^3 Wou Tao-nan demandant que l'Empereur octroie un terrain 
pour la sépulture de Ricci (Wou Tao-nan avait été reçu pang-yen, c'est-à-dire second, aux 
examens de doctorat de 1589). Ce rapport, imprimé, est détaché du 5" ch. du ^W ^S 

1^ "aT* r^P Tsiue kiao t'ong wen ki, où il occupait les fif. 10 — 13. Le Tsiue kiao t'ong 
locn ki, qui semble aujourd'hui perdu, doit avoir été, à en juger par son titre, uu ouvrage 
assez considérable consacré à des documents concernant des étrangers lointains, c'est-à-dire 
sans doute les missionnaires. J'en ai retrouvé la préface, écrite en 1615 par le mandarin chrétien 

'^n ^~, i/z] ^^"g T'ing-yun, au début du très intéressant recueil de documents relatifs 
aux chrétiens qui se trouve à la Bibliothèque publique de Petrograd sous le titre de -IP 

^p^ "^ R ISa. Tien hio tsi kiai, en 9 pen formant 9 ch. (n° 829 du catalogue de Dorn). 
Enfin le n° 996 de M. Courant, d'où la date de 1636 paraît tirée, ne la donne pas. Dans 
un examen forcément superficiel, M. (Jourant a indiqué inexactement le contenu du manuscrit. 
En tête de ce n° 996 est le portrait de Ricci, copié sur celui de l'édition imprimée de la 
Vie de Ricci par Aleni. Puis viennent 10 ff. occupés par le "w* rfti ^|I pft^ ^& -?* -'^B 
Ta si li si t'ai tseu tchouan (correspondant manifestement au n° 22 de M. Vacca), lequel 
se termine par ces mots : <c Après avoir salué en se prosternant, le V/^ 7j^ HB — p* 
Tchan-tchai-kiu-che HÊ .Àtt w^ Tchang Wei-tch'ou, tseu JZ- ^^§ Tseu-houan, a composé 
[cet écrit]». Tchang Wei-tch'ou (de Wen-ling ou Tsin-kiang, c'est-à-dire de Ts'iuan-tcheou 
au Fou-kien) était gouverneur du Chàn-si en 1626 (cf. 6'^«« si t'ong iche de 1735, ch. 22, 
f° 23 r°); il est nommé dans un édit de 1628 qu'on retrouve dans les œuvres du ministre 
chrétien Thomas ^g -rV^ ^fi K'iu Che-sseu (cf. Giles, Biogr. Biet., n° 499, et les 
œuvres de K'iu Che-sseu, à la Bibl. Nat., coll. Pelliot, II, 236, ch. 2, f° 24 r°); une 
poésie écrite en faveur des missionnaires par Tchang Wei-tch'ou antérieurement à 1641 se 
trouve dans le n° 7066 du Catalogue de M. Courant. Le T'ien hio tsi kiai de Petrograd 
contient une dissertation de Tchang Wei-tch'ou sur le Si hio fan et le Wan wou tchen yuan 
d'Aleni. Si j'avais actuellement à ma disposition le Ts'iuan tcheou fou tche, il est probable 
que je pourrais préciser les étapes de la carrière de ce fonctionnaire lettré. En tout cas, 
sa biographie de Ricci, qui est sans doute antérieure à 1650, n'est qu'un démarquage de 
celle écrite par Aleni, qu'il invoque formellement. Vient ensuite, dans le manuscrit n° 996, 
la biographie même écrite par Aleni, avec la même suscription que dans les n°' 1014 — 1016, 
et occupant là aussi 20 ff. Enfin vient en 2 ff. le g§ ^|j -JQ fjÇ. '^ 'fô Tou li sien 
cheng tchouan heou, c'est-à-dire «Postface à la Vis de Ricci», qui est le n° 23 de M. Vacca 

et se termine par ces mots : tÛ M ^ ^ ^ ^ Wi^ ^^^ ^ ^ ' 

« Ecrit, après s'être parfumé et lavé et avoir salué cent fois, par le disciple Li Kieou-piao, 



38 PAUL, P ELLIOT. 

la colonie juive du Ho-nan ^); Mais ce nom même de ^ Ngai est 
assez rare. D'autre part, les monographies locales enregistrent le 
plus souvent les promotions de licenciés pour les préfectures ou 
sous-préfectures dont elles s'occupent. Or, dans la Description de 
K'ai-fong^fon^ il n'y a, pour les deux sous-préfectures de Siang-fou 
et de Siuan-wou qui se partagent la ville même de K'ai-foug, 
qu'un seul licencié de nom de famille Ngai, c'est ^ ^ Ngai T'ien, 
originaire de la sous-préfecture de Siang-fou, qui passa l'examen de 



de Fou-t'ang (Fou-tcheou) ». Li Kieou-piao et son frère "^^ 7^ '^Ol Li Kieou-kong sont 
deux chrétiens connus; Li Kieou-kong, converti en 1628 (voir sa préface a Courant, 
Catalogue, n° 6876), est mort en 1681; sur Li Kieou-piao, on peut consulter les n°' 6884 
et 7114 du Catalogue de Courant, et Havret, Stèle chrétienne. II, 95. L'activité' littéraire 
des deux frères paraît porter sur le 2° tiers du X VIP siècle. Enfin, une dernière ligne porte : 
«Copié (^^) au IP mois de ping-tseu, 33 feuillets». C'est de ce ping-tseii que M. Cou- 
rant a tiré la date de 1636, qui a passé dans l'Imprimerie sino-européenne de M. Cor- 
dier et de là, semble-t-il, dans l'ouvrafje du P. Tapchi-Venturi. Mais on voit que ping-tseu 
ne donne pas la date de la composition d'une quelconque des parties du n° 996, mais 
seulement de l'exécution matérielle du manuscrit. On n'a même pas \^ nu terminus ad quem, 
car ping-tseu peut à la rigueur correspondre à 1696. Le cachet de ^W^ a|^ Sseu-mo, qui se 
trouve au début du manuscrit, ne contredit pas à cette dernière date; il en résulte en effet 
seulement que le manuscrit a appartenu au Jésuite chinois j^g 7^ "^ Lou Hi-yen, 
tseu Sseu-mo, qui a vécu de 1630 à 1704, Quant au «Rapport sur la vie du P. Ricci» 
par les PP. Pantoja et de Ursis qu'indique M. Courant (n° 1321), en disant qu'il porte 
la date de 1586 qui serait sans doute à corriger en 1616 (ces mêmes indications ont passé 
dans Cordier, L'imprimerie sino-européenne, n° 244), le manuscrit donne très correctement 
et lisiblement la 44' année Wan-li, c'est-à-dire 1616 (et non 15S6), et ce n'est pas un 
rapport sur la vie du P. Ricci, mais le mémorial présente' en 1616 par Pantoja et de Ursis 
pour se de'fendre contre les accusations de VyT y^^ Chen Kio ; en d'autres termes, c'est 
un exemplaire du ^^ ^feel Pien kie (sur lequel, cf. Cordier, L'imprimerie sino-européenne, 
n° 184; Havret, Stele chrétienne, II, 16 — 17). Par cet exemple, j'ai voulu seulement mon- 
trer que la 'oibliographie détaillée des œuvres chinoises du christianisme an XV IP siècle 
reste à faire, et que les éléments d'information ne font pas défaut. Mais leur groupement 
et lenr discussion exigera beaucoup de travail et un long temps. 

1) Cf. Tobar, Les inscriptions juives de K'ai-fong-fou, p. 43, 46, 83 — 87. L'inscription 
de 1663 énumère sept «familles», dont la famille Ngai, qui en 1653 fournirent les fonds 
nécessaires pour reconstruire la synagogue. C'est plus de la moitié des «dix ou douze fa- 
milles» dont Ngai T'ien avait parlé à Ricci en 1605 (cf. Tacchi-Venturi, I, 469). Il s'agit 
de « noms de famille » ou de « clans » différents, mais chacun d'eux était porté par un assez 
grand nombre d'individus. 



LE JUIF NÖAI, INFORMATEUR DU P. MATHIEU RICCI. 39 

licence en Wan-li kouei-yeou, c'est-à-dire en 1573, et ne dépassa 
pas les fonctions mandarinales de tche-hien, autrement dit de sous- 
préfet ■■•). Il y a d'autant moins à douter que ce soit là l'informateur 
du P. Ricci qu'ayant passé la licence en 1573, Ngai T'ien devait 
bien avoir en 1605, comme le veut la lettre de Ricci, une soixantaine 
d'années. Par la lettre du P. Ricci, nous apprenons en outre que 
Ngai T'ien reçut une fonction «dans une école de la ville de lanceo». 
Tl est pratiquement certain qu'il s'agit de la ville préfectorale de 
j^ ^|>j Yang-tcheou au Kiang-sou, mais Ngai T'ien eut là une 
charge assez mince, et la Description de Yang-tcheou est muette à 
son sujet. 

J'ai rédigé cette note pour deux raisons. L'une est d'indiquer 
la voie par où on peut retrouver dans les textes chinois la grande 
majorité des personnages nommés ou visés par les Commentaires de 
Ricci ou par ses Lettres ^). Mais il m'a paru également intéressant 
de montrer, par un exemple concret, que, si le texte original des 
Commentaires permet de rectifier ou de préciser en bien des endroits 
la version latine de Trigault, ces Commentaires n'en sont pas moins 
rédigés après coup, et qu'il est essentiel, chaque fois qu'on le peut, 
de les contrôler par les Lettres, qui sont, elles, un témoignage vrai- 
ment contemporain et d'une incomparable autorité. 



1) Cf. K'ai fong fou tche, éd. de 1693 (Bibl. Nat., coll. Pelliot, I, 269), ch. 23, f 
48 v°. Les mêmes indications doivent se trouver dans le ÏÏSË ^+ ^&;6 j^\ Siang fou 
Men tche, mais l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale (coll. Pelliot, II, 741; éd. de 1739) 
est très défectueux, et le passage en question y manque. 

2) M. Vacca (dans Tacchi-Venturi, II, 143 — 144) a indiqué neuf équivalences (le nom 
d'Ignace K'iu Jou-k'ouei, autrement dit de K'iu T'ai^sou, est à écrire ^g YTT l^fc K'iu 
Jou-k'ouei; c'est un oncle du ministre Thomas K'iu Che-sseu); il serait aisé de quintupler 
ce chiffre. 

Note additionnelle: Le Li Kieou-kong cité p. 38 est le père de ^C ^E ^^ Li 
Yi-fen, éditeur de Courant, Catal., n° 7227. Ce Li Yi-fen doit être le même que Léonce Li, 
qui fut un des maîtres de chinois de M^" Maigrot. 



LE SYSTÈME MUSICAL 



PAR 



G. MATHIEU. 

2e Partie, C. 1««*. Notation tonale. ') 

Pour connaître de la tonalité, il faut d'abord signaler l'opposition 
qu'ont entre eux et les Modes et les Tons. La notation antique le 
faisait, comme le prouvent les traditions conservées en Grèce et 
en Chine. 

§ 1. En Grèce. 

Sur les « Modes Grecs » , je citerai M. Croiset. « Aristote (Polit. 
IV, 3, 4) cite et paraît approuver l'opinion de certains musiciens 
qui n'admettaient que deux modes fondamentaux, le Dorien et le 
Phrygien» ^). — En Système Musical, ces deux modes ne peuvent 
être que les modes x et ß. 

Or Boëce donne sous le nom de Lydien, les Cordes de x ^). 
J'en conclus que tous les Modes Grecs ne sont que les différents 
Tons de oc et de ß. 



1) Le précédent article, au T'oung Pao, mars 1918/1919, p. 41. Pour les références: 
P., La poésie de Findare, par A. Ceoiset. Paris, Hachette, 1880. 

P. L., Patrohgie latine de Miqne. 

2) P. 80, note 2. 

3) P. L. 63. 1251. B; 1254—1270; 1251—1252. Boüce donne exactement 14 des 
16 Cordes à Notes Diatoniques de x^ et 28 signes qui peuvent dénommer les 28 Cordes 
requises par les 5 Tons de « en Genre Majeur. 



LE SYSTEME MUSICAL. 



41 



Le bien fondé de cette hypothèse ressortira de la concordance 
entre les échelles de ces Tons et les données traditionnelles. — Je 
dois signaler, pour cela, l'arabitus du Ton, selon le diapason moyen, 
et, — entre parenthèses, — selon le diapason primitif; puis la hau- 
teur acoustique de la finale des mélodies écrites dans le Ton; enfin 
les Distances des Cordes à notes diatoniques, qui la suivent à l'aigu *). 



3. 4 (sol) C, F, TTT, e (si) 
^.4 (fa) B, C,TTl,d(la) 
3. 5 (mi) A, A TIT, d (la) 
«. 5(ré)r, ^.ITT, c(sol) 



(si) E, a, TIT, a.' (mi) ß. 2 
(la) D, E, ITT, g (ré) a.. 2 
(la)D, G^,TTl,g(ré)/3.3 
(sol) C, D, TIT, f (ut) ce. 3 



(ré)G,c,TTl, ^'(faS)/3. 1 
(ut) F, G, TIT, a' (mi) x. 1 



Nous devons avoir l'équivalence: 



ß. 4. Mixolydien 

«. 4. Lydien 

ß. 5. Phrygien 

oc. 5. Dorien 



ß. 2. Hypomixolydien 

X. 2. Hypolydien 

ß. 3. Ionien, Hypophrygien 

ûi. 3. Eolien, Hypodorien 



Voici les textes. «Le mode Dorien était celui qui dans le genre 
Diatonique avait son demi-ton au grave, le mode Phrygien l'avait 
au milieu, et le mode Lydien à l'aigu» ^). 

«Dans le mode Dorien primitif, la note la plus aigiie (dont les 
Grecs faisaient la tonique) était le La. Ce La forma la note la plus 
grave de l'un des nouveaux modes, le mode Eolien, qui s'appelait 
aussi pour cette raison Hypodorien (nous dirions plutôt Hyperdorien). 
Le mode Phrygien fut complété d'une manière analogue par le mode 
Hypophrygien ou Ionien, et le mode Lyùien par l'Hypolydien » '^). 

La rédaction de ce dernier document appelle quelques réserves. 
L'échelle constitutive du Ton a deux toniques, qui sont ses termi- 
naisons à l'aigu et au grave; et ces 2 toniques se trouvent, dans 



4) Au lieu du double a, octave aigiie de a, je noterai a'; et au lieu du double si, y^'. 
B) P. 79. 
6) P. 80. 



42 



G. MATHIEU. 



le mode, en trois situations différentes. La tonique grave en son état 
intermédiaire sert de finale aux mélodies, qui rebattent la tonique 
aiguë en son état inférieur. En Dorien la finale est La (A); la to- 
nique algue est, en son état le plus élevé, c, de même dénomination 
que C, qui est la tonique grave en son état inférieur, au mode Eolien. 
Ce mode est dit Hypo, comme on a dit Hiâ-p'ing, «écrit le second». 
Une dernière tradition nous communique une notation tonale, que 
Martianus Capella nous transmet exactement ^), ce que ne fait pas 
Boëce. Il s'agit, dans ce document, de x. l. E, car son échelle donne 
aux dénominations indiquées leur signification naturelle. Dans l'échelle 
de ût,. 1. E., je mets entre parenthèses les notes de seconde espèce. 



Cordes 


( 

4e 


Clavier 

2« 


s 


Dénominations 


a^ 


la 






1 vj vyjT-^ ÙTTspa-oAiXiûùu révm %op^vj 


b 


(b) 








1 yj 1 1 dlOi TOVOV %opdi^ 




sol 






1 - _ , 


ff 


;; rpirvi t 1 Xopd>i 


> 


i.\>) 






vvjTVj 'èis^sv'yfjLsyccv 


f 


fa 








Ll 1 àllX TÛVOV 






mi 




, 


e 


rpiTii \ ,_J 


1? 


(>) 


(H 




7riX,pûifjcé(Ti^ 


d 


ré 


ré 


ré 


vvjT'i^ (ruvyj fj(,f^svav 


\> 


(W 


(b) 


0) 




1 .1 dta. Tûvov 




ut 


ut 


ut 


, 


c 


rpiTij r ;".. .1 


utb 






ih 


pcéiT^i 


si b 


(W 


(^) 






1 r ■■""'■' 1 dix rovov 






U 




. 


a 


Tratpwïï-a.TVi \~ ,„, | 


b 




(h 


\> 


ùxixrvi f^éa-ccv 






sol 


sol 




G 


r ' — 1 diûi rovov 


7 






(h 


TTXp'JTTXTVI 1 I 


F 




(fa) 


fa 


vTTxrvi ùttxtuv 


Eb 






(\>) 


vj 7rpo<Thx(jt,bxvoiJ!.hov révov zop'^vj 



7) P. L. 131, 933. — Il est inexact que 18 Cordes scient requises «per singulos 
qnosque ac per omnes tropos». fl. l.E en a 19; ß. 1. E, 17. 



LE SYSTÈME MUSICAL. 43 

Je remarque la distance La — Mi des 2 états élevés de la tonique 
aiguë, qui a fait diviser en quartes l'échelle. Comme e n'est pas, dans 
l'échelle, terme d'une quarte, on est descendu à Mi j? (e p), ce 
qui amenait 2 quartes, et laissait en dehors de la collection, la corde 
E p : — d-'où son nom. 

Dans a, .\ . , la quarte au dessus de la finale est constituée par 
les intervalles TIT; on a, en conséquence, partagé la quarte se 
terminant à La : La — Sol, Sol y — Mi. 

Comme, après avoir écarté E \}, il restait 9 Cordes ^) à notes de 
2Je espèce, là cinquième fut appelée (jt,ê(Tvi. — Elle détachait, au grave, 
deux groupes, Si 1? — La b, Sol— Fa. A l'aigu on avait une corde de 
trop; Ut n'ayant point de notes de 2^^ espèce fut rattaché à Ré, 
et e s'appela TTxpxiJi.hvj. 

Ces dénominations ^) prennent, on le voit, leur signification, de 
l'échelle ä . 1 . E. Par sui<e, l'opposition des deux groupes, «Cordes 
séparées» '^), «Cordes rapprochées» est révélatrice des situations 
relatives de la tonique aiguë en ses trois états, ce qui signale une 
particularité de a. 1 . et fait de cette notation une «Notation Tonale». 

Avec les Cordes, la [ji,sX07rûiix, indiquait les notes^ ici, par 
10X3 = 30 (avec les sons de voix de tête, 60) des 1620 signes 
connus des Grecs '*). 

La tonalité était spécifiée. Pour en pénétrer la science, on com- 
para d'abord entre elles les échelles modales des difiFérents tons de 



8) Dont la corde F, à cause du (Fa) du clavier %". 

9) Parmi ces dénominations, VTrxTij doit être pris dans son sens dérivé de «dernier». 
Dans un cortège, le plus élevé en dignité vient le dernier. Les Cordts se dénomment, en 
partant de l'aigu. 

10) Car la hauteur e est la raison de la dénomination du groupe; ce pour quoi, 
Boëce appelle cette corde, — d'ailleurs à tort, — vf^rtj. « Netes igitur diezeugmenon, quae 
est 3072 (notre hauteur e)...» (P. L. 63. 1260. C.) 

11) Cfr. Art. 1", p. 384, note 1. 



44 G. MATHIEU. 

« et de /3; ce qui amena des quartes et des quintes, dont l'impor- 
tance a été signalée par la tradition. 

Relevons l'échelle modale de ^ . 1 . E. 

Les trois positions de la tonique algue sont d, e, a^; celles de 
la tonique grave, F, G, c. 

En notant la place de la finale par un point (.), — ici hauteur 
G, — la place de la note rebattue (ici d) par (°), et la place des 
autres notes par une virgule (,), on a en distances acoustiques, 
l'échelle modale: 

T . 4 , T ° T , 4 

La constitution de l'échelle modale de <s: 4 . , est identique. Au 

reste, voici les échelles de ot, et de /3. 

Tons 1 et 4, au Mode /3 : 4 . T , T ° 4 , T 

X T.4,T°T,4 

Tons 2, 3, 5, en /3 4.T,3°4,T 

ot, T.4,3°T,4 

Le texte de Bernon manifestement s'y rapporte '^). « In primis 
tetrachordum finalium diligentius est intuendum, cui tanta quaedam 
naturalis sonorum inest virtus, ut ex quatuor chordarum ejus origine, 
omnis modorum seu tonorum potestas videatur procedere». — «omnis», 
non. — « Prima species diatessaron constat ex tono, semitonio et 
tono, ... ; cui si adjeceris tonum superius, oritur tibi prima species 
diapente ( — ot, 1) — Secunda species ex duobus tonis et semitonio, ... ; 
cui si adjeceris tonum superius, erit secunda species diapente ( — ä 4) — 
Tertia, ex semitonio et duobus tonis, ... ; cui adhibendus est tonus 
inferius, ut fiat tertia species diapente ( — ot. 2 ^t ot, 5) — Quarta spe- 
cies diapente constat ex prima species diatessaron, adjecto tono in- 
ferius, non quidem per ejusdem nomiuis chordam, sed aliter, id est, 



12) P. L. 142, 1102, A; 1103, D. 



LE SYSTÈME MUSICAL. 



45 



a paranete diezeugmenon incipiens, ac si per tonum, semitonium et 
tonum in meson descendat». — On peut en effet hésiter ici entre 
ccS et Ä . 1, déjà signalé; mais l'incise «non per ejusdem uominis 
chordam» rejette a. 1, dont les cordes G (corde finale) et F sont 
d'un même groupe, celui des ÙTnzTCuv ; « sed, aliter, .... » '^). 

Nous pouvons, maintenant^ examiner nous-mêmes, comment les 
modes ^^ et /3 se différencient l'un de l'autre par la position de 
leurs quartes, et, comment les tons 1 et 4 ont après leur quinte 
initiale, un tânine (T), et les tons 2, 3, 5, une tierce mineure. 
Comment, dans le même mode, 1 se distingue de 4 par la constitution 
différente de la quarte qui commence à la finale; et, semblablement, 
comme 3 se distingue de 2 et de 5. 11 reste à différencier 2 d'avec 5. 
On le fait, en signalant les hauteurs absolues: ce qui se communi- 
quait aux initiés, dans la science d'une gradation de finales, connue 
sous le nom des 7 âpf^ovltxi. 

Voici. Les finales de <x et de ß, en leurs cinq tons, correspondent 

aux cordes ci dessous indiquées. 

Tons 5, 4, 3, 2, 1 

Mode /3 D, F, G, a, c ^ 
Mode X A, C, D, E, G 

ce qui donne, en gradation acoustique, 



Tons, de ß 
Hauteurs acoustiques 






5 
D 




4 
F 


3 
G 


2 
a 


1 

c 


Hauteurs acoustiques 
Tous de X 


A 
5 


C 

4 


D 
3 


E 

2 




G 

1 






en diapason primitif 


mi. 


sol, 


la, 


si. 


ut, 


ré. 


mi, 


sol 



13) «Sed aliter, ...» ne sera bien compris qu'après les 7 xpfiovîxt. La paranete 
diezeugmenon est en a LE, g. Or, en descendant de G à D, en tombe sur Ré (D); et, 
en diapason primitif, un Ré est le milieu d'un disdiapason Ré — Ré — Ré, a lire en 
diapason moyen r — G — g. 



46 G. MATHIEU. 

Or on avait remarqué une collection de dix échelles donnant la 
suite des 7 appellations de la gamme. Je les indique, en signalant 
par des parenthèses les cordes qui ne portent dans le mode, que 
des notes de 2de espèce. 

rABHC DEF G a c def % ^ \' 

sol, la, ]?, si, ut, ji, ré, mi, fa, TL, sol, TÎ, la, p, si, ut, ft, ré, mi, fa, n, sol, la, si 

1 , ; . C (tt) la si M« (JE) ré mi fa ft sol la si 

1 , jj . C (tt) sol (ft) la si ut (ji) ré wî2 fa it sol la 

1 , f . C . (mi) fa sol (ft) la v si ut (ft) ré mi fa ft sol la 

3 , /S . C . ré mi fa (ft) sol la si ut (jî) ré mi fa (ft) sol 

2 , .r . C . ré mi fa V. sol (ft) la 1? si ut (ft) ré mi 

4 , / . C . ré mi /a IL sol (it) la si ut (ft) ré mi 

5 , X .C . ut r^ mi fa ft sol (ft) la 1? si ut (it) ré 

4 , /3 . C . (si) ut ré mi fa (it) sol la si ut (ft) ré mi 

(si) ut (ft) ré mi fa ft sol (ft) /a si ut ré 4 , >j . C 

sol la 7 si ut (ft) ré mi fa ft sol (0) la 5 , ^ . C 

On imagina pourtant d'emboîter semblablement 7 des 10 échelles 
des deux modes tx, et ß, pour avoir avec leurs finales, la suite des 
7 appellations de la gamme. On y parvenait en lisant selon le dia- 
pason primitif les trois tons de x que leur constitution rapprochait, 



iMode ß 


D F 


G 




Tons 


5 4 


3 


2 


Mode Ö5 


mi, C, 


la, 


si 



et on lut, dans un souvenir que la finale la plus grave des dix 
emboîtements était A, cette apparente gradation, 

la, si, C, D, mi, F, G. 

On négligeait ainsi, il est vrai, trois modes: xl, ß2, ßl; 
mais leur ambitus débordait à l'aigu, par leurs notes la et si ( — 



LE SYSTÈME MUSICAL. 47 

les touches c^ et d^ du tableau de A. de Garaudé '^) — un dis- 
diapason, F — G — g, «Mansion ''') des notes en voix de poitrine». 

Enfin, comme par leur constitution et leur hauteur propres, les 
mélodies antiques offraient un cachet particulier, on le signala pour 
une détermination du ton par le goût. On disait: les mélodies du 
Dorien (xh) sont «graves et viriles», celles du Phrygien (/S 5) sont 
«passionnées» (orgies); en Lydien (a 4), — fréquent dans les Chants 
funèbres de femmes, — les mélodies sont «molles et efféminées». 
L'Eolien (x 3) convient aux Banquets, l'Hypolydien (a 2) pour les 
Choeurs tragiques. 

§ 2. En Chine. 

On retrouve en Chine, des vestiges de ce que nous ont transmis 
les Grecs. Comme eux, les Chinois définissent certains tons d'après 
leur cachet particulier: «Le ton Koïing (La) a une modulation 
sérieuse et grave, le ton Chang (Sol) une modulation forte et un 
peu acre, le ton Kiào (Fa) uue modulation douce et unie» '^); 
c'est-à-dire le Dorien à la finale A, le Phrygien et le Lydien, aux 
finales D et C, estimées à tort, comme écrites selon le diapason 
primitif; — Ré et Ut en diapason primitif se lisent selon le diapa- 
son moyen, G et F. 

Au Chou-King '^), «Je désire entendre l'harmonie des 7 débuts», 
— avec la glose « Les 7 débuts répondent aux 3 pouvoirs et aux 
4 saisons», les 3 tons ß et les 4 tons x, dont il a été question. 

Ailleurs ^^), dans une indication au commencement d'un morceau, 



14) Op. 40, Méthode complète de Chant, 2' éd., p. 9. 

15) Cfr. Art. 1", pp. 373 et seqq. 

16) P. Àiniot, au Tome 6 des Mémoires concernant les Chinois, p. 166. 

17) M. Courant, Essai historique sur la musique classique des Chinois, Paris, Delà- 
grave, 1912, p. 92. 

18) J. A. van Aalst, Chinese Music, Schang-hai, 1884, p. 20. 



48 



G. MATHIEU. 



nous avons une détermination de tonalité, comme les Grecs auraient 

pu en faire : « Kiâ-tchoung wei ^ ; pei yîng-tchouog (E j?) k'i tiâo, 

young tch'èu tzeu (G) tiao, tch'ou JC (La), ï (Mi)». Avec sa finale 

G et sa note rebattue d, le morceau peut être à quatre modes, 

dont je donnerai ici les échelles, en genre majeur. 

; . 3 . E . (b) E (F) ip) ^ G (1?) a (i?) [je (1?) d etc. 

5 . 1 . E (J?) F (b) G (1?) a b (ut b) c (i?) d etc. 

Ä.1.E (b) F (b) G(b)a b (utb) c(b)detc. 

^.l.E (b) F (b) G(b)a b (utb)ijc(b)d etc. 

Les échelles modales sont 

E.F.G.a.c.d.e.f.j^.g.a^ jj^ 
d f g ' 



E 



G 



5.1 



F G 



F G 



x.l 



F G a 



d e 


\' 


d 




d e 


B,' 


d e # 



Relisons le texte chinois. «Pei Yîng-tchoung k'i tiâo», l'ambitus 
commence à E k : on est en genre majeur. « Young tch'èu tzeu 
tiao», G; comme l'examen du morceau l'indique: ce qui laisse en 
suspens, même en remarquant la note rebattue. Mais < Tch'ou iC » » 
a est écarté des cordes modales: x est exclu, et aussi /. Est-ce pour 
faire remarquer que deux tons sont exclus? — le texte ajoute 
< (Tch'ou) î » E . qui écarte /. Le choix n'est plus à faire qu'entre 
oc et 5. L'importance de c, dans le morceau, fait rejeter 5 pour 
prendre x. 

Enfin « Kiâ-tchoung v^ei ^ » , — c'est-à-dire « ^ , dont la hau- 
teur est d, doit être supposé à la hauteur Kiâ-tchoung (Sib)»» — 
avertit l'exécutant, que le chef d'orchestre veut qu'on baisse de deux 
tânines (de deux tons). 



LE SYSTÈME MUSICAL. 



49 



Note. Malgré ces précisions, la mélodie elle même demeure pour 
nous un air inconnu. «(Les Chinois) n'indiquent que les tons prin- 
cipaux et suppléent au reste par la mémoire et la routine » '^) ; et, 
quand ils apprennent d'un autre qui le sait, un air nouveau, — je 
l'ai constaté, — les Chinois solfient les notes indiquées, en les reliant 
les unes aux autres par des sons à bouche fermée «Hoa tzeull», 
que le maître sait fredonner, mais que personne ne peut écrire. On 
jugera de la différence par cet exemple que j'ai reçu du P. J. Hoeffel. 
C'est une mélodie que nos chrétiens jouent au commencement de nos 
Messes de Fêtes. J'ai séparé les phrases, sur une première impression, 
qui devra être examinée plus tard. 



TCH'OU HING KOUNG FOU. (0. 1. E.) 




^^^^^^m 



S 



==tit 



^ etc. , 



-^■ 



zîSîd 



19) M. GÉBARP, France et Chine, Tome 2, p. 338. Paris, 1870. 



50 



-Ä- 



--<$>- 



G. MATHIEIT. 



. (2. 



-Ä-K 



-^- 



=t:: 



-(2- 






-^-^-1 — 9 



t- 






•-^-#^ 



:^F=r 



t_^fr^_ 



HH i ! — F-r— ^— 



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rfc^j— K-=1---T-^^ 



-^^-—9~r-^ 



~^-\ — ß-[—ß- 









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TZ. 



ir-id-zß: 



5*t 



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~t=r 



t^^-- 



I 



^ ^- 



-p" 



.(2_L_(C_. 






:czt III: 



LE HAI-TAO SOUAN-KING DE LIEOU 

PAR 

L. VAN HEE, S. J. 

Le classique mathématique de Vile maritime explique l'art de mesurer 
à distance toute espèce d'objets, de bâtiments, de montagnes. 

Comme le premier des neuf problèmes consiste à trouver la hauteur 
d'une Ue maritime ^) par une allusion si chère aux jaunes, le livre 
porte son titre actuel. 

Wylie, dans ses précieuses Notes, p. 92, donne cette notice un 
peu vague. Le Hai-tao sonan-king consiste en neuf problèmes sur la 
trigonométrie pratique '). 

Quelle est au juste cette trigonométrie pratique? Les Chinois 
possédaient-ils donc au IIP siècle des notions exactes sur cette 
science plutôt moderne? La traduction complète du traité sera la 
meilleure réponse. 

De l'auteur Lieou Houei '), nous savons fort peu de chose. Il 
vivait à l'époque la plus mouvementée de l'histoire chinoise, au 
temps des Trois Dynasties (220—280). 

Les Annales des Tsin datent de 263 ses commentaires sur les 
neuf sections de la mathématique. La dernière section, intitulée ^ ^ , 



1) '^^ /H ^& y® -^B « Supposons un observateur qui [veuille mesurer la hauteur] 
d'une île maritime y>. 

2) The Haè taou suàn king consists of 9 problems in practical Trigonometry. 

3) Wylie écrit Lew Hwuy et Mikami transcrit Liu Hui :^J -j^X ' 



52 L. V A N H É E. 

c'est-à-dire du triangle rectangle^ donne 24 problèmes sur le théorème 
de Pythagore. Comme appendice, le commentateur y ajouta ses ueuf 
problèmes à lui, intitulés d'abord ^J ^ . 

Que signifie l'expression ^ ^^ ? 

Cette double différence insinue-t-elle la double observation faite 
au moyen de perches ou de grandes équerres? 

Je le croirais volontiers. 

Des esprits subtils pourront y voir une idée plus profonde. Ils 
raisonneront comme suit. 

L'auteur, il est vrai, effectue toujours avec ses perches, stylets, 
gnomons, plusieurs opérations différentes, mais ce n'est là que le 
côté matériel qui prépare les calculs et l'application des formules. 

Ces formules n'auraient-elles pas été trouvées grâce à des pro- 
portions répétées^ Je n'oserais nier la probabilité de cette version. 
C'est toutefois chercher loin et faire d'emblée beaucoup d'honneur 
au mathématicien chinois. 

Ainsi donc, qu'il faille traduire J^ ^g par observations répétées 
ou par doubles proportions^ la question épineuse de retrouver par 
quelle voie les formules compliquées ont été trouvées, reste toujours 
ouverte. Sont-elles chinoises? Viennent-elles de l'Inde? 

Impossible de donner une réponse satisfaisante. L'histoire des 
mathématiques, ici, n'est pas encore assez avancée. 

Sous les T'ang, un Commentateur ayant expliqué l'œuvre de 
LiEou lui donna le titre de Souan-tao hdi-king qu'il a depuis con- 
servé. Aucun exemplaire complet n'en restait, depuis de longues 
années, et tout aurait péri irrémédiablement sans les extraits semés 
dans la Collection Yong-Lo du XV® siècle. 

C'est le mathématicien Tai Tchen qui vers 1775 rassembla, 
recousut les divers morceaux, épars dans la vaste encyclopédie des 
Ming. Depuis lors, les éditions se sont multipliées. 



LE HAI-TAO SOUAN-KING DE LIEOU. 53 

Celle dont je rae suis servi date de 1884 -^ ^^ j^ ^ , et est 
la proprie'té du ^ *^ [Ij ^ • 

A la première page, d'après une très louable habitude chinoise, 
sont donnés les noms de l'auteur et des commentateurs. 

LiEOU HouEi natif du pays de Wei ^ a composé l'ouvrage comme 
appendice et explication des Neuf Sections /^ . 

Li Tch'oen-pong ^) par ordre impérial l'a éclairci de ses notes 

Enfin Li Hoang Yun Men de Tchong Siang a révisé le texte 



A la dernière page se trouvent encore deux noms propres ceux 
de Lo T'iSNG-FONG 2) et de Tch'en K'jn-fei ^). Le premier a collationné 
les textes, l'autre a fait les calculs détaillés ^<^ ^. 
Les neuf problèmes sont: 

I. Calcul de la hauteur d'une île. 
IL Sur la hauteur d'un conifère. 
m. Ville carrée. 
IV. Vallée. 
V. Tour. 

VL Gouffre au S.E. 
VIL Gouffre à eaux transparentes. 
VIII. Gué. 
IX. Ville vue d'en haut. 

I Problème. 

Il y a certaine île à mesurer *). Deux perches sont élevées, 
hautes également de 30 pieds, mais l'une plus près, l'autre plus loin 
de l'île à une distance de 1000 pas. La perche la plus éloignée est 
parfaitement en ligue droite avec la l®^® et l'île. Si l'œil appliqué 

»^^Ä- ä)fgBim- ä>'Ä#:^- 



54 



L. VAN HÉE. 







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1^ 



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-<«1JA 



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LE HAI-TAO SOUAN-KING DE LIEOU. 55 

à terre, ou regarde le sommet de la 1®^® perche, eu reculant de 
123 pas, l'on voit juste le plus haut point de l'île. Si l'ou se met 
de la même façon à 127 pas en arrière de l'autre perche, l'on 
aperçoit de même le haut de l'île, sur le rayon visuel qui de la terre 
passe au sommet de la 2"® perche. Il s'agit de trouver la hauteur 
de l'île et sa distance des potaux? 

Réponse. Hauteur de l'île 4 lis 55 pas. 

Distauce de la l^''® perche 102 lis 150 pas. 

Solution. Multiplier la hauteur des perches par l'intervalle qui 
les sépare et prendre le produit pour dividende; le diviseur sera la 
différence entre les deux reculs opérés derrière les deux perches; 
le quotient augmenté de la hauteur des perches donnera la hauteur 
de l'île. 

Pour trouver la distauce de l'île à la \^^^ perche, multiplier le 
nombre de pas faits en arrière de la l®'' perche par la distance qui 
sépare les deux poteaux; prendre pour diviseur la différence entre 
les deux reculs: le quotient sera la distauce cherchée i). 

Commentaire de [Li] Houang '). 

Par le mot -^ île, il faut comprendre le sommet de la montagne 
[qui s'y trouve]. 



1) La traduction, quoique plus claire que l'original, n'est cependant pas exempte 
d'obscùrite's. C'est qu'il s'agit avant tout de donner une ide'e aussi exacte que possible de 
l'original. Le commentaire de Li Tch'obn-pong ^ j!^ ^ va pre'ciser les opérations 
indiquées et même expliquer la terminologie. 

2) Tous ces commentaires commencent par l'indication ^||^ "J^ J^ . 

Critique du texte, correction des fautes d'impression, addition des mots qui manquent, 
explication des termes les plus abstrus, le mathématicien n'omet aucun de ces minutieux 
de'tails dans sa glose avant tout littéraire. Ici: 

!• -^ "loit s'entendre dit-il comme -^ \\\ , -^ ^ . 

3. ^. ;j>ö î^ indique les 2 perches et le sommet de la montagne. 

3. ykö ^^ est la difference entre les deux reculs. 



56 



L. VAN HEE. 



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LE HAI-TAO SOUAN-KING DE LIEOU. 



57 



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Quant aux deux poteaux, il faut comprendre que l'œil en regardant 
voit les deux soit en bas soit en haut, juste en ligne droite avec l'île, 
c'est-à-dire avec le sommet de la montagne qui s'y élève. 

La phrase ou plutôt l'expression 

- ^ « * lu Ä ^ 

doit être entendue ainsi 

c'est-à-dire la différence entre les deux reculs opérés à l'arrière de 
chaque perche s'appelle i^ ^ ou différence des reculs. 

Explications de la figure. 

AB est l'île; A eu est le sommet; CD est la première perche 
et DE le recul 
à l'arrière pour 
fixer de l'ceill'île 
à son sommet; 
E est la place 
de l'œil; EGA 
est la ligne vi- 
suelle nMiFG- 
estla2"®perche, 
H G son recul ; 
et H le point 
d'où l'observa- 
teur regarde le 
sommet de l'île, "" 
d'après la ligne H F A. En tirant FOL parallèle à G E D B, l'on 
a I G égale à E D etc. i) 



1) Correspondance des lettres: 

^ A, i^ C, JjJ E. ^ G, -î I. 

2i B> T D' B 1^ ^ H, Jg L, 



M. 



58 



L. VAN HEE. 









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LE HAI-TAO SOUÀN-KING DE LIEOU. 59 

Détail des opérations. 

Multipliant la distance (d) entre les deux poteaux, 1000 de pas, 
par les 30 pieds, hauteur des perches, qui réduites en pas, à raison 
de 6 pieds au pas fait 5, il vient 5000 pas, qui sera notre dividende. 

Soustrayant de 127 pas, recul fait en arrière de la perche n^ 2, 
les 123 pas, recul fait en arrière du n^ 1, le reste est 4 qui sera 
notre diviseur. 

Le quotient sera de 1250 pas. Y ajoutant les 30 pieds ou 5 pas 
de la perche il vient 1255 pas; mais le li valant 300 pas, la ré- 
duction en lis donne 4 lis, 55 pas pour hauteur de l'île: réponse 
exacte. 

Pour trouver la distance qui sépare l'île du poteau n° 1, prenons 
les 1000 pas — entre les 2 perches — multiplious par les 123 pas 
— recul en arrière de le perche n" 1 — nous trouverons 123000 pas, 
qui donneront le dividende', le diviseur 4 — différence entre les 2 
reculs — laissera pour quotient 30750 pas qui réduits en lis de 
300 pas, font 102 lis et 150 pas, distance qui sépare le premier 
poteau de l'île. 

La date 263 (p. 51) a été d'abord donnée par Yuen Yuen. 



60 



L. VAN HÉE. LE HAI-TAO SOUAN-KING DE LIEOU. 



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1) :^ i^^ la valeur du pas. 

■^ i^^ valeur du li. 
pas = 6 pieds. 
li = 300 pieds. 

2) Noter la vieille notation : 

* H *> c'est-à-dire 1 cent deux; 

le zéro est absent; 

on peut conclure qu'il était inconnu. 



BULLETIN CRITIQUE. 



Alfred Chäpuis. La montre <i chinoise», Neuchatel, Attiuger 
frères,, s.d. [1919], iu-4<', xiii + 272 pages, avec 33 
pi. hors texte et 245 fig. 

L'horlogerie suisse a acquis eu Chioe au XIX® siècle, daus le 
commerce des horloges et des montres, une situation prépondérante. 
C'est ce qui a permis à M. Chapuis, professeur de géographie com- 
merciale à l'Ecole de Neuchâtel, de rassembler sur place les éléments 
d'une monographie richement illustrée et d'un grand intérêt. Un 
professionnel, M. Gustave Loup, l'a assisté de ses connaissances 
techniques, et M. Leopold de Saussure, avec sa compétence d'astro- 
nome et de mathématicien, a écrit une introduction sur U Horométrie 
et le Système cosmologigue des CIdnois. Comme un second titre l'in- 
dique, l'ouvrage est surtout consacré aux Relations de V Horlogerie 
suisse avec la Chine, mais, dans un chapitre préliminaire, M. Chapuis 
a retracé les premières «relations horlogères» de tous les pays avec 
l'Extrême-Orient. C'est à ce chapitre que je crois pouvoir apporter 
une ou deux informations supplémentaires. 

On sait que, pendant les 18 ans qu'il tenta vainement de se 
rendre à Pékin (1583 — 1601), le P. Mathieu Ricci fabriqua pour 
les mandarins chinois un grand nombre d'« horloges de pierre», 
c'est-à-dire de cadrans solaires, qu'il établissait, au grand étonnement 



62 BULLETIN CRITIQUE. 

des destinataires, selon les latitudes des divers lieux où il passait ^). 
Mais quand, au début de 1601, il put enfin parvenir à la capitale, 
il apportait deux horloges, et ces «cloches qui sonnaient d'elles-mêmes» 
( @ R^ ^ tseu-ming-tchong) firent sur l'empereur et sur son entourage 
une impression dont les Commentaires de Ricci nous ont gardé le 
témoignage *). Ce fut le commencement d'une vogue qui n'a jamais 
cessé. Dès lors, horloges, montres, carillons, automates vinrent 
s'entasser au palais impérial et chez les grands. 

Au XVIII® siècle, il y eut à Pékin un atelier impérial d'hor- 
logerie, et M. Chapuis a rappelé qu'un Suisse, le frère jésuite 
François-Louis Stadlin (1658 — 1740), travailla pour l'empereur K'ang- 
hi. A la fin du XVIIP siècle, le P. de Veutavon (f 1787) était 
horloger de l'empereur, et fut remplacé dans cette charge par un 
Lazariste, le frère Charles Paris. Des laïques commençaient aussi 
d'apparaître. A côté de la maison anglaise Cox (puis Cox et Beale, 



1) Ricci avait en outre traduit en chinois la Gnomonique du P. Clavio. Cette traduc- 
tion n'a pas été retrouvée; on n'en a pas encore établi les rapports éventuels avec la 
Gnomonique traduite en chinois par le P. de Ursis (cf. Cordier, L'Imprimerie sino-européenne, 
u" 315; Courant, Catalogue, n** 4903). Sur cette question, cf. Tacchi-Venturi, Opère storiclie 
del P. Matteo Ricci, l, 395, 455 ; II, 363. 

2) Cf. Tacchi-Venturi, ibid., I, 347 — 348 (avec la citation de la lettre de Pantoja en 
note), 358. Une liste détaillée des présents offerts par Ricei se trouve dans le |5Ei gH 
^&. if-« 4Ë i^i tch'ao tch'ong tcheng isi (Courant, Catalogue, n° 1322); elle méritera 
quelque jour une étude. J'emprunte au P. du Jarric {Troisieime partie de l'Histoire des 
choses plus mémorables..., Bordeaux, 1614, in-4°, p. 963) la description suivante des deux 
horloges, inspirée de la lettre de Pantoja: «Les presents qu'ils portoient au Roy, estoient 
ceux-cy: premièrement deux horloges à roues, l'vn grand de fer, auec sa quaisse fort belle, 
& artistement elabourée, auec plusieurs fueillages, & force dragôs dorez, qui sont les ar- 
moiries du Roy de la Chine (come les trois fleurs de lys sont celles de la France) le tout 
fort gentiment graué sur le fer, avec le burin. L'autre horloge estoit plus petit, n'estant 
haut que d'vne palme: mais tout de cuyure doré, & d'vne si belle-façon, qu'on en puisse 
trouuer en Europe; il auoit esté enuoyé de Rome par le R. P. Claude Aquauiua General 
de la Compagnie de Icsvs, aux Peres qui demeuroiet en la Chine tout exprez pour en 
faire present au Roy. Il estoit mis dans vne quaisse dorée, comme l'autre ; & en tous les 
deux, au lieu de nos lettres, qui marquent les heures, celles de la Chine estoient grauées, 
lesquelles vne main qui sortoit dehors monstroit ... » 



• BULLETIN CRITIQUE. 63 

puis Beale), qui centralisait à Cautou le commerce de l'horlogerie, 
des Suisses laïcs vinrent en Chine à la fin du XVIIP siècle: 
Ch. H. Petitpierre-Boy ^) et Charles de Constant de Rebecque, 
cousin germain de Benjamin Constant. 

Mais, au XVIII° siècle, il faut nommer, à côté du frère Stadlin 
et du P. deVentavon, un Français, horloger de profession, qui devint 
prêtre à la Chine, François Guetti ^), et deux autres jésuites. L'un de 
ceux-ci est le frère Jacques Brocard (1061 — 1718)^). L'autre qui fut 
à la tête de l'atelier impérial d'horlogerie et dont M. Chapuis n'a pas 
non plus parlé, est le P. Valentin Chalier, né à Briançon le 17 déc. 
1697, arrivé en Chine en 1728, mort à Pékin le 12 avril 1747. 
Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale conserve de lui une lettre 
du 16 octobre 1736 que je crois inédite*), et qui contient, tant sur 



1) Ce Petitpierre-Boy fît partie successivement de l'ambassade de lord Macartney en 
1793, puis de l'ambassade hollandaise qui vint à Pékin en 1795, et dont le voyage a été 
raconté par de Guignes fils et par Van Braam Houckgeest. M. Chapuis (p. 47 — 48) dit 
n'avoir pas trouvé dans le récit de Van Braam Houckgeest la description annoncée des 
deux grandes pendules à mécaniques compliquées que l'ambassade offrit à l'empereur, et 
dit qu'elle manque également au manuscrit original de Van Braam, déposé depuis 1912 
aux archives gouvernementales de La Haye. Mais la description se trouve, dans l'édition 
de Philadelphie, au t. Il, p. 380 — 383, avec une planche en face de la p. 422; les mé- 
eauiques avaient été achetées à Canton chez Beale, et arrivèrent à Pékin endommagées (cf. 
t. I, p. 154). Van Braam ne nomme pas Petitpierre parmi les personnes composant la 
suite de l'ambassadeur et sa garde (t. II, p. 384 — 385), mais parle de lui à diverses re- 
prises dans le cours de son journal (cf. l'index). On sait que le journal de Van Braam a 
été publié en 1797 — 1798 à Philadelphie par L. E. Moreau de Saint-Méry; sur cette 
édition princeps, qui est assez rare, cf. Cordier, Bibl. Sinica^, col. 2350. 

2) Fr. Guetti, des Missions Etrangères, accompagna le cardinal de Tournon a Pékin 
en 1705 — 1706 et joua alors un rôle contre les Jésuites dans l'affaire des rites (cf. Lettres 
édif., éd. du «Panthéon Littéraire», III, 176). 

3) «L'empereur se sert aussy beaucoup de N. F. Brocard, François, pour les horloges» 
(lettre du P. E. Lo Couteulx, publiée Rev. d'Extr.-Or., III, 39; la lettre est d'oct. 1709). 

4) Cette lettre n'est citée ni dans la Bibliographie du P. Sommervogel, ni dans les 
suppléments du P. Rivière. Elle se trouve à la Bibliothèque Nationale, dans le mss. fran- 
çais 17240, f° 89, où elle est insérée, sans aucune raison, parmi les premiers feuillets 
d'une lettre du P. Parrenin du 12 août 1730, que le Catalogue des manuscrits français 
n'identifie pas, non plus que la Bibliotfteca Sinica* (col. 1086), mais qui n'est autre que 
la lettre à Dortous de Mairan publiée, avec des modifications, dans le recueil des Lettres 



64 BULLETIN CRITIQUE. 

son travail d'horloger que sur la manière chinoise de compter les 
veilles, des renseiguemeuts assez intéressants pour que je croie bon 
de la reproduire ici en entier. Voici le texte: 

«De Peking, 16 O^''^ 1735 

«Une pendule de quatre pieds et V2 de haut, sur trois pieds de 
large qui marque à l'europeane les heures, les minutes, les secondes, 
qui sonne les V4 les heures, et tout cela à repetition, qui outre cela 
frape les veilles de la nuit de la façon qu'on les bat dans toute la 
Chine, qui marque par un cadran particulier la veille qu'il est, qui 
ait un cadran pour marquer le signe du Zodiaque Chinois, qui en 
ait un pour marquer combien de fois on doit annoncer ou repeter 
chaque veille dans chaque saison différente ou chaque signe du 
Zodiaque. 

«Or pour que vous entendiez tout cela, il faut scavoir que les 
veilles commencent régulièrement deux heures après le Coucher du 
Soleil et finissent deux heures avant son Lever. Cet intervale se 
divise en cinq veilles d'un tems egal chacune, de façon que les veilles 
augmentent ou diminuent avec la même proportion que les nuits 
sont plus longues ou plus courtes. Tout cela quoique difficile ne 
m'auroit pas tant inquiété, si la manière d'annoncer et de battre 
et de repeter ces veilles n'etoit pas encore plus irreguliere que leur 
durée. D'abord pour le commencement des veilles on frappe 108 
coups séparés de 18 en 18. Les 18 l^^^ pour me servir d'un terme 
de nos colleges, posés, les 18 2""^ vites; ainsi 3 fois 18 posés et 
3 fois 18 vites alternativement, de même à la fin des veilles 108 



Edifiantes, où elle est datée du 11 août J730 (él. du «Panthéon Littéraire», t. III, p. 
645 — 662 ; le P. Sommervogel donne aussi poar cette lettre la date dull août, mais celle 
du mss. de la Bibl. Nat. doit, je crois, être préférée). Le feuillet contenant la lettre du 
P. Chalier est une copie, et non l'autographe de l'auteur. Le mss. français 17240 provient 
de l'ancien fonds de Saint-Germain, Résidu 216. 



BULLETIN CRITIQUE. 65 

coups et frapés de la mêaie façon. Chaque 18 coups sont séparés 
d'un intervale de 2' ou environ. 

«Les 108 coups frapés pour annoncer les veilles en general, 
ou annonce la 1® par 3 coups, chaque coup séparé d'environ 15". 

«Viennent ensuite les Tchuen ou repetitions des veilles qui sont 
tantôt en plus grand, tantôt en plus petit nombre selon la saison 
ou signe du Zodiaque où est le soleil, pendant tout le tems que le 
soleil est dans un signe c'est toujours le même nombre. En été 
que les veilles sont plus courtes (les plus courtes sont de 59') on 
répète la veille 10 fois et cela environ 30 jours, le soleil entre-t-il 
dans un autre signe, onze fois, ensuite 12, 13, 14, 15 et 16 qui 
est le tems ou les veilles sont les plus Longues, c'est à dire de 2^^ 3' 
après quoi on revient à 15, 14 &c. 

«Ce manege s'observe chaque veille, la 2° s'anonce par 6 coups 
de 2 en 2 chaque 2 coups séparés de 15". La 3® par 9 coups de 
3 en 3. la 4® par 12 coups de 4 en 4; la 5® par 15 coups de 
5 en 5. Viennent ensuite les Tchuen. Dans la 1® veille chaque 
repetition frappe un coup[,] dans la 2®, 2, dans la 3®, 3 &c. Ces 
Tchuen sont ce qui m'a donné le plus de peine a trouver, par ce 
que rien n'est si irregulier pour le tems qui les sépare. Dans les 
plus grands veilles elles sont séparées de 7' 15". dans les plus petites 
d'environ 5' 50" et lorsqu'elles doivent fraper 1 1 fois elles ne sont 
séparées que de 5' et quelques secondes. 

«Une autre chose que j'ai eu de la peine a trouver, c'est la 
marche de l'eguille qui montre sur un cadran particulier la veille 
de la nuit qu'il est. Cette aiguille ne doit marcher que la nuit, et 
toujours tantôt plus vite tantôt plus lentement. Cependant c'est le 
mouvement réglé et uniforme de l'horloge qui la fait marcher comme 
tout le reste. 

«Graces a Dieu, ma machine est finie depuis 4 mois, elle est 
très juste et va très bien. L'empereur en a été très content, il l'a 



66 BULLETIN CRITIQUE. 

fait placer clans sa propre chambre. Il n'a rien épargné pour les 
ornemens. La boëte, les cadrans, tout est magnifique. Avant qu'elle 
fut finie, il s'etoit souvent fait apporter ce qu'il y en avoit de fait 
et voiant la multitude des pièces, des roues, reports &c II avoua 
qu'il ne croioit pas la chose si difficile quand il me l'ordonna. Dez 
qu'elle fut finie il fit venir les princes et les grands, leur montra 
cette machine comme une chose de son invention[,] la leur expliqua 
à sa manière. On lui fit de grands complimens, on lui en attribua 
l'invention et l'exécution, et le beau, c'est qu'il faut que je parle 
comme les autres. 

«Outre deux pendules à veilles, j'en ai fait exécuter deux autres 
placés dans des tiroirs de deux tables de vernis, mais de manière 
que l'empereur a voulu que rien ne parut a l'extérieur pas même 
le cadran. Tout est caché dans un espace de 2 pouces de hauteur, 
7 de profondeur et 6 de largeur. Il ne point sur la table qu'une 
espèce de tambour d'or, et deux espèces d'Equeres de même matière, 
instrumens de l'ancienne musique chinoise dont ils font si grands 
cas mais qui a mon oreille n'est pas agréable. Ce tambour et ces 
equires tiennent lieu de timbre, le tambour pour fraper les heures, 
et les Equeres pour frapper les quarts. J'ai sous moi cent ouvriers 
esclaves qui ne mettent pas un clou que je ne dise quant et 
comment. 

«Ce qui est difficile ici, c'est que l'on ne m'ordonne rien que 
des choses particulières pour le gout et le genre [?] chinois dont je 
ne point [sic] de modele ni d'instruction, il faut tout créer et tout 
inventer. En fait d'horloge d'Europe tout le palais en est plein. 
Montres, carillons, repetitions, orgues, spheres, mobiles [sic] de tous 
les systèmes; de ces espèces différentes grosses ou petites il eu a 
plus de 4000 des meilleurs maîtres de Paris et de Londres, une 
grande quantité a déjà passé par mes mains pour être racommodées 
ou nettoiées. Ainsi pour la théorie je suis au fait autant qu'aucun 



BULLETIN CRITIQUE. 67 

horlogeur d'Europe. Car il est difficile qu'aucun eu a d'autaut vu 
que moi. Uu peu plus de pratique dans la jeunesse me seroit 
maintenant d'une grande utilité. Je sens tous les jours qu'il faut 
avoir fait un aprentissage, quand ou veut faire un metier. 

Ohalier Jésuite. » 

Toutefois, ce n'est pas uniquement daus les ateliers impériaux 
que les Chinois s'étaient mis à la construction des montres. Nous 
avons même un petit traité illustré de la fabrication des horloges 
et des montres, écrit en 1809 par un homme de Changeai, |^ 
^ ^ Siu Tcli'ao-tsiun, et intitulé ^ P,^ ^ ^ |Q ^ Tseu ming 
tchong piao fou fa ^). Dans sa préface, Siu Tch'ao-tsiun déclare que 
son ancêtre à la 5® génération construisit des instruments «euro- 
péens » '), et que lui-même, dans les intervalles de ses études litté- 
raires, s'est amusé dès sa jeunesse à fabriquer des montres. 11 
énumère les diverses sortes d'horloges et de montres, puis en étudie 
les rouages. La compétence me manque pour parler eongrûment de 
cet opuscule. 

Dans la seconde moitié du XVIII® siècle, les difficultés du com- 
merce de Canton firent faire des essais par la voie de la Sibérie. 
Le 3/14 décembre 1771, Catherine II écrivait à Voltaire: «Pour ce 
qui regarde le commerce des montres à la Chine, je crois qu'il ne 
serait pas impossible d'y parvenir en s'adressant à quelques comptoir 
d'ici, qui trouvera bien le moyen de les faire parvenir à la frontière 
de la Chine; car, quoi qu'en disent certains écrivains, la couronne 
ne fait plus ce commerce». Je signale à M. Chapuis ce texte comme 
point de départ d'une future note. 



1) Cf. Courant, Catalogue, n° 49il. L'opuscule est en 23 fif. 

2) Vu le nom de famille, le lieu d'origine et cet ancien intérêt pour les choses occi- 
dentales, il ne serait pas impossible que Siu Tch'ao-tsiun fût un descendant de l'ancien 
ministre chrétien Siu Kouang-k'i. 



68 BULLETIN CRITIQUE. 

Je ne suivrai - pas M. Chapuia dans son étude minutieuse des 
maisons suisses qui, au XIX® siècle, ont fait en Chine le commerce 
de l'horlogerie. La description de leurs produits, l'étude de leurs 
marques, les illustrations nombreuses et soignées font de son livre 
un travail documentaire et d'une lecture attachante. Quelques inad- 
vertances seraient à corriger dans une nouvelle édition^). 

Paul Pelliot. 



1) P. IX: La phrase J^ -@Ê 3t •& \\ \ i^ ^^p m? est inspirée de Honai- 
nan-tseu et signifie: «Un joyau d'un pied [de diamètre] n'est pas aussi précieux qu'un 
pouce d'ombre [c'est-à-dire que le temps que met l'ombre du guomon à se déplacer d'un 
pouce]»; c'est de là qu'est tiré le nom de la salle d'étude où on a pitié [d'un pouce] 
d'ombre, bien connue par le titre du M© \<^C gè> ffP aE Si i/m hiuan ts'ong chou. — 
P. 22: Au lieu de Marseille, lire Manille. — P. 23: le mémorial du P. Ricci est daté 
en chinois du 27 et non du 28 janvier 1601. Je doute jusqu''à plus ample informé de 
l'exactitude du renseignement sur les «cadrans d'ivoire» du P. Pantoja. — P. 24: Le 
traité de Nertchinsk est de 1689 et non 1688. — P. 46: Les tombeaux de Cha-la-eul ont 
été détruits par les Boxeurs en 1900. — P. 242: 'Eicnxt pidgin et non pidgean. — P. 270: 
Ecrire Cattigara, et non Cettigara. Il n'y a aucune raison de supposer que les vases murrhins 
étaient en jade. 



BIBLIOGRAPHIE. 



-ö-^aiss-«^ — 



LIVRES NOUVEAUX. 

Le No. 5, Vol. I, October 1919, de la New China Review ren- 
ferme: Portrait de Sir E. Trelawny Backhouse; The Burial Place 
of Genghis Khan by E. T. C. Wkrner; Le grand Pèlerinage bouddhi- 
que de Lang Chan (suite) by Henri Dore: Bishop Gregory Lopez by 
the Rev. A. C. Moule; Chinese Life on the Tibetan Foothills by the 
Rev. J. Hutson; Hwai-nan Tsz, Philosopher and Prince^ by Prof. 
E. H. Parker; A Chinese ^Temple of the Cross» by Christopher Irving; 
Stone in Ch'ung-shêng Yuan', Notes and Queries; Recent Literature. 

Le No. 1, Vol. II, February 1920, de la Neio China Review 
renferme: Portrait du Prof. E. H. Parker; TVje Romance of an 
Emperor [Chouen Tche] by R. P. Johnston; A Poet of the 2nd 
Cent. B.C. [;^v^^, Mei Cheng] by H. A. GiLts; Chinese and 
Sumërian by Rev. Hugh W. White; Le grand Pèlerinage bouddhique 
de Lang Chan et les Cinq Montagnes de Tong Tcheou (suite) by 
Henri Dore; Chinese Life on the Tibetan Foothills by the Rev. J. 
Hutson; The Japanese-Chinese Question by Prof. E. H. Parker; 
Notes and Queries; Recent Literature. 

Le No. 2, Vol. II, April 1920, de la New China Review ren- 
ferme: Portrait du Prof. Henri Cordier; Multiple Births among the 
Chinese by Berthold Läufer; A Note on the Yung lo Ta Tien by 
Lionel Giles; Chinese Life on the Tibetan Foothills (continued) by 



70 BIBLIOGRAPHIE. 

Rev. J. HuïsoN ;T/ie Romance of cm Ejuperor (concluded) by R. F. 
Johnston; Comfortable Words in Sickness by Yuan Chen; Saint 
François Xavier et la Chive, par le Rév. P. J. de la Sërvièrk, S. J.; 
The Fire-proof Warehouses of Lin An, by C. M.; Notes and Queries', 
Recent Literature. 

Le No. 3, Vol. II, June 1920, de la New China Review ren- 
ferme: Portrait de Lionel C. Hopkins; Reform in Chinese Mour7iing 
Rites, by E. T. C. Werner; The Earliest Articulate Chinese Philosopher, 
Kioan-tsz by Prof. E, H. Parker; UOllone's Investigations on 
Chinese Moslems by the Rev. G. G. Warren; Taoist Tales, Part III, 
by Major W. Perceval Yktts; The Chronology of the Bamboo Annals 
by Arthur Mor[,ey; Notes and Queries', Recent Literature, 

La Commission de Codification a publié à Pe King en février 
1920, un second projet revise du Code pénal de la République de Chine. 



NEGROL'OGIE. 



LÉON TOUBNADE ^ vH ^, . 

Nous avons le très vif regret d'annoncer la raort du Rév. Père Léon 
TouRNADE, S. J., Procureur de la Mission du Kiang Nan (Chine), Ancien Au- 
mônier Général de l'Association Catholique de la Jeunesse Française, décédé le 
29 avril 1920, en son domicile, à Paris, rue de Sèvres, No. 21, dans sa 
70* année. 

J^Ié le 10 juin 1850, il était entré dans la Compagnie de Jésus, le 20 oct. 
1871; il ai-riva le 9 décembre 1875 à Zi-ka-wei; le mauvais état de sa santé 
l'obligea à l'entrer en Europe en 1886 et il remplaça comme Procureur de la 
Miösion de Chine le Père Jules Tailhan, mort le 26 juin 1891. En 1907, il 
accompagna le P. Daniel envoyé en Chine comme visiteur. Le P. Tournade 
est le dernier des missionnaires que j'ai connus en Chine; il avait été pendant 
quelque temps, alors qu'il était simple scolastique, assistant du P. Pfister, 
chargé de la bibliothèque de Zi-ka-wei. Le P. Albert Robinet, de la mission du 
Kiang Nan, le remplace p. i comme Procureur de cette mission. H. C. 

G-EOBGE ERNEST MORRISON. 

M. Morrison qui pendant un grand nombre d'années avait été le corres- 
pondant du Times à Pe King est mort le ?0 mai 1920, à Devoran, Esplanade, 
Sid mouth, South Devon, âgé de 58 ans. Il était né le 4 février 1862 au Scotch 
College, Geelong, dont son père était Principal. Après avoir fait ses études à 
Melbourne et à Edimbourg, il commença ses pérégrinations qui le conduisirent 
en Nouvelle Guinée, aux Etats Unis, aux Antilles, au Maroc, en Espagne. En 
1882, il traversa l'Australie, depuis Normanton au nord à Victoria en 122 jours 
(2043 milles); en 1894, il voyagea de Chang Haï à. Rangoon. Depuis 1912, il 
était Conseiller politique du Gouvernement chinois. Il avait formé à Pe King 
une bibliothèque considérable qu'il a vendue au mois d'août 1917 au Baron 
Iwasaki pour £ 35.000. 11 n'a laissé, en dehors de ses correspondances du Times 
qu'un volume de souvenirs de voyages en Chine ')• ^- C. 

1) An Australian in China being the Narrative of a quiet Journey across China to 
British Burma. London: Horace Cox, MDCCCXCV, in-8, pp. xii— 299, carte. 



CHRONIQUE. 



* ^ — •- 



FRANCE. 

Par décret du 25 juin 1920, M. Louis Finot, Professeur au Collège de France, 
est nommé Directeur de l'Ecole française d'Extrème-Oï'ient pour une période de 
six ans à compter de la veille de son embarquement. 

Dans sa séance du vendredi 7 mai 1920, l'Académie des Inscriptions 

et Belles-Lettres a décerné le Prix Stanislas Julien à M. Marcel Granet, 

Directeur d'Etudes à l'Ecole des Hautes Etudes, pour son ouvrage Fêles et 
Chansons anciennes de la Chine. 

A son Assemblée annuelle du 21 juillet 1920, la British Academy a élu 
M. Henri Cordier Corresponding Fellow. 

ANGLETERRE. 

Le Rév. W. E. Soothill, M. A., a été nommé professeur de Chinois à 
l'Université d'Oxford en remplacement du regretté T. L. Bullock le 1" juillet 
1920; et le Rev. W. Hopkyn Rees, D.D., à l'Université de Londres. 



QUIÎLQUES TRANSCRIPTIONS APPARENTÉES A 
ÇAMRHALÂ DANS LES TEXTES CHINOIS ') 



PAR 



PAUL PELLIOT. 



Les textes du bouddhisme tibétaiu parlent assez souvent du pays de 
Çambhala ^). Un texte tantrique du Kanjur^ le Bhagavcm-Vojrapä- 
niguhyâhhideça, a été traduit sur un exemplaire du «Çambhala dans 
le Nord»'). C'est au Çambhala que se serait développé le système du 
kâlacakra, ou de la «roue du temps», qui aurait passé de là dans 
l'Inde du centre vers la seconde moitié du X® siècle pour revenir ensuite 
au Tibet par le Cachemire et y provoquer, en 1027, l'introduction du 
cycle sexagénaire *). Enfin, uue série de textes encombrés de légen- 
des d'âges divers sont intitulés Itinéraires de Çanibhala; l'un d'entre 



1) Cette note date de 1914. Je l'ai remapiée tant bien que mal, mais il me manque, 
pour la mettre réellement au point, divers travaux parus pendant la guerre en Allemagne 
et en Kussie. 

2) J'avais suivi dans ./". A., 1913, p. 652, l'ortliographe Éambhala adoptée par M. 
Grünwedel dans sa Mythologie des Buddhismus. Mais M. Laufer a fait justement remar- 
quer {Voutig Pao, 1913, p. 589, 596) que cette orthographe ne reposait sur aucune auto- 
rité et que d'ailleurs M. Griinwedel' lui-même l'avait abandonnée. 

3) Cf. Laufer, dans Toung Pao, 1913, p. 596; H. Beckh, Verzeichniss des Kanjur, 
p. 89. 

4) Cf. Pelliot, Le cycle sexagénaire dans la chronologie tibétaine, dans J. A., 1913, 
p. 633 — 667, et les additions et rectifications de Laufer, The application of the Tibetan 
sexagenary cycle, dans Toung Pao, 1913, p. 569, 596, et 1914, p. 278. Je regrette de 
n'avoir pas vu encore la traduction par M. Griinwedel de la Mine des joyaux de Täranätha, 
dont le 1" fascicule au moins a dû paraître. 

6 



74 PAULPELLIOT. QUELQUES TRANSCRIPTIONS 

eux est incorporé au Tanjur ^). On à beaucoup discuté sur la loca- 
lisation du Çambhala. Certains ont songé au bassin de l'Yaxarte, 
mais il faut remarquer que c'est en tant que dans le Çambhala est 
placé le fleuve Çïtâ (Sïtâ); or il n'y a aucun doute depuis long- 
temps que la Çïtâ, la «Froide», n'est pas l'Yaxarte, mais le Tarim ^). 
La part faite de toutes les légendes qui font régner sur ce pays des 
rois Kulika dont chacun occupe le trône pendant cent ans, c'est donc 
dans le bassin du Tarim qu'il faudrait chercher le Çambhala, si la 
Çïtâ coulait vraiment à travers ce pays ^). Comme l'a fait remarquer 
à plusieurs reprises M. Laufer, l'identification du Çambhala et l'étude 
détaillée des textes tibétains relatifs au système du kâlacakra sont d'une 
grosse importance non seulement pour l'histoire des influences étran- 
gères au Tibet, mais aussi pour celle de l'Asie centrale eu général. 



1) Cf. Laufer, dans Toung Pao, 1907, p. 403—404; P. Cordier, Catal. du fonds ii- 
hétain, III, p. 515, où le texte est dit traduit sur un manuscrit du Népal. M. Grünwedel 
a publié récemment, sous le titre de Der Weg nach Çambhala (Munich, 1915, in-4"'), le 
texte et la traduction du SambhalaH lam yig écrit en 1775 par le 3° Pan-chen-erdeni-lama ; 
ce texte n'a pas de rapport avec celui utilisé par M. Laufer et que celui-ci attribue au 
XIII" siècle. 

2) M. Laufer {T'oung Pao, 1913, p. 596) semble considérer comme possible la loca- 
lisation du Çambhala dans le bassin de TYaxarte. En tant qu''elle est suggérée par la Çïtâ, 
c'est innpossible. Lui-même avait fait remarquer {l'oung Pao, 1907, p. 403 — 404) qu'il 
fallait plutôt chercher du côté de Khotan, en tout cas à l'Est des Pamir, car la Çîtïï, 
selon son texte, ne semblait pas être, «comme on l'avait admis jusqu'ici», l'Oxus ou 
l'Yaxarte, mais le Tarim. Csoma avait en eifet admis l'équivalence de la Çïtâ et du «Sihon», 
c'est-à-dire de l'Yaxarte (cf. Annales du Musée Guimei, in-4°, II, 362). Quant à l'Oxus, 
il est forcément hors de cause, puisque la Çïtâ est citée régulièrement en même temps que 
l'Oxus dans la liste des grands fleuves qui prennent leur source au lac Anavatapta. Mais il 
suffit de se reporter aux Mémoires de Hiuan-tsang (trad. Julien, t. II, p. 208) pour voir 
que la Çïtâ est forcément le Tarim, la rivière de Yarkand étant considérée comme le 
cours supérieur de ce fleuve. C'est aussi l'opinion développée par Sir Aurel Stein dans son 
Ancient Kholan. S. Levi a étudié (/. A., 1918, I, 151) un texte bouddhique chinois qui 
nomme quatre aflluents de la Çïtâ. 

3) Quelles qu'aient été sur ce point les fantaisies des Tibétains, M. Sarat Chandra Das, 
dans son dictionnaire {s.v. Çambhala), doit se méprendre au moins sur la date quand il 
rapporte qu'au XV' siècle les Tibétains auraient identifié le Çambhala «à la capitale do 
l'Espagne». Les Tibétains du XV' siècle ne devaient avoir aucune idée de l'existence même 
de l'Espagne. 



APPARENTEES A ÇAMBIIALA DANS LES TEXTES CHINOIS. 75 

Une édition critique du Kälacakratantra, préparée par M. Grünwedel, 
devait paraître dans la Bibliotheca Buddhica et nous vaudrait sans doute 
de précieuses indications; je ne crois pas qu'elle ait vu le jour. Sans 
prétendre à étudier ici la question du Çambhala dans sou ensemble, 
je voudrais seulement signaler que des transcriptions voisines de 
Çambhala se rencontrent dans des textes chinois. 

M. S. Levi a déjà attiré l'attentiou sur les listes géographiques 
incorporées à VAvalamsaka^) et au Maliäsamnipäta. Dans IVlra/am- 
snka apporté de Khotan par ^ ^ ^ Tche Fa-ling au début 
du V° siècle, et traduit en chinois de 418 à 420 sous la direction 
de Buddhabhadra ^), on a une liste des sites qui, dans les divers 
royaumes, sont le séjour habituel de hodhisattoa. C'est ainsi que nous 
apprenons que dans le royaume du ||^ |SJ ^K'ien-t'o-lo (Gandhâra), 
il y a le ^ p|^ ^ Tsi-tsing-k'ou, ou «Grotte de l'apaisement»^). 
Ce nom, à lui seul, ne nous dirait pas grand' chose. Tui-tsing est 
une expression fréquente du bouddhisme chinois, mais dont je ne 
puis donner un équivalent sanscrit unique et certain. Toutefois, dans 
les listes géographiques de la Mohummjûrï, quoique assez divergentes 
entre elles et souvent altérées, on trouve tsi-tsing eu correspondance 
avec des transcriptions qui ramènent à des originaux p/i'a, çilâ (sans 



1) Je profite Je l'occasion pour rectifier ce que j'ai dit du titre de VAoalamsalm dans 
J. A., 1914, TI, 121 — 122; je m'étais aperçu de mon erreur avant l'impression, mais l'article 
a paru pendant la guerre sans que j'en aie eu d'épreuve entre les mains. En réalité» 
VAva/amsaIca est mentionné dans la Mahâvijutpatti (LXV, 4), sous le titre de Buddhd.- 
valainsaka. Si Teng-kouan parle de Gandavyûha à propos de la Bhadracari, ce doit être 
parce que la Bfiadracarï était alors considérée comme une partie de la section Gatjdavyûha. 

2) Cf. S. Levi dans B.E.F.E.-O., V, 253. Aux textes que cite M. Levi, il faut ajouter 
la notice essentielle qui est mise à la fin du 60° et dernier chapitre de la traduction de 
Buddhabhadra (cf. aussi le chap. 9 du Tch'ou sa?i tsang H tsï); c'est là qu'on voit que la 
traduction fut effectuée de 418 à 420; on y trouvera également les noms des collaborateurs 
de Buddhabhadra. 

8) Cf. S. Le'vi, dans S.EF.E.-O, 11, 248; Tripit. de TokyO, ^, VIII, 46 v"; de 
Kyoto, VII, IV, 166 v°. C'est par inadvertance que M. Levi a traduit tsi^tsing par 
«retraite pure». 



76 PAULPELLIOT. QUELQUES TRANSCRIPTIONS 

doute lu çiva par le traducteur) et çariti. La part faite des fautes 
de texte, on sait en outre que la correspondance régulière de tsi 
employé seul est la racine çam-, «être apaisé» ; tsi seul traduit fré- 
quemment çânti. 

Une autre traduction de VAvatainsaIca, exécutée en 695 — 699 par 
Çiksânanda, nous montre que, d'une manière quelconque, Buddhabhadra 
a voulu traduire ici un nom qu'il dérivait de la racine çam. Dans 
le passage parallèle à celui que j'ai cité, Çiksâuanda mentionne en 
effet, dans le royaume du Gandhära, la «grotte de ^ ^ ^ Chan- 
p'o-lo>. M. Levi a rétabli Jambhala ^), mais la prononciation ancienne 
des mots chinois est *Siäm-bhuä-lä ^), avec une chuintante initiale 
sourde ^); l'original ne peut être que Çambhala (Çambala) ou Çambara *) 



1) B.E.F.E.-O., II, 248; Triplf. de Tokyo, ^, 111, 23 v°; de Kjoto, VII, vin, 
218 r». 

2) J'ai suivi ici le système de M. Karlgren, bien que certains éléments secondaires en 
soient encore douteux. 

3) Que le dictionnaire de Giles ait ou non raison d'indiquer ^cian comme pronon- 
ciation péicinoise moderne au lieu de cÂan, les dictionnaires indigènes ne connaissent 
historiquement que c/iati {*siäm). Au milieu du VIIl" siècle, Tou llouan emploie ^b c//an 
pour transcrire très exactement Sam, le nom de la Syrie dans la région de Damas (cf. 
Hirth, China and the Roman Orient, p. 50). Ici même d'ailleurs, les gloses des yin-yi 
concernant l'.ipa/a«îîa^a spécifient la prononciation *siäm et non *ziäm ou *jiäm. Le nom 
de la ville du pays de Sindh que Stanislas Julien (Iliuan-tsang, Mémoires, H, I?0) a ré- 
tabli hypothétiquement en *Vicarapura doit se transcrire en réalité ^3 ife j^. 5&m Ätt 
P'i-chan-p'o-pou-lo, et la restitution théorique en est *Viçarabhapura. Le Handbook d'Eitel 
donne le caractère Jb chan dans deux noms: <tdjamhalây> ([ne jambhira), nom du Citrus 
acida, qui serait transcrit en chinois par 4^ -Jfer ^S tan-pou-lo ou "^ \^. fe*t 

chan-p'o-lo, et « tchdmara » {câmara), nom d'arbre, qui serait transcrit "^t* ^fc' S^ 
than-mo-lo. Mais la restitution « djamhaldtf pour tan-pou-lo t^lâmhhuolïi) est une faute 
de Julien dans sa traduction de Hiuan-tsang {fie, p. 148), fidèlement reproduite par Beal 
{Life, p. 109); il faut en réalité lire tämbTila, le bétel. Quant à chan-p'o-lo et chan-molo, 
ce sont deux orthographes du nom même de çambhala {çamhala) qui nous occupe ici. La 
fausse prononciation tchan pour ^ chan a trompé jusqu'à Chavannes. Dans ses Ueligieux 
émineiils, p. 18, 20, 202, il est question d'un roi « Tchan-pon 9, pour lequel, après hésita- 
tion, Chavannes a adopté une équivalence Jnmbhu; mais l'original est j-t -^^ Chan-pou, 
et la restitution Çambhu ne prête pas au doute. 

4) Les transcriptions chinoises ne distinguent pas le plus souvent entre b aspiré on 



APPARENTÉES A ÇAMBHALA DANS LES TEXTES CHINOIS. 77 

et non Jambhala. Par là-même nous comprenons la traduction de 
Buddhabhadra: il a dérivé Çambhala ou Çambara de la racine çâm-. 
Mais c'était là une dérivation qui était enseignée dans les écoles 
bouddhiques, car les Tibétains de leur côté traduisent Çambhala (et 
Çambhu) par bDe-'byun i), Çambara par bDe-mchog, et la racine 
çâm- est représentée normalement par hde en tibétain. 

Une liste parallèle à celle ùq V Avatamsaka se retrouve dans le 
Sûryagarbha du Alahäsamnipäla', la traduction de ce texte a été 
exécutée entre 589 et 618 par Nareudrajaças. On y lit que dans 
le Gandhära se trouve la résidence .du saint muni -h^ 7^|j ^ ^[^ 
'^ ^ ^ Ta-li-chö-ua-jo-mo-lo. M. S. Levi a restitué hypothéti- 
quement Darçauajiiâmala ^). Eu réalité, il est assez difficile de dire 
quelle est la première partie du nom. Je ne connais, dans les textes 
anciens, aucun exemple certain où ta {*dhai et *dha), d'ailleurs assez 
rare en transcription, transcrive eu fait seulement da et non dai 
(ou tout au moins une syllabe où le timbre de l'a, même s'il est 
primitif, n'ait pas été altéré); ta peut avoir son sens ordinaire de 
grand; de plus, le caractère citö est peut-être fautif. Mais le paral- 
lélisme des deux listes permet d'admettre que ^ jo est une simple 
altération graphique de ~^ rhan, et qu'ici encore chan-mo-lo {*éuim- 
muä-lä) doit être restitué en çambhala, çambala ou çambara. Toute- 
fois, cette nouvelle mention ne nous permet pas, elle non plus, de 
choisir entre ces formes. 

Uue autre section du Mahäsammpäta, le Caudragarbha, contient, 
elle aussi, uue liste apparentée aux deux précédentes. Le nom qui 



non aspiré, ni entre / et r, à moins de conventions spéciales des transcriptions savantes, 
et sous réserve d'une remarque qu'on trouvera plus loin. 

1) C'est la traduction indiquée dans le Dictionnaire de Sarat Chandra Das, s.v. Sam- 
bha-la. Mais l'Itinéraire de Çambhala, au t. 133, P 349, du Tanjur de Pékin, rend le nom 
par bDe-can-'jin (cf. P. Cordier, Cours de tibétain classique, p. 13); la racine çûm y est 
encore traduite par bde. 

2) Tripit. de Tokyo, ^ , III, 52 v°; de Kyoto, VI, viii, 252 v°; B.E.F.E.-O., IV, 
546—547. 



78 PAULPELLIOT. QUELQUES TRANSCRIPTIONS 

uous occupe y est orthographié |||^ ^ ^ Chan-p'o-li (*Siäm-bhuä-lji), 
que M. Levi, cette fois, a rétabli en Çambali ^). 

A côté de ces textes relatifs à un lieu saint du Gandhara, il 
faut placer un ou deux autres textes du Canon qui contiennent en 
transcription un mot analogue à chan-p'o-lo. 

L'un d'eutre eux se trouve, lui aussi, dans" VAvatamsaka, mais 
dans la première section de la traduction de Çiksâuanda ^). Il y est 
question de divers rois des Asura qui sont nommés d'abord dans 
un morceau en prose, puis dans un développement correspondant 
eu vers. Or, à un roi des Asura X^ "^ |!J^ K'iao-houan-chou, 
«Habile magie», de la partie en prose, correspond dans la partie 
en vers «le roi ^ 5k ^ Chan-mo-lo (*Siäm-muä5-la)». L'un des 
noms est donc la traduction de l'autre. Dans ces conditions, l'original 
qu'a voulu rendre Çiksânanda ne paraît ici guère douteux. Une 
nasale initiale du chinois rend soit cette nasale, soit l'explosive non 
aspirée correspondante. Notre Chan-rao-lo doit donc représenter ici 
eu principe uu nom en -ma- ou -ba-, mais non en -bha-; précisé- 
ment Çambara est le nom d'un Asura et çâmharî signifie «magie»; 
il doit par suite s'agir d'un roi des Asura appelé Çambara. 

Enfin, dans le chap. 9 de V Abhidharmakoçaçâsira traduit par 
Hiuan-tsang, il est question de pratiques usitées au moment des 
accouchements, et le texte parle à ce propos de ^^ ^ ^ )(-\^ 
chan-mo-li-che, «jus de chan-mo-li {sißni-muaS-lji)-» ^). 

Si j*ai cité ces deux derniers textes, c'est à raison des gloses 
dont ils sont l'objet et qu'il convient d'étudier en même temps que 
celles concernant les passages de V Avalamsaka. 



1) Tripif. de Tokyo, ^ , IV, 62 r°; BEF.E-0, V, 2S1— 282. Il résulte de ce que 
j'ai dit plus haut que, selon moi, il n'y a pas a séparer la grotte de Chan-p'o-li et le lieu 
saint de Ta-chö-Ii-jo [corr. chaD]-mo-lo, comme M. Levi le fait ici. 

2) Tripif. de Tokyo, j^, , 1, H r°; je n'ai pas réussi à retrouver un texte parallèle 
dans la traduction de Buddbabhadra. 

S) Tripif. de Tokyo, ^, X, 16 r°. 



APPARENTÉES A ÇAMBHALA DANS LES TEXTES CHINOIS. 79 

Le plus ancien des yin-yi^ ou «sons et sens» du Cauou, est 
celui de Hiuan-ying, qui date du milieu du VII® siècle ^). A propos 
du «jus -de chan^mo-li» de V Abhidharmakoçaçâstra, Hiuan-ying donne 
la note suivante^): «C'est une plante mucilagiueuse ( y*^ ^ houa- 
ts'ao). Ou s'en sert pour se laver les mains; elle est très onctueuse 
(f^ ?^ houa-tso)». En somme, il s'agit suivant Hiuau-ying, et ceci 
va bien avec le contexte, d'un suc de plante qui tient lieu de savon. 

Dès le premier quart du VIII® siècle, ^ ^ Houei-yuan glosait 
la traduction de V Avatasamka due à Çiksânanda, et consacrait deux 
de ses notes à Chau-p'o-lo et à Chau-mo-lo. Nous avons des yin-yi 
de Houei-yuau trois états diffe'rents, les deux recensions provenant 
respectivement des éditions de Chine et de Corée, et celle incorporée, 
dès l'époque des T'ang, au Yi ts'ie king yin y/ de Houei-lin. En tenant 
compte des diverses leçons de ces trois textes ^), nous pouvons restituer 
à coup sûr sous la forme suivante la glose de Houei-yuau relative au 
nom de Chan-p'o-lo: *Chan se prononce *éiarn. Chan-p'o-lo est le 
nom d'un arbre aux fleurs odorantes. Près de cette grotte, il pousse 
beaucoup de ces arbres; de là on a nommé [la grotte]». 

Quant au nom du roi des Asura Chau-mo-lo, Houei-yuan en 
parle comme suit*): <^ C/ian-7no-lo: C'est là le nom d'un arbre proche 
des bords de l'Océan dans les pays d'Occident. Le sens du nom est 
«couleur jaune mêlée» ( ^ 7^ Ê ^^ouang-tsa-so). Quand «l'oiseau 
aux ailes d'or» (garuda) vient, il se posé immédiatement sur [cet 
arbre].» 



1) Nanjiö, Catalogue, n° 1605. M. Nanjiö «lit que l'œuvre fut compilée «in about 
AD. 649»; il resuite en effet de la préface que l'auteur commença son travail « à la fin 
de la pe'riode icheng-Icouani», c'est-à-dire vers 649. Miiis comme la traduction de VJbhi- 
dharmakoçaçustra par Hiuan-tsang ne doit être quo de 651—654 (cf. Nanjio, n° 1267) et 
que Hiuan-ving la glose, il faut bien admettre que son travail s'est poursuivi pendant un 
certain nombre d'années. 

2) Tripit. de Tokyo, '^Ij. VI, 9J v°. ' • 

3) Ihid, VIII, 144 v°; X, 121 r°, 140 v". 

4) lUd, VIII, 134 v°; X, 110 v°, 131 r". 



80 PAULPELLIOT. QUELQUES TRANSCRIPTIONS 

Ainsi Houei-yuaa, originaire de Kacbgar et qui utilisait des 
manuscrits d'Asie Centrale, distingue deux arbres, l'un chan-p'o-lo^ 
l'autre chan-mo-lo', mais tel n'est pas l'avis de Teng-kouan. 

Le moine y^ ^§^ Teng-kouan, mort en 838 •^), avait consacré 
de longues aunées, dans sa retraite du Wou-t'ai-chan, à commenter 
et à sous-commenter VAvatammka. Au chap. 47 du commentaire 
principal de Teng-kouan, nous lisons^): «Pour ce qui est de 
Chau-p'o-lo, c'est le nom d'un arbre aux fleurs odorantes; avec le 
t^ tK ^ Chan-mo-lo de la première section ( ^ ^ ich'oii-p'vi), 
il n'y a que la différence du ^ k'irig et du ^ tcliong des mots 
sanscrits (^ "^ fan-yeu). [Ces arbres] naissent en grande abon- 
dance auprès de la grotte; c'est pourquoi [ou l'a nommée ainsi]. 
On rapporte que c'est là l'endroit où le Buddha a laissé son ombre, 
comme il est raconté tout au long dans le Si yu ki et dans le 
Candragarbha du Mahäsammpäta, dixième section» ^). Dans sou 
immense sous-commentaire, Teng-kouau s'exprime ainsi*): <^ Sous- 
commentaire de Chan-p'o-lo: le terme signifie «de couleur jaune mêlée». 
Dans la première section [de V Avatamsaka], [il est question] du roi 
des Asura Habile-magie et du roi Chan-mo-lo; dans la partie en 
vers et dans la partie eu prose, on a ainsi le nom respectivement 
en chinois et en sanscrit, et l'interprétation [par «Habile-magie»] 
ne concorde pas avec celle-ci [par «couleur jaune mêlée»]. La 
partie en vers dit [à propos du roi Chan-mo-lo] «le génie de 
l'éclat de couleur rouge» (^vl ^ 31l 3^^ houg-sö-kouang-chen)^). 



1) Cf. J. 4., 1914, II, 120. 

2) Cf. s. L(Svi, dans B.E.F.E.-O., II, 24,8; Tripit. de Tokyo, ^ , IV, 8 v°; de Kyoto, 
XXXIV, ui, 195 v°. 

3) Ma ponctuation est confirmée par le sous-commentaire que je cite ci-après; l'édition 
de Tokyo est mal ponctuée. 

4) Cf. S, Lc'vi, Htim B.E.F.E.-O ,11,24^; yn/Ji'A de Tokyo, ^ , JX, 84 v°; de Kyoto, 
XXXIV, IX, 760 r" et v**. Le même texte se retrouve dans le Tripif. de Kyoto, Suppl. I, 
X, V, 600 r*»— 501 r". 

5) Tong-kouan semble indiquer par là que le nom de Clian-mo-lo, traduit par 



APPARENTEES -A ÇlMBIIALA DANS LES TEXTES CHINOIS. 81 

De plus, à plas de dix H au Sud-Est de cette ville, il y a un 
stupa, daus lequel est une dent du Buddha, lougue d'envirou un 
pouce et demi; sa couleur est d'un blanc jaunâtre. Il y a là beau- 
coup de saints vestiges. C'est pourquoi les saints y demeurent. Sous- 
commeidaire de: on rapporte que cest là V endroit ou le Buddha a 
laissé son ombre: C'est ce qui est dit au chapitre 2 du Si yu ki: 
Au Sud-Ouest de la capitale du royaume de p^5 ^^ ^ Na-kie-lo 
(Nagarahâra), il y a un sanghäräma {Suit un long extrait du Si yu 
ki sur la grotte de Vornbre du Buddha)-». Dans uue dernière note, 
Teng-kouau précise ses références au Candragarhha du Mahäsamnipäla, 
et reproduit la liste du Candragarhha où le lieu saint est désigné 
sous le nom de f||^ ^ ^|j Chan-p'o-li. 

Il n'est pas facile d'interpréter correctement toutes ces explica- 
tions, et de choisir entre leurs données plus ou moins contradictoires. 

En ce qui concerne Teng-kouan, sa terminologie est en principe 
assez claire. Pour lui, Chan-mo-lo et Chan-p'o-lo ne diffèrent que 
par le k'ing et le tchong du sanscrit. S'il a pris ces termes avec la 
valeur ordinaire que leur donnent les phonéticiens chinois, h'ing, 
«léger», indique uue explosive non .aspirée, et tchong, «lourd», une 
explosive aspirée; cette terminologie s'appuie évidemment sur la 
différeuce de la force d'expiration dans les deux cas. Il semblerait 
donc, si Teng-kouan a bien pris les expressions dans leur sens 
technique, que son roi fût plutôt Çambara, et que la grotte au 
contraire fût celle de Çambhala. 

Ceci serait bien en accord avec les transcriptions elles-mêmes, puis- 
qu'il y a tout un sjstème, utilisé surtout sous les T'ang, où m initial 
représente m- ou b- et où p'-initial issu do *bh- transcrit bh-^); 
Chau-mo-lo serait donc correct pour Çambara (Çambala), et Chau- 



« Habile-magie» dans la partie en prose, reparaît ailleurs traduit «gdnie de l'éclat de 
couleur rouge» dans les stances; je n'ai pas retrouvé le passage qu'il semble viser ici. 
1) Cf. H. Maspero, dans B.EF.E.-O., XVI, v, 61—63. 



82 PAUL pelliot. quelques transcriptions 

p'o-lo pour Çaïubhala (Çambhara). Mais ici interviennent les expli- 
cations par «nom d'arbre», <jui reparaissent, sous des formes diverses, 
chez Hiuan-ying, Houei-yuan et Teng-kouan ; Çambliala n'est pas 
connu dans cette acception. 

La glose de Houei-yuan suggère une autre solution. Selon lui, 
Chan-p'o-lo est le nom d'un arbre aux fleurs adorantes; Chan-mo-lo 
veut au contraire dire «de couleur jaune mêlée» et est le nom de 
l'arbre où se pose le garuda. Bien que l'explication par «couleur 
jaune mêlée» paraisse supposer, comme me le suggère M. S. Levi, 
un rapprochement ou une confusion avec çabara, «de couleur mé- 
langée», il semble qu'on puisse identifier l'arbre que vise en second 
lieu Houei-yuan. Dans le Saddharmûsmrlynpasthanasûtra^ il est ques- 
tion d'un arbre jamhû qui est situé aux bords orientaux du Jambûdvîpa 
et qui est la résidence de Garuda; dans le passage correspondant du 
Rämäyana^ le janihü est remplacé par un kûtaçalmali ou çâhnali 
épineux^). L'arbre jamhû est exclu par la transcription chinoise; 
mais peut-il s'agir du çâlmalil 

A première vue, les diflScultés sont considérables. Houei-yuan 
parle de l'Océan occidental, au lieu que le Saddharmasmriyupasthäna 
met son arbre du garuda dans l'Océan oriental; de plus il faudrait 
retrouver une source bouddhique qui mentionnât pour le garuda le 
çâlmali et non le jamhû. Enfin l'analogie phonétique de chan-mo-lo 
et de çâlmali est en apparence très peu satisfaisante; mais rien ne 
prouve qu'on doive partir du sanscrit çâlmali plutôt que de quelque 
forme dialectale usitée en Asie Centrale. A ce point de vue, il est 
intéressant d'étudier sous quelles formes le nom du çâlmali a été 
connu en Chine. 

Dans les textes bouddhiques, le çâlmali joue un double rôle; 
c'est le nom d'un enfer, et comme tel il a passé sans altération en 
tibétain; pois c'est le nom de l'arbre à coton, Bombax Malaharicum. 

1) Cf. s. Levi, dans /. A, 1918. I, 22, 89. 



APPARENTÉES A ÇAMBHALA DANS XES TEXTES CHINOIS. 83 

Comme nom d'enfer, je n'ai souvenir de n'avoir rencontré en chinois 
que des traductions et non des transcriptions du nom. Comme nom 
d'arbre, il en va autrement. Watters ^) a signalé que la transcription 
^ ^ ^^'^^ (*«ä-/ä) représentait en chinois deux originaux diffé- 
rents ^), d'abord l'arbre sala ou cala {Shorea Robiista), puis l'arbre 
k coton, dont le nom chinois est "^ jj^ mou-viien\ dans ce second 
cas, so-lo^ selon Watters, transcrit le nom même du çcilmali. Il faut 
noter que, dans ce dernier sens, so'-lo apparaît dès avant les T'ang 
non pas dans des textes bouddhiques, mais dans des œuvres de 
littérature profane, à propos du Yunnan. On pourrait donc admettre 
que ce mot so-lo^ s'il représente çahnali, est arrive en Chine par 
la voie de l'Assam et dans un dialecte où ç- était passé as-; ce 
ne seraient pas les traducteurs bouddhiques, non plus que les gens 
de l'Asie Centrale, qui auraient fait connaître le mot en Chine. 
Toutefois l'anomalie de cette transcription, où toute une partie du 
mot a disparu, est de nature à faire hésiter. Récemment, M. Laufer, 
s'appuyant sur ce que sa-la est encore aujourd'hui le nom du coton 
en lolo, a admis que c'était là un nom indigène ') (et non par suite 
un emprunt à un dialecte hindou). Bien que la plante coton soit 
différente de l'arbre à coton, il ne serait pas surprenant que des 
populations du Sud-Ouest de la Chine eussent étendu à la plante 
le nom indigène qu'ils donnaient à l'arbre, et j'incline à croire que 
M. Laufer a raison. So-lo serait ainsi phonétiquement indépendant 
de calmait. 

Mais les œuvres de botanique chinoise connaissent un autre nom 
de l'arbre à coton, celui de ^ß^ ^ chan-p'o, qu'elles considèrent 
comme sanscrit *). Il est certain que c'est là simplement une forme 



1) Essays on the Chinese Language, p. 435; cf. aussi B E.F.E.-O., iv, 173. 

2) Pour une troisième valeur douteuse, cf. Smith et Stuart, Chinese Materia Mediea, 
1911, p. 19. 

3) Sino-Iranica, p. 491. 

4) Cf. Watters, Essays, p. 435; Smith et SJuart, Chinese Materia Mediea, p. 198. 



84 ^AITL PELLIOT. QUELQUES TRANSCRIPTIONS 

altérée de notre 0^ ^ ^ c1ian-p'o-li^ où le dernier caractère est 
tombé ^), et que par suite les botanistes chinois ont recueilli for- 
mellement dans quelque œuvre bouddhique l'équivalence de chan'p'o-li 
et de l'arbre à coton ; cJian-p'o-li représente donc une forme dialectale 
de çalmali, et uous sommes amenés, vu le parallélisme des passages 
de V AvatammJca et du Mahäscmnipäta et les gloses qui les accom- 
pagnent, à adoiettre que le çalmali est également à la base des ex- 
plications de chan-mO'lo et de chan-p'o-lo. 

En fait, ces formes attestées par les textes chinois n'ont rien 
que de très normal si on se reporte aux formes dialectales connues 
dans l'Inde. Dès les Veda^ on trouve une forme çimhald désignant 
la fleur du çalmali', les formes pâlies de çalmali sont simhali et 
simbala; le prâcrit jaiua écrit sâmall et simbali; on a scunarï dans 
les prâcrits non classiques; aujourd'hui l'hindoustanî dit sä7))al et 
sämbhal, d'où est né le nom seemul (ou simmul) donné au cotonnier 
par les Anglais de l'Inde^). Il n'y a donc qu'à admettre que le 
nom du çalmali avait passé en Asie Centrale, dans les premiers 
siècles de notre ère, sous des formes dialectales *çambali, *çombhali, 
*çambala, *çambhala. 

Il serait évidemment prématuré de prétendre que le nom du 
pays mythique de Çambhala est directement apparenté à ces formes '). 



Toutefois ce dernier ouvrage paraît parler ici de la plante coton {Gossiphnn herlaceum) au 
lieu qu'il s'agit en réalité de l'arbre à coton. 

1) Dans la glose de Houei-yuan citée p. 79, deux des éditions ont de même ^ki jêK 
chan-p'o au lieu de clian-p'o-lo, et la troisième a p'o-lo. Vu la confusion constante de 

.^S p'o et ^^ so en chinois, et étant donné d'ailleurs qu'on rencontre parfois p'o-lo et 
non so-lo dans le nom du cotonnier (cf. B.E.F.E.-O., IV, 173), on serait tenté de supposer 
que »o-lo, nom de l'arbre à coton, au lieu de transcrire *sä^mali'\ ou de représenter un 
nom indigène sa-la, pourrait être à l'origine une faute pour p'o-lo, forme aphérétique de 
chan-p'o-lo, si so-lo ne se rencontrait pas d'aussi bonne heure et en dehors des textes boud- 
dhiques. 

2) Yule et BnrncU, Hobson-J oison*, p. 807. 

3) Çambhala n'est pas upe forme anormale dans la nomenclature géographique de l'Inde. 
Ptolémée cite, dans l'Inde da Nord, deux villes de Sambalaka, dont l'une paraît répondre à 



APPARENTÉES A ÇAMBHALA DANS LES TEXTES CHINOIS. 85 

Si on se rappelle toutefois que la grotte de *Çambhala est mise 
près de Nagarahâra ^), c'est-à-dire daus la région de prédilection de 
l'astrologie et de la magie pour les textes se rattachant à l'Asie 
Centrale, que d'autre part la localisation du Çambhala dans le bassin 
du Tarim ne nous est pas attestée jusqu'ici avant l'époque mongole 
au plus tôt, enfin qu'il y a dans la géographie mythique un Çâl- 
malidvîpa à part du Jambûdvïpa, peut-être une contamiuation due 
aux formes dialectales du nom du çâlmali n'apparaîtra-t-elle pas 
comme invraisemblable. Il serait désirable de rechercher dans le 
Kanjur les passages tibétains correspondant aux textes chinois cités 
dans la présente note; peut-être nous vaudraient-ils quelques indi- 
cations nouvelles. 



l'actael Sambhal du Rohilkhand ; ce sont là probablement des formes prâcrites foncièrement 
identiques à Çambhala. 

1) La question de Nagarahâra est assez complexe, mais Watters {On Yuan Chwang's 
Travels, I, 182 — 198) l'a embrouillée inutilement, car le nom du moins n'est pas douteux. 



LES ORIGINES DE L'ASTRONOMIE CHINOISE 



PAR 



LEOPOLD DE SAUSSURE. 

(Suite) »). 

H. LES ANCIENNES ÉTOILES POLAIRES. 



Le P. Gaubil, au XVIIP siècle, a montré que deux petites 
étoiles, qui furent effectivement polaires au 27® et au 23® siècles 
av. J.-C, portent dans l'uranographie chinoise des noms les caracté- 
risant comme polaires. Le fait est d'autant plus intéressant qu'il 
n'a pu être falsifié; car, même après la découverte de la loi de 
précession, les Chinois ont ignoré le déplacement du pôle, ayant 
interprété cette loi comme équatoriale. D'ailleurs le nom de ces 
étoiles, T'ien yi ^ — ' et T'ai yi "^ — ', figure dans le chapitre 
^ ^ de Sseu-ma Ts'ien, bien antérieurement à cette découverte. 

La corrélation entre l'étoile polaire, au centre du monde céleste, 
et le Fils du ciel, au centre de l'univers terrestre, forme la base 
des concepts religieux de la haute antiquité ^). L'un et l'autre sont 



1) Voir le T'ounff pao 1909, 1910, 1913; et 1914 p. 645. 

2) Cf. Les origines (B) T'oung pao 1909, pp. 262, 273 et Le système astronomique 
des Chinois, II, dans les Archives des sciences physiques et naturelles, décembre 1919. 
Dans cette dernière publication (au chapitre Rôle fondamental de l'étoile polaire), j'ai mon- 
tré que les expressions Tchoung young \X\ Iœ* et Kiwi tseu ;M' Hp* se rapportent au 
concept fondamental de l'étoile polaire symbole de la régularité' des luis de la nature et du 
souverain terrestre. L'homme idéal, en Chine, est celui qui, tourné vers le sud, personifie 
le centre parfait autour duquel tout évolue régulièrement. 



LES ORIGINES DE l'ASTRONOMIE CHINOISE. 



87 



essentiellement uniques de même que le centre d'un cercle est né- 
cessairement unique. C'est pourquoi l'empereur est appelé — • J^ 
l'homme Unique et l'étoile polaire ^ — * l'Unique du ciel ou 
H^ — ' l'Unique suprême ^). 

Le fait que ces deux étoiles ont été choisies comme polaires 
malgré leur petitesse (5® grandeur), quoique l'une et l'autre ne 
soient pas très éloignées de la belle étoile ex, Draconis, est également 
très remarquable. Il témoigne d'un souci d'exactitude qui s'explique 

o Solstice d'ete 




Fig. 27. — Projection des divisions sidérales sur l'équateur du 24" siècle. 

fort bien depuis que j'ai révélé la symétrie générale des sieou (fig. 27) 
et montré que cette symétrie diamétrale des étoiles déterminatrices, 
perfectionnement du zodiaque lunaire primitif, n'a pu être réalisée 
que par l'observation concomitante du passage au méridien des étoiles 



1) Le fondateur de la dynastie Yin a pris le nom de ^^ .^i (= 'jC ')• ^* 

la dénomination de -Jr* • s'est perpétuée jusqu'aux Han comme celui de la plus grande 

divinité des cieux {Les origines, (B), p. 273). 



88 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

circora polaires; ce qui nécessite une orientation précise du plan méri- 
dien et par conséquent une exacte détermination du pôle ^). 

Ce remauiement, par les Chinois, du zodiaque asiatique archaïque 
porte en lui-même, comme je l'ai montré, la date du 25® siècle 
environ ^). Il coïncide donc, comme cela était d'avance probable, 
avec la création des palais célestes chinois, c'est-à-dire avec la ré- 
partition des 28 sieou en quatre saisons sidérales qui ont immuable- 
ment conservé tout au long de l'histoire chinoise la position des 
equinoxes et solstices du 25® siècle ^). 

Le nom caractéristique des petites étoiles T'ien yi et T'ai yi, 
qui furent polaires aux environs du 25® siècle, vient confirmer ces 
données. Il serait donc fort intéressant de pouvoir les identifier avec 
certitude; malheureusement, les auteurs qui se sont occupés de cette 
question ne l'ont pas traitée à fond. Ils n'indiquent pas leur docu- 
mentation et présentent entre eux des divergences. Nous allons donc 

reprendre l'enquête depuis le commencement. 

* 

Le missionnaire Gaubil, S.J. (1689 — 1759), qui se donna tant 
de peine pour renseigner les savants européens sur l'astronomie 
chinoise, était un esprit curieux, modeste, d'une grande probité; 
mais souvent confus et ne s'exprimant pas clairement. Ses manuscrits 
étaient en outre peu lisibles; et leurs éditeurs les imprimèrent sans 
prendre le soin d'en faire corriger les épreuves par une personne 
compétente. 

Les renseignements qu'il donne sur les étoiles polaires se trou- 
vent dans trois ouvrages différents: 



1) Cf. Le zodiaque lunaire asiatique dans les Archives pes sc. phys. et NAT. (Genève) 
mars 1919. Tirage à part chez Geuthner à Paris. 

2) Cf. le Journal asiatique, juillet 1919: La symétrie du zodiaque lunaire. 

3) Cette origine, inscrite dans le système des saisons sidérales chinoises, est en outre 
confirmée par le texte du Yaotien qui spécifie la corrélation des sieou cardinaux (fig. 27) 
avec les equinoxes et solstices de la hante antiquité (cf. Le système astronomique des Chi- 
nois, I, Auch. sc. ph. nat., mai 1919). 



LES ORIGINES DE l'ASTRONOMIE CHINOISE. 89 

1" Dans son Histoire de Vastronomie chinoise dépuis le cominence- 
ment de la monarchie jusqu'en Van 206 avant J.-C.^), où il dit: 

[A]. II est hors de doute que ces Chinois astronomes observaient l'étoile 
polaire et qu'ils lui donnaient un nom chinois. Dans le Chou king, chapitre 
Hong fan, l'empereur est désigné sous le caractère du pôle. Cette idée de 
l'empereur sous le titre du pôle est clairement marquée par Confucius, . . Les 
caractères chinois Tien y et Tay y ont à peu près le même sens et expriment 
le ciel. . . Cela .supposé, les étoiles Tay y et Tien y, qu'on voit dans les plus 
anciens catalogues chinois et qui sont dans la queue du Dragon, paraissent 
avoir été successivement les étoiles polaires suivant ces catalogues et désignent 
le Souverain. 

L'an 2259 l'étoile Tay y fut le plus près du pôle et était l'étoile polaire; 
et l'an 2667 l'étoile Tien y était la polaire. L'étoile x de la queue du Dragon 
fut avant ce temps là la polaire, l'an 2551 [lisez 2851], mais son caractère 
chinois ne désigne pas une étoile polaire. Ainsi c'est entre les ans 2259 et 
2780 [date intermédiaire entre 2851 et 2667] qu'il faut fixer le commencement 
des observations chinoises de l'étoile polaire et sans doute d'autres observations. 

L'étoile Tay y se voit à la vue simple. Je ne la vois pas dans les catalo- 
gues européens que nous avons ici. 

Par ce qu'on vient de dire, on doit conclure qu'en l'an 2851, temps où 
l'étoile ac de la queue du Dragon était l'étoile polaire, il n'y avait pas en Chine 
des astronomes observant les étoiles du pôle; car s'il y en avait eu, on aurait 
donné un nom convenable à cette étoile comme la polaire 2); le nom qu'elle a 
lui a été donné ensuite ^). 

Gaubil indique en outre les coordonnées écliptiques des étoiles 
T'ai yi, T'ien yi et ot Dragon. Mais, suivant l'usage de son temps, 
il rapporte les longitudes à l'origine du signe dans lequel l'astre se 



1) Ne pas la confondre avec le Traité et Y Histoire abrégée publiés dans le recueil de 
Souciet (1729 et 1732). Elle a été écrite vers 1750 et imprimée dans les Lettres édifiantes 
tome XXVI (1783), puis réimprimée dans l'édition de Lyon, tome XIV (1819). Quant à la 
Chronologie chinoise, expédiée en France en 1749, elle ne fut tirée de l'oubli qu'en 1814 
par Laplace qui la découvrit au bureau des longitudes dans les papiers de Fréret. — Un 
autre manuscrit de Gaubil, écrit en 1734, Recherches sur les constellations et les catalogues 
chinois des étoiles fixes, se trouve à la bibliothèque de l'Observatoire. (Cf. Biot, Etudes, 1862). 

2) Gaubil n'a pas vu le fait, révélé par Schlegel, que si l'étoile a ne porte pas un 
nom polaire, elle porte du moins un nom circompolaire : Gond de droite; de même que 
rétoile t (iota) porte le nom de Cowrfrfe^awc-^e; ces termes indiquant une proximité immédiate 
du pivot céleste. 

8) Lettres édifiantes, tome XIV (1819), p. 328, de l'édition de Lyon. 



90 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

trouve. Or les éditeurs, prenant les signes de la Vierge fl}? et du 
Lion (Q) pour un M et un A, ont écrit; Longitude méridionale (!), 
Longitude australe (!). Biot a signalé cette méprise dans le Journal 
des Savants 1840 (p. 236) et rectifié ainsi le tableau^); 



Coordonnées écliptiques en Van -|" 17 80. 



Tay y 
Tien y 
Ä Draco nis 



G = 25° 24' 2Ü" ^ = 145° 24' 20" 
G = 0°04'25" 032= 150° 04' 25" 
G = 3° 37' 40" \\Hl = 153° 37' 40" 



L = 64° 13' 00' 
L = 65° 21' 38" 
L = 66° 21' 40" 



2*^ Dans un ouvrage antérieur, la Chronologie chinoise^ Gaubil dit: 

[B]. D'après les catalogues chinois des étoiles, il est probable que deux 
petites étoiles près de l'antépénultième de la queue du Dragon, allant vers la 
pénultième, ont été autrefois étoiles polaires, au moins une des deux. La plus 
proche de l'antépénultième s'appelle Tien y {Caelum unum). L'autre s'appelle 
Tay y {Magnum unum). 

3" Dans un mémoire inédit de Gaubil figure une indication citée 
par Biot dans son article du Journal des Savants: 

[C]. Fréret, dans sa Chronologie chinoise croit que cette étoile {Tien-y) 
était « du Dragon ; mais je pense qu'il a été trompé par une phrase d'un 
manuscrit de Gaubil dont nous avons la copie à l'Observatoire, et où il est dit 
que la dénomination d' Unité du ciel s'applique « à l'étoile près de l'antépénul- 
tième de la queue du Dragon»; puis, à ce dernier mot, on lit en note; «« in 
Dracone ». Fréret aura cru que cette note désignait l'étoile Tien y, tandis qu'elle 
désignait l'antépénultième qui est réellement cc'^). 

La comparaison des documents A, B, C, établit clairement que 
T'ien yi est l'étoile (de 5® grandeur) i du Dragon. Mais l'identifi- 



1) A mon tour j'ai rectifié le tableau de Biot qui porte 149°, au lieu de 145°, pour 
la longitude de Tay y calculée par Gaubil.. 

2) Cela ressort, d'ailleurs, avec évidence du texte A qui e'tablit la distinction entre 
les trois étoiles. L'erreur de Fréret s'est cependant propagée, car Flammarion écrit dans 
son Astronomie populaire: «Vers l'an 2700 l'étoile et du Dragon devint polaire et fut célèbre 
sous ce titre en Chine et en Egypte. Les anciens astronomes chinois l'ont inscrite dans 
leurs annales du temps de l'empereur Hoang-tii>. Nous ne possédons malheureusement pas 
d'annales datant du fabuleux Iloaang-ti, et le caractère polaire des anciennes étoiles est 
attesté seulement par le nom significatif qu'elles ont conservé dans l'nranographie chinoise. 



LES ORIGINES DE l'ASTRONOMIE CHINOISE. 91 

cation de T'ay yi est plus difficile. A son sujet, Biot s'exprime ainsi: 

J'ai eu moins de secours pour reconnaître l'étoile appelée Tay y, V An- 
cienne unité [?], que je n'en avais eu pour lYen y. Gaubil la désigne cepen- 
dant comme ayant aussi les caractères d'une polaire observée plus anciennement 
même que Tien j/ *); et il donne aussi ses coordonnées en longitude et latitude 
pour 1730. . . 

Mais je ne trouve pas d'étoiles du Dragon qui s'accorde avec les coordon- 
nées de Gaubil et celles qui s'en approchent le plus sont deux très petites 
étoiles de cette constellation désignées par les n"' 42 et 184 dans le catalogue 
de Bode. J'ai donc calculé leurs lieux sur le ciel»d' Yao, Elles étaient toutes 
deux très près du pôle; et même l'une d'elles, la 42*, en était plus près que 
Tien y. Je les ai donc placées toutes deux dans le tableau de comparaison aux 
places que le calcul leur assigne; "mais je n'oserais absolument répondre de leur 
identité avec celle que Gaubil a voulu indiquer. 

Quoique Biot sût fort bien que les ouvrages de Gaubil four- 
millent de fautes d'impression, il n'a pas pensé, dans son incertitude, 
à corroborer les longitudes avec les dates indiquées (A) pour la plus 
grande pj*oximité de ces étoiles au pôle. Cela est cependant très 
facile car, à propos d'un autre sujet, Gaubil dit qu'il compte 1 degré 
de précession pour 72 ans ^). Comme, d'autre part, Biot constate 
que la longitude d'^jj Dragon indiquée par Gaubil est exacte, nous 
avons tous les éléments nécessaires pour calculer, au moyen des 
dates, les longitudes de T*ien yi et de T'ai yi, en retranchant de 
la longitude lVx Dragon la précession comptée d'après la formule 
de Gaubil: 



1) Biot, en général clair et précis, commet ici une double inadvertance qui vient 
compliquer un problème obscurci par tant d'étourderies et de méprises. T'ai yi signifie 
l'Unique suprême — ou V Unité suprême si l'on veut adopter cette traduction défectueuse — 
mais en tous cas pas VAncient/e unité, dénomination née d'un quiproquo dans l'esprit de 
Biot. Sa méprise se trouve aggravée par le fait que, contrairement aux indications du 
document A (coordonnées et date de la proximité du pôle), il prétend que Gaubil désigne 
Tay y comme une polaire plus ancienne que Tien y. 

2) «Je vois que dans nos diverses tables le mouvement des fixes n'est pas le même. 
Le calcul que j'ai rapporté est dans l'hypothèse de 72 ans pour un degré» (0/). aV. p. 339). 
Cette expression de mouvement des fixes semble montrer que Gaubil n'admettait pas le 
mouvement de la terre. On sait d'ailleurs que la Sorbonne, au début du XVIIP siècle, 
considérait encore le système de Copernic comme « une hypothèse commode mais fausse ». 



92 



LEOPOLD DE SAUSSURE. 



Etoiles polaires 


Dates 


Intervalles 


Longitudes 
induites 


Longitudes 
de Gaubil 


(X, Dragon 
T'ien yi 
T'ai yi 


-2851 

- 2667 

— 225cr 


j 184 ans 
j 408 ans 


151° 5' 
145° 25' 


153° 37' 40" 
150° 4' 25" 
145° 24' 20" 



On voit que les longitudes induites par ce calcul approximatif 
concordent avec celles de Gaubil, sauf sur un point qui révèle une 
erreur typographique: 150° au lieu de 151°, ce qui explique pour- 
quoi Biot a trouvé un peu inexacte la longitude assignée par 
Gaubil à i du Dragon. 

En résumé les coordonnées et les dates indiquées par Gaubil 
— rectißcation faite des fautes d'impression — sont concordantes. 
Elles identifient avec certitude T'ien yi à i du Dragon, mais elles 
assignent à T'at yi un lieu du firmament où Biot n'a pas trouvé 
d'étoile visible. Reste à savoir si Biot a cherché à la longitude 145° 
ou à la longitude 149° qui figure par erreur à son tableau. Pour- 
suivons donc notre enquête. 



D'autres auteurs européens se sont occupés du firmament chinois: 
notamment Schlegel qui publia son Uranographie chinoise en 1875. 

A la page 506, après avoir rappelé que le pôle passa autrefois 
près de x du Dragon ^), il dit : 



1) Sur la fig. 28, a du Dragon est porté à une distance un peu trop grande du cercle 
moyen de précession. Cela provient de ce que ce cercle a été tracé sur une carte ordinaire, 
où les étoiles sont portées d'après leurs coordonnées équatoriales, et n'a, par conséquent, pas 
pour centre le pôle de l'écliptique; il devrait donc être figuré par une ellipse et non par 
une circonférence, d'où une déformation qui affecte la proximité et la date. En outre i du 
Dragon est portée trop loin de «; et la lettre n est attribuée par erreur à la petite étoile 
voisine de k. 

D'antre part l'obliqaité de l'écliptique snbit des fluctuations, de telle sorte que le 
trajet du pôle n'est pas exactement circulaire. Suivant mes calculs, le pôle a passé, au 
27' siècle, entre a et i du Dragon (fig. 29): 



LES ORIGINES DE L ASTRONOMIE CHINOISE. 



93 



[D].' Cette étoile et celles à l'entour doivent donc porter des noms indi- 
quant qu'elles étaient polaires. En effet, ceci a lieu et nous trouvons dans cet 




Fig. 28. — Trajectoire moyenne de la révolution du pôle. 
Figure empruntée à l'Astronomie populaire de Flammarion. 

endroit quatre étoiles dont les noms attestent incontestablement leur qualité 

circumpolaire. 



Etoiles et grandeur 



Co-latitude 



Obliquité de 
l'écliptique 



Distance 
polaire 



Date ap- 
proximative 



Longitude 

(+ 1855) 



et Dragon 3.5 

i Dragon {T'ien yï) . . .. 4.8 

? {T'aiyi) 

2"ai yi supposée (A) . . . 6.4 

K Dragon 3.8 

j3 Petite ourse 2. 

X Petite ourse 2. 



-23<» 39' 

24"> 41' 

[25° 47'J 

24" 41' 

28° 15' 

17° 1' 

23° 54' 



23° 59' 
2:5° 58' 



23*= 
23" 
23° 
23« 
23" 



55' 

54' 
48' 
47' 
26' 



— 0° 20' 

+ 0° 43' 

+ 1° 52' 

+ 0° 47' 

+ 4° 27' 

— 6° 46' 
+ U° 28' 



— 2824 

— 2668 

— 2263 

— 2171 

— 1357 

— 1097 
+ 2105 



165° 32' 

152° 52' 

[147° 14'] 

146° 22' 

134° 22' 

131° 15' 

86° 30' 



La co-latitude est la distance de l'étoile au pôle de l'écliptique; le rayon du cercle de 
précession est égal à l'obliquité de l'écliptique. Eu retranchant l'une de l'autre, on obtient 
donc la proximité minima de l'étoile au pôle de l'équateur. — L'étoile T'ai yi n'ayant 
pu être identifiée avec certitude, j'ai indiqué également sa position d'après les coordonnées 
de Gaubil. 



94 



LEOPOLD DE SAUSSURE. 



T'iEN-Y. La première du ciel. Cette étoile répond à « du Dragon. Elle 
est de couleur noire dans la sphère chinoise. [Il ajoute ici en note:] Vide 

T'ai-y. L'archi-première. C'est une seule étoile rouge répondant probable- 
ment à l'étoile 3067 i, ou à quelqu'autre près de « du Di'agon. Déjà Gaubil a 
soupçonné que ces étoiles ont été polaires: [Schlegel cite ici notre document B]. 

14':8T l4'?o"' 13''52"' lihi" 13^36^ iBl'ae'P isl'zo'? IsNz^ 




Fig. 29. — Trajectoire vraie du pâle dans la haute antiquité chinoise. 
Le point P indique le pôle correspondant aux equinoxes et solstices de la fig. 27. 

L'astrologie chinoise confirme cette supposition, car elle dit que T^ien-y est le 
génie du général céleste; qu'elle préside aux révolutions célestes; qu'elle com- 
mande aux douze généraux (les douze signes zodiacaux). . . 

Selon les astrologues chinois T'ai y est un autre nom pour le Souverain 
des cieux, le plus vénéré de toutes les divinités célestes. En effet l'étoile polaire 
autour de laquelle le firmament entier paraît tourner, devait être considérée 
comme le Souverain des cieux, comme la divinité la plus vénérée. ') 



1) Schlegel a vu le rapport entre le Souverain polaire et l'Empereur terrestre, mais 
il n'a guère compris l'importance de ce concept dans l'antiquité, ni discerné les nombreux 
textes classiques qui s'y rapportent. S'il avait saisi l'analogie entre le nom de l'étoile po- 
laire {l'Unique du ciel) et le nom du Souverain terrestre {l'homme Unique) il n'aurait pas 
imaginé la traduction défectueuse: la Première, l'Archi-première. 



LES ORIGINES DE l'ASTRONOMIE CHINOISE. 95 

Le fait que ces deux astérismes ont été autrefois polaires est confirmé par 
la présence de deux autres astérismes voisins qui portent le nom de Tso-tchou 
/y, ^^ • Le pivot de gauche (iota du Dragon). . . Yeou-tchou ^ |JS • Le 
PIVOT DE DROITE (alpha du Dragon). . . 

Cette interprétation de Schlegel nous plonge dans une nouvelle 
perplexité: car elle intervertit les positions des deux étoiles polaires 
T'ien yi et T'ai yi, plaçant celle-ci le plus près et celle-là le plus 
loin d'^ du Dragon. 

Cette interversion concorde avec la phrase de Biot disant que 
T'ai yi est la plus ancienne de ces deux étoiles polaires. Mais on 
peut croire qu'il y a là, de la part de Schlegel comme de la part 
de Biot, une de ces inadvertances dont fourmille l'incohérente ana- 
lyse de l'astronomie chinoise ^). 

Remarquons d'abord que Schlegel cite, sans faire aucune objec- 
tion, le passage décisif où Gaubil dit: «La plus proche de l'anté- 
pénultième s'appelle TieJi y. L'autre s'appelle Tay y*. Et s'il avait 
eu l'intention de renverser cet ordre, il n'aurait pas manqué d'en 
avertir le lecteur. 

Schlegel écrivit son Uranographie à Batavia. Il dit lui-même, 
dans sa préface, qu'il disposait de peu de documents. En feuilletant 
son livre on voit que l'identification, en nomenclature européenne, 
des étoiles chinoises lui est fournie: 1° par le catalogue (incomplet) 
de Reeves. 2° par les croquis d'astérismes du T'ien yuan li li ^ 

Les astérismes chinois se composent parfois d'une seule étoile; 
le croquis, naturellement, fait alors défaut et le texte chinois ne 
permet pas de déterminer la position de l'étoile. Or tel est le cas. 



1) Dans la discussion du texte du Yao-tien on en trouve bien davantage que dans 
celle des astérismes polaires. Les auteurs n'ont pas pris connaissance des travaux antérieurs 
ou n'ont pas la double compétence voulue ; il en résulte un réseau inextricable de méprises, 
coq-à-l'âne, non-sens et malentendus. J'ai pu dire sans grande exagération, qu'un vent de 
folie semble avoir passé sur cette discussion {T'oung pao 1907, u" 3). 



96 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

d'après le T'ien yuan li H, pour les astérismes T'ai yi et T'ien yi. 
Schlegel ne manque jamais d'indiquer l'origine de son identification. 
Quant il ne le fait pas, c'est qu'il s'agit d'étoiles notables déter- 
minées par les cartes chinoises. Mais comme, en ce qui concerne 
les petites étoiles T'ai yi et T'ien yi il est privé de ce secours; 
comme, d'autre part, il cite Gaubil sans le contredire, on peut sup- 
poser qu'il croit suivre cet auteur en identifiant ces deux petites 
étoiles à i et ;<; du Dragon. 

En ce cas il aurait commis une double erreur. !• Il intervertit 
leur position en appelant T'ai yi la plus rapprochée de a, ce qui 
est contraire aux indications de Gaubil. 2° Il identifie l'étoile la 
plus éloignée de aj à x du Dragon, grande étoile (3® grandeur) 
pénultième de la queue du Dragon, contrairement au texte de 
Gaubil disant: 

Deux petites étoiles près de l'antépénultième [«] allant vers la pénultième [x]. 
d'après lequel non-seulement ces deux petites étoiles ne peuvent 
être confondues avec x, mais sont situées plus près d'05 que de k. 

L'étoile X du Dragon ne fut d'ailleurs polaire quo beaucoup 
plus tard, au 12® siècle; et non au 23® siècle comme le dit Gaubil 
(p. 328) pour la petite étoile en question. 

En outre, un peu plus loin (p. 347), Gaubil, traitant de l'époque 

du duc de Tcheou, note que deux étoiles se trouvaient alors à peu 

près à la même distance du pôle, une à droite (x Dragon), l'autre 

à gauche {ß Petite ourse), pouvant toutes deux être considérées 

comme polaires (malgré leur grand éloignemeut latitudinal). Et il 

fait observer que c'est ß Petite ourse et non x Dragon qui fut 

adoptée comme polaire par les Chinois: car la première porte un 

nom polaire caractéristique, ce qui n'est pas le cas pour x: 

[E]. Il paraît certain que les Chinois, vers l'an Uli, regardaient la 
Lucida Humeri de la Petite ourse comme la polaire. Cette étoile a le nom 
de Ti (Souverain, empereur). On dit que c'est le siège de la grande unité, 
expressions qui désignent en Chine le pôle ou l'étoile polaire quand il s'agit 



LES ORIGINES DE l' ASTRONOMIE CHINOISE. 97 

des étoiles qui sont ou ont été près du pôle i). L'an ill3 av. J.-C. cette étoile 
fut . . . dans sa plus grande proximité du pôle. L'étoile x [lisez x] de la queue 
du Dragon poui"i"ait être regardée comme la polaiie de ce temps là; mais le 
nom chinois de l'étoile x. ne désigne nullement une étoile polaire; ce qu'on dit 
de cette étoile ne dénote en aucune façon le pôle ou l'étoile du pôle; c'est ce 
qui me fait juger que la Lucida humeri de la Petite ourse était l'étoile polaire 
que Tcheou-kong observe. 

Remarques. 1" Entre le temps de Tcheou-kong et celui où on a vu que 
Tay y était la polaire chinoise, il n'y a aucune autre étoile qui ait un nom 
chinois convenant à une étoile polaire; on ne dit rien non plus d'aucune autre 
étoile qui dénote le pôle ou l'étoile polaire. Il paraît donc que l'étoile Tay y 
fut longtemps la polaire chinoise et qu'après que Tay y cessa d'être polaire, 
la Lucida humeri fut la polaire chinoise. — 2o Ni dans les fragments ou livres 
anciens, ni dans les catalogues chinois qui subsistent, on ne voit aucun fonde- 
ment de croire que l'étoile x de la Queue du dragon ait eu le nom d'étoile 
polaire ou que les Chinois ont changé le nom de polaire qu'a pu avoir l'étoile k. 
Peut-être dans ces temps anciens l'étoile k ne se voyait pas bien; ou, étant 
vue, était regardée comme moins considérable que les étoiles Tay y et Lucida 
humeri. 



1) Gaubil entend par là que la tradition astrologique conserve aux étoiles qui ont été 
polaires les attributs de leur ancienne fonction, quoique aucun Chinois, depuis un temps 
immémorial, n'ait jamais pu soupçonner que les étoiles furent autrefois polaires. 

Ainsi, par exemple, (Ur. pp. 507 et 524), à propos de T'ien yi, le ^^ -^ '@' J^ 
dit que cette e'toile est le génie du général des cieux H^ 7, >^ "Jc Ht» 1^ TfiE 
Qu'elle préside aux révolutions célestes -p ,äC "^ ^Ä -fl^ ^ Qu'elle commande aux 
12 généraux (les dodécatémories) V« ~r ZZ, 7^0 ^ propos de T'ai yi, le G^ gQ 
il-» ^fe dit que T'ai yi est une appellation de l'Empereur céleste Jj^ ^ ^^ ^* 
■^ Bjj -^P^ J|j Cela est d'autant plus remarquable que -ic^ ~/. est l'étoile polaire 
du 23* siècle et que "fc 'm* est l'étoile polaire du 12° siècle. Le même ouvrage dit en- 
core que T'ai yi est la plus véne'rée des divinités célestes ^^ ijj^ "^ g» pq. "ö' ^" . 
(Voir aussi M. H. III, p. 473). Inversement, à propos de T'ien ti sing, l'étoile polaire 
du 12° siècle, il est dit qu'elle est la résidence de T'ai yi gp J^ ^ ,^ ^^ ^ 
De même, à propos de l'étoile x Petite ourse ^^ ;££ y© , qui était déjà polaire depuis 
la fin des Tcheou, Sseu-ma Ts'ien dit qu'elle est la résidence constante de T'ai yi 
'JS^ Zj ^ ^ o^"" '"" P*'^ ^^ que les expressions 3^ ^ -» ^ ^ ^ ^ 1^ > 
"5E ^^ë ^'^^^ ^^^ appellations interchangeables caractérisant l'étoile polaire. 

Le fait que ces dénominations ont été maintenues aux étoiles qui, insensiblement, se 
sont éloignées du pôle après avoir été polaires, est la plus étonnante manifestation du 
traditionalisme chinois. 



98 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

Cette hypothèse est plausible, car, au cours de l'histoire, on a 
constaté le changement d'éclat d'assez nombreuses étoiles ^). Quoi 
qu'il eu soit, Schlegel a sûrement fait erreur en assimilant à k 
Dragon une des deux petites étoiles qui furent polaires aux environs 
du 25® siècle. Ajoutons que Schlegel ne s'intéressait que médiocre- 
ment à cette question. Son idée fixe, celle qui lui a inspiré son 
livre, est, en effet, que l'astronomie chinoise n'a pas été créée aux 
environs du 25® siècle, mais bien 13000 ans avant Yao, (intervalle 
d'une demi-révolution du pôle) quand les levers et couchers d'étoiles 
étaient intervertis ^). C'est pour cette raison qu'il ne mentionne ja- 
mais la division chinoise du ciel en cinq palais, qui est cependant 
le système fondamental de l'astronomie chinoise. La date originelle 
de ce système est inscrite dans les equinoxes et solstices qui mar- 
quent le centre des quatre palais équatoriaux; elle est inscrite en 
outre dans le centre du palais central, c'est-à-dire au pôle. Or le 
pôle qui correspond aux astérismes cardinaux des saisons, c'est le 
point P de notre figure 29. Schlegel ne voulait voir là qu'une 
coïncidence et évitait d'y insister. 

L'erreur de Schlegel assimilant T'ieyi yi à x Dragon s'est réper- 
cutée dans la traduction du Che ki par Ed. Chavannes. 



1) En comparant les catalogues à partir d'Hipparqvie, Flammarion a confirmé 60 
changements d'éclat parmi les 2000 étoiles classées. Deux des étoiles polaires mentionnées 
ci-dessus ont changé d'éclat au cours de l'ère chrétienne: a du Dragon, de 3° grandeur ^, 
était de 2"= grandeur au XVP siècle; « de la Petite ourse était autrefois inférieure à ß, 
tandis qu'elle lui est actuellement égale et même plutôt supe'rieure {Jstr, populaire, f. 11 3). 

2) Le fait principal qui lança Schlegel dans cette voie paradoxale est que les Chinois 
nomment Palais du printemps le quartier du ciel où le soleil séjourne en automne et 
réciproquement. Cette interversion provient simplement de ce que les sieou dérivent d'un 
ancien zodiaque lunaire servant à localiser le plein de la lune qui a lieu, comme on sait, 
à l'opposé du soleil. Cette coutume s'est maintenue dans les palais équinoxiaux après que 
l'avènement de l'astronomie solaire l'exit fait supprimer dans les palais solsticiaux. Le 
souvenir traditionnel de ce partage des saisons entre la lune et le soleil se manifeste dans 
le Tcheou li, où il est dit: Aux solstices d'hiver et d'été, le soleil; aux equinoxes du 
printemps et d'automne, la lune; servent à régler les quatre saisons. (Cf., Ze* origines (U) 
T'oung pao 1910, p. 460 et Le système astr. des chinois^ op. cit.). 



LES ORIGINES DE l'ASTROjSOMIE CHINOISE. 99 

Sseu-ma Ts'ien, dans sa description du Palais central, dit: 

En ligne droite de la cavité du Boisseau sont trois étoiles qui forment un 
cône tourné vers le nord ; tantôt elles sont visibles, tantôt non. On les appelle 
Tien yi (M. H. III, p. 340). 

Chavannes, d'après l'indication de Schlegel (voir la note, p. 339) 
dit que T'ieii yi est actuellement k Dragon et émet l'hypothèse que 
les deux étoiles formant avec elle un cône sont ôi et ^ àe la 
Grande ourse, c'est-à-dire les deux grandes étoiles marquant l'ouver- 
ture de la cavité du Boisseau. Gela est inadmissible. Dans la 
nomenclature chinoise une même étoile ne fait pas partie à la fois 
de deux astérismes et les étoiles attribuées à T'ien yi ne sont évi- 
demment pas celles du Boisseau. Le texte, en disant que «tantôt 
elles sont visibles, tantôt non » , montre qu'il s'agit de petites étoiles. 
D'autre part nous avons vu que l'identification de T'ien yi avec x 
Dragon ne repose sur aucun argument et n'est qu'une méprise de 
Schlegel. T'ien yi n'est autre que i du Dragon (5® grandeur) et les 
deux étoiles qui lui sont associées ^) sont deux petites étoiles de la 
même région, de 5® ou 6® grandeur sans doute, qu'on ne peut 
identifier avec certitude. 

un autre auteur a traité incidemment des étoiles polaires chi- 
noises: S. M. Russell, professeur d'astronomie au T'oung wen kouan 
à Pékin. Par sa compétence et sa situation, cet auteur était bien 
placé pour traiter le sujet à fond; malheureusement il lui a con- 
sacré seulement quelques lignes dans un mémoire destiné principale- 
ment à la discussion des éclipses ^). Il se borne à dire que, d'après 



1) De même que, par exemple, Siu, qui représente essentiellement Antares, comprend 
— en tant qu'astérisrae — deux petites étoiles avoisinantes. 

2) Discussion of astronomical records in ancient Chinese looks dans le Journal of 
the Peking Oriental Society, vol. II, n° 3. C'est dans ce même article que M. Russell a 
donné, sur le texte du ïao-tien, cette singulière interprétation que j'ai réfutée dans le 
T'oung pao, 1907, pp. 826 sqq.: interprétation qui restera comme un exemple mémorable. 



100 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

leur nom, on voit que les étoiles ^ — ' T'ieri yi et *j^ Ti ont 

été considérées comme polaires par les anciens Chinois, la première 

au temps de Yao^ la seconde au début de la dynastie des Tcheou. 

11 assimile T'ien yi à 10 Draconis et Ti à ß Ursae minons ce qui 

confirme les indications de Gaubil. L'étoile 10 Draconis (dans la 

nomenclature de Flamsteed) n'est autre, en effet, que i Draconis de 

la nomenclature de Bayer. Quant à l'identification de l'étoile Ti à 

ß de la Petite ourse, elle n'est contestée par personne. Russell, 

malheureusement, ne s'est pas occupé de T'ai yi. 

* 

Tel est l'état de la question d'après les auteurs européens. Les 
divergences portent sur les deux petites étoiles polaires T'ien yi et 
T'ai yi de la haute antiquité. Gaubil, Schlegel et Russell s'accor- 
dent à identifier l'une d'elles à 10 Dragon z, mais Schlegel l'appelle 
T'ai yi, tandis que Gaubil et Biot l'appellent T'ien yi. Quant à 
l'autre, Gaubil la désigne comme une très petite étoile située à 8 
degrés de longitude en deçà de x Dragon, tandis que Schlegel 
l'assimile à x Dragon. 

Pour trancher le différend il faut recourir aux documents origi- 
naux, c'est-à-dire aux cartes célestes chinoises ^). Je n'en ai qu'une 
à ma disposition, celle qui est reproduite dans le mémoire de 
Chavannes intitulé Instruction d^un futur empereur de Chine et 
dont j'ai fait agrandir le Palais central (fig. 30). 

On remarque, sur cette carte de la calotte circompolaire, à droite 
et à gauche du pôle, deux lignes brisées qui sont la Haie orientale 



des méprises auxquelles un astronome professionnel s'expose s'il s'aventure à traiter de 
l'astronomie primitive sans avoir au préalable réfléchi à cette question et conçu la distinc- 
tion entre les procédés sidéraux et les proce'dcs tropiques (cf. Prolégomènes d'asironomie 
primitive dans les Archives des se. ph. et nat., juin 1907). 

1) Dans son article de 1840 (p. 237) Biot dit: «J'ai essayé de retrouver Tay-y par 
les indications des catalogues chinois du Pou-tien-ko et de l'encyclopédie japonaise, comme 
je l'ai fait aussi pour Tien y; mais les indications de ces catalogues sont trop vagnes on 
trop inexactes ponr les définir avec sûreté». 



LES ORIGINES i)E l'astronomie CHINOISE. 



loi 



^ »^ et la Haie occidentale j^ ^^ des dignitaires de la Cour 
qui entourent le souverain céleste. Ces deux haies forment l'enceinte 
^ ^0 ^ (dont le nom est inscrit dans un cartouche à fond blanc). 
L'une commence au Pivot de gauche ^ ^^ (iota Dragon), l'autre 
au Pivot de droite ^ ^fj^ (alpha Dragon). Cette dernière étoile est, 




Fig. 30. — Le palais central, d'après une carte chinoise du XII 1" siècle. 

comme nous l'avons vu, celle dont Gaubil se sert pour indiquer la 
position de T'ieji yi et de T'ai yi: 

Deux petites étoiles près de l'antépénultième [et] de la queue du Dragon, 
allant vers la pénultième [x]; la plus proche de l'antépénultième s'appelle 
T'ien yi, l'autre s'appelle l'^ai yi. 



1Ô2 



L]ÉOPOLD DE SAUSSURE. 



La carte chinoise vérifie exactement ces indications. On y voit 
THen yi ^ — - et T'ai yi ~^ — • placées le long de la haie occi- 
dentale entre ~J^ |j^ {ot, Dragon) et ^ ^»j" (jc Dragon). Il est donc 
évident: 1^ que Schlegel s'est trompé eu intervertissant l'ordre de 
ces deux anciennes étoiles polaires; 2° qu'il s'est trompé en assimi- 
lant l'une d'elles {T'ien yi) à x Dragon. 




Fig. 31. — L'étoile polaire de la Girafe. 



Remarquons maintenant que x Dragon fait partie de la haie 
des dignitaires et porte sur la fig. 30 le nom de ^ ^^. Schlegel 
ayant baptisé cette étoile ^ — • , où donc a-t-il placé « Le petit 
commandant»? Il l'identifie à % 2348 do la Grande ourse (Ur. p. 509) 
située à mi-distance entre s Grande ourse et j« Dragon, ce qui 



LES ÔBIOÏNES DE l' ASTRONOMIE CHINOISE. 103 

occasionne sur son atlas un brusque crochet dans la haie des dignitaires, 
crochet n'existant nullement dans la carte chinoise (fig. 30) où la 
haie file en ligne droite dans l'alignement a, x, A ( ;;^ |^ ^ /^ ^ij" ^ 
Jt ^ ) lequel est, en effet, sensiblement rectiligne (fig. 28) ^). 

En définitive la question des étoiles polaires de la haute anti- 
quité est ainsi tranchée conformément aux indications de Gaubil: 
T'ien yi n'est autre que 10 Dragon i et T'ai yi est une petite 
étoile située dans le voisinage du cercle de précession à environ 6 
degrés de longitude en deçà. Mais quelle est, au juste, dans notre 
nomenclature le nom de cette petite étoile? 

Si l'on porte sur la carte (fig. 29) la position indiquée par 
Gaubil (après avoir transformé les coordonnées écliptiques en coor- 
données équatoriales) on constate, comme l'a fait Biot, qu'il n'existe 
pas d'étoile visible à cet endroit. II faut donc, ou bien que Gaubil 
ait fait une erreur d'observation ou de calcul, ou bien que les 
coordonnées aient été altérées par des fautes d'impression. Cette 
dernière hypothèse n'est admissible que pour la latitude, car, comme 
nous l'avons vu, la longitude est corroborée par la date (2259) 
assignée à la plus grande proximité du pôle. Quoi qu'il en soit de 
la cause de cette regrettable inexactitude, il est probable que l'étoile 
en question est la petite étoile de 6® grandeur 42 (Bode), qui est 
l'étoile (visible à l'œil nu) la plus voisine de la position indiquée 
par Gaubil. Biot, comme nous l'avons vu p. 91, a déjà constaté 
que les deux étoiles les plus voisines sont celles qui portent les 



1) Schlegel intitule sa planisphère: «Atlas céleste d'après le Tien-yotien-U'-li'». N'ayant 
pas cet ouvrage à ma disposition, je ne puis vérifler s'il comporte une figure de la Haie 
occidentale indiquant ce crochet. J'en doute fort; mais quand même il en serait ainsi^ 
rautorité du T'ien yuan li H ne pourrait prévaloir contre celle de la carte célehtc, anté- 
rieure de plusieurs siècles, dressée officiellement ad usum ddphini. 

Ces méprises de Schlegel semblent provenir de ce qu'il a dru 9*appuyer sur l'autorité 
de Gaubil, dont il cite le texte sans le contredire et sans l'avoir lu attentivement. 



104 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

n*^8 42 et 184 du catalogue de Bode ^). Mais il n'a pas remarqué 
la coufirmation apportée aux longitudes de Gaubil par l'indication 
des dates de proximité. Ces dates (2851, 2667, 2259} calculées par 
Gaubil à raison d'un degré de précession pour 72 ans, correspondent 
aux dates 2830, 2631, 2228, calculées avec le coefiBcient plus exact 
d'un degré pour 71,57 ans. On peut donc dire, indépendamment 
des fautes d'impression ou de calcul, que Gaubil a désigné comme 
étant T'ai yi l'étoile, visible à l'œil nu, située à proximité du pôle 
du 23® siècle. La figure 29 montre que cette étoile ne peut être 
que l'étoile A si Gaubil n'a pas commis une faute de calcul, ou 
l'étoile triple C, placée à droite de l'alignement x — Jc, comme le 
T'ai yi de la carte chinoise, considération donnant à penser qu'il 
s'est trompé *). 

Gaubil a pu se faire montrer cette petite étoile parce qu'à 
son époque la tradition uranographique existait encore eu Chine. 
Mais il est peu probable qu'il y ait de nos jours un lettré capable 
de désigner T'ai yi dans le firmament. La réforme opérée officielle- 
ment par les Jésuites a eu pour effet de tuer l'ancienne astronomie. 
Comme elle a coïncidé avec le début de la dynastie Ts'ing et qu'elle 
était appuyée, pour des raisons politiques, par le jeune empereur 
K'ang M '), elle a été considérée, non pas comme une importation 
d'idées occidentales, mais comme une de ces transformations rituelles 
instituées à l'occasion d'un changement de dynastie et qui tendent 



1) Ces deux étoiles eorrespondent aux n"' 2029 et 2034 de Christiania. La première, 
marquée A sur la fig. 29, est de grandeur 6.4; la seconde, qu'on voit un peu au dessous, 
est de grandeur 7,7. 

2) On peut remarquer, en outre, que la latitude de l'étoile 42 est précisément d'un 
degré plus faible que la latitude indiquée par Gaubil, ce qui pourrait s'expliquer par une 
faute d'impression: 66° au lieu de 65**. — 

Je rappelle au lectenr pea familiarisé avec les notions astronomiques que la longitude 
et la latitude sont des coordonnées écliptiques; la première est donc concentrique au cercle 
de précession et la seconde lui est perpendiculaire (fig. 28 et 29)» 

8) Les origines B, T'oung pao 1909. 



LES ORIGINES DE l' ASTRONOMIE CHINOISE. 10^ 

à mettre le nouvel état de choses en harmonie avec l'influx des lois 
physico-morales de la nature. La réforme de l'astronomie et du 
calendrier par les Jésuites a été envisagée comme analogue à la 
réforme cosmologique et calendrique de la dynastie Toheôu. Aussi 
l'astrologie elle-même s'est-elle conformée aux règles nouvelles i). 
Les astronomes formés à l'école des Jésuites ou de leurs élèves n'ont 
pas ou la même éducation que leurs prédécesseurs. Et comme 
l'astronomie est, en Chine, un service officiel, impérial, et non une 
science d'ordre privé, il est probable que l'interruption de la trans- 
mission orale a fait perdre la connaissance traditionnelle de la petite 
étoile T'ai yî, que los livres et les cartes mentionnent sans préciser 

exactement sa position. 

* 

Pour compléter cette étude, il nous reste à dire quelques mots 
des étoiles polaires de l'ère moderne. 

Au début de la dynastie TcJieou, c'était, comme nous l'avons vu, 
ß de la Petite ourse ^ *^^ ^ qui était considérée comme la po- 
laire; et actuellement c'est x de la Petite ourse. A quelle époque 
celle-ci a-t-elle été substituée à celle-là? 

Si nous considérons la fig. 28, nous voyons que c'est seulement 
vers le IIP siècle de notre ère que <x s'est trouvée plus rapprochée 
du pôle que ß. Or, comme nous l'avons vu, x était autrefois infé- 
rieure en éclat à ß. Ou n'imagine pas comment les Chinois, si 
conservateurs, auraient été amenés à substituer ^ à /3 à une époque 
ou la première ne possédait comme titre à la qualité de polaire, 
ni la plus grande proximité ni le plus grand éclat. Il est donc per- 
mis d'affirmer que, dans le chapitre l^'ien kouan du Che ki, l'étoile 
polaire dont il s'agit n'est pas oi, notre étoile polaire actuelle, 
mais ß. 



1) J'ai sous les yeux un almanach astrologique de l'année IS31 qui met en rapport 
l'année astrologique avec l'ordre rétrograde (et réel) des signes: "^ ^ ^, ^ ^U ^ . . , 



106 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

Schlegel, il est vrai, l'assimile à «as, mais saus eu douuer aucuue 
raisou ; et Chavannes daus sa traductiou s'est couformé à cette 
ideutification ^). 

Mais rien daus le texte de Sseu-7na Ts'ien (qui, d'ailleurs, est 
vraisemblablement la reproduction d'un document de l'époque des 
Toheou) n'indique la situation de cette étoile par rapport aux autres 
astérisQies. 

Le nom qui lui est donné dans le C/ie là ( ^ ^^ ^ ) ne peut 
servir à la préciser, car, comme nous l'avons vu, les appellations 
du pôle sont interchangeables. Si l'on voulait eu tirer une indication, 
elle serait plutôt favorable à ß qu'à a] car, dans le chapitre Hong fan 
du Chou king, le Souverain, image terrestre de l'étoile polaire, est 
appelé _^ ^^ ; dans l'ère moderne le nom urauographique de l'étoile 
polaire actuelle est ^ ^ ^ ^j" que n'emploie pas Sseu-ma Ts'ien; 
et le nom uranographiqae resté à l'ancienne polaire des Tcheou est 

Sous les Han, notre étoile polaire actuelle (tz) se trouvant plus 
éloignée du pôle que ß et d'éclat iuférieur, ne pouvait être consi- 
dérée comme polaire et ne portait certainement pas son nom im- 
périal actuel. D'autre part ß était alors fort éloignée du pôle ^). 



1) M, H. III, p. 339. — Chavannes ne semble pas, d'ailleurs, avoir pensé au pro- 
blème de la révolution du pôle, car il dit que l'étoile Faîée du ciel «n'est autre que l'étoile 
polaire», sans spécifier laquelle. 

2) On sait que le Tcheou pi, dans sa deuxième partie la moins ancienne, indique la 
manière d'orienter le méridien d'après les elongations de la polaire et, plus loin, dans la 
partie la moins ancienne qui date peut-être des Ilan ejtpose un procédé (d'ailleurs illusoire) 
pour mesurer la distance de l'étoile polaire en mesurant son elongation verticale. Edouard 
Biot, dans sa traduction de cet ouvrage {Journal asiatique), a calculé que les indications 
très vagues de celte mesure angulaire reporteraient la rédaction de ce chapitre au IP siècle 
de notre ère, époque qui semble dit-il un peu tardive. Lui non plus ne s'est pas posé le 
problème du changement de l'étoile polaire et admet implicitement que cette étoile est x. 
En appliquant le calcul à /3 on ne trouverait d'ailleurs pas une époque beaucoup plus ré- 
cente, car, comme nous l'avons vu, la distance polaire à'x et de ß était la même au 
IP siècle. 



LES ORIGINES DE l'ASTRONOMIE CHINOISE. 107 

Mais en dehors de ces deux grandes étoiles ^ et /3 auxquelles fut 
successivement attribué le nom impérial, les Chinois u'ont-ils pas 
adopté, depuis deux mille ans, d'autres étoiles polaires, pour mar- 
quer plus exactement le pôle? On voit sur la fig. 18 qu'une petite 
étoile s'est trouvée fort près du pôle au début de notre ère; et 
qu'une autre petite étoile (4339 de la Girafe) a marqué presqu'- 
exactement le pôle au temps de Charlemagne. Est-il vraisemblable 
que les Chinois, dont les astérismes comprennent fréquemment do 
si petites étoiles, n'aient pas tenu compte de la proximité polaire 
de ces astres? Pour s'en assurer il faut rechercher si ces deux 
petites étoiles polaires modernes portent des noms caractéristiques 
dans l'uranographie chinoise; et, si possible, compulser les plus 
anciennes cartes célestes pour noter l'étoile qui figure au centre du 
palais central. 

La seule carte chinoise à ma disposition est celle du XIII® siècle 
reproduite par la fig. 30; elle nous renseigne à souhait, car nous y 
voyons que la circonférence du palais central a pour centre ^JJ; ^ 
V Etoile-pivot dont le nom est assez significatif pour se passer de 
commentaire. 

Elle se trouve à l'extrémité d'une ligne coudée formée de cinq 
étoiles: :*: -f- , ^ , IS -7- , O g* . a s o En outre, elle 
est elle-même entourée par une ligne brisée de quatre étoiles appe- 
lées collectivement Py È^ I^es Quatre supports. Ces circonstances fa- 
cilitent son identification. 

Le 2"ie7i yuan H li donne à plusieurs de ces cinq étoiles des noms 
un peu différents: 

±^. ^c-tM« J[ttT> BM. "^m. 

Il appelle donc ^ ^ Gond dn ciel l'étoile polaire que la carte 
du XIIP siècle nomme ^ ^ . Le nom est équivalent et le T'ien 
yuan H li spécifie le caractère polaire de l'étoile: |tl^ ^ ^ ^J^ ^ ^ 



108 L:É0P0LD DE SAUSSURE, 

iSCl^ 3c -2 11§ Ôt o Cette étoile semble immobile, c'est pourquoi 
elle est (considérée comme) le pivot du ciel. 

Quant à l'astérisme qui entoure ce pivot du ciel, le T'ien yuan 
li li, comme la carte, le nomme ^ ^ Les quatre supports sans 
indiquer de nom particulier à chacune de ses étoiles. Il dit que ces 
quatre étoiles autour du pôle représentent les ministres qui entourent 
(le SouTerain). H ü H M M . lï Ä M # . :)§ Ä g ^ , 
Ce trait est caractéristique, car les étoiles qui environnent la polaire 
symbolisent toujours, dans l'uranographie chinoise, les conseillers 
intimes de l'empereur (cf. T. P. 1910, p. 343, note). 

On voit par là que le 2^'ie7i yuan li li, tout en employant 
l'appellation de ^ |^ comme nom spécifique de l'étoile appelée 
^ ^ , lui applique également le teruie de ^fl- ^ qui signifie 
l'étoile polaire ^). 

L'existence d'une étoile polaire de l'ère moderne est ainsi dé- 
montrée, à la fois par son nom, par sa position sur la fig. 30 et 
par les attributs astrologiques de son entourage. Cette constatation 



1) Les termes j^J^ et M!^ sont équivalents et, dans le texte cité plus haut, le 
T'ien yuan li li emploie l'expression ^M :^. . Or >4v icj^ Av. — que Schlegel u bien 
traduit par «Le domicilié du pivot» — est le nom de l'empereur jaune {Les origines 
T. P. 1910 pp. 263 et 284). L'empereur jaune place au centre, correspondait au palais 
central, par consequent au pôle et au Chang li dont le culte était associe' au culte des 
ancêtres impériaux. Plus tard les cinq empereurs ancestraux devinrent les cinq Chang ti\ 
la tradition du Chang ti unique (alias T'ai yi ou 2"ien H) fit placer au dessus d'eux une 
divinité supérieure, polaire, tandis que les cinq Chang li inférieurs furent assimiles aux 
cinq éléments. Mais le nom de -^^ ^pp ^J|- montre qu'à l'origine l'empereur du centre 
était également polaire. Il se trouvait ainsi y avoir deux empereurs centraux et polaires. 
C'est pourquoi, dans le culte de T'ai yi restauré sous les Ilan, on plaça l'empereur jaune 
au S W, à côté de l'empereur rouge (S). La raison pour laquelle on le plaça au SW est la 
même qui fait placer le cheval et le mouton dans le ministère du sud dans le Tcheou li 
et qui fait placer la cinquième saison au S O dans le Li-ki. {Les origines, T. P. 1910, 
pp. 253, 261, 604.) 

Chalmers, qui cependant a écrit sur l'astronomie chinoise, a trouvé les noms de -^S^ 
yMS -pjj; et des autres divinités cosmiques tellement incompréhensibles qu'il les a taxées 
de «meaningless syllables» et leur attribuait une origine hindoue (T. P. 1910, p. 263). 



LES ORIGINES DE l'asTRONOMIE CHINOISE. 109 

est importante en ce qu'elle prouve qu'en dehors des grandes étoiles 
impériales ix ei ß de la Petite ourse, considérées successivement 
comme étoiles polaires depuis les temps lointains de la dynastie 
Yin ^) il a pu y avoir d'autres petites étoiles considérées comme 
pivot du ciel au point de vue technique. Le cas de l'étoile ^- ^ 
montre que la tendance invétérée des Chinois à assimiler le pivot 
du ciel à l'Empereur s'est manifestée même sur cette petite étoile 
polaire technique à laquelle on a accordé un entourage de ministres 
quoique l'étoile impériale oflScielle fût déjà probablement x de la 
Petite ourse. 

Cela n'est cependant point certain. Nous avons vu plus haut 
qu'au IP sièle de notre ère ä de la Petite ourse se trouvait à la 
même distance du pôle que ß. Comme elle avait alors un moindre 
éclat, elle n'a guère pu détrôner ß que vers le IV® ou V® siècle. 
Or au début de notre ère il y avait une étoile qui marquait le pôle 
(6g. 28) et dès le V® siècle l'étoile ^ ^ était la plus proche du 
pôle. Il est donc fort possible que l'interrègne entre ß ei x de la 
Petite ourse ait été fait par une ou par deux petites étoiles polaires ^). 
Dans ce cas l'avènement de x n'aurait eu lieu qu'un peu plus tard 
lorsque la distance polaire de ß serait devenue trop grande pour lui 
conserver la fonction impériale. Cet avènement est, en tous cas, 
antérieur au XIII® siècle puisque x porte (sur la figure 30) sou titre 
actuel de ^ ^ -^ *j^ . Il est d'ailleurs probable que ce titre lui 
a été conféré par un décret officiel dont on trouvera peut-être la trace. 

Il reste maintenant à identifier notre étoile ^ ^ de la fig. 30. 



1) La proximité polaire minima de ß s'est produite au 12° siècle et cette étoile était 
la plus proche du pôle, parmi celles de grand éclat, depuis plusieurs siècles. 

2) Gaubil {Observaiio7is, tome II) dit qu'au IP siècle de notre ère un astronome de'couvrit 
que l'étoile polaire n'était pas exactement au pôle et tournait autour de lui. Quelle que 
fût la décadence oh. l'astronomie tomba à la fin des Tcheou, il est inadmissible qu'on ne 
sût pas sous les Han que les grandes étoiles ix et ^ de la Petite ourse, toutes deux égale- 
ment fort éloignées du pôle, tournaient autour de lui. Il s'agit donc évidemment de la 
petite étoile voisine du pôle au début de notre ère (fig. 28). 



110 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

Ni Reeves ui Schlegel ne se sont aperçus de son caractère d'étoile 
polaire, faute d'avoir marqué sur la carte le trajet du pôle ^). 
Schlegel dit; « L'astérisme T'ien-ichou ^ |JS (le pivot du ciel) 
n'a pas été vérifié par M. Reeves, mais doit également répondre à 
une étoile de la Petite ourse» ^). Cette étoile n'a donc été identifiée 
par aucun de ces deux auteurs. Elle est cependant reconnaissable 
au fait qu'elle est la 5^ de l'astérisme coudé commençant à ~\^ '-^ 
et *j^' {y et ß de la Petite ourse); en comparant les fig. 28 et 30, 
et en tenant compte du fait que ni le T'ien yuan li li, ni la carte 
du XIIP siècle ne mentionnent d'autres étoiles entre notre Petite 
ourse et la Haie occidentale, on voit que la ligne coudée commen- 
çant à 7 (n° 1) et ß {n^ 2) de la Petite ourse se continue par les 
trois étoiles marquées sur la fig. 28, dont la dernière (u" 5), très 
éloignée du n^ 3, n'est autre que 4339 de la Girafe, qui fut effective- 
ment polaire au VIII® siècle de notre ère ^). 

CONCLUSION. 

Dès les origines de la monarchie chinoise, l'étoile polaire a joué 
un rôle fondamental, par suite de la division homologue du Ciel et 
de la Terre en une région centrale, entourée de quatre régions 
périphériques, conception qui faisait du Fils du ciel, placé au centre 
de la Terre, l'image du Chang H et de l'étoile polaire trônant au 
centre du ciel. 



1) Schlegel a bien vu que les expressions -^JJ ^ ^^ ^ Çp ^ ^ ^ indiquent la 
proximité du pôle, mais il a cru que ces termes faisaient allusion à la relative proximité de 
ces étoiles à la polaire a. 

2) Nous avons vu que le T'ien yuan li li, suivi par Schlegel, nomme ^^ T^. ^* 
5° étoile de l'astérisme (de même nom) qui correspond à l'étoile nommée ^JJ. ^ä (l'étoile 
polaire) sur la fig. 30. 

3) <i Etoile double qui porte les n°' 4337 et 4342 du catalogue » (Flammarion). Suivant 
les systèmes de nomenclature, on l'appelle N 2668 et 82 de Hevel; c'est à tort que Schlegel 
la place parmi les UU Çp en laissant ^ W^ indéterminée {Ur, p. 625). 



LES ORIGINES DE l'ASTRONOMIE CHINOISE. 111 

A cette cousidératioo, d'ordre philosophique et religieux, qui 
attirait l'atteutiou des anciens Cl]inois vers le pivot du ciel, s'ad- 
joignait une raison d'ordre technique. Ayant entrepris de perfectiouner 
la symétrie diamétrale du zodiaque luui-solaire asiatique ^), il leur 
fallait connaître exactement la situation du pôle pour choisir, sur 
le prolongement du cercle horaire des circompolaires, des étoiles 
diamétralement opposées, dans des régions équatoriales non visibles 
simultanément. 

Précisément à cause de cette importance attachée à la notion 
du pôle, centre du ciel, l'astronomie chinoise a eu dès le début ce 
caractère equatorial qu'elle a conservé jusqu'à l'intervention des 
Jésuites. On ne trouve chez elle aucune trace de la notion du 
cercle oblique avant les Htm ^). Et même dans l'ère nouvelle les 
divisions de l'écliptique sont subordonnées à celles de l'équateur. 
Par suite de cette habitude d'esprit, lorsque les Chinois découvrirent 
la loi de précession, ils l'interprétèrent comme équatoriale, c'est-à-dire 
comme si le centre de ce mouvement était au pôle. Ils n'ont donc 
jamais soupçonné que le pôle, symbole de la rectitude et de l'ira- 
muabilité, ait pu varier au cours des âges. Ils ont calculé les sol- 
stices et les equinoxes du Yao-tien, mais sans se douter que l'équa- 
teur de la haute antiquité n'était pas l'équateur actuel et ne cor- 
respondait nullement au pôle actuel. Ils n'ont donc jamais su, ni 
recherché, pourquoi certaines étoiles du palais central, actuellement 
fort éloignées du pôle, portent un nom caractéristique d'étoile polaire. 

C'est Gaubil. qui, le premier, a été frappé par la singularité de 
ces appellations (^ — ' -» ^fc — ' % ^ %')• ^^ ^^^ l'analogie entre 
ces noms et le symbolisme de la littérature antique qui assimile 
l'Empereur terrestre à l'étoile polaire et réciproquement. Il nota 



1) Cf. Journal asiatique novembre 1919. 

2) Même dans la partie la moins ancienne du Tcheou pi, la déclinaison du soleil est 
attribuée à ce qu'il s'éloigne plus ou moins, dans le plan equatorial, suivant la saison. 



112 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

que le fondateur de la dynastie Yin prit le nom de T'ien yi et 
que, soit dans le Hong fan, soit dans la doctrine de Confucius, le 
Fila du ciel est comparé au pôle. Il constata que les commentaires 
astrologiques des uranographies chinoises attribuent auxdites étoiles 
des fonctions impériales et polaires. Faisant alors le calcul de pré- 
cession, il vérifia qu'en effet le pôle avait passé successivemeut, 
dans la haute antiquité, à proximité des petites étoiles T'ien yi et 
T'ai yi, ce qui parachevait la démonstration. 

En ce qui concerne T'ai yi, Gaubil — qui cependant connaissait 
le chapitre T'ien kouan — ne semble pas avoir remarqué ce qu'en 
dit Sseu-ma Ts'ien. L'empereur Wou, étant tombé malade, alla con- 
sulter une magicienne qui révérait, au dessus de tous les dieux, 
une divinité nommée T'ai yi. Le Fils du ciel ayant guéri, ses con- 
seillers l'engagèrent à rétablir le culte de T'ai yi: «Les cinq em- 
pereurs, disaient-ils, ne sont que les assistants de T'ai yi; il faut 
instituer le culte de T'ai yi et l'empereur doit lui faire en personne 
le sacrifice kiao*. Après avoir hésité, l'empereur Wou s'y décida et, 
le jour du solstice d'hiver, il fit solennellement le sacrifice kiao à 
T'ai yi. Ce sacrifice est essentiellement identique à celui qui se 
faisait de nos jours dans la banlieue de Pékin et à celui qui est 
mentionné dans les livres antiques. 

Le culte même rendu à T'ai yi montre que cette divinité est 
bien l'étoile polaire, puisqu'on la voit entourée des astérismes cir- 
compolaires, la Grande ourse etc. (M. H. III, p. 490) et qu'elle 
trône au centre, les cinq Chang fi au dessous d'elle, entourée des 
huit orifices (les bouches des huit vents, autrement dit la rose des 
vents correspondant aux huit trigrarames de Fou-hi, aux saisons et 
demi-saisons) ^). D'ailleurs dans maint autre passage du Che ki, 



1) En réalité cette proximité est encore plus remarquable que ne l'avait cru Gaubil, 
car il ignorait la variation de l'obliquité de l'écliptique (fig. 29). 

2) J'ai montré que la doctrine des cinq Chang ti s'est constituée sous les Tcheou 



LES ORIGINES DE L* ASTRONOMIE CHINOISE. 113 

l'identité de Tkii yi avec l'étoile polaire est évidente: à la première 
page du T'ien Jcouan cJiou, il est dit que «l'étoile polaire est la 
résidence de T'ai yi»; et ailleurs: «Les sacrifices que le Fils du Ciel 
actuel a institués sont ceux à T'ai yi et à la Souveraine Terre» 
(M. H. m, pp. 339, 495, 517). «On fit des sacrifices à T'ai yi et 
à la Souveraine Terre» (cp. ^ ^ J5r i)- D'autre part, à propos 
de la première apparition du terme Chang ti dans le Chou king 
(chapitre Chouen tien), les commentateurs chinois exposent que, dans 
la haute antiquité, le Chang ti n'était autre que l'étoile polaire ^). 
Et Ma touan-Un dit que T'ai yi est le nom donné au Chang ti 
sous les Han. On voit par là que l'équivalence des termes Chatig ti 
_t ^ , T'ai yi-jit—, T'ien % , T'ien ti ^ ^ , est établie 2). 
Si, à l'évidence des textes classiques montrant le caractère po- 
laire de T'ai yi, on ajoute le fait que cette petite étoile, se trouve 
effectivement à proximité du cercle de précession et marquait le pôle 
aux environs du 23® siècle, on reconnaîtra, sans contestation possible, 
que le traditionalisme chinois nous a conservé la désignation de l'étoile 
qui fut polaire avant l'avènement de la première dynastie {Hia). 



comme une conséquence de raffaiblissement du pouvoir impérial et des prétentions des 
grands vassaux au titre de roi (T. P. 1910, p. 292). Ces cinq Chang ti, correspondant 
aux cinq éléments, sont placés au dessous de l'ancien Chang ti unique. C'est sans doute 
cet avènement de Chang ti inférieurs qui fit abandonner l'usage de ce terme pour désigner 
la divinité polaire suprême, que Confucius nomme toujours T'ien. 

1) «Pour ma part, dit Chavannes, je ne vois pas de raisons scientifiques de rejeter 
cette explication » (M. H. I). Si l'éminent sinologue s'était souvenu de cette appréciation et 
avait remarqué le caractère astronomique du culte rendu à T'ai yi, il n'aurait probable' 
ment pas vu dans cette divinité suprême «une création de la raison abstraite 9 (M. H. I, 
p. ). 

2) Cette équivalence, toutefois, comporte une nuance. Dans la haute antiquité, comme 
le montrent bien plusieurs chapitres du Chou king, le Chang ti était anthropomorphique et 
l'étoile polaire n'était que sa résidence. A cette époque on n'aurait pas dit que « l'étoile 
polaire est la résidence de T^ai yii> mais plutôt que « T'ai yi est la résidence du Chang ti». 
Dans les siècles suivants la doctrine se corrompt. Au début de la dynastie Tcheou l'étoile 
polaire est appelée l'Empereur céleste; puis T'ai yi, qui est le nom d'une étoile, est adoré 
comme une divinité. On entremêle ainsi l'élément anthropomorphique et l'élément naturiste, 
ti'étoile devient la divinité et la divinité devient l'étoile; 



114 



LEOPOLD DE SAUSSURE. 



L'étoile T'ien yi se trouve daas le même cas. Son caractère 
polaire est établi: l'' par son nom significatif, l'Unique du ciel; 
2^ par le fait que ce nom fut porté par un empereur de l'antiquité; 
3*^ par les attributs polaires que l'uranographie astrologique lui a 
conservés; 4^ par le calcul qui montre qu'elle était effectivement 
l'étoile la plus rapprochée du pôle au 27® siècle. 



Des cinq palais célestes de la haute antiquité nous connaissons 
donc les centres. 

Le milieu des quatre palais équatoriaux (fig. 27 et 32) corres- 
pondant aux quatre saisons nous est indiqué par le système chinois, 
tel qu'il apparaît dans les documents des Tcheou et des Han, 
système qui conserve immuablement les saisons sidérales de la période 
créatrice avec leurs milieux (equinoxes et solstices) dans les sieou 
Mao, Sivg, Fang, Hiw, ce que confirme, d'ailleurs, le texte du Yao tien. 




Fig. 32. La sphère céleste chinoise. 

Si, sur un globe à pôle mobile, nous plaçons les equinoxes et 
solstices dans ces quatre sieou, le pôle viendra automatiquement 
se placer entre les points P et P'' de la fig. 30, c'est-à-dire 
entre les étoiles T'ien yi et T'ai yi, dans la situation occupée 
par le pôle céleste entre le 27^ et le 23® siècles, précisément 
à l'époque où la tradition chinoise place le règne des empereurs 



LES ORIGINES DE L*ASTR0K0MIE CHINOISE. Il5 

légendaires créateurs de l'astronomie. Les noms de ces deux étoiles 
et le rôle joué par ces noms dans la littérature classique démontrant 
qu'elles ont été les étoiles polaires de la haute antiquité, nous con- 
naissons donc documentaireraent le centre du palais central: à l'épo- 
que où les solstices et equinoxes commençaient à se trouver simul- 
tanément dans les quatre sieou cardinaux, le centre du palais central 
était en P, près de T'ien yi\ ëC l'époque où l'équinoxe commençait 
à sortir de la division Ho (fig. 27) il était en P^, près de T'ai yi. 

A toute position des equinoxes dans le firmament correspond, 
naturellement, une position déterminée du pôle parmi les étoiles. 
La concordance entre la position des equinoxes, indiquée par les 
quatre palais périphériques traditionnels, et la position du pôle, 
indiquée par les anciennes étoiles polaires du palais central, est 
extrêmement intéressante. 

Cette confirmation de la haute antiquité du système astronomique 
des Chinois, en dehors de sa portée d'ordre historique et philosophique, 
possède une valeur chronologique. La position des equinoxes et sol- 
stices dans les sieou cardinaux indique par elle-même les environs 
du 25® siècle pour l'origine du système. Mais il pouvait toujours 
subsister un doute au sujet de l'exactitude des observations ^). Sous 



1) Ces observations, comme je l'ai exposé ailleurs {^Arch. des se. ph. nat., mars, mai, 
novembre 1919) consistaient en ceci: 1° détermination de la date da solstice d'hiver par 
l'ombre du gnomon, opération très simple mais qui peut être entachée d'un ou deux jours 
d'erreur, laquelle s'élimine par la moyenne des années; 2° observation du lieu sidéral de 
la pleine lune à une date comptée à partir du solstice d'hiver, par exemple au 38^ jour 
dans le sieou Tche ^ (n° 24, fig. 27) ; on en déduisait qu'à cette date le soleil était 
dans le sieoii Ti diamétralement opposé et qu'un semestre plus tard, au (183 -f- 38 =) 
22P jour le soleil serait en TcAe. Par ce procédé, qui fut la raison d'être des divisions 
symétriques du zodiaque lunaire, on comprend que les anciens Chinois aient vu parfaitement 
les lieux cardinaux du Contour du ciel correspondant aux dates cardinales de l'année, éva- 
luée alors à 366 jours mais rectifiée par l'observation de la date du solstice. 

D'autre part le moment du plein de la lune est facile à préciser puisque, ce jour là, 
la lune se lève au coucher du soleil, tandis que l'intervalle est de trois quarts d'heure la 
veille et le lendemain. 



116 LEOPOLD DE SAUSSURE. 

ce rapport l'indication fournie par les étoiles polaires eat décisive. 
Car, le cboix d'une très petite étoile comme polaire garantit lui- 
même son exactitude. L'adoption de T'ien yi, au détriment de la 
belle étoile « Dragon nous certifie que les Chinois du 27® ou 26® 
siècle procédaient à des recherches précises, très probablement pour 
l'élaboration de la symétrie des aieou. La période créatrice du 
système de divisions astronomiques qui s'est perpétué tout au long 
de l'histoire chinoise, paraît donc avoir commencé au 27® ou 26® 
siècle avant notre ère. 



NOTE SUR LA MISSION DES LAZARISTES EN 
CHINE, SPÉCIALEMENT A PÉKIN ') 



PAR 



l'abbé RICHENET, 

de la Congrégation de la Miüsion. 



I. 

Origine de cette Mission. 

Il y avait près de cent ans que les Jésuites Portugais avaient 
un établissement à Pékin, et c'était le seul établissement européen 
qu'il y eût, lorsque Louis XIV réussit à y établir des Jésuites Français. 
Les Portugais admettaient, à la vérité, parmi eux quelques sujets 
qui n'étaient pas de leur nation, mais ces étrangers étaient toujours 
soumis aux Portugais, dépendant d'eux. Envoyés de Lisbonne ou de 
Macao, ils étaient censés Portugais, et ne pouvaient avoir aucun 
rapport particulier avec leur patrie. Louis XIV, à qui aucune grande 
œuvre n'échappait, sentit l'importance d'y avoir de ses sujets établis 
d'une manière indépendante des Portugais, et réussit à y en intro- 
duire. Ces Envoyés, quoique Jésuites, furent d'abord un grand sujet 
de jalousie à leurs confrères portugais. Le zèle dont ils étaient 
animés, pour correspondre aux vues de leur souverain, les aida à 
supporter ces désagréments, qui furent encore adoucis par les égards, 
l'estime particulière que leur témoigna bientôt l'Empereur de Chine, 



1) Affaires Etrangères. — Asie. Mémoires et documents, 21. 



118 RICHENET. 

le célèbre Kamhi. On sait, par les relations qui ont été rendues 
publiques, les ouvrages qu'ils entreprirent et exécutèrent par ordre 
de cet Empereur, ainsi que ce qu'ils ont fait et écrit, pour étendre 
en France les connaissances au sujet de cet Empire. On sait que 
cet Empereur, pour leur donner une preuve de sa satisfaction, ne 
tarda pas à leur accorder, dans l'enceinte même de sou palais, une 
habitation qui a été ensuite augmentée, et forme maintenant une 
maison assez considérable, avec une Eglise à l'Européenne. 

C'est dans les mêmes vues de Louis le Grand que depuis les 
Rois et le Gouvernement français ont constamment attaché le plus 
grand intérêt à cet établissement, dans lequel les Lazaristes ont 
remplacé les Jésuites en 1784 par ordre de Sa Majesté Louis XVI 
et un Bref du Souverain Pontife. Louis XIV fit des dépenses con- 
sidérables pour le mettre sur un ton de dignité convenable à la 
grandeur de la nation qu'il gouvernait; et Louis XVI en y sub- 
stituant les Lazaristes leur assigna douze mille francs par an, en 
attendant qu'on pût leur donner une pension plus considérable sur 
des bénéfices ecclésiastiques. 

II. 

Importance de cette Mission. 

Outre les motifs religieux, outre la grande importance de con- 
server, de propager dans ce vaste empire la Religion chrétienne, 
de procurer le salut éternel à tant d'âmes qui en seraient privées 
sans les Missionnaires européens, la Prance, une nation aussi grande, 
aussi éclairée, aussi empressée à étendre les connaissances, pourrait- 
elle regarder comme indifférent de recevoir de temps en temps des 
renseignements concernant l'Empire de Chine, qui intéresse sous 
tant de rapports, son antiquité, son gouvernement, ses productions, 
8on commerce, ses mœurs, son immense population, etc.? Mais ces 
renseignements, comment les obtenir? Les négociants qui vont a 



KOTE SUR LA MISSION DES LAZARISTES EN CHINÉ. 119 

Canton ne peuvent guère être informés de ce qui se passe dans 
l'intérieur de l'Empire. Comme ils communiquent avec très peu de 
Chinois, la plupart de classe inférieure, et dont ils ignorent la langue, 
ils ne peuvent être informés qu'imparfaitement, même de ce qui 
concerne Canton. Ils ne peuvent entrer dans la ville: ils n'ont 
d'accès que dans une petite partie d'un faubourg. Il n'en est pas 
de même des Missionnaires de Pékin, qui, à raison de leur situation 
et de leurs fonctions, communiquent avec les diflFérentes classes de 
la société. D'ailleurs, les nouveaux Missionnaires, en vivant un 
certain temps avec les anciens, qui ont étudié tout ce qui concerne 
le pays, acquièrent insensiblement l'expérience et les connaissances 
qu'ils se sont transmises successivement depuis 200 ans. Aussi 
qu'a-t-on appris en Europe concernant la Chine, si ce n'est ce 
qu'en ont écrit les Missionnaires? On leur a reproché quelques 
défauts. On s'est plaint qu'il leur était échappé quelques fautes dans 
les nombreux mémoires qu'ils ont faits. Mais ces accusations sont- 
elles fondées? Quoiqu'il en soit, ce qu'ils ont envoyé n'est-il pas 
encore ce qu'il y a de moins imparfait sur la Chine? Qui doute 
maintenant que ceux qui ont voulu les critiquer en Europe ne 
soient tombés eux-mêmes dans des fautes grossières, et n'aient dé- 
figuré la Chine, à un point qu'elle n'est pas reconnaissable ? Outre 
les traductions, les nombreux mémoires que les Missionnaires ont 
envoyés, et qui ont été imprimés en France, ils conservent encore 
à Pékin des manuscrits dont il n'a rien paru en Europe. 

Il convient de chercher à détruire les préjugés grossiers dont 
les Chinois sont remplis contre les Européens. Il peut être impor- 
tant de chercher ainsi à se concilier leurs esprits, et à rapprocher 
leurs idées des nôtres. C'est un moyen propre, et en quelque sorte 
indispensable, de préparer les voies à des traités avantageux pour 
les peuples. Or ce but, qui peut mieux le procurer que des Mission- 
naires? Il est prouvé par le fait que la régularité de leur vie, la 



120 RI CHENET. 

sévérité de leurs mœurs et les œuvres de charité auxquelles ils 
s'appliquent les rendent beaucoup plus propres à se concilier l'estime 
et l'affection des Chinois. Ce qui frappe un Européen, qui passe de 
Canton à Pékin, est l'idée toute dififérente que les Chinois se sont 
formée des Européens, dans ces deux villes. A Pékin les Européens 
sont estimés, on n'en dit que du bien. Tous les Grands de la Cour 
leur donnent accès et les traitent honorablement. A Canton, ils sont 
injuriés, hués par la populace dans le peu de rues du faubourg 
où on leur permet d'aller. Malgré tout l'argent et les richesses 
qu'ils apportent, ils n'ont aucun accès auprès des mandarins, des 
lettrés. Le Chinois, tout avide qu'il est d'argent, accorde néanmoins 
plus volontiers son estime au Missionnaire qui n'apporte que sa vertu, 
qu'au négociant chargé de tout ce qu'il j a de plus brillant en Europe. 
Cette impression avantageuse que font les Missionnaires sur l'esprit 
de ceux qui les voient à Pékin, gagne peu à peu dans les provinces. 
Ceux qui l'ont reçue, les négociants, les mandarins surtout, qui, 
par leur profession, se répandent de la capitale dans les différentes 
parties de l'Empire, la portent partout avec eux. Si donc les Chinois 
ont déposé en partie les préjugés grossiers qu'ils avaient contre les 
Européens; s'ils ont fait quelques pas vers le but de rapprochement 
dont on vient de parler, ce ne peut être qu'aux Missionnaires qu'on 
peut l'attribuer. On ne fait qu'insinuer l'avantage qui peut résulter 
de là pour le bien public. Il est aisé d'en conclure, ou au moins 
d'espérer qu'en soutenant efiBcacement cette mission, la mettant sur 
un bon pied, il pourra se rencontrer des circonstances favorables, 
dont le Gouvernement Français pourrait tirer le plus grand parti. 
Plusieurs nations d'Europe sentent tellement l'importance de cet 
établissement, qu'elles ne cessent de nous l'envier. Quelques-unes 
tâchent depuis longtemps de pouvoir au moins avoir un Résident 
accrédité à Pékin: elles en achèteraient la permission à grand prix. 



NOTE SDR LA MISSIOIS^ DES LAZARISTES EN CHINE. 121 

Plus d'une fois elles ont tenté le patriotisme et la fidélité des Mis- 
sionnaires français, pour qu'ils aidassent, appuyassent leurs vues. 

III. 
Fonctions des Missionnaires Lazaristes en Cliine. 

Ils ne sont admis par le Gouvernement Chinois que pour le 
service de l'Empereur, par conséquent seulement à Pékin, en qualité 
d'artistes, peintres, horlogers, machinistes, et surtout mathématiciens, 
astronomes, pour faire le calendrier lunaire, calculer les éclipses, etc. 
Ils sont aussi interprètes de la Cour pour la correspondance avec 
les étrangers, surtout avec les Russes, dont les rapports sont plus 
fréquents: c'est M'' Lamiot, français, qui remplit à présent cet ofiSce. 
Il y en a toujours trois qui sont mandarins, membres du Tribunal 
de mathématique. Actuellement ces trois mandarins sont Portugais; 
ils sont tous Lazaristes. 

Quoique les Chinois prohibent la religion chrétienne, cependant, 
comme ils savent que les Missionnaires ne se prêteraient point aux 
services qu'on leur demande, qu'ils ne viendraient et ne voudraient 
point rester à Pékin sans avoir le libre exercice de leur religion, 
on ne les gêne nullement à cet égard. Ils peuvent librement chanter 
la messe, les vêpres, etc. Les Chrétiens Chinois peuvent assez libre- 
ment fréquenter les églises, assister aux offices, entendre les in- 
structions, et recevoir les sacrements, excepté dans les temps de 
persécution. Il y a dans le diocèse de Pékin environ quarante mille 
chrétiens, dont cinq à six mille sont dans la ville. 

Comme les Missionnaires Européens ne sont point en nombre 
suffisant pour administrer les secours spirituels, vu surtout le vaste 
espace dans lequel les Chrétiens sont dispersés, un de leurs soins 
principaux est de former des prêtres indigènes pour les aider. 
A cette fin, ils ont deux collèges ou séminaires à Pékin, un dans 
la maison française et l'autre dans la maison portugaise. Pour la 



122 RICHENET. 

même raisoa et la même fin, ils sont obligés d'avoir im certain 
nombre de catéchistes laïques, qui précèdent ou accompagnent les 
prêtres dans les difiFérents districts, où ils vont remplir leurs fonctions. 
Ils sont aussi obligés d'entretenir à la maison quelques lettrés, 
pour les affaires délicates, et pour les écrits chinois qu'ils ont à faire; 
car quoique les Européens apprennent suffisamment la langue chi- 
noise pour l'entendre et la parler, il est rare qu'ils puissent l'écrire 
assez correctement pour oser le faire sans être aidés en quelques 
circonstances. Toutes ces circonstances rendent la maison de Pékin 
nécessairement nombreuse, et exigent beaucoup de dépenses. 

Outre l'établissement de Pékin, les Lazaristes français sont 
chargés d'administrer les secours spirituels aux Chrétiens, dans 
plusieurs provinces. Ils ont dans la province de Hou-pé deux 
Européens avec quelques prêtres Chinois; leur administration est 
sur un espace de plus de cent lieues de diamètre. Ils ont un autre 
district dans la province de Ho-nan, un dans la province de 
Kiang-nan, un dans la province de Tché-kiang, et un autre dans 
la province de Kiang-si. Au défaut d'Européens, ces districts ne 
sont administrés que par des prêtres chinois, formés par les Laza- 
ristes français et dépendant d'eux. 

Il y a dans l'Empire de Chine trois Evêchés ordinaires, et trois 
Vicariats Apostoliques. Les trois Evêchés sont ceux de Pékin, 
Nankin et Macao. C'est le Roi de Portugal qui présente au Pape 
les sujets pour ces trois Evêchés, et il ne présente guère que des 
Portugais. L'évêque de Nankin, qui est un Lazariste portugais, est 
attaché à la mission de Pékin, et pour cela ne peut pas aller à 
son diocèse. Celui de Pékin, qui est aussi un Lazariste portugais, 
est à Macao depuis plusieurs années; il n'a pu encore obtenir la 
permission du gouvernement chinois pour se rendre à Pékin. Ces 
évêques ne sont point connus comme tels par les Chinois. Celui de 
Pékin n'est admis que comme les autres Missionnaires, en qualité 



NOTE SUR LA MISSION DES LAZARISTES EN CHINE. 123 

de mathématicien, etc., et souvent se trouve moins employé, moins 
élevé en dignité ou eu rang que les autres. Celui de Nankin n'est 
nullement avoué; il ne pourrait visiter son diocèse qu'en secret: il 
se trouve membre de la Mission de Pékin parcequ'il y avait été 
admis, comme mathématicien, avant qu'il ne fût évêque. Celui de 
Macao exerce publiquement ses fonctions pour les Européens de 
cette ville, mais il ne peut les exercer que secrètement pour les 
Chinois. Il n'entre jamais dans l'intérieur de l'Empire, et n'a aucun 
rapport avec le Gouvernement. 

Les trois Vicariats Apostoliques sont ceux de Chau-si, Su-tch'uen 
et B^o-kien. Ce sont des Religieux Italiens, de l'ordre de S E'rançois 
qui sont chargés du premier. — Messieurs du Séminaire des Missions 
Etrangères, rue du Bac, à Paris, sont chargés du second; — et des 
religieux Dominicains espagnols sont chargés du troisième. Tous ces 
Vicaires Apostoliques sont évêques titulaires, ou z« partihis^ soumis 
immédiatement à Sa Sainteté et à son tribunal, la Congrégation de 
la Propagande qui les nomme. Quoique leur juridiction soit déléguée, 
ils ont chacun en particulier dans leur district respectif, tous les 
pouvoirs des évêques ordinaires. Ils ont communément un coadjuteur 
ainsi que les autres évêques. Les Européens de Chine n'ont plus 
de différends entre eux. Ils sont tous d'accord et en rapport de 
bons oflHces mutuels, d'union et de charité. 

Il n'y a pas beaucoup plus de deux cent mille chrétiens dans 
tout l'Empire. ' 

IV. 

Situation critique dans laquelle se trouve 
rétablissement français de Pékin. 

Cette Mission ayant été privée de tout secours d'Europe depuis 
la Révolution se trouve actuellement dans l'état le plus affligeant, 
dans un danger imminent de tomber si l'on ne vient promptemeut 



124 RICHENET. 

à son secours. De dix Missionnaires qu'il y avait, il n'en reste plus 
qu'un. S'il venait à mourir avant qu'il lui arrivât quelques confrères 
pour l'aider et lui succéder, il est très à craindre que l'établissement 
ne fût perdu pour la France, que l'on ne pût plus y introduire de 
Français. Les Lazaristes portugais qui sont à Pékin auraient peut 
être les moyens et la bonne volonté de conserver cet établissement 
à leurs confrères français, mais supposé que le Gouvernement chi- 
nois s'y prêtât, ce qui n'est pas certain, le Gouvernement portugais 
n'y mettrait-il pas des obstacles? Ne défendrait-il pas à ses sujets 
de faire aucune démarche pour les Français? Il y a bien des raisons 
de le craindre. 

V. 

I^ecours, moyens indispensables pour soutenir et 
conserver cette mission. 

Le besoin le plus urgent est évidemment celui de sujets. On ne 
peut pas se dissimuler que depuis la persécution commencée en 1805 
par le Gouvernement chinois contre les Chrétiens, et qui fut, pen- 
dant quelque temps, spécialement contre des Missionnaires, l'ad- 
mission des Européens à Pékin est devenue beaucoup plus diflScile. 
Quand même nous en aurions maintenant quelques-uns tout prêts, 
je ne pourrais pas me flatter de les faire entrer promptement. Mais 
il est important d'en préparer et d'eu avoir quelques-uns prêts, 
lorsque le moment favorable de les faire entrer sera arrivé. On sait 
positivement que, malgré les difficultés que le Gouvernement chinois 
oppose depuis quelque temps à l'entrée des Missionnaires européens 
à Pékin, il a à cœur d'y en avoir toujours, parce qu'il en a besoin, 
surtout pour faire le calendrier. Il est sûr que lorsqu'il en man- 
quera quelques-uns de ceux qui sont en place, il sera disposé à en 
recevoir d'autres. Il est même probable qu'on pourrait eu faire 
entrer plus tôt: il ne faut pour cela qu'un changement dans le 



NOTE SUR LA MISSION DES LAZARISTES EN CHINE. 125 

Gouvernement, et il peut arriver bientôt. Peut-être même que sans 
ce changement, une représentation faite à propos, accompagnée de 
quelques présents, suffirait. Il est de la plus grande importance de 
saisir le premier moment favorable, puisque, si on le laissait échap- 
per et si le seul Français qui reste à Pékin venait à manquer, il 
y a tout lieu de craindre qu'ensuite on ne pût y en introduire 
aucun, et que cet établissement fût perdu pour la France. 

Pour les provinces, il n'y a pas la même diflBculté. Comme on 
les introduit secrètement et qu'ils y restent de même, on pourrait 
y eu envoyer plus tôt. 

Il est donc urgent de préparer des sujets pour envoyer tant à 
Pékin que dans les provinces de Chine. On dit préparer^ car il faut 
des talents, des qualités particulières pour cette mission. Il faut du 
temps, des soins pour connaître et former les sujets qui seraient 
disposés à s'y consacrer. En envoyer qui n'auraient pas ces qualités 
particulières, eussent-ils d'ailleurs de la vertu et des talents, serait 
un véritable mal, et exposer l'établissement à de grands inconvénients, 
peut-être à sa perte. 

Pour se former une idée de l'importance de ces qualités parti- 
culières, il suffirait de considérer les mœurs, les usages des Chinois, 
leur différence, ou plutôt leur opposition presque générale avec les 
nôtres, et que néanmoins il est nécessaire de se faire le plus litté- 
ralement possible à ces usages, quoique diamétralement opposés aux 
habitudes que l'on a contractées, aux idées que l'on s'est formées. 
Quel renoncement à soi-même, quelle prudence, quelle patience ne 
faut-il pas pour réussir dans une telle carrière? L'esprit de docilité, 
de simplicité pour écouter et pour profiter des instructions, des avis 
des supérieurs, des confrères instruits par l'expérience, ainsi qu'une 
stricte uniformité de principes et de conduite avec eux est une 
qualité non moins nécessaire. Un esprit tant soit peu singulier, ou 
particulier, quoique animé de bonnes vues, gâterait tout. C'est 



126 RICHENET. 

spécialement à cause de l'importance de cette uniformité de principes 
et de conduite qu'il est essentiel que les Missionnaires envoyés dans 
une telle mission, soient des hommes de communauté et d'un 
même corps. 

Il faut aussi considérer soigneusement, pour le Choix des sujets, 
le tempérament, la constitution physique. Il faut pour cette Mission 
une certaine force, surtout une certaine souplesse de constitution, 
c'est-à-dire une facilité, ou au moins une aptitude à supporter les 
difiFérentes positions par lesquelles on a à passer, sans quo la santé 
en soit sensiblement affectée, verbi gratia la fatigue de voyages 
(celui d'Europe en Chine, malgré les gênes qu'il occasionne, est 
bien moins pénible que celui de Canton à Pékin), la différence de 
climat et de nourriture, l'extrême rigueur du froid et du chaud, 
ainsi que l'humidité et la sécheresse. Ces degrés extrêmes tiennent 
communément ceux qui n'y sont pas faits dès l'enfance, dans un 
état habituel de malaise et de contrainte. Une constitution susceptible, 
délicate, ne tarderait pas à succomber. 

Pour les Missions Etrangères en général, il est grandement 
important de bien choisir les sujets, parceque, si ensuite on s'aper- 
çoit qu'ils ne conviennent pas, il est très désagréable, très dispen- 
dieux de les renvoyer. Mais cette importance est beaucoup plus 
grande encore pour la Chine, surtout pour Pékin, parcequ'on ne 
pourrait pas les renvoyer. Dans quelques Missions Etrangères, ainsi 
qu'en Europe, si un sujet ne convient pas à telle place, à tel en- 
droit, on peut le faire passer dans un autre. A Pékin ou n'a pas 
cette ressource; il n'y a pas d'autre place à lui donner dans l'Empire. 
Un Missionnaire qui est admis à Pékin ne peut plus le quitter. 
Il faut pour y aller, être disposé, déterminé et s'attendre à y passer 
toute sa vie. Il n'y a, comme je l'ai dit, aucune antre place à lui 
donner dans l'Empire, et il est extrêmement rare qu'on puisse ob- 
tenir la permission d'en sortir. On ne peut non plus tenter de 



NOTE SUR LA MISSION DES LAZARISTES EN CHINE. 127 

quitter furtivement: ce serait compromettre notablement toute la 
mission, et peut être occasionner des suites désagréables à tous les 
Européens qui sont en Chine. 

Ce léger aperçu des dispositions et des qualités qui sont néces- 
saires aux sujets employés dans cette mission fait assez sentir que 
cet établissement, quoique sous un rapport il soit principalement 
civil ou politique, ne pourrait guère être soutenu par d'autres que 
par des Missionnaires. La piété a fondé cet établissement, la piété 
seule peut le soutenir. Il faut pour nue telle mission, ce grand fonds 
de religion, qui porte à un renoncement total. Tout autre motif 
agit trop faiblement sur le cœur humain pour commander d'aussi 
grands sacrifices. Dire adieu à ses parents, à ses amis, renoncer 
pour toujours aux agréments de sa patrie, et d'une patrie telle que 
la France; aller se renfermer à Pékin pour se livrer d'abord à une 
étude aussi longue et aussi sèche que celle de la langue chinoise; 
vivre avec un peuple dont les mœurs et les habitudes contrastent 
si étrangement avec les nôtres, et auxquelles cependant il faut se 
plier totalement, malgré son dégoût et sa répugnance; avoir à 
considérer que quelques désagréments que l'on puisse rencontrer 
dans cette terre étrangère, quelques privations que l'on éprouve, il 
n'y a aucune espérance de pouvoir en sortir. Ces considérations et 
celles de la restreinte (sic) continuelle dans laquelle il faut se tenir, 
firent une telle impression sur Jes artistes qui accompagnaient lord 
Macartney à Pékin que, quand même le Gouvernement chinois 
aurait permis que quelques-uns restassent, il aurait été impossible 
de les y retenir. 

CONCLUSION. 

Enfin, pour préparer les sujets nécessaires à Pékin, il faut 
1" une maison, et cette maison doit être le chef-lieu des prêtres 
de la congrégation des Lazaristes, puisque ce sont les prêtres de la 



128 ^ RI CHE NE T. 

dite Congrégation qui doivent connaître, choisir parmi leurs élèves 
ceux qui seront propres et les former; et c'est dans le chef-lieu de 
la Congrégation que les élèves doivent être réunis. 

2° Il faut des fonds convenables pour entretenir ces élèves, 
ainsi que les directeurs, et aussi pour payer les maîtres particuliers 
qui pourront être uécessaires. Aussitôt que le Gouvernement aura 
jugé à propos d'avoir une maison convenable et les fonds nécessaires, 
le supérieur des Lazaristes s'empressera d'inviter les jeunes gens de 
bonne volonté à s'y réunir, tant pour cet objet que pour les autres 
fins de leur institut. 

3" Comme les présents sont un article essentiel à Pékin, et que 
l'on ne peut presque rien y faire sans cela, il serait grandement 
utile d'avoir une certaine somme pour se procurer et envoyer les 
objets que l'on sait y être bien accueillis et désirés. Outre les 
occurences ou circonstances particulières dans lesquelles ces présents 
sont de grande utilité, tous les ans a trois époques fixes, les 
Missionnaires sont obligés d'en offrir à l'Empereur et à quelques 
principaux de la Cour. 

Les Jésuites de Chine, outre les secours qu'ils tiraient de leur 
Société et des particuliers qui s'intéressaient à cet établissement, 
avaient vingt-deux-mille livres de revenu fixe en France. Depuis la 
suppression de leur Société, ces biens cessèrent d'être employés à 
cet usage; en compensation, ou leur accorda des pensions viagères 
qui ont été éteintes à leur mort. En leur substituant les Lazaristes, 
ou assigna à ceux-ci une somme de douze mille francs par an, en 
leur faisant espérer qu'on leur en accorderait une plus considérable 
sur des bénéfices. La Révolution étant survenue, cette promesse n'a 
pu s'effectuer, ils n'ont même plus rien reçu des douze mille francs 
qui leur étaient alloués. L'Assemblée Révolutionnaire, en supprimant 
les Communautés et en s'emparant de leurs biens, accorda des 
pensions aux individus qui les composaient. Les Missionnaires de 



NOTE SUR LA MISSION DES LAZARISTES EN CHINE. 129 

Chine y avaient droit, ce semble, à double titre, et coname membres 
de la Congrégation des Lazaristes, et comme envoyés par le Gou- 
vernement: ils n'ont néanmoins jamais rien reçu. On conçoit aisé- 
ment dans quelle gêne ces privations ont dû les réduire. Ils auraient 
pu tirer d'ailleurs des secours, et peut-être des sujets, en se donnant 
à une nation quelconque. Mais des hommes qui se sacrifient pour 
la religion, n'en demeurent que plus fortement attachés à leur patrie. 
Aussi ont-ils préféré vivre pauvrement, et s'exposer même à manquer 
absolument, en vendant ou engageant quelques portions de ce qu'ils 
possédaient à Pékin, afin de pouvoir subsister. 

C'est spécialement pour représenter les besoins de cette mission 
que le soussigné, informé des heureux changements arrivés eu France, 
est revenu de Chine où il a demeuré près de quinze ans. 

RicHENET, prêtre de la Congrégation de S' Lazare, 
Procureur des Missions de Pékin. 

Paris, Rue du Bac N^ 132. 
30 juillet 1817. 

Jean- François Richenkt, rentré eu France en 1815, a écrit 
sur la demande du Gouvernement cette note ainsi qu'une deuxième 
Sur les moyens ou le mode de rétablir le commerce français en Chine 
datée du 3 août 1817 que nous avons reproduite dans le T'oung Pao, 
1903, pp. 290-294. M. Richenet est mort le 9 juillet 1836. — H. C. 



CENTRAL-ASIAN RELICS OF CHINA'S 
ANCIENT SILK TRADE. 

BY 

Sir AUREL STEIN. 

..qp.. 

It is a well-known historical fact that the export of China's 
silk fabrics had played a very important part in that earliest 
expansion of Chin-ese trade and political power into Central Asia 
which commenced under the great emperor Wu-ti, of the Former 
Han dynasty, towards the close of the second century B.C. These 
Notes are culled from Serindia, my detailed report on the scientific 
results of my second journey, completed in 1918 and now approaching 
publication at the Oxford University Press. 

The relics deserving first mention consist of two silk strips 
discovered at a ruined watch-station, T. XV. a, of that ancient 
Chinese Limes in the desert west of Tun-huang (or Sha-chou) 
which my exploration of 1907 proved to have been constructed 
during the closing years of the second century B.C. and for a 
great part of its length to have been garrisoned down to about the 
middle of the second century A.D. i) Both strips marked (T. XV. a. 1. 3) 



1) A fairly detailed account of those explorations has been given in my personal 
narrative, Ruins of Desert Cathay (Macmillan, 1912), II, pp. lliJ5 — 126. All archaeological, 
historical and geographical facts bearing on this westernmost portion of the Han border 
line will be found fully discussed in Chapters XV — XX of my Serindia. For a succinct 
preliminary record of nay explorations of 1914 by which I traced this ancient Limes 
eastwards to the Etsin-gol, see A third journey of exploration in Central Asia, in 
Geographical Journal, 1918, XLVIII, pp. 193 sqq. 



CENTRAL-ASIAN RELICS OF CHINA's ANCIENT SILK TRADE. 131 

originally belonged to the same piece of undyed creamy silk and 
were found together in one of the extensive refuse-heaps adjoining 
that post on the Limes wall. Among the Chinese records on wood 
recovered here and elucidated with hundreds of other Chinese 
documents from the Han Limes by my lamented great collaborator 
M. Chavannes a number bear precise dates, extending from 67 A.D. 
to A.D. 137, and conclusively proving when that particular refuse- 
heap, T. XV. a. 1, had accumulated. ^) 

One of those strips ^) bears the ink impression of a Chinese 
seal not as yet deciphered, and by the selvages retained at both 
ends is shown to have come from a piece or roll of silk which 
had a width of about 19.7 inches or 50 centimetres. The other 
strip, 12i inches long and incomplete at one end bears a Chinese 
inscription read by M. Chavannes: 'f^ ^ 81 "^ ^ ^ — ' E 

-|^ /V . He translates it: "A roll of silk from K'ang-fu in the 
kingdom of Jeti-eh'eng; width 2 feet and 2 inches; length 40 feet; 
weight 25 ounces; value 618 pieces of money" ^). M. Chavannes 
has pointed out that the kingdom of Jên-ch'êng was established 
A.D. 84 and is represented by the present Chi-niug-chou in the 
province of Shan-tuug. 

M. Chavannes has already in a general way called attention to 
"the historical importance of this text which furnishes us with 



^ 1) Cp. Chavannes, Docamenis e/ihiois découverts par JurelSlei7i {ChTen<ion'Preai,l9lS), 
pp. 116 sqq. 

2) These strips are described by M. Chavannes, Documents chinois, p. 118, under No. 539 
and in part reproduced in Plate XV. 

3) In a note written down for me at our last meeting October 3, 1917, M. Chavannes 
thus corrected his previous reading of the record. "Les mots que j'ai lus kou-fou ont été 
corrigés par M. Wang Kouo-wei {Lieou cha to kien, chap. II, p. 43"') en K'ang-fou, et 
celte heureuse rectification permet de donner maintenant une traduction exacte: K'ang-fou 
est le nom d'une sous-préfecture située dans le royaume de Jen-tch'eng et qui était à 50 li 
de la ville actuelle de Tsi-ning tcheou dans le Chan-tong". [ t-f^ -^> K'ang-fou. — P. P.l 



132 AUREL STEIN. 

precise indications as to the origin, the dimensions, the weight and 
the price of a piece of silk at the close of the first century or at 
the beginning of the second century of our era". But there are 
several special considerations which increase the antiquarian interest 
of this record. 

In the first place it deserves to be noted that this "find" dates 
precisely from the period to which relates the famous classical 
record about the direct silk trade of the West with the land of the 
Seres as learned by Marinus of Tyre from the Agents of Maes the 
Macedonian and preserved by Ptolemy in a well-known extract ^). 
Next we may attach distinct significance to the fact that the 
Limes station T. XV. a, where this inscribed silk was found, is 
proved by conclusive archaeological evidence to mark just the point 
where "the new route of the north", opened by the Chinese in A.D. 2 
through the desert ranges of the Kuruk-tagh towards Turfan and 
the oases along the T'ien-shan, passed outside the Limes to the 
north-west ^). This makes it very probable that the roll of silk 
specified in the inscription had found its way there in connection 
with China's silk export ware as carried to Central Asia and the 
distant West about the close of the first century A.D. 

Finally it may be pointed out that some fortunate "finds" in 
the course of the same exploration enable us to test and confirm 
the information contained in that record by independent archaeolo- 
gical evidence. The inscribed strip indicates the measure of 2 feet 
2 inches for the width of the silk piece in question. Now the exact 
value of the (decimal) Chinese inch and foot during the Later Hau 
period is accurately determined by two wooden measures brought 



1) Cf. Ptolemy, Geograpfiia, ed. C. Müller, I, xi, 6. Regarding the approximate date 
of Marious of Tyre's great cartographical work (ahout 100 A.D.) cf. HerrmaoD, Seiden' 
Strassen ^ p. 19. 

2) See Chavannes, Les pays ^occident d'après le Weilio, 7Wn:^-;(?ao, 1905, pp. 533 sq ; 
Serindia, Chap. XIX, section Vf. 



Central- ASIAN relics of china's ancient silk trade. 13^ 

to light by my excavations along the Limes west of Tun-huang ^). 
The measure T. VIII. 4 shows a foot divided into ten inches, 
each fV 0Ï 22.9 millimeters long. The other measure, T. XI. 11.13, 
a slip of cane, is marked by inch divisions of exactly the same length. 

The measures were found at watch-towers which can both be 
proved, from dated documents recovered there, to have been occupied 
during the first and second century A.D. ^) Accepting the value of 
22.9 ram. for the inch of the Later Han period, we get 50.38 cm. 
(or 19.83 inches) as the equivalent of the measurement, 22 Chinese 
inches, indicated as the proper width in the inscription of T. XV. 
a. 1. 3. And with this the actual width of 50 cm. practically coin- 
cides. This mutual confirmation of the recorded measurement and 
the wooden measures has its special value in view of the apparent 
uncertainties besetting early Chinese metrology '). 

That the width of 22 Chinese inches or approximately 50 cm. 
may be considered to have been the standard one for Chinese silk 
fabrics throughout Han times is proved by another interesting relic 
of that ancient export trade of China found at the same Limes station, 
T. XV. a. At another of its refuse heaps, marked T. XV. a. Ill, 
which is shown by datable Chinese records on wood to have 
accumulated in the course of the first century B.C. and the first 
few years of the first century A.D. *), there were found together 
two strips of fine silk, undyed. One of the strips, about 13 inches 
long, is incomplete, having one end hemmed, the other torn oflf. 
But the other strip still retains the original selvage at either end 
and shows that the piece of silk from which it was cut, had a 



1) For reproductions see Ruins of Besërt Cathay, Fig. 17o; Serindia III, Plate LiV. 

2) Cf. Chavannes, Documents chinois, pp. 126, 145. 

3) Cf. Chavannes, Les livres chinois avant l'invention du papier. Journal Asiatique^ 
1905, janvier-février, p. 18, note. 

4) The time limits extend from 53 B.C. to the downfall of the Former Han dynasty, 
A.D. 9; of. Chavannes, Documents chinois, pp. 99 sq. 

10 



134 ÂtÎRËL STEIIÎ* 

width of about 19i inches or close on 50 cm. At one end of the 
strip there appears, written in bold upright Brâhmï characters, a 
short inscription of eleven aharas ^). At the very time of discovery 
the writing had struck me as showing the type of the S'aka or 
early Kuçana period in India. 

When early in 1917 I was able to turn my attention to this 
little relic of Indian writing and presumably Indian language from 
the ancient wall guarding the Far East, the analogy of the inscribed 
silk strip T. XV. a. 1. 3, with its almost identical breadth, led me 
to hazard the conjecture that the Brahmi legend, too, might prove 
to contain some record descriptive of the silk roll from the edge 
of which this strip had been cut off. There was some support for 
it in the word pata (Sanskrit patta "piece of fabric") which alone 
seemed then clearly decipherable. Subsequent painstaking scrutiny 
of the legend by that exceptionally qualified collaborator, M. Boyer, 
has been rewarded by gratifying results. With the exception of the 
initial ahiira which owing to a hole in the silk remains uncertain, 
he determined the reading as: [ai] stasya pata ijisti saparisa. 

M. Boyer interprets the short record in a manner which is 
philologically very convincing and accords remarkably well with 
archaeological considerations. Accepting pata in the obvious sense 
of "piece of cloth", he takes saparisa as a Prakrit equivalent of 
Skr. sat-catvarims'at "forty-six" ^). This reading of the word as a 
numeral suggests that the preceding word may designate a measure. 
No such term is found in Sanskrit, but it is just from such a form 
that we can most appropriately derive the word gitth^ gith, meaning 



1) M. Boyer io support of his interpretation refers to the fact that in the Pralfrit 
of my Kharostht documents from the Niya Site Skr. ealvârims at appears as caparis*a 
and that in Pali the same decimal numeral is contracted from caUänsam into /illlsam 
When compounded with single numerals, e.ff, in cuttalisam. 

2) I owe the reference to Kashmiri gith to Sir George Oriersou who rightly notes in 
this form the confusion between cerebral and dental typical of Dardic or 'Pis'ûca' languages. 



CENTßAL-ASlAN RELICS OF CHINA's ANCIENT SILK TRADE. 135 

"span" which is quoted by M. Bojer from modern Panjâbï and is 
found also in Kashmiri gith ^). 

This interpretation of gisti appears to me all the more convincing 
because if the record referred to the roll of silk itself — it is always 
in this form that silk is carried in Chinese trade nowadays, just as 
it is shown for antiquity by another "find" to be mentioned 
presently — there was an obvious reason for ^its indicating the 
length of the piece. Other details such as the Chinese inscription 
of that strip from T. XV. a. i records, as to weight, price, etc., 
were not essential for the foreign trader carrying his purchased 
fabrics to distant countries with difiFerent measures, money, etc. 
The width of the silk was always visible to him and its purchasers. 
But the length he had certainly to note for his own convenience 
if troublesome unrolling was to be avoided on each occasion. 

In short, while the Chinese inscription is of a kind as would 
recommend itself to the producer or wholesale exporter, the Brâhmï 
record in a strange script and language was just a brief memo 
intended by the trader from the distant west for his own guidance. 
I well remember having seen similar markings in Persian or Turk! 
on the fabrics which the caravans of Muhammedan traders in 
Chinese Turkestan are accustomed to carry, whether silks exported 
from Ssü-ch'üan or British cotton goods brought from Kashmir and 
Yärkand. 

Accepting then gisti ]> giith to mean a "span" and assuming 
that the note referred to the complete piece of silk, we may attempt 
to determine its approximate original length» It is certain that by 
the modern Indian gitth is meant a span measured between the 



1) Sir George Guierson connects the terra gisti gifh with the Dardic or 'Pis'âca* 
language group. Its uso in our brief record Äight then point to the region where these 
languages or their influence is traceable. But the area thus covered is a very wide one, 
extending perhaps from Kabul in the west along the Hindukush and K'un-lun as far east 
as Khotan. 



136 AUREL STEIN. 

tips of the thumb and the little finger. Such a measure cannot 
have an exactly fixed value nowadays; still less we know what its 
accepted value may have been in Central Asia about the time of 
Christ. So it seems better to base our attempt on the assumption 
that the standard of length had been approximately the same about 
the beginning of the first century A.D. (T. XV. a. 111. 57) as 
about its end (T. ^XV, a. 1. 3). There is distinct support for this 
in the fact to be noted presently that the width of the silk exported 
from China had undergone no change between the beginning of the 
first century A.D. and the third or early fourth century A.D. 

If then we suppose the 46 ghti or spans of the note in Brâhmï 
to have been the equivalent of the 40 Chinese feet recorded in 
the inscription of T. XV. a. 1. 3, we arrive at the equation of 
1 gisti - -^ — -^ — — = 19.9 cm., or close on 8 inches. The result 
coincides closely with the average span of the hand in India and 
the Middle East and thus indirectly ofiers some support for M. Boyer's 
interpretation of both gisti and saparis'a. 

Leaving the initial word [aijstasya to be discussed in Serindia, 
I may content myself here with an observation or two of some 
historical interest. The Brâhmï record proves that already during 
the period between 61 B.C. and A.D. 9, roughly comprising the 
last reigns of the Former Han dynasty, traders accustomed to use 
an Indian script and language must have made their way across 
the Chinese Limes for the sake of the "silk of the Seres". It would 
be useless to make guesses as to the origin and race of the 
particulier trader to whose hand we owe this curious relic of the 
early silk trade across Central Asia. So much seems clear, however, 
that a Prakrit mixed with Sanskrit words must have been used for 
purposes of secular record in the region where that ancient trader 
was born or settled ^). 



1) Cf. Ruins of Detert Cathaff, I, pp. 296—291 ; Serindia^ Chapter XI, section i— v. 



CENTRAL-ASIAN RELICS OF CHINA's ANCIENT SILK TRADE. 137 

The form in which Chinese silk fabrics found their way into 
Central Asia and thence to the regions westwards does not appear 
to have undergone appreciatie change in the course of the century 
following the downfall of the Later Han dynasty, A.D. 221. This 
is proved by an interesting "find" made by me at the ruined site 
of "ancient Lou-lau" in the waterless wind-eroded wastes of the 
Lop desert. The remains I explored there in 1906 and again in 
1914 have been fully described elsewhere. They mark the position 
of an important Chinese military station established on the ancient 
trade route which the emperor Wu-ti had first opened through the 
Lop desert and which formed the nearest line of communication 
between Tun-huang and the great northern cases of the Tärim Basin. 
From many dated Chinese documents recovered there it is certain that 
this station on the early Chinese "route of the centre" continued 
to be occupied also under the Chin dynasty until it was finally 
abandoned to the desert in the first half of the fourth century A.D. 

On clearing the ground near the foundation walls of a stiucture 
L. A. I. completely destroyed by the eroding force of the wind I 
found there, flush with the original flooring, a small roll of yellowish 
silk. Tightly rolled and evidently unused it had become so dry and 
brittle that when first lifted it broke into two. Its actual width 
was 18|- inches, its diameter 2i inches. It is useless to speculate 
how it bad come to be left behind when the structure once standing 
here was abandoned or how it had escaped those who during the 
immediately succeeding period are likely to have searched the deserted 
station for any objects of value or practical use. 

It is true that on comparing this silk roll from the Lou-Ian Site 
with the inscribed silk strips of the Han Limes we find its actual 
length to be 18f inches or about one incH less than the standard 
width as above determined. But a glance at the reproduction in my 
Desert Cathay^ Fig. 197, or the larger one in Serindia, Plate XXXVII 



138 AXJREL STEIN, 

shows that both ends of the roll have become frayed through ab- 
rasion, and this circumstance, together with the probable shrinkage 
of the fabric during so many centuries' deposit in dry sand, is amply 
suflScient to account for the slight difference. 

We are thus justified in concluding that the standard width 
for silk, as established during Han times, remained the same also 
under the Chin dynasty. The dimension of the Chinese inch, on 
the other hand, had been altered considerably in this later period, 
if we may judge from the foot measure found near by at another 
structure of the same station, L. A. II. vi, which shows decimal 
divisions of li^ or 30.16 mm. each. It is ouly natural that an 
important article of foreign export remained unaffected in its trade 
dimensions by this change in the units of measurement. In any 
case there can be no doubt that this strangely preserved relic has 
shown us for the first time the actual form in which that most 
famous product of the silk-weaving Seres used to travel from China 
to the distant West. 



[Notes additionnelles. — 1° t^e J^ |^ |^ ^ Lieou cha to Men 
a été publié par M. Lo Tchen-yu ea 1914; lui-même et M. ^ 
18 W^ Wang Kouo-wei y ont repris l'étude des documents recueillis 
par Sir Aurel Stein et édités par M. Chavannes. En dehors de la 
rectification "^ ^ K'ang-fou au lieu de "j^ ^ kou-fou, M. Wang 
Kouo-wei apporte, à propos de la bande de soie où ce nom figure, 
les renseignements nouveaux suivants: 

x) Sur l'envers de cette bande de soie, il y a un sceau et une 
courte inscription, desquels M. Chavannes n'a pas parlé. M. Wang 
Kouo-wei n'a pas déchiffré le sceau, mais lit yj^ yuan le dernier mot 
de la courte inscription qui est à gauche du sceau. Cette lecture 
est en effet très vraisemblable, mais ne permet aucune interprétation, 
car les sens de yuan sont nombreux. 



CENTRAL- ASIAN RELICS OF CHINA's ANCIENT SILK TRADE. 139 

/3) La largeur de 2 pieds ^/^g ^^ ^^ longueur de 40 pieds étaient 
si bien établies sous les Han pour les pièces de soie que Pau Kou, 
daus le Ts'ien han chou (eh. 24 ic, f*' 1 r*'), attribue l'institution de 
ces mesures au duc de Tcheou (XIP siècle av. J.-C), et que le 
C/iouo wen (début du II® siècle de notre ère) définit purement et 
simplement ^C p'i, «pièce [de soie]», par «quatre tchang^, autre- 
ment dit par «quarante pieds». 

y) Parmi les princes de Jen-tch'eng figure ^\ ^ Lieou Tch'ong, 
qui reçut ce titre à la mort de son père vers 120 et mourut vers 
150 A.D. Sa notice biographique {Heou han chou, ch. 72, i° 8 r°) 
dit qu'«au temps de l'empereur Chouen (126 — 144), les barbares 
^ K'ian2 (= les tribus tibétaines de la Chine occidentale) se révol- 
tèrent à plusieurs reprises. [Lieou] Tch'oug offrit alors de l'argent 
( ^ '^'"0 ®^ ^^^ pièces de soie ( ^ po) pour aider aux dépenses 
des frontières». Le renseignement est intéressant, mais je ne vois 
pas qu'il y ait lieu, comme le propose M. Wang Kouo-wei (sous 
réserves d'ailleurs), de chercher un lien entre ce don et la présence 
de soieries de Jen-tch'eng au delà de Touen-houang. 

2" Le morceau de soie dont il s'agit ici est appelé ^^ kien\ 
c'était là une espèce de soie spéciale, distincte du ^^ kiuati, ou 
taffetas de soie ordinaire, et plus chère que lui. Les diverses dé- 
nominations des soieries anciennes ont été étudiées par '[^ y^ ^^ 
Jen Ta-tch'ouen (1738-1789; et non 1737-1789 comme il est dit 
dans Giles, Biogr. Diet.., n° 926), dans un travail spécial en 1 chap., 
intitulé ]^ ^ Che tseng, «Explication des soieries», qui se trouve 
aussi bien daus la collection partielle des œuvres de Jen Ta-tch'ouen 
dite ^ jjl^ ^ i. ^ y^n hi Vang won tohong que dans le ch. 503 
de la collection bien connue Houang ts'ing king Mai. Mais toute cette 
terminologie ne pourrait être traduite sans un long commentaire. 



140 AUBEI, STEIN. 

3° M. Wang Kouo-wei a écrit vers 1916 un traité en 2 chap., 
intitulé ^^ ^ Che pi, «Explication des pièces de soie», qui a été 
édité presque immédiatement dans le ^ ^ ^ ^|] Siue Vang ts'ong 
k'o de M. Lo Tchen-yu. M. Wang y étudie les dimensions et le 
prix des pièces de soie sous les diverses dynasties. D'après M. Wang, 
les dimensions (en nombre de pieds) usitées sous les Han, et qui 
sont celles du fragment inscrit retrouvé par Sir Aurel Stein, étaient 
déjà usitées sous les Tcheou et se sont maintenues en principe 
pendant plusieurs siècles après les Han, malgré les changements 
dans la longueur du pied; ceci ne cadre pas avec les observations 
de Sir Aurel Stein {supra, p. 137 — 138). D'autre part, et bien que 
le pied eût beaucoup grandi des Han aux T'ang, la pièce de soie 
valait beaucoup moins cher sous les T'ang que sous les Han. 

4" Sir Aurel Stein a trouvé 22°™. 9 pour le pied des Han posté- 
rieurs, et 30°™.16 pour le pied des Tsin. L'archéologue connu ^ 
I^W^ Wou Ta-tch'eng, mort vers 1900, avait laissé en manuscrit 
un travail sur les anciens poids et mesures, intitulé ^^ ^ |^ ^ 
W 'i^ ^ K'iu'an heng tou leaiig che yen k'ao et qui a été édité 
en 1915 par M. Lo Tchen-yu. D'après cet ouvrage, les Tcheou 
auraient eu 3 pieds, de W^.h, 21«™.85 et 18°™.9; le pied des Han 
valait 23<''".5; celui des Han du Sseu-tch'ouan (IIP siècle), 19<'".2; 
celui des Tsin, 22<'™.5; celui des T'ang du VHP siècle, 24°™. 75; 
celui des Song, 27°™; celui du ministère des Travaux publics sous 
les Ts'ing, 30°™.80. Ces mesures de Wou Ta-tch'eng ne sont pas 
autrement convaincantes. Bien que son manuscrit autographe soit 
reproduit en fac-similé, les dimensions relatives qu'il indique entre 
les divers pieds ne cadrent pas avec les longueurs de fait données 
par ses figures. La longueur de 30°™.80 pour le pied du ministère 
des Travaux publics me paraît plus courte de 2 millimètres que la 
longueur véritable de cette mesure moderne; peut-être toutefois 



CENTRAL-ASIAN RELICS OF CHINA's ANCIENT SILK TRADE. 141 

est-ce uu effet de la reproduction en fac-similé ou du retrait du 
papier. D'autre part, la plupart de ces mesures sont des déductions. 
Eu dehors du pied du Ministère des Travaux Publics, les seules 
mesures qui soient celles de pieds connus directement sont: P celle 
du pied des Hau, connu par un pied en bronze de 81 A.D. qui est 
actuellement conservé dans la famille de Confucius à K'iu-feou du 
Chau-tong (mais le même pied, reproduit en tête du T'ao tchai ki 
kin lou de Touan-fang, y a 23*^™. 1); 2° celle du pied des Tsiu, 
connu par un estampage pris sous les Song d'un pied de bronze 
des Tsiu. En réalité, si on tient compte de l'insufiSsauce des repro- 
ductions du pied de 81 A.D., on peut admettre que ce pied des Hau 
était de 23^" environ (22<^™.9 de Sir Aurel Stein). Je doute que 
le pied des Tcheou ait été plus beaucoup petit. En effet, dès l'aube 
de la civilisation chinoise, nous trouvons la notion que la taille 
moyenne de l'homme est de 8 pieds. Or il n'y a aucun indice que 
la race chinoise ait été autrefois sensiblement plus petite ou plus 
grande qu'à présent. La taille considérée comme nurmale devait 
donc être aux environs de 1™.70, et ceci suppose un pied de 21 à 
22^°^. Mais il semble bien que le pied soit en principe allé en 
augmentant chaque fois qu'il ne restait plus stationnaire, et je ne 
crois guère par suite qu'on ait eu d'abord un pied de 21 à 22^™, 
qui serait tombé sous les Tcheou à 19^"^ pour remonter à environ 
23^°^ sous les Hau. Par ailleurs, il eât tout à fait extraordinaire 
que les Tsin de 300 à 400 de notre ère aient déjà eu un pied de 
30*^"^, dimension qui n'a été atteinte, pour autant que nous sachions, 
qu'à l'époque moderne. D'imaginer l'emploi simultané de divers pieds 
pour divers usages, comme ce fut le cas sous la dynastie mandchoue, 
ne nous avancerait guère. Je n'entrevois pas de solution satisfaisante 
actuellement. — P. Pelliot.] 



BULLETIN CRITIQUE. 



;j^ 3É 1^0 Tclien-yu, "^ ^ j^ ^ Kou king Cou lou 
[«Album illustré d'anciens miroirs métalliques»]; 1916, 
1 album in-folio de 1 + 3 + 17 + 34 + 23 + 1 ff.; 
3 chapitres. 

M MM ToMioKA Kenzo, '^^(Pi^ %. Kokei 
iw kenkyU [«Recherches sur les anciens miroirs métalli- 
ques»]; Kyoto, 1920, in-S«, 2 pi. + 8 + 4 + 3 + 416 
-f- 17 pages -|- 95 pi. -|- 1 f- d'errata; en vente à la 
librairie Maruzen, 8 yen. 



Les anciens miroirs de bronze ont attiré depuis longtemps 
l'attention des savants européens, et on en trouve de nombreux 
spécimens dans nos musées. Rien qu'à Paris, il y en a des séries, 
en général de type courant, au Louvre, au Musée Guimet et au 
Musée Cernuschi. L'ouverture de tombeaux anciens nécessitée par 
les travaux des chemins de fer a d'ailleurs jeté sur le marché, 
depuis quinze ans, un très grand nombre de ces miroirs. D'abon- 
dantes reproductions se trouvaient en outre dans les recueils arché- 
ologiques chinois bien connus: Po kou t'ou lou, Si ts'ing kou kien, 
Si ts'ing siit kien, Ning cheou kien kou, Kin che so. Toutefois la 
plupart des notices consacrées aux miroirs anciens par les savants 
d'Europe concernent le problème des miroirs dits «magiques», 
c'est-à-dire de ceux qui doivent à l'emploi de deux alliages et au 
polissage la curieuse propriété de refléter par leur face polie les 



BULLETIN CRITIQUE. 143 

contours des reliefs existant sur l'autre face ^). M. Hirth est à peu 
près le seul savant d'Europe qui se soit occupé des miroirs au 
point de vue de leur histoire et de leur ornementation ^). Des don- 
nées plus ou moi us fragmentaires, remontant en partie aux travaux 
de M. Hirtb, ont passé dans les divers manuels concernant l'art 
chinois ^). Mais toute la question est à reprendre à la lumière des 
riches matériaux qui nous sont fournis par MM. Lo Tchen-yu et 
Tomioka Kenzo. 

L'un des sujets qui out le plus attiré l'attention de M. Hirth 
dans ses recherches sur les miroirs chinois est la présence, sur toute 
une série de miroirs que le Po kou t'ou Ion et les recueils impé- 
riaux du XVIII® siècle attribuent aux Han, d'animaux marins et 
de grappes de raisin. Le raisin a été traditionnellement rapporté 
en Chine de Bactriane par Tchaug K'ien dans la seconde moitié 
du IP siècle avant notre ère, et porte d'ailleurs un nom, p'ou-t'ao, 
qui n'est pas chinois, et où M. Hirth, à la suite de Kingsmill *), 
croyait retrouver le grec ßörpvc. M. Hirth émet en outre, sous 
toutes réserves, l'hypothèse que le nom de l'animal marin, jf^ ^^ 



1) Voir la bibliographie de cette question aux p. 211 — 212 de l'article de Hirth, 
Chinese metallic mirrors, dont il est question a la note suivante, et ses notes sur les 
miroirs magiques aux pages 243—247 du même article. M. Hirth (p. 244) y dit n'avoir 
pu identifier ^^ -f" -fy Wou Tseu-hingf, à qui est attribuée la première explication 
du phénomène des «miroirs magiques». En réalité, c'est là l'appellation littéraire de 

^* ^B '^yî ^o"-^'icou Yen. mort en 1311 à l'âge d'environ 40 ans, et qui a laissé 
plusieurs ouvrages dont un petit traité arche'ologique intitulé ^k "^ éjS IHo kou pieu 
(cf. Wylie, Notes on Chinese literature^ 34, 112; B.EF.E.-O. II, 13(5; IX, 221). La 
collection des poésies de Wou-k'ieou Yen est maintenant accessible dans le Wou lin wang 
tcho yi tcliou ts'ien pien. 

2) V eher fremde Einflüsse in der chinesischen Kunst, Munich et Leipzig, 1896, in-8°, 
xviii -}- 83 pages, ill. ; Chinese Metallic Miroirs, dans Boas Memorial Volume, New-York, 
1906, in-S", p. 208—256, ill. (le tirage à part comporte en outre une table et un index). 

3) Cf. Bushell, L'art chinois [trad, franc, de 1910], p. 109—113; O. Münsterberg, 
Chinesische Kunstgeschichte, I, 52—56; II, 159 — 16S. 

4) En réalité, cette hypothèse avait déjà été formulée en 1837 par Ritter (cf. F. W. K. 
Müller, Tox/i und Kuisan {Kiisän), dans Sitz, der k. preuss. Ak. der ^w, 1918, p. 572). 



144 BULLETIN CRITIQUE. 

hai-imt «cheval mariu», résultait d'une sorte île jeu tie mots évo- 
quant le nom de la plante sacrée iranienne haoma^ le soma de l'Inde. 
En tout cas, ces miroirs révélaient selon lui d'une manière saisis- 
saute une influence gréco-bactrienne sur l'art chinois aux alentours 
du début de notre ère ^). L'équivalence de hai-ma et haoma, bien 
peu vraisemblable, n'a généralement pas rencontré grande faveur^), 
et on a proposé en outre de reconnaître dans ces miroirs une in- 
fluence scythique ou «mittelasiatisch» plutôt que spécifiquement 
gréco-bactrienne ^). Par contre, l'équivalence p'ou-t'ao = ßorpvc est 
passée daus l'usage couran/;, et les manuels de Bushell et de 
Münsterberg consacrent l'opinion que les miroirs aux raisins rendent 
témoignage d'une influence occidentale qui s'est exercée eu Chine 
sous les Han. 

En réalité, il n'y a pas grand' chose à retenir de toutes ces 
hypothèses. 

D'abord l'équivalence p'ou-t'ao - ßorpvg, malgré le crédit qu'elle 
a rencontré, n'est guère satisfaisante. Le vrai nom de la vigne est 
plutôt aTX(pvXyj que ßorpvc, qui signifie au propre une «grappe» de 
raisin. En outre, Tchang K'ien a rencontré en Bactriane non pas 
des Grecs, mais des Iraniens qui avaient subi certaines influences 
helléniques; il serait bien invraisemblable que ce« Iraniens, chez qui 
la vigne était une culture ancienne, l'eussent appelée d'un nom grec, 
qui, comme l'a fait remarquer Ed. Huber, aurait dû alors laisser 
quelque trace en iranien ou en araméen. D'autre part, le mot p'ou-t'ao, 
sous ses diverses orthographes ^ [1^ p'ou-t'ao, -^ ^ p'ou-t'ao, etc., 
comporte toujours au début de la deuxième syllabe une ancienne 
sonore dh (d), à laquelle le t de ßoTpug ne répond pas *). Les 



1) Fremde Einßüsae, p. 28—29. 

2) Cf. Cbavanncs, dans .7. J.. 1896, II, 534—535. 

3) Münsterberg, Ch'mes. Kunstgesch., I, 56. 

4) La pins ancienne orthographe est ^s i^ p'ou-t'ao, avec deux anciennes sonores; 



BULLETIN CRITIQUE. 145 

vraisemblances me paraissent donc être, pour p'ou-t'ao, en faveur 
de l'étymologie proposée naguère par Ed. Huber mais qui a passé 
inaperçue, a savoir une forme apparentée au sanscrit mrdu, attesté 
au sens de raisin dans le vinaya des Sarvâstivâdin ^). 

Mais surtout, il apparaît aujourd'hui que le Po kou fou Ion et 
les recueils du XVIII® siècle se sont trompés en datant des Han 
les miroirs «aux raisins». Déjà, paraît-il, l'historien et archéologue 
^ ;|:|5 Ts'ien Tchan, dans son ^ ^ ^ ^ Kvig ming tsi lou 
ou Recueil des inscriptions {gravéesJi sur les miroirs métalliques '^), 
s'appuyant surtout sur le texte même des inscriptions gravées sur 
les miroirs, avait conclu que les miroirs «aux raisins» dataient non 
des Han, mais des T'ang. Les recherches de M. Lo Tchen-yu, de 



elle se rencontre déjà dans le | Jm ^C Chang lin fou de Sseu-ma Siang-joii; or 
Sseu-ma Siang-jou a dû mourir eu 117 av. J.-C. ; on voit que le morceau est sensiblement 
contemporain de Tchang K'ien, qui a dû revenir de Bactriane en 126 av. J.-C. J'avoue 
d'ailleurs que les conditions du retour de Tchang K'ien ne me paraissent pas favorables 
au transport de graines ou de plants. Il serait bien important à ce point de vue de 
déterminer la date exacte de la composition du Chang lin fou, ce qui ne paraît pas im- 
possible. Je signalerai en passant que le Chang lin fou fournit aussi un exemple du nom 
chinois du corail, chan-hou, plus ancien que tous ceux relevés jusqu'ici. 

1) B.E.F.E.-O., XIV, I, 13. Cf. aussi Laufer, Sino-lranica, p. 225—226. 

2) Ts'ien Tchan {/seu iSr ^ Hien-tche, hao ""j-* ^ Che-lan) vécut de 1744 .\ 
1806; c'est lui qui est faussement appelé ^^ J^ Ts'ien Tien dans Giles, ßiogr. Biet., 
n° 367, avec une indication erronée de 1744 pour sa réception au grade de bachelier. Il 
était le fils du frère aîné du célèbre érudit Ts'ien Ta-hin. Quatre œuvres de Ts'ien Tchan 
sur les classiques ont été e'ditées sous le titre de ^^ ^^ Y}\ ^|g Ts'ien che sseu tchotuj 
(cf. ch. 1 du Houei k'o chou mou). Une liste partielle des œuvres dé Ts'ien Tchan est 
donnée au ch. 24 du Li tai ming jen tche tou siao Ichouan. 11 a laissé un recueil archéo- 
logique intitulé ~j~* -^ -^ ^fâ ^g "i^ :g3: ^/J ^^ Che lieou tch'ang lo t'ang 
hou k'i k'ouan tche, et c'est a la suite de ce recueil qu'est publié le King ming tsi lou 
ou plus complètement \^ !^ ^p ^S OT-' ®^ ^^ ^^ ^^ Houan houa pai che 
hiuan king ming tsi lou, en 2 chap. Je ne sais quand l'édition a été faite; en 1870, le 
Choit mou ta, wen donnait encore le King ming tsi loti comme inédit. En 1916, un exem- 
plaire du Che lieou tch'ang lo t'ang kou k'i k'ouan tche et du King ming tsi lou, com- 
prenant 2 pen en tout, était en vente au Bunkyudo pour 35 ye«; nous n'avons pas l'ouvrage 
à Paris, et je ne l'ai jamais vu. On trouvera en outre le texte de sept inscriptions de 
miroirs des Han et de trois inscriptions de miroirs des T'ang au ch. 14 du Siu kou wen 
yuan de Souen Sing-yen (éd. du Ving (sin kouan is'ong chou). 



146 BULLETIN ÛRiTlOUË. 

M- S ffl Ä o^ ^^^* Sadakichi et de M. Tomioka (p. 36, 269-270) 
semblent bien confirmer ces conclusions. On connaît aujourd'hui un 
assez grand nombre de miroirs datés allant du P^ au VP siècle; 
aucun n'est un miroir «aux raisins». M. Tomioka admet toutefois 
que ces miroirs «aux raisins» commencent peut-être un peu plus 
tôt que ne pensait Ts'ieu Tchan, et date leur apparition non pas 
du VIP siècle, mais de la fin des «six dynasties», c'est-à-dire du 
VP siècle. L'influence «gréco-bactrienne» ou «mittelasiatisch» du 
temps des Han ne peut donc être pour rien dans leur décoration. 

L'album de M. Lo Tchen-yu donne, aux dimensions originales, 
un choix de 159 miroirs; les planches sont excellentes; malheureuse- 
ment elles reproduisent presque toujours des estampages dont l'exé- 
cution parfaite rend fort bien les ^miroirs dont la décoration est 
toute en méplats, mais ne donne qu'une idée insuflBsante de ceux 
qui sont traités en reliefs arrondis. 

Le premier chapitre de M. Lo reproduit des miroirs datés; j'y 
reviendrai tout à l'heure. Quant aux chapitres 2 et 3, ils sont 
consacrés à des miroirs de toutes époques, depuis les Han jusqu'aux 
Yuan et peut-être jusqu'aux Ming. L'un d'eux, reproduit d'après 
l'exemplaire de la célèbre collection |^ Tch'en de y,^;^ Wei-hien, 
est ce même miroir dit de ^ J^ -^ Joug K'i-k'i, dont le Suédois 
F. R. Martin avait recueilli en Sibérie un exemplaire fragmentaire 
muni d'une inscription runique et dont Devéria avait retrouvé dans 
le Kin che so un dessin fait d'après deux autres exemplaires^); il 



1) Cf. B. Laufer, Confucius and Ms portraits (extrait de Tlie Open Court, tnars et 
avril 1912), p. 10 — 14. Comme M. Laufer, je n'ai retrouvé l'anecdote visée que dans Lie 
tseu, mais le nom y est écrit cE' J^- SQ Jong K'i-k'i (c'est à tort que la traduction 
du P. Wieger, Canon taoïste, II, 75, supprime le troisième caractère du nom). Les auteurs 
du Kin che so disent à propos de cette diflërence d'orthographe que »jj' -^X- Jg^ ttq 
«dans l'antiquité les caractères se sont employés l'un pour l'autre»; mais c'est là, semble-t-ii, 
une hypothèse toute gratuite; je ne connais aucun cas ancien où "^ Ft et S^ k^t 
soient interchangeables. J'entrevois une explication possible. Ce miroir est certainement des 



BULLETIN CRITIQUE. 147 

dut en être fondu beaucoup d'exemplaires sous les T'ang, car 
M. Tomioka le publie également (pi. 58) d'après l'exemplaire du 
W ^ ^ Pao-king-tcbai (Hokeisai) ^). A la fin du 3® chapitre de 
M. Lo Tchen-yu se trouvent plusieurs miroirs avec inscriptions en 
caractères étrangers. L'un est en brahmï; c'est un miroir lamaïque 
qui n'est pas antérieur aux Mongols, et d'un type dont j'ai va pas 



T'ang. Or l'empereur Hiuan-tsong avait pour nom personnel "^t ^g^ Long-ki, et le second 
caractère fut frappé de tabou à son avènement en 712. Il suffirait que le miroir eût été 
créé postérieurement à cette date pour qu'on s'expliquât le remplacement de Su i't, oïl 
entrait le même élément constitutif que dans H. M, par l'homophone -^V k'i. J'incline 
moins que M. Laufer à admettre que ce miroir s'inspire d'un modèle plus ancien et qui 
pourrait remonter jusqu'aux Han; on ne connaît jusqu'ici aucun miroir de ce motif ou de 
ce style qui soit antérieur aux T'ang, et M. Tomioka reproduit sur la même planche un 
autre miroir des T'ang, représentant le cannellier et le lièvre lunaires, qui est tout à fait 
de même style que le miroir de Jong K'i-k'i. 

1) La collection du Pao-king-tchai est la plus riche à laquelle M. Tomioka emprunte 
ses illustrations, et il résulte clairement de certains passages de l'ouvrage que c'était là le 
nom qu'il avait donné a sa propre collection. D'ailleurs l'ouvrage donne comme faisant 
partie du Pao-king-tchai plusieurs miroirs que M. Lo Tchen-yu indiquait comme étant 
dans la collection de M. Tomioka. £n fait, beaucoup des plus remarquables miroirs chinois 
anciens ont passé, au cours des dernières années, des collections chinoises dans les collections 
japonaises et M. Tomioka avait acquis dès avant 1916 plusieurs des meilleurs miroirs de 
la collection Tch'en de Wei-hien. Dans le cas présent, la comparaison de la planche de 
M. Lo Tchen-yu et de celle de M. Tomioka montre toutefois que, pour le miroir de Jong 
K'i-k'i, il s'agit d'exemplaires différents. Il est d'ailleurs évident qu'il y a eu divers états 
de ce miroir. Le dessin du Kin che so n'est pas d'une fidélité à toute épreuve, mais on 
remarquera que le bâton de Confucius paraît bien le terminer par une tête de dragon dans 
l'exemplaire publie' par M. Tomioka comme dans l'exemplaire trouvé en Sibérie, mais non 
dans celai reproduit par M. Lo Tchen-yu. D'autre part, ce dernier exemplaire paraît le 
plus net de tous, et il est regrettable que nous ne le connaissions pas par une photographie 
directe, mais seulement par un estampage. La rédaction de l'inscription du miroir est assez 
bizarre. On a une ligne à gauche portant ^pjj ^C J* ' P*^'* "°^ ^'S'^ß centrale portant 
RB ^ ' puis une ligne de droite portant ^ ^ ^ • ^- Tomioka (p. 272) 
lit l'inscription entière d'affilée en commençant par la ligne de gauche. Le Kin che so se 
borne à dire que la ligne du centre est ~^ 3Jl| kou-tcho, «d'une simplicité archaïque». 
L'inscription, qu'on la prenne par la droite ou par la gauche, n'en est pas moins gram- 
maticalement ineXplica'ole. Je pense que l'auteur a voulu avoir le nom de Confucius à gauche 
et relui de Jong K'i-k'i à droite pour répondre à la place môme des personnages snr le 
miroir, et qu'il faut lire comme si on avait: lf\j y^ -T* ^ o ^^ '^F ~^ 



148 BULLETIN CRITIQUE. 

mal d'exemplaires en Chine; je crois bien qu'on en fait encore^). 
Un autre est eu si-hia. Un troisième porte quatre grands caractères 
que M. Lo Tchen-yu qualifie de k'i-tan', si cette épithète, dout je 
n'ose actuellement me porter garant, était juste, nous aurions là 
pour la première fois quelques caractères k'i-lan à ajouter aux cinq 
caractères reproduits dans le Chou che houei yao. Un dernier miroir 
enfin contient 28 ou 29 caractères joufchen du type des «grands» 
caractères joulchen de l'inscription de Sa-li-kau; M. Lo Tchen-yu 
n'indique pas la provenance de ce miroir; il se trouve en réalité 
au musée de Séoul dont le directeur m'en a envoyé naguère un 
estampage. 

L'album du M. Lo Tchen-yu ne comprend que des fac-similés, 
sans déchiffrement ni commentaire. L'œuvre de M. Tomioka est 
d'un tout autre caractère. M. Tomioka Kenzo, de son appellation 
littéraire '^^ â^ Tökwa, est mort en 1919 à l'âge de 46 ans, après 
àssir consacré une vie malheureusement brève à l'étude de la 
littérature et de la civilisation chinoises ^) et s'être spécialisé, dans 
ses dernières années, dans la question des anciens miroirs métalliques. 
Sur ce sujet, il avait publié de 1916 à 1919 une série d'articles 
dans les revues Geibun, ^ ^ Shirin, Kokka, ^ "j^ ^ ^ ^ 
Kôkogaku zasshi, ^ ^ ^ Shin-Kyoto; la plupart sont restés 
ignorés des savants européens. Le fils de M. Tomioka et un de ses 
disciples, M. j|^ j^ ^ yj^ Umehara Sueji, ont réuni ces articles, 
les ont complétés, y ont joint plusieurs autres travaux restés eu 



1) Un exemplaire de ce même miroir est reproduit dans Bushell, L' dri chinoù (trad. 
franc.), fig. 61. 

2) M. Tomiuka avait acquis des documents chinois importants. Il possédait les ch. 29 
et 30 d'un manuscrit des T'ang de la collection littéraire de ^^ ^H Wang Po (648 — 676?), 
intitulée ZC. ^^ ^fc -^è. Wang tseu ngan isi, ainsi qu'un manuscrit nestorien "fragmen- 
taire provenant de Touen-houang, le ' ÏÏjffl âs Yi chen louen. Le premier de ces ma- 

nuscrit» est absolument inédit. Sur le second, on n'a jusqu'ici qu'une note pre'liminaire 
publiée par M. Haneda dans le Qeihun de 1918, n" 1, p. 141 — 144 (c'est par un lapmi 
que, dans le J. A., avril-juin 1920, p. 261, j'ai écrit Fukuoka au lieu de Tomioka). 



BULLETIN CRITIQUE. 149 

manuscrit, et c'est à ces soins pieux que le présent volume doit 
son apparition. M. Tomioka, qui connaissait personnellement M. Lo 
Tchen-yu, cite à maintes reprises le Kou king t'ou lou. 

Les mémoires que le volume renferme sont les suivants: 
P Origine des miroirs métalliques (p. 1 — 8). Avait paru dans le 
Geihun de 1918. 

2*^ Les anciens miroirs chinois exhumés au Japon (p. 9 — 38). 
Avait paru dans le Shirin de 1916. 

S'' Notice illustrée sur les anciens miroirs chinois (p. 39 — 107). 
Avait paru dans la Kokka de 1917. 

^^ A propos des anciens miroirs datés depuis les Han jusqu'à 
la fin des Six dynasties (p. 108 — 147). Avait paru dans le Kôko- 
gaku zasshi de 1917. 

5° A propos d^un miroir du temps de Wang Mang et d^ anciens 
miroirs à nien-hao des Han postérieurs (p. 148 — 168). Avait paru 
dans le Kôkogaku zasshi de 1917. 

6° A propos d^ anciens miroirs chinois datés (p. 169 — 174). Tra- 
vail inachevé, publié dans le Kôkogaku zasshi de 1919. 

7*^ A propos de l'âge d'anciens miroirs trouvés dans la partie 
Nord de Kyüshü en même temps que des épées de bronze, des fers 
de lance en bronze et. des poteries yayoishiki (p. 175—207). Avait 
paru dans le Kôkogaku zasshi de 1918. 

8^ Examen des miroirs à sujets vivants (p. 208 — 225). Travail 
inachevé; inédit. 

9^ Examen des miroirs à décor de ^^ ^^ p'au-tch'e {< dragons 
sans corne enroxdés-») (p. 226—236). Travail inachevé; inédit. 

10**^ propos des anciens miroirs exhumés dans la partie Nord 
de Kyüshü (p. 237 — 255). Travail inachevé; inédit. 

11" Propos sur les anciens miroirs (p. 256 — 276). Avait paru 
dans le Shin- Kyoto de 1918. 

11 



150 BULLETIN CRITIQUE. 

12'' Addenda à la <^ Notice illustrée sur les anciens miroirs chinois» 
(p. 277-292). Brouillon. 

13" Encore à propos des anciens miroirs chinois exhumés au Japon 
(p. 293-342). Brouillon. 

14*' vl propos des anciens miroirs imités au Japon (p. 343 — 415). 
Brouillon. 

15° Appendice. A propos des '^Recherches sur les anciens miroirs» 
du maître Tomioka, par M. Umehara Sueji. 

Cette simple table du Kokei no kenkyU montre qu'il ne s'agit 
pas d'un ouvrage didactique général sur les anciens miroirs, et on 
a parfois l'impression que M. Tomioka, s'il avait vécu, aurait remanié 
ces articles pour éviter certains doubles emplois. Mais tel quel, cet 
ensemble de travaux sur les miroirs depuis les Hau jusqu'aux T'ang 
est singulièrement instructif. Un grand effort est fait pour classer 
chronologiquement les types de miroirs en partant d'un côté de ceux 
qui sont datés, de l'autre des fouilles faites au Japon et en Corée 
dans des conditions de contrôle satisfaisantes. Il est évident que c'est 
là la bonne voie; en Indochine également on a exhumé des miroirs 
intéressants ^), et un jour viendra sans doute où on pourra faire des 
recherches systématiques fructueuses aux confins de la Mongolie. 

Dans le premier des articles ainsi réunis en volume, et qui est 
consacré à l'origine des miroirs métalliques (p. 1 — 8), M. Tomioka 



l) Cf. les pi. 1 et 8 de B.KF.E.-O., XVII, i (le grand miroir de la pi. 8, très voisin 
comme type des pi. 38 et 40 de M. Tomioka, paraît être des IV^ — V= siècles). Il y a en 
outre à l'Ecole française d'Extrême-Orient, depuis plus de quinze ans, une portion d'un 
superbe petit miroir à vernis noir {kei-ts'ï), provenant lui aussi d'un ancien tombeau ton- 
kinois. Le dernier nume'ro de 1919 du B.E.F.E.-O. (XIX, v, 101—102 et pi. 6) reproduit 
un miroir fort intéressant trouvé en Ânnam, qui n'est pas sans analogie avec le miroir de 
10 A.D. dont il sera question plus loin, et surtout avec le miroir reproduit par M. Lo 
Tchen-yu, ch. f , f° 10 v°. On remarquera que l'inscription, généralement de quatre vers, 
est réduite sur le miroir trouvé en \nnam à deux vers, plus une exclamation finale. 
L'inscription spécifie que le miroir a été fabriqué par l'administration des "jp^ Jj 
ehang-fang, c'est-à-dire, théoriquement au moins, par l'administration métropolitaine char- 
gée de la fabrication des objets impériaux sous les Ilan. 



BULLETIN CRITIQUE. 151 

étudie les textes de l'ancienue littérature chinoise où il est question 
des miroirs métalliques. On sait que l'antiquité chinoise nomme 
surtout les miroirs à propos du «feu pur» à tirer du soleil et de 
r«eau pure» à tirer de la lune. Plusieurs travaux européens ont 
déjà utilisé une partie de ces textes, mais en s'ignoraut générale- 
ment les uns les autres ^), et la moisson même de M. Tomioka, 
indépendante de celle des savants occidentaux, pourrait être elle-même 
facilement enrichie. Tous ces textes seront à reprendre en un travail 
d'ensemble, eu y joiguant aussi plusieurs passages parallèles du 
Louen heng ^), et en tenant compte, dès l'apparition du bouddhisme, 
des notions analogues apportées de l'Inde ^) ; d'autre part, il faudrait 
bien tirer au clair les textes qui parlent de «miroirs de jade», de 
«miroirs de fer». C'est une étude considérable que je ne puis 
entreprendre ici. Je rappellerai seulement que le miroir pour tirer 
le feu du soleil est rond, mais que- celui destiné à recueillir l'eau 
de la lune devait être en principe carré *) ; il est donc possible que 



1) Püzmaier, Die Anwendimg und die Zufälliglceiten des Feuers im alten China 
{Sitz. d. phil.-hist. Cl. de l'Acad. de Vienne, t. LXV, p. 767— 812); Uirth, Chinsse Metallic 
Miroirs, p. 212 — 234; Chavannes, Le T'ai chan, p. 187 — 191; M. W. de Visser, Fire and 
ignés fatui in China and Japan (extr. des Mitteil, des Sem. f. Or. Spr.). 

2) Cf. ïorke, Lun-Héng, I, 378; 11, 132, 3^, 412, 496—498. Mais c'est sûrement à 

ira |v k-Li. 
tort que M. Forke a vu dans y^ %^ yang-souei un «burning-glass»; il s agit de mi- 
roirs métalliques légèrement concaves. Les textes plus tardifs relatifs à l'emploi d'une len- 
tille faite d'un morceau de glace (eau gelée) n'ont pas été étudiés systématiquement. Quant 
aux lentilles de cristal et de verre, qu'on ignorait au temps du Louen heng, elles ont été 
l'objet d'un fort bon travail de B. Laufer, Optical Lenses, àans T'oung Pao, 1915,111 — 228 
(la traduction de yang-souei par «burning-glass» y est réfutée p. 179 — 183). 

3) Les anciens textes chinois appellent yang-souei le miroir avec lequel on tire le feu 
du soleil et ^^ ^a kien-tchou ou Jj ^a fang-tchou celui dans lequel on recueille 
l'eau de la lune. Or ces termes ont été employés par les traducteurs des écritures bouddhi- 
ques, en particulier dans la version chinoise du Çurangamasûtra (cf. Beal, A Catena of 
Buddhist Scriptures, p. 335, où le terme traduit par «burning glass (or mirror)» est 
yang-souei, et p. 337, où le «moon-speculum» rend /«?/^-/'c^oa du texte chinois). Cf. encore 
Chavannes, Cinq cents contes, I, 210, où l'explication de yang-souei par lentille de cristal 
est à rejeter, au moins en ce qui concerne la Chine. 

4) Cf. de Visser, Fire and ignés fatui, p. 20; Chavannes, Le T'ai chan, p. 190; bien 
qu'on en ait proposé d'autres explications, je pense que, dans fang-tchou, le mot fang a 



152 BULLETIN CRITIQUE. 

les rares miroirs métalliques carrés qu'on trouve eu Chine dérivent 
à l'origine du miroir lunaire. 

Il est eu outre une indication portée parfois sur les miroirs et 
dont les vieilles idées cosmogoniques des Chinois rendent compte. 
Le métal est l'élément de l'Occident, mais il fond par le feu, et le 
feu est l'élément du Sud. A ce titre, ce sont les caractères cycliques 
du Sud, soit ping et ti7ig dans la série des «troncs» (kan) et sseu- 
wou dans la série des «branches» (tche)^), qui sont les jours favo- 
rables à la fonte des miroirs, et l'opération, autant que possible, 
sera faite à l'heure wou, c'est-à-dire à midi. Quant à la saison, les 
alentours du solstice d'été sont naturellement le plus propices, et 
c'est pourquoi un certain nombre de miroirs, avec ou sans indication 
de nien-hao ou d'année, portent qu'ils ont été foudus le jour ping- 
loou du 5® mois; l'indication est conforme aux traditions recueillies 
dans le Louen heng ^). Cette même indication se retrouve parfois 
sur les anciennes agrafes de ceinture ^). J'en ai actuellemeut sous 
les yeux une qui appartient à M. P. Mallon et qui porte en in- 
crustation d'or l'inscription suivante: ^^-|^3Ï. î^'^J^f 
5(Ê ^ Ä -f- ^ ^ (= % ) M ^ t± (- fi) ^Agrafe fabriquée 



précisément son sens usuel de « carré ». Le texte traduit par Chavannes est très intéressant ; 
mais je ne crois pas juste de traduire - ^>- ^S, kin-si par «or et étain» dans le texte du 
Tcheou li; il doit s'agir de «cuivre et étain», le «cuivre» étant ici appelé simplement 
le «métal» par excellence. 

1) Cf. de Visser, loc. laud., p. 20. 

2) Une théorie analogue se trouve au ch. 13 du Seou chen Ici, mais l'exposé le plus 
ancien est dans le Louen heng (trad. Forke, I, 378). La traduction de M. Forke est assez 
inexacte. Le début du texte signifie : « Avec un [miroir] yang-souei on prend du ciel le feu. 
[Voici comment:] Le jour ping-wou du 5* mois, an milieu du jour, on liquéfie cinq miné- 
raux et on en fond un objet, qui est rendu brillant par le frottement. On le tient en l'air 
dans la direction du soleil, et alors le feu arrive. C'est là la manière correcte de prendre 
le feu.» 

3) Pour ces mentions du jour pmg-wou sur les anciens miroirs et sur les agrafes de 
ceinture du temps des Han, cf. l'intéressant passage du ch. 8 du Tj»! 7S TcJia p'ou de 

4ï ^B Kouei Feu reproduit dans l'ouvrage de M. Tomioka, p. 126 — 127. 



BULLETIN CRITIQUE. 153 

le 15® jour ping-wou du 5® mois; puissent grâce à elle fils et 
petit-fils prolonger les [sacrifices] ancestraux et faire durer les 
[sacrifices au] dieu du sol!» 

Le plus ancien miroir daté connu jusqu'ici est un miroir de la 
2® année che-kien-kouo de l'usurpateur Wang Maag, c'est-à-dire de 
10 A.D. Il était déjà signalé et déchiffré au 2® chapitre de l'appen- 
dice du ;^ yj^ -î^ ;^ ^ ^^ 3^ ^^ Song yuan kieou pen chou king 
yen lou de ^ ^ ^ Mo Yeou-tche (1811—1871), et, après avoir 
appartenu à ^ ^ g^ Tcheou Sing-yi de jj^ '^^ Siang-fou, qui 
l'avait acquis à Fou-tcheou, il est aujourd'hui la propriété de M. 
^ Mao à ^0 ^ Jou-kao dans le Kiang-sou. L'inscription est en 
bon état, mais écrite avec des formes archaïques dont certaines 
n'ont pas encore été identifiées d'une manière satisfaisante. Le décor 
comporte un homme (?) et des animaux très stylisés ^). 

J'ai dit que le premier chapitre de l'ouvrage de M. Lo était 
consacré aux miroirs portant une date de fabrication; M. Tomioka 
a. ajouté quelques numéros à cette liste (p. 137 — 138), mais s'arrête 
à la fin du V® siècle. Les miroirs datés connus jusqu'ici sont des 
dates suivantes: 10 A.D. (cf. ci-dessus); 105 (connu de Ts'ieuTchan; 
un exemplaire naguère dans la collection de Touan-fang; un exem- 
plaire dans la collection Tch'en de Wei-hien); 167 (collection To- 
mioka); 174 (chez M. Ts'ien de Siang-yaug; mentionné dans le 
K'i kou che M kin tven chou de Lieou Sin-yuan); 184 — 189 (période 
tchong-pHng, mais chiffre d'année illisible; publié par M. Lo Tchen-yu); 
196 (chez M. Siu Nai-tch'ang); 205 (5 miroirs); 209 (chez M. NaitS 
Torajiro); 219 (3 miroirs); 227 (2 miroirs) 2); 229 (coll. Tomioka); 



1) Sur ce miroir, cf. l'ouvrage de M. Tomioka, pp. 41, 111, 151 — 154 (où il reproduit 
une notice importante de -^ g^ ^^ Souen Yi-jang) et pi. 27, ainsi que l'album de 
M. Lo Tchen-yu, ch. J:, f° 7 r°. 

2) Le tableau de M. Tomioka (p. 138) indique la 8*= anne'e ^oaa«^-ïoOM et l'équivalence 
229. Mais le miroir est du 9" mois et, dès le 4'' mois de la 8° anne'e houang-wou, le 
nien-hao avait été changé en houanq-long. Il semble bien qu'il faille lire en réalité 6' an- 



154 BULLETIN CRITIQUE. 

238 (2 miroirs); 246 (estamp. chez M. Tomioka); 253 (2 miroirs, 
dont un chez M. Siu Nai-tch'ang) ; 256 (2 miroirs, dont 1 à la 
Faculté des Lettres de Tokyo, l'autre dans coll. Tch'en de Wei-hien); 
258 (anc. coll. Touan-fang); 259 (reproduit par M. Lo); 273 (coll. 
Tomioka et album de M. Lo); 280 (album de M. Lo); 281 (2 mi- 
roirs, dont un dans coll. Tch'en de Wei-hien); 291 (reproduit par 
le Kin die so); 337 (coll. du baron Koga); 412 (album de M. Lo); 
498 (coll. Tomioka); 1052 (album de M. Lo); 1093 {ibid.)\ 1172 
{ihid.)\ 1198 {ibid.; 2 miroirs)!); 1199 {ibid.); 1389 {ibid.). 

Aucune conclusion formelle ne se peut tirer de ces dates, pour 
lesquelles le hasard des trouvailles joue naturellement un grand rôle. 
On est cependant tenté d'admettre qu'il y ait eu des époques, 
comme le IIP siècle, où la datation des miroirs était assez usuelle, 
au lieu qu'on ne connaît jusqu'ici aucun exemple d'un miroir daté 
pendant les trois siècles que dure la dynastie des T'ang. Ce silence 
ne peut être entièrement fortuit. 

11 ne saurait s'agir ici de suivre en détail l'étude que fait 
M. Tomioka des divers motifs qui figurent sur les miroirs. Les 
questions y sont traitées sous l'aspect du style des motifs, de la 
rédaction des inscriptions, du caractère de la calligraphie. M. Tomioka 
ne donne que très peu d'indications sur la composition chimique 
des miroirs *). Il y a enfin une question intéressante sur laquelle je 



née houang-wott (227), comme l'avait fait M. Lo et comme M. Tomioka l'a fait dans des 
articles subséquents (cf. à ce sujet p. 62—63, 116, 170—171 et la pi. 32). 

1) Ces deux exemplaires sont reproduits au i° 17 r° du 1" ch. de M. Lo Tchcn-yu; 
j'ai rapporté de Si-ngan-fou un troisième exemplaire que j'ai donne' au Musée Guiraet. 

2) La composition théorique indiquée pour les miroirs par le Tclieou li, et qui est de 
cuivre et d'étain par parties égales (cf. Hirth, Chinese Metallic iliirrorj, p. 218), n'a jamais, 
je crois bien, été constatée dans la réalité. On admet généralement que les miroirs des Hau 
ont une composition moyenne de 75 "/o de cuivre et de 25 y, d'étain. Pour des miroirs 
trouvés dans le Nord de Kynshn, M. Tomioka (p. 202) indique 65 à 68 ^ de cuivre, et 
25 k 30 «^ d'étain, le reliquat étant du plomb et du zinc. C'est là une composition très 
différente de celle indiquée dans St. Julien et Paul Champion, Industries anciennes et mo- 
dernes de l'empire chinois, p. 64, qui s'applique sans doute k des miroirs modernes, et où 



BULLETIN CRITIQUE. 155 

ne trouve rien dans son beau travail: c'est celle des miroirs 
doubles. J'ai vu à Pékin, chez un archéologue japonais, deux miroirs 
doubles, l'un complet, l'autre réduit à un seul de ses éléments. Le 
second miroir, plus petit et garni à son rebord extérieur de quelques 
boutons disposés sur la tranche, s'encastre dans le rebord saillant 
du plus grand. Le type de la décoration était ancien, genre Han 
ou «Six dynasties». J'ignore la raison de cette disposition. Les 
boutons saillants, qu'ils soient placés sur la face des miroirs ou sur 
la tranche, sont appelés ^ ling^ «grelot»; de là le nom de ^ ^ 
ling-king, «miroirs à grelots», donnés aux miroirs qui ont ainsi 
sur la tranche ces boutons saillants, le plus souvent au nombre de 
5 ou 6, parfois aussi de 4 et de 7^). Le type de ces «miroirs à 
grelots» serait-il sorti primitivement des miroirs doubles? D'autre 
part, nous manquons encore de données sur des miroirs dits ^ ^ 
kia-king, «miroirs doubles», et qui seraient constitués de deux moitiés 
appliquées l'une contre l'autre, mais en laissant au centre un certain 
vide entre elles ^). Comme on le voit, même après les recherches 



il y aurait 30 % de zinc contre 50 y, de cuivre et 16 % d'e'tain. On est encore fort mal 
renseigné sur l'histoire du zinc en Chine (cf. B. Laufer, Sino-Iranica, 514 — 515), et le 
fait certain est que l'ancienne langue chinoise n'a pas de caractère écrit spécial pour dé- 
signer le zinc. Mais la présence du zinc dans les alliages anciens montre qu'on devait 
utiliser certaines minéraux à base de zinc. Je ne sais sur quoi repose l'affirmation de 
Stan. Julien {Industr. anc. et mod., p. 46) que le zinc est désigné en Chine sous le nom 
de «plomb japonais»; il paraît y avoir là quelque méprise. Je n'ai pas actuellement à ma 
disposition le T'ien hong k'ai wou, qui est à la base des traductions de Julien, mais les 
noms usuels du zinc en Chine, au XVIP et au XVIIP siècle, sont pî ^Q* pai-k'ien, 
«plomb blanc», et surtout ïïS <Ê/^ ya-k'ien, «second plomb» (encore que cette dernière 
expression manque dans le dictionnaire de Giles); les savants contemporains emploient un 
caractère nouveau, x£ sin, qui est une transcription de «zinc». 

1) Cf. par ex. le miroir de 1052 reproduit au 1" eh., f° 15 r°, de M. Lo Tchen-yu, 
et les 15 miroirs qui occupent les planches 92 et 93 de M. Tomioka. 

2) Le nom de kia-king est emprunté au Po kou t'ou. Voici ce que dit à ce sujet la 
préface de M. Lo Tchen-yu: «Quelques années plus tard [après 1898], me trouvant tem- 
porainement à Wou-tch'ang dans la résidence officielle de Touan-fang, de son titre posthume 
Tchong-min, je vis un miroir de [la période] hi-p'ing (172 — 178) qui était conserve' par 
M. ^^ TsMen de Siang-yang. Il était d'une fabrication tout à fait spéciale. Quand on le 



156 BULLETIN CRITIQUE. 

chinoises et japonaises dont le livre de M. Tomioka nous donne les 
résultats, l'étude des anciens miroirs métalliques de l'Extrême-Orient 
est loin d'être achevée ^). P. Pelliot. 

Professeur Panduranga S. S. Pissurlancar, Recherches sur 
la découverte de V Amérique par les anciens hommes de 
VInde, Sanquelim-Goa, 1920, in-S», pp. 22. 

La fantaisie humaine est sans limites, et les légendes ont la vie 
dure. L'honorable Hindou qui a écrit la présente brochure cite une 
série de textes indiens où les indianistes verront clair sans nous. 
Mais il invoqué aussi les textes chinois, et là nous devons crier 
casse-cou. D'après l'auteur (p. 19), il y a un récit chinois «écrit 
en 502 par un moine bouddhiste de Caboul, appelé Hui Shen » et 
qui montre qu'«en 499 de l'ère chrétienne un prêtre bouddhiste, 
natif de Caboul, nommé Hui Shen, est allé de la contrée de Fou- 
Sang à King-chow, situé sur la rivière Yang-tse»; d'après le même 
<Hui Shen», «en 458 de l'ère vulgaire, y furent [à Fou-sang] de 
Caboul cinq bhikshous» qui y propagèrent le bouddhisme jusque-là 
inconnu. Pour l'auteur, le Fou-sang est naturellement l'Amérique. 

Faut-il rappeler le caractère légendaire du récit de l'ambassade 
de Houei-cheu? Soi-disant, Houei-chen (qui, entre parenthèse, n'est 
dit nulle part originaire de «Caboul») est arrivé à King-tcheou en 499, 
sous les Ts'i du Sud, mais V Histoire des Ts'i du Sud est muette à 
ce sujet, et l'événement n'est raconté que dans VHistoire des Leang, 
rédigée au début du VII® siècle. Ce récit prêtée aux fonctionnaires 
du Fou-sang un titre non chinois de touei-lou qui se retrouve dans 



cognait du doigt, il rendait un son corarae s'il eût été vide à l'intérieur. Je compris alors 
seulement qu'il existait encore [des miroirs du type] de ceux que le Po kou i'ou appelle 
des kia-kingy>. 

1) Aux p. 239 — 241, M. Tomioka reproduit un article curieux, encore que peu criti- 
que, paru dans un journal chinois et consacré à une importante trouvaille archéologique 
faite en 1916 au Kouang-tong dans une tombe d'un ^« ^^^ «roi de Yue». 



BULLETIN CRITIQUE. 157 

les notices sur les états coréens. Toute l'histoire est empreinte de 
traits légendaires, qui ne lui donnent guère de valeur que pour le 
folk-lore. Quant au Fou-sang, on ne saurait trop regretter l'aber- 
ration qui, de üb Guignes à Vining, y a fait souvent chercher 
l'Amérique. La contagion a gagné jusqu'à la Chine. L'un des cory- 
phées de la révolution chinoise, M. ^ ')^ J||| Tchang Ping-lin, 
n'a-t-il pas soutenu naguère que le pèlerin Fa-hien, en revenant 
des Indes, avait fait un crochet par l'Amérique. C'est ce qui ex- 
pliquait selon lui que bien des noms géographiques américains, eu 
particulier celui de la Cordillère des Andes, soient si évidemment 
«sanscrits»! P. Pelliot. 

Emile Hovelaque, Les peuples d^ Extrême-Orient. La Chine 
{Biblioth. de philos, scientifique dirigée par le D^ Gustave 
Le Bon), Paris, E. Flammarion, 1920, in-120, pp. 286. 

M. E, HovELAquE, aujourd'hui inspecteur général de l'Instruction 
publique, fut un des premiers universitaires qui bénéficièrent des 
bourses de voyage «autour du monde» fondées par M. Albert Kahn, 
et c'est ainsi qu'eu 1899 il visita l'Extrême-Orient. Il le fit en poète 
et en artiste, et revint plein d'une sympathie et d'un enthousiasme 
que vingt ans n'ont pas affaiblis. C'est en ami des Extrêmes-Orientaux 
qu'il a entrepris d'écrire, pour la section d'histoire générale de la 
Bibliothèque de philosophie scientifique, deux volumes consacrés l'un 
à la Chine, l'autre au Japon, et dont le premier a paru voilà 
quelques mois. Un livre signé de ce nom et paraissant dans cette 
collection à gros tirage — l'exemplaire que j'ai sous les yeux est 
déjà du 4® mille — ne saurait passer inaperçu. 

L'ouvrage m'a un peu déçu. Je ne parle pas des noms estropiés 
et des erreurs de dates ^); mieux vaudrait sans doute qu'il n'y en 



1) 11 y a beaucoup des uns et des autres, comme «Hiu-Tsung» (p. 184) au lieu de 
Houei-tsong, «Chao-Tu-mien» (p. 188) qui paraît être pour Tchao Song-nien, «Karatoum» 



158 BULLETIN CRITIQUE. 

eût pas; encore importe-t-il assez peu au public à qui le livre 
s'adresse. Mais si M. Hovelaque avait montré son manuscrit à l'un 
ou à l'autre de nous, nous lui aurions, je crois, formulé amicale- 
ment pas mal d'objections singulièrement plus graves. Dès qu'on 
veut sortir des pures impressions contemporaines et parler de la 
vieille Chine, il est dangereux d'avoir pour sources principales des 
œuvres aussi suspectes que la Western Origin of the Chinese Civilization 
de Terrien de Lacouperie, Le peuple chinois de Farjenel ou La 
cité chinoise d'Eugène Simon. Sur la foi de chacun de ces auteurs, 
on en arrive ainsi à donner une importance indue à des hypothèses 
qui sont le plus souvent des erreurs. 

C'est ainsi que, pour l'origine des Chinois, M. Hovelaque invoque 
une fois de plus les prétendues tribus «Bak» qui seraient venues 
d'Elam en Chine, et reproduit (p. 98 — 102) les rapprochements 
fantaisistes de Terrien de Lacouperie, y compris celui de Bagdad, 
nom cependant purement iranien d'une ville quj ^e fut fondée qu'à 
l'époque musulmane. La citation des Reclus sur l'évolution de 
l'écriture chinoise partie de l'écriture cunéiforme ne repose sur aucun 
fait réel, sur aucun document connu. M. Hovelaque conclut: «Un 
fait paraît infiniment vraisemblable, pour ne pas dire certain: c'est 
celui d'une immigration de colons venus de l'Ouest». Mais non; 
rien n'est moins certain, et la thèse n'a même pas jusqu'ici d'indice 
de vraisemblance. Les caractères somatiques, la langue (car Lacouperie 
ne parlait pas seulement de l'écriture, mais aussi de la langue) 
apparentent les anciens Chinois aux autres populations de l'Asie 
orientale. Nous savons peu de chose sur les influences étrangères 
qui ont pu s'exercer en Chine dans ces temps très lointains, mais 
toute l'argumentation de Terrien de Lacouperie s'appuie sur des 



(p. 195) poar Karakorum, etc. Le traité de Nertchinsk n'est pas de 1769 (p. 199), mais 
de 1689. Leang K'i-tch'ao (p. 216), Leang Ki-tchéoa (p. 242), Leang Ki-chéou (p. 245) 
ne sont qu'an seul et même personnage. 



BULLETIN CRITIQUE. 159 

textes mal contrôlés, mal datés, qu'il a souvent mal compris; leur 
accumulation fait peut-être impression sur un profane; quand on y 
regarde de près, le château de cartes s'écroule. 

M. Hovelaque insiste à bon droit sur le traditionalisme qui a 
maintenu la civilisation chinoise sensiblement dans les mêmes cadres 
pendant près de 3000 ans; encore ne faudrait-il pas l'exagérer. 
Pour M. Hovelaque «l'époque capitale est celle où le Tchéouli a été 
rédigé. . . A coup sûr, aucun livre, pas même la Bible, n'a eu une 
influence comparable à celle qu'a exercée le Tchéou-li. C'est lui qui 
a réglé et fixé pour toujours jusqu'aux moindres détails de la vie 
chinoise: on peut voir avec quelle minutie par les citations que 
j'en ai données au sujet de l'engrais humain .... » (p. 130—131); 
«vingt-cinq dynasties historiques se sont succédé, les invasions, les 
révoltes ont tout ravagé, sans qu'un iota du culte qui régit la Chine 
ait été modiflé» (p. 127). La comparaison de l'influence du Tcheou li 
à celle de la Bible est en réalité reprise de M. Hirth, The Ancient 
History of , Chin a, p. 108; mais là où M. Hirth, sinologue, avait rais 
«probably»,. M. Hovelaque écrit «-à coup sûr». Je crois d'ailleurs 
que, dans l'occasion, M. Hirth allait déjà trop loin. Le Tcheou li 
est essentiellement un tableatP de l'organisation administrative des 
Tcheou. Sur son autorité avant les Han, nous ne savons autant 
dire rien ; la littérature confucéenne est muette à ce sujet. Après 
les Han, l'éducation traditionnelle des Chinois se fait au moyen des 
«quatre livres» et des «cinq classiques»; mais dans les «cinq 
classiques » , c'est le Li M qui représente les rituels, et non le Tcheou li. 
En réalité, le sens d'un très grand nombre de rites anciens s'est 
perdu, et beaucoup de rites nouveaux se sont créés. Le Tcheou li 
est un ouvrage d'un intérêt puissant pour l'étude de l'organisation 
(au moins de l'organisation théorique) des Tcheou; mais il suflBt 
d'ouvrir les ouvrages de M. Dk Groot sur la religion chinoise pour 
reconnaître que, depuis lors, le culte a beaucoup délaissé et beaucoup 



160 BULLETIN CRITIQUE. 

innové. Quaut à 1'« engrais humain», je doute qu'il doive intervenir 
ici. M. Hovelaque lui fait jouer une sorte de rôle symbolique, à la 
suite d'Eugène Simon, «pour qui cet engrais est la base de la 
civilisation chinoise» (p. 36), et reproduit à son sujet (p. 35 — 36), 
toujours d'après Simon, une longue citation «du Tcheou-Li, rites 
agricoles minutieux formulés 100 ans avant l'ère chrétienne». Je 
n'ai pas actuellement sous la main le livre d'Eugène Simon, mais 
il y a ici quelque confusion; le Tcheou li n'est pas un recueil de 
rites agricoles; il ne date pas de 100 avant l'ère chrétienne; enfin 
le passage sur 1'« engrais humain» ne s'y trouve pas. 

Et pour en finir avec les critiques, je crains que la lecture du 
livre de M. Hovelaque ne laisse pas une impression exacte de ce 
qu'ont été les rapports entre l'Extrême-Orient et l'Occident. Dans 
sa sympathie, en soi fort légitime, pour les Orientaux, l'auteur ne 
voit chez les Européens en Chine — à l'exception des Jésuites fran- 
çais — que sottise, grossièreté et barbarie ^). Quand il s'agit de flétrir 
les excès des Occidentaux, il prend de toutes mains: (p. ,197) ragots 
de Pinto, ce «prince des menteurs»; (p. 94) anecdote au moins 
douteuse de Loti, etc. ^) Quand les Européens arrivent en Chine au 
XVP siècle, «leur premier soin fut ^'expulser des ports les Arabes 
qui alors détenaient le commerce»; et «il est à remarquer que ces 
marchands arabes, pacifiques et policés, n'ont jamais eu de difficultés 
avec la Chine. ... La haine de l'étranger est née de l'inqualifiable 



1) Par contre, M. Hovelaque dit (p. 60) qu'en Extrême-Orient «le moindre coolie 
sait non seulement lire et écrire, mais peindre et composer des poèmes, jouit d'une œuvre 
d'art raffinée, a le souci du beau langage et des belles manières». Pauvre coolie! 

2) L'histoire est possible; il y a des goujats partout, et les Chinois ont jeté aussi des 
crucifix aux latrines. Mais on ne saurait trop se méfier de ce qu'on raconte en Chine au 
voyageur de passage. Loti est un merveilleux évocateur de sites; pour les faits précis, sa 
caution est médiocre. Ses Derniers jours de Pékin sont essentiellement la réunion d'articles 
qu'il envoyait alors au Figaro; mais il en a supprimé un, celui où, sur la foi d'un télé- 
gramme inexact, il décrivait en témoin oculaire l'incendie du- Yong-houo-kong qui n'a ja- 
mais brûlé. 



BULLETIN CRITIQUE. 161 

Conduite des «diables rouges» (p. 197). C'est là oublier le soulève- 
ment des Musulmans de Canton au VIII® siècle, et les plaintes 
réitérées formulées contre les Musulmans aux XIIP et XIV® siècles. 
L'exposé des rapports entre l'Europe et la Chine, de cette «doulou- 
reuse histoire, et honteuse pour l'Europe», de ce «morne récit 
presque ininterrompu d'agressions sauvages de notre part» (p. 195) 
commence par l'envoi des missions de Plan Carpin et de Guillaume 
de Rubrouck; mais l'auteur n'a pas un mot de réprobation pour 
les effroyables massacres auxquels se livraient alors les hordes mon- 
goles, et qu'aucune agression occidentale n'avait cependant provoqués. 
Je suis loin d'approuver l'incendie du Palais d'Eté eu 1860, mais 
je me représente cependant l'indignation des alliés dont les parle- 
mentaires avaient été lâchement attirés dans un guet-apens, et dont 
ils retrouvaient les cadavres mutilés ou les survivants torturés; 
M. Hovelaque, en parlant seulement de «mauvais traitements» in- 
fligés aux parlementaires (p. 204), me paraît bien indulgent. Quant 
au soulèvement des Boxeurs et à la guerre russo-japonaise, les 
Légations européennes d'Extrême-Orient n'ont pas montré la «sereine 
ignorance» et la «merveilleuse incompréhension» dont M. Hovelaque 
les accuse (p. 221 et 224). Elles ont averti leurs gouvernements, 
leur ont dénoncé le péril imminent, les ont adjurés d'agir pendant 
qu'il était encore temps: les télégrammes de M. Pichon en 1900, 
ceux de nos agents diplomatiques et militaires de Tokyo en 1904 
(sans compter ceux du ministre russe Roskn) sont là pour en faire 
foi. Ce n'est pas la faute de ces agents si les chancelleries euro- 
péennes ne les ont pas écoutés. 

Je suis ainsi en désaccord sur bien des points avec mon ami 
Hovelaque. Mais il est d'autres parties de sou livre qui me parais- 
sent d'une vue plus juste, et qui répandront dans le public des 
idées que je crois saines. Telle cette caractéristique du rôle ancien 
de la Chine dans l'histoire de l'humanité (p. 114): «Elle se sentait. 



162 BULLETIN CRITIQUE. 

et elle était, infiniment supérieure aux pays qui l'entouraient 

Son incommensurable orgueil et son immobilité s'expliquent donc 
encore par là: elle n'a reçu de partout que des confirmations de 
son génie propre et de se supériorité; et ce fait est capital. Elle 
se croyait, et elle était, le centre de son monde, et la plus haute 
expression de l'humanité de son Asie». De même la personnalité et 
le rôle de Confucius sont retracés en fort bons termes (p. .132 — 141). 
Et l'exposé du taoïsme (p. 141 — 160), moins neuf cependant que 
l'auteur ne le suppose, est finement nuancé et joliment exprimé ^). 
Mais c'est surtout dans le chapitre relatif à l'art (p. 166 — 194) que 
son sentiment très vif et déjà ancien des choses de l'Extrême-Orient 
a heureusement servi M. Hovelaque ^). Les lecteurs de la Bibliothèque 
de philosophie scientifique trouveront là des notions qu'ils ne pouvaient 
jusqu'ici acquérir que dans des ouvrages coûteux, presque tous épuisés 
et le plus souvent rédigés dans des langues étrangères. Je me demande 
parfois si une certaine révision de ces notions ne s'imposera pas 
par la suite. La prédominance du paysage date surtout des Song; 
mais les catalogues anciens nous montrent qu'avant les T'aug et 
sous les T'ang, la peinture de portraits et de scènes tint une grande 
place. Le sentiment artistique de la nature universelle au détriment 
de celui de l'individu est dans une certaine mesure, à mon sens, 
un phénomène relativement tardif. 

Les appréciations de M. Hovelaque sur la situation politique 
actuelle de la Chine me paraissent plus justes que beaucoup de 
celles qu'il porte sur son passé. Il n'a pas tort quand il qualifie la 



1) Mais pourquoi diable opposer à Confucius, homme du Nord, Lao-tseu «certainement 
originaire du Sud» (p. 142)? Les traditions relatives à Lao-tseu sont suspectes, mais toutes 
s'accordent à le faire naître dans l'extrême Nord du Ngan-houei actuel, bien au Nord du 
Fleuve Bleu. 11 faut ou bien s'y tenir, ou admettre que nous ne savons rien de Lao-tseu. 
Par ailleurs, les arguments de M. Giles contre l'authenticité du Too to king ne sont pas 
tous bons, et sa discussion n''est pas «sans réplique» (p. 142). 

2) Je signalerai aussi ce que M. Hovelaque dit (p. 23) de Tinfluence de la Chine sur 
la Hollande. L'idée vaudrait d'être poussée et vérifiée. 



BULLETIN CRITIQUE. 163 

majorité des révolutionnaires chinois de «babous» (p. 232), et on 
ne saurait, sauf quelques honorables exceptions individuelle?, mieux 
caractériser le chaos où se débat ce malheureux pays que par cette 
phrase de la page 259: «En réalité la Chine n'est ni gouvernée, 
ni représentée, ni renseignée: une poignée d'intellectuels primaires 
au milieu de l'indiflFérence et de l'inertie générales se débat contre 
une poigoée de mandarins et de militaires corrompus qui défendent 
leurs prébendes en dissipant pareillement les ressources de la Chine». 
Je souscrirais aussi pour ma part à la conclusion, encore qu'elle 
surprenne peut-être un peu après le reste du livre: «Pour l'Asie, 
notre civilisation est matérielle, laide, inquiète, inhumaine. Soit. Mais 
elle vit: et les plus hautes civilisations de l'Orient ne sont guère 
que de belles mortes». Je ne doute pas d'ailleurs qu'après la période 
de transition actuelle, la Chine modernisée ne finisse par prendre 
dans le monde une place eminente, conforme à la valeur de sa race 
et à l'immensité de sa population. P. Pelliot. 



BIBLIOGRAPHIE. 



LIVRES NOUVEAUX. 

— Bulletin de V Ecole française d' Extrême-Orient. 

T. XIX, n^ 5. — H. Maspero, La prière du bain des statues 
divines chez les Cams (donne le texte cham et la traduction de la 
prière chantée dans les sacrifices à la déesse Po Nagar pendant la 
cérémonie du bain de la déesse). — H. Pabmëntier, Sculptures cames 
conservées à Hué (inventaire des sculptures déposées au Tân Tho'-viên). 
— N. PÉRI, A propos du mot sampan (M. Péri écarte les etymologies 
malaise et chinoise et songe à une origine américaine du mot; cette 
note contient des renseignements intéressants, mais la preuve n'est 
pas faite; p. 16, la relation de Mendez Pinto n'a pas paru en 1540, 
mais en 1614). — Bibliographie (entre autres, analyses critiques par 
M. Parmentier des travaux de E. B. Havell sur l'art hindou; 
compte rendu important par M. Maspero des Fêtes et chansons an- 
ciennes de la Chine de M. Granet). ~ Chronique (aux p. 127—135, 
traduction partielle de l'importante leçon d'ouverture du Dr. N. J. 
Krom, De Sumatraansche Periode der Javaansche Geschiedenis). — 
Documents administratifs. 

T. XX, n° 1. — N. PÉki, Etudes sur le drame lyrique japonais 
no, V. C'est une suite de l'important et excellent travail dont la 
publication a commencé dans le Bulletin en 1909 et a été poursuivie 
en 1911, 1912 et 1913. M. Péri traduit ici les no suivants: 1" No 
de Miwa (p. 1-23); 2° No de Tamura (p. 25—47); 3° Nô d'Eguchi 



BIBLIOGRAPHIE. 165 

(p. '49— 73); 4" No du Tcinufa (p. 75-95); 5° No de Matsuyama- 
Kagami (p. 97 — 1 10). [Nous signalerons les petites corrections suivantes : 
P, 75: Le texte ne parle pas du pays de Yen, mais de la région de 
^S ^ Yen-jan; c'est précisément là que se trouvaient les Hiong-nou, 
et il n'y a pas à douter que la poésie de l'empereur Yang, tout 
comme le no du kinuta, vise bien Sou Wou; l'histoire de Sou Wou 
était très populaire, et il en est question dans plusieurs manuscrits 
de Touen-houang. — P. 101: Au lieu de Lou-k'ieou, lire ^^ 
Lu-tchou, et au lieu de ^ ^ Tch'ao-wang, lire ^ ^, «le prince 
de Tchao». Sur Lu-tchou, cf. Giles, Biogr. Diet., n» 1709; B.E. 
F.E.'O., IX, 245, et J. A., mai-juin 1914, p. 517.] 

— La Géographie de sept.-oct. 1920 contient (p. 209 — 234) un 
article intitulé La Chine au Thibet, que l'auteur, le Père Gore, date 
de Tatsienlou, 1®^ décembre 1919. Les conditions dans lesquelles 
l'auteur a dû travailler feront excuser les erreurs de faits, de noms, 
de dates, qui marquent l'exposé des relations anciennes de la Chine 
et du Tibet; pour l'époque contemporaine, l'article est plein de don- 
nées intéressantes. 

Vient de paraître (septembre 1920): Sêr Marco Polo Notes and 
Addenda to Sir Henry Yule's Edition, containing the Results of 
Recent Research and Discovery by Henri Cokdier. ., With Frontis- 
piece. London, John Murray, 1920, in-8, pp. x— 161. 

Nous avons reçu des Douanes Maritimes Chinoises: Returns 
of Trade and Trade Reports 1919. — Part I. — Report on the 
Trade of China, and Abstract of Statistics. [Le revenu total de 1919 
était de Hk. Tis. 46.009.160; le change était Haikouan tael = 
10 fr. 12 = Mex. dollar 1.68. La population étrangère en Chine 
était 350.991 dont 171.485 Japonais, 148.170 Russes, 13234 Anglais, 
6660 Américains, 4409 Français, 2390 Portugais, etc.] — Part II. — 

13 



166 BIBLIOGRAPHIE. 

Port Trade Statistics and Reports. — Vol. I. — Northerji Ports 
{Aigun to Kiaochow). [Carte: Rectification of Haiho Entrance and 
Proposed Reclamation of North Flat.] 

Part III. — Analysis of Foreign Trade. — Vol. I. — Imports. 
[1919: Importations nettes, Hk. tis. 646.997.681.] - Vol. IL - 
Exports (with Appendix). [1919: Exportations, Hk. tls. 630.809.411.] 

— List of Lighthouses, Light- Vessels, Buoys, and Beacons on the 
Coast and Rivers of China, 1920. (Corrected to 1st December 1919). 
[On comptait 1474 feux de toute espèce, dont 189 phares.] 

Des modifications expliquées dans la circulaire suivante ont été 
apportées dans la publication des rapports des Douanes chinoises; 

CHINESE MAEITIME CUSTOMS. 

NEW SYSTEM OF PUBLISHING ANNUAL AND QUARTERLY 
STATISTICS OF TRADE. 

In pursuance of instructions received from the Inspector General 
of Customs a nevs^ system of rendering and publishing the trade 
statistics which are compiled and issued by the Maritime Costoms 
Service has been inaugurated, beginning with the Trade Returns 
for March quarter 1920. 

Th« more important changes which have been introduced are, 
as regards the Annual Returns, the elimination of the former Part II, 
the volume in which the annual statistics of each port have hitherto 
been brought together; and, as far as the Quarterly Returns are 
concerned, the discontinuance of publication of the quarterly returns 
of all the ports in one combined bound volume. Hereafter, the latter 
will be issued as separate pamphlets only, one for each port, and 
published separately as soon after the close of each successive quarter 
as possible. The opportunity has been taken to improve the arrange- 
ment of the various tables published in the Returns, and a com- 



BIBLIOGRAPHIE. 167 

parative column has been added to the tables of the June, Septem- 
ber, and December quarters showing cumulative figures from the 
1st January to the end of the quarter concerned for the current 
and two preceding years. The December quarter pamphlet, moreover, 
will also include the Annual Trade Report in English and Chinese 
of the port concerned and certain annual tables. It will thus be seen 
that the December quarter returns will contain all the information 
hitherto published in Part II of the annual volume, which will 
therefore cease to be issued. No modifications are contemplated in 
the former Part III, which will hereafter become Part 11. It is 
expected that the changes explained above will considerably advance 
the date of publication of the quarterly and annual trade statistics. 
A list of the Customs statistical publications as they will hereafter 
be issued, and the prices at which they are for sale, follows hereunder: 

ANNUAL: TRADE OF CHINA. 
Part I. — Report on the Trade of China and Abstract of Statistics. One 

volume. Price $ 2. 
Part II. — Analysis of Trade (formerly Part III). Two volumes. Price $ 3 per 
volume. 

Vol. I. — Imports. 

Vol. II. — Exports. Appendix: Imports and Exports grouped according 
to the plan adopted by the Brussels International Conference on 
Commercial Statistics. 

QUARTERLY: TRADE OF EACH PORT. 
Issued in separate port pamphlets containing quarterly tables for I. — Imports, 
II. — Exports, III. — Re-exports, with figures for the corresponding quarter of the 
preceding year, and IV. — Special : Tea, Silk, etc. 

i. January-March. | 

2. April-June. Price $0.10 per pamphlet. 

3. July-September. 1 

4. October-December. Pi-ice $ 0.50 per pamphlet. 

The Quarterly Returns mentioned under Nos. 2, 3, and 4 give also the 
cumulative figures from the Ist January to the end of the quarter concerned 
for the current and two preceding years. No. 4 contains, in addition, the Annual 
Trade Report in English and Chinese and the following annual tables : 
I.— Revenue, II.— Shipping, III.— Values, IV.— Inland Transit, V.— Treasure, VI.— 
Passenger Traffic, and VII.- Special, with comparative statistics for 10 years. 

Inspectorate General of Customs, 
Statistical Department, 

Shanghai, 14th May 1920. 



168 BIBLIOGRAPHIE. 

Nous avons reçu le Rapport de V Administration des Postes 

chinoises pour Vannée 1919. Nous y relevons le chifiFre de la popu- 
lation de la Chine: 

Pe King 4.014.619 

Tche Li 30.172.092 

Chan Si 11.080.827 

Ho Nan 30.831.909 

Chen Si 9.465.558 

Kan Sou 5.927.997 

Sin Kiang 2.519.579 

Mandchourie 13.701.819 

Chan Toung 30.803.245 

Se Tch'ouan 49.782.810 

Hou Pe 27.167.244 

Hou Nan 28.443.279 

Kiang Si 24.466.800 

Kiang Sou 28.235.864 

Chang Haï 5.550.200 

Ngau Houei 19.832.665 

Tche Kiang 22.043.300 

Fou Kien 13.157.791 

Kouaug Toung 37.167.701 

Kouang Si 12.258.335 

Yun Nan 9.839.180 

Kouei Tcheou 11.216.400 



Total 427.679.214 

1 Hién dans le Mongolie dans le district de Pe King, 3 Hien 
dans le district de Mandchourie et le Tibet ne sont pas compris 
dans ces chiffres, faute de renseignements. 

En tête vue de la poste de Tsi Nan, Chan Toung. 



BIBLIOGRAPHIE. 169 

PUBLICATIONS PÉRIODIQUES. 

Le JoKrnal of the North China Branch of the Royal Asiatic 
Society Vol. LI — 1920 renferme: Proceedings. — The Relations of 
Chinese and Siamese. By W. Clifton Dodd. — Greek and Chinese Art 
Ideals. By Arthur Stanley. — Destiny, Fate. By Evan Morgan. — 
China's Petrified Sun-Rays. By Herbert Chatley. — Chinese Ideas 
of Antiques. By Rev. J. Hudson. — Names and Nicknames of the 
Shanghai Settlements. By George Lanning. — Cldnese Poetry and its 
connotations. By Florence Ayscough. — Notes on the Agriculture, 
Botany and the Zoology of China. By B. W, Skvortzow. — A Chinese 
Life of Mohammed. By Isaac Mason. — Reviews of Recent Books. — 
Notes and Queries. — Additions to the Library. — List of Members, 

Journal asiatique: 

Janvier— mars 1920: P. 5—54: Suite de l'important travail de 
M. Przyluski sur Le Parinirväna et les funérailles du Buddha. L'auteur 
étudie cette fois l'évolution des traditions des diverses écoles au sujet 
du rituel des funérailles du Buddha [P. 18, lire fen au lieu àe fan 
reproduit d'après Nanjiö. — P. 27 et 28: le nom du Makuta- 
bandhana semble devoir être interprété au passé: «ont attaché» 
et non «attachent». — P. 39, 1. 1 et n. 1 : La forme donnée en 
note ne peut répondre phonétiquement à susthânï ; la restitution 
théorique serait *susarjanî. Il faut remarquer d'ailleurs que la 
citation du dictionnaire d'Eko (pourquoi Ekko?) ne paraît pas se 
rapporter au texte utilisé ici par M. Przyluski. Pour l'alternance 
kapilä et kapittha des pp. 38— 39, cf. T'oung Pao, 1912, p. 356. 
Toutes ces transcriptions du Pan ni yuan king sont d'ailleurs faites 
sur des formes prâcrites ou iranisantes et mériteraient une étude 
spéciale. — P. 39, n, 3: Cette note ne me paraît pas très exacte. 
Il n'est pas sûr que le titre de Chan song p'i ni siu soit à préférer 



170 BIBLIOGRAPHIE. 

à celui donné par Nanjiö, n° 1144. D'autre part, Nanjiô, dans 
App. II, 44, a modifié sa restitution antérieure do titre sanscrit en 
Sarvästivädavinayanidäna. La traduction n'a pas dû être exécutée 
«entre 409 et 410», puisqu'elle doit être postérieure à la mort de 
Kumarajïva, laquelle se place en 413 (cf. T'oMn^ Pao, 1912, p. 392); 
c'est donc entre 413 et 418 que la traduction dut être effectuée par 
Vimalâksa (je ne vois pas de raison de garder la forme Vimalâksas 
de Nanjiö). Enfin la traduction de Vimalâksa comprend non seule- 
ment un ksudraka varga et un nidâna, mais en outre une première 
partie, la plus considérable, qui est un ^ ^ fa-p'in.]. — P. 55—88: 
Le cyoh des douze animaux et le symbolisme cosmogonique des Chinois^ 
par L. de Saussure. L'auteur y reprend,- d'une façon plus systéma- 
tique que dans ses travaux antérieurs, son argumentation en faveur 
de l'origine chinoise du cycle des douze animaux. [Je n'ai jamais 
cru pour ma part à l'origine «turque» de ce cycle proposée par 
Chavanues, et les arguments de M. de Saussure sont impressionnants. 
On reste parfois un peu inquiet de le voir si bien tout expliquer, 
mais je crois l'ensemble de son raisonnement solide. Il reste toutefois 
à rendre compte des similitudes apparentes qui existent entre le 
cycle des douze animaux et les listes occidentales étudiées par 
M. Boell. En outre, M. de Saussure est amené (p. 86—87) à ac- 
corder à la liste des mois turcs anciens donnée par Al-Bîruni une 
antiquité qui paraît historiquement assez peu vraisemblable. — 
P. 66, note: «Tcheng tong» est une inadvertance de Biot, Tcheou H, 
p. Lx; il faut lire ^ ^ Tcheng Tchong, comme Biot l'écrit cor- 
rectement partout ailleurs, par ex. pp. xv, xx, lxi. — P. 81, 82 
et 86: Le Chouo wen n'est pas du 1®^ siècle, mais du IP; il ne 
faut user qu'avec prudence du Kia yu qui, dans son état actuel, 
est un faux du IIP siècle.]. — P. 96 — 100: Note où M. Coedès 
fixe entre 1115 et 1180 la construction d'Angkor-Vat. - P. 107-109: 



BIBLIOGRAPHIE. 171 

Traduction d'une note de 1918 de M. A. I. Ivanov sur les textes 
si-Ma conservés à Petrograd. 

Avril— juin 1920: P. 115 — 185: A propos des Comans, par 
P. Pbl[.iot [article écrit en partant du livre de Bang et Marquart, 
Osttürkische Dialektstudien, Berlin, 1914.]. — P. 205 — 232: Le 
proto-chinois, langue flexionnelle, par B. Karlgren, [L'auteur étudie 
l'emploi des pronoms dans les classiques, et conclut qu'ils doivent 
avoir eu primitivement une forme nominative-génitive et une forme 
régime. Peut-être le titre de l'article dépasse-t-il toutefois en portée 
ce qui résulterait à soi seul de cette constatation.] — P. 233—245: 
Les origines de la dynastie de Sukhodaya, par G. Coedès. [On n'at- 
teignait jusqu'ici la dynastie de Sukhodaya qu'à la fin du XIII® siècle, 
par l'inscription de Rama Kamhëog. M. Coedès étudie ici une in- 
scription provenant sans doute de Sukhodaya et qui doit être de la 
première moitié du XTV® siècle; elle donne des renseignements in- 
téressants sur la manière dont Indräditya, le père de Rama Kamhêug, 
se rendit indépendant du Cambodge.] 

Journal of the R. As. Society: 

Janvier 1920: P. 1 — 19: To the East of Samatata, par Prof. 
Padmanath Bhattacharya. L'auteur y propose de nouvelles identi- 
fications, absolument inadmissibles, pour les états que Hiuan-tsang 
nomme dans la péninsule indochinoise. — P. 31 — 48: Suite du tra- 
vail de M. J. Kennedy sur The Aryan Invasion of Northern India. 

Avril 1920: P. 185 — 192: The Historical Position of Rämänanda, 
par J. N. Farquhar. Au lieu des dates 1299 — 1410 généralement 
indiquées pour Râmânanda, l'auteur propose circa 1400—1470. — 
P. 193—219: The Kharosthi Alphabet, par R. D. Banerji [Est en 
général en faveur des opinions de Bühler et de Thomas contre celles 
de Smith. — P. 193: au lieu de <^ Fa-wan-shu-lin-» , lire en transcription 
anglaise Fa-yuan-chu-lin. — P. 194: la référence de la n. 3 repose 



172 BIBLIOGRAPHIE. 

sur une confusion; il faut lire 340 au lieu de 191. — Les planches 
annoncées p. 219 n'ont pas paru. — A propos des formes «kharosthï 
ou kharostrï» de la p. 193, je voudrais signaler: l'' Que la resti- 
tution *kharo8tra de M. S. Levi (ou plutôt *kharostraka, *kharostrag) 
est seule en accord avec la forme chinoise k'ia-lou-chou-ta-lo de 
Houei-yuan (cf. B.E.F.E.-O., III, 479-480), ce qui ne veut pas 
dire que la forme vraisemblablement iranisante indiquée par Houei- 
yuan doive nécessairement l'emporter sur l'autre; 2^ que pour ex- 
pliquer kharostrag, il y a peut-être lieu de se rappeler que, dans la 
langue de l'Avesta, on a aostra- à côté de aoêta- pour «lèvre»; 
3^ que, dans les discussions sur kharosthi ou kharostri, on a omis, 
je ne sais pourquoi, de faire intervenir la forme Kharustr de 
Mekhitar d'Aeriwank que Vasil'ev avait déjà rapprochée de Kharostha 
(cf. Schiefner, WassUjevis Vorrede zu seiner russ. Uebersetzung von 
Târanâtha^ p. 30—31 ; Weber, Hist, of Indian Literature*^ p. 248)]. — 
P. 223 — 226: Invasion of the Panjab by Ardashir Päpakän {Bäbagän), 
the first Sassanid King of Persia, A.D. 226 — 41^ par Vincent A. Smith 
(à propos d'un passage de Firista et d'une monnaie kusan dont le 
revers porterait un motif sassanide frappé après coup). — P. 227 — 229: 
Identification of the ^Ka-p'i-li country t» of Chinese Authors, par 
Vincent A. Smjth [L'auteur accepte comme «presque sûrement 
correcte» l'explication que lui a proposée le lieutenant-colonel 
Alban Wilson et selon laquelle «Ka-p'i-li» serait la région de la 
Kopili River dans l'Assam, et le roi ^ ^ Yue-ngai serait un 
hypothétique roi Khasia U-Ai. Il n'y a rien à retenir de ces équi- 
valences. Le chinois Kia-p'i-li ramène à *Kaviri ou *Kavili, et rien 
ne pousse à le chercher dans l'Assam, bien au contraire; quant à 
Yue-ngai, c'est sûrement une traduction (Candragupta?) et non une 
transcription.]. 

Juillet 1920: P. 319-324: Taxila Inscription of the year 136, 
par EàMàpkasad Chanda. Nouvelle étude sur le mot ayasa qui a 



BIBLIOGRAPHIE. 173 

été l'objet de tant de discussions depuis que Sir John Marshall a 
publié l'inscription pour la première fois dans le J.R.A.S. de 1914. — 
P. 392 — 396: Nécrologies de Vincent Arthur Smith (1848-1920) 
et de James Kennedy. 

Octobre 1920: P. 447 — 452: Hiuan-tsang aud the Far East, par 
Louis FiNOT. Réfutation des hypothèses invraisemblables proposées 
par M. Padmanath Bhattacharya dans le n*^ de janvier du XZ2.-4.<S. — 
P. 453 — 479: On the Representation of Tones in Oriental Languages, 
par Sir George Griekson. Cet ingénieux système sera employé avec 
avantage dans les travaux de linguistique comparative entre les 
diverses langues polytouiques. — P. 517 — 533: The Shahbandor in 
the Eastern Seas, par W. H. Moreland, Intéressante étude sur les 
différentes valeurs de cet ancien titre; l'auteur montre que l'expli- 
cation usuelle par «maître de port» n'est qu'une acception entre 
plusieurs. — P. 591 — 596: A propos de l'article de M. Farquhar 
sur Rämänaada, Sir G. Grierson montre que Râmânanda ne venait 
pas du Sud de l'Inde, mais dut naître à Allahabad. — P. 667—674: 
Nécrologies de Sir Charles James Lyall, de Henri Louis Joly, de 

KaRABAOEK, de SaTISCANDRA VlDYâBHÛSANA. 

The Geographical Journal: 

Août 1920, p. 124-128: A Note on the Topography of the 
Nun Kun Massif in Ladahh, par le Major Kenneth Mason [montre, 
contrairement aux dires de M^^ Bullock Workman, que le Survey 
of India avait correctement indiqué les hauteurs relatives des trois 
principaux pics du massif]. — P. 149 — 150: Bonne nécrologie, par 
A. E. Hippisley, du D'' George Ernest Morrison [mais il est faux 
que le colonel Shiba ait été mortellement blessé lors du siège des 
Légations en 1900]. 

Septembre 1920, p. 183-195: The valleys of Kham, par P. Kingdon 
Ward [l'auteur, s'appuyant sur son voyage dans le Nord-Ouest du 



174 BIBLIOGRAPHIE. 

Yunnan, insiste sur l'importance de la chaîne qui sépare le Mékong 
de la Salouen au point de vue des limites de la flore et de la faune 
tropicales d'une part, et de celles de la Chine de l'autre. Au point 
de vue des routes commerciales, l'auteur a raison de dire que le 
commerce ne s'est pas exercé par le Nord-Ouest du Yunnan vers 
la Birmanie et 1' Assam, mais il paraît ne pas soupçonner l'impor- 
tance historique des anciennes communications de la Chine et de la 
Birmanie par le Sud-Ouest du Yunnan]. 

Novembre 1920, p. 416—418, compte rendu par C. Raymond 
Beazley du dernier ouvrage où M. H. Vignauld a résumé ses 
recherches sur Christophe Colomb. M. Beazley admet que M. Vignauld 
a eu raison de nier que Toscanelli soit pour rien dans les découvertes 
de Colomb, mais ne rejette pas la possibilité d'un voyage fait par 
Colomb en 1477 en Islande, où il aurait pu entendre parler des 
anciens voyages Scandinaves, et eu tout cas maintient contre M. 
Vignauld que Colomb, comme il le dit lui-même, a découvert 
l'Amérique en voulant gagner le Cathay, le Japon et les Indes. 

The New China Review, t. II: 

Février 1920: P. 1—24: Tke romance of an Emperor, 1®"^ article, 
par R. F. Johnston. — P. 25 — 36: A poet of the 2nd Cent. B.C., 
par H. A. Giles. [C'est une nouvelle traduction de poèmes de 
/|^ ^ Mei Cheng; M. Giles l'oppose à celle qui en avait été 
donnée antérieurement par M. Waley. En réalité, je ne crois pas 
qu'on puisse traduire utilement ces textes anciens sans un commen- 
taire détaillé. Tantôt la version de M. Waley, et tantôt celle de 
M. Giles sont en accord avec le commentaire de ces poèmes donné 
au VIP siècle dans le ch. 29 du Wen sinan. Bien d'autres travaux 
ont paru depuis lors. Il y a là des diflBcultés de détail qu'une simple 
afiGrmation de l'un ou de l'autre ne sufiBt pas à trancher.] — 
P. 37—43: Chinese and Sumerian, par le Rev. Hugh W. White. 



BIBLIOGRAPHIE. 175 

[La tendance de cet article est de montrer non seulement que 
l'écriture suraérienne et l'écriture chinoise sont apparentées, comme 
le soutient le Rev. C. J. Bail, mais qu'il faut probablement ramener 
à la même origine commune l'écriture égyptienne et l'écriture hittite. 
Il m'entraînerait trop loin de dire ici les raisons de priucipe qui 
rendent jusqu'ici une telle thèse ruineuse. Parmi les exemples par- 
ticuliers cités ici, celui de !la loan est vraiment mauvais; quant à 
|5L, je ne pense pas qu'on doive le considérer comme formé 
directement de trois éléments, mais seulement de deux, fl^ et ^L » 
dont le premier était déjà un signe complexe.] — P. 44 — 68: Fin 
du travail du P. H. Doré sur Le grand pèlerinage bouddhique de 
Lang-chan et les cinq montagnes de Tong-tcheou, [Il s'agit de ^^ j^ 
T'ong-tcheou du Kiang-sou; la description de ce panthéon populaire 
est curieuse. — P. 49: Le sens primitif de ^ ^ louen-tsang ne 
doit pas être «roue de la Loi», mais ^Tripitaka tournant». — 
P. 52: 'fl/n ^ k'ie-lan est en principe sanghäräma et non<Kalanda». — 
P- 53: ^ jp[ ts'eu-hang est la «barque» et non r«île» de la miséri- 
corde. — P. 54: Je doute de l'explication de Fa-tsiu-ngan ; les trois 
«divinités» en question sont en réalité taoïques.] — P. 69—88: 
Suite du travail du Rev. J. Hutson, Chinese Life on the Tibetan foothills 
[Renseignements intéressants sur les sociétés secrètes au Sseu-tch'ouan ; 
à la p. 71, une invraisemblable erreur où les conjurés du «jardin 
des pêchers» (II® siècle A.D.) sont représentés comme en lutte 
avec les T'ang (VIP siècle).] — P. 89-98: The Japanese- Chinese 
Question, par E. H. Parker. 

Avril 1920: P. 109-136: Important article de B. Laufer sur 
Multiple births among the Chinese. M. Laufer y relève les cas de 
gémellatiou de trois, quatre, six et même sept jumeaux qu'il a relevés 
dans les textes chinois. — P. 137—153: A note on the Tung lo ta tien, 
par Lionel Giles [M. Giles y donne un historique de cette immense 
encyclopédie et décrit 26 volumes qu'il a examinés personnellement. 



176 BIBLIOGRAPHIE. 

Son étude est à joindre à celle de M. Aurousseau dans B.E.F.E.-O.^ 
XII, IX, 79 — 87. Les volumes du D^ Morrison dont parle M. Aurousseau 
doivent être aujourd'hui au Japon, chez le baron Iwasaki; l'un deux 
est important en ce qu'il contient la section j^ 3^ tsao-yun, ou 
des «transports par eau», copiée du ^ j^^ ^ Ä King che ta tien, 
encyclopédie de l'époque mongole aujourd'hui perdue. Les ch. 485 
et 486 du Yong lo ta tien, contenant un ;^ ^ Tchong tchouan 
illustré inconnu jusqu'ici, ont été reproduits en 1916 au l®'* tsi du 
S ^ tt Ä ^ ^^^ A" ^^OM pi hi. M. Lo Tchen-yu a édité 
dans son ^ ^ J^ ^J Siue Vang ts'ong k'o le texte du ^:k ||j^ Q 
Ngao po t'ou ou ^Traité illustré sur les salines'» de |^ ^ Tch'en 
Tch'ouen des Yuan, qui avait été copié dans le Yong lu fa tien 
par la «Cour de peinture» de la dynastie mandchoue; depuis, il a 
reproduit en fac-similé dans le 1®' tsi de son ^ ^ 'p' ^ ^ 
Ki che ngan ts'ong chou l'albura même établi par la «Cour de peinture», 
texte et planches. Enfin, dans le 4® tsi de ce même Ki che ngan 
ts'ong chou, il a reproduit les ch. 14628 et 14629 du Yong lo ta tien, 
contenant une portion du ^^^^^^ Li pou t'iao fa des Song, 
d'après l'exemplaire qui était venu en la possession de M. Tomioka. 
Bien que le Yong lo ta tien n'ait jamais été imprimé entièrement, 
l'édition en fut peut-être commencée sous les Ming (cf. B.E.P. 
E.-O., IX, 829). On sait qu'un grand nombre d'ouvrages extraits 
au XVIIP siècle du Yong lo ta tien ont été incorporés aux éditions 
du Wou-ying-tien ; mais beaucoup d'autres ainsi extraits à cette 
époque sont restés alors inédits; ou en trouvera la liste au ch. 5 
du Hoitei k'o chou mou. Depuis lors, un certain nombre d'autres 
œuvres ont été extraites du Yong lo ta tien, en particulier par 
l'érudit Siu Song. Les unes ont été publiées, d'autres sont restées 
inédites comme les chapitres du King che ta tien sur les Jamci 
(stations postales) dont une copie manuscrite est au Musée Rumyancov 
de Moscou, et le ^^j^ 1^ ^ Song houei yao, dont l'édition, longtemps 



BIBLIOGRAPHIE. 177 

différée, a peut-être aujourd'hui paru à Changhai. La meilleure notice 
indigène que je connaisse sur le Yong lo ia lien est celle de M. 
Miao Ts'iuau-souen, au ch. 4 de son ^ ^ ^ ^ ^ ^ Yi fong 
fang wen siu tsi; nul sinologue ne l'a utilisée jusqu'ici. Il y aura 
lieu de traduire intégralement la notice du Catalogue impérial que 
M. Giles n'a fait qu'analyser brièvement, et d'utiliser les informations 
supplémentaires de M. Miao Ts'iuan-souen. D'après ce dernier, le 
premier édit de compilation est du 9® mois de 1403, au lieu que 
M. Giles, d'après le Catalogue Impérial, indique le 7®. Le'Mitig che 
ne fournit aucune indication à ce sujet, ni dans les «annales prin- 
cipales», ni dans le chapitre sur la littérature; mais on devrait 
retrouver la trace de l'édit, et peut-être sou texte, dans les che-lou 
de Yong-lo, dont un manuscrit se trouve à Cambridge. M. Miao 
Ts'iuan-souen termine son article par la liste des 365 ouvrages 
provenant du Yong lo ta tien et qui ont été incorporés au Sseu- 
k'ou-ts'iuan-chou, et des 106 ouvrages qui ont été seulement l'objet 
d'une notice critique dans la section ts'ouen-mou du Catalogue im- 
périal.'] — P. 154 — 179: Suite du travail du Rev. J. Hutson, 
Chinese Life on the Tibetan foothills. [Donne sur les châtiments et 
l'appareil de la justice des détails dont beaucoup ne se trouvent pas 
ailleurs.] — P. 180 — 194: The romance of an Emperor, par R. P. 
Johnston {suite et fin). [Le Rev. Cornaby avait étudié dans la 
New China Revieio, I, 329—339, la tradition selon laquelle l'empe- 
reur Chouen-tche ne serait pas mort en 1661, mais se serait fait 
moine au Wou-t'ai-chan, d'aucuns disent au T'ien-t'ai-sseu non loin 
de Pékin; c'est cette tradition qui serait à la base du fameux roman 
Hong leou mong. Le travail de M. Johnston, richement documenté 
et très sainement mené, montre qu'il n'y a pas à s'arrêter à cette 
légende. Il s'appuie surtout sur les témoignages chinois, mais in- 
voque aussi le silence des missionnaires qui vivaient alors près de 
la Cour. A ce point de vue, il y eût eu intérêt à consulter V Histoire 



178 BIBLIOGRAPHIE. 

de la Chine sous la domination des Tartares du P. Greslon (1671), 
dont le manuscrit autographe, écrit, semble-t-il, en 1668, est à la 
Bibliothèque Nationale, fonds français, n*' 14688. On y trouve la 
mention d'un fait qui a dû jouer un rôle dans l'élaboration de la 
légende. En 1659, Chouen-tche fit demander par tout l'empire de 
belles filles pour son gynécée, et son parent Tong Kouo-k'i, alors 
en fonctions au Tchö-kiang, lui en envoya une dont on disait 
merveille, mais qui fut trouvée enceinte quand elle arriva au palais. 
Il est fort possible, malgré la règle à laquelle M. Johnston fait 
allusion p. 10, que cette femme ait été chinoise. On sait par Kao 
Che-k'i que K'ang-hi eut une concubine chinoise dont un mission- 
naire fit le portrait (cf. B.E.F.E.-O., XII, ix, 96-97), et la fa- 
meuse ^ ^ ^ß Hiang-kouei-fei de K'ien-long, originaire du Tur- 
kestan, n'était pas non plus des «bannières».] — P. 195 — 196: 
Comfortable loords in sickness, poésie de y\^ ^^ Yuan Tchen des T'aug, 
traduite par Sir E. Trelaw^ny Backhouse. — P. 197 — 206: Saint 
François-Xavier et la C/wie, par le Père J. de la. Serviere. [Etude 
très documentée, basée surtout sur les Monumenta Xaveriana et sur 
les biographies du saint publiées en 1900 par le P. Gros et en 1912 
par le P. Brou. La mort de saint François-Xavier est fixée ici au 
3 décembre 1552 avant l'aube. On sait qu'on avait admis très long- 
temps pour cette mort la date du 2 décembre, puis qu'un document 
publié par le P. Gros avait paru ensuite en faveur du 27 novembre.] 
— P. 207 — 210: The ßre-proof Warehouses of Lin- an, par G. M[oule]. 
[Il s'agit des j^ jtjÇ Va-fang, expression dont le sens précis n'est 
pas encore bien établi.] — P. 211—214: Further note on foot-binding, 
par L. G. Arlington. [M. Arlington avait donné sur le même sujet, 
dans New China Review, 1, 92—94, une note malheureusement 
entachée de grosses erreurs, dont quelques unes seulement sont 
corrigées ibid., p. 320—321; en particulier '^ ^ ^ Han H che 
n'est pas un nom d'homme, mais le titre d'un ouvrage de ^^ ^ 



BIBLIOGRAPHIE. 179 

Hong Koua (1117 — 1184). En réalité, il ne reste rien des textes 
sur lesquels s'appuyait M. Arlington pour attribuer le bandage des 
pieds «au cinquième siècle avant notre ère». Et il n'y a pas non 
plus à faire état du texte invoqué par M. Giles {Adversaria Sinica, 
I, 281) et auquel renvoie M. Arlington, pour établir que la coutume 
existait au moins en 150 A.D.; car ce texte est tiré du ^ ^ 
^^ ■=^ Tsa che pi si'w, lequel est connu comme un faux des Ming. 
Ici encore la meilleure réunion de textes se trouve au ch. 4 du 
Yi fong fang wen siu tsi de Miao Ts'iuan-soueu. On y verra que 
la coutume des petits pieds apparaît à peine au X^ siècle, et ne se 
répand vraiment que sous les Song du Sud. Ni les Kin, ni les 
premiers Yuan ne connaissaient les petits pieds. On ne bandait pas 
non plus les pieds au palais des premiers empereurs Ming. Les 
Mandchous proscrivirent le bandage des pieds par un édit de 1638, 
et ou sait que, durant toute leur dynastie, ils ne le tolérèrent pas 
au palais ou dans les «bannières». Ils essayèrent même de l'interdire 
pour toute la Chine par des edits de 1645 et de 1662 ; ce n'est 
qu'en 1668 que, de guerre lasse, ils laissèrent leurs sujets chinois 
en faire à leur guise.] 

Juin 1920: P. 223 — 247: Reform in Chinese mourning rites, par 
E. T. C. Wernkr. [Traduction des opinions formulées par un M^ 
Hou Che (on ne nous donne par les caractères chinois de son nom) 
sur la simplification des rites funéraires. Le document est intéressant 
par son entier détachement de tout ce qui est tradition de pure 
forme.] — P. 248 — 266: IVie earliest articulate Chinese philosopher, 
Kwan^tsz, par E. H. Parker. [Avait déjà paru dans le Journal of 
the Manchester Egypt, and Or. Soc. en. 1917-1918.] - P. 267-289: 
D^Ollone's investigations on the Chinese Moslems, par le Rev. G. G. 
Warren. — P. 290 — 295: Suite des Taoist Taies du major W. Perceval 
Yetts. — P. 298 — 305: The chronology of the Bamboo Annals, par 
Arthur Mori.ey. [L'auteur accepte dans l'ensemble les opinions que 



180 BIBLIOGRAPHIE. 

Chavannes a exprimées dans sa traduction de Sseu-ma Ts'ien.] — 
P. 306—311: Notes de M. Arlington sur les termes ^^ li-min 
^^ ^M W t'a-fang. 

Août 1920: P. 319-341: A Re-translation, par H. A. Giles. 
[M. Giles oppose cette nouvelle traduction des Élégies de Tch'ou à 
celle qui a été publiée en 1919 par M. A. Waley. Il eu est un 
peu de ces poèmes comme de ceux de Mei Cheng dont j'ai parlé 
plus haut: pour se faire une idée de l'œuvre, il y a déjà plusieurs 
traductions qui suffisent; si on veut pousser plus loin l'étude, il y 
faut un gros commentaire. C'est ainsi que p. 332, il n'est pas du 
tout évident que M. Giles ait raison contre M. Waley dans l'inter- 
prétation de ^ ^ sien-pi. Si on admet avec MM. Waley et Giles 
que sien-pi est ici l'équivalent du mot étranger qui a aussi été 
transcrit j^jjj ^[j cJie-pi, J^ P^ si-pH, etc., et qui désigne les anciennes 
agrafes de ceinture, la comparaison peut très bien porter sur la forme 
allongée et gracile de ces agrafes; je ne connais pas, pour ma part, 
d'ancienne agrafe de ceinture sur laquelle soit figurée, comme le veut 
M. Giles, une gazelle.] — P. 341— 365: Lu in Confucius' early years^ 
par A. MoRLBY, [L'auteur se montre très familier avec la littérature 
confucéenne. Serait-il permis de souhaiter que quelqu'un de ceux qui 
se consacrent à l'étude de cette période nous donnât pour le Tso (chouan 
les index qui manquent à la traduction de Legge comme à celle de 
Couvreur? La tâche est ingrate, mais le service rendu serait très grand.] 
— P. 366 — 397: Suite du travail du Rev. Hutson, Chinese life on 
the Tibetan foothills. [Curieux renseignements sur les pratiques de 
divination et de sorcellerie, sur Kouan-yin et ses sœurs (!) Manjuçrî 
et Samantabhadra, sur le ^ ^^ ^^ fou-ti-chen et sur le dieu de la 
muraille et des fossés.] — P. 398—414: Fin du travail de M. Warken, 
D'Ollone*8 investigations on Chinese Moslems. [Ce travail est un résumé 
du t. I des Documents scientifiques de la mission d'OlloneJ\ — 
P. 415—418: A note on multiple births on China, par R.F.Johnston. 



BIBLIOGRAPHIE. 181 

[Ce sont des renseignements à ajouter à l'article de M. Laufer sur 
le même sujet paru dans le n° d'avril 1920, p. 109 — 136.] — 
P. 421-422: Note par M. H. I. Harding sur le -p ^ ^ Che- 
tseu-sseu ou «Temple de la Croix» du ^ |_L| Faug-chan, dont il 
a été question à diverses reprises dans le 1. 1 de la New China Review. 
[M. Harding s'est aperçu que l'une des croix porte une courte inscription 
de 2 lignes qu'il reproduit ici et qu'il suppose être du mongol. Il est 
évident que l'inscription est en écriture syriaque, mais peut-être assez 
mal gravée; ne lui trouvant pas de sens, je me suis adressé à un 
spécialiste, qui n'en a rien pu tirer; il serait désirable d'avoir un bon 
estampage, ou au moins une bonne photographie, de ce monument 
que sou site même rend particulièrement intéressant.] 

— Les Mémoires de la Soc. de Linguistique de 1920 (t. XXII, 
p. 43—46) contiennent une note fort curieuse de M. B. Laufek, 
Sanskrit karketana. On connaît en arménien une pierre karkehan, 
le zircon, dont le nom suppose un prototype iranien *karka^an. 
De celui-ci, M. Laufer rapproche à bon droit le sanscrit karketana, 
prâcrit kakkeraa, qui a passé en tibétain et en mongol sous la forme 
kekeru. L'arabe connaît karkand et karkahan. 

— M. F. H. Andkews a publié dans The Burlington Magazine 
de juillet-septembre 1920, avec introduction de Sir Aurel Stein, un 
très important article Ancient Chinese figured silks excavated by Sir 
Aurel Stein at ruined sites of Central Asia, avec 15 figures (tirage 
à part, 20 pages). Ces soieries, qui out été trouvées dans la région 
dépendant de l'ancien Leou-lan, paraissent remonter au 1®^ siècle 
av. J.-C. Plusieurs comportent des caractères chinois tissés dans le 
décor. Elles se relient comme style d'une part aux sculptures chi- 
noises des Hau (dans une certaine mesure), d'autre part aux soieries 
retrouvées à Antinoe et aux soieries sassanides et byzantines. 



CHRONIQUE. 



CHINE. 

L'Université de Pékin prépare l'ouverture d'une section de phonétique, 
qui aura pour but l'étude des dialectes chinois, et devra ultérieurement pour- 
suivre des recheiches sur l'ancienne phonétique chinoise. Ce nouveau départe- 
ment sera confié à un Américain, M' Douglas M. Beacii. D'autre part on nous 
dit que l'indianiste bien connu baron de Staël-Holstein, qui se trouve depuis 
plusieurs années en Extrême-Orient, a été nommé professeur de sanscrit à 
l'Université de Pékin. 



LES «CONQUÊTES DE L'EMPEREUR DE LA CHINE» 



PAR 

PAUL PELLIOT. 



Les orientalistes et les artistes connaissent la suite de seize 
estampes gravée à Paris de 1767 à 1774 sous la direction de Cochin 
et représentant les «Conquêtes de l'Empereur de la Chine». M. Jean 
MoNVAL en 1905^) et M. H. Cordier en 1913 2) leur ont consacré 
des études. M. nAËNiscH a raconté récemment la campagne chinoise 
de 1755 dans l'Ili et a commenté à ce propos deux planches qui 
sont censées en rappeler des épisodes '). Enfin un article de M. 
^ B3 ^ ^ ^ IsHiDA Mikinosuke vient de reprendre l'explication 
des seize estampes à la lumière des textes chinois qui leur ont été 
adjoints *). Malgré tous ces travaux, dont aucun n'est négligeable, 
il m'a paru qu'il restait encore beaucoup à tirer des matériaux que 
j'avais réunis en partie dès 1913 et dont M. Cordier annonçait dès 
ce moment la prochaine publication. 



1) Jean Monval, Les Conquêtes de la Chine. Une commande de l'Empereur de CMne en 
France au XVIIIe siècle {Revue de VArt ancien et moderne, 1905, t. XVIII, pp. 147 — 160). 

2) H. Cordier, Les Conquêtes de l'Empereur de la Chine (Mémoires concernant VAsie 
Orientale, t, I, 1913, pp. 1—18). 

3) Erich Haenisch, Ber chinesische Feldzug in Hi im Jahre 1755 {mit zwei zeitge- 
nössischen französischen Kupferstichen), dans Ostasiat, Zeitschrift, 1" année, avril-sept. 
1918, pp. 57—86. 

Im h ^ Bö^ (^ « A propos des planches des victoires lors de la soumission des Dzoun- 

gars et des Musulmans, gravées à Paris sous K'ien-longi» (extrait du Töyögahu-ho de 

septembre 1919, t. IX, n° 3, p. 396—448). 

13 



184 PAUL PELLIOT. 

Il est bien connu que les dessins d'après lesquels forent gravées 
les planches avaient été exécutés à Pékin par ordre de l'empereur 
K'ien-long lui-même, et que quatre des dessins furent expédiés en 
Europe dès 1765, avant les douze autres. MM. Mon val et Cordier 
ont dit que l'envoi des plauches «en France» avait été prescrit 
par un édit impérial du 13 juillet 1765, mais le texte même de 
cet édit n'a pas été publié. Il existe cependant, sinon dans le texte 
chinois original et que je n'ai pu retrouver, du moins dans une 
version française conservée aux Archives Nationales ^), et son contenu 
est trop intéressant à plus d'un titre pour que je ne reproduise pas 
ici le document en entier. Le voici: 

Décret publié par ordre du Grand Empereur de Ija Chine Kieslung2) Le 
26° de la 5° lune l'an trentième de son Empire c'est-à-dire le 13 juillet 4765. 

Je veux que les Seize Estampes des Victoires que j'ay remportées dans la 
conquête du Royaume de Chumgar et des Pais raahoraétans voisins que j'ay 
fait peindre par Lamxinim (françois Joseph Castiglione Italien de la Société de 
Jesus) et par les autres Peintres Européens qui sont à mon service dans la Ville 
de Pekin-Soient envoyées en europe ou l'on choisira Les meilleurs artistes en 
Cuivre afin qu'ils puissent rendre parfaitement et dans toutes leurs parties 
chacune de ces Estampes, sur des Lames de Cuivre, je donne ordre que le 
Prix de cet ouvrage soit payé sans aucun retardement, je veux que l'on profite 
des premiers vaisseaux qui partiront pour L'Europe pour y envoyer seulement 
quatre de ces estampes sçavoir 4" celle appelée Nyaizuxi chayen 3) peinte par 
Lamxinim ou frère Joseph Castiglione Italien S.J. 2" Celle apellée Alchor peinte 
par Vanchichim ou frère Denis attiret françois de la Compagnie de Jesus. 
30 Celle appellee Yslîgin min Theu hiam *) par Nyaikimura <*) ou Père Ignatien 
Sichelbarte allemand de la Compagnie de J. 40 Enfin celte appellee Curman 



1) Les documents concernant les seize estampes et leurs gravures sont en majeure 
partie réunis aux Archives Nationales dans une liasse qui a déjà été utilisée par M. Monval 
et qui occupe la 2' partie du carton 0'1924; les pièces portent en outre un numéro d'ordre 
an crayon; le texte reproduit ici fait partie de la pièce n^ L L'édit en question n'est pas 
mentionné dans le Tong houa lou. II y a également quelques documents dans les cartons 
O'ilie et 0'1911 à 0'1913. 

2) Lire «Kienlnng». 

3) Lire « Ngaiyuxi chayim ». 

4) Lire «Yli gin min theu hiam». 
6) Lire « Ngaikimum ». 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 185 

peinte par Nyantey ') ou le Pare jean Damascene Italien augustin déchaussé 
de la Congrégation de la Propagande. 

Je désire que cet ouvi'age soit exécuté avec la plus grande célérité possible, 
et qu'après avoir tiré cent exemplaires de ces estampes sur la planche de cuivre, 
ces cent exemplaires et les Planches me soient renvoyés. 

Quant aux douze autres Estampes, j'ordonne qu'on les envoyé en Europe 
pas trois voyes différentes dont quatre par chaque voie. Ce Décret sera exacte- 
ment observé./. 

Cette traduction du décret impérial est suivie, dans la pièce 1 
de la liasse 0^1924 (2), du document suivant: 

Lettre du frère Joseph Castiglione écrite de Pékin Le treize Juillet 1765 
au très illustre Président de l'académie de Peinture. Salut 

Quoique Le Décret de L'Empereur qui accompagne ma lettre suivant son 
ordre soit suffisant pour que l'artiste qui sera chargé de graver Les Estampes 
se conforme exactement aux originaux, j'ay crû pour ne rien laisser à désirer 
à L'Empereur, et pour la Célébrité des artistes Européens, devoir vous recom- 
mander deux choses. 

La première, soit que ces Estampes soient gravées au Burin ou à l'eau 
forte, d'avoir soin qu'elles scient exprimées sur le Cuivre avec la délicatesse la 
plus grande et la plus Gracieuse, que l'artiste y mette la Correction et la 
netteté la plus exacte telle que demande un ouvrage qui doit être de nouveau 
présenté à un si grand Empereur. 

2« Si après La quantité d'Exemplaires portés dans le mandement de 
L'Empereur, les Planches se trouvoient affoiblées ou usées, il faudroit néces- 
sairement Les retoucher et les réparer pour être envoyées en Cliine, à fin que 
les nouveaux exemplaires qui en j seront tirés dans le Pays puissent avoir les 
mêmes beautés que les premieres./. 

Ainsi le texte même du décret impérial de 1765 nommait les 
auteurs et indiquait le« sujets de chacun des quatre premiers dessins; 
c'est là un point important pour la discussion que nous aurons à 
instituer par la suite. Quant aux quatre artistes Castiglione, Attiret, 
Sichelbart et Jean Damascene, on sait qu'ils sont aussi les auteurs 
des douze dessins envoyés ultérieurement, ou du moins de tous ceux 
de ces douze dessins dont les auteurs sont connus. Sur ces quatre 
artistes qui travaillaient alors au Palais pour K'ien-long, il est 



1) Lire « Ngautey ». 



186 PAUL PELLIOT. 

possible de rectifier et de completer les renseignements qui ont été 
donnés jusqu'à présent ^). 

P Joseph Castiglione. Le frère jésuite Joseph Castiglione, de 
son nom chinois ^ ^ ^ Lang Che-ning ^), est à bon droit le 
plus connu des quatre; c'est lui qui avait le plus de talent. Né à 
Milan en 1688, il arriva à Pékin en 1715 et y travailla jusqu'à 
sa mort survenue le 16 juillet 1766 ^). Quoique Italien, il appar- 
tenait à la mission des jésuites portugais de Pékin. Sous son nom 
chinois de Lang Che-ning, il a gardé en Chine jusqu'à nos jours 
une réelle notoriété. Les Européens de Pékin connaissent son por- 
trait d'une concubine de K'ien-long, la musulmane ^ "^ ^ß 
Hiang-kouei-fei, représentée casquée et revêtue d'une armure euro- 
péenne de fantaisie. Je possède lu photographie de deux enfants 
jouant, peints par Castiglione; ce tableau faisait partie de la col- 
lection du vice-roi Touan-fang *). Mon ami B. Laufer m'a envoyé 



1) Les missionnaires employés aax travaux du Palais passaient la majeure partie de 
l'année à Hai-tien, dans un bâtiment dependant du Yuan-raing-yuan, et dont les Lettres 
Edifiantes orthographient le nom tantôt « Jouy-koan », tantôt «c Jou-y-koan ». D'après une 
lettre du P. Benoist (Delatour, Essais, p. 164), «/oK-y-yuoa« signifie maison d'amusement». 
Il semblerait donc que le nom fût jfjj 'm^ WS Jou-yi-kouan; on le retrouvera d'ailleurs 
sûrement dans les ouvrages chinois. 

2) Telle est l'orthographe que j'ai toujours rencontrée dans les textes chinois. L'ortho- 
graphe ^Leang donnée par M. Cordier dans T'oung Pao, II, m, 305, et Les Conquêtes 
de l'Empereur de la Chine, p. 3, n'est pas exacte. 

3) Je n'ai malheureusement à ma disposition ni le CatMogus Patrum, ni les Notices 
biographiques autographie'es du P. Pfister, et suis par suite mal en mesure de choisir par- 
fois entre des indications'contradictoires. M. Cordier (Ze« CW^u/i^««, p. 3) dit que Castiglione 
arriva en Chine en août 1715, au lieu que le P. C. de Rochemonteix {Joseph Amiot, Paris, 
1915, in-8°, p. 15) dit qu'en août 1715 il arriva à Pékin. D'autre part, M. Cordier fait 
mourir Castiglione en 1764 {Les Conquêtes, p. 3; Oiuzeppe Panzi, p. 1), au lieu que le 
P. de Rochemonteix, d'accord avec le P. Sommervogel, indique le 16 juillet 1766. Castiglione 
ne peut être mort en 1764, puisque la lettre de lui que je publie ici est du 13 juillet 1765. 
Le P. de Rochemonteix doit donc avoir raison dans le second cas; je pense au contraire 
que c'est M. Cordier qui a raison dans le premier. Dans les Mém.conc.les Chinois, i. 'S l\\, 
p. 283, il est dit que Castiglione mourut en 1768. 

4) Cf. B.E.F.E.-O., IX, 674, où je parle de ce tableau. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUÏI DE LA CHINE». 187 

de son côté la photographie d'un vase de fleurs peint par Castiglione. 
J'ai signalé naguère que la 4® livraison du Tehong hmo ming houa tsi 
reproduisait un tigre peint par Castiglione ^). Depuis lors, la même 
revue a consacré son 63® fascicule hors série à une autre œuvre 
de Castiglione, un rouleau peint en 1744 et qui représente l'empe- 
reur K'ien-loug à cheval examinant, au printemps, des chevaux en 
liberté ^). Enfin le général Frey a fait récemment don au Musée 
Guimet d'un rouleau peint par Castiglione et qui représente des 
Qazaq-Kirghiz ofifrant des chevaux à K'ien-long. Castiglione est 
jusqu'ici à peu près le seul des peintres européens ayant travaillé 
en Chine au XVIIP siècle et dont des œuvres exécutées en Chine 
nous soient connues directement; elles mériteront une étude spéciale ^). 



1) Ibid. Cf. aussi Charannes, dans T'oung Pao, 1909, p. 627. 

2) Il y a là un magnifique example de cheval au «c galop volant». Ou sait que 
M. Salomon Reiuach n'a pas trouvé dans la peinture européenne d'exemple de cheval au 
«galop volant» avant les toutes dernières années du XVIII' siècle (cf. La représentation 
du galop, dans Rev. archéologique, 1900, t. 1, p. 31 du tirage à part). Le F. Castiglione 
est donc le premier peintre européen k avoir représenté le «galop volant», un demi-siècle 
plus tôt; il l'a certainement emprunté à l'art chinois. Peut-être en définitive l'art chinois 
fut-il pour quelque chose dans l'adoption de cette attitude par les peintres d'Europe. Ce 
rouleau de 1744, peint par Castiglione, n'est pas mentionné dans le Kouo icA'ao yuan 
hotia lou. 

3) Pour les peintres européens en Chine au XVIP siècle, cf. B. Laufer, Christian Art 
in China (dans les Mitteil. d. Semin. f. Orient. Sprachen, 13° année, 1910) et A Chinese 
Madonna (dans The Open Court de 1912), ainsi que mon article La peinture et la gravure 
européetmes en Chine au temps de Mathieu Ricci (dans T'oung Pao, II, xx [1920 — 1921], 
pp. 1—18). Dans ce dernier article, en parlant de la vogue de la peinture européenne en 
Chine au XVII° siècle, j'aurais dû citer un texte à vrai dire un peu postérieur (1703), "^^ 
mais qui se rattache au même mouvement, et où Kao Çhe-k^ prête à un portraitiste 
européen la perfection de Kou K'ai-tche {B.E.F.Ë.-O., XII, ix, 96 — 97); ce portraitiste 
devait être soit le frère Belleville, soit plus probablement le modénois Gherardini. J'hésite — 
à faire état pour l'instant de la tradition relative à «Lon-li-min» dans J. de la Serviere, 
Histoire de la mission du Kiang-nan, I, App. II, p. 6, parce que je ne vois pas bien pour 
l'instant à qui elle s'applique. J'ai dit que Castiglione était jusqu'ici «à peu près le seul» 

des peintres européens du XVIIP siècle d«nt nous connaissions des originaux exécutés en 
Chine. J'aurais dit «le seul» si je ne croyais pouvoir identifier une peinture originale du 
frère Joseph Panzi, arrivé en Chine en 1771, mort, dit-on, en 1812 (cf. sur lui H. Cordier, 
Giuseppe Panzi, tirage à part des Mélanges o forts à M. Emile Picot, Paris, 1913, in-S", 
15 pages; c'est d'après M. Cordier que j'indique l'arrivée de Panzi en (Jhine en 1771; 



188 PAUL PELLIOT. 

Dans son p| ^ |^ ^g ^^ Kouo tch'ao yuan houa lou ou 
Histoire des peintures du Bureau {de la peinture^ sous la dynastie régnante. 



mais en tout cas il ne parvint à Pékin que le 12 janvier 1773, d'après les Lettres édif., 
éd. du «Panthéon Littéraire», IV, 196; M. Cordier n'avait pas trouvé trace de Panzi 
après 1790; mais le P. de Rochemonteix, dans son livre sur Joseph Amiot, cite plusieurs 
lettres inédites de Panzi, dont une de 1795 [p. 430]; et c'est également au P. de Roche- 
monteix [p. 412] que j'emprunte la date incertaine de 1812 pour sa mort). Panzi avait 
envoyé à Bcrtin en 1789 un portrait du P. Amiot qui fut gravé une première fois par 
Helman et une seconde fois par un artiste inconnu (cf. Cordier, Giuseppe Panzi, p. 14, et 
T'oung Pao, 1913, p. 251). Or, dans les papiers de Bertin légués par M. Delessert à la 
Bihliothèque de l'Institut, il se trouve, à côté des deux gravures du portrait, une peinture 
non signée (cf. Bibl. Sinica^ , col. 1041) qui me paraît être manifestement l'original des 
deux gravures et serait par suite l'œuvre même de Panzi. Puisque je parle ici de Panzi, 
je signale que son nom chinois n'était pas *^ff Tg* ^^ P'an Jo-chö comme le dit M. 
Cordier {Les Conquêtes, p. 3; T'oung Pao, 1916, 283), sans doute d'après le Catalogus 
^ Patrum, mais «Pan-ting-tchang» (= Y^ ^i jE^ P'an T'ing-tchang ?) ; cf. Lettres édif., 
éd. du «Panthéon Littéraire», IV, 199, 203, 204, 214). Il est enfin un autre groupe 
d'œuvres qui se trouvent en Europe et sur lesquelles on aimerait à avoir des informations 
plus précises. Feuillet de Conches {Les peintres européetis en Chine, extr. de la Revue 
contemporaine de 1856, p. 88) en parle comme suit: «Les plus magnifiques miniatures 
chinoises que nous' ayons vues sont à la bibliothèque du palais Barberini à Rome. Ce sont 
quinze ou vingt portraits en pied, représentant la famille impériale de la Chine, depuis 
l'empereur jusqu'au plus jeune de ses enfants. La tradition du palais Barberin est que ce 
manuscrit a été envoyé au page Urbain VIII (1623 — 1644) par l'empereur lui-même, ce 
qui veut dire sans doute qu'il a été un hommage des missionnaires européens nu souverain 
pontife. Quoi qu'il en soit, les figures qui, à l'exception d'une seule, sont en couleur, 
offrent une telle perfection de modelé, de couleur et de composition, une telle énergie 
d'individualité qu'il y a peu d'œuvres de nos Occidentaux de force à leur être comparées. 
L'une des dernières, presque entièrement à la mine de plomb, à peine effleurée de quelques 
teintes de couleur, représente une jeune fille, le corps entouré plusieurs fois d'une étoffe 
légère qui laisse discrètement transparaître les formes, comme dans les figures égyptiennes. 
L'enfant tient une fleur à la main. Il n'y a nulle exagération à dire que cette miniature, 
grande à force de simplicité et de force qui se cache, respire le sentiment des plus déli- 
cieuses peintures du Pérugin. » Feuillet de Conches a réimprime tout ce passage dans ses 
Causeries d'un curieux, t. Il [1862], p. 79, en changeant seulement les derniers mots; la 
miniature ne respire plus que «le sentiment des bonnes peintures du Pérugin». Ce texte 
laisse assez rêveur. Urbain VIII était un Barberini, mais des peintures de la famille im- 
périale qui lui auraient été envoyées devraient représenter encore l'empereur des Ming 
Tch'ong-tcheng et sa famille; un tel envoi est< surprenant; l'examen des costumes permet- 
trait d'ailleurs de décider sans peine s'il s'agit de Ming ou de Ts'ing. D'autre part, je ne 
connais pas de dessins chinois anciens à la mine de plomb. Ces miniatures, qui excitaient 
à un tel point l'enthousiasme de Feuillet de Conches, ne seraient-elles pas en définitive plus 
tardives, et l'œuvre de quelque missionnaire européen ou de ses élèves? 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 189 

rédigée eu 1816^), l'érucîit "^ ^ Hou King consacre plusieurs 
feuillets (ch. 1, £F. 14 — 18) à décrire les 56 peintures de Lang 
Che-ning (Castiglione) enregistrées dans les trois séries du Che k*iu 
pao ki, c'est-à-dire du catalogue des peintures profanes des collections 
impériales ^). Hou King considère surtout Castiglione comme un 
excellent peintre d'animaux et de fleurs, mais il reproduit également 
divers morceaux où K'ien-long parle de Castiglione et, dans l'un 
d'eux, l'empereur déclare que, «pour la peinture de portraits, nul 
n'est au-dessus de Lang Che-ning» ( -^ ^ IK j!|^ ^ ^ ^)' 
L'une des peintures décrites par Hou King, intitulée «Tableau de 
l'offrande de chevaux par les Qazaq», en un rouleau, exécutée en 
1757, doit être celle-là même que possède le Musée Guimet. 

2° Denis Attiret. Le frère jésuite Denis Attirât était né à Dole 
en 1702; il arriva en Chine en 1738, fit partie de la mission jésuite 
française de Pékin, et mourut à Pékin le 8 décembre 1768 ^). 

1) Sur cette œuvre, cf. Pelliot, A propos du nKeng tche t'ouv, dans Mém. concernant 
l'Asie Orientale, I, 76. 

2) Sur les diverses séries du Che k'iu pao Jci et de l'inventaire parallèle des peintures 
religieuses ou Pi tien tchou lin, cf. Pelliot, A propos du nKeng tche t'ouït, p. 76 (l'or- 
thographe Iciu au lieu de k'iu y est une inadvertance). Les indications que j'ai données en 
1913 sont à compléter aujourd'hui comme suit: 1° La première série du Fi tien tchou lin, 
en 24 eh., a été édite'e photolithographiquement il y a quelques années par le Yeou-tcheng- 
chou-kiu de Changhai. 2° La première série du CAe k'iu pao ki, en 44 eh., a été éditée 
photolithographiquement par la Commercial Press de Changhai en 1918. 3" La liste des 
titres de la troisième série du Che k'iu pao ki (mais sans notices) a été' éditée en 3 pen 
de petit format par M. Lo Tchen-yu en 1917. Dans la première et la troisième série du 
Che k'iu pao ki, ou retrouve, dispersées au cours des divers chapitres, des indications sur 
nombre de peintures de Castiglione. Hou King note (ch. 2, {° 29 r°) qu'un portrait peint 
par Castiglione et qui est l'objet d'un poème inséré dans la 5° série des poésies de K'ien- 
long, n'est pas porté aux inventaires du Che k'iu pao ki; ce n'est si\rement pas la seule 
omission de cette nature. 

3) Sur Attiret, cf. Cordier, Les Conquêtes, p. 3—6, et surtout Georges Gazier, Un 
Artiste Comtois à la Cour de Chine au XVIIIe siècle: le Frère Attiret (1702—1768), 
dans Mém. de la Soc. d'Emulation du Douis, 8' série, t. VI [1911], p. 17—40. Pour la 
bibliographie d'Attiret, il faut combiner les indications de la Biiliotheque du P. Sommer- 
vogel {s.v. Amiot et Attiret) avec celles de la Bibliotheca Sinica^, col. 1053, et celles de 



190 , PAUL PELLIOT. 

Sur la vie d'Attiret et son activité artistique au Palais impérial, 
le meilleur document est une longue lettre du P. Amiot écrite à 
Pékin le 1®^ mars 1769 et adressée à un parent du frère Denis, 
«M. Attiret, sculpteur à Paris»; le destinataire remit cette lettre 
en 1775 à la Bibliothèque du Roi ^). 

M. Cordier, conformément aux indications des Notices biographiques 
du P. Pfîstèr et des deux éditions du Catalogus Patrum, a dit que 
le nom chinois d'Attiret était El ^ Ä P^ Tö-ni; c'est là un nom 
que je n'ai rencontré nulle part. On a vu que le traducteur de l'édit 
de 1765 disait que le nom de «Vanchichim» mentionné dans cet 
édit était celui d'Attiret. Un document parallèle de 1765, et dont 
nous avons le texte chinois (il en sera question tout à l'heure), 
nous donne la forme chinoise réelle du nom dans l'édit impérial: 
c'est 3E ^ 1^ Wang Tche-tch'eng. Et eu effet, alors que Hou King 
ne nomme aucun peintre appelé Pa Tö-ni, il signale (ch. 2, l'' 15 r°) 



M. Gazier; chacune de ces sources donne des indications qu'on ne trouve pas dans les 
autres; aucune ne fait mention de la lettre d'Attiret publiée dans les Mém. géogr. phys. 
et hist, sur l'Asie, l'Afrique et l'Amérique (Yverdon, 1767), que signale M, Chapuis, Lm 
montre chinoise, p. 80. Parmi les documents importants qu'indique M. Gazier et que n'ont 
connus ni Sommervogel ni M. Cordier, il faut signaler surtout les Lettres inédites du frira 
Attiret publiées par Ch. Weiss dans Le Franc-Comtois de février-juin 1843. 

1) La majeure partie de cette lettre a été publiée dès \11\ àaiUiXa Journal des Savants 
(juin 1771, p. 406 — 420). Une copie exécutée en 1821 d'après le mss. de la Bibliothèque 
Royale se trouve, selon M. Gazier, à la bibliothèque de Besançon. Le texte entier, con- 
forme au mss. original remis en 1775 à la Bibliothèque du Roi, a été publié par le P. 
Terwecoren dans ses Précis historiques, année 1856, p. 437 — 453, 461 — 477, 485 — 500. 
Je n'ai pas réussi à retrouver à la Bibliothèque Nationale le manuscrit original d'Amiot. 
C'est certainement une copie de cet original (ou peut-être l'original lui-même s'il a dispara 
de la Bibliothèque?) qui était mise en vente dans le catalogue Luzarche de 1868, 1, n** 1519 
(cf. Bibl, Sinica^, col. 1053); ce catalogue parle à tort d'«une série de lettres» adressées 
par Amiot au parent d'Attiret ; il n'y a qu'une très longue lettre du I" mars 1769. La 
nouvelle de la mort d'Attiret parvint assez vite en France, car son frère aîné J. B. Attiret, 
peintre également et vivant à Dole, la connaissait déjà, et depuis quelque temps à ce qu'il 
semble, le 26 octobre 1769 (Arch. Nat, 0U911[6], n° 176). L' Attiret de Paris était un 
cousin, «statuaire à Paris et professeur en l'Académie de S' Luc» (lettre d'Attiret l'aîné 
du 13 mars 1771, 0'1912[2], n" 17). J'ignore pourquoi, en mourant, le frère Attiret avait 
donné à Amiot l'adresse de son cousin plutôt que celle de son frère aîné. 



LES «CONQUÊTES DE l'EMPEREUR DE LA CHINE». 191 

un album de dix coursiers peints par Waug Tche-tch'eng et qui 
est décrit dans la seconde série du Che k'iu pao ki. Enfin, s'il 
restait un doute sur le nom chinois d'Attiret, son inscription funé- 
raire le lèverait. Attiret fut enterré au cimetière «français» des 
environs de Pékin, bouleversé par les Boxeurs en 1900. Sou in- 
scription funéraire n'existe plus, mais elle a été relevée en 1869 
par M^'' Zéphyrin Guillemiu, qui s'exprime ainsi: ^) 

«A quelque distance du tombeau du P. Parrenin se trouve celui 
du Frère Attiret, avec l'inscription latine suivante: 

DION YSIUS IN MISSIONE 

ATTIRET, ANN. XXX 

GALLÜS, OBIIT PEKINI 

SOC. JESU. DIE VIII DECEMB. 

VIXIT IN SOC. ANNO MDCCLVIII 

ANNIS XXXIII AETATIS LXVI 

. . . Sur le revers de la pierre se lit une autre inscription chinoise, 
ainsi conçue: 

D. 0. M. 
Monumentum D. Wouong tsi-ching erectum. 

D. Wouong Tsi-ching^ Jesuita, Galliis, perfectioms amore, Patres 
Jesuitas, ad praedicandam fidem secutus est. Qui, cum annis 30 in 
aula Imperiuli laborasset, 66 annos natus vita decessit. 

Ipsius morte Imperatori annunciata, eodem die Imperator ex 
aerario publico pro eius sepultura misit 200 taëlia argenti, quae 
quidem accepta sunt.» 



1) La lettre de M«' Guillemin, adressée à l'Union franc-comtoise, y a paru le 15 mars 
1870; elle a été reproduite dans des Lettres de iW Guillemin publiées à Rome en 1870 
(cf. Bihl. Sinica^, col. 1131). Je n'ai eu accès à aucune de ces éditions. Mais M. l'abbé 
Launay, des Missions Etrangères, m'a aimablement communiqué un ouvrage Hommes et 
choses d'Extrême-Orient {Ire Série), publié à Macao en 1919, in-8°, par Endore de Colomban 
(= abbé Gervaix), et où la lettre en question est à nouveau reproduite ; le passage se trouve 
k la p. 284. 



192 PAULPELLIOT. 

Il va sans dire que «Wououg Tsi-ching» est Wang Tche-tch'eng, 
et il est donc bien certain que c'est là le nom sous lequel Attiret 
fut connu en Chine. Si le nom de Pa Tö-ni se trouve quelque part, 
il faudrait que ce fût là un premier nom qu'Attiret aurait reçu 
lors de son arrivée dans la mission de Chine, mais qu'il abandonna 
par la suite. Mais je ne vois jusqu'ici rien qui vienne à l'appui 
d'une telle solution. 

3^ Ignace Sichklbart. Le père jésuite Ignace Sichelbart ou 
Sickelpart était un Tchèque, né en 1708, arrivé en Chine en 1745, 
mort à Pékin en 1780 ^). Son nom chinois était bien, comme 
l'indique l'édit de 1765, 5t ^ ^g^i K'i-mong. D'après Hou 
King (ch. 2, 1*^ 24), Sichelbart (tout comme Castiglione) excellait 
surtout dans la peinture des animaux et des plantes. Huit de ses 
œuvres étaient décrites dans la deuxième série du Che k'iu pao M 
et une dans la troisième. L'une de ces œuvres représente un cheval 
«circassien» offert par le prince tourghout Cäbäk-Dorji lors du 
retour de sa tribu en Chine en 1771. Les autres sont également des 
peintures d'animaux. 

4° Jean Damascene. M. Cordier l'appelle le «frère» Jean Damascene 
et dit qu'il ne faut pas le confondre avec Jean Damascene, sacré le 
20 septembre 1778, sans bulles, comme évêque de Pékin et mort en 
novembre 1781 '). Je crois au contraire qu'il s'agit d'un seul et 
même personnage. 

En premier lieu, il n'y a aucune raison de supposer que le 
peintre Jean Damascene était seulement «frère» et non «père». 
Les signatures des estampes mettent devant le nom de Jean Damascene 
tantôt î\, tautôt P. F., tantôt P. J., tantôt même S.; il n'y a rien 



1) Cf. Cordier, Le* Ckmçuéles, p. 5. 

2) Cordier, Les Conquêtes, p. 3, 5. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 193 

à en conclure de décisif. On se rappellera toutefois que le titre de 
«frère» s'employait pour des religieux qui étaient en réalité prêtres, 
et non «frères» au sens où nous l'entendons, et c'est ce que suggère 
ici le P. F. ^) Quand il s'agit des simples frères comme Attiret ou 
Castiglione, les légendes des estampes ne mettent d'ailleurs aucune 
initiale devant leurs noms. Enfin et surtout, le traducteur de l'édit 
de 1765, qui vivait à Pékin même, distingue soigneusement les 
«frères »Castiglione et Attiret des «pères »Sichelbart et Jean Damascene. 
Le P. de Rochemonteix parle sans hésitation de notre peintre comme 
du «P. Damascene» ^). 

Le Père Jean Damascene qui fut sacré évêque de Pékin en 1778 
était un Augustin déchaussé, prêtre romain, de son nom de famille 
Salusti ou Sallusti, et dont le nom de religion complet était Jean 
Damascene de la Conception; missionnaire de la Propagande et établi 
à Pékin depuis de longues années, il savait mal le chinois ^). Or les 
missionnaires de la Propagande, installés à Pékin au Si-t'ang, 
étaient fort peu nombreux. Longtemps, il n'y eut qu'un missionnaire 
de la Propagande à Pékin, le P. Sigismond, Augustin réformé; 
mais il reçut enfin du renfort. «On lui envoya du fond de l'Italie, 
écrit le P. Amiot . en 1774, d'abord un peintre et un horloger, et 
ensuite un médecin, ou se disant tel. Le premier était Augustin 
déchaussé, le second petit Carme et le troisième Franciscain. Celui-ci 
n'ayant pas réussi dans la première cure dont on le chargea, fut mis 
à quartier presque en arrivant. Les deux autres, après avoir servi 
environ dix ans, ont été renvoyés du palais parce qu'ils n'avaient 



1) Le fntur évêque Jean-Damascène est ainsi qualifié de «frater» dans un document 
romain de 1778 (de Rochemonteix, Joseph Amiot, p. 498); et cependant il s'agit bien 
d'un prêtre. 

2) Joseph Amiot, p. 151. De même, une lettre du P. Benoist du 4 novembre 1773, 
qui parle bien des «frères» Panzi, Attiret, Castiglione, nomme à côté d'eux le «père» 
Damascene, encore peintre au Palais à cette date {Lettres édifiantes, éd. du «Panthéon 
littéraire», IV, 197). 

3) Ibid., p. 281, 498—499. 



194 PAULPELLIOT. 

ni les manières, ni le ton propre du lieu, outre ces trois religieux, 
il y en a un quatrième, petit Carme encore, mais allemand de nation, 
et qui est proprement le seul des propagandistes qui ait acquis assez 
de connaissance et d'habitude de la langue chinoise, pour pouvoir 
faire avec quelques fruits les fonctions de missionnaire»^). Le carme 
allemand est le P. Joseph de Sainte-Thérèse, délégué par l'évêque 
de Nankia pour l'administration du diocèse de Pékin. L'horloger est 
le P. Archange. On ignore le nom du médecin. Quant au peintre, 
c'est naturellement le peintre Jean Damascene. On voit par la lettre 
d'Amiot qu'après avoir travaillé au Palais pendant dix ans, il était 
à nouveau au Si-t'ang, libre de tout emploi, en 1774; et d'autre 
part il ne savait autant dire pas le chinois malgré son long séjour 
^ Pékin. Tout cela rendrait déjà bien vraisemblable l'identification 
du Jean Damascene peintre et de Jean Damascene Sallusti. Mais si 
on reprend les titres que porte le peintre Jean Damascene dans les 
légendes des estampes, on voit que le nom complet du peintre est 
Jean Damascene de la Conception, qu'il était Augustin déchaussé, 
Romain, missionnaire de la Propagande. Il me paraît clair dès lors 
qu'il n'y a plus à hésiter: c'est bien l'ancien peintre de K'ien-long 
qui est devenu M^'' Sallusti, évêque de Pékin, en .1778. M^^ Sallusti, 
qui ne fut pas heureux comme prélat, ne l'avait pas été non plus 
comme peintre. Quelles qu'aient été les raisons précises qui lui firent 
quitter le Palais après dix ans d'emploi, il n'avait pas assez de 
talent pour qu'on l'y pût regretter. Cochin parle du dessin d'une 
des premières planches «qui, étaut du Père Damascene, était des 
moins bons» ^). L'édit de 1765 et le document chinois parallèle 
auquel j'ai déjà fait allusion nous font connaître pour la première 
fois le nom chinois du P. Jean Damascene, alias MS^* Sallusti: 



1) Ibid., p. 160—151. 

2) Cf. Monval, loc. laud., p. 164—156. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 195 

c'est ^ ^ ^ Ngan To-yi ^). Mais aucune peinture de Ngan To-yi 
n'est portée au Clie Ic'iu pao ki; Hou King l'ignore entièrement. 

* 
* * 

Sur les conditions dans lesquelles les dessins furent envoyés en 

France, il s'est produit quelques confusions qu'il paraît aisé et utile 

de dissiper. MM. Monval et Cordier ont dit que l'édit du 13 juillet 

1765 prescrivait d'envoyer les dessins «en France». M. Monval écrit: 

«La Compagnie des Indes d'Angleterre fait tout son possible pour 

avoir la commande; mais le P. [sic] Attiret, grâce à son ascendant 

sur l'empereur et à l'autorité incontestable de son talent, procure 

cet avantage à la France» ^). Eu réalité, l'édit du 13 juillet 1765 

prescrit d'envoyer les gravures «en Europe», mais ne nomme pas 

la France. D'autre part, au cours d'une conversation que le P. Michel 

Benoist eut eu 1773 avec l'empereur K'ien-long, le Père dit que 

c'était le vice-roi de Canton qui avait choisi la France pour 

l'exécution des gravures; et comme l'empereur lui demandait: 

«N'est-ce pas vous autres qui d'ici avez indiqué votre royaume et 

avez écrit pour cela?», le P. Benoist lui répondait: «... Il est 

vray que ... les Europeans d'ici ont fait des Mémoires qui ont été 

envoyés en même temps que les premiers desseins: mais dans ces 

Mémoires les Europeans avertissoient seulement le graveur quel 

qu'il fut de la conformité totalle que V. M*® souhaitoit qu'eussent 

ces planches avec les desseins envoyés, de la quantité d'Estampes 

que Votre Majesté souhaitoit qu'on tirât et des autres circonstances 



1) En réalite, bien qu^n ignorât les caractères chinois qui l'écrivaient, le nom chinois 
du P. Damascene était déjà cité dans une lettre du P. Benoist du 4 novembre 1773, où 
le P. Benoist dit que «Ngan-tey (le père Damascene de la S. C.)» est Italien {Lettres 
édif., éd. du «Panthéon littéraire», IV, 214), Puisque je complète et rectifie ici les noms 
chinois qn'un indique traditionnellement pour un certain nombre d'anciens missionnaires, 
j'ajouterai que les lettres du V. Benoist montrent encore {Lettres édif., IV, 219) que le 
nom chinois du P. Bourgeois n'est pas Se. |^K io» Tch'ao Tsi-ko, comme il est dit dans 
T'oung Pao, 1916, p. 274, à la suite du Catalogus Patrum, mais Tch'ao Cheng-sieou. 

2) Ibid., p. 149—150. 



196 PAUL PELLIOT. 

que V. M*® avoit elle-même indiquées»^). Il est donc certain que 
la décision d'envoyer les dessins en France plutôt qu'en tout autre 
pays d'Europe fut prise à Canton et non à Pékin; ui le frère Attiret 
ni l'empereur n'y sont pour rien ^). 'La vérité nous est révélée par 
un mémoire de Bertin qu'a signalé M. Cordier. Les Anglais furent 
pressentis, mais le P. Louis Joseph Le Febvre, supérieur de la 
mission jésuite française de Chine et alors établi à Canton, «fit 
représenter au Vice-Roi par un mandarin de ses amis, protecteur 
déclaré des Français, que les arts étaient plus cultivés en France 
que dans aucun autre Etat de l'Europe, et que la gravure surtout, 
y était portée au plus haut point de perfection» ^). 

Le P. Le Febvre voyait sans aucun doute dans l'exécution de 
ces gravures par la France un moyen de développer en Chine 
l'influence française, et par suite celle des missionnaires français 
établis à la Cour de Pékin. Mais les représentants de la Compagnie 
[française] des Indes à Canton montraient moins d'enthousiasme. 
C'est ce qui résulte d'une lettre du Conseil de la Direction de Canton 
adressée le 10 janvier 1767 aux Directeurs de la Compagnie à Paris 
et où ou lit ce qui suit: «L'honneur d'avoir été choisis entre les 
autres nations pour décorer Le Palais de Sa Majesté Impériale est 



1) Cordier, Les Conquêtes, p. 17. 

2) En parlant des efforts de la Compagnie anglaise des Indes pour avoir la commande 
et de Tiatervention da «P. Âttiret», M. Monval s'est inspiré d'un des documents qai com- 
posent la pièce n" l de la liasse 0' 1924 (2). Mais ce document, dont il sera question plus 
loin, est un Mémoire établi dans les bureaux de Bertin à la fin de 1766 et qui rapporte 
tout cela comme un simple «on dit)» de Paris; en outre, il y est question des «mission- 
naires qui sont à la Cour de Pékin» en général, mais c'est M. Monval qui, de son chef, 
a nommé Attiret. 

3) Cordier, Les Conquêtes, p. 5 — 6, et surtout La Chine en France au XVIIle siècle 
(Paris, 1910, in-4°), p. 57 — 58, où le texte entier est donné. Toutefois ce mémoire de 
Bertin est sensiblement plus tardif; il fut sans doute écrit après la lettre de Parent du 
18 avril 1776 dont il sera question tout à l'heure; et soit information fautive dès l'origine, 
soit imprécision de souvenirs après dix ans, il contient un certain nombre d'inexactitudes. 
Bertin se trompe en croyant que l'ordre de K'ien-long, qui est certainement l'édit du 13 
juillet 1765, est postérieur à l'intervention da P. Le Febvre auprès du vice-roi de Canton. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 197 

assurément très flateur, mais il nous expose à des embaras que nous 
eussions été plus aise d'éviter. La route étant faite, nous avons été 
obligés de la suivre. Nous tachons seulement de ne pas nous com- 
promettre en ne determinant point de terme pour l'exécution où du 
moins en exigeant un terme si long qu'il ne soit pas possible de 
manquer à nos engagements» ^). 

Le Conseil de Direction de la Compagnie à Canton exprimait 
ces appréhensions en 1767, à propos de l'envoi du second lot com- 
prenant les 12 derniers dessins. Mais les arrangements entre les Chinois 
et la Compagnie des Indes avaient été conclus dès 1765, au reçu 
de l'édit impérial. Comme pour toute affaire commerciale avec les 
Européens, c'étaient les marchands hannistes qui avaient traité. Un 
heureux hasard nous a conservé le texte chinois de ce traité signé 
par les 10 marchands hannistes, ayant à leur tête ^ |^ ^ P'an 
T'ong-wen ^). Bien que la traduction de ce document préparée par 
M. Courant ait déjà été publiée par M. Cordier en 1902 dans un 
travail sur Les marchands hanistes de Canton *), elle est restée ignorée 
de M. Monval, M. Cordier ne s'est pas trouvé y faire allusion dans 
son article sur Les Conquêtes de V Empereur de la Chine, et par suite 
M. Ishida ne l'a pas non plus utilisée. Je crois donc bon de la 
reproduire ici, avec de très légères modifications: 

P'an T'ong-wen et autres, marchands hannistes au Kouang-tong, en s'en- 
gageant publiquement font une commande à P^ ^^ fî^ Kan-tche-li et à 
«^ jjjfin p|B Wou-kia-lang4), chefs commerciaux pour le royaume de France. 



1) Arch. Nat., 0' 1924 (2), pièce n° 4. 

2) Bibl. Nat., nouv. fonds chinois n° 5231. Le document porte une date d'enregislre- 
ment du 1" mai 1767. 

3) T'ounç Pao, H, in, 304—306. 

4) La suite du texte montrera que Kan-tche-li devait repartir en France avec les 
vaisseaux, au lieu que Wou-kia-lang restait à Canton. Des personnes mieux au courant 
que moi de l'histoire de la Compagnie des Indes pourraient certainement identifier ces 
personnages. Pour Wou-kia-lang, on serait tenté de songer à Vauquelin, qui fut nommé 
en 1776 consul à Canton lors de la création de ce poste; Vauquelin avait fait antérieure- 
ment plusieurs voyages eu Extrême-Orient, mais j'ignore s'il avait été a un moment à la 



198 PAUL PELLIOT. 

Nous avons reçu de LL. EE. le vice-roi et le surintendant des douanes 
communication d'un ordre impérial prescrivant de transmettre, pour les faire 
graver sur cuivre, quatre dessins représentant les Victoires obtenues dans les 
pays des Dzoungars et des tribus musulmanes i). Avec bordereau ont été en- 
voyés un feuillet, dessin oi-iginal de ^R Tg^ ^^ Lang Che-ning, ayant pour 
sujet «Le camp [enlevé] par ruse par Ngai-yu-che» -); un feuillet, dessin original 
de ^ $j^ gw Wang Tche-tch'eng, ayant pour sujet «[le combat d'J j^ ^W 

^^ j^ A-eul-tch'ou-eul » ; un feuillet, dessin original de "^t ^^ ^^ Ngai 
K'i-mong, ayant pour sujet «Les habitants de l'Ili font leur soumission» 3); 
un feuillet, dessin original de ^r ^S. ^g Ngan To-yi, ayant pour sujet « [le 
combat de] Jf^ {^ jffi^ K'ou-eul-man». En même temps ont été envoyés deux 
feuillets en caractères barbares du royaume d'Italie et deux feuillets en caractères 
barbares ayant cours dans tous les pays d'Occident *). Ces diverses pièces sont 
parvenues à notre comptoir, avec l'ordre transmis par les autorités de traiter 
[cette affaire]. 

Maintenant nous remettons aux chefs Kan-tche-li et Wou-kia-lang l'en- 
semble des quatre dessins originaux et des quatre papiers en caractères barbares, 
pour que le tout soit porté par le vaisseau pî Hß Po-ye s) en votre pays et 

tête du Conseil de Direction de Canton (cf. Cordier, La France en Chine au XVllIe siècle, 
p. LXiv tt passim, surtout p, 86; aussi T'ounff Pao, II, ix, 54). Pour Kan-tche-li, j'incline 
à penser qu'il s'agit de M. de La Gannerie, qui fut «chef du Conseil» de la Compagnie 
des Indes à Canton à l'époque indiquée (cf. T'oung Pao, 1917, p. 307). 

1) '^ •§ ^ ^ ^ ;^ ^ ^ H • Tel était donc le nom officielle- 
ment donné à la série des 16 planches dans l'édit du 13 juillet 1765 que le contrat des 
hannistes suit sûrement avec fidélité. La traduction de M. Courant («tribus musulmanes 
de Dzoungarie»), quoique grammaticalement possible, est inexacte. 

^) ^c 3l. §S PF ^ä ' ^^ traduction de M. Courant («camp de Ngai-yu-chi-tcha») 
n'est pas juste. Tous les noms d'auteurs et les titres des planches sont empruntés par les 
hannistes à l'édit du 13 juillet 1765, comme ou peut s'en convaincre en se reportant à la 
traduction française de cet édit reproduite plus haut. Ainsi, à défaut du texte chinois 
original de l'édit, nous en atteignons ce qui nous manquait le plus, c'est-à-dire la forme 
véritable des noms propres, grâce au contrat des marchands hannistes. 

4) Comme on pouvait le supposer et comme un document nous le confirmera bientôt, 
cette seconde formule désigne le latin. Les Chinois ne distinguaient naturellement pas entre 
une langue et son écriture; les „caractères" italiens sont donc pour eux différents des 
„caractères" latins. 

6) Ce nom, qui ne donne pas de sens en chinois, doit être une transcription du nom 
du narire de la Compagnie des Indes. Qui connaîtrait la liste des voyages effectués à cette 
époque en Chine pour la Compagnie restituerait le nom sans peine. Phonétiquement, on 
pourrait songer au Benyer, mais ce navire paraît exclu par le fait qu'il se trouvait de 
nouveau k Canton tout au début de 1767, comme on le verra plus loin. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 199 

qu'on prenne la peine de le remettre à la Compagnie (,^» ]ß^ *s* kong-pan-yi). 
Celle-ci confiera les pièces aux Ministres d'Etat de votre pays et les chargera 
de faire graver quatre planches de cuivre avec une exactitude respectueuse, en 
se conformant aux règles et aux instructions contenues dans les documents en 
caractères barbares. La gravure étant achevée, pour chaque planche on tirera 
200 exemplaires sur bon papier résistant, soit en tout 800 feuilles, qui avec 
les planches de cuivre, seront divisées [en deux lots] et chargées sur deux 
vaisseaux pour être rapportées : chaque vaisseau devra porter 2 planches de cuivre 
et 100 exemplaires de chaque gravure, soit en tout, 400 feuilles. Les quatre 
dessins originaux envoyés d'ici et les quatre documents en caractères barbares 
seront joints, et le tout exactement devra arriver au Kouang-tong environ dans 
la -33^ année (1768)') pour être remis aux autorités. 

Maintenant on verse à l'avance 5.000 taëls d'argent '1^ ^s houa-pien '^) 
à titre d'arrhes. Si pour le prix du travail ce n'est pas suffisant, on complétera 
intégralement le prix lors de l'arrivée des planches de cuivre. S'il y a quelque 
accident de mer, le prix du travail et le fret seront portés au compte de notre 
comptoir. 

Ce billet d'obligation est dressé en deux exemplaires semblables, l'un est 
remis au chef Kan-tche-li pour qu'il l'emporte dans son pays et s'y conforme; 
l'autre est remis au chef Wou-kia-lang résidant à Canton pour qu'il le conserve 
comme preuve. Des deux parts, il n'y aura pas de négligence. 

Ceci est une affaire importante transmise par les autorités pour être traitée ; 
il faut que la gravure soit très fine et conforme au modèle. Aussitôt [le travail] 
fait, qu'on renvoie le tout dans les délais; le plus tôt sera le mieux. 

Ce billet d'obligation est remis à MM. les chefs Kan-tche-li et Wou-kia-lang. 

La 30' année de K'ien-long (1765), . . . mois, . . . jour. ^) 

[Suivent les signatures des dix marchands hannistes, P'-an T'^ong-ioen 
et autres.] 

Il me paraît clair que le document conservé à la Bibliothèque 
Nationale est l'exemplaire du contrat apporté en France par «Kan- 



1) La date de 1769 indiquée dans la traduction de M. Courant est un lapsus. 

2) Houa-pien signifie mot-àmot „à bord fleuri", „à bord orné"; M. Courant a donné 
en note l'explication du dictionnaire de Wells Williams, où l'expression est rendue par 
j,a milled dollar", „un dollar îi cordon". Le dictionnaire de M. Giles indique (s.v. iq*î ) 
^^ -îA hova-picii, „flowery border, — a dollar", et {s. v. j^ ) -\y. iÄ ftoua-pien, „a 

flowered border; the milled edge of a coin". Les dollars actuels n'existaient pas en 1765; 
mais les Européens tenaient à Canton leurs comptes en piastres. Il semble donc que les 
hannistes aient versé les 5000 taéls non pas en lingots d'argent, mais en piastres d'argent ; 
il doit s'agir de la piastre espagnole. 

3) Le mois et le jour ne sont pas indiqués. 

14 



200 PAUL PELLIOT. 

tche-li». Les deux feuillets en italien et les deux feuillets en latin 
représentaient évidemment l'un le texte italien et latin de la tra- 
duction de l'édit du 13 juillet, l'autre le texte latin et italien de 
la note annexe de Castiglioue. La traduction française de ces docu- 
ments que j'ai reproduite plus haut est sûrement l'œuvre des agents 
de la Compagnie des Indes. Que la traduction primitive de l'édit 
soit due à Castiglione ou à son entourage, c'est ce que nous confirme 
par ailleurs l'orthographe conservée pour les noms propres dans la 
traduction française: cette orthographe est eu effet l'orthographe 
portugaise, courante chez les Jésuites portugais de Pékin auxquels 
Castiglione était rattaché, au lieu qu'un traducteur de la mission 
jésuite française aurait employé l'orthographe française de Gaubil 
et d'Amiot; Attiret est donc décidément hors de cause. Eu outre, 
le double emploi de l'italien et du latin par Castiglione montre 
bien qu'il ne savait à quel pays irait la commande; il voulait 
seulement, à tout hasard, que l'édit et sa note fussent compris 
partout. Quant à ce qu'il est advenu de ces notes originales eu 
italien et en latiu, une lettre de Parent, écrite en 1776, prouve 
qu'il les vit lors de l'arrivée des quatre premiers dessins eu France ^). 
Si nous ne les retrouvons pas, c'est sans doute que, conformément 
au contrat avec les hannistes, elles furent renvoyées en Chine avec 
les gravures. 

Expédiés en France (sur le «Po-ye-»?) au début de 1766^), 
les quatre premiers dessins y arrivèrent dans l'automne de 176G, 
Le contrat avec les hannistes spécifiait que la Compagnie des Indes 
remettrait les dessins «aux Ministres d'Etat» pour les faire graver; 
mais rien ne prouve que « Kan-tche-li » ait apporté avec lui une 
traduction complète du contrat; en tout cas on ne trouve pas trace 



1) Cf. Cordier, Les Conquêées^ p. 7. 

2) En annonçant le second envoi en 1767, le Conseil de Direction de Canton parle 
du premier comme effectué „l'année dernière"; les vaisseaux n'avaient donc d/\ quitter 
Canton qu'au début de 1766. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 201 

d'une telle traduction, et il n'est même fait aucune allusion au 
contrat dans le dossier des Archives Nationales. Que contenaient 
par ailleurs les rapports écrits de « Wou-kia-lang», ceux écrits ou 
oraux de «Kan-tche-li»? Nous l'iguoron?, car ces rapports n'ont 
pas été signalés jusqu'ici; on sait que les archives de la Compagnie 
des Indes ont eu majeure partie disparu à la Révolution. Mais le 
fait certain est que la Compagnie possédait la note de Castiglione, 
adressée, selon la version française, «au très illustre Président de 
l'Académie de Peinture», sans que ce titre visât dans l'espèce une 
académie spéciale d'un pays déterminé ^). Les directeurs de la 
Compagnie des Indes ne tinrent d'abord nul compte de cette note 
et se préoccupèrent de trouver eux-mêmes des graveurs. Mais Pa- 
rent, premier commis du ministre Bertin de qui dépendait la Com- 
pagnie des Indes, se trouva voir chez les Directeurs de la Compagnie 
la note de Castiglione, et fit alors observer à ces messieurs que 
l'exécution de la commande ne les concernait pas et que «l'Empe- 
reur de la Chine avoit entendu d'en charger le Ministre des Arts, 
c'est-à-dire le Directeur Général des Bâtiments du Roy». Parent 



1) M. Monval {Les Conquêtes de la Chine, p. 150) et M. Cordier (La Chiite en France 
au XFIITe siècle, p. 55 ; Les Conquêtes, p. 6), disent que la note de Castiglione était adressée 
an „Directeur des Arts"; je ne trouve cette indication que dans la notice jointe à la suite 
réduite de Helman (cf. Cordier, La France en Chine au XFIIIe siècle, p. 16), et elle doit 
être inexacte. Parent, qui vit la note de Castiglione en „françois, latin et italien", dit qu'elle 
portait l'adresse de „M. le Président des Beaux-Arts" (Cordier, Les Conquêtes, i).!), et noas 
ne pouvons y contredire absolument, puisque nous ne connaissons que la version française 
de la note; mais Parent écrit en 1776, et ses souvenirs, après dix ans, peuvent avoir 
manqué ici de précision. Le mémoire de Bertin dont il a été déjà question dit (Cordier, 
La Chine en France, p. 58) que la lettre d'envoi de Castiglione, en latin, en italien et en français, 
„étoit adressée au très illustre Président des Arts (il n'ctoit pas qualifie' du titre de Président 
de l'Académie)". Au moins en ce qui concerne la version française de la lettre de Castiglione, 
la seule qui nous soit connue, l'affirmation de Bertin est absolument erronée. Il ne semble 
pas qu'on doive accorder plus de créance à un mémoire de 1775 émanant des bureaux du 
comte d'Angiviller (on trouvera ce document plus loin) et où il est dit que la lettre de 
Castiglione était adressée au y^ Président de la sculpture en France"; la France n'étaif 
sûrement pas nommée dans la lettre de Castiglione. 



202 PAUL tELLlôT. 

prévint alors son chef Bertin, et celui-ci parla à son toar au 
Directeur général des Bâtiments du roi et Directeur de l'Académie 
royale de peinture, le marquis de Marigny, «qui prit les ordres du 
Roy et retira les desseins» ^). 

C'est le 17 décembre 1766 que, conformément à l'avis de Parent, 
les directeurs de la Compagnie des Indes se décidèrent à saisir 
M. de Marigny par la lettre suivante dont une copie se trouve aux 
Archives Nationales:^) 

Copie d'une Lettre de M" Les Sindics et Directeurs de la Compagnie des 
indes a M. Le Marquis de Marigny du 17 X""" i766. 
Monsieur 

Le nommé Lankeikoua •') marchand Chinois a remis aux préposés de la 
Compagnie à Canton quatre desseins représentant les victoires de L'Empereur 
de la Chine Sur les tartares manchoux, il a demandé, au nom des grands 
mandarins de la Ville, que ces desseins fussent apportés en france pour y être 
gravés par les meilleurs artistes conformément au Décret de l'empereur, dont 
il a remis en même [sic] deux traductions L'une -en latin et l'autre en Italien. 
Les traductions de ce décret ainsy que les desseins, avoient été envoyés de 
Pékin par le P. Castiglione, Jésuite, qui avoit reçu les ordres de l'Empereur à 
cet égard. Ces divers [sic] Pièces sont accompagnées d'une Lettre de ce Père 
adressée au Président de l'Académie de Peinture, dans laquelle il lui recom- 
mande la perfection de L'ouvrage, en même tems qu'il en exprime les Conditions; 
nous avons pensé. Monsieur, que la direction d'un travail dont le succès interresse 
l'honneur des artistes françois ne pouvoit regarder que vous, nous avons l'hon- 
neur de vous adresser en conséquence une traduction tant du Décret de l'Em- 
pereur, que de la lettre du P. Castiglione et nous vous ob.servons qu'il seroit 

1) Lettre de Parent à Bertin, e'crite de Seville, 18 avril 1116 {Corâier, Les Conqué/es, 
p. 7). 

2) 0' 1924 (2), pièce n» 1. 

3) Lire „Pankeikoua", que donne d'ailleurs le document de 177B émanant du comte 
d'Angiviller. C'est là une transcription de ^-ffip «^ B P'an K'i'l<oaan, nom qui est 
resté jusqu'au milieu du XIX' siècle celui d'une des maisons hannistes de Canton; cf. 
T'ounff Fao, 11, m, 307—810; Cordier, La France en CAine, p. 61. 62; H. B. Morse, 
The gilds of China, Londres, 1909, in*8°, p. 69 (dans T'oung Pao, II, Ht, p. 310, „P'an 
Kou-kouan" est une transcription inexacte, et on ne voit pas pourquoi le nom est répété 
deux fois dans la liste). Le „Pankeikoua" ici vise' n'est autre que P'an T'ong-wen, le pre- 
mier signataire du contrat de 1765. Peut-être est'ce le nom de „Pan-kei-koa" qui est altéré 
en „T'an-an-koa" dans une copie d'un document de 1770 reproduite par Cordier, £a Fra-wt^e 
m Chitie, p. 4. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 203 

à souhaiter, pour remplir les intentions de l'empereur, que ce travail fût fini 
au mois de 9''" prochain, afin de profiter des vaisseaux que la compagnie ex- 
pédiera alors pour la Chine. 

La Compagnie payera ce qu'il en pourra coûter pour l'Exécution de cet 
ouvrage, et nous nous empresseions. Monsieur, de vous remettre les quatre 
desseins, ainsy que les autres Pièces originales dont nous venons de vous faire 
le détail, aussitôt que vous aurez bien voulu nous en indiquer le moment. 

Nous sommes avec Respect, etc. 
Signé: Brisson, Du Vandier, Marion, Belin (?), Sancé (?) [,] de Lessart, Le Moyne 

et De Mery Darcy. 

Cette copie de la lettre des directeurs de la Compagnie des Indes 
est accompagnée de la copie d'un Mémoire, évidemment établi dans 
les bureaux de Bertin, et dont voici le texte: 

L'Empereur Kien-long, actuellement regnant en Chine vient de Rendre 
hommage à l'Industrie françoise, en faisant charger les préposés de la Com- 
pagnie des indes à Canton de faire graver en franco quatre grands desseins 
représentant des victoires qu'il a remportées sur des Rebelles attachés à la 
dernière dinastie chinoise; ces quatre desseins sont actuellement à Paris entre 
les mains des Sindics et Directeurs de la Compagnie des Indes. 

L'Empereur demande que les quatre Planches gravées sur cuivre lui soient 
envoyées, avec 200. épreuves de chaque Planche; pour fournir à la dépense, il 
a fait délivrer aux préposés de la Compagnie, une somme de Seize mille Taëls 
(N* Le Taël vaut 7^10* ce qui fait une somme de 112.800^). Ce Prince demande 
encore que les quatre Desseins originaux luy soient renvoyés avec les Planches 
et les Epreuves, on dit que la Compagnie des Indes d'angleterre, ou ses em- 
ployés à la Chine ont fait tout leur possible pour avoir la Préférence de Cette 
Commission, sentant bien toute l'utilité que l'angleterre en auroit pu retirer, 
mais que les missionnaires qui sont à la Cour de Pékin ont procuré cet avantagé 
à la france. 

on Croiroit à propos d'exécuter en petit ces quatre desseins sur des grands 
vases de Belle forme de la Manufacture Royale de Sève [sic], un tel présent 
seroit sans doute fort estimé de l'empereur de la Chine, niais ce qui lui feroit 
le plus de plaisir, ce seroit de voir ces mêmes desseins exécutés en tapisseries 
à la Manufacture Roïale des Gobelins, ou au moins à celle de Beauvais. . . ') 

Ce Mémoire est lui-même suivi de la copie d'une lettre de Bertin 

au marquis de Marigny, en date du 27 décembre 1766. Elle est 

ainsi conçue: 



1) La suite du Mémoire énumère les avantages commerciaux, politiques et religieux à 
retirer de l'exécution de la commande. 



204 PAUL PELLIOT. 

Le Memoire, Monsieur, que j'ai l'honneur de vous adresser ayant été remis 
au Roy, S. M. sur le compte qu'elle m'a chargé de luy en rendre, m'a donné 
ses ordres pour ce qui concerne la manufacture de Sèvres: elle m'a commandé 
aussi de vous faire part de ce memoire, en vous prévenant de Sa Part qu'elle 
désire que vous preniez ses ordres sur les demandes que contient ce mémoire 
relatives à votre administration, après néantmoins que vous vous serez procuré 
à la Compagnie des Indes tous les ecclaircissemens qui peuvent vous êtres né- 
cessaires pour les objets qui vous regardent, et que présente entr'autres une 
Lettre qui a dû vous parvenir par la voie de la Compagnie des Indes à votre 
adresse comme Directeur Général des Batimens du Roy et manufactures. 

Je vous renouvelle, elc. Signé: Berlin. 

Je ne crois pas que l'idée de faire reproduire les quatre dessins 
en tapisserie par les manufactures des Gobelins ou de Beauvais ait 
eu aucune suite. En ce qui concerne la manufacture de Sèvres, la 
lettre de Bertin semble indiquer que des ordres avaient été au 
moins donnés. L'administrateur de la manufacture de Sèvres me 
fait savoir, par lettre du 17 novembre 1920, qu'on ne trouve rien 
à ce sujet dans ses archives, mais ajoute que ces archives «sont 
assez pauvres de renseignements sur les productions artistiques de 
la Manufacture au XVIIP siècle» ^). 

Grâce à Bertin, les quatre dessins furent donc remis à M. de 
Marigny, non pas en tant que Directeur de l'Académie royale de 
peinture, mais comme Directeur Général des Bâtiments du Roi et 
Manufactures^); cette remise aurait été effectuée le 31 décembre 
1766 par M. de Méry d'Arcy ^). 



1) L'administrateur me fait savoir par ailleurs qu'on possède encore an Musée Cérami- 
que de la Manufacture, sous le nom d'„Empereur de la Chine", la maquette originale par 
Le ßiche (1775) d'une statuette en pied de K'ien-long, et que c'est même un des modèles 
dont on continue la fabrication. Un exemplaire de cette statuette fut envoyé à la Cour de 
Pékin, ainsi qu'un portrait de K'ien-long „peint sur porcelaine de France", d'après une 
lettre de Bertin à Panzi en date du 16 novembre 1781 (Cordier, Giuseppe Pami, p. 9; 
La Chine en France au XFlIle siècle, p. 83). 

• 2) C'est ce qui résulte de la fin de la lettre de Bertin du 27 décembre 1766 qu'on 
a lue plus haut et des termes employés dans les soumissions des graveurs qui exécutèrent 
les planches. Et c'est aussi sans doute ce que veut dire Bertin quand, dans son Mémoire 
plus tardif, il déclare que la lettre de Castjglione était adressée au Président des Arts et 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 205 

A cette même date du 31 décembre 1766, Bertin parlait avec 
enthousiasme des quatre dessins «magnifiques» arrivés de Chine. 
«Ces dessins lavés à l'encre de la Chine sont, disait-il, do la plus 
grande beauté; on y distingue entr'autres ceux qui sont de la main 
du P. [sic] Castiglione et du F. Attiret» i). Il est vrai que Bertin 
ajoutait en note: «Je ne les ai pas encore vu, mais M. Poivre^) 
et autres personnes les trouvent tels». Mais l'admiration ne semble 
pas avoir été aussi grande dans le monde des artistes. En particulier, 
quand il s'agit de graver le dessin du P. Jean Damascene, Cochin 
estima nécessaire de le retoucher au préalable à tel point que le 



ajoute expressément (à tort) qu'il n'y était pas qualifié du titre de „Président de rAcadémie". 
Il n'y a pas à s'arrêter à l'indication en apparence contraire de la notice de Helœan (cf. 
Cordier, La France en Chine, p. 16). Il semble d'ailleurs qu'il se soit produit à. la fin de 
1766 certaines contestations ou rivalités au sujet de ces dessins, et ce n'est peut-être pas 
seulement aux premières démarches des Directeurs de la Compagnie des Indes pour choisir 
eux-mêmes des graveurs que Bertin faisait allusion quand il écrivait au Marquis de Marigny 
le 18 mai 1771; „Vous vous rappelez, Monsieur, le danger que coururent les dessins des 
Batailles que l'Empereur de la Chine en France il y a quatre ans... lorsque j'en donnai 
l'éveil afin qu'elles vous fussent remises pour être gravées sous vos ordres..." (Cordier, 
La Chine en France, p. 59; Les Conquêtes, p. 16). Cette lettre est citée avec cette date 
du 18 mai 1771 par M. Cordier d'après la copie qui s'en trouve dans les papiers de Bertin 
légués par M. Delessert à l'Institut; mais cette même lettre existe aux Archives Nationales 
(0'1924[2], pièces 54, 55, 56) et y est datée de la „fin may 1771". 

3) Cf. Cordier, Les Conquêtes, p. 7. Cette date est vraisemblable, mais elle n'est don- 
née à ma connaissance que par Helman, dans la notice jointe à sa rédaction des seize 
estampes (cf. Cordier, La France en Chine au XV llle siècle, p. 16); cette notice renferme 
plusieurs inexactitudes, et ne saurait faire foi à elle seule, 

1) Ibid., p. 8, 

2) Les dessins doivent être arrivés par Lorient, et Pierre Poivre se trouvait dans 
ce port, en instance de départ pour l'Ile de France (Maurice), le 7 janvier 1767 (cf. 
T'onnfj Pao, 1914, p. 309). Mais il semble qu'il ne faisait alors qu'y parvenir, et je 
crois plus probable qu'il ait vu les dessins à Paris. En tout cas, la correspondance conser- 
vée de Poivre avec Bertin ne contient rien sur les dessins qui soit antérieur à la présente 
lettre de Bertin. Quelques jours plus tard, le 12 janvier 1767, et toujours de Lorient, 
Poivre écrivait à Bertin: „Vos observations au sujet des quatre desseins de Bataille de 
l'Empereur seront certainement gouttées des Missionnaires de Pékin et je ne doute pas 
que ces Mrs. ne fassent leurs efforts pour les faire également goûter à l'empereur" 
{T'oung Pao, 1914, p. 312); mais nous ignorons en quoi consistaient ces „observations" 
de Bertin. 



206 PAULPELLIOT. 

graveur eut un mois de délai de plus que ses trois confrères pour 
livrer sa planche^). Et en 1769, le marquis de Mariguy, écrivant 
au frère d'Attiret à propos des dessins exécutés par celui-ci, 
n'hésitait pas a ajouter «quoiqu'à dire vray, étant faits dans le goût 
chinois ils soyent plus remarquables par la singularité de ce qu'ils 
représentent que par leur beauté» ^). Cette appréciation du Directeur 
Général des Bâtiments du Roi est confirmée par une remarque 
émanant de Cochin lui-même. Le 3 janvier 1770, un abbé Viguier 
écrivait de Besançon au marquis de Marigny et offrait de lui vendre 
pour 25 louis deux recueils envoyés de Pékin par le frère Attiret 
et contenant l'un, des gravures > du Yuan-ming-yuan, l'autre, des 
planches qu'il croyait représenter les fêtes données en l'honneur 
du 60® anniversaire de la mère de K'ien-long. Le marquis de 
Marigny lut trop vite la lettre, pensa, qu'on lui proposait des œuvres 
originales d'Attiret lui-même, et mit en note: «A montrer à Mr. 
Cochin pr ce qu'il pense des desseins du f. Attiret». Cochin répondit 
le 11 janvier 1770 qu'il s'agissait non de dessins originaux, mais 
de gravures faites d'après les dessins d'Attiret, qui, ajoutait-il, 
«d'ailleurs étoit un médiocre dessinateur» '). En réalité, l'importance 



1) Arch. Nat., 0»1924(2), n"' 6—10. 

2) Arch. Nat., 0'1911 (5), n» 177. 

3) Cette correspondance se trouve aux Arch. Nat., 0' 1912(1), pièces 7, 8 et 9. Les 
albums dont il est question ici ne sont pas sans intérêt pour l'histoire de la gravure en 
Chine, et j'aurai occtfeion d'en reparler plus loin. Je reproduis donc les trois lettres. 
Voici d'abord celle de l'abbé Viguier, de Besançon, 3 janvier 1770: „J'ai deux recueils 
envoyés de Pékin par le f. Attiret, premier peintre de l'empereur de la Chine, dont je 
me déferai en votre faveur pour vingt-cinq louis, s'ils vous conviennent. Le premier est 
un carton bleu renfermant deux livres chinois de la hauteur de 10 pouces, et de 6 de 
largeur avec quarante gravures pliées par le milieu. C'est la description d'Yven-ming-yven, 
ou des dernières maisons de plaisance de l'empereur, qui ont été bâties hors des murs de 
Pékin. L'autre recueil est un carton jaune qui renferme trois volumes dont l'un est chinois 
et les deux qui suivent contiennent 147 planches, toutes pliées par le milieu, hantes de 
11 pouces 8 lignes et larges à proportion. Cette dernière collection est le détail des (êtes 
données vers l'an 1752 à l'occasion de la 60' année de l'impératrice mère. Les décorations 
commençoient à Yven-ming-yven, et se terminoient au palais qui est dans le centre de 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 207. 

qu'on accorda en 1766—1767 à la «commande» de l'empereur de 
Chine ne tenait en rien à la valeur des dessins. Mais on ne dou- 
tait pas que de belles gravures françaises ne dussent exciter l'ad- 
miration de K'ien-long; elles vaudraient à la France un respect et 
un crédit qui la distingueraient des Hollandais, des Portugais et 
surtout des Anglais, et dont elle tirerait des avantages précieux au 
point de vue du commerce et de la religion. 

Pour atteindre ce but, il fallait s'adresser à des artistes d'un 
talent reconnu; Cochin fut chargé de les choisir. Le 22 avril 1767, 
Le Bas, Saint-Aubin, Prévôt et Aliamet soumissionnaient chacun. 



Pékin, de la ville tartare. Elles occupoient un espace d'environ quatre lieues. Vous verres 
dans les lettres édifiantes des- PP. jésuites, quelques détails au sujet des curiosités que je 
vous propose. Le f, Attiret y donne une description assez exacte d'Yven-ming-yven, et le 
P. Amyot, celle de la fête célébrée en l'honneur de l'impératrice-mère". La description du 
F. Attiret dont parle l'abbé Viguier est celle donnée dans la lettre à d'Assaut du 1" no- 
vembre 1743 {Lettres édif., éd. du Panthéon littéraire, III, 786 — 795); elle est antérieure 
à la construction des palais „européens" du Yuai:-ming-yuan, Quant à la lettre du P. Amiot, 
elle est du 20 octobre 1752 {Lettres édif., même éd., III, 832—841). Le 11 janvier 1770, 
Cochin écrivait à Marigny: „Les Effets qui vous sort proposés ne sont point des desseins 
du E. Attiret, qui d'ailleurs étoit un médiocre dessinateur, mais des gravures faites d'après 
ses desseins. Elks auront du moins le mérite de l'Exactitude et les manuscrits qui y sont 
joints peuvent être curieux. Le Prix que Ion en demande ne me paroist point exorbitant, 
mais cette curiosité sembleroit convenir davantage à la Bibliothèque du Roy qu'au Depost 
des Bâtimens". Le 4 [lire 14 P] janvier 1770, on répondit en conséquence à l'abbé Viguier 
de s'adresser plutôt „à M. le Comte de St Florentin qui a la Bibliothèque du Roy sous 
ses ordres ou à M. Bignon qui en est le bibliothécaire". Si Marigny s'était trompé en 
croyant qu'il s'agissait de dessins d'Attiret, Cochin faisait erreur à son tour en admettant 
que les gravures étaient faites d'après des dessins d'Attiret. En outre, rien n'indique dans 
la lettre de Viguier que les albums qu'il proposait fussent en partie des manuscrits, comme 
l'admet Cochin. Ce serait cependant possible s'il s'agissait bien des fêtes de 1751 (telle est 
la date véritable), car elles ne devaient pas encore être gravées en 1770, et on sait qu'on 
en avait envoyé en France au moins un exemplaire peint. Mais on ne voit pas pourquoi 
ce coûteux cadeau serait allé à l'abbé Viguier, et je montrerai plus loin que le second ouvrage 
possédé par l'abbé Viguier était sûrement l'album gravé représentant les fêtes du 60^ an- 
niversaire de K'ang-hi, en 1713, et non celui des fêtes du 60' anniversaire de l'impératrice- 
mère en 1751. Je ne sais si l'abbé Viguier s'adressa à la Bibliothèque du Roi; s'il le fit, 
la négociation ne dut pas aboutir, car la Bibliothèque Nationale, ni aux manuscrits, ni aux 
estampes, ne paraît renfermer aucun album répondant aux indications de la lettre de 1770 
et qui soit entré vers cette époque dans les collections. 



208 PAUL PELL 10 T. 

pour l'exécution d'une planche qu'ils devaient faire «tout leur 
possible» pour livrer eu octobre 1768, sauf Saint- Aubin, qui, 
chargé de graver le dessin du P. Jean Damascene, avait jusqu'à 
novembre 1768 ^). 

Les douze autres dessins arrivèrent en juillet 1767^); ils étaient 
accompagnés d'une lettre du Conseil de Direction de la Compagnie 
des Indes à Canton, en date du 10 janvier 1767, dont on trouve 
aux Archives Nationales l'extrait suivant; ^) 

Nous Vous Envoyons, M. M. Douze nouvelles Estampes ou sont représentées 
Les Victoires de L'Empereur de la Chine, Ces Douze Estampes sont renfermées 
quatre à quatre dans trois petites Boettes de Calice qui seront réparties sur les 
3. V""^ Le Berryer et Le Penthîevre vous en porteront chacun une, Le Duras 
aura La troisième. Le Conseil de la précédente Expédition vous en Envoya de 
pareilles, où du moins dans le même genre L'année dernière. Nous Vous prions, 
M.M. de prendre les précautions les plus sûres pour qu'elles soient faites dans 
le tems prescrit. L'honneur d'avoir Eté choisis entre les autres nations pour 
décorer Le Palais de Sa Majesté Impériale est assurément très flateur, mais il 
nous expose à des Embaras que nous eussions été plus aise d'Eviter. La route 
étant faite, nous avons Eté obligés de la suivre, nous tachons seulement de ne 
pas nous compromettre en ne déterminant point de terme pour L'Exécution 
où du moins en exigeant un terme si long qu'il ne Soit pas possible de man- 
quer à nos engagements. 

La Prière que nous vous faisons icy est d'autant plus juste et d'autant 
plus digne de votre attention qu'elle ne nous regarde pas personnellement; ce 
n'est pas nous qui Souffririons dé votre peu d'Exactitude, mais Elle pourroit 
Entraîner La ruine de vos principaux marchands et par contrecoup rejaillir 
infailliblement sur La Compagnie./. 

Comme on le voit, le grand souci des agents de la Compagnie 
des Indes était qu'un retard dans la livraison des planches ne 



1) Arch. Nat., 0'1924(2), n'" 6 — 10; ce sont les originaux des soumissions. 

2) Cordier, Les Conquêtes, p. 10. Cette date, donnée dans une lettre de Bertin de 1769, 
est cependant un peu surprenante, car ce n'est que le 20 septembre 1767 que les Directeurs 
de la Compagnie des Indes avisent le marquis de Marigny de l'arrivée des 12 dessins; ils 
les lai envoyaient sans doute en même temps qne la lettre, car le 21 septembre, Marigny 
leur accuse réception des 12 dessins placés en trois caisses (on va voir qu'ils avaient été 
en effet chargés sur trois vaisseaux différents); cf. Arch. Nat., 0*1924(2), n°" 2 et 15. 

S) àrch. Nat., 0' 1924 (2), n° 4. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA. CHINE». 209 

mécontentât l'Empereur et n'attirât aux haunistes des difficultés avec 
les autorités de Canton. Mais, malgré toutes les recommandations, le 
retard se produisit et fut de plusieurs années. Déjà lors des soumissions 
aux quatre premières planches, au lieu de la date de novembre 1767 
qui était indiquée par la lettre de la Compagnie des Indes de dé- 
cembre 1766, on avait dû se borner à demander aux artistes de 
faire «tout leur possible» pour livrer leur travail en octobre et 
novembre 1768 \). Ce délai même fut insuffisant, et deux planches 
seulement étaient complètement achevées le 17 décembre 1769. 
Encore ne furent-elles pas expédiées immédiatement, car une lettre 
du P. Benoist de la fin de 1773 montre qu'aucune des planches 
n'était arrivée en Chine avant un premier lot de sept planches qui 
parvint à Pékin au début de décembre 1772 ^). Je n'ai retrouvé 
les soumissions que pour 11 des 12 planches du second envoi; 2 
sont du 2 décembre 1767 8), 8 du P^ février 1768*), 1 du 26 mars 
1768^). Le travail se prolongea sept ans; les dernières quittances 
sont de la fin de 1774^). Je ne sais si des gravures étaient par- 



1) Dans sa lettre à Cochin du 19 avril 1767, le marquis de Marigny insistait pour 
que les graveurs eussent fini fin 1768 alors qu'eux mêmes disaient qu'il leur fallait jusqu'à 
tin 1769, et le marquis ajoutait qu'„une année de refard peut ûter à la France l'avantage 
de faire parvenir son ouvrage la première" (cf, Monval, Les Conqvétes, p. 151 — 152). 
Mais la France seule avait reçu commande, et par suite le sens de cette dernière phrase 
m'échappe. 

2) Lettres édifiantes, éd. du „Panthe'on Littéraire", IV, 222; et la lettre parallèle du 
16 novembre 1773 à Bertin publiée par M. Cordier (partiellement dans Les Conquêtes, 
p. 16 — J8; intégralement dans T'oung Pao, 1917, 341 — 349). Un passage de T'oung Pao, 
1917, p. 343, montre que les trois lettres reproduites l'une après l'autre dans les Lettres 
édifiantes, et dont la première était du 4 novembre 1773, étaient adressées au P. du Gad, 
ancien supérieur de la mission française de Chine. Les Lettres édifiantes ne donnent pas 
les dates exactes des 2" et 3° lettres; elles paraissent être de la fin de cette même année. 

3) Arch. Nat., 0' 1924 (2) n" 19. 

4) Arch. Nat, 0'1911 (4) n- 18 à 23. 

5) Arch. Nat,, 0'1924(2) n° 21. 

6) Et non de janvier 1774 comme l'a dit M. Monval {Les Conquêtes, p. 154) et 
comme M. Cordier l'a répété d'après lui (Les Conquêtes, p. 11). C'est ce qui résulte 
d'une lettre de Cochin du 6 décembre 1774, insistant pour le règlement du compte des 
graveurs. Cette lettre contient en outre le passage suivant: „Les planches de la Chine 
sont livrées, les estampes imprimées, le dernier envoi se fait dans deux ou trois jours". 



210 PAULPELLIOT. 

venues eu Chine en 1773. En tout cas un uouveau lot de trois 
caisses parviut à Macao sur le Superbe le 29 août 1774 1). Les 
dernières planches et épreuves, expédiées de Paris en" décembre 1774, 
ne purent parvenir en Chine avant le milieu de 1775. Pour faire 
patienter l'empereur, le P. Benoist lui expliquait que «les premières 
planches ayant été exécutées, le Ministre jugeant que quelque 
délicat que fut le burin, l'espèce de gravure qu'on avoit employée 
ne seroit peut-être pas du gout d'ici, il aima mieux sacrifier ces 
premières Planches et les faire recommencer dans un goût qu'il 
désigna lui-même ...» 2) Je ne trouve rien de pareil dans les 
dossiers des Archives Nationales ^). 

* 
* * 

Les acomptes et paiements étaient effectués aux graveurs par 
le Trésor au moyen de sommes que la Compagnie des Indes met- 
tait à sa disposition. Mais la Compagnie des Indes elle-même ne 
faisait ces versements, au moins en principe, que pour le compte 
de l'empereur de Chine, entendez des marchands hannistes de 
Canton qui eurent sûrement, en dernière analyse, à supporter seuls 
les frais de la commande impériale *). 

On a vu que l'édit du 13 juillet 1765, en prescrivant que la 
gravure des planches se fit en Europe, ordonnait que «le prix de 

1) Cordier, La France en Chine, p. 38, 60. 

2) Lettres édifiantes, IV, 209; Cordier, Les Coriquêtes, p. 17; T'oung Pao, 1917, 
p. 346, Cette conversation entre K'ien-long et le P. Benoist eut lieu au cours des séances 
où le frère Panzi peignait le portrait de l'Empereur, c'est-à-dire dans les premiers mois 
de 1773. Mais alors on comprend mal que le P, Benoist n'y fasse aucune allusion à 
l'arrive'e des sept premières planches qui, d'après le témoignage même de sa lettre, étaient 
arrivées à Pékin dès le début de décembre 1772. 

3) 11 faut toutefois se rappeler que le P. Benoist possédait au sujet de l'exécution et 
du tirage des gravures un mémoire écrit par Cochin en 1769 et qui parvint à Pékin en 
1770; or nous ne savons pas tout ce que contenait ce mémoire, sur lequel je reviendrai 
plus loin. 

4) M«^ Favier, Peking (Pékin, 1897, g"" in-4), p. 215, se trompe absolument en disant 
que les planches furent gravées „aux frais de Louis XV". 



LES «CONQUÊTES ÜE l'eMPEREUR DE LA CHÎNË». 2 11 

cet ouvrage soit payé sans aucun retardement», et le contrat des 

hannistes de 1765 mentionne le versement immédiat de «5.000 taëls 

à titre d'arrhes», en pièces d'argent. En outre, le Mémoire rédigé 

dans les bureaux de Bertin à la fin de 1766 dit que l'Empereur 

«a fait délivrer aux préposés de la Compagnie une somme de seize 

mille taëls (le taël vaut 7-=^ 10^ ce qui fait une somme de 112.800-^)»^). 

Les indications utilisées ici par les bureaux de Bertin ont dû parvenir 

en même temps que les premières planches; il faut donc qu'entre le 

contrat de 1765 et le départ des vaisseaux au début de 1766, il y 

ait eu un nouveau versement des hannistes. Mais la question est 

encore compliquée par une entrée dans les comptes du comptoir 

de la Compagnie des Indes à Canton, où on lit au compte «passif» 

du comptoir : *) 

Piastres 
«Pour dépôt fait par le Cong-hang en 1765 et 1766 

à la Caisse de ce Comptoir pour l'exécution des gravures 

représentant les Victoires de V Empereur de la Chine 

20000 taëls faisant la piastre à 7™ l^ 8 caches, au Passif 27.8552/i6-» 

Il semblerait donc qu'après le premier versement de 5000 taëls 
et un second de 11.000, les hannistes eussent encore versé en 1766 
une troisième somme de 4000 taëls. Il n'y a pas à douter en tout 
cas du chiffre total de 20.000 taëls attesté par les comptes du 
comptoir de Canton. Nous arrivons ainsi, pour les sommes versées 
par les hannistes, en 1765 et 1766, à un total de 150.000 livres, 
aussi bien en nous tenant à l'équivalence de «7<^10^» au taël 

1) Ce passage du Mémoire a été reproduit sans observation par MM. Monval {Les 
Conquêtes, p. 150) et Cordier {Les Conquêtes, p. 6), mais le calcul des commis de Bertin, 
qui supposerait 200 sols à la livre, est faux dans les termes où il nous parvient. A 1^ 10« 
le taël, on aurait, pour 16.000 taëls, 120 000 livres. Si le total de 112.800 livres était 
exact, il faudrait que, dans le texte original du Mémoire, il y eût eu non pas „7^ 10*", 
mais „7^ 1«"; je montrerai tout à l'heure pourquoi c'est le total que je crois faux; il ne 
s'agirait donc pas d'une faute de copie, mais d'une erreur originale du Mémoire, 

2) Cf. Cordier, La Chine en France au XVIlle siècle, p. 14. 



212 PAUL PËLLIOT. 

qu'indique le Mémoire des bureaux de Berlin qu'en partant de la valeur 
en livres alors admise pour la piastre en Extrême-Orient ^). 

Mais il y eut encore d'autres versements effectués par les hau- 
nistes après cette date. En 1773, la Compagnie réclamait 50.000 
livres aux hannistes eu remboursement des sommes payées à Paris 
et qui n'étaient pas couvertes par les versements de 1765 — 1766; 
elle obtint 6.000 piastres le 28 décembre 1773 et resta créditrice 
des hannistes pour 1200 piastres ^). C'est là une comptabilité bi- 
zarre, puisque 6000 + 1200 piastres, soit au total 7200 piastres, 
font 38.880 livres et non 50.000; ici encore il a dû se glisser 
quelques erreurs de copie, et le seul chifl're sûr est celui des 6000 
piastres reçues en 1773. Lors de l'arrivée des trois caisses du Superbe 
à la fin août 1774,.. de Robien, contre l'avis du Conseil de Direction, 
remit aux hannistes les trois caisses contre une reconnaissance de 
dette de 4000 piastres représentant les 1200 piastres arriérées et 
les nouvelles dépenses; ces 4000 piastres furent effectivement ver- 
sées par les hannistes le 12 janvier 1775^). La dernière expédition 
de gravures, parvenue au milieu de 1775, ne donna pas lieu à une 
nouvelle note de frais de la Compagnie. Tout était donc réglé 
quand Vauquelin, nommé en 1776 au poste de consul qu'on créait 
alors à Canton, s'avisa d'exiger des hannistes et obtint d'eux, «en 
nantissement des sommes qui pourraient être dues pour solde des 
gravures représentant les Victoires de V Empereur de la Chine* une 



1) L'équivalence de la piastre à 0.71 (et une fraction) du taël est conforme à ce que 
les comptes anciens nous font connaître. En ce qui concerne la valeur de la piastre en 
livres, les comptes du comptoir de Canton montrent qu'on calculait alors la piastre h 
„108 sols", soit 5 livres 8 sols (cf. Cordier, /.a France en Ckitie, p. 94 — 95, 98 — 99, 
106—107). Or 27855 piastres 2/16, à 5 livres 8 sols la piastre, font 1 60.417 livres 67, 
et puisque ces 27855 piastres 2/16 représentent 20.000 taëls, correspondent à une valeur 
de 7J^10* au taël et non de 7^1'; dans le Mémoire des bureaux de Bertin, il y a donc 
une erreur de calcul, et on ne doit pas songer à une erreur de copie. 

2) Cf. Cordier, La France en Chine, p. 31, 3i, 61, lOB. 
8) Ibid., p. 47, 60-62, 106. 



LES «CONQUÊTES DE l' EMPEREUR DE LA CHINE». 213 

soumission de 10.000 piastres, snr laquelle 2000 piastres lui furent 
versées comptant; cette somme tie 2000 piastres, ou 10800 livres, 
figure à l'état de caisse de Vauquelin daté du 1®^' janvier 1779. 
Le 20 décembre 1779, Vauquelin se faisait délivrer un nouvel a- 
compte de 3.000 piastres, soit 16.200 livres, qui figure à ses états 
de caisse du 1®^ janvier 1780 et du 31 décembre 1780; il employa 
les 5.000 piastres aux besoins du consulat. Vauquelin mourut le 23 
septembre 1782, mais dès le 3 février de cette même année, Joly 
de Fleury, trouvant inique la réclamation de 10.000 piastres for- 
mulée par Vauquelin, insistait à Paris pour qu'on reversât le plus 
vite possible aux hannistes les 5.000 piastres qu'on avait exigées 
d'eux indûment^). La restitution eut sans doute lieu en 1783^). 

Si on ajoute aux 150.000 livres de 1765-1766 les 10.000 piastres, 
soit 54.000 livres de 1773 et 1775, on voit que les hannistes ont 
payé pour les gravures 204.000 livres. D'autre part, à Paris, chaque 
graveur reçut 10.000 livres par gravure, sauf Prévost qui pour la 
première planche, la plus chargée, de Sichelbart, eut 11.000 livres, 
et ChoflFard qui soumissionna à deux gravures pour un prix global 
de 15.000 livres. Les graveurs reçurent donc 156.000 livres. D'autre 
part Cochin, «directeur» de l'entreprise, et directeur efi'ectif puis- 
qu'il retoucha fort certaines planches, fut rémunéré de son travail 
dans des conditions dont le détail nous échappe ^). Un état conservé 
dans la liasse 0^1924 (2) des Archives Nationales totalise à 168.000 
livres environ les dépenses déjà effectuées en janvier 1774. On trouve 
encore trace de 15.000 à 20.000 livres de dépenses après cette date. 
Qu'on y joigne les frais d'impression des dernières planches, ceux 
d'emballage, d'expédition, et on ne sera pas loin, en somme, des 



1) Ibid., p. 94, 95 (où 18.800 livres est une faute d'impression pour 10.800), 98, 99, 
105, 107, 111, 125—126, 136. 

2) Ibid., p. 259. 

3) C'est ainsi que Cochin reçut à ce titre 800 livres à la fin de juillet 1774 (Arch, 
Nat, 0' 1912 [5], n"" 80 et 82. 



214 PAUL PELLIOT. 

204.000 livres que la commande de K'ien-long coûta efiFectivemeni 

aux haunistes de Canton ^). 

* 
* * 

On a dit généralement qu'il ne fut tiré en France que cent 
exemplaires des plauches; c'est en efifet ce qu'on lit dans la notice 
jointe à la série réduite par Helman: «Cet Ouvrage ne fut entière- 
ment terminé qu'eu 1774, et les Planches avec cent Exemplaires 
qu'on en tira, furent envoyés à la Chine; il n'en fut réservé qu'un 
très-petit nombre pour la Famille Royale et la Bibliothèque du Roi, 
ce qui a rendu cette suite de la plus grande rareté» ^). Mais cette 
fois encore la notice de Helman doit faire erreur. 

D'abord, il faut mettre hors de compte les exemplaires qui 
restèrent en France. Quel que fût le nombre final du tirage demandé 
par l'empereur de Chine, il est en effet bien évident qu'il fallait 
lui envoyer ce nombre d'exemplaires intégralement. Les exemplaires 
restés en Europe étaient donc sûrement tirés en surnombre ^). 11 
semble qu'au début, l'entourage du marquis de Mariguy ait pensé 
se servir assez largement. Le frère aîné d'Attiret, ayant appris à 
Dole qu'on allait graver à Paris des dessins de son frère, s'adressait 
à Marigny dès le 26 octobre 1769, et le marquis, dans sa réponse 
du 10 novembre 1769, était loin de le décourager: «Quant à l'envie 
que vous avez de posséder un exemplaire de la gravure de ces 
dessins, il n'est pas possible de la remplir sitôt, attendu qu'il est 
essentiel, pour les intérêts du commerce de la nation, qu'il n'en 



1) En dehoYs des gravures elles-mêmes, on avait décidé d'abord de graver à part un 
encadremetit, où une large place aurait été faite aux fleurs de lys; je ne sais par suite de 
quelles circonstances ce projet fut abandonné. Cf. à ce sujet, Monral, Les Conquêtes, 
p. 151 — 152, reproduisant la lettre du marquis de Marigny à Cochin du 19 avril 176?; 
la minute de cette lettre est dans 0'1924(2); une copie est dans 0*1116, fol. 233 — 238 
(dans cette copie, l'encadrement est qualifié de „nécessaire", au lieu que la minute a cor- 
rectement „accessoire"). 

2) Cf. Cordier, La France en Chine au XVllIe siècle, p. 16. 
8) Je âiflTère sar ce point de Cordier, Lies Conquêtes, p. 16. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 215 

paroisse aucun en Europe que lorsque l'envoy complet des gravures et 
des planches aura été fait, ce qui doit encore tarder environ deux ans. 
Lorsque les vaisseaux chargés de cet envoy seront partis, je verrai 
volontiers à vous procurer cette satisfaction.» J. B. Attiret revient à la 
charge en 1770, puis au début de 1771, et, le 6 février 1771, Marigny 
lui répond encore: «Il sera réservé au surplus quelques exemplaires de 
ces gravures pour rester en Europe, et je vous en ferai avec plaisir 
garder un de chacune des planches dont le feu P. Attiret a fait 
les desseins»^). Mais, en 1772, la note change. A une nouvelle lettre 
d'Attiret aîné, Marigny répond le 7 décembre 1772 qu'il n'est pas 
encore sûr que les vaisseaux emportent encore toutes les gravures 
cette année, et il ajoute: «Je ne puis même vous cacher que par 
de nouveaux arrangemens avec la Compagnie des Indes, il est fort 
douteux qu'il en reste en Europe d'autres exemplaires que quelques 
uns pour le roy et ses ministres [;] il ne m'est pas possible en ce 
moment de vous marquer rien de plus positif.» Attiret n'en fit pas 
moins une dernière tentative le 24 juillet 1775. Le comte d'Angiviller, 
qui avait succédé à Marigny dans la Direction générale des Bâtiments, 
lui ôta tout espoir par cette lettre du 15 août 1775:*) 

Lorsque M. de Marigny, Monsieur, vous fil espérer le don des estampes 
gravées d'après les dessins du P. Attiret votre frère, il avoit lieu de croire que 
s'il restoit en Europe quelques unes de ces estampes, elles lui .seroient remises 
pour en faire la distribution. Mais les choses ayant changé sous le ministère de 
M. l'abbé Terray, il m'est impossible de vous procurer la satisfaction à laquelle 
vous aspirez depuis tant d'années. Il faudroit vous addresser on à M. le con- 



1) Dans cette lettre de 1771, J. B. Attiret demandait en outre à Marigny de lui 
obtenir de l'empereur de Chine un secour.'i à raison des services rendus à la Cour de Pékin 
par son frère. Le marquis lui répond qu'il croit la chose possible, mais qu'Attiret doit 
s'adresser à la Compagnie des Indes qui a seule contact direct avec les autorités chinoises. 

3) La correspondance d'Attiret l'aîné avec Marigny et Angiviller se trouve aux Arch, 
Nal., 0'1924(2), n"' 43 et 44; 0'1911(5), n"» 176 et 177; 0'1912(2), n"» 9, 10, 17, 35 ; 
0M912(3), n°' 13S et 144; 0'1913(2), n°' 148 et 160. La lettre d'Angiviller a déjà été 
reproduite, sans indication d'origine, par Roger Portalis et Henri Béraldi, Les graveurs 
du XVIIle siècle, Paris, in-8. t. II [1S81], p. 392. 

15 



216 PAUL PELLIOT. 

troleur general ou a la compagnie des indes. Mais comme il interesse fort pour 
cette compagnie qu'aucune de ces estampes ne reste en Europe (car l'empereur 
de la chine l'a recommandé fortement et il y iroit peut-être pour elle de se 
voir fermer les ports de cet empire) elle vous repondra sûrement qu'il n'en a 
point resté; et cela est fort probable. — je n'en aï point moi même qui ait [sic] 
donné les premieis ordres pour l'entreprise, ce qui probablement diminuera votre 
sensibilité sur cette privation. 

Le comte d'Angiviller venait cependant de faire à ce même 
moment une tentative afin d'obtenir de l'abbé Terray quelques 
exemplaires des gravures pour lui-même. Nous connaissons cette 
tentative par un «Mémoire» assez amer a l'adresse de l'abbé Terray 
et qui avait été établi dans les bureaux d'Angiviller le 24 juillet 
1775. En voici le texte :i) 

En 1767. Les vaisseaux de Chine apportèrent en Europe quatre desseins 
représentant les Conquêtes, Victoires et Triomphes de l'Empereur de la Chine, 
Kien-Lung, sur une nation Tartare qui s'étoit révoltée; et ils furent suivis peu 
après de 12 autres pour être gravés. L'addresse de la lettre du P. Castiglione, 
Premier Peintre de l'Empereur, était au Président de la sculpture en franco, 
pour qu'il ordonnât la gravure de ces desseins par les meilleurs artistes en 
cuivre, ce dont la ville de Canton devoit faire les frais par les mains du 
Président du Bureau du Commerce Pan-kei-koua. 

M. Bertin, sous les ordres de qui étoit à lors la Compagnie des Indes, ne 
crut pas que cette addresse put regarder autre personne que M. de Marigny 
et lui renvoya la lettre du P. Castiglione, ainsy que les desseins. Ce fut en 
conséquence M. de Marigny qui, après avoir pris les ordres du Roy, fit le choix 
des artistes à qui l'exécution de ces gravures seroit confiée; il régla le prix de 
chacune et chargea M. Cochin de la Direction générale de l'entreprise. 

Lorsqu'il y eut un certain nombre de ces Estampes terminées elles furent 
présentées au Roy. Cette presentation eut du naturellement être faite par M. 
de Marigny, l'entreprise s'exécutant sous ses ordres. Mais M. l'abbé Terray, sur 
le prétexte que la Compagnie des Indes, qui étoit sous ses ordres, faisoit, ou 
avançoit les fonds de l'Entreprise, s'empara de cette presentation. M. de Marigny 
ne crut pas devoir s'y opposer ou s'en plaindre par ménagement pour un Ministre 
dont il avoit besoin à chaque moment. 

M. le Comte d'Angiviller auroit pu, par les raisons exposées ci-dessus, 
aspirer à faire la presentation au Roy des dernières estampes, mais elle s'est 
faite avec tant de précipitation qu'il n'a pas même eu le temps de représenter 



1) Arch. Nat., 0'1913(2), n° 140. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 217 

à cet égard ses droits â Monsieur Le Controlleur Général, de l'amitié duquel 
il a lieu de croire qu'ils eussent été écoutés. 

Mais il croit devoir avoir l'honneur de lui observer, que l'Entreprise ayant 
été achevée sous ses ordres, on ne peut du moins lui refuser quelques exem- 
plaires de la suite de ces gravures, dont certainement la Compagnie des Indes 
a retenu au moins un petit nombre d'exemplaires, et dont la distribution eut 
du naturellement le concerner. Il est juste aussi que M. de Marigny qui dans 
le temps a donné .ses soins pour que l'entreprise fut exécutée parfaitement au 
giȎ des Chinois, en ait une suite. 

Au reste on n'ignore pas que ce petit nombre d'exemplaires réservés en 
Europe ne peut être distribué qu'avec ménagement, et après un certain temps 
écoulé, afin que l'on ne sache point en Chine qu'il en a resté dans ce Pays-ci; 
Ce qui, selon le Gouvernement paternel de la Chine, pourroit valoir la Bastonade 
à M. Pan-kei-koua. Mais Monsieur le Controlleur General sera sans doute Tran- 
quille sur l'usage que M. Le Comte d'Angiviller fera de ce don. 

Eu marge de cette copie du mémoire, un secrétaire a écrit: 
«M. le comte m'a dit que M. le contrôleur général lui feroit don- 
ner quelques exemplaires des gravures de la Chine.» Mais la phrase 
finale de la lettre écrite trois semaines plus tard à J. B. Attiret 
donne à penser que le comte d'Angiviller s'était mépris sur les 
intentions de l'abbé Terray ^). 

D'autres furent-ils plus heureux que le comte d'Angiviller? 
Nous l'ignorons. Il y eut toutefois quelqu'un qui reçut alors un 
exemplaire des gravures: c'est Berlin. Bertin s'était adressé à ce 
sujet à Marigny dès 1771, et nous savons par une note d'un de 
ses secrétaires, Chompré ou Parent, que, le moment venu, il obtint 
satisfaction ^). Les exemplaires conservés en Europe et aujourd'hui 
connus sont peu nombreux. Brunet indique les prix atteints par 
quelques exemplaires passés en vente publique au XIX® siècle. On 
connaît aujourd'hui un exemplaire à la Bibliothèque Nationale, un 



1) On sait que le privilège de la Compagnie des Indes avait été suspendu en 1769, 
et qu'en 1770 avait commencé une liquidation qui n'était pas encore achevée lors de la 
Révolution. L'abbé Terray, contrôleur général des finances, avait la haute main sur cette 
liquidation. 

2) Cf. Cordier, La Chine en France, p. 59; Les Conquêtes, p. 12 et 16. La lettre 
de Bertin de mai 1771 est en outre mentionnée dans Arch. Nat., 0' 1912 (2), n" 35. 



218 PAUL PELL 10 T. 

autre à la Mazarine; un troisième, donné à Necker par Louis XVI, 
orne les murs du château de Coppet ^). Il y a environ 25 ans, un 
exemplaire vint aux mains de M. Henry Hymaus ^). Quelques autres 
se trouvent sûrement encore en circulation ^). Voilà pour les exem- 
plaires tirés en surnombre et qui restèrent en Europe au X VHP siècle. 

Abstraction faite de ces exemplaires, combien en fut il envoyé 
réellement à l'empereur de Chine? 

L'édit du 13 juillet 1765, transmis eu traduction par Castiglione, 
est eu apparence formel: «Je désire... qu'après avoir tiré cent 
exemplaires de ces estampes sur la planche de cuivre, ces cent 
exemplaires et les Planches me soient renvoyés.» Mais le contrat 
des marchands hannistes, dont nous avons l'original chinois et qui, 
partout ailleurs, est un reflet fidèle de l'édit du 13 juillet, dit de 
son côté à propos des quatre premières planches, avec une précision 
qui exclut tout soupçon d'inadvertance dans la rédaction: «La gra- 
vure étant achevée, pour chaque planche on tirera 200 exemplaires 
sur bon papier résistant, soit en tout 800 feuilles, qui, avec les 
planches de cuivre, seront divisées [en deux lots] et chargées sur 
deux vaisseaux pour être rapportées; chaque vaisseau devra porter 
2 planches de cuivre et 100 exemplaires de chaque gravure, soit en 
tout, 400 feuilles.» De son côté, le Mémoire établi à la fin de 1766 
dans les bureaux de Bertin porte: «L'Empereur demande que les 
quatre Planches gravées sur cuivre lui soient envoyées, avec 200 
épreuves de chaque Planche.» Ce Mémoire, qui ne s'inspire sûre- 
ment pas du décret ni de la note annexe de Castiglione, ne repose 
pas non plus sur le contrat de 1765 puisqu'il indique un versement 



1) Cordier, La Chine en France, p. 56. 

2) Cf. H. Hymans, Une phase de l'histoire de Vart en C^iW, dans 6t<//«^t» de l'Acad. 
Royale d'archéol. de Belgique, 5' se'rie, I [1S98], p. 55—72. 

8) La librairie E. Nourry a veodu en 1919 (Cat. n° 134, n° 542), pour 100 francs, 
un exemplaire des «Victoires et Conquêtes»; mais, malgré l'indication dn catalogue, je 
soupçonne qu'il s'agissait de la réduction de Helman. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 219 

de 16.000 taëls au lieu des 5.000 mentioanés au dit contrat; le chiffre 
de 200 exemplaires de chaque gravure était doue vraisemblablement 
répété dans une autre note du début de 1766, émanant du Conseil de 
Direction de la Compagnie à Canton, et qui n'a pas été retrouvée. 

Tout bien considéré, je crois vraisemblable que les hannistes, 
d'accord peut-être avec les autorités de Cauton, aient ici modifié 
volontairement le nombre d'exemplaires indiqué dans l'édit du 13 
juillet. Il fallait toujours envisager la perte possible d'un navire. 
Or, avec le contrat des hannistes, même si un navire disparaissait, 
l'autre apportait les 100 exemplaires exigés par K'ien-long; l'em- 
pereur avait satisfaction. Si les deux navires parvenaient à bon port, 
on en serait quitte pour garder à Canton ou pour détruire les 100 
exemplaires en surnombre. 

Mais faut-il admettre qu'après coup on s'avisa en France du contenu 
même de l'édit du 13 juillet, et que, contrairement au contrat conclu avec 
les hannistes, on ne tira que cent exemplaires comme le dit Helman? 
En aucune façon, et un document important, dont je ne sais pourquoi, 
à l'exception de MS^ Pavier et de M. Hymans, on n'a pas fait état 
jusqu'ici, va nous montrer qu'à la fin de 1770, l'empereur sanctionna 
précisément le chiffre de 200 épreuves indiqué dès 1765 parle contrat 
des hannistes. 

A la fin de 1769, deux gravures seulement étaient prêtes; en- 
core n'en envoya-t-ou alors en Chine ni les planches ni aucun tirage. 
En leur place. Cochin adressa au P. Benoist, supérieur de la mission 
de Pékin, un mémoire dont il demandait que le texte fût soumis à 
l'empereur de Chine. De ce mémoire perdu, les lettres du P. Benoist 
à Bertin, récemment publiées par M. Cordier, font mention à deux 
reprises. Dans une lettre du 25 novembre 1770, le P. Benoist ex- 
plique que les mandarins de la Cour n'acceptent pas en principe 
de se mêler d'une affaire qui a été confiée par l'Empereur à ceux 
de Canton ; or c'était le cas pour la gravure des seize dessins des 



220 PAUL PELLIOT. 

Conquêtes^ ou, comme il les appelle plus exactement, des Victoires, 
Voici ce que dit à leur propos le P. Beuoist:-^) 

C'est en conséquence de cette manière d'agir qu'observe ici la Cour, que 
les démarches que je viens actuellement de faire pour les Estampes des Victoires 
ont été inutiles. Par le même ordinaire par lequel sont venues les lettres de 
V. G. j'ai reçu de Mrs. du Conseil de la Compagnie des Indes à Canton, le 
mémoire de M. Cochin sur lequel cos Mrs. me témoignoient souhaiter ardem- 
ment que je leur communiquasse les intentions de la Cour: quoique je n'ignore 
pas les usages de la Cour de Pe King: néanmoins comme ce mémoire m'avoit 
été adressé directement et que en retardant d'en instruire la Cour et en ren- 
voyant l'aifaire au douanier de Canton, c'étoit s'exposer à retarder au moins 
d'une année les planches et les Estampes des Victoires, j'ai cru que je pouvois 
faire ici quelques tentatives. La lettre de Mrs. du Conseil et le Mémoire de 
M. Cochin étoient arrivés très à propos, deux jours avant le retour de Sa Ma- 
jesté de son Voyage de Tartarie. Dans l'absence de l'Empereur il n'auroit pas 
été possible de rien tenter. Mon premier soin a donc été d'employer les deux 
jours qui me restoient à traduire en chinois les sages réflexions de M. Cochin. 
J'avois travaillé à une nouvelle édition des cartes de l'empire en cent quatre 
feuilles, dont l'Empereur a fait graver les planches sur cuivre'^). Je me suis 
encore chargé bien malgré moi et uniquement pour me rendre aux vives solli- 
citations qu'on m'a faites de veiller à l'impression de ces nouvelles planches. 
Je dis bien malgré moi parce que ce n'a été qu'après avoir représenté que ja- 
mais je ne m'étois occupé de cette espèce de travail, que je n'avois point 
d'autres secours que ceux que peuvent donner quelques écrits que nous avons 
sur la manière d'imprimer les Estampes, mais qui ne donnent pas l'exercice 
et la pratique sans lesquelles il est moralement impossible de réussir. Quoique 
ces planches soient infiniment plus faciles à imprimer que ne le peuvent être 
des planches aussi délicates que le seront celles des Victoires auxquelles un 
artiste aussi habile que M. Cochin aura apporté tous ses soins: néanmoins les 
difficultés de la part du papier, de l'huile, du noir, de l'essuy des planches, 
soit avec le chiffon, soit avec la paume de la main, et bien d'autres que je suis 
continuellement témoin qu'éprouvent nos ouvriers du Palais, je les avoLs expo- 
sées dans mon mémoire pour confirmer les observations de M. Cochin. Hier, 
24 novembre, je me rendis à deux lieues de Pe King dans la Maison de Plaisance 
où l'Empereur passe la plus grande partie de l'année et où il devoit se rendre 
à son retour de Tartarie. Sa M*« y arriva effectivement vers les onze heures 



1) T'oung Pao, 1917, 337—340. 

2) Je ne parlerai pas ici des travaux cartographiques du P. Benoist. C'est une question 
que je compte reprendre prochainement dans une étude d'ensemble sur l'œuvre cartographique 
de l'ancienne mission jésuite en Chine. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 221 

du matin. Après avoir consulté avec nos deux Missionnaires peintres qui restent 
encore des quatre qui ont dessiné les Estampes des Victoires '), afin qu'ils fus- 
sent en état de répondre et de m'appuyer en cas de besoin, je vis en présence 
des Eunuques les deux Mandarins qui ont présidé à l'envoi des Estampes et 
leur présentai mon mémoire. Ils parurent bien surpris que cette année il ne 
fut venu aucune planche, pas même aucune épreuve de celles que je leur disois 
être faites. Après bien des conférences et des explications, ils me dirent que je 
ne devois pas ignorer que Sa Majesté avoit confié au Chef des Douanes de 
Canton le soin de faire graver en Europe les 16 desseins des Victoires et par 
conséquent ils ne pouvoient plus s'en mêler, ni faire à ce sujet aucune dé- 
marche sans la participation du Chef des Douanes à qui Sa M. auroit peut-être 
donné quelques ordres particuliers qu'ils ignoroient; que ce Chef des Douanes 
de Canton n'auroit pas manqué de s'informer des Europeans qui avoient été 
chargés de faire gi-aver les desseins des Victoires et de sçavoir d'eux en détail 
où en étoit l'ouvrage et en conséquence auroit averti Sa Majesté ; que je devois 
sçavoir souhaiter que tout alla par les voies ordinaires; qu'ainsi je n'avois qu'à 
écrire à Messieurs nos François de s'adresser immédiatement au douanier de 
Canton et de prendre avec lui des arrangements sur tout ce qui regarde les 
Planches et les Estampes des Victoires, et que personne ne pouvoit s'en mêler 
ici. Comme j'insistois sur ce que si la chose ne se régloit pas ici et qu'elle fut 
renvoyée à Canton, les Vaisseaux de France devant partir dans peu, c'étoit 
s'exposer à retarder au moins d'un an l'envoi des planches et des Estampes; 
ils m'ont répondu qu'ils faisoient leur devoir et ne pouvoient agir autrement 
que par conséquent eux et moi devions être tranquilles. 

Voilà, Monseigneur, ce qui se passa hier au Palais: aujourd'hui j'en donne 
avis à Mrs. du Conseil résidant à Canton et les engage de s'adresser prompte- 
ment au douanier de qui ils ont accepté la commission de faire exécuter les 
gravures que demande Sa Majesté. Il n'y a que lui seul qui puisse les déter- 
miner sur le party qu'ils ont à prendre, or je doute qu'il consente à ce que 
chaque planche on en imprime mille exemplaires, surtout si cela doit retarder 
l'arrivée des planches. Actuellement qu'on imprime le recueil de la Carte de 
l'Empire en cent quatre feuilles. Sa Majesté n'a ordonné à en tirer que cent 
exemplaires, après quoi les planches de cuivre seront renfermées 

Dans une autre lettre à Bertin, en date du 16 novembre 1773, 
le P. Benoist disait entre autres choses:^) 

Vous avez sçu, Mr., comment il y a trois ans est parvenue entre les mains 
de l'Empereur la traduction du mémoire raisonné dans lequel M. Cochin détail le 



1) Ces deux survivants étaient les PP. Sichelbart et Jean Damascene. 

2) T'omig Pao, 1917, p. 347. 



222 PAUL PELLIOT. 

les difticultcs qu'il doit y avoir ici à imprimer des gravures aussi fines et aussi 
parfaites que le sont les planches des Victoires ') 

De ces lettres du P. Benoist, il résulte que, clans son mémoire 
de 1769, Cochin, exposant les difiBcultés qu'on aurait à tirer en Chine 
de nouvelles épreuves des estampes, proposait qu'il en fût tiré en 
France 1000 exemplaires. Ces lettres du P. Benoist n'ont été publiées 
qu'en 1917, mais d'autres détails, et plus précis, se trouvent dans 
une lettre du P. Benoist au P. du Gad, écrite sans doute à la fin 
de 1773, et qui a été insérée dès le XVIIP siècle dans la collection 
des Lettres édifiantes (t. XXIV, 1781). Voici le passage qui concerne 
les seize estampes : ^) 

Ce fut tandis qu'on étoit occupé à tirer ces exemplaires [de la carte de 
Chine en 104 feuilles] que messieurs du conseil françois de Canton m'adressèrent 
un mémoire dans lequel M. Cochin exposoit les difficultés qu'on auroit à im- 
primer ici les planches des victoires, tant à cause de la délicatesse de la gra- 
vure que pour les autres raisons qu'il détailloit. En conséquence, il proposoit 
d'en tirer en France un nombre d'exemplaires plus grand que celui que l'em- 
pereur avoit demandé; qu'ensuite avec les planches et les estampes qu'on au- 
roit tirées, on enverroit ici du papier d'Europe, les matériaux nécessaires pour 
la composition du vernis, et un mémoire détaillé de tout ce qui est nécessaire 
pour réussir dans l'impression de ces gravures. Sur-le-champ je traduisis en 
chinois ce mémoire et le portai au palais du Yuen-ming-yuen, pour le faire 
parvenir à Sa Majesté qui étoit arrivée de Tartaric, où, suivant sa coutume, 
elle avoit été jouir du plaisir de la chasse. Mais, comme je m'y étois attendu, 
les mandarins et les eunuques ne jugèrent point à propos de présenter le mé- 
moire et le placet que j'y avois joint. Ils me dirent qu'il falloit que j'écrivisse 
à messieurs de Canton, de s'adresser au tsong-tou ou au Directeur des douanes, 
parce que l'un et l'autre ayant reçu de l'empereur la commission de ces gra- 
vures, il n'y avoit qu'eux qui pussent proposer à Sa Majesté les raisons de 



1) La lettre du 25 novembre 1770 disait que le P. Benoist n'avait pas pu faire 
remettre à l'empereur la traduction du mémoire de Oochin, parce que ce mémoire lui était 
parvenu directement. Mais on va voir que le mémoire fut alors expédie de Canton par la 
voie régulière des autorités provinciales. Toutefois nous n'avons pas de lettre du P. Benoist 
à Berlin où il soit question de cette seconde phase de l'épisode. 

2) Ed. du «Panthéon littéraire», IV, 222 — 223. Cette lettre est la troisième de celles 
que j'ai dit plus haut être adressées au P. du Gad. Elle n'est pas datée, mais paraît être 
de la fin de 1773. Le P. Benoist mourut d'ailleurs le 23 octobre 1774. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 223 

M. Cochin. Et, effectivement, les François, sans attendre raa réponse, s'y étoient 
adressés; c'est ce qui fit que le tribunal des ministres nous appela, le père Amiot 
et moi, pour traduire les dépêches arrivées de Canton. La réponse de l'empereur 
fut qu'on imprimât deux cents exemplaires de chacune de ces gravures et qu'à 
mesure qu'elles seroient imprimées, on les envoyât promptenient ici avec les 
planches; qu'il n'étoit pas besoin d'envoyer d'Europe ni du papier, ni les in- 
grédients dont est composé le ^einis; et ordre à nous de traduire en notre 
langue ces intentions de l'empereur. 

Cette réponse de l'empereur, avec la traduction que nous avions faite, 
détaillée suivant ce qu'on nous avoit dit dans le tribunal des ministres, parti- 
rent aussitôt pour Canton par un courrier extraordinaire qui arriva en douze 
jours à Canton. Deux ans après, c'est-à-dire au commencement de décembre 
1772, arrivèrent ici sept de ces planches, avec le nombre d'estampes demandé 
par Sa Majesté qui, les ayant vues et en ayant été très satisfaite, ordonna de 
tirer ici des épreuves de ces sept planches. Sur-le-champ on m'envoya signifier 
de la part de Sa Majesté de me rendre au palais pour y consulter sur les 
moyens qu'il convenoit de prendre pour tâcher de réussir dans un ouvrage si 
délicat et si difficile. L'impression des cartes avoit eu un heureux succès; mais 
le burin de cet ouvrage étoit bien grossier en comparaison do la délicatesse du 
burin des sept planches qu'avoit dirigé un artiste aussi habile que M. Cochin. 
Pour pouvoir espérer de réussir, il falloit prendre bien d'autres précautions que 
celles qu'on avoit prises pour imprimer les cartes. Je fis là-dessus un mémoire 
dans lequel j'exposois les difficultés qu'il y avoit d'imprimer des gravures aussi 
délicates que le sont celles des victoires; les précautions qu'il falloit y apporter ; 
qu'autrement on s'exposeroit à les gâter et à les rendre inutiles; que la rigueur 
du froid qu'il faisoit empêchoit qu'on pût actuellement mettre la main à l'œuvre, 
qu'il falloit attendre que les froids fussent radoucis; qu'en attendant on pré- 
pareroit la nouvelle presse et les autres choses qui dévoient être employées. 
Dès que ce mémoire fut fini, les mandarins le firent sur-le-champ parvenir à 
Sa Majesté, qui consentit que tout ce qui y étoit contenu fût exécuté. . . 

Cette lettre du P. Benoist doit faire foi. Puisqu'à la fin de 1770, 
l'Empereur a demandé qu'on tire 200 exemplaires de chaque planche, 
et qu'en décembre 1772 on a reçu à Pékin sept planches avec, pour 
chacune, «le nombre d'estampes demandé par Sa Majesté», il est 
bien évident qu'on avait envoyé d'Europe 200 exemplaires de cha- 
cune de ces sept planches, et a priori on peut être certain qu'il 
en fut de même pour celles qui suivirent. Helman s'est donc trompé 
et a induit en erreur ceux qui ont parlé depuis lors de ces estampes 



224 PAUL PELLIOT. 

quand il a dit qu'on n'avait tiré en France que -cent exemplaires 
de chacune des planches. 

Quant aux nouvelles épreuves des sept plauches que l'empereur 
demandait au P. Benoist de tirer à Peking, elles furent tirées au 
printemps de 1773. C'est ce qui résulte de la lettre du P. Benoist 
à Bertin en date du 16 novembre 1773:^) 

... Sa Majesté a été si contente des estampes des Victoires qu'elle a déjà 
reçues, que dès que les sept planches des Victoires que nos vaisseaux apportè- 
rent l'année dernière furent arrivées à Pe King, elle ordonna qu'on en tirât 
des épreuves qui lui ont été présentées au mois de juin avant son départ pour 
la Tartarie; quoiqu'à la vérité ces épreuves ne puissent pas entrer en ligne de 
compte avec celles qui ont été tirées en France, néanmoins au jugement de 
tous les Europeans qui les ont vues, elles ont réussi beaucoup au delà de ce 
qu'on s'y étoit attendu. 

Comme le P. Benoist est mort le 23 octobre 1774, il ne put 
pas voir l'arrivée du dernier lot d'estampes à Pékin et si, comme 
il est pratiquement certain, l'empereur fit aussi tirer de nouvelles 
épreuves de celles-ci, ce n'est pas lui qui y procéda. ^) 



1) Cordier, Les Conquêtes, p. 18; T'oung Pao, 1917, p. 347. 

2) M. Cordier a dit {La Chine en France au XVIIIe siècle, p. 56): «Ces belles 
planches, retouchées à diverses reprises par les Chinois ont fourni à Pe-King des tirages 
plus curieux qu'artistiques». Je n'ai connaissance de rien de 2}areil, et je soupçonne qu'il 
s'est produit ici une confusion entre les seize estampes gravées en France et les séries 
gravées en Chine dont il va être question maintenant. Nous sommes mal renseignés sur 
les conditions dans lesquelles se firent les impressions après la mort du P. Benoist. On a 
vu que, d'après la lettre au P. du Gad de fin 1773, on avait dû, pendant l'hiver de 
1772 — 1773, préparer «la nouvelle presse» pour l'impression des sept premières planches 
arrivées à Pékin, En 1773, la Compagnie de Jésus fut supprimée; cotte suppression fut 
notifiée officiellement aux Jésuites de Pékin le 15 novembre 1775. Les Lazaristes français 
reçurent après quelques années la charge de continuer l'œuvre des jésuites de Pékin; ils 
arrivèrent à Pékin en avril 17S5. Parmi eux se trouvait le frère Joseph Paris, « horloger, 
mécanicien et tourneur » (de Rochemonteix, Joseph Amiot, p. 393 — 394 ; ce frèïe est 
appelé à tort Charles Paris dans T'oung Pao, 1916, p. 598, peut-être a la suite de M^' 
Favier, Peking, p. 223). Et le 13 novembre 1786, le P. Bourgeois écrivait à Bertin: 
«L'imprimerie était chez M. Ventavon; il s'est fait un plaisir de la remettre au frère Joseph. 
Elle est telle qu'elle est venue ici. Les caractères qu'on croyait perdus, se sont trouvés 
dans des enveloppes de papier. Il ne manque que la presse. Personne ici n'est en état de 
la faire surtout la vis, mais le frère Joseph l'a entrepris ; et comme il a beaucoup de talent. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 225 

Aucun document ne nous renseigne jusqu'ici sur le sort des 
seize dessins originaux. Il est à peu près sûr que, conformément 
aux ordres de K'ien-loug, ils furent renvoyés à Pékin. Mais je n'ai 
pas retrouvé leur trace dans l'inventaire publié par Hou King des 
œuvres du «bureau de la peinture» énumérées dans les trois séries 
du Che k'iu pao ki. Ces dessins originaux devaient d'ailleurs revenir 
en Chine avec de fortes retouches de la -main de Cochin. 

* 

* * 

K'ieu-long avait admiré les gravures exécutées en Europe, mais 
son orgueil n'admettait guère qu'on ne pût faire aussi bien à sa Cour. 
Le 12 octobre 1766, le P. Benoist écrivait à propos de K'ien-long: 
«Je me suis apperçu qu'il goûtoit beaucoup plus les machines et 
autres ouvrages faits ici sous ses yeux et dirigés par les Europeans 
qu'il ne goûtoit ceux qui lui sont envoyés de Canton, quoique plus 
magnifiques et mieux exécutés.» ^) C'est là sans doute le motif, 
plus ou moins conscient, qui lui avait fait limiter à 200 épreuves 
le tirage que Cochin offrait de porter à 1000; pour le reste, on y 
pourvoirait à Pékin. Point n'était même besoin du papier et du 
vernis que Cochin proposait d'expédier: la Chine saurait bien les 
fournir. Et c'est aussi cette même conviction de l'habileté chinoise 
qui fit bientôt ordonner par K'ien-long de reproduire en gravures 
en taille-douce les bâtiments «européens» du Yuan-raing-yuan. 

On sait que le Yuan-ming-yuan, l'ancien Palais d'Été, a été 



il réussira sûrement, et nous ne doutons pas qu'il ne tire bon parti de cette imprimerie» 
{'l'oung Pao, 1916, p. 615). Il semblerait qu'il s'agît de la même presse, qui par suite 
n'aurait pas été montée en 1773. Si le frère Joseph Paris réussit dans son travail, comme 
il est vraisemblable, il est possible qu'il ait contribué à l'impression de certaines des séries 
chinoises, jusqu'à sa mort dont j'ignore la date; et je ne sais qui imprima après lui (pro- 
bablement ses élèves chinois?). Mais les graveurs étaient chinois, et je vois d'autant moins 
de fondement aux doutes émis a ce sujet par M. Mümiethür^ {Chinesische Kunstgeschichte, 
II, 370) que je dirai tout à l'heure quelques mots de gravures sur cuivre dont les auteurs 
sont silrcment chinois. 

1) T'oung Pao, 1917, p. 314. 



226 PAUL PELLIOT. 

incendié par les Europe'ens en 1860 et que la destruction en a été 
achevée par les pillards chinois. Mais, malgré un intéressant chapitre 
du livre de M. Combaz sur les Palais impériaux de la Chine '^), 
l'histoire de cette résidence et son iconographie sont encore fort 
mal connues. Qu'il sufiBse de rappeler ici que le Yuan-ming-yuau 
ou «Jardin de la clarté parfaite» ^) avait été donné au futur 
Yong-tcheng en 1709, du vivant de sou père K'ang-hi; c'est 
Yong-tcheng qui y édifia la plupart des anciens bâtiments. K'ien- 
loug eu fit à son tour sa résidence à la mort de Yong-tcheng ^). 
D'après MS'* Pavier, K'ien-loug aurait chargé en 1737 le frère 
Castiglione, «de concert avec Soim-iou, Chen-iuen et d'autres man- 
darins, de tracer les plans généraux» *); plus tard, «il voulut avoir 
plusieurs pavillons à l'européenne, qui furent exécutés sous la 
direction du P. Beuoist, d'après les dessins du frère Castiglione». 

Je n'ai pas retrouvé le texte relatif à 1737 sur lequel s'appuie 
MS'^ Favier, et ne suis pas eu mesure par suite de déterminer 
sûrement ce qu'entendait M^^^ Favier par «tracer les plans généraux». 
Mais les noms des personnages associés à Castiglione peuvent nous 
mettre sur la voie. «Chen-iuen» est sûrement ^jj^^ "Jf^ Chen Yuan, 



1) Gisbert Combaz, Les palais impériaux de la Chine, Bruxelles, 1909, in-8°, pp. 103 — 
158. Ce travail est un tirage à part des Annales de la Soc. d'arc/iéol. de Bruxelles, t. XX]. 
Ce que M. Combaz dit p. 137 de la bibliothèque du Yuan-ming-yuan et du 7 'ou chou 
isi tch'eng est très inexact. 

2) Mot-à-mot «Jardin de la clarté ronde»; le «Jardin de la clarté blonde» de M. 
Combaz (p. 110) est sans doute une faute d'impression. Mais le nom a joue' de malheur. 
En 1743, le frère Attiret, bien qu'en Chine depuis cinq ans, l'expliquait par «jardin des 
jardins» (^Lettres édif., e'd. du Panthéon littéraire, 111, 792), confondant ainsi les deux 
caractères différents, mais homophones, qui entrent dans le nom, et M«' Favier (Peking, 
p. 378) traduit non moins h tort Yuan-ming-yuan par «Jardin de la prudence et de la 
clarté». M. Combaz se trompe également en traduisant ^fô ^K [öj Tch'ang-tch'ouen-yuan 
par «Jardin du palais prolongé»; il faut dire «Jardin du printemps prospère». Le résumé 
de l'histoire des palais donne par M^' Favier (p. 377 — 378) ou par M. Madrolle {Chine 
du Nord^, p. 31) est assez exact; celui de M. Combaz (p. 110) est plein d'erreurs. 

3) Cf. les ch. 32 et 33 du Houanj tch'ao t'ong tche. 

4) Favier, Peking, p. 378. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 227 

un des membres du Bureau de la peinture sous K'ien-loug, et qui 
collabora à plusieurs albums destinés à l'empereur^). «Souu-iou» 
est Don moins sûrement -^ J^ Soueu Yeou ou ^ j^ Soueu Hou, 
du Kiang-sou, lui aussi l'un des peintres officiels de K'ien-long ^). 
Et puisqu'il eu était de même de Castiglione, on est amené à 
penser que la besogne de ces. trois peintres et des «autres» consista 
à peindre un certain nombre de vues reproduisant l'ensemble des 
constructions du Yuau-ming-yuan ; c'est en cela qu'ils en auraient 
«tracé les plans généraux». 

Le malheur est que le Houavg tch'ao i'ong tche (ch. 113) et surtout 
le Kouo tch'ao yuan Jioiia lou, qui nous renseignent abondamment 
sur de nombreuses séries d'albums, eu particulier sur les albums des 
Trente-six vues de Jehol '), du Soixantième anniversaire de K'ang-hi *), 



1) Cf. Kouo fcA'ao yuan houa lou, I, 6 r"; II, 25 v° — 27 v°; Li tai houa che houei 
tchouan, éd. photolith. de Changhai, cb. 50, f» 2 v°. 

2) Cf. Kouo tch'ao yuan houa lou, I, 5 v"; II, 25 v" — 27 v"; Li tai houa ehe houei 
tchouan, ch. 16, f 5 v°. Le premier de ces ouvrages écrit Souen Hou, Je second Souen Yeou. 

3) Je parlerai plus loin de ces Trente-six vues de Jehol. 

4) Cf. Houang tch'ao t'ong tche, ch. 113, f° 9 r°, et surtout Kouo tch'ao yuan houa 
lou, ch. 2, ff. 25 v° — 26 r°, où sont indiqués les auteurs des 40 scènes, formant deux 
rouleaux. C'est en 1713 que K'ang-hi, né le 4 mai 1654, eut 60 ans à la chinoise; mais 

l'album ne fut peint qu'en 1717: il porte le titre de J^, ^^ |MI Wan cheou t'ou. Le 
IT ' i.»^j p\r u=u 

Département des Estampes de la Bibliothèque Nationale possède (A\5 Réserve, vol. 
Nanteuil-Tardieu) une peinture de très grand format, non 8ia;née, représentant ce cortège 
de 1713; elle est suivie d'une notice composée et calligraphiée en 1717 par le Grand Secrétaire 
3E^^Wang Chan (1645—1728; cf. à son sujet le ch. 11, ff. 24—37, du Kouo tch'ao 
ki hien lei tcheng); cette peinture n'est pas mentionnée dans les catalogues de MM. Courant 
et Cordier. Les fêtes du 60' anniversaire de K'ang-hi ont en outre été l'objet d'un ouvrage 
imprimé considérable, le !^a -^^è ^X -œ^ Wan cheou cheng tien, en 120 chapitres (cf. 
Sseu k'ou ts'iuan chou, ch. 82, f° 20). Je ne connais pas d'exemplaire complet de cet 
ouvrage, mais les ch. 41 et 42 en sont occupés par des planches, et la Bibliothèque Na- 
tionale possède trois exemplaires de ces deux chapitres. Deux de ces exemplaires sont in- 
diqués par le Catalogue de M. Courant (n°' 2314—2316), et l'un d'eux est aussi l'objet 
d'une notice dans le Catalogue des albums chinois de M. Cordier (/. .^., 1909, II, p. 214 — 
215, cote Oe 10 du Département des Estampes). Mais M. Cordier se trompe en parlant 
de 75 planches imprimées; il y a en réalité dans l'exemplaire le ch. 41, qui contient 73 
planches et le ch. 43 qui en contient 75, soit un total de 148 planches. Le troisième 
exemplaire, qui n'a pas été identitié, est coté Oe 11, et porte sur le dos de la boîte-reliure 



228 PAUL PELLIOT. 

un titre fautif «Feste chinoise de 1752»; au dos est colld un rond de maroquin rouge 
avec une tour en or. Quelque erreur dans l'ancien numéro d'inventaire fait qu'on ne peut 
fixer la date d'entrée de l'exemplaire au de'partement des Estampes; mais une note de 
l'ancien possesseur, collée à l'intérieur, contient un extrait d'une lettre dn 12 novembre 
1772 où, en réponse U une demande de cet ancien possesseur, le P. Benoist l'avertissait que 
l'ouvrage ne représentait pas sans doute les fêtes de 1751 (la date de 1752 est fausse), 
mais celles de 1713; l'ancien possesseur ajoutait à la fin : «C'est bien cela» (cf. Cordier, 
dans .7. J., 1909, II, 215). Et en effet, ce sont là simplement les ch. 41 et 42 du Wan 
eheou cheng tien. Cet ancien possesseur devait êtrt, je suppose, L. F. Delatour (1727 — 1807), 
qui était en relations avec les missionnaires de Pékin et dont le cabinet, d'ailleurs déjà 
très diminué a la Révolution, fut vendu en 1808 et 1810 (cf. Cordier, dans J. A., 1909, 
II, 210); la «tour» d'or lui aurait servi d'armes parlantes. On sait en effet que Delatour 
a publié anonymement en 1803, à 36 exemplaires, des Essais sur Varchitecittre des Chinois 
(cf. Bibl. Sinica^, col. 59, et Premier catalogue des Livres, la plupart précieux, du Cabinet 
de Feu M. L.-F. Delatour, Paris, Tilliard et Merigot, avril-mai 1808, in-S" [Bibl. Nat., 
A 13155 et A 13130], introd., et p. 22). Or on y lit (p. 568) que Delatour possédait 
«deux volumes, petit in-fol., contenant les gravures, en bois, des superbes fêtes données 
par l'Empereur Kien-Lotig à la soixantième année de l'Impératrice sa mère...» De même, 
dans le Second Catalogue des ouvrages Chinois, Tartares . . . du cabinet de feu M. L. F. 
Delatour (Paris, Tilliard et Merigot, janv. 1810, in-8°; Bibl. Nat. A 13155 et A 13130), 
figure, sons le n° 352, l'ouvrage suivant: «Collection de 294 planches, en bois bien fine- 
ment gravées, représentant dans le plus grand détail les deux superbes fêtes données par 
l'Empereur Cang-Ei, avec la plus grande pompe, à la 60' et 70" années de l'Impératrice 
sa mère. On y remarque entr" autres Ventrée solennelle de l'Empereur dans la ville de Peking, 
2 vol. in-fol. br. Contenus dans une boîte in-folio relié. Avec quelques explications en chinois.» 
L'ouvrage s'est vendu 170 francs. Malgré l'intervention indue de l'impératrice-mère, qui 
montre une confusion avec les fêtes de l'impératrice mère de K'ien-long, il doit bien s'agir 
du 60* anniversaire de K'ang-hi lui-même. Les deux volumes et la boîte de reliure con- 
cordent avec l'état actuel de Oe 11. Quant au chiffre de 294 planches, il résulte d'une 
erreur de 147 au lieu de 148 planches, et en comptant pour deux planches chaque planche 
pliée en deux. D'autre part on a vu que l'abbé Viguier offrait au marquis de Marigny en 
1770 trois volumes chinois, dont un de texte et deux représentant en 147 planches «le 
détail des fêtes données vers l'an 1752 à l'occasion de la 60° année de l'impératrice mère». 
Mais, en 1770, le recueil des fêtes de 175 1 (non 1752), dont je ne connais d'ailleurs aucun 
exemplaire, n'était pas encore gravé; c'est ce qu'afiSrme la lettre du P. Benoist du 12 no- 
vembre 1772. Il me paraît dès lors évident que l'abbé Viguier a commis la même confusion 
que l'ancien possesseur de Oe 11. Le nombre même des planches, 147 selon l'abbé Viguier, 
concorde à une unité près avec les 148 planches des ch. 41 et 42 du Wan cheou cheng tien, 
et est identique aux 294 (= 147 X 2) du Catalogue de Delatour. Il ne semble pas par 
ailleurs que l'exemplaire de l'abbé Viguier puisse être Oe 11 lui-même, puisque celui-ci, 
dès 1772, ne comprenait pas le volume de texte dont parle l'abbé Viguier. Ce volume de 
texte était sans doute le ch. 40, et à ce titre il n'est pas impossible que l'exemplaire de 
l'abbé Viguier soit celui qui porte au Catalogue de M. Courant les n"' 2314 — 2315; 
mais c'est là une sointion hypothétique, puisqu'on ne trouve pas trace à la Bibliothèque 
Nationale de l'autre ouvrage qu'offrait l'abbé Viguier Et qui, si l'offre avait été acceptée, 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 229 

du Voyage de K*ang-M dans le Sud ^), ne soufflent mot d'aucun 
album de vues du Yuan-ming-yuan. 

De tels albums ont cependant existé. On trouve assez couram- 
ment en Chine un ouvrage en 2 pen, assez grand in-8, intitulé 
fttP ^ |MI ^ ImI ß^ ^^ ^^^*^ yuan ming yuan che ou «Poésies 
sur le Yuan-ming-yuan, composées par l'empereur». Les poésies, 
qui sont l'œuvre de K'ien-long, accompagnent des vues du Yuan- 
ming-yuan, et sont elles-mêmes commentées par des lettrés du 
temps. Le tout est précédé de deux préfaces de K'ien-long tirées 



aurait dû entrer a la Bibliothèque en même temps. Les trois exemplaires portent en marge 
le titre ^^ ^^ ^i W. :^<JJ ^^ on «Première série du Wan cheou cheng tien-» 
A la fin du oh. 42 est une note finale disant que la gravure a été surveillée par 
ï M ÏP ^"°S Yuan-k'i et ^E ^ i^ ^»"g Yi-ts'ing. Wang Yuan-k'i (1642— 
1715) est un peintre célèbre; on voit par la date Je sa mort que le Wan cheou cheng tien 
fut gravé avant l'exécution de l'albnm décrit au Kouo tch'ao yuan houa lou et de la 
peinture AA 5 Réserve, puisque ces deux dernières œuvres sont de 1717. Il y a cependant 
un lien d'école entre toutes ces œuvres, car -^^ ^^ (ïïu Kin Yong-hi, l'un des auteurs 
de l'album de 1717, était un disciple de Wang Yuan-k'i, et Wang Yi-ts'ing, qui surveilla 
avec Wang Yuan-k'i la gravure des planches du Wan cheou cheng tien, était le fils de 
Wang Chan, l'auteur de la notice de 1717 jointe à la peinture de AA 5 Réserve. Je pense 
que c'est encore un exemplaire des mêmes planches qui figure an catalogue d'une vente 
faite les 2 et 3 mars 1914 par MM. Lair-Diibreuil et André Portier (p. 47, n" 553) 
sous le titre de „Description des fêtes données à Pékin, à l'occasion du 60" anniversaire 
de l'empereur Kienlong (1736 — 1796). Edition impériale." Je ne connais en effet aucun 
ouvrage imprimé relatif aux fêtes du 60* anniversaire de K'ien-long, et „K'ien-long" me 
paraît être, ici encore, une faute pour „K'ang-hi". 

1) Cf. Houang tch'ao fong tche, ch. 113, f 9 r**; Kouo tch'ao yuan houa lou, ch. 1, 
ff. 7 v", 14 v°. Le titre des albums est ^a \m l^l Nan siun t'on. Il ne faut pas les 
confondre avec l'ouvrage connu Nan siun cheng tien en 120 ch. qui se rapporte au temps 
de K'ien-long (cf. Sseu k'ou ts'iuan chou, ch. 82, ff. 23 — 24); la préface impériale de ce 
dernier ouvrage est de 1771, et il y a une réédition photolithographique de 1882 (Bibl. 
Nat., coll. Pelliot, II, 539). En dehors de ce grand ouvrage, le voyage de K'ien-long dans 
le Sud avait été l'objet d'un album de 46 vues gravées sur bois que le P. Amiot envoya 
en France en 1765 (Département des Estampes, Oe 12; Courant, Catalogue, n° 5541; 
Cordier, dans /. A., 1909, II, 215 — 216). Ces vues ont été reproduites par Le Rouge dans 
Les Jardins anglo-chinois à la mode (Bibl. Nat., Estampes, Hd 89 a). En outre, r^ jj^ 
Siu Yang avait retracé ce voyage de K'ien-long en 12 rouleaux intitulés "^5 i^ |M| 
Nan siun t'ou (cf. Kouo tch'ao yuan houa lou, ch. 2, f° 16 r°). 



230 PAUL PELLIOT. 

en rouge. Bien que le recueil ne soit pas daté, il ne me paraît 
pas douteux qu'il soit du premier quart du règue de K'ieu-long, 
c'est-à-dire antérieur à 1750^), Je possède ce recueil, mais ne l'ai 
pas actuellement à ma disposition, et mes notes n'indiquent pas le 
nombre des gravures. Toutefois il se confond à peu près sûrement 
avec un ouvrage illustré en deux chapitres qui se trouve au British 
Museum et comporte quarante planches ^). C'est évidemment là aussi, 
selon moi, l'ouvrage en deux livres, renfermant quarante vues du 
Yuau-ming-yuan, que l'abbé Viguier offrait de céder au marquis 
de Marigny en 1770. 

Dans ses Essais sur Varcliitechire dés Chinois (p. 163), Delatour 
reproduit des extraits d'une lettre du P. Bourgeois écrite de Pékin 
en octobre 1786^); le P. Bourgeois fait observer à Delatour qu'il 
y a beaucoup de palais proches les uns des autres, et il ajoute: 
«Vous verrez donc. M., 1° qu'il ne s'agit pas de trois ou quatre 
palais: car je vous envoie les planches, gravées en bois, de cinquante 
maisons impériales qui sont toutes situées dans le même endroit, 
dont Yven-ming-Yuen n'occupe qu'une partie. Cependant comme 
c'est à Yuén-ming-Yuen que l'Empereur se plaît le plus, et que 
c'est là qu'il a fait bâtir des palais où il demeure quand il n'est 
pas à Pékin, on donne à toute l'enceinte le nom de Yuen-ming-Yuen.-* 
Delatour met en note: «J'ai gardé les 50 planches gravées en bois; 
elles sont de format graud in-4'^. » Par contre, à la p. 188, Delatour 



1) Il y a en outre une réédition lithographique réoente jointe à celle des Treiite-six 
vues de Jehol; le titre y est donné sous la forme Ym3 ^V. 1^1 i\h I^Ï I^ =^i^ Yu 
tche yuan ming yuan t'ou yong. 

2) Cf. Douglas, Catalogue, )). 270. Le titre y est |^P ^ [Jj 0^ ^ |5[| -|- 
-S* gi Yu tche yuan ming yuan sseu che king che, ce qui ne signifie pas, comme l'a 

cru Douglas, „Forty Elegant Poems on Yuen-ming-yuen", mais „Poésies sur quarante sites 
du Yuan-ming-yuan". Quant à l'impérial poète, Douglas a cru que c'était Yong-tcheng; 
mes notes indiquent nettement K'ien-long. 

8) Ces lettres du P. Bourgeois publiées en partie par Delatour ne sont notées ni dans 
la Bibliothèque de Sommervogel ni dans la Bibliotheca Sinica. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 231 

note qu'il a les gravures sur bois, grand in-4'', de 25 pavillons du 
Yuan-ming-yuan, sans compter des peintures eu couleur de 6 de 
ces pavillons ^). Ainsi, à la p. 188 de ses Essais, Delatour ne parle 
plus que de 25 planches du Yuan-raing-yuan, mais, à la page 566, 
il revient au nombre de 48 on 50. Enfin, dans le Second Catalogue 
de sa vente, le n" 326 est ainsi libellé: «Vues (47) des jardins et 
palais d'Yueu-Ming-Yuen, de l'empereur Kien-Long, appelé par les 
Européens le Versailles de la Chine, à trois lieues de Pékiiig, petit 
in-folio, cart. Ces planches sont gravées au trait sur bois». Malgré 
toutes ces indications contradictoires de 50, 25, 48 ou 50, 47 planches, 
je crois qu'ici encore il s'agit de l'album usuel, gravé sur bois, des 
Quarante vues du Yuan-ming-yuan . 

La Bibliothèque Nationale n'a pas d'exemplaire imprimé de ces 
Quarante vues du Yuan-ming-yuan, mais elle en possède deux 
exemplaires manuscrits en couleurs, et il y en a un troisième au 
Louvre dans la collection Thiers. Ces albums ne sont pas d'ailleurs 
des copies des gravures, mais constituent des exemplaires qui s'in- 
spirent des gravures dans la reproduction des mêmes sites ^). 



1) Ueiatour donne (p. 189 — 207) une description détaillée de ces six peintures, rédigée 
pour lui par un M. Morel. Ces six peintures figurent au Hecond Catalogue de sa vente, 
n» 327. 

2) Il y aurait même trois exemplaires si l'indication que donne M. Cordier (.7. A., 
1909, II, 210) pour AA 6 était juste. M. Cordier décrit ce numéro ainsi: „Vues du Palais 
d'Eté. Grand Album, acquis en 1862". Mais il s'tst produit là une confusion de fiche. Le 
„grand album acquis en 1862", et qui contient en effet des vues du Palais d'Eté, n'est pas 
AA 6, mais l'album alors sans cote que M. Cordier décrit p. 211 et qui porte aujourd'hui 
la cote B9 Réserve; il en sera question tout à l'heure. Quant à AA 6, qui est aussi de la 
Réserve, c'est un album composite, qui, a côté de quelques autres pièces, contient les 
documents chinois suivants, tous de très grand format: 1° Quatre figures marquant les 
points où on peut pratiquer l'acupuncture d'après les trous du fameux „homme de bronze"; 
ces figures sont accompagnées d'une note qui paraît être de la main du P. Amiot; 2° Un 
autographe du „sixième prince"; il y en a un autre dans AA 5, vol. Nanteuil-Tardieu ;• 
3® Deux peintures de fleurs et une représentant un saurien ; 4" Une belle peinture intitulée 
^^ ja Tl, np 1^1 Tch'oueti h'man wou tseu t'ou, représentant une poule avec cinq 

poussins, et signée ^^ v§^ Ts'ien Siuan (ce peintre célèbre vivait aux alentours de l'an 

16 



232 PAUL PELLIOT. 

L'an d'entre eux, Oe 21, ne nous arrêtera pas; c'est un album 
des 40 vues sur papier, d'exécution médiocre, et qui n'est ni daté 
ni signé ^). Il ne vaut pas davantage d'insister sur l'album de la 
collection Thiers 2). Mais le très grand album acquis en 1862 et 
qui porte aujourd'hui la cote B 9 Réserve est une véritable œuvre 
d'art ^). Cet album était jadis divisé en deux parties, mais les 
planches de bois d'une des reliures ont été perdues ou détruites, et 
toutes les peintures sont aujourd'hui réunies entre les planches de 
bois du premier album. Les 20 peintures de chaque partie sont 
numérotées 2 à 21, ce qui semblerait indiquer qu'il manque un 
feuillet préliminaire à chacune d'elles. Sur la couverture est gravé 
le titre B "& tll M û MM ^Â M ^ + ^ ^'avg tai chen 
yuan ho houa yuan ming yuan sseu che king, «Quarante vues du 
Yuan-ming-yuan, peintes de concert par T'ang Tai et Chen Yuan». 
Une signature placée sur la dernière planche de chaque partie in- 
dique que T'ang Tai et Chen Yuan ont peint ces albums pour 
l'Empereur en 1744 *). En face de chaque peinture il y a un 
feuillet de texte calligraphié en 1744 par y^E È ^^^^^S Yeou-touen. 
Tous ces personnages sont parfaitement connus. Wang Yeou-touen 
(1692 — 1758), célèbre comme calligraphe et comme homme d'Etat, 
fut ministre sous K'ien-long ^). Chen Yuan et T'ang Tai étaient 



1300; cf. Li tai houa che houei tchouan, ch. 18, f° 3 r"); B° un certain nombre de grandes 
imageries sans intérêt. Une note d'entrée conserrée dans les archives du département des 
Estampes montre qne toutes ces pièces ont été confisquées chez „l'émigré Bertiu" en 1795. 
On sait que Bertin est mort à Spa eu 1792. D'autre part, dans une note de ses Essais 
sur l'architecture des Chinois (p. 244), Delatour dit que Bertin, ruiné, avait dû se défaire 
de ses collections dès avant 1791 et passer à l'étranger. La note dont je viens de parler 
montre que, même après 1791, il devait rester pas mal de choses chez l'ancien ministre. 

1) Courant, Catal., n° 5549; Cordier, dans .7. A., 1909, II, 219, 

2) N° 280; cf. Combaz, Les palais impériaux de la Chine, p. 122. 

8) Courant, Catal, n» 5540; Cordier, dans .7. J, 1909, II, 211—212. M. Combaz 
a reproduit six de ces peintures (pi. XXI à XXVI dé ses Palais impériaux de la Chiné). 

4) La date de 1754 indiquée par M. Combaz, Xe*/)o/öw !»i/;(?nätKx, p. 122, est inexacte. 

5) Cf. Giles, Biogr. Diet., n° 2255; c'est à tort que M. Courant, qui l'appelle bien 
Wang Yeou-touen à propos du n° 5540 de son Catalogue, le nomme „Wang Yeou", tseu 
„Tonen-lin", h propos du n° 5538. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPÉREUR DE LA CHINE». 233 

tous deux membres du «bureau de la peinture» sous K'ien-long, 
Nous avons déjà vu Chen Yuan nommé à côté de Castiglione 
parmi les artistes à qui K'ien-long, selon MS^ Favier, ordonna en 
1737 de «tracer les plans généraux» du Yuau-ming-yuau. Quant à 
T'ang Tai (ou T'ang-tai?), c'était un Mandchou, de l'école de Wang 
Yuan-k'i, et qui excellait surtout dans la peinture de paysage; les 
diverses séries du Che k'iu pao ki ont enregistré un grand nombre 
de ses œuvres^). Le même Che k'iu pao ki mentionne en outre un 
album du ^ ^^ |Q Pin fong fou, ou «Illustrations des Airs de 
Pin», où le texte de l'ode du «septième mois» de la section Pin- 
fong du Che king était calligraphié par ^ jj^^ Tchang Tchao 
(1691 — 1745), et dont les peintures avaient été exécutées en colla- 
boration par Castiglione, Chen Yuan et T'ang Tai 2): Castiglione 
avait peint les bâtiments; les paysages étaient dûs à T'ang Tai; 
les hommes et les animaux étaient l'œuvre de Cheu Yuan ^). Bien 
qu'il ne semble pas que Castiglione soit intervenu directement dans 
l'album de 1744, les bâtiments montrent, par leur perspective, que 
T'ang Tai et Chen Yuan s'étaient imprégnés de ses principes. 

Dans les Quarante vues du Tuan-ming-yuan, il n'y a pas trace 
des bâtiments «européens»; que ceux-ci qu'ils n'existaient pas encore 
eu 1737 ou en 1744. Mais, en 1747 *), le P. Benoist aménagea au 
Yuan-ming-yuan les premiers ^ ^ chouei-fa, ou «à garder», et 
bientôt entreprit sur les mêmes emplacements la construction de 
toute une série de pavillons «européens». Bien qu'ils aient, comme 
tout de Palais d'Eté, brûlé en 1760, leurs murs en maçonnerie 
pleine ont mieux résisté que les bâtiments chinois soutenus par des 
charpentes en bois, et leurs ruines sont encore aujourd'hui assez 



1) Cf. Koico tch'ao yuan houa lou, ch. 1, ff. 3 — 5. 

2) Sar les Pin fong t'ou, cf. Pelliot, Ä propos du „Keng iche t'ou", dans Mém. conc. 
l'Asie Orientale, I [1913], pp. 95, 108—109, 120. 

3) Cf. Kouo tch'ao yuan houa lou, ch. 2, f° 27 v°. 

4) Cf. Lettres édifiantes, éd. do Panthéon littéraire, IV, 120 et 226. 



234 tAÜLPELLIOT. 

imposantes. Un jour vint que K'ien-long désira avoir des vues de 
ces bâtiments «européens», et puisqu'aussi bien il avait reçu les 
estampes sur cuivre des Conquêtes, il décida de faire reproduire les 
nouvelles vues par ce procédé qui était «européen» lui aussi. 

Les meilleurs renseignements à ce sujet se trouvent dans une 
lettre du P. Bourgeois à Delatour, et que celui-ci dit datée de 1786. 
Voici ce qu'écrivait le P. Bourgeois^): 

II y a trois ans, Monsieur, que l'Empereur voulut avoir le plan de ses 
maisons européennes bâties à Yuen-ming-Yuen, pour les joindre à ceux des 
palais Chinois qui avoient été levés sur ses ordres. Il appela deux ou trois 
disciples du frère Castiglione; ils travaillèrent, pour ainsi dire, sous les yeux 
de ce Prince qui corrigea souvent leurs plans, puis il les fit graver sur le cuivre, 
et c'est le premier Essai du talent chinois pour la gravure en taille douce 2). 

Par le moyen des deux Peintres élèves de Castiglione, je suis venu à bout 
d'avoir un exemplaire des planches que je vous envoie. C'est un des deux qui 
a tracé le plan général, et la situation lespective de tous les bâtiments euro- 
péens à Yuen-ming-yuen; l'autre avoit commencé à mettre en couleur la 
première planche, mais il tomba malade et n'acheva pas. J'ai mis son esquisse, 
toute imparfaite qu'elle est, dans la caisse. 

Delatour continue comme suit: 

Cet envoi précieux, avec la lettre ci-dessus, m'est parvenu à la fin de i 787, 
et certain* il étoit parti de Pékin dès 4785 3). Les XX planches gravées sur 
cuivre, comme collection de grandes estampes, sont rares, puisqu'elle présente 
la première tentative des Chinois dans ce genre de gravures, et du tirage 
qu'ils ont hasardé. Malgré toutes les imperfections que les artistes françois et 
les amateurs d'estampes pourront y trouver, il est difficile de s'empêcher d'ad- 
mirer la facilité de ce peuple patient et laborieux à imiter les modèles qu'on 
lui met sous les yeux. ... 



1) Delatour, Essais sur Varchitecture des Chinois, p. 170 — 172; cf. aussi le passage 
de la p. 164 (et non 162 comme dit M. Combaz, Les palais impériaux, p. 149): „Vous 
jugerez mieux de ces maisons européennes bâties à Yuen-ming-yuen, par les XX grandes 
planches gravées qui les représentent, que je vous envoie. C'est le premier essai de gravure 
sur cuivre fait en Chine, sous les yeux et par les ordres de l'Empereur". 

2) Ceci est vrai, comme le dit le P. Bourgeois, de la gravure de dessins en taille douce. 
Mais antérieurement les Chinois, sous la direction des missionnaires, avaient déjà gravé au 
trait sur cuivre les cartes de l'empire, tant sous K'ang-hi que sous K'ien-long. 

3) Ceci est impossible si la lettre d'envoi du P. Bourgeois est bien, comme le dit 
Delatour, de 1786. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 235 

J'ai donné dans le temps un grand soin à la conservation de ces estampes, 
tirées sur un papier trop foible, quoique passé à l'alun. En doublant chaque 
feuille d'une feuille de papier de France mince, je les ai toutes préservées d'un 
déchirement inévitable de la part de celui qui les toucheroit sans précaution. 
II peut exister en France un second exemplaire de la même collection, qui 
étoit entre les mains de M. Bertin le ministre; mais dans ses malheurs, dans 
la dispersion de son magnifique cabinet de curiosités chinoises, et le peu d'ar- 
rangement et d'ordre qui y étoit, il est possible qu'on n'ait fait aucune distinc- 
tion de ce rouleau d'estampes et qu'il soit perdu. 

Delatour ajoute qu'en 1793, avant sa détention «qui a été si 
longue», il a consenti à céder cette collection d'estampes des 
bâtiments «européens», mais qu'il a gardé la description des 20 
planches, faite pour lui par son ami «M. Mai (le P. Avril, jésuite)»; 
il reproduit cette description, qui occupe les pages 173 — 186 de ses 
Essais. 

L'exemplaire des 20 planches que possédait Delatour ne s'est 
pas retrouvé, non plus que celui qui a appartenu à Bertin ^). 
Enfin, aucun exemplaire de ces gravures sur cuivre des bâtiments 
«européens» du Yuan-miug-yuan n'a été signalé jusqu'ici^). Une 
heureuse circonstance permet cependant de se faire une idée assez 
exacte de ce qu'elles étaient. En 1794 — 1795, la Compagnie hol- 
landaise des Indes Orientales envoya en ambassade à Pékin Isaac 
Titsingh, accompagné, comme second, de A. E. Van Braam Houck- 
geest, chef du comptoir de Canton. Van Braam Houckgeest, qui a 
écrit le récit de l'ambassade, rassembla une importante collection 
de dessins et de curiosités chinoises, parmi lesquels le traducteur 
et adaptateur du Voyage, Moreau de Saint-Méry ^), note «vingt 



1) Sur l'envoi d'un exemplaire à Bertin, on devrait trouver quelques renseignements 
soit dans les lettres du P. Bourgeois, soit dans celles du P. Amiot. Mais la correspondance 
du P. Amiot avec Bertin est encore entièrement inédite, et la dernière lettre publie'e du 
P. Bourgeois à Bertin est du 31 juillet 1778 {T'oung Pao, 1917, p. 365—379). 

2) Je crois avoir entendu dire que M. Casenave, ancien chargé d'affaires de France 
en Chine, avait acquis à Pékin un exemplaire de ces planches sur cuivre des bâtiments 
„européens" du Palais d'Eté; mais je ne l'ai pas vu. [Cf. infra les Addenda.] 

3) Cf. Biblioih. Sinica*, col. 2350—3351. 



236 PAULPELLIOT. 

dessins qui sont autant de vues de différentes parties de l'habitation 
bâtie à l'européenne dans la vaste enceinte de la maison de plaisance 
Impériale de Yuen-mwg-yiien » ^). M. Combaz a signalé ^) qu'une 
note finale de l'édition du Voyage parue à Paris en 1798 annonçait 
que Van Braam Houckgeest venait d'offrir ses collections au Directoire 
et que celui-ci les avait acceptées. Je ne sache pas qu'on ait 
signalé jusqu'ici dans nos collections nationales d'objets provenant 
de ce Hollandais d'un républicanisme ardent, à l'exception précisé- 
ment des dessins du Yuan-miug-yuan ^). Ceux-ci se trouvent au 
Département des Estampes, Oe 18; il n'y en a que dix-neuf, qui 
portent chacun un titre en chinois, et, en regard, une traduction 
française de ce titre. Les dessins sont accompagnés de la note 
suivante *) : «. 

Les dix-neuf -dessins qui suivent, présentent une séiie de différentes vues, 
de l'une des 36 maisons de plaisance de Sa Majesté Impériale à Yuen Ming 
Yuen. Cette habitation située à 25 lis seulement de Peking, n'a pas moins de 
300 lis de circonférence. Elle a été construite entièrement dans le goût européen 
par le P. Benoit, missionnaire français, il y a environ 40 ans (vers 1750). 

Ces dessins ont été copiés par des peintres chinois sur les Peintures originales 
exécutées par les missionnaires eux-mêmes à la demande et aux frais de M^ Van 
Braam Houckgeest, chef de la nation hollandaise à Canton en 1794. 

La note ci-dessus et celles qui se trouveront en regard de chaque dessin 
ont été traduites du hollandais d'après le Manuscrit original autographe de 
M. Van Braam. 



1) Ed. de Philadelphie, 1797—1798, t. I, p. xxi. Le journal original de Van Braam 
Houckgeest, qui est inédit sous cette fornae, est conservé depuis 1912 aux Archives de La 
Haye (cf. A. Chapuis, La montre chinoise, Neuchâtel, s. d. [1919], in-é", p. 47); j'ignore 
s'il s'y trouve quelques détails sur les collections. 

2) Les palais impériaux, p. 153. 

3) Mais il est fort possible que si on procédait au Departement des Estampes à un 
tri de ce qui vient, comme dessins chinois, de Bertin et de Delatour, on pût retrouver 
dans le reliquat un certain nombre de pièces que les préliminaires de la traduction de 
Moreau de Saint-Méry permettraient d'identifier. 

4) Cf. Courant, Catalogue, n° 5651; Cordier, dans /. A., 1909, II, 218—219; Com- 
baz, Les palais impériaux, p. 153. La reproduction de cette note donnée par M. Combaz 
est inexacte en plusieurs endroits et, par inadvertance, le dernier paragraphe n'est pas in- 
diqué comme une citation. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 237 

Il résulte de cette note que, lors de l'envoi des dessins par 
Vau Braam Houekgeest, il n'y en avait plus que 19 sur 20. Quant 
à l'origine de cette note, je crois qu'il faut la placer aux Etats Unis, 
où vivait Van Braam, et non en ÎVance. Il n'y a pas trace d'un 
manuscrit hollandais de Van Braam qui aurait pu être joint à l'envoi. 
D'autre part, les dessins, qui sont certainement ceux exécutés en 
Chine et non une copie faite aux Etats Unis, ne portent pas un 
mot de hollandais. On est ainsi amené à supposer que Van Braam 
avait rapporté de Chine, sur des feuillets à part (dans le manuscrit 
original de son journal?), l'explication des légendes, et qu'il fit 
traduire cette explication en français et la fit inscrire au regard 
des dessins quand il envoya ceux-ci au Directoire. 

Cette explication des légendes chinoises est assez développée, 
et il paraît probable que Van Braam Houekgeest l'ait recueillie à 
Pékin, où il avait avec lui l'album des vingt dessins. Mais cela ne 
veut pas dire qu'il ait fait exécuter l'album à Pékin même. La note, 
de rédaction ambiguë ^), doit être interprétée en réalité de la ma- 
nière suivante: «Ces dessins ont été copiés à Canton, en 1794, 
par des peintres chinois, à la demande et aux frais de M^ Vau 
Braam Houekgeest, chef de la nation hollandaise, sur les peintures 
originales exécutées par les missionnaires eux-mêmes.» 

Qu'étaient les «peintures originales exécutées par les mission- 
naires»? M. Combaz a déjà remarqué q^u'il y avait identité absolue 
entre les dessins provenant de Van Braam Houekgeest et les des- 
criptions des vingt planches du Yuan-ming-yuan rédigées par le 
jésuite Avril et reproduites par Delatour ^). La raison en est bien 
simple. C'est qu'il y a une double inexactitude dans la note jointe 



1) Cette rédaction ambiguë a manifestement trompé M. Cordier ; cf. La Chine en France, 
p. 83. 

2) Cf. Combaz, Les palais impériaux, p. 153 — 157. M. Combaz donne la liste des 
19 dessins provenant de Van Braam Houekgeest et reproduit 3 d'entre eux avec les des- 
criptions correspondantes des Essais de Délateur. 



238 PAUL PELLIOT. 

aux dessins: ceux-ci ont été copiés non sur deâ «peintures», mais 
sur les gravures en taille douce exécutées par ordre de K'ien-long, 
et on a vu que les auteurs des dessins originaux et des gravures 
n'étaient pas les missionnaires eux-mêmes, mais des Chinois qui 
avaient été les élèves des missionnaires. Cette conclusion, que l'examen 
seul des dessins me paraissait imposer, est confirmée par deux pas- 
sages du Voyage de Van Braam Houckgeest, où on lit, sous la date 
du 3 février 1795, que Van Braam Houckgeest avait antérieurement 
«obtenu, à Canton, du marchand Paonkêqua^), vingt dessins des 
vues du Yuen-ming-yuen pour les copier», et plus loin, à la date 
du 15 février 1795: «Les dessins que j'en ai [du Yuan-ming-yuan] 
sont très exacts, ayant été copiés sur des gravures faites par les 
Missionnaires eux-mêmes, d'après les plans de cet architecte leur 
confrère [le P. Benoist].*^) Comme on le voit, les originaux étaient 
bien des gravures, mais l'erreur de les attribuer aux missionnaires 
remonte à Van Braam Houckgeest lui-même. 

Les dessins copiés à Canton sur ces gravures pour Van Braam 
Houckgeest sont finement exécutés, et doivent reproduire fidèlement 
les originaux. Ils ont presque l'apparence de dessins au trait, et 
suggéreraient que les graveurs chinois, novices dans l'art de la 
gravure en taille-douce, avaient évité de surcharger leurs planches. 
Ces dessins, à défaut des gravures originales, sont précieux pour 
nous faire connaître l'ancien aspect des bâtiments construits sous 
la direction du P. Benoist. Ils nous révèlent aussi les noms chinois 
des divers bâtiments, comme celui du ^ ^ ^ Yang-ts'io-Iong 
(la Volière), et surtout du bâtiment principal appelé jf$ ^ ^ 



1) „Paonkêqua" est le même nom que celui du „Pankeikoua" mêlé aux négociations 
pour la gravure des estampes des Conquêtes. Mais c'était là en réalité le nom d'ane maison 
hanniste, et rien ne montre que le chef de cette maison en 1794 fût encore P'an T'ong- 
wen comme en 1265. 

2) Voyage, éd. de Philadelphie, t. I, pages 243 et 269. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 239 

Hai-yen-t'ang ^). En avant de ce bâtiment principal, les dessins 
reproduisent les douze animaux cycliques aménagés par le P. Benoist 
et dont chacun, à tour de rôle, lançait un jet d'eau pendant deux 
heures. Les ruines actuelles ont encore gardé les lignes générales 
de ce grand bâtiment. 

La lettre du P. Benoît de 1786 nous a fait savoir que les vingt 
planches des bâtiments européens du Yuan-ming-yuan étaient le 
premier essai chinois de gravure sur cuivre en creux, et que cet 
essai était de 1783 ^). Mais K'ieu-long ne s'en tint pas là. J'ai 
mentionné plus haut incidemment une série de Trente six vues de 
Jehol; le Che k'iu pao ki en décrit deux exemplaires peints l'un 
P^^ ^ ^ ^ Tchang Tsong-ts'ang, l'autre par "^ ^ ^ Cheu 
Ying-houei ^). C'est l'empereur K'ang-hi qui avait choisi ces 36 sites, 
et il avait consacré à chacun d'eux, en 1711, une poésie appropriée 
en chinois; en 1741, K'ieu-long fit lui aussi, pour les mêmes sites, 
36 poésies sur les mêmes rimes qu'avait employées sou aïeul *). 



1) On devrait retrouver ces noms dans les ouvrages chinois qui décrivent le Yuan- 
ming-yuan; je ne les ai pas actuellement à ma disposition. 

2) Ou de 1782, si la lettre du P. Bourgeois était de 1785 comme Délateur paraît 
l'indiquer en un autre passage. 

3) Cf. liouang tch'ao t'ong tcfie, ch. 113, f° 9 r° de l'édition photolith., et surtout 
Kouo tch'ao yuan noua lou, ch. 2, ff. 9 — 10 et 14 v°. Tchang Tsong-ts'ang et Chen Ying- 
houei vivaient sous K'ang-hi ; le premier fut un des plus féconds artistes du „bureau de la 
peinture". Le titre des albums est \ fi^ ^^ Mj Bj^ — -. ~t~* -^ "Si* |g| Pi chou 
chan tchouang san che licou king fou, „Tableaux des 36 vues du Pi-chou-chan-tchouang". 
Pi-chou-chan-tchouang, la „Résidence de montagne oà on fuit les chaleurs", était le nom 
donné par K'ang-hi à la résidence estivale de Jehol. 

4) Il y a une réédition lithographique récente publiée au ~p^ jqj ^^ ^i Ta-t'ong- 
chou-kiu de Chaughai, et où on trouve les 30 vues, les poèmes de K'ang-hi de 1711, ceux 
de K'ien-long de 1741, et les commentaires jojnts à chaque poème par une commission de 
lettrés en 1741 ; elle porte le titre de |^ ^ ^ ^ [J_| ^ }§ ^< Yu tche pi 
chou chan tchouang t'ou yong; j& la possède, mais ne l'ai pas actuellement à ma disposition; 
je n'ai jamais vu l'édition originale qu'elle reproduit. M. Franke a acquis un exemplaire 
de cette édition originale de 1741 ; elle porte le titre deYjtfl ^f j^ ^* jjj ^T. §# 



240 PAUL PELLIOT. 

Mais en outre, eii 1754, K'ien-long baptisa à soa tour 36 sites de 
Jehol; ce serait mal connaître sa fécondité littéraire que d'admettre 
qu'il laissa échapper une si belle occasion d'écrire 36 poèmes 
nouveaux ^). 

Or il y a au Département des Estampes, Hd 90, un album qui 
est simplement qualifié «Paysages chinois» ^)-, ce sont en réalité 
36 vues de Jehol. En face de chaque vue, il y a un texte manuscrit, 
mais les vues elles-mêmes sont des gravures sur cuivre en taille-douce. 
Bien que je n'aie pas actuellement à ma disposition les poèmes de 
1711 et de 1741 pour faire la comparaison, il me paraît probable 
que noas ayons ici les 36 sites nouveaux choisis par K'ien-long en 
1754, avec les compositions qu'il ne manqua pas d'écrire à cette 
occasion. K'ien-long aura voulu que «ses» sites fussent gravés 
comme l'avaient été ceux de K'ang-hi. Mais il adopta pour cette 
nouvelle série le procédé récemment importé d'Europe. Et puisque 
les gravures des bâtiments européens du Yuan-ming-yuan exécutées 
en 1783 étaient le premier essai de gravure en taille douce en Chine, 
il faut que l'album Hd 90 ait été gravé postérieurement à cette date ^). 



Yu tche pi chou chan tchouang che (cf. Franke, Beschreibung des Jehol-Gebietes, p, 61), 
La bibliothèque de Cambridge possède un exemplaire des poèmes de K'ang-hi avec traduc- 
tion mandchoue, et aussi un exemplaire de l'édition de 1741 ; cf. Giles, Catalogue of the 
Wade Collection, p. 86, et Supplementarg Catalogue, p. 21 (mais les indications donne'es 
sont insuffisantes; M. Giles ne dit rien ni des planches ni des poèmes de K'ien-long; de 
plus le titre ne signifie pas „Poems from a summer retreat", mais „Poèmes sur le Pi- 
chou-chan-tchouang"). C'est évidemment aussi un exemplaire de l'édition de 1741 que 
devait posséder Delatour et qui est décrit dans le Second Catalogue de sa vente, n° 351, 
comme „Recueil de 36 vues gravées sur bois" représentant les palais de Jehol; je ne sais 
ce que cet exemplaire est devenu. 

1) M. Franke a donné une liste des 36 sites de K'ang-hi et des 36 sites supplémen- 
taires de K'ien-long {Beschreibung des Jehol-Gebietes, p. 91 — 97). 

2) Cf. Cordier, dans J, A., 1909, II, 262. Je ne crois pas que cet album figure dans 
le Catalogue de M. Courant. 

3) L'album Hd 90 ne porte aucune indication de possesseur ni d'origine. Néanmoins 
il est assez vraisemblable qu'il ait été envoyé de Chine a la fin du XVIII' siècle, et peut- 
être trouvera-t-on quelques renseignements a ce sujet dans la correspondance encore inédite 
du P. Amiot avec Bertin. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 241 

La gravure est en traits assez lourds, et qui dénotent une 
insufiSsante maîtrise du procédé. Néanmoins, pour des bâtiments et 
des paysages comme c'est le cas ici, les graveurs chinois se sont 
mieux tirés d'affaire que lorsqu'ils s'essayèrent bientôt à des sujets 
plus délicats, avec des animaux et des personnages. 

Enfin, les campagnes de Dzoungarie et du Turkestan chinois 
ne furent pas les dernières du règne dé K'ien-long. Et puisque les 
luttes contre les Dzoungars et les Musulmans avaient été si bien 
illustrées par la gravure sur cuivre européenne, l'empereur ordonna 
de commémorer par le même procédé ses succès militaires dans 
d'autres régions. D'assez nombreuses séries de «victoires» en résul- 
tèrent. Exécutées par des graveurs indigènes attachés au ^ ^ ^ 
Tsao-pan-tch'ou ^), elles célèbrent les conquêtes de la dynastie 
mandchoue dans les deux Kin-tch'ouan (aux confins du Tibet) ^), 



1) C'est ce que j'avais dit à M. Cordier, en ajoutant que certaines des gravures 
d'exécution chinoise se trouvaient dans la collection Fan de Ning-po; mais son souvenir 
l'a ensuite trompé, et il a cru {Les Conquêtes, p. 18) que je l'avais assuré que les planches 
vues par Sir John Bowring daus la collection Fan de Ning-po n'étaient pas les gravures 
originales. M. Ishida s'étonne à bon droit que j'aie commis une erreur qui va contre les 
données du catalogue bien connu de la collection P'an; les 16 planches sont en effet énumé- 

rées avec leurs sujets dans les préliminaires de ce catalogue intitulé "^ ' ygi ^g » p| 

T'ien yi ko chou mou, à côte des 12 planches relatives aux deux Kin-tch'ouan, Sur le 
Tsao-pan-tch'ou, cf. Faléologue, Uart chinois, p. 290 — 291; E. Hänisch dans Ostasiat. 
Zeitschr., VII [1918], p. 57. 

2) La plus connue de ces séries d'exécution chinoise est celle qui célèbre les victoires 
de Kffl /|\j- A-kouei dans les Kin-tch'ouan; on la désigne sous les titres de — J-^ ^^ 

tbt Aèit Jll m« (Ml F'ing ting leang kin ich'ouan ichan t'ou ou simplement de Kin 
tch'ouan tehan t'ou. Elle est mentionnée, avec la séri«« des planches relatives à la soumis- 
sion des Dzoungars et des Musulmans, au ch. 113 du -^ SH ^ m j^ Ilouang tch'ao 
t'ong tche. L'énumération détaillée de la série des planches des deux Kin-tch'ouan donnée 
dans les préliminaires du T'ien yi ko chou mou comporte 12 planches. Il y en avait un 
exemplaire dans la bibliothèque impériale de Moukden (cf. Rudakov, Bogdokhanskie dvorcy 
i knigokhranilisca v Mukdeni, dans Izv. Vostoi. Insiituta, t. Ill [1901], p. 29, où -^^ >|>N 
Kin-tcheou est une faute de copie potr Kin-tch'ouan). D'après M. Rudakov, l'exemplaire 
de Moukden était en 16 feuilles; si l'indication est exacte, il faut que la série décrite 



242 PAUL PELLIOT. 

à Formose ^), au NépaP), en Annarn'), au Yunnan*), au Hounan*"), 



dans le T'ien yi ko choti mou soit incomplète (d'après une note de M. Ishida, p, 416, la 
Library of Congress de Washington doit aussi avoir un exemplaire des batailles du Kin- 
tch'ouan en 16 planches); quant aux morceaux impériaux relatifs à chaque planche, ils sont, 
pour les planches d'exécution chinoise, gravés dans le champ ou en marge de la planche, 
au lieu d'avoir été ajoutés sur des feuillets séparés comme les morceaux dont il sera 
question plus loin et qui se rapportent aux gravures exécutées à Paris. D'après M. Rudakov, 
qui s'appuie sur le ^^^ ^0 -BÄ ■^|J 'fia ^^ Cheng king tien tche pei k'ao, l'envoi à 
Moukden de la série du Kin-tch'ouan fut fait la 51" année de K.'ien-long (1786). La cam- 
pagne même était de 1775. Quelques unes des plaques de cuivre de la série du Kin-tch'ouan . 
ont été acquises vers 1910 par le Museum für Völkerkunde de Berlin (cf. aussi Mûnster- 
berg, Ciines, Kunstgeschichte, II, 370), et un tirage de l'une de ces planches est reproduit 
dans A. Tafel, Meine Tibetreise, t. II [1914], pi. LI; elle ne paraît s'identifier à aucune 
des 12 planches décrites dans le l 'ien yi ko chou mou. 

^v C^2 HHii. ï^t 

1) Un exemplaire de cette série, intitulée t-« î^ Pu j ^| T'ai wan tckan t'ou, 

en 13 feuilles (12 planches -j- 1 feuillet de composition littéraire?), se trouvait à la 
bibliothèque impériale de Moukden, où il avait été envoyé la 55° année de K'ien-long (1790) 
(l'équivalence 1791 donnée par M. Rudakov, ibid., p. 39, est inexacte); la campagne était 
de 1786. M. Rudakov paraît faire allusion (p. 39) à une autre série de gravures sur For- 
mose qui aurait été envoyée à Moukden en 1800 — 1801; je doute qu'il y ait eu vraiment 
deux séries. 

2) Un exemplaire de cette série, qui est intitulée ^R l^a P^ B gb |gj K'ouo-eul-k'a 
tchan t'ou, „Tableaux des combats [contre] les Gorkha[= Népalais]", se trouvait à Moukden, 
où il avait été envoyé, selon M. Rudakov, en 1800 — 1801; la campagne était de 1793. 
J'ignore combien cette série comporte de planches. M. Lo Tchen-yu en possède un exem- 
plaire acheté en 1912 au prince Kong (cf. à ce sujet le texte de M. Lo que je cite plus 
loin). Dans la collection littéraire de ^ ^ Wang Kie (1725—1805; la date de 1724 
donnée par Giles, ßiogr. Diet., n° 2150, est fausse, de même que celle de 1760 au lieu 
de 1761 pour l'année où il devint tchouang-yuan, et celle de 1785 au lieu de 1786 pour 
l'année où il devint grand tuteur de l'héritier présomptif), intitulée XÄ î§. ^3 ^^ 
Fao tch'ouen ko tsi, on trouve au ch. 2 un ;^ Hfe 1i^ ||Ü. \Êa ^^ P^ mfe |Q ^ 
c'est-à-dire une „Notice [écrite] respectueusement à la suite [des morceaux] composés par 
l'Empereur pour les Tableaux des combats [contre] les Gorkha". 

3) Celte série est intitulée ^t" ^H 1^ ffife |@| î^'gan nan kouo tchan t'ou et 
comporte 6 planches. Un exemplaire s'en trouvait à Moukden, où il avait été envoyé en 
1790 (M. Rudakov, p. 39, indique faussement 1791). M. Lo Tchen-yu en mentionne un 
exemplaire qu'il vit en 1915 chez un de ses amis. M. Rudakov semble parler d'une autre 
série sur l'Ânnam envoyée à Moukden en 1800 — 1801; je crains qu'il n'y ait là quelque 
confusion. K'ieD*long avait fait six poésies sur ces six planches, et Wang Kie fit à son tear, 
sur les mêmes rimes que les poésies impériales, six poésies qui se trouvent au ch. 12 du 
Pao tch'ouen ko tsi. 

4) Cette série en 4 feuilles fut distribuée la 10° année Kia-k'ing (1805; M. Rudakov 



LES «CONQUÊTES DE l'EMPEREUR DE LA CHINE»'. 243 

et une deuxième fois chez les Musulmans du Turkestan chinois ^). 



indique faussement 1806); je ne la connais que par M. Rudakov. Il doit s'agir d'opérations 
de 1795. 

5) Cette série en 16 feuilles fut également distribue'e en 1805; je ne la connais, elle 
aussi, que par M. Rudakov. M. Hänisch, qui dit quelques mots de ces séries sans indiquer 
le nombre des planches [Ostasiat. Zeitschr., VII, 58), parle aussi de planches relatives au 
Kouei-tcheou; je ne sais si elles sont comprises dans la série des 16 planches du Hou-nan. 

1) J'ignore le nombre de planches de cette seconde série du Turkestan chinois, gravée 
80U8 Tao-kouang (1821 — 1850); M. Lo Tchen-yu en possède un exemplaire acheté en 1912 
au prince Kong. Je ne crois pas sans intérêt de traduire ici un passage du journal de 
voyage intitulé -fy^ "T^ H *^» )I^ ^vL ^^^^ "^^ /^ mony hen lou, et où M. Lo 
Tchen-yu, alors réfugié au Japon, raconte un bref voyage qu'il fit en Chine en 1915; ce 
récit de voyage est reproduit au 4" f'ao du =N'! y. gg ^j Sine t'ang ts'ong k'o; le 
passage en question est aux ff. 3J — 32; M. Lo vient d'arriver à K'ai-fong-fou : „Je me 
rendis chee mon compatriote AP 51$ Kouo, iseu ^g ra^ Tsin-tch'en. Tsin-tch'en me 
montra deux plaques de cuivre des planches représentant les combats pour la pacification 
de l'Annam et les combats pour la pacification du Turkestan chinois sous K'ien-long; il les 
avait récemment obtenues à la capitale. La gravure en est très fine, et les traits sont 
entièrement en creux comme dans les planches de cuivre qu'on grave au Japon. Les 
planches des combats ne se rencontrent que très rarement ; au temps de leur exécution, 
il n'y eut que les grands serviteurs proches de l'Empereur à qui il en fut octroyé. Je les 
ai vues à Changhai, dans la bibliothèque de Zikawei. En 1912, j'avais obtenu du prince 
7]v Kong les planches sur la pacification du petit Kin-tch'ouan et des Gorkha sous 
K'ien-long et du Turkestan chinois sous Tao-kouang; mais jusqu'ici je n'avais pas vu les 
planches relatives à la pacification de l'Annam et du Turkestan chinois [sous K'ien-long]. 
Les plaques originales des planches des combats et celles de la carte de K'ien-long en 13 
bandes ( 0^ j^g H~* —^_ mE. jjj^ j^ K'ien long de san p'ai ti i'ou) étaient toutes 
conservées au Won-ying-tien. Au début de T'ong-tche (1862 — 1874), comme on manquait 
de cuivre, le ministère des travaux publics, considérant que ces plaques étaient gravées en 
creux et qu'on ne pouvait en tirer d'épreuves, demanda à les fondre; mais un des ministres 
fit échouer ce projet; c'est ainsi que les plaques ont été conservées jusqu'à nos jours. Je 
ne sais où se trouvent actuellement les plaques de la carte. Mais je me rappelle que la 
1'" année de Siuan-t'ong (1910), comme les livres du grand dépôt du Nei-ko devaient être 
remis au Ministère de l'Instruction publique, je me rendis au Nei-ko pour les examiner; 
je vis que les cartes remplissaient deux meubles. Je désirai les regarder, et un des secrétaires 
me dit: „Ce sont de vieilles cartes qui ne servent à rien et attendent qu'on les jette au 
feu". Effrayé, je le priai de surseoir, et en hâte saisis le Ministère; puis j'y transportai 
les cartes qui furent déposées à la Bibliothèque de la capitale (King-che-t'ou-chou-kouan). 
De plus, dans la cour du grand dépôt, je vis des textes présentés au trône ( ^S ^K 
t'i-pen) qui, accumulés, couvraient le sol. J'en ramassai un au hasard : c'était un rapport 
militaire de A-kouei; j'en examinai d'autres, ils étaient de même nature; tant bien que 
mal, je les rangeai par années et par mois; c'étaient tous des matériaux historiques d'im- 
portance. J'informai en hâte le Ministère, et ces documents, transportés dans plusieurs 



244 * PAULPELLIOT. 

Les planches, d'exécution grossière, n'ont qu'un intérêt documentaire; 
on en possède plusieurs tirages plus ou moins complets à Hanoi, à 
Paris, etc. Il n'est pas à ma connaissance que personne leur ait 
encore consacré une étude d'ensemble ^). 



dizaines de charrettes, furent provisoirement placés au Kouo-tseu-kien ; je ne sais où ils se 
trouvent maintenant". Ce texte est intéressant en plus d'un sens. D'abord il montre l'e'tat 
lamentable de l'organisation des archives en Chine. 11 donne également quelques renseigne- 
ments précieux sur la „carte en 13 bandes" de K'ien-long; .je compte reparler prochaine- 
ment de cette carte et des autres cartes des jésuites en utilisant les travaux de MM. 
Baddeley et Herrmann. En ce qui concerne les planches des „victoires", on notera que 
M. Le paraît distinguer celles vues chez les Jésuites de Zikawei de celles relatives à la 
conquête du Turkestan chinois sous K'ien-long; je soupçonne là quelque confusion. D'autre 
part, M. Lo ne paraît pas avoir été frappé par une différence d'exécution entre les planches 
françaises et les planches chinoises; on serait presque amené à douter qu'il ait connu les 
planches françaises originales; et en effet je croyais me rappeler n'avoir vu à Zikawei que 
les réductions de Helman; mais mon souvenir doit être inexact, car M. Cordier dit {La 
Chine en "France au XVlIIe siècle, p. 56) qu'il y a une série des estampes originales 
„dans le réfectoire des Jésuites de Zi-ka-wei". Enfin il est intéressant de constater qu'en 
1862, il n'y avait personne à Pékin qui sût tirer les planches soit des estampes, soit de 
la carte. M. Hänisch {Der chinesische Feldzug, p. 57) a fait dire à M. Paléologue {Vart 
chinois, p. 293 — 294) que le peintre cantonais La^n-kouii avait pratiqué à nouveau indépen- 
damment vers 1S30 le procédé de gravure introduit en Chine au XVIIP siècle par les 
Jésuites. C'est une erreur, et il n'y a rien de pareil dans le livre de M. Paléologue. 
Celui-ci ne parle que de dessins et peintures de Lan-koua, et non de gravures. Il n'est 
pas non plus question de gravures dans la source principale concernant Lan-koua, et qui 
est le livre de G. T. Downing, The Fan-Qui in China in 1836—1837 (Londres, 1838, 
t. II, p. 90 — 114; cf. aussi la trad, de ce chapitre de Downing dans la Rev. de l'Orient 
de 1844, la note de Y Artiste de juin 1849, l'article de Delécluze dans la Revue française 
de 1839, p. 272 — 285, et les notes de Feuillet de Conches, dans Les peintres européens en 
Chine, p. 44 et suiv.). 

1) En dehors des séries que je viens d'indiquer, il est possible qu'il y ait eu sous 
K'ien-long une série intitulée ^|^ qr BTO |g| Wou che tchan t'ou, „Tableaux des 
combats d'U8[-Turfan]". La campagne de Dzoungarie et du Turkestan s'était achevée en 
1759, Mais en 1765, les Musulmans d'IJs-Turfan se révoltèrent; ils furent réduits au bout 
de quelques mois. Cette campagne fut illustrée par un tableau de ^^ , ^£ J^ Tchang 
T'ing-yen, auquel K'ien-long joignit une poésie en 1768, et par un rouleau peint de 
^ -cp Kia Ts'iuan ; les deux œuvres étaient intitulées ^|-* ^p ^^ T| wB [^ 
P'inff ting wou che tchan t'ou, „Tableau des combats pour la pacification d'[Js[-Turfan]" 
(cf. Kouo tch'ao yuan houa lou, ch 1, f* 19; ch. 2, f° 7 r**). Un Wou che tchan t'ou 
est mentionné par le Houang tch'ao t'ong tche (ch. 113, f** 9 v") entre les victoires sur 
les Dzoungars et celles du Kin-tch'ouan. Comme ces deux séries ont été gravées, il est 
possible que le Wou che tchan t'ou l'ait éié également. Mais cela reste douteux, car le 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 245 



* * 



Lors de l'envoi en Chine des planches originales gravées sous 
la direction de Cochin, il n'en était resté en France, on l'a vu 
plus haut, qu'un très petit nombre d'épreuves. Aussi, pour satisfaire 
à la curiosité du public entiché des choses de Chine, un élève de 
Le Bas, Helman, en exécuta-t-il une réduction «qui parut eu 1785 
en quatre livraisons de quatre planches chacune», selon M. Cordier ^). 



Houang tch'ao t'ong tcke (ch. 113, f° 8 v" et 9 r°) mentionne aussi dans le même chapitre 
une série de 144 tableaux des combats des premiers princes mandchous en Mandchourie au 
début du XVIP siècle, et 8 albums des combats de T'ai-tsou des Ts'ing; or ces oeuvres 
sont sûrement restées manuscrites. 

1) Cordier, Les Conqtiêtes, p. 18. La série de Helman ne porte pas de date de publi- 
cation, mais un certain nombre de ses seize gravures sont datées, et ces dates vont de 1783 
à 1785; M. Hänisch fait donc erreur quand il dit {Der chinesische Feldzug, p. 58) que 
la suite de Helman parut en 1784. D'autre part, Helman joignit bientôt aux 16 estampes 
réduites des Conquêtes quatre autres estampes gravées par lui en 1786 et repre'sentant 
l'une la Cérémonie du labourage faite par l'Empereur de Chine, les trois autres, qui se 
font suite, la Marche ordinaire de l'Empereur de la Chine lorsqu'il passe dans la ville de 
Peking. Il est vraisemblable qu'il y ait eu une première table ne comprenant que la 
nomenclature des 16 estampes des Conquêtes; je n'en ai pas vu d'exemplaire, non plus 
que je n'ai trouvé l'origine du renseignement de M. Cordier sur la publication en 1785 
des 16 estampes en 4 fascicules de 4 livraisons chacunes. La table de l'exemplaire de la 
Bibliothèque Nationale Rés. 0*n 624 a été gravée pour l'édition en 20 estampes, qui doit être 
de 1786, mais cette table a été retouchée en 1788. Cette année-là, Helman ajouta 4 nouvelles 
estampes (dont un banquet au Palais, auquel assistent plusieurs missionnaires), portant ainsi 
le nombre total à 24, et ajouta sur la planche de table les sujets de cette nouvelle addition, 
en même temps que l'annonce des Faits mémorables qui allaient commencer à paraître en 
avril 1788; les quatre planches additionnelles portent elles-mêmes la date de gravure de 
1788; tel est l'état de l'exemplaire Rés. 0*n 624. La Biblioth. Sinica^, col. 641—642, 
ne contient aucune indication sur ces divers états de la publication de Helman, mais cite, 
d'après un catalogue Rouqnette de 1891, des „Batailles de la Chine, réduites d'nprès les 
grandes planches que l'Empereur Kien-long a fait graver. A Paris, chez Hocquart, 1788, 
24 grandes pi. ou fig., in-fol., oblong". Bien que l'exemplaire Rés. O^n 624 ne porte nulle 
part le nom de Hocquart, il me paraît évident que l'exemplaire que vendait Rouquette 
était un exemplaire du dernier état du recueil de Helman, c'est-à-dire comprenait les 16 
estampes des Conquêtes, les 4 estampes de 1786 et les 4 estampes de 1788. Le Giiide de 
Vamateur de livres à gravures du XVIIIe siècle de Henri Cohen (6* éd. revue par Seymour 
de Ricci, Paris, Rouquette, 1912, in-8°) est d'une rare inexactitude en ce qui concerne les 
estampes des Conquêtes; à la p. 1012 — 1013, il donne comme noms des dessinateurs les 
„P.P. jésuites Attiret, Damascus et Castillion"(!); et, à la p. 480, il confond les Faits 
mémorables et les Conquêtes, le „P. jésuite Attiret" étant en même temps devenu l'unique 



246 PAUL PELL 10 T. 

Les gravures de Helman sont très inférieures à la série originale. 
«Toutefois, dit M. Hanisch^^), les petites gravures de l'édition réduite 
ont sur les autres, outre qu'elle ne sont pas d'une si extrême rareté, 
l'avantage des légendes explicatives. Sur les gravures originales, 
quiconque n'est pas spécialement versé dans l'histoire de la cam- 
pagne ne pourra comprendre le sujet de mainte scène.» En effet, 
les gravures de la série originale, destinées à l'empereur de Chine, 
comportaient des signatures d'auteurs et de graveurs, mais rien qui 
indiquât le sujet des planches. L'édition de Helman supplée à cette 
lacune, et c'est des explications de Helman, acceptées déjà sans 
réserves par MM. Monval et Cordier, que part à son tour M. Hänisch 
pour donner un commentaire des deux gravures qu'il reproduit. 
Tout irait bien si les légendes de Helman étaient justes; c'est la 
question essentielle qui va maintenant nous occuper. 

A l'arrivée des quatre premiers dessins en France dans le 
courant de 1766, on commit les plus étranges méprises sur ce 
qu'ils représentaient. Le 17 décembre 1766, la lettre des Directeurs 
de la Compagnie des Indes au marquis de Mariguy disait que les 
quatre dessins avaient pour sujet «les victoires de l'empereur de la 
Chine sur les Tartares manchoux», ce qui était vraiment énorme, 
puisque l'empereur lui-même était mandchou. Le Mémoire établi 



auteur des dessins de ces deruières. Il y a eu au moins une réédition de la série des seize 
estampes en Extrême-Orient à la fin du XIX° siècle ; elle porte un titre anglais extravagant 
que je reproduis d'après l'article de M. Ishida: The Ta-Ching Empire's Imperial War Atlas 
of the Tranquilation {or Pacification) of Hsin-Kiang. This map was originally engraved at 
Paris, France in the month of the Tear of Keng-Tin of Kwang-Hsü,Shaweitithe German 
reprinted it by a new plan {jby photographing it into small pictures and mounted mi the 
stone) and bound it up in one volume with 38 sheets... II semble que „Keng-Yin of 
Kwang-Hsii" soit ici pour „keng-yin of Ch'ien-lung" (1770); ou peut-être est-ce la date 
de la réédition (1890), avec une rédactiou fautive. J'ai vu en 1990, chez M. Véroudart, 
une réédition grand format des estampes de Paris, et qui avait été faite, je crois, à 
Chang-hai; peut-être est-ce celle de „Shaweiti". Je crois en outre avoir vu en 1910 une 
réédition (différente? plus petite?) à la Légation de Russie à Pékin, mais ne l'y ai pas 
retrouvée en 1916. 

1) Ber chinesische Feldzug, p. 68. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 247 

vers la même date dans les bureaux de Bertin n'était guère plus 
exact quand il parlait de ces dessins où l'empereur de Chine avait 
fait représenter «des victoires qu'il a remportées sur des rebelles 
attachés à la dernière dynastie chinoise». Le 31 décembre 1766, 
Bertin lui-même écrivait aux pères chinois Ko (= Kao) et Yang, 
qui, après un long séjour en France, étaient repartis pour Pékin: 
«On assure que ces desseins seront suivis de douze desseins pareils 

qui traitent les mêmes sujets Il y a apparence que les seize 

desseins composent la suite des victoires de Tsong-te da ma-van, et 
de Chun tchi. Chef de la dynastie ïsing actuellement régnante à 
la Chine depuis la révolution de 1644, peut être aussy comme ou 
l'a assuré que ces desseins représentent les Expéditions et les Combats 
que l'Empereur régnant a donné contre les rebelles qu'il a réduict, 
et dont on n'a eu aucune connaissance en Europe; vous me ferés 
plaisir de me marquer ce que vous en aurés appris des personnes 
instruites et des Missionnaires avec qui vous aurés eu occasion d'en 
conférer.» ^). Ko et Yang répondirent, car, le 27 janvier 1769, 
Bertin leur écrivait à nouveau: «Je vous remercie de la note 
historique que vous me donnés des victoires de l'Empereur sur les 
Eludes [= Eleuths] et les Chuncards [= Dzoungars] qui sont décrites 
dans ces desseins. La modération et la clémence forment le caractère 
particulier de ce Prince qui après sa victoire a comblé de bienfaits 
son ennemi Tamacu [lire Tawatsi = üavaci]. Je désirerois savoir de 
quel côté des frontières de l'Empire ce Royaume des Eludes et des 
Chuncards est situé; quelle est à peu près son étendue et ses confins, 
vous me ferés plaisir de me le marquer afin d'en enrichir nos cartes 
qui sont toujours bien imparfaites sur ces Pays éloignés de nous.»**) 
Un mémoire explicatif fut eu outre transmis par la Compagnie des 
Indes; c'est ce qui résulte d'une note où un commis de Bertin 



1) Cordier, Les Conquêtes, p. 8, 

2) Ibid., p. 10. La note historique dont parle Bertin n'a pas été retrouvée. 

17 



248 PAULPELLIOT. 

proposait de faire mettre au bas de chaque gravure «un cartel 
dans lequel on pourroit écrire le sujet» «tel qu'il est dans le 
Mémoire de la Compagnie des Indes» ^). Ce mémoire n'a malheu- 
reusement pas été retrouvé; il devait être très sensiblement postérieur 
à la «notice historique» envoyée par les PP. Ko et Yang. Enfin 
il n'est pas impossible que la « notice historique » des PP. Ko et Yang 
ou le «-Mémoire» de la Compagnie des Indes soient à la base d'une 
brochure imprimée qu'on n'a pas retrouvée non plus jusqu'ici et 
qui est intitulée ; « Précis historique de la guerre dont les principaux 
événements sont représentés dans les X6 estampes gravées à Paris pour 
V empereur de la Chine, sur les dessins que ce prince a fait faire à 
Pékin. Faria, 1791, in-40.» 2) 

Les légendes des 16 estampes telles qu'elles ont été établies par 
Helraan sont reproduites par M. Cordier d'après la table générale 
mise en tête de la suite de Helman ^). Il me paraît inutile de 



1) Ibid., p. 12. M. Cordier ajoute en note: „Un mémoire avait été en effet rédigé 
par la Compagnie des Indes pour donner l'explication des sujets; je n'ai pu le retrouver". 
Cette note donnerait à penser que M, Cordier a rencontré ailleurs que dans la note du 
commis de Bertin une mention de ce me'moire; ce teite, s'il existe, m'a jusqu'ici échappé. 

2) Cette brochure était jointe à un exemplaire de la suite de Helman relié par Busche 
et qui s'est vendu 23 francs (cf. Cordier, Bièl. Sinica*, col. 641, citant Brunet, Manuel, 
col. 1178). Je n'indique que sous réserves la „notice historique" ou le „mémoire" comme 
source de cette brochure, parce qu'entre temps Amiot avait envoyé de Pékin à Bertin, en 
1772, sa traduction annotée du monument de la conquête des Eleuths re'dige' par K'ien- 
long, et cette traduction était accessible à tous dans le t. I des Mémoires concernant les 

Chinois, paru en 1776 (p. 325 — 400); l'auteur de la brochure de 1791 a pu s'en inspirer. 
Une copie de cette brochure (ou de la „notice historique" des PP. Ko et Yang? ou encore 
du „mémoire" de la Compagnie des Indes?) constituait sans doute le „volume in-4* d'ex- 
plications manuscrites" qui était joint à l'exemplaire des 16 estampes appartenant à Hue 
de Miromesnil et fut vendu avec cet exemplaire en 1797 (cf. Cordier, 5!*/. iSJ«.*, col. 641). 
J'ai vainement cherche' un exemplaire de la brochure de 1791 dans les divers départements 
de la Bibliothèque Nationale. 

3) Les légendes mises par Helman au bas de chaque estampe diffèrent seulement par 
des détails orthographiques de celles de sa „table générale" reproduite par M. Cordier 
{Les Conquêtes, p. 13—16). Par contre les signatures donne'es par M, Cordier sont celles 
de la table préliminaire de Helman, qui prétend copier les signatures des planches originales; 
il ne le fait pas sans un certain nombre d'erreurs graves. Quant aux signatures des estampes 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 249 

donner à nouveau ici toute cette enumeration qui prendrait 
plusieurs pages; j'en citerai seulement au fur et à mesure ce qui 
sera nécessaire à ma discussion ^). Quant à l'origine des légendes 
établies par Helman, M. Cordier a dit que Helraau avait reproduit 
«les titres et les explications tels qu'ils étaient écrits en manuscrit 
au bas de chaque Estampe, dans les Appartements du Roi». Je n'ai 
pas retrouvé l'origine de cette indication, non plus que de celle 
relative à la publication de la série de Helman en «quatre livraisons 
de quatre planches chacune». On conserve à la Bibliothèque Mazarine 
une série des 16 estampes originales qui provient de la salle de 
billard de Louis XVI ^), et est dans ses cadres anciens; mais cette 
série, que j'ai vue, n'a aucune légende; si le renseignement de 
M. Cordier est exact, et si c'est de cette série qu'il s'agit, il faut 
que les légendes manuscrites aient été écrites autrefois sur des 
cartons fixés au mur au-dessous des cadres et qui ont aujourd'hui 
disparu; il n'y a d'ailleurs rien là d'invraisemblable^). 

Qu'elles soient ou non copiées sur des explications qui se 
trouvaient au bas des estampes dans les appartements du roi, les 
légendes de Helman remontent, au moins en partie et plus ou moins 
directement, à des renseignements du P. Amiot; peut-être est-ce 
celui-ci qui avait fourni les éléments de la «notice historique» des 
PP. Ko et Yang et plus probablement du «mémoire» de la Com- 
pagnie des Indes. L'intervention du P. Amiot se révèle en effet 



mêmes de Helman, le „C. N. Cochin filius, Direxii" a naturellement disparu, et les noms 
des graveurs Masquelier, Aliamet, etc., ont été comme de juste remplacés par celui de 
Helman. 

1) Toutefois, en donnant le tableau définitif des estampes reclassées par sujets, je 
reproduirai les signatures véritables, qu'il y a lieu de substituer à la liste inexacte de 
Helman. 

2) Cf. Cordier, La Chine en France, p. 56. 

3) Malgré les légendes de Helman et la correspondance des missionnaires, Abel Rémusat 
a commis l'erreur bizarre, dans l'article „Khang-hi" de la Biographie Universelle, de dire 
que les 16 estampes ont été gravées en France sous K'ang-hi et „représentent. les batailles 
de Khang-Hi contre Galdan". 



250 PAUL PELL 10 T. 

dans les légeuàes des IX® et X® estampes de Helraan, où il y a 
des fautes de lecture «Houutcbés» pour ^^ ^ Houei-t'o et 
« Chonotés » pour 5^ ^^ ^ Houo-cho-t'ö qui se retrouvent dans 
la traduction du Monument de la conquête des Eleutlis due à Amiot ^). 
De plus, le «poème» impérial cité par la légende de la IX® estampe 
de Helman n'est autre que ce Monument lui-même; le passage 
correspond à la p. 375 de la traduction insérée dans les Mémoires 
cohcernani les Chinois. Mais la citation faite dans la légende de 
Helman comporte des variantes et additions qui excluent un em- 
prunt direct à la traduction telle qu'elle a été imprimée. Cette 
citation doit donc remonter à Amiot non par les Mémoires concer- 
nant les Chinois,, mais par le mémoire explicatif de la Compagnie 
des Indes ^). 

On aura remarqué que ceux qui, au XVIII® siècle, ont parlé 
du sujet des estampes n'ont tenu aucun compte des titres que l'édit 



1) Ces noms sont éurits „llountéhé" et „Chouoté" dans les Mémoires concernant les 
Chinois, I, 374 — 375. Il est clair qn'Aœiot a lu raB fautivement houen d'après l'analogie 
de ^B houen, etc. L'origine de la finale est moins manifeste. Si „Hountéhé" est une erreur 
de lecture des éditeurs pour „Hountché" qu'aurait écrit Amiot, on peut admettre qu'Amiot 
a confondu ^jâp t'ö et ürS ich'e. Mais alors, pour „Chonoté", il faudrait supposer qu'il 
a pris ^^h[\ houo en valeur sémantique, sans voir que ce mot faisant partie du nom des 
Khochot. Si Amiot a écrit au contraire „Hountéhé", on devra conclure que „Hounté" = 
Houei-t'o, les Khoït, et qu'Amiot a réuni à leur nom la première syllabe houo, transcrite 
ici „hé" , du nom Houo-cho-t'ö des Khochot. Enfin Vn de „Chonoté" serait fautive pour a. 
Tout cela est assez bizarre. Le fait certain est qu'Amiot a mal lu les noms donnés dans le 
„Monument" de K'ien-long, et il est invraisemblable que les mêmes erreurs aient été 
commises identiquement par d'autres; la source de Helman est donc Amiot, directement ou 
indirectement. 

2) La „notice historique" des PP. Ko et Yang est exclue en ce qui concerne cette 
citation du „poème" ou „monument" de la conquête des Eleuths. En effet Bertin était 
déjà en possession de cette notice en janvier 1769. Or nous savons par Amiot lui-même 
{Mém. conc. les Chinois, I, 326) que ce n'est qu'en 1771 qu'il se procura le texte du 
„poème" impérial. En dernière analyse, c'est donc bien le „Mémoire" de la Compagnie des 
Indes, et non la „notice historique" des PP. Ko et Yang, qui a servi à Helman, soit que 
Helman ait connu ce mémoire directement, soit qu'il ait copié dans les appartements du 
roi des légendes établies d'après ce mémoire. 



LES 4 CONQUÊTES DE l'EMPEREUR DE LA CHINE». 251 

du 13 juillet 1765 et le contrat des hatiuistes donnaient aux quatre 
premiers dessins envoyés en France. A vrai dire, ces titres étaient 
obscurs pour des profanes; d'ailleurs il n'est pas sûr qu'on ait eu 
une traduction complète du contrat des hannistes, et d'autre part 
on a vu que ni Bertin ni son entourage ne paraissent avoir lu la 
traduction de l'édit envoyée par Castiglione. Pour nous au contraire, 
les indications identiques de ces deux documents sont précieuses, 
et apparaissent immédiatement inconciliables avec les légendes de 
Helman. 

Nous avons en eflFet des éléments de détermination suffisants 
pour identifier ces quatre planches, puisque les soumissions des 
graveurs et la correspondance de Cochin nous font connaître les 
noms des graveurs auxquels chacun des dessins fut attribué: 
Le Bas eut le dessin de Castiglione, Saint-Aubin celui de Jean 
Damascene, Prévost celui de Sichelbart, Aliamet celui d'Attiret. 
Or il n'y a que deux dessins de Castiglione qui aient été gravés 
par Le Bas: ce sont les estampes qui portent chez Helman les 
n^s m et V. Mais le n» III a été gravé en 1771, et le n« V en 
1769. Comme il s'agit de la première planche gravée par Le Bas, 
c'est évidemment la planche V qui reproduit le dessin de Castiglione 
arrivé en 1766^). Un seul dessin de Jean Damascene a été gravé 
par Saint- Aubin; c'est l'estampe VII de Helman. dont la gravure 
fut achevée en 1770 '^). Un seul dessin de Sichelbart a été gravé 
par Prévost; c'est celui qui porte chez Helman le n'' VIII, dont 



1) Il y a aussi une planche gravée par Le Bas d'après un dessin dont l'auteur n'est 
pas indiqué; mais cette planche (n° IX de Helman) fut gravée en 1770; elle ne peut donc, 
pour If 8 mêmes raisons que celle de 1771, entrer ici en ligne de compte, même si on 
supposait que l'auteur anonyme de ce dessin était (Castiglione. De plus, les noms des auteurs 
des dessins ont été indiqués par les graveurs chaque fois qu'ils étaient connus; or on 
connaissait les noms des auteurs des quatre premiers dessins envoyés. 

2) L'estampe n° IV de Helman, gravée par Saint-Aubin en 1773, est à écarter pour 
les mêmes raisons qui ont été données à la note précédente à propos de la planche IX 
de Helman. 



252 PAUL PELLIOT. 

la gravure fut achevée en 1769^). Un seul dessin d'Attiret a été 
gravé par Aliamet; c'est l'estampe XV de Helman, dont la date 
d'achèvement n'est pas indiquée. II n'y a donc pas à douter que 
les quatre dessins arrivés en 1766 correspondent aux estampes V, 
VII, VIII et XV de Helman, et c'est en effet ce qu'ont déjà dit 
MM. Monval et Cordier 2). 

Mais si nous nous reportons maintenant aux titres donnés aux 
quatre dessins par l'édit du 13 juillet 1765 et par le contrat des 
hannistes, nous voyons que ces titres ne concordent aucunement 
avec les légendes attribuées par Helman à ses estampes V, VII, 
VIII et XV: le n" V de Helman ne représente nullement la sur- 
prise d'un camp; le nom de K'ou-eul-man n'apparaît pas dans la 
légende de son estampe n^ VII; la légende de son n° VIII ne parle 
pas de la soumission des gens de l'Ili; il n'est pas question d'« Altchor» 
dans la légende de son n*' XV. Par contre la légende de la planche 
XIV de Helman donne pour sujet de cette estampe la «bataille 
d'Altchour», où le nom est évidemment identique à r<Alchor» ou 
A-eul-tch'ou-eul de l'édit du 13 juillet et du contrat des hannistes; 
or cette planche XIV a bien été, elle aussi, dessinée par Attiret, 
mais elle a été gravée par Le Bas et non par Aliamet; de plus le 
dessin est daté de 1766 *) et la gravure n'en a été achevée qu'en 
1774, ce qui exclut doublement que le dessin original de cette 
planche ait fait partie du premier lot qui se trouvait déjà à Cautou 
en 1765. La conclusion s'impose: les légendes de Helman et leur 
attribution à telle ou telle estampe sont, au moins en partie, arbitraires. 



1) Prévost n'a gravé qu'une autre des 16 planches; mais c'est le n* X de Helman, 
d'auteur inconnu, et dont la gravure ne date que de 1774. 

2) Cf. Cordier, Les Conquêtes, p. 9. 

3) La table préliminaire de Helman, et M. Cordier qui la reproduit {Les Cotiquétes, 
p. 15), datent le dessin de cette estampe XIV de 1764; mais c'est là une erreur de Hel- 
man; la planche originale do Le Bas a 1766. Ce n'est pas la seule erreur de ce genre chez 
Helman; il date le dessin de la planche XV de 1763, au lieu que l'estampe originale 
d'Aliamet a 1765. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA. CHINE». 253 

Les soumissious des graveurs pour les douze dessins arrivés en 
1767 nous indiquent les numéros que portaient onze de ces dessins, 
ce qui permet de suppléer aussi celui du douzième. Vérification faite, 
ces numéros, qui ne tiennent pas compte des quatre premiers dessins 
envoyés, sont de simples numéros d'ordre ajoutés soit à Pékin, soit 
à Canton, soit même à Paris, mais qui ne répondent à aucun classe- 
ment véritable; ils ne nous sont donc d'aucune utilité. 

Le problème risquerait ainsi de demeurer insoluble si nous étions 
réduits aux sources occidentales; heureusement nous pouvons nous 
appuyer maintenant sur des documents chinois. 

La D*" G. E. Morrison Library a acquis récemment un exem- 
plaire relié des gravures originales des Conquêtes, où chaque planche 
est accompagnée d'un feuillet de même dimension reproduisant en 
fac-similé une composition explicative composée et calligraphiée par 
K'ien-long. La comparaison des planches et des compositions et la 
reproduction des morceaux littéraires dus à K'ien-long occupent la 
majeure partie du travail que M. Ishida a immédiatement consacré 
à l'ouvrage entré ainsi dans la bibliothèque dont il est le conser- 
vateur ^). La conclusion de M. Ishida, qui n'a d'ailleurs connu ni 
l'édit du 13 juillet 1765 jusqu'ici inédit, ni le contrat des hannistes 
publié en 1902 dans le T'oung Fao, est que les légendes de Helman 
sont gravement inexactes, et que l'ordre qu'il a adopté est faux 
dans 15 cas sur 16. D'après M. Ishida, l'ordre véritable doit être 
restitué comme suit: 



1) On sait que la bibliothèque du U' Morrison a été achetée par le baron Iwasaki, 
le fils, je crois bien, de celui qui avait acheté antérieurement la riche bibliothèque chinoise 
de Lou Sin-yuan. Bien que la bibliothèque réunie par le D' Morrison lui-même ne contienne 
que des ouvrages en langues européennes, ses acquéreurs lui ont adjoint un fonds en langues 
d'Extrême-Orient, et plusieurs manuscrits chinois et japonais importants ont déjà été 
reproduits en fac-similé, avec des notes critiques, aui frais du baron Iwasaki. 



254 



PAUL PELLIOT. 



Ordre véritable 


u°^ de Heltnaa 


Ord 


re véritable 


u°^ de Helmau 


1 


= 


VIII 




9 


= 


III 


2 


= 


lY 




10 


= 


XII 


3 


= 


VII 




11 


= 


XV 


4 


= 


XIV 




12 


= 


X 


5 


= 


IX 




13 


= 


XI 


6 


= 


XIII 




14 


= 


I 


7 


= 


II 




15 


= 


VI 


8 


= 


V 




16 


= 


XVI 



On notera toutefois que l'ordre indiqué par M. Ishida n'est pas 
nécessairement juste, puisque chaque planche était primitivement 
indépendante du feuillet de texte qui lui a été adjoint, et que 
M. Ishida ne fait que suivre ici l'ordre, jugé par lui meilleur, de 
l'exemplaire relié entré dans la D'' G. E. Morrison Library. Mais 
rien ne montre a priori que le relieur de l'album ne se soit pas 
trompé en mettant telle planche à côté de tel feuillet de texte. 
C'est une question de fait à étudier, et qu'il est impossible de ré- 
soudre sans entrer dans des détails au sujet de ces feuillets chinois. 

L'existence de ces feuillets chinois ne m'était pas inconnue. 
Dès 1901, j'avais acquis pour l'Ecole d'Extrême-Orient, des héritiers 
du fameux Tso Tsong-t'ang, un exemplaire complet des gravures 
originales et des feuillets de texte; il a malheureusement disparu 
peu de temps après d'une manière inexpliquée. Mais M. J. Flisch, 
alors élève-interprète à la Légation de France à Pékin, a rapporté 
de Chine en 1900 un autre exemplaire presque complet des gravures 
et des feuillets de texte ^); cet exemplaire appartient aujourd'hui à 



1) Dans ce bel exemplaire, les gravures et les feuillets de texte ont chacun un numéro 
à Tencre, allant de 1 à 16. Il manque la gravure n° 15, correspondant à l'estampe VI 
de Helinan, et le feuillet de texte n° 16, a l'absence dnqael la publication des 16 feuillets 
de texte par M. Ishida permet de suppleer. Les gravures sont à moins grande marge que 
dans l'exemplaire conservé au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale (0° 9), 
mais le papier en est européen, et il ne me paraît pas douteux que ce soit là un des 200 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 255 

M. Marcel Bouteron, bibliothécaire de l'Institut. Mon collègue M. 
Vissière m'a en outre signalé un exemplaire que la Banque Indus- 
trielle de Chine a acquis eu Extrême-Orient il y a quelques années ^). 

Les feuillets de textes chinois sont au nombre de 18, à savoir 
1 feuillet de préface, dû à K'ien-long, 16 feuillets de compositions 
impériales se rapportant aux 16 planches, et 1 feuillet de joa, ou 
de «notice finale», rédigé et signé par un certain nombre de 
grands mandarins. 

La préface de K'ien-long, datée du 1®^ mois du printemps 
(9 février— 10 mars) de 1766, débute ainsi: «L'armée [qui opérait] 
dans l'Ouest a achevé sa tâche en ki-mao (1759) et ce n'est que 
sept ans après, en ping-siu (1766), que les dessins des combats ont 
été achevés. C'est que pour s'enquérir eu détail de l'aspect des 
camps et des combats et pour en composer des dessins, il a fallu 
des saisons et des jours. Des officiers et soldats qui sont partis en 
campagne, cent sont morts pour un qui a survécu. Ils ont donné 
leur force pour l'Etat, et grâce à eux l'œuvre a été achevée; com- 
ment pourrais-je supporter qu'ils disparussent ignorés? C'est pour- 
quoi au ^ 3^ ^ Tseu-kouang-ko on reproduit actuellewent les 
portraits des sujets qui se sont distingués ^). Quant à ces [do8sins-]ci, 



exemplaires tirés en France et expédiés en Chine; peut-être les marges ont-elles été rognées 
pour être ramenées aux dimensions des feuillets de texte, dont le papier est chinois. 

1) Cet exemplaire est complet, mais fort usagé. Les feuillets de gravures et de textes 
sont tous plies par le milieu, et reliés ainsi en un album qui porte sur la couverture le 
titre de -wj^ ^p| p^ Rm ffife ^0 |^ Yu t'i si che tchan kong t'ou, „Tableaux des 
mérites [acquis] dans les combats par l'armée [opérant dans] l'Ouest, avec notices impériales". 
Le tirage est assez médiocre, et le papier est chinois; il s'agit donc d'un des exemplaires 
tirés en Chine. La mention de Cochin a été grattée partout au bas des planches, mais les 
autres signatures subsistent. 

2) Le Tseu-kouang-ko est un bâtiment bien connu, situé dans la partie occidentale des jar- 
dins du palais impérial de Pékin; c'est là que se donnaient les audiences des princes tributaires 
et c'est là aussi qae les ministres européens eurent leurs premières audiences (cf. Cordier, 
Hist, des relat. de la Chine avec les puissances occidentales, 1, 474; II, 117 — 118). 
Après la fin de la campagne de 1759, K'ien-long ordonna d'y peindre les portraits de deux 
séries de cinquante généraux qui s'y étaient distingués; on trouvera les noms des cinquante 



256 PAULPELLIOT. 

on s'est rendu dans tous lea endroits où le sang avait coulé dans 
les combats, et on a retracé fidèlement les circonstances où on a 
attaqué des positions fortes, brisé l'ardeur [de l'ennemi], décapité 
ses généraux, enlevé ses drapeaux, afin de rendre hommage à tant 
d'efforts et de célébrer tant de courage. Dans tous les cas où, en 
ouvrant les bulletins de victoire, je leur avais déjà consacré des 
poèmes, je les ai écrits entre les feuillets [des gravures]. Quant aux 
[scènes] pour lesquelles je n'avais pas encore pris le pinceau, et 
qui sont au nombre de six, je leur ai consacré ici spécialement des 
poèmes supplémentaires. . . . » i) Conformément à cette préface, les 
feuillets de texte comprennent dix morceaux composés par K'ien-long 
à des dates diverses, au fur et à mesure des événements, et six 
morceaux additionnels composés par lui en 1766 lors de l'achèvement 
des dessins. 

La notice finale est un développement qui reprend en partie les 
données de la préface impériale. Le début en est toutefois important: 

premiers personnages dans le Kouo tch'ao yuan houa Ion de Hou King, ch. 1, ff. 20 — 21 ; 
l'empereur K'ien-long écrivit les „éloges" de chacun des cinquante premiers et fit composer 
par de grands mandarins les éloges des cinquante personnages de moindre mérite; tous ces 
textes occupent le 4" chap, préliminaire du Si yu t'ou tche. Une note jointe à la liste du 
Kouo tch'ao yuan houa lou montre que K'ien-long fit par la suite l'éloge des portraits de 
cinquante personnages qui s'étaient distingués au Kin-tch'ouan, de vingt personnages qui 
s'étaient distingués à Formose, et de quinze personnages qui s'étaient distingués contre les 
Gorkha (Népal). On a vu que, parallèlement aux se'ries des portraits du Tseu-kouang-ko, 
il y eut aussi des se'ries d'estampes pour toutes ces campagnes. Les lettres du frère Attiret 
et celle d'Amiot en date du l*"" mars 1769 adressée au cousin d'Attiret montrent que le 
frère Attiret, à qui K'ien-long fit peindre quelque 200 portraits de ses officiers employés 
dans la guerre de Dzoungarie, dut avoir, directement ou indirectement, une large part 
dans l'exécution des 100 premiers portraits du Tseu-kouang-ko. Cette indication est déjà 
donnée, en termes plus vagues^ par M. Madrolle, Chine du Nord*, p. 21, mais la date de 
la campagne y est à lire „1755 — 1759" au lieu de „1761" et la date de l776 indiquée 
pour l'exécution des portraits est trop basse d'au moins 10 ans. 

1) La suite de la préface est un développement littéraire sans intérêt historique. Les 
six poèmes additionnels de 1766 dont il est question ici sont reproduits à la fin du 3' cha- 
pitre préliminaire du 5» yu Cou tche; ils y sont précédés de préfaces explicatives qui se 
trouvent aussi sans doute dans les éditions sur pierre et sur bois des œuvres de K'ien-long, 
mais que les feuillets de texte joints à nos planches ne donnent pas. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 257 

«Les 16 feuillets de dessins ci-dessus commencent par «la soumis- 
sion de rili» et se terminent par «la présentation des prisonniers 
musulmans». Plus loin le texte parle des portraits du Tseu-kouang-ko, 
et nous fait savoir que K'ien-long, polygraphe et calligraphe im- 
pénitent, avait composé sur la campagne de 1755 — 1759 plus de 
220 poèmes; tous avaient été gravés sur des dalles qu'on avait 
ensuite encastrées dans les parois des couloirs latéraux du ^ J^ 
^ Wou-tch'eng-tien ^). Cette notice finale est signée de '^ ^jg 
Fou-heng 2), de ^B* |g ^ Yin-ki-chan s), de ^J ^ ^ Lieou 
T'ong-hiun 4), de |$^ M S" A-li-kouen '), de ^ gf ^ Chou-bo- 
to ^) et de ^ ^ p|H Yu Miu-tchong '''). Elle n'est pas datée, mais 



1) On retrouverait tous ces morceaux épars dans les diverses collections littc'raires de 
K'ien-long. 

2) Sur Fou-heng, mort en 1770, cf. Giles, Biogr. Diet., n° 584. C'est lui le premier 
des cinquante „sujets méritants" dont les portraits furent peints au Tseu-kouang-ko à la 
suite de la guerre de Dzoungarie. Il est le père de Fou-k'ang-ngan, le vainqueur du Népal. 

3) Telle est bien la leçon du texte; le 'HT Yi-ki-chan de M. Ishida est une inadrer- 
tance ou une faute d'impression. Yin-ki-chan vécut de 1696 à 1771; il remplit les plus 
hautes charges à la métropole et en province (cf. le ch. 21 du Kouo tch'ao ki hien lei tcheng 
et Giles, Biogr. Diet., n° 2487). 

4) Sur Lieou T'ong-hiun (1699—1773), cf. Giles, Biogr. Diet., n° 1362, Lieou T'ong- 
hinn est qualifié ici de Grand Secrétaire, ])oste qu'il occupa de 1761 jusqu'à sa mort. 
Lieou T'onghiun est le père du célèbre calligraphe "^m J^ Lieou Yong (1719 — 1804; 
le Biogr. Diet, de Giles, n" 1381, dit 1720—1805, ce que je crois inexact). 

5) A-li-konen est mort en 1770 ; il est ici qualifié de Grand Secrétaire adjoint, poste 
auquel il fut nommé en 1764, et il quitta la capitale en 1768 (cf. Giles, Biogr. Diet., 
n° 1585, où il est dit à tort fils de 2b //K ^() Ngo-yi-tou; c'est naturellement impos- 
sible puisque Ngo-yi-tou vécut de 1562 à 1621 [et non de 1573 a 1662 comme le dit 
Giles, Biogr. Diet., n° 1589]; le père d'A-li-kouen s'appelait -^ ^S Yin-tö; cf. Kovo 
teh'ao ki Aie» lei tcheng, ch. 27). 

6) Chou-ho-tö vécut de 1710 à 1777. Il est ici qualifié de président de ministère, 
titre qu'il eut en effet en 1761, et qu'il abandonna en 1768 pour aller au Yunnan (cf. Giles, 
Biogr. Diet , n° 1737). C'est le „Chou Ta-jen" ou „Fixcellence Chou", dont il est souvent 
question dans les écrits des anciens missionnaires (cf. par exemple 7"ou»^j»ao, 1917, p. 311, 
316, et Mém. conc. les Chinois, I, 397). 

7) Sur Yu Min-tchong, mort en 1779 (ou plus exactement tout au début de 1780), 
cf. ma note dans les Mémoirss concernant l'Asie Orientale, t. I [1913], p. 75. C'est là 
certainement le „Yu Ming-tchong" dont Âmiot avait envoyé à Bertin le portrait peint par 



258 PAUL PELLIOT. 

les uoras et les titres de ses signataires moutrent qu'elle ne peut 
être postérieure à 1768. Comme à ce moment les 16 dessins étaient 
eu France, il est probable que, comme la préface de K'ien-long, 
la notice finale est du moment où tous les dessins furent achevés, 
c'eat-à-dire du printemps de 1766. Toutefois, même à ce moment, 
les quatre premiers dessins étaient déjà en route pour l'Europe. 

L'ordre des 16 feuillets de textes chinois se rapportant aux 16 
estampes peut être considéré comme acquis. Il est en effet le même 
dans le T'ien yi ko chou inôu, dans l'exemplaire de la D'* G. E. 
Morrison Library, dans celui de M. Bouteron, et, à une exception 
près, dans celui de la Banque Industrielle ^). 

Voici quel est l'ordre des 16 feuillets de textes chinois: 

1^^ poème: ^^'^^^ |^,«0n reçoit la soumission de Tili». 
Poème écrit par K'ien-long en 1755 ^). 



Panai; Bertin en accusait réception le 16 novembre 1781 (cf. Cordier, La Chine en France 
au XV nie siècle, p. 83 ; dans Cordier, Giuseppe Panzi, p. 9, le nom est imprimé par 
erreur „Yu Nimg-Tchoung"). Une notice sur Yu Min-tchong, écrite par Amiot le 26 sep- 
tembre 1780, se trouve dans le tome IX des Mém. conc. les Chinois, p. 45 — 60; il résulte 
d'un passage de cette notice (p. 51) que, si Yu Min-tchong avait vécu jusqu'en 1795 
(l'équivalence de 1796 donnée en note est fausse), il aurait eu alors 82 ans à la chinoise, 
c'est-à-dire 81 ans pour nous; il a donc dû naître en 1714. 

1) L'exemplaire de la Banque Industrielle renverse l'ordre des feuillets de texte XIV 
et XV. La seule anomalie apparente de la classification ainsi admise par toutes nos sources 
est que la notice finale de l'album, rédigée par Fou-heng et autres, dit que la série des 
16 estampes s'achève par la présentation des prisonniers, au lieu que dans tous nos exem- 
plaires la dernière planche est le banquet du Tseu-kouang-ko ; la présentation des prison- 
niers est la 14' planche dans trois exemplaires, la 16" dans celui de la Banque Industrielle. 
Il faut admettre que la 16' planche, et sans doute la 15', qui sont des félicitations à l'armée, 
ont été considérées comme en quelque sorte hors série. L'importance de cette petite diver- 
gence est d'ailleurs faible, puisque l'essentiel pour nous est de pouvoir déterminer le sujet 
de chaque planche; ceci acquis, l'interversion d'un ou deux numéros d^ordre ne tirerait 
pas en elle-même à conséquence. 

2) Il s'agit de la première soumission de l'ili en 1755, quand Amur-Sana était au 
service de KMen-long. Les généraux représentèrent à K'ien-long que la population les avait 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 259 

2® poème: ^^ ^ ^ ^ '^ § , ^On force le camp [établi] à Gädän- 

öla». Poème de 1755 ^). 
3® poème: ^ ^ ^L '^ ^ ^ 1^' *^® combat d'Oroï-jalatu » . 

Poème additionnel de 1766^). 
4® poème: ^j^ ^ ^ |^ ^ :^, «La victoire de Khorgos». Poème 

de 1758 8).. 



accueillis à bras ouverts. Cette soumission fut bientôt suivie de la révolte d'Amur-Sana. 
Les formes turques et mongoles rétablies ici pour les noms que le texte fournit en trans- 
cription chinoise sont presque toutes sûres; je dirai d'ailleurs en note les raisons qui m'ont 
déterminé dans les cas où les noms sont incertains. Beaucoup des formes indiquées par 
M. Ishida sont a rectifier d'après le tableau que je donne. Dans son article de 1918 sur 
la campagne de l'Ili en 1755, M. E. Hänisch a rétabli les noms d'après les transcriptions 
mandchoues qui offrent souvent plus de garanties que les transcriptions chinoises; leur va- . 
leur toutefois n'est pas absolue, car il ne manque pas de cas, par exemple dans les recueils 
des biographies des princes tributaires, où ces transcriptions mandchoues ont été faites 
elles-mêmes non pas sur les formes turques ou mongoles originales, mais sur les transcriptions 
chinoises de ces formes. Dans le cas présent, des formes mandchoues Kasigar (Hänisch, 
p. 71) pour Kachgar et même Bariköl (p. 08) pour Barköl [= très probablement *Bars-k51] 
ne doivent avoir aucune autorité. J'ajouterai que le „Yerechim" de Helman, qui a em- 
barrassé M. riänisch, est Yarkend (p. 59); le Tseng Kouo-fan de la p. 64 est un lapsus 
pour Tseng Ki-tsö; la rédaction de la p. 65, qui paraît faire écrire par Tchou Hi une 
histoire où il est question des Ming, n'est pas très heureuse. 

3) Sur le Gädän-öla, ou Mont Gädäii, à environ 100 li au Sud-Ouest de Konldja, cf. 
Popov, MeHT>-ry-K)-My-Lt3H, p. 140, 445, et surtout le texte original beaucoup plus détaillé 
au ch. 13 du Monç kou yeou mon H; aussi Hänisch, loc. laud., p. 7S, 84 (mais je ne sais 
où M. Hänisch a pris la distance de 500 li au Sud-Ouest de Kouldja); Si yu /'ou tche, 
ch. 22, ff. 8 — 9. Il s'agit du raid où le Kalmouk [Jffl -f>^ ^^ A-yu-si (Ayusi), passé au 
service chinois, força en 1755 avec quelques hommes le camp de Davaci, établi sur le 
Mont Gädän. Le poème de K'ien-long est reproduit dans le Siyut'outche, ch. 22, ff. 8 — 9, 
sous le titre de „Chant d'Ayusi, composé par l'Empereur". Castiglione a peint un rouleau 
qui illustre l'exploit d'Ayusi (cf. Koito tch'ao yuan houa lou, ch. 1, fol. .15 v°). Cf. aussi 
Hänisch, Der chines. Feldzug, p. 65, 81. 

i) La restitution Oroï-jalatu est celle que fournit le Si yu t'ong wen tche, ch. 1, f° 13. 
Tchac-houei y surprit de nuit en 1756 Dasi-Cäran, mais les Dzoungars assiégèrent les 
Chinois, que des troupes de secours vinrent enfin délivrer; Tchao-houei dut alors reculer 
jusqu'au Barköl (cf. Si yu t'ou tche, 3" chap, préliminaire, f° 11 r°). 

2) Un Khorgos est porté sur nos cartes au Nord du fleuve Ili, et est en effet connu 
des géographes chinoises (cf. Si yu t'ou tche, ch. 13, f 1 r"). Mais il doit s'agir ici 
d'un autre Khorgos, qui était à 10 /« à l'Ouest de Manas (cf. Si yu t'ou tche, ch. 10, f** C, 
où le poème de K'ien-long est reproduit). Les partisans d'Amur-Sana y furent défaits an 
printemps de 1758 par le prince Cäbdäii-Jab, à qui ils avaient tendu une embuscade. 



260 PAUL PELL 10 T. 

5® poème: i^ ^ ^ ^ 1^' ^ï-*® combat de Khurungui». Poème 

de 17581). 
6^ poème: .^ ft § g È|; i|£ |^ , «Le chef d'ü§[-Turfan] se 

soumet avec sa ville». Poème de 1758^). 
7° poème: S^ ;!fC H ^ i *La levée du siège de la Rivière Noire 

(Khara-usu)». Poème de 1759^). 

8® poème: P^ ^ '^ ^Ac ft « *^^ grande victoire de Qurmau». 
Poème de 1759*). 



1) Le mont Khurungui est au Nord du Fleuve Ili. Quand les partisans d' Amur-Sana 
eurent été défaits à Khorgos, ils voulurent franchir l'Ili, mais l'armée chinoise les pressait; 
ils allèrent alors au Mont Kharuiigui où Tchao-houei et ses lieutenants les attaquèrent de 
plusieurs côtés pendant la nuit. Cf. le ch. 22, 1° 8 r°, du Si yu t'ou tcke. 

2) Sur la soumission du beg yg^ ^ê Bf Houo-tsi-sseu d'Us-Turfan en 1758, cf, 
aussi 6Ï yu t'ou tche, ch. 17, f° 1, où le poème de K'ien-long est reproduit. Dans ce 
poème, il est question des moutons qu'on amène à l'armée impériale. La transcription 
mandchoue du nom de Houo-tsisseu est Hojis (cf. Hänisch, Der chines. Feldzug, p. 82); 
quelle que soit la forme originale véritahle, il s'agit d'un Musulman, et ce doit être par 
inadvertance que M. Hänisch {ibid., p. 85) donne le nom comme tihétain. 

3) Malgré l'équivalence (mongole) Khara-usu indiquée par le poème de K'ien-long, la 
scène se passe au Turkestan chinois, et le nom véritahle doit donc être turc, par conséquent 
Qara-su. Khara-usu (Qara-su) 'était, selon le Si yu t'ou tche (ch. 28, ff. 3 — 4, où le poème 
de K'ien-long est reproduit), le nom de la branche de la rivière de Yarkend qui coule au 
Sud et à l'£st de la ville. Au 10' mois de 1758, Tchao-houei, ne réussissant pas à réduire 
Yarkend, • amena par l'Est quelques centaines d'hommes qui franchirent le Qara-su, mais 
durent le repasser vite et furent assiégés à leur tour par les rebelles. Quand, en 1759, 
Tchao-hoaei apprit que les troupes venant d'Aksou avaient battu les Musulmans à Qnrma, 
il fit une sortie, brûla les bastions ennemis et se dégagea. 

4) Qurma ou Qurmau était entre Yarkend et Maralbasi, à 130 H au Sud-Ouest de 
Barëuq (qui était tout voisin de Tactuel Maralbasi); cf. Si yu t'ou tche, ch. 18, ff. 7 — 8, 
où le poème de K'ien-long est reproduit. Bien que le nom ne figure plus aujourd'hui sur 
nos cartes, les documents européens ne l'ignorent pas, car c'est le Horma de Benoît de Goes; 
cf. Yule et Cordier, Cathay and the way thither*, IV, 228 (où 1756 est une faute d'im- 
pression pour 1759). M. Sven Hedin s'est trompé lui-même en taxant d'erreur le Horma 
de Benoit de Goes {Southern Tibet, I [1917], p. 161; presque toutes ses hypothèses sur 
cette partie de l'itinéraire de Benoît de Goes sont d'ailleurs malheureuses). Quand Tchao- 
houei fut assiégé au Qara-su à la fin de 1758, des troupes furent envoyées d'Aksou pour 
le délivrer. Le 3 février 1759, le général S ^S Fou-lö, qui n'avait avec lui que 600 
hommes, se battit à Qurma contre plus de 5000 Musulmans et les défit après un long et 
dur combat. 



LRS «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 261 

9® poème: S "È* >S> 'S ^ >S Hfe ' *^® combat de Tonguzluq». 

Poème additionnel de 1766^). 
10® poème: ^^J!p!§]^^||Ê, «Le combat de Qos-qulaq». 

Poème additionnel de 1766^). 
11® poème: |^^>^^^||^i *Le combat d'Arcul». Poème 

additionnel de 1766 ^). 
12® poème: '^ ® yÇ JÇ ^ ^/# ^ :S ffe, «Le combat du Yeâil- 

köl-nör». Poème additionnel de 1766*). 
13® poème: ^ ^ |JLl V^ ^^ ^, «Le khan du Badakhsan demande 

à se soumettre». Poème de 1759. 
U® poème: ^ ® oR Èj$#, «Ou offre [à l'Empereur] les 



1) Tonguzliiq signifie „l'endroit od il y a des porcs"; j'en ignore l'emplacement exact. 
D'après la préface mise en tête de ce poème additionnel dans le Si yu t'ou tche (3" chap, 
préliminaire. 1° 11 v°), il semblerait qu'il s'agît d'un épisode qui se place a la fin de 1758, 
quand Tchao-houei essaye pour la première fois de réduire Yarkend. 

2) La forme que j'ai rétablie est douteuse; elle s'appuie sur la glose „paire d'oreilles" 
qui est jointe à la poésie de K'ien-long. Mais le Si yu Cou tche, ch. 17, f® 10 v°, écrit 
^U T| /E ^^k, yf, Houo-che-k'ou-tchou-k'o, c'est-à-dire *Qos-küciik. Les Khoja, après 
s'être enfuis de Yarkend, furent défaits eu 1759 dans cet endroit par t|B J^ Ming-jouei. 
C'était un col, à 500 U à l'Ouest de Kachgar. Cf. aussi 5/ yu t'ou tche, 3" ch. prélimin., 
fo 12 r". 

3) Le nom est douteux; le Si yu t'ou tche (ch. 17, f° 11 r°) écrit |$^ H^lJ ^ 
J^ A-la-tch'ou-eul, que le Si yu t'ong wen tche (ch. S, f 18 r°) interprète par Ara-ëol. 

Les Khoja, après avoir été battus au col de *Qos-kücük, se réfugièrent à *Arcul, situé à 
300 U plus à l'Ouest et y furent à nouveau battus. Les Mém. conc. les Chinois, 1, 393, 
écrivent „Altchour". Cf. aussi Si yu t'ou tche, 3"= ch. prélimin., f* 12 r". 

4) Le Si yu t'ou tche (ch. 17, f° 12 ?°) écrit ^^ W ^ ^ ^ Ye-che-lo-k'ou-lo. 
La localité ainsi désignée se trouvait à 200 H au Sud-Ouest d'*Arcul. et an Nord du 
Badakhsan. Elle devait son nom à un lac, d'où le pléonasme Yesil-kôl-nOr de certains textes, 
où k'ôl et nôr signifient tous deux „lac", l'un en turc, l'autre en mongol. C'est là le 
„Isil-kol" de la légende XV de Helman, que M. Hänisch a eu tort de rétablir tacitement 
(p. 60) en „Isik kol". Tonte cette nomenclature ancienne de la région des Pamirs devra 
être reprise en détail. Le nom d'*Arcul est r„Alitchour" de Cordier, Hist, générale de la 
Chine, III [1920], 348, qui suit on outre Imbault-Huart dans l'équivalence Yesil-köl = 
„Siri-koul". Cf. aussi Si yu t'ou tche, 3* ch. prélimin., f** 12 r° et v*>. K'ien-long fit par 
la suite graver là une inscription dont le texte chinois est reproduit au ch. 28 du Si yu 
t'ou tche. 



262 PAUL PELLIOT. 

prisonniers [faits lors] de la pacification des tribus musulmanes». 
Poème de 1760 i). 

15« poème: 5?P^lfilnSj|!cî(lAW±' «[L'Empereur se rend] 
dans la banlieue pour prendre [personnellement] des nouvelles des 
officiers et soldats qui se sont distingués dans la campagne contre 
les tribus musulmanes». Poème de 1760 2). 

16® poème: §)l ^ J^ ^ SE îlÇ it i «[L'Empereur] offre un ban- 
quet de victoire aux officiers et soldats qui se sont distingués*. 
Poème de 1760 ^). 

Nous connaissons donc désormais, par les poèmes de K'ien-long, 
les sujets des 16 planches et l'ordre dans lequel ces sujets doivent 
se succéder; jusqu'ici nous sommes en plein accord avec M. Ishida. 
Les difficultés commencent quand il s'agit de déterminer la planche 
qui représente chacun des 16 sujets. Grâce aux noms des auteurs des 
quatre premiers dessins envoyés en 1765, nous avons déjà pu constater 
que les légendes de Helman étaient réparties de manière fantaisiste. 
Maintenant que nous connaissons les sujets des 16 planches, nous 
pouvons en outre déterminer les numéros des quatre dessins. Appli- 
quons ce critérium au tableau dressé par notre confrère japonais. 

Le dessin de Sichelbart, intitulé «Les habitants de l'Ili fout leur 
soumission» et qui fut gravé par Prévost, est évidemment le sujet 



1) Les prisonniers furent présentés à l'Empereur à -t-* Pt Wou-men, c'est-à-dire à 
la poste méridionale du palais de Pékin; on offrit aussi à K'ien-long la tête dn Khoja 
Houo-tsi-tchan. C'est là qu'avait eu lieu en 1755 une autre présentation de prisonniers 
musulmans, sur laquelle K'ien-long fit également nn poème {Si yu i'ou tche, 2' oh. prél , 
t" 3 v") et qui fut représentée en peinture par ?^ T^ Siu Yang {Kouo fch'ao yuan 
houa lou, ch. 2, f 16 v°). 

2) Le poème de K'ien-long spécifie que sur une terrasse ronde on avait planté les 
étendards pris à l'ennemi. 

3) Ce banquet fut donné au Tseu-kouang-ko. L'estampe correspondante, et qui pour 
une fois est d'accord avec l'ordre de Helman (mais non avec sa légende), représente en 
effet le Tseu-kouang-ko va par le Sud, avec en arrière à droite le Pont de Marbre que 
domine dans le lointain le Pai-t'a. 



LES «CONQUÊTES DE L'EMPEREUR DE LA CHINE». 263 

du poème n" 1, intitulé «On reçoit la soumission de l'Ili». D'après 
M. Ishida, qui s'appuie sur l'ordre de reliure de l'exemplaire qu'il 
étudie, la planohe correspondant à ce poème n° 1 est la planche VIII 
de Helman. Cette équivalence est sûrement exacte puisque nous 
avons déjà vu, pour d'autres raisons, que cette planche VIII dé 
Helman était la seule à pouvoir entrer ici en ligne de compte. 

Le dessin de Castiglione, intitulé «Le camp [enlevé] par ruse 
par Ngai-yu-che » , a été gravé par Le Bas. Ngai-yu-che est une 
transcription d'Ayusi, autre forme (et plus correcte) d'Ayusi. Nous 
avons vu que l'enlèvement du camp de Dawaci par Ayusi est le 
sujet du poème n° 2. D'après M. Ishida, la planche correspondant 
à ce poème n° 2 est la planche IV de Helman. Mais la planche IV 
de Helman est anonyme et a été gravée par Saint-Aubin, et non 
par Le Bas; elle ne fut d'ailleurs achevée qu'en 1773, et n'est pas 
de celles arrivées en France en 1766. 

Le dessin de Jean Damascene, intitulé «Qurman» et gravé par 
Saint- Aubin, est le sujet du poème n'' 8. D'après M. Ishida, la 
planche correspondant au poème u*^ 8 est la planche V de Helman. 
Mais la planche V de Helman a été dessinée par Castiglione et 
gravée par Le Bas. 

Le dessin d'Attiret, intitulé «*Arôul» et gravé par Aliamet, 
est le sujet du poème n" 11. D'après M. Ishida, la planche corres- 
pondant au poème n° 11 est la planche XV de Helman. La planche 
XV de Helman est bien en effet l'œuvre d'Attiret et a été gravée 
par Aliamet. 

Ainsi, l'ordre adopté par M. Ishida d'après l'exemplaire de la 
D*" G. E. Morrison Library aboutit dans deux cas sur quatre à 
des solutions impossibles. Il est donc clair que, si cet ordre est 

18 



264 PAUL PELLIOT. 

moins défectueux peut-être que celui de Helman, il est encore loin 
d'être satisfaisant. 

Prenons maintenant l'exemplaire de M. Bouterou et celui de la 
Banque Industrielle. J'ai déjà dit que l'ordre des poèmes y était 
identique, sauf interversion des poèmes 14 et 15. Mais, comme la 
même interversion se produit dans le classement des planches cor- 
respondant à ces poèmes, la correspondance générale des poèmes et 
des planches n'en est pas altérée. Les deux exemplaires affectent 
toujours les mêmes planches aux mêmes poèmes, sauf pour les 
planches 2 et 3 de l'exemplaire de M. Bouteron, qui sont inter- 
verties dans l'exemplaire de la Banque Industrielle. Admettant par 
provision que l'équivalence générale des poèmes et des planches 
est bonne dans ces exemplaires, nous devrons nous décider ici 
d'après les scènes représentées. Dans les deux cas, il s'agit d'un 
combat aux abords d'un camp dans une région montagneuse. Mais 
la planche 2 de l'exemplaire Bouteron ne montre que des Kalmouks 
luttant contre des Kalmouks, au lieu que sa planche 3 représente 
un combat entre Kalmouks et Chinois. Or nous savons que le poème 
n° 2 se rapporte à l'action des Kalmouks d'Ayusi contre ceux de 
Dawaci, au lieu que le poème n* 3 concerne la lutte des Chinois 
de Tchao-houei contre les Kalmouks de Dasi-Cäran. Nous admet- 
trons donc que c'est le classement de l'exemplaire de M. Bouteron 
qui, dans cet unique cas de divergence, doit l'emporter sur le 
classement de l'exemplaire de la Banque Industrielle. 

Ceci admis, voici comment s'établit la correspondance des planches 
de l'exemplaire Bouterou (et de celui de la Banque Industrielle) avec 
les planches de Helman: 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 



265 



Ex. Bouteron 




n°^ de Helman 


Ex. 


Bouteron 




n°^ de Helman 


1 


= 


VIII 




9 


= 


IV 


2 


= 


V 




10 


= 


X 


3 


= 


IX 




11 


= 


XV 


4 


= 


XIV 




12 


= 


XII 


5 


= 


II 




13 


= 


XI 


6 


= 


xm 




14 


= 


I 


7 


= 


III 




15 


= 


VI 


8 


= 


VII 




16 


=: 


XVI 



Vérifions ces équivalences par les sujets des dessins envoyés en 
1765. On a vu que ces dessins devaient forcément correspondre 
aux poèmes n°^ 1, 2, 8 et 11, et être respectivement de Sichelbart 
gravé par Prévost, de Castiglione gravé par Le Bas, de Jean Damascene 
gravé par Saint- Aubin, d'Attiret gravé par Aliamet. Or la planche 
VIII de Helman, correspondant à Ex. Bouteron 1, est bien de 
Sichelbart et Prévost; la planche V de Helman, correspondant à 
Ex. Bouteron 2, est bien de Castiglione et Le Bas; la planche VII 
de Helman, correspondant à Ex. Bouteron u° 8, est bien de Jean 
Damascene et Saint-Aubin; la planche XV de Helman, correspon- 
dant à Ex. Bouteron n" 11, est bien d'Attiret et Aliamet. 

L'épreuve est décisive, et il serait' aisé de la renforcer encore 
par la correspondance des scènes et des poèmes. C'est ainsi que 
sur la planche VI de Helman, qui est la planche 15 de l'exemplaire 
de M. Bouteron, on voit bien l'empereur gagner à cheval le pavillon 
rond sur lequel on a fiché les drapeaux ennemis, comme il est dit 
dans le poème n° 15. Sur la planche XIII de Helman qui est la 
planche 6 de l'exemplaire de M. Bouteron, les Musulmans amènent 
les moutons dont parle le poème n° 6. Ces exemples pourraient 
être multipliés, mais ils sont vraiment superflus. Pour la première 
fois, nous pouvons enfin donner les sujets véritables et l'ordre réel 



266 PAULPELLIOT. 

des 16 estampes, dénaturés trop longtemps par les légendes de 
Helman ^). Je ne crois pas inutile de reproduire cet ordre et ces 
sujets ici, avec l'équivalence aux numéros de Helman, et en publiant 
les signatures des estampes originales qui n'ont jamais été données 
avec exactitude jusqu'à présent. 

Ordre véritable et sujets des seize estampes des «Conquêtes». 

1 (= Helman n*' VIII): «On reçoit la soumission de l'Ili». 

P. lonatius [sic] Sichelbarth Soc. Jesu dehn. 1765. |j C. N. Cochin direx. || 

B. L. Prévost Sculpsit 1769. 

2 (= Helman n° V): «On force le camp [établi] à Gädän-öla». 

Joseph. Castilhoni Soc Jesu delin 1765 || C. N. Cochin direx. || J. Ph. Le Bas 
Seul 1769. 

3 (= Helman n'' IX): «Le combat d'Oroï-jalatu». 

C. N. Cochin Filius Dh'ex. || Gravé par J. P. Le Bas Graveur du Cabinet du 
Roi, et de son Académie de Peinture, et Sculpture. 1770. 

4 (= Helman n^ XIV): «La victoire de Khorgos». 

joah dimi Attiret Soc. jes. fecit Pekini Anno 1766. || C. N. Cochin Filius. 
Diréxit. || Gravé par J. P. Le Bas. Graveur du Cabinet du Roi en 1774. 

5 (= Helman n° II): «Le combat de Khurungui». 

J. Joannes Damascenus à SS*» Conceptione, Augustinianus excalcatus [sic] 
et Missionarius Apostolicus Sacrée Congregationis delineavit et fecit || C. N. 
Cochin Filius. Direxit. || J. Aliamet Sculp. 

6 (= Helman n° XIII): «Le chef d'üs[-Turfan] se soumet avec sa ville». 

J. Joannes Damascenus a SS^i Conceptione Augustinus Excalceatus et Mis- 
sionarius Apostolicus Sacr. Congregationis de Propaganda Fide Delineavit 
et Fecit. || C. N. Cochin Filius Direx. || PP. Choffard Sculpsit Parisii 1774. 

7 (= Helman n° III): «La levée du siège de la Rivière Noire». 

Joseph. Castilhoni Soc Jesu delin 1765. || C. N. Cochin direxit. || J. P. Le Bas 
Sculp 1771. 



1) Ces légendes de Helman peuvent parfois faire illusion. Ainsi, la légende de sa 
planche II dit que le général Pan-ti surprend en 1755 l'ennemi à la faveur d'un brouillard; 
et sur la planche, on voit en effet un brouillard flottant à fleur de terre. M. Häuisch 
{Der chinesische Feldeug, p. 61) a cru pouvoir préciser tous les éléments de cette scène. 
Mais Pan-ti est hors de cause; il s'agit du combat de Khurungui en 1756, et la légende 
de Helman est simplement inspirée de la planche elle-même. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 267 

8 (= Helmaa n'' VII): «La grande victoire de Qurman». 

P. F. Joannes Damascenus, Romanus, Augustinus Excalceatus Missionarius 
Apostolicus delineavit et fecit, Anno 1765. || C. N. Cochin Direxit. || Augustinus 
de S* Aubin Sculpsit Parisiis Anno 1770. 

9 (= Helman n° IV): «Le combat de Tonguzluq». 

C. N. Cochin Filius, Direxit. || Augustinus de S* Aubin Sculpsit Parisiis, 
Anno 1773. 

10 (= Helman n" X): «Le combat de *Qos-qulaq». 
C. N. Cochin Filius. Direxit. || B. L. Prévost Sculpsit 1774. 

11 (= Helman n° XV): «Le combat d'*Arcul». 

JB Dios Attiret Soc. Jesu, del. 1765. || C. N. Cochin filius Dirrex. || J. Aliamet 
Sculp. 

12 (= Helman n° XII): «Le combat du Ye§il-köl-nör». 

P. J. Joes Damascenus a SS^*^ Conceptione Augustinus excalceatus Sacrae 
Congregationis Missioharius ApostoU Delineavit et Fecit. || C. N. Cochin 
Filius Direxit. || N De Launay Sculp. 1772. 

13 (= Helman n°.XI): «Le khan du Badakhsan demande à se 
soumettre » . 

J. Joannes Damascenus a SS* Conceptione Augustinus Excalceatus et Mis- 
sionarius Apostolicus Sacr. Congregationis de Propaganda Fide Delineavit 
et Fecit. !| C. N. Cochin Filius Direx. || PP. Choffard Sculpsit Parisiis 1772. 

14 (= Helman n° I): «On offre [à l'Empereur] les prisonniers 

[faits lors] de la pacification des tribus musulmanes». 

Joan. Dionys. Attiret S. Jesu. Missionarius Delineavit. || C. N. Cochin Filius 
direxit. || L. J. Masquelier Sculpsit. 

15 (= Helman n*^ VI): «[L'Empereur se rend] dans la banlieue pour 

prendre [personnellement] des nouvelles des oflBciers et soldats qui 

se sont distingués dans la campagne contre les tribus musulmanes». 

F. Jne* Damascenus a S"»'* Conceptione Aug^us Excalceatus et Missionarius 
Apostoo'i* Sacrœ Congre"'^ delineavit et fecit. || C. N. Cochin filius direxit. || 
Fran<=»8 Dion«» Née Sculpsit Anno 1772. 

16 (= Helman n° XVI): «[L'Empereur] offre un banquet de victoire 
aux officiers et soldats qui se sont distingués». 

Cochin Filius Direxit || Gravé par J, P. Le Bas, Graveur du Cabinet du Roi 1770. 



268 PAUL PELLIOT. 



* 



APPENDICE. 

Pendant que le présent travail était en cours d'impression, j'ai 
rencontré un document important relatif à la commande des gravures 
des «Conquêtes»; il s'agit d'un post-scriptum ajouté parle P. Augustin 
de Hallerstein à une lettre qu'il écrivait de Pékin à son frère le 
P. Weiehard de Hallerstein. Le P. A. de Hallerstein (1703-1774), 
président du «Tribunal des Mathématiques», comptait à la mission 
portugaise; il était placé pour être renseigné. Ses lettres à son frère 
ont été publiées en 1781 par le P. Georges Pray comme appendice 
à ses Imposturae CCXVIII. in dissertatione R. P. Benedicti Cetto, 
.... detectae et convulsae ^). La reproduction des lettres n'est toute- 
fois pas intégrale, car le P. Pray a supprimé ce qui avait un caractère 
privé, et il semble que ce travail d'éditeur ait amené au moins une 
confusion, et précisément à propos du texte qui nous intéresse ici. 
Ce texte est en effet donné comme un post-scriptum à une lettre 
écrite de Pékin le 12 septembre 1764, et dont le millésime ne paraît 
pas douteux car elle rappelle un envoi de 1763 comme fait «anno 
superiore» ^). Mais le postscriptum ne peut être en fait que de 
l'automne de 1765, à raison même de son contenu;- il semble par 
suite qu'il doive appartenir en réalité à la lettre suivante, qui est 
da 27 octobre 1765. Quoi qu'il en soit, voici le texte :^) 



1) Sur cet ouvrage extrêmement rare, cf. Cordier, Bibl. Sin.*, col. 924. L'exemplaire 
de l'Ecole des Langues Orientales porte le nom «de Murr» et la mention « Donum R. P. 
Prayj»; ce doit donc être l'exemplaire donné par le P. Pray à Christophe Gottlieb von 
Murr; on va voir que Marr connaissait en effet les Imposturae. 

2) C'est par erreur que la lettre ici visée, qui occupe (avec le post-scriptum) les pages 
XL — XLiv des Imposturae, est indiqae'e comme «sans date» dans la Bibl. Sin.*, col. 924. 
Elle est d'autre part sautée par inadvertance dans la liste des lettres de Hallerstein publiées 
par Pray et que donne Sommervogel dans sa Bibliothèque, s.v. Hallerstein. 

3) Von Murr est, à ma connaissance, seul à avoir cité jusqu'ici ce postscriptum, dans 
ses Litterae patentes Imperatoris Sinarum Kang-hi, Nuremberg, 1802, in-4°, p. 24 — 25; 
il admettait sans autre examen que le postscriptum était bien de septembre 1764, comme 
la lettre à laquelle il est joint dans l'édition de Pray. 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 269 

-Quod in epistola oblitus fui, hic significo. Imperator noster vult sculpi, & 
imprimi in Europa sexdecim icônes, quse représentant operationes belli, quod 
his elapsis annis gessit contra Tartaros Eluthanos, & horum vicinos, & antea 
subditos Mahometanos. Nempe finito bello curavit pingi "16. magnas picturas, 
quibus aulas suas exornavit. Venerunt postea ad illius manus quaedam icônes 
Augustanse sculptons Rugendas, quse similes actiones exhibebant '); tum vero illas 
intellexit, eique placuerunt. Jussit ergo Fratrem nostrum Josephum Castiglione, 
est Mediolanensis, habet setatis 78. Pekini 49. '^) valet etiamnum oculis, & raa- 
nibus, P. Ignatium Sichelbart Bohemum, Fratrem Dionysium Attiret Galium, 



1) Georges Philippe Rugendas, d'Augsbourg (1666 — 1743); peintre de batailles. 

2) J'ai déjà dit que le présent texte ne pouvait être de 1764; la mention de l'envoi 
des quatre premiers dessins des «Conquêtes» effectué «environ deux mois auparavant», 
oblige à le dater de l'automne de 1765. Ce qui est dit ici de Castiglione amène à la même 
conclusion, Castiglione est mort le 16 juillet 1766 (cf. supra, p. 186). Or, dans une lettre 
de Pékin, 24 septembre 1766, Hallerstein s'exprime ainsi (Pray, Impostura, p. li): 
« Mortuus est hic hoc anno mensis Julii die 16, Frater nostrœ Societatis ./ojejD^«« Caj/i^fto«« 
Mediolanensis, egregius Pictor, sed muito melior religiosus. Vixit annis 79. si^ paucos dies 
demas, quorum 50. Deo in hac statione Pekinensi ejusqne obsequio impendit...» Si, le 
16 juillet 1766, Castiglione avait, selon Hallerstein, 79 ans moins qu(?lques jours, dont 
50 passés b. Pékin, il est bien évident que c'est à l'automne de 1765, et non le 12 sep- 
tembre 1764, que le même Hallerstein pouvait lui en attribuer 78, dont 49 passés à Pékin. 
Mais quelle est la date de naissance exacte de Castiglione? M, Cordier {Gius. Panzi, p. 1) 
fait naître Castiglione le 16 juillet 1688; le P. de Rochemonteix {Joseph Amiot, p. 15) 
indique le 19 juillet 1688. Il serait bien extraordinaire que Castiglione fût né et mort un 
16 juillet. Le 19 juillet est au contraire en accord avec le «si paucos dies demas» de 
Hallerstein. Reste l'année de la naissance. Pour que Castiglione, mort le 16 juillet 1766, 
eût alors 79 ans moins quelques jours, il faudrait qu'il fût ne' le 19 juillet i6S7 et non 1688. 
Si on a des documents formels en faveur de 1688, il faudra admettre que Hallerstein, et 
Bans doute alors tous les jésuites de Pékin, avaient pris à la Cour l'habitude de calculer 
les années à la chinoise, c'est-à-dire en comptant un an révolu au moment de la naissance. 
Cela paraît assez étrange, mais n'est pas impossible. Peut-être trouverait-on quelques indi- 
cations dans les documents relatifs aux fêtes qui marquèrent les 7U ans de Castiglione; je 
n'en ai pas pour l'instant à ma disposition. Mais une question analogue se pose pour 
Sichelbart. 11 est certain que les 70 ans de Sichelbart furent célébrés le 21 septembre 1777 
(cf. Mém. conc. les Chinois, VIII, 283, où la correspondance des dates chinoise et européenne 
est exacte; Cordier, Giuseppe Panzi, p. 12); or M. Cordier {Giuseppe Panzi, p. 1; Con-, 
quêtes, p. 5), sur la foi sans doute du Caialogus Patrum, fait naître Sichelbart le 8 sep- 
tembre 1708, Je ne me charge pas d'expliquer le désaccord entre les dates du 8 et du 21 
septembre. Mais, en ce qui concerne le millésime, il faut, si Sichelbart est bien né en 1708, 
que ses 70 ans aient été comptés « à la chinoise » pour tomber en 1777. Peut-être en 
est-il donc de même pour les 78 et 79 ans que de Hallerstein prête à Castiglione en 1765 
et 1766. 



270 PAUL PELLIOT. 

& P. Damascenum Roraanum, Ord. S. Augustini de propaganda i), ut .illas 
raagnas picturas in minorem formam rédigèrent : redactas primas quatuor ante 
duos circiter menses expedivit Cantonom ad Proregem, ut navibus Europseis 
traderentur in Europam transferendse. Sequente anno ibunt alias quatuor, & ita 
porro. Votum F. Castiglione est, ut sculperentur, & imprimerentur in Italia: 
cum res non sit mei fori, non me iraraiscui. Vult autem Imperator, ut ex 
singulis tabulis exprimantur, & imprimantur soluramodo centum exemplaria, 
& una cum tabulis hue remittantur: precium quantumcunque persolvat Prorex 
Cantonensis. Hoc putabam V. R. gratum fore intelligere, ut, si quis iliic de re 
sermo fiat, sciat, quid rei sit. Quod si R. V. resciei'it de loco, & artifice, gra- 
tum etiam mihi fuerit, id statim scire 2). Ceterum est magna differentia inter 
has picturas: F. Castiglione est sine dubio optima; banc se(\u\tur P. Sichelbart, 
& F. Atliret, sed passibus non aequis, & has longo intervallo Romani, licet 
Romani. Est adhuc novus. ^) 

Ce texte est intéressant à plus d'un titre. D'abord il confirme 
la traduction de l'édit du 13 juillet 1765 en ce qui concerne le 
chiffre primitivement prescrit pour le tirage; ce chiffre primitif 
était bien de 100 exemplaires, et non de 200; le chiffre de 200 
ne fait son apparition qu'avec le contrat des hannistes. En second 
lieu, le récit de Hallerstein établit que non seulement l'envoi des 
dessins en France n'avait pas été décidé à Pékin — je l'ai déjà 



1) Ou notera que cette lettre de Hallerstein distingue bien, elle aussi, les «frères» 
Castiglione et Attiret et les «pères» Sichelbart et uamascène; cf. supra, p. 192 — 193. 
De même, dans sa lettre du 24 septembre 1766, Hallerstein énumère les quatre pères de 
la Propagande qui se trouvaient alors à Pékin et nomme parmi eux «P. F. Damascenus, 
nescio a quo, Romanus pictor»; le «nescio a quo» signifie que Hallerstein ne se rappelait 
plus que Damascene était « a Sanctissima Couceptione ». 

2) Il est curieux que le P. Pray, publiant cette lettre en 1781, n'ait rien su de ce 
qu'il était advenu des dessins, car il ajoute en note: «Quid iis factum sit, an tabulis œneis 
exscriptse, an contra, nuspiam reperio ». En fait, la cour de France avait dû faire plus on 
moins le silence sur l'exécution des gravures, et je ne vois pas qu'on ait signalé jusqu'ici 
aucune information relative à la commande de K'ien-long dans les nombreuses publications 

•périodiques du temps. 

3) La hiérarchie établie ici par Hallerstein entre les quatre artistes correspond bien 
à l'importance respective de leur œuvre dans les collections impériales de la fin du 
XVII !• siècle, et est confirmée par l'avis de Cochin. D'autre part, si le P. Damascene 
était «encore nouveau» en 1765, il faut qu'il ait quitte le palais très peu avant 1774, 
puisqu'en 1774 il n'y était plus, mais y avait travaillé «environ dix ans» (cf. supra, 
p. 198). 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE», 271 

montré plus haut par d'autres raisons — , mais que Castiglione 
espérait que la commande irait eu Italie; le fait qu'il joignit des 
versions italiennes aux versions latines de l'édit et de la note 
explicative vient d'ailleurs à l'appui de l'information de Hallerstein. 
Enfin Hallerstein est le seul à nous fournir des renseignements 
sur la genèse de l'entreprise. Aucune source ne nous avait appris 
jusqu'ici que les seize planches étaient des réductions de peintures 
plus considérables qui ornaient déjà les parois d'un des bâtiments 
du palais, et que K'ien-long avait conçu le projet de faire graver 
ces peintures en voyant des gravures de batailles exécutées d'après 
des originaux de Rugendas. Sur ces peintures primitives plus con- 
sidérables et sur leurs auteurs, nous sommes réduits jusqu'ici à des 
hypothèses. Selon toute vraisemblance, elles avaient été exécutées, 
comme les portraits des ofiSciers méritants, sous la direction des 
artistes missionnaires, et j'incline à croire que ce sont là les scènes 
de bataille qui étaient suspendues dans le Tseu-kouang-ko au-dessus 
de la longue rangée des portraits ^). Il est à souhaiter que quel- 
qu'un ayant libre accès au Tseu-kouang-ko nous renseigne d'une 
manière plus précise sur la décoration de ce bâtiment ^). 

* 
* * 

Remarques additionnelles. 

P. 187. — Pour Castiglione, cf. aussi Laufer, Christian art in 
China, p. 16, et, pour le «galop volant», p. 18. 

P. 190, n. 1. — L'Attiret de Paris doit être Claude-François 
Attiret (1728 — 1804). Mais, tandis que les documents que j'ai 



1) Dans VOpisanie Pekina du P. Hyacinthe Bicurin, Petrograd, 1829, in-S", p. 35, 
il est question des portraits, au-dessus desquels «sont pendus aux murs des tableaux 
représentant divers épisodes des combats de l'année de l'Ouest en 1776 ». La date de 1776 
me paraît être une simple erreur pour 1755 — 1759; on a vu (p. 256) que M. Madrolle 
parle aussi de 1776 ; peut-être est-ce d'après la traduction française du livre du P. Hyacinthe. 

2) J'ai visité partiellement le Tseu-kouang-ko deux fois, mais n'ai vu aucune salle où 
se trouvassent des portraits de généraux ou des tableaux de bataille. 



272 PAUL PELLIOT. 

utilisés font de lui un cousin du missionnaire, il est indiqué comme 
son neveu aussi bien dans Nagler, Künstler-Lexicon, que dans Thieme 
et Becker, Allgem. Lexicon der bildenden Künstler. 

P. 205, notes, 1. 8. — Lire «que l'Empereur de la Chine envoya 
en France il y a quatre ans». 

P. 207, 1. 10. - Lire Prévost. 

P. 210, I. 3 et 4. — La Préface du 1. 1 i\e9 Mémoires concernant 
les Chinois est donc dans l'erreur quand elle dit (p. xi) en 1776 
que les seize planches ont été envoyées en Chine «il y a trois ans»; 
c'est d'ailleurs une autre inexactitude de cette préface de prétendre 
que K'ieu-loug avait voulu que les estampes «fussent gravées en 
France » . 

P. 218. — M. Laufer {Christian Art, p. 18) parle d'un exem- 
plaire des gravures originales qui est en sa possession, mais ne dit 
pas s'il s'agit d'un tirage fait à Paris ou en Chine, ni si des textes 
chinois y sont joints. 

P. 227, note 4. — Le Wang cheou cheng tien relatif aux fêtes 
du 60® anniversaire de K'ang-hi en 1713 a été reproduit par la 
photolithographie au Tien-che-tchai de Changhai en 1879; mais je 
ne sais si cette réédition donne l'ouvrage entier ou seulement les 
chapitres de planches. Cette réédition de 1879 se trouve au British 
Museum (cf. Douglas, Supplementary Catalogue^ p. 150; la date de 
1721 indiquée par Douglas vient de ce qu'il a confondu l'année de 
naissance de K'ang-hi et celle de son avènement). 

P. 229, note, 1. 11—17. — Même s'il n'y a pas eu d'ouvrage 
imprimé relatif aux fêtes du 60® anniversaire de K'ien-long, il ne 
s'agirait pas iûi nécessairement du 60® anniversaire de K'ang-hi. 
Il y a en effet un gros ouvrage en 120 chapitres consacré au 80^ 
anniversaire de K'ien-long, et qui est intitulé /\ ^ !ä ^ )j^ Ä 
Pa siun wan cheou cheng tien; un exemplaire s'en trouve au British 



LES «CONQUÊTES DE l'eMPEREUR DE LA CHINE». 273 

Museum^). Ce 80® anniversaire était tombé en 1790^); l'ouvrage 
lui-même, d'après Douglas, serait de 1792 ^). 

P. 235. — M. Cordier m'a mis sur la piste d'un exemplaire des 
gravures originales sur cuivre représentant les bâtiments européens 
du Palais d'Eté. Cet exemplaire, malheureusement incomplet, se 
trouve dans la bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts, qui l'a 
acheté 150 francs aux héritiers de Jametel en 1890. Les gravures 
de très grand format, tirées sur papier pelure, sont d'une extrême 
fragilité, comme le disait Delatour. Je ne donnerai pas ici d'indi- 
cations détaillées sur ces gravures, qui mériteront une étude à part, 
et me borne à signaler qu'elles sont beaucoup plus chargées et 
remplies que les copies faites pour Van Braam Houckgeest, avec 
leur aspect de dessins au trait, ne l'auraient laissé soupçonner. 

P. 236. — Le don des collections de Van Braam Houckgeest 
est relevé dans les «Observations» jointes au Voyage à Canton de 
Charpentier Cossiguy, mais sans aucun renseignement nouveau. 

P. 240. - L'album Hd 90 doit bien être postérieur à 1783, 
mais mou hypothèse en ce qui concerne les sites représentés n'est 
pas juste. Ces 36 sites de Jehol sont bien ceux de K'ang-hi, et 
non les nouveaux sites de K'ien-long; il suflBt pour s'en convaincre 
de comparer leur liste à cette donnée par M. Franke. Il semble 
que ce soit un autre exemplaire de ces gravures en taille douce 
qui se trouve au British Museum et est décrit sommairement par 
Douglas, Supplementary Catalogue, p. 2. 



1) Cf. Douglas, Supplement. Catalogue, p. l. 

2) K'ien-long était né le 25 septembre 1711, et non en 1710 comme il est dit dans 
Giles, Biogr. Diet., n' 364. 

3) Dans l'ouvrage touffu et confus de G. de Vincentiis, Documenti e titoli sul 

Matteo Ripa, Naples, 1904, in-4"', part. I, p. 15, il est question d'une poésie écrite par 
K'ien-long en 1783 au sujet de Castiglione, et qui est insérée «au ch. 1, folio 18» du 
Pa siuan wan ckeou cheng tien; je ne retrouve pas actuellement la source à laquelle l'au- 
teur a emprunté ce renseignement. 



274 PAUL PELLIOT. 

P. 254, vers le bas. — Lire M. J. Fliehe. 

P. 255, n. 2. — Pour les portraits de généraux peints par les 
Jésuites sous K'ien-loug, cf. Laufer, Christian Art, p. 17, renvoyant 
à une note de M. F. W. K. Müller dans Zeitschr. für Ethnologie, 
1903, t. XXXV, p. 483. 



Note finale (cf. p. 187): — Au dernier moment, j'ai accès à la 
revue d'art et d'archéologie ^ |^j ^ ^ Yi chou ts'ong pien, qui 
paraît depuis quelques années à Changhai. Dans le n° du 4® mois 
de 1917 est reproduit un tableau de Castiglione du type usuel, 
représentant une femme jouant avec deux enfants. Le n° du 8® mois 
de cette même année contient une image de tigre mise sous le nom 
de Castiglione, encore que le tableau ne soit pas signé de lui et 
porte seulement la signature (fausse) de ^ ,^ Pao Kouei des Song; 
tout ce qu'on peut dire est que c'est là une œuvre sinon de Castiglione 
lui-même, du moins de l'école «européenne» de la Cour; aussi est-il 
curieux de voir cette peinture porter une notice autographe de 
Touan-fang, où ce collectionneur affirme que c'est «sûrement là un 
chef-d'œuvre des Song». 

P. 233, 1. 20: Lire: c'est que ceux-ci n'existaient pas encore. . . — L. 22: Lire: chouei-fa, 
ou «systèmes hydrauliques». — L. 2B: Lire: comme tout le Palais d'Eté. 



A LIFE OF ODORIG OF PORDENONE 

BY 

A. C. MOULE. 

.-qp" 

Nothing can be more vague than the chronology of Odoric's life 
and travels, with the single exception of the date of his death. 

The date of his birth has been guessed as 1285 or 1286, Yule 
adding (in Cathay II, p. 8) "judging, however, from the eflBgies 
of Odoric on his tomb at Udine, I should have guessed the date 
of his birth to stand a dozen years earlier than that mentioned", — 
that is, in 1274. On this point no new evidence seems to have 
come to light, although Jerome Golubovich 0. S. F. (in Archivmn 
Franc. Histor.^ 1917, p. 22) would place the date of birth in 1265 
by an argument which seems to me to have little or no weight. 

Of the date and duration of Odoric's travels a little more can 
be said than about his birth, but after all it is very little and 
very vague. On his travels "he started sometime between 1316 and 
1318 (inclusive), and from them he returned shortly before the 
spring of 1330" (Yule, I.e. p. 9). Cordier accepts the date of his 
departure, which some say was from Venice "with the galleys", as 
April, 1318. Yule (1. c. p. 98) tells us that the galleys for Trebizond 
did not leave Venice till the middle of July; and the years 1318 
or 1316 are vigorously attacked by Golubovich on the following 
grounds. 

19 



276 A. C. MOULE. 

The date 1318, he says, has no other foundation whatever than 
the statement of two late Italian MSS of the type underlying the 
second or minor Ramusian text. These two MSS are 52 and 53 
in the Yule-Cordier list {Cathay II, pp. 59, 60), and begin, sure 
enough, "Ani domini Mcccxviii. Jo frate odoricho" and "Anno 
Mcccxviii. io Frate Oderigo" respectively, unfortunately for Golu- 
bovich's reputation for accuracy, No. 51 and 54 in the list also 
contain the date Mcccxviii, though the month, April, seems to be 
due to the printed editions of Virunio (1513) and Ramusio (1583). 
The four MSS are dated, in Calhaij: 51, "xivth or xvth cent."; 
52, "xivth cent."; 53, "xvth cent."; and 54, "xivth cent.", whereas 
Golubovich assigns 52 and 53 (the only ones he mentions) to the 
xvth century. 

But there is another possible way of arriving at the date. 
According to Golubovich two other Italian MSS and one Latin MS 
give the duration of Odoric's travels «s fourteen or fourteen and a 
half years and so, counting back from 1330, fix the beginning in 
1315 or 1316. These MSS are Yule-Cordier No. 58 (at Lucca - 
"paesi ue li quali el feze dimora anni xiiij") and 59 (at Pisa — 
"paesi nelle qualli elli fue personalmente quattordici anni."), both 
of the xvth century; and 47, of the xivth or xvth century, at 
Venice, which says {Cathay II, p. 279) "Quatuordecim annis cum 
dimidio . . in hujusmodi partibus sum moratus". Here again a second 
Latin MS (27) of the xivth century, which mentions fourteen years, 
must be added to the list. 

Golubovich has, no doubt, done good service in pointing out 
that all this is not very secure evidence for fixing Odoric's departure 
in 1315, 1316, or 1318; but what are we to say to the reasoning 
by which he himself makes Odoric sail for the Holy Land in 1296, 
and again for the Far East in 1314? He writes (I.e. p. 21) that 
Odoric's "whole oriental missionary career was full 33 years, as we 



A LIFE OF ÔDÔRIC OF PÔRDENOKË. 277 

are assured by the following indubitable testimony of one of his 
superiors. Here is the interesting document, preserved in a rare 
codex in the Royal Library at Monaco (cod. lat. 3702), written 
about 1450, which contains a list of Franciscan Saints, among 
whom is our Odoric, with the following notice: — 'Item, in the 
Province of St Anthony Brother Odoric, who for XXXIII years 
read the word of life among the infidels, preaching many years in 
many tongues. He travelled as far as to the Indies where in the 
court of the great Khan (magni Kay) he represented the glory of 
the faith for three years. About him brother Conrad of Pigan, 
Vicar of the North, who himself went about among the Saracens 
for thirty years, has told (De ipso narravit fr. Conradus de Pigan, 
Vicarius Aquilonaris, qui et ipse inter Sarracenos XXX aunis cir- 
cuiens, quod) that wherever the said Brother, who knew only Latin, 
came he found him an interpreter of tongues. In obedience to a 
command he told the marvels which he saw and heard from trust- 
worthy persons, a certain Brother writing them down A.D. 1330, 
in the month of May at Padua. He departed to the Lord A.D. 1331 
on the 13th day of January. . .'" 

Of this it is enough to say that it was written 120 years after 
Odoric's death, and that the unknown Conrad (who is no doubt the 
"one of his superiors" alluded to by Golubovich) is not made to 
vouch for the traveller's thirty-three years missionary career. 

No room for the preliminary seventeen years of this career is 
found in the "authoritative life" (as Golubovich constantly calls it) 
of the Saint of which I proceed to offer a translation, and it seems 
to me that we practically have as yet no reason to start Odoric 
on his travels before 1314, and no evidence at all of the date of 
his birth. 

The Life of Odoric is contained in the Chronicles of the General 
Ministers of the Order of Minor friars. This valuable work, which 



278 A. C. MOULE. 

was already more or less kuown through the use made of it by 
Wadding for his Annales Minorum, was printed for the first time 
from an Assisi MS (No. 329) as vol. Ill of Ajialecta Franciscana, 
Quaracchi, 1897. The editors give reason for believing that the bulk 
of the work was written before 1369, and so we may suppose that 
the Life of Odoric which comes on fol. 150 r*^ — 151 v° {AmciL 
Franc. Ill, pp. 499 — 504) was written within forty years of his 
death. It is as follows; — 

"Under this General (Gerard Odo) there flourished and died 
before the Chapter at Perpignan the most perfect man Brother 
Odoric of Friuli, who entered the Order of Minor Brothers when 
he was quite young, and from the time of his profession always 
wore hair-cloth ^) or coat of mail next his skin. He was never 
willing to be promoted to the official positions of the Order, but 
to be busy with humble ministries. He always fed sparingly, too, 
as far as possible on bread and water; and the bread was commonly 
made of a red grain which is given to donkeys for oats. Also, 
before he went beyond the sea, he was alone in a certain wood, 
with the leave of his Minister, leading the solitary life of a hermit. 
Once also while he was praying in church he saw the devil trying 
to strangle a burgher for three nights, A certain woman, the wife 
of a smith, who had a cancer on her jaw, was cured by the divine 
power alone through Brother Odoric at the prayer of her husband, 
after the sign of the cross had been impressed on her jaw with the 
greatest devotion. And with the sign of the cross he healed a girl 
who had a disease of an incurable nature in the hand. He exacted 
from her, nevertheless, a faithful promise that she would never tell 
it as long as he lived. 

"Moreover when in his piety he had crossed the sea and passed 
through many lands towards the south and east, he saw many 



1) The cilicium still shown at LJdinc is a kind of chain girdle, eingulus ferreus. 



A LIFE OF ODORIC OF PORDENONE. 279 

wonderful things which he committed io writing and so made a 
book, which is called Concerning the wonders of the world. In the 
sixteen years for which he was there (Id xvi annis quibus ibi fuit) 
he baptized twenty thousand infidels and subdued them to the 
catholic faith. 

"Once he was there in a place where the order was that no 
one should receive any Christian under his roof under pain of 
death and confiscation of his goods. He however was so seriously 
ill that for a year he could not walk on his feet. He was never- 
theless placed by a rustic under a tree which is called fasciol^ to 
lie there. And all through that year he ate nothing but the fruits 
of that tree, which continue all the year round, and drank nothing 
but the water which flowed from the foot of that tree. He sa^d 
too that he had borne this patiently without anxiety. Moreover 
once when, being very hungry, he had eaten a fruit which he had 
found in a stream, that fruit gave him so great strength that he 
travelled for nine days without needing or taking food or drink. 
And he believed that he would never have needed food or drink 
any more, if he had not eaten other things to oblige some lady. 

"Afterwards when he was going to the house of an idolater to 
convert him, and was taking the man's son with him, when he got 
up after matins the boy was so sleepy that he could not go on. 
So Brother Odoric put him up in a tree to sleep because of the 
wild beasts, and gave himself up meanwhile to prayer. And he saw 
a multitude of women dressed in green, walking along the road in 
procession and singing melodiously. And after that he saw another 
longer procession of women dressed in red, who were followed by 
others dressed in white silk, and all had wonderful crowns. And 
last he saw a lady of extreme beauty dressed in garments of cloth 
of gold, and supported by many knights. And then Brother Odoric 
was called by his own name by that lady so great, and he answered 



280 A. C. MOULE. 

in amazement: 'Lady, who are you, and how do you know me?' 
'I, says she, am the Mother of God, and go with all these to do 
honour to a woman who is soon to die, who has always served 
me in virginhood. The first procession indeed, which you saw, is 
of holy wives and widows; the second, of martyrs; the third, of those 
who have kept their virginity pure.' And so as they talked Brother 
Odoric walked with her nearly half a league. At length the blessed 
Virgin told him to go back quickly to the boy whom he would 
find crying, and then to follow her at once, because the said woman 
could not die until he had ministered the Eucharist to her. As 
the vision vanished therefore, Brother Odoric found the boy crying 
aud after that the sick woman who, when he had communicated her, 
departed this life as the Virgin had said. 

"He came also to a country, which is called Malescorte ^), 
where as well as in great Tartary God has given such grace to the 
Minor Brothers that with a word alone they drive out devils from 
bodies possessed as quickly as they would chase a dog from the house. 
And for this reason demoniacs are brought bound to the Brothers 
from a distance of ten days journey, and being set free and con- 
verted to the faith are baptized by the Brothers. And then the 
Brothers put their idols which are made of felt in the fire, and if, 
as sometimes happens, they come out of the fire by the help of the 
devil, the Brothers sprinkle the fire with holy water and put the 
devil to flight, and the idols are burnt up at ouce. Aud the evil 
spirit cries out in the air 'See how I am driven out of my house'. 
And the idolaters hearing this are converted and are baptized by 
the Brothers. 

"When he was going through a valley which is placed above 
a certain river of delight, he saw many corpses of dead men, and 



1) Cf. Cathay II, pp. 257, 260, 261, where the casting out of devils is not connected 
with this place (Millestorte, Melensorte, etc.), but only with great Tartary. 



A LIFE OF ODORIC OF PORDENONE. 281 

heard such a sound of nakers and musical instruments, that he was 
shaken by a great fear. Moreover that valley is seven or eight 
miles long, and whoever enters it never comes out, as is known in 
that land, but dies without delay. Nevertheless Brother Odoric, 
committing himself to God, went into it. So after he had found 
innumerable corpses of the dead at the entrance, as he went on 
he saw in the rock on one side a human face so terrible that he 
nearly died of fright. Commending himself however to God by 
saying continually 'The Word was made flesh', he went up to within 
about seven paces of the face, but being afraid to go nearer he 
passed on to the head of the valley. And goiug up a sand hill 
and looking about from thence, he saw nothing but a quantity of 
silver on the top of the hill gathered together like fishes' scales. 
And at first he put some of it into his bosom, but afterwards, 
having no use for it, he threw it away. He heard moreover all 
the time the sound of the said nakers and by the protection of God 
came out unhurt. And when the Saracens saw him they saluted 
him with the greatest astonishment, and said that he had so escaped 
because he was baptized and holy. They said also that the said 
dead men, were evil spirits of hell ^). 

"He came also to the wonderful palace of the most great em- 
peror who is called the great Khan, where the Minor Brothers al- 
ways have a special place at table, and the emperor receives the 
blessing from them. When however he had stayed with him for 
two years, he came back of his own wish this side of the sea, 
that he might take Brothers there to teach the people. While there- 
fore he was returning for the said reason to his own land, the 
devil appeared to him on the road in the form of a woman pilgrim. 
And when she asked him, calling him by his own name, where he 
was going, Brother Odoric said to her, 'Who and whence art thou?' 



1) Cf. Cathay II, pp. 362—266. 



282 A. C. MOULE. 

She replied 'I am the devil, come to hinder thee in thy business, 
lest thon drive us from our possessions. And know that never shalt 
thou return to these lands'. And he, all disturbed, shouted in answer 
'Go, Satan and father of lies, for I believe thee not at all'. Now 
his companion, who was behind him, wondered that he talked so 
loudly with himself, and thought that he had gone mad. And when 
he blamed him for talking so, he answered that he was not talking 
to the air, but to the devil 'who', says he, 'said so and so to me'. 

"When however he wished to go to the lord Pope for his 
blessing and to beseech him with regard to the troubles of the Order, 
when he was at Pisa he began constantly to be very ill. And when 
he was in great pain the blessed Francis appeared to him in a 
cloud which was bright inside and dark outside and said 'Brother 
Odoric, thou shalt not go to the Court, for I am going and will 
set forward the business for which thou wishest to go. But rise 
and go back to thy nest, and there shalt thou die, for this city is 
not worthy to hold thee dead.' And he had himself carried at once 
to üdine, his own country, notwithstanding his very great bodily 
weakness and the distance of the place. And when he had been 
generally confessed and the confessor wished to absolve him, he said 
'Father, I am glad for thee to absolve me, although I have no need, 
because I have been absolved from all my sins by God.' And afterwards 
on Monday about Terce (die lunae circa tertiara) he departed this life. 

"But when the Brothers wished to bury him after the OflHce at 
Vespers, the Gastald, or governor of the city, who was a great 
friend of Brother Odoric, comes and says 'Brothers, it would not 
be a good thing that such a man should be buried thus. But wait 
till the morning, and I and the whole town will do him honour.' 
And so it was done. And on the following Tuesday morning 
(sequenti vero die Martis de mane), while the Brothers were saying 
the fanerai sereice and women were coming up according to the 



A LIFE OF ODORIC OF PORDENONE. 283 

custom to kiss his feet, a certain lady [iu the service] of the sister 
(quaedam matroua sororis) of the lord Patriarch of Aquileia, who 
had had her whole arm shrunken for seven months, so that she 
could do nothiag for herself, confidently touched her own shrunken 
arm with the arm of Brother Odoric and instantly called out and 
showed that she was cured. Then everyone shouted alond and said 
'he is holy, and so must not be buried so quickly'. And then 
many sick people came and all went away cured by his merits. 

"His face was more beautiful than when he was alive, and his 
limbs were as pliant as those of a living man. But when people 
had torn ofip his cassock up to his knees, a woman who tried to 
cut off one of his fingers with scissors was suddenly paralyzed; 
and on account of this the Brothers shut up his body in a coffin 
(uchia). And on Wednesday the Reader of the Preachers preached 
about his life in the evening. And when they wanted to put him 
in another coffin (area) with three locks and then to bury him in 
a new tomb, and devout people were coming in crowds to kiss 
his feet and hands, so sweet a swell came from the coffin that all 
wondered. And the Gustos of the church of the Canons, a man 
of position, and some of the burghers wanted to prove whether 
the Brothers had put iu scent to deceive the people, and one of 
them uncovered him and, by applying his nose even between his 
legs, found the same fragrance all over the body, and even swore 
that for more than a week he perceived that scent on his hands 
which had touched the sacred corpse. 

"When he was buried and people were taking pieces of the first 
coffin (caxia, = capsa) for relics, one man, wanting to take a piece 
of the first shirt with a great sword, cut off the whole of his own 
finger. And after putting some of the said wood on the cut, he 
wrapped up his finger, hanging as it was by the skin, and so went 
to the doctor. And when the broken finger was unbound, it was 



284 A. C. MOULE. 

found so healed that scarcely a trace of the cut could be seen. 
And the doctor was annoyed thinking that he had been hoaxed, 
until the man, lost in astonishment, stoutly declared that the cut 
had really been made and that he had been healed by Brother Odoric. 
"On the following sixth-day (Friday) the lord Patriarch of Aquileia 
came from one of his castles to visit the sacred corpse. And when 
the doctors said that they doubted whether he had really been dead 
before he was buried, since his limbs were supple and his face fair 
and of a good colour and his body sweet, the lord Patriarch caused 
him to be publicly taken from the grave so as to remove this 
mistake. And when the Governor of the city and the Consuls and 
the Warden, who for safer custody were keeping the three keys 
where the sacred corpse was, met, the coflSn was unlocked, and 
the sacred body taken from the cofiBn and reverently placed on an 
altar. And the lord Patriarch seeing his limbs still supple and pliant 
as those of a living man, and perceiving the greatest sweetness 
with his nose, could not refrain from tears. And putting a ring 
on his finger, he knelt down and worshipped him as a Saint; 
and after him his whole retinue did the same. His face moreover 
was fair and fresh as if he were alive. And when the Abbess of 
Aquileia, whose convent was at a distance of six leagues, came to 
the place, the Governor, Consuls, and Warden aforesaid, who held 
the keys of the said coflBn, came, and the sacred corpse was placed 
on an altar again with lighted candles, at her request, because she 
was very noble. And while the Sisters two and two were coming 
devoutly to kiss his feet, a stone from the building fell on Brother 
Odoric's leg, making a bruise and wodnd from which blood flowed. 
And the governor of the city wiped up the blood with his silk-lined 
hood ^) and kept it as a relic. 



1) Caputio folraio de serico. The printed text has caputio foderato de terico, 'a fur- 
lined hood uf silk'. 



A LIFE OF ODORIC OF PORDENONE. 285 

"Brother Michael of Venice, who had fistulas of an incurable 
kind in his throat, and the throat itself pierced, for quite seven 
years, heard in the lands beyond the sea of the miracles of Brother 
Odoric, and devoted himself to the same holy man. And the said 
(sic) Brother James sent him a letter to this effect: 'Brother Odoric, 
most loved companion, for the mutual love, friendship, and fellowship 
which we had together amongst the unbelievers, and by the merit 
of thy holiness, I beg, pray, and beseech thee to heal our friend 
and faithful representative from every desease.' ^) When indeed the 
said Brother Michael came to his tomb on the vigil of Pentecost 
after Matins, and had read the aforesaid letter on his knees in 
the presence of two Brothers, and had put a piece of the holy man's 
coat on the wound with faith, he found himself after prayer so 
perfectly healed, that he preached to the people the same day and 
showed them the place of the wound and published the miracle. 

"On the next day a woman was brought from Padua in a 
carriage, who had broken the spine of her back in hard labour 
and had become so doubled and bent towards the ground that she 
could not raise her head more than three palms, though, nevertheless, 
she was [naturally] tall [cum tarnen esset longa), and had walked with 
a stick doubled up like this for ten years. But when she stayed there 
by the tomb, on the third day she was restored to her former health, 
walking in the sight of all perfectly upright without a stick. 

"With many other miracles did the Lord make his Saint wonder- 
ful, to whom is honour and glory for ever." 

To this Life, which after all does not tell us much that is new, 
we add versions of extracts from other works. 

"At Udine lies holy Brother Odoric who from zeal for the faith 
went to the lands of the unbelievers and made much fruit in the 
conversion of the nations, and visited the greater part of the lands 



1) James, one of Odoric's travelling companious, seems to have been an Irishman. 



286 A. C. MOULE. 

of the unbelievers in person. And though he was very well informed 
about the circumstances, dwellings, and manners of the aforesaid 
peoples and could speak with truth, yet he desired to have a three- 
fold command to write the marvels of the aforesaid peoples; and so, 
bound by obedience, he published a short work about the marvels 
of the unbelievers. Coming back at last to his native province of 
St Anthony he slept in the Lord at Udine, and his death was 
glorious in the sight of the Lord. After death this saint did and 
still does many signs, on account of which he was canonized in 
the patriarchate of Aquileia. This Brother Odoric raised from the 
dead, at the prayer of his sister, a certain Minor Brother who had 
lain six days in the tomb. And Brother Henry the Minister General 
saw him raised up, as Master Matthew Bartoli said." ^) 

And again: "The Custodia of Friuli has a station at udine, 
in which lies buried Brother Odoric, canonized for his virtues in 
the patriarchate of Aquileia, who visited almost the whole world 
preaching and teaching." ^) 

Next we translate an interesting passage from the Chronicle ol 
John of Viktring, which is quoted in full by Cordier (p. vii), but 
is little known to English readers, as it is barely mentioned by Yule. 
John's Chronicle extends from 1211 to 1343, and is therefore the 
work of a contemporary of Odoric, and although this passage does 
not come in what seems to be the original form of the Chronicle, 
the extended form in which this and other additions are found is 
only carried to the year 1347, so that we may well think that 



1) Or, according to the Âssisi codex, 'as be himself told me Master Bartholomew by 
word of mouth'. Bartholomew of Pisa, De Conformilate, in Analecta Franc. IV, p. 274. 
Bartholomew of Pisa (i. e. Bartholoinaeus de Rinonico de Pisis) is not to be confused, as 
Yale and others confuse him, with his earlier contemporary Bartholomaeas domini Âlbisi, 
also of Pisa, who died c. 1360; whereas the author of the Be Conformitate is first heard 
of in 1352 and is said to hare died in 1401, having finished the book about 1390. 

2) Ibid. p. 525. 



A LIFE OF ODORIC OF PORDENONE. 287 

the notice of Odoric is written by a contemporary. This extended 
Chronicle was printed from a 15th century MS, under the title of 
'Anonymi Leobiensis Chronicon' by Hier. Pez in Scriptores Rerum 
Austriacarum, vol. I, 1743, where this passage will be found in 
col. 919,20. Cordier quotes it, and it is here translated, from the 
text printed by J. P. Boehmer in Fontes Rerum Germajacarum, 
vol. I, 1843, p. 391. Boehmer, whose text differs a little from 
that of Pez, presumably copied the additions (which he prints in 
footnotes) from the same Kloster-Neuburg MS. It is then as 
follows : 

"At this time [i. e. in the days of Pagano, Patriarch of Aquileia] 
a Brother of the Order of Minors, named Ulric, of the descendants 
of those whom King Ottakar had once placed at Pordenone as a 
guard, who had gone into exile for a long time for the propagation 
of the faith in the lands beyond the sea, came home and told 
wonderful stories. Amongst the rest, when some of his companions 
had been burned by the Saracens, he himself, coming to collect 
their bones, is caught and thrown into the fire, but came out un- 
hurt. And when the gentiles were praising him because of this, 
he says that the Lord had shown this miracle not for hia merits, 
but for the virtue of the bones of the saints. He related besides 
that he had seen in a monastery a man, who was keeper of animals 
of different kinds, sheep, goats, monkeys, dogs, and such like, which 
at a fixed time he drove up to feed, and placed before them rem- 
nants of food ; and said that they were (human) souls, but had 
lived like these animals, and so were changed into their likeness. 
And when he could make no progress against this belief, although 
he argued in the catholic way, he shook off the dust from his feet 
and went away, leaving the error in minds hardened by the wiles 
of the devil. He died at üdine in Friuli, famous for many miracles. 
The people had run in crowds to his tomb." 



288 A. C. MOULE. 

Lastly we give the brief notice of Odoric, derived probably in 
part from the Chronica Generalium, which Marianus of Florence 
inserted in his Compendium Chi'onicarum 0. F. il/., c. 1525, which 
was first printed in Archivum Franciscanum Historicum, 1908 — 11, 
and issued separately in 1911. It is as follows: 

"Brother Odoric of Friuli, a most holy man and bright with 
miracles, fell asleep in the Lord on the 14th January A.D. 1331. 
And the Patriarch of Aquileia inscribed him on the roll of Saints 
in his own patriarchate. In the sixteen years for which he stayed 
in the lands of the south and east he saw many wonderful things, 
and baptized twenty thousand unbelievers and subdued them to the 
catholic faith. And coming back thence to Italy, he wrote by 
command a book called Concerning the wonders of the WorldJ*^ ^) 

We have said above that no date in Odoric's career is certain, 
except the date of his death. Two modifications of this statement 
should be made. First, it is not open to doubt that his book was 
dictated and written at Padua in May, 1330. Secondly, there is 
more divergence than Yule, Cordier, or Golubovich would lead one 
to suppose with regard to the date of his death. Yule {Cathay II, 
p. 13) says "he died on the 14th January, 1331" and adds in a 
note: "This is the date given by the postscripts to Odoric's narrative, 
and all the subsequent accounts." In the postscripts which he him- 
self prints in Latin (pp. 276, 336) and English (p. 275) it is 
"pridie idus Januarii" or the 12th January! Cordier (p. xxxi) and 
Golubovich (p. 22) accept the 14th January, 1331, without remark. 

From the little extracts from the MSS which are given in the 
Yule-Cordier Bibliography [Cathay II, pp. 39 — 74), with some help 
from other pages, it is possible to discover the date given in the 
postscript in seventeen cases, with the following result. 

One MS (14; 14th cent.) has 4 Jan., 1330; two MSS (16, 17; 



1) Compendium etc., Quaracchi, 191], p. 71. 



A LIFE OF ODORIC OF PORDENONE. 289 

? and 15th cent.) have 14 Jan., 1330; three (13; 14th cent., 
47; 14th cent,, and another (p. 276)) have 12 Jan., 1331; two 
MSS (33, 40; 14th cent.) supported by the 15th cent, notice quoted 
above, have 13 Jan., 1331. All the above are Latin. The date 
14 Jan., 1331, is given in four Latin MSS (2, 5, 18, 61) of 
the 14th cent, and one (37) of the 17th cent, and in one Italian 
MS (58) of the 14th cent, and two (66, 67) of the 15th or 16th 
centuries. And finally one French MS (69) of the 15th century 
gives 14 Jan., 1332. None of these postscripts seem to name the 
day of the week or the hour; and Wadding's Monday is no doubt 
derived from the Life which is translated above. In 1331, the 14th 
January fell on Monday, a fact which of course tends to confirm 
the accepted date. Whether the variation which exists between the 
third and ninth hour can be in any way due to the correspondence 
of the "third hour" with "9 o'clock" I do not know. 

Such is the meagre story of our traveller. From boyish asceticism 
and the life of a hermit in the greenwood he turned about the year 
1314 or 1315, with one of those sharp changes which sometimes 
bisect a human life, to spend the rest of his time wandering through 
the busiest and most crowded haunts of men. Yule is perhaps too 
quick to deny him the spirit and intention of a missionary. His 
book asserts that he went out to win souls, and came back to 
collect a party of fifty missionary recruits for Cathay. In his first 
seven years spent in Armenia and Persia among members of his 
own Order who were so busy with daily baptisms and confirmations 
that they had no time for meals until the stars came out, he 
probably helped in the work, and several of his later stories allude 
to preaching or to baptism. He seems to have reached Thana near 
Bombay in 1321 or 1322 and has left us one of the most detailed 
stories of the martyrdom there, on their way to China, of four of 
his Brothers. An old document, the existence and nature of which 



290 A. C. MOULE. A LIFE OF ODORIC OP PORDENONE. 

have not been verified, asserts that he visited Lin-ch'ing in Shantung 
and founded a Church there in 1326, on his way to or from his 
two or three years stay at Peking ^). And he was home again in 
Padua in May, 1330. It is not doubted that he saw most of the 
places he describes; but the sources of his information are perhaps 
less certain. He has some stock travellers' tales like the Old Man 
of the Mountains. In his notice of Causai (Hang-chou in China) 
it can almost be demonstrated that he merely repeats the words 
of his hosts and guides. Some of his sentences are actual trans- 
lations from contemporary guide books, still extant, which no doubt 
contain the sort of stories which would be told to visitors. 
Conspicuous is the story of the feeding of the beasts which had 
human faces and souls. It is in the Chinese books and it is still 
recorded on the rocks; but it was the performance of the "Ape's 
Father", a particular monk who died eight centuries before Odoric 
was born. Odoric describes the place, which he quite probably visited, 
and the way there by water quite correctly, but I doubt if he saw 
the show. Marignolli, twenty years later, declares that he experimented 
on the beasts with a cross, but still I have my doubts. The Chinese 
books, not one but many of them, are resolutely sure that the 
performance took place once and long ago ^). But this sort of 
question only adds to the interest of the narrative. 

Born in the quiet country of Friuli, the traveller returned at 
last from the ends of the earth to die there in peace. 



1) Le Miitioni Francescane in Palestina etc. vol. II, fasc. VIII, 31 Agosto, 1892, 
pp. 475 — 4SI. The document is said to be in tlie archives of the Franciscan Mission at 
Chi-nan. I owe this reference to Monsieur Pelliot. 

2) The curions version of the story given by John of Viktring (p. 287 above) suggests 
that Odoric may bave seen sheep and goats driven up to feed, and at the same time heard 
the story of the apes, and perhaps unconsciously blended the two into one tale of his own 
experience. 



BULLETIN CRITIQUE. 



*o - ^XSX a — «♦-- 



Public Debts in China. By Fbng-hua Huang, Ph. D. 
New York, Columbia University, 1919, in-8, pp. 105. 

Cet ouvrage qui est le No. 2 du Vol. 85 des Studies in History, 
Economies and Public Law publiées par la Faculté des Sciences 
politiques de Columbia University passe en revue dans sept chapitres 
les difiFérents emprunts contractés par la Chiue: I. Emprunts do- 
mestiques; II. Indemnités et Emprunts de guerre; III. Emprunts 
de chemin de fer; IV — V. Emprunts généraux; VI. Emprunts pro- 
vinciaux, domestiques et étrangers; VII. Conclusions et suggestions. 
Dans des appendices, des tableaux récapitulent ces emprunts. Il eut 
été préférable, je crois, de donner une liste chronologique de ces 
emprunts dont le premier, dont il ne parait pas être question, est 
celui de décembre 1874 au capital nominal de 2.000.000 de taels 
à 8 °/o d'intérêt annuel, garanti par les Douanes maritimes, rem- 
boursable en dix ans. Je ne parle pas des petites sommes prêtées 
en 1865-1866. H. C. 

T/ie Foreign Trade of China. By Chong Su-see, Ph. D. 
Published under the auspices of the China Society 
of America. New York, Columbia University, 1919, 
in-8, pp. 451. 

C'est le No. 199, Vol. 87 des Studies de Columbia University. 
L'ouvrage est divisé en deux parties; les Relations commerciales 



292 BULLETIN CRITIQUE. 

avant 1861; les Relations commerciales depuis 1861, suivies d'ap- 
pendices renfermant d'utiles statistiques et se terminant par un 
index alphabétique. 

L'ouvrage est écrit surtout d'après des sources anglaises, ce qui 
est assez naturel puisque le commerce anglais est le plus important 
de Chine, mais l'auteur aurait pu glaner dans d'autres livres des 
renseignements utiles. J'ai consacré de longs travaux aux Marchands 
hamsfes et au Consulat de France à Canton que M.- Chong ne paraît 
pas avoir connus; il aurait puisé aussi des notes nombreuses dans 
Cathay and the Way thither^ seconde édition, qu'il a consultée trop 
sommairement. 11 ne paraît pas connaître le Commerce du Levant 
de W. Heyd. C'est moi et non M. Albert Maybon (p. 212) qui 
ai baptisé les «Cent jours» la période des réformes de Kouang-siu. 
J'aurais désiré aussi plus de sources purement chinoises. Néanmoins, 
tel qu'il est, ce livre est intéressant et témoigne d'un travail 
consciencieux. Beaucoup des titres des ouvrages de la bibliographie 
ont été cités de seconde main: Breden pour Bredon (p. 410); 
Grossier pour Grosier (p. 412). H. C. 

Modem China A Political Study by Sih-Güng Cheng, M. A., 
.... Oxford, at the Clarendon Press, 1919, in-8, 
pp. VII- 380. 

L'intérêt de ce petit volume est de nous présenter au point de 
vue chinois les problèmes que soulève la situation compliquée 
de l'heure actuelle. La partie qui sollicitera plus particulièrement 
l'attention du lecteur est celle qui traite des Nouveaux Problèmes 
depuis la guerre et spécialement de l'affaire de Kiao Tcheou. 
A la fia du livre ou trouvera un certain nombre de documents 
officiels des dernières années. L'auteur a raison (pp. 305 seq.) de 
marquer le réveil du patriotisme chinois dans les dernières années 
et il rend justice au désintéressement des Etats-Unis, de la Grande 



BULLETIN CRITIQUE. 293 

Bretagne et de la France. Il n'a pas tort de manquer de confiance 
à l'égard du Japon. H. C. 

The Tsokiang ; or Water Transport Conditions between 
Tonkin, Lungchow, and Nanning. Shanghai, Maritime 
Customs, 1920, in-4, pp. 23, carte. 

Le Tso Kiang ^ J^X O" Rivière de Gauche est formé du 
Soung ki kiang ;^ "^ ^Xi appelé aussi Soung ki koung et rivière 
de Lang So'n et de la rivière de Kao P'ing ^ ^ ^pj , appelé par 
les Annamites Soung Bang Giang, qui descend de Caobang; au 
confluent des deux rivières est bâti Loung Tcheou ^|| j^ . Le 
Soung ki kiang nait près de la frontière du Tong King et du 
Kouang Tüuug, près du poste de Baxa; la rivière de Caobang ou 
en chinois Mumaho (Muma, nom chinois de Caobang) d^ j^ ^p]', 
prend naissance au Yun Nan et pénètre au Tong King près de 
Bingmang et rentre en Chine à Chouei k'eou (Shui k'ou ;^ P ) 
pour descendre à Loung Tcheou. 

Le Tso Kiang se termine à San kiang k'eou, ^ )^ P , 30 
railles au-dessus de Nan Ning, après sa jonction avec le Yeou Kiang 
^ J^X ou rivière de droite; sa longueur de Loung Tcheou à San 
Kiang K'eou est de 183 milles; la distance par eau entre Loung 
Tcheou et Nan Ning est de 213 milles. Le principal affluent du 
Tso Kiang est le Ning Ming Ho ^ B^ ifpj* ou Ming Kiang ÇÇ Ü1 î 
les deux autres affluents sont le flei chouei ho ^ y^ jp^ à gauche 
et le Houa Ho 1^ J^pJ" à droite. 

Cette étude qui forme le No. 33 de la «Special Series» des 
publications des Douanes maritimes est due à M, Pierre Boüinais, 
Acting Commissioner à Loung Tcheou. H. C. 



294 BULLETIN CRITIQUE. 

Louis FiNOT, La Marche à la Lumière (Bodkicaryävalära) 
[Les classiques de l'Orient], Paris, Bossard, 1920, ia-8°, 
166 pages + 1 f. n. eh., ill., 28 fr. 

La collection des Classiques de V Orient, entreprise par l'éditeur 
Bossard sous le patronage de l'Association française des Amis de 
l'Orient et sous la direction de M. Victor Goloubew, a pour but de 
mettre entre les mains du public lettré des traductions fidèles, mais 
facilement lisibles, d'œuvres caractéristiques de l'Orient. Elle a dé- 
buté par un épisode fameux du Rämäyana, La légende de Nala et 
Damayanti , traduite par M. S. Levi, et doit successivement donner 
des No traduits par M. N. Péri, Trois drames tibétains traduits par 
M. Bacot, Les Questions du roi Ménandre traduites par M. Pinot ; 
l'intérêt des œuvres et les noms des traducteurs fout bien augurer 
de l'avenir de l'entreprise. 

Le Bodhicaryävatära de Çântideva, qui est sans doute du milieu 
du VIP siècle, méritait de figurer dans cette série. Dès la première 
publication du texte sanscrit par Miuayev en 1890, M. Barth, avec 
son jugement si sûr des choses de l'Inde, avait proclamé que c'était 
là «une très belle œuvre, une sorte de pendant bouddhique de 
V Imitation*. Depuis lors on a eu une traduction française de 
M. de La Vallée Poussin et une traduction anglaise abrégée de 
M. Barnktt. La nouvelle version française de M. Finot, d'une 
élégante sobriété et enrichie des gravures sur bois de Mlle H. Tirman, 
rencontrera certainement le meilleur accueil. 

Ce poème, qui n'a pas 1000 vers, a d'ailleurs joui dans le 
monde bouddhique d'une grande popularité, qui lui a valu d'exister 
en plusieurs recensions. Bien que nous ue possédions que l'une 
d'elles en sanscrit, et que la traduction tibétaine, qu'on place dans 
la première moitié du XI® siècle, réponde au texte sanscrit que 
nous avous, la version chinoise de circa 1000 A.D. n'est qu'en 8 



BULLETIN CRITIQUE. 295 

sections au lieu de 10, et l'ordre et le contenu des sections sont 
sensiblement différents ^). En fait, l'historien tibétain du bouddhisme, 
Târanâtha, parle de trois recensions du Bodhicaryävatära. une seule 
est incorporée au Tanjur, mais elle y est accompagnée de 12 com- 
mentaires, tous traduits du sanscrit en tibétain ^). Les Tibétains 
firent même connaître le Bodhicaryävatära aux Mongols, et la version 
mongole, qui date peut-être du début du XIV® siècle, a dû encore 
être revue par des lamas de Pékin au XVIII® siècle ^). 

P. Pblliot. 

La Chine à travers les Ages hommes et choses — Précis — 
Index biographique — Index bibliographique. 1920, in-8, 
pp. 547. [Imprimerie de Hien Hien]. 

Ce livre termine la série des grands ouvrages désirés par les 
T. R. P. L. Martin et F. X. Wernz, Généraux de la Compagnie 
de Jésus, et demandés au P. L. Wieger par le P. Emile Becker, 
Supérieur de la Mission du Tche Li S.E., mort le 28 avril 1918, 
auquel l'ouvrage est dédié. 

La Préface nous indique le but de l'ouvrage. Il résume et com- 
plète, dit le P. Wieger, mon Histoire politique de la Chine (Textes 
historiques), et mon Histoire des Croyances religieuses et des 
Opinions philosophiques en Chine. . . Il se compose de trois parties: 
Un précis. Un index biographique. Un index bibliographique. 



1) M. S. Levi a donné quelques indications à ce sujet dans B.E.F.E.-O., II, 253 — 55. 
Il y a en outre entre le chinois et le sanscrit des différences de détail qui semblent indiquer 
parfois des variantes de texte. 

2) Cf. P. Cordier, Catal. du fonds tibétain, III, pp. 306—310, 498, 526. M. Finot 
dit que la traduction tibétaine est de la première moitié du Xl° siècle; c'est possible, mais 
le passage de Bendall anqucl il renvoie n'en dit rien. 

3) Cf. B. Laufer, Skizze der mongolischen Literatur (dans Keleti Szemle, t. VIII), 
p. 217. En outre, s'il y a eu une traduction mongole complète du 71()!«;W, comme je le crois 
(cf. à ce sujet J. A., 1914, II, 112 — 113), tons les commentaires du Bodhicaryävatära 
déjà traduits du sanscrit en tibétain ont dû être alors retraduits du tibétain en mongol. 



296 BULLETIN CRITIQUE. 

«Le Précis expose succinctement la suite des événements arrivés 
en Ciiine au cours des âges, depuis le commencement de son histoire 
jusqu'en 1911, mettant le lecteur à même de situer dans leur cadre 
les hommes et les choses. 

«L'Index biographique contient plus de quatre mille notices. 

«L'Index bibliographique contient un millier de fiches». 

C'est comme on le voit, tout en complétant les ouvrages du 
P. Wieger, un immense répertoire qu'on peut consulter isolément. 
L'index biographique, noms en transcription avec les caractères chinois, 
me parait particulièrement précieux. L'index bibliographique sera un 
supplément aux Notes on Chinese Literature de Wylee. 

Nous félicitons le P. Wieger sur l'achèvement de la tâche qu'il 
s'était imposée, mais nous comptons bien qu'il se remettra au travail 
après un repos bien gagné. H. C. 



BIBLIOGRAPHIE. 



LIVRES NOUVEAUX. 

S. E. ^ j^ ^ Siu Che-tch'ang, Président de la République 
chinoise, vient de publier un ouvrage ^ |^ ^ -^ ^ H Ngeon 
tchan heou tche tchong kouo («La Chine après la guerre européenne»), 
1920, in-8, imprimé au pj^ ^ ^ M Tchong-houa-chou-kiu, 2 + 4 
-f- 138 pages, 

A la librairie Bossard et sous le patronage de l'Association 
française des Amis de l'Orient, a paru un opuscule Art et analomie 
hindous^ par Abanindra Nath Tagore, 1921, 55 pages in-16, illustré, 
traduit de l'anglais par M"® Andrée Karpelés, avec préface de Victor 
Goloubew. C'est une étude sur les règles qui président dans l'art 
hindou à la représentation du corps humain. 

Nous avons reçu des Douanes Maritimes Chinoises: Retrirm 
of Trade and Trade Reports, 1919. — Part II. — Fort Trade 
Statistics and Reports. — Vol. II. — Yangtze Ports (Chungking to 
Chinkiang). — Vol. III. — Central Ports (Shanghaï to Wenchow). 
— Vol. IV. — Southern Coast Ports (Santuao to Pakhoi). — Vol. V. — 
Frontier Forts (Lungchow to Tengyueh). 

La Direction générale des Postes chinoises nous a remis 
son premier Rapport sur les Opérations de la Caisse d"" Epargne 
postale pour Vannée 1919. 



298 BIBLIOGRAPHIE. 

Deux fascicules ont paru de la Collection Paul Mallon; le 
premier par M. Gabriel Migeon; le second par MM. Gabriel Migeon, 
Alexandre Moret et Maurice Pezard; les planches sont d'une 
exécution remarquable. i 

Nous ne faisons que signaler aujourd'hui chez Paul Gkuthner — 
nous y reviendrons plus tard — l'apparition de quatre fascicules des 
planches que M. Paul Pklliot a consacrées à la description des 
fameuses grottes de Touen Houang. 



NECROLOGIE. 



JULES HARMAND. 

François Jules H arm and qui vient de mourir (janvier 1921) chez sa fille 
à Poitiers, et était né à Saumur le 23 octobre 1845, avait commencé sa carrière 
comme médecin militaire; élève du service de santé militaire, 29 oct. 1863; 
aide-médecin, 20 oct. 1866, médecin auxiliaire de seconde classe, 3 août 1870, 
il fut un des compagnons de Francis Garnier lors de la mémorable conquête 
du Delta du Tong King en 1873. Médecin de 2' classe, 4 nov. 1874, il fut 
chargé d'une mission scientifique en Indochine, 1875 — 1877 •). Conservateur- 
adjoint de l'Exposition des Colonies, il fut nommé consul de seconde classe à 
Bangkok, le 7 octob e 1881. A la suite de la mort du Commandant Rivière 
le 19 mai 18S3, Harmand fut nommé Commissaire général du Gouvernement 
au Tong King, le 7 juin 1883, après la prise des forts de Thuan-an, il imposa 
au Gouvernement annamite le traité signé à Hué le 25 août 1883 qui recon- 
naissait notre protectorat. Nommé Consul général, 4 août 1884; à Calcutta, 
20 juin 4885; ministre plénipotentiaire de 2° cla.sse, hors cadres, chargé du 
Consulat général, 31 déc. 1887; gérant de la légation de Santiago, 26 juillet 
1890 — 26 déc. 1890, il fut enfin nommé envoyé extraordinaire et ministre 
plénipotentiaire à Tokyo, le 19 avril -1894. Il était en fonctions lors de la 
guerre entre la Chine et le Japon, et il eut à conduire avec ses collègues 
d'Allemagne et de Russie les négociations qui amenèrent la restitution du Leao 
Tonng à la Chine. Il a pris sa retraite en 1906, comme ambassadeur honoraire. 
Le D' Harmand a été inhumé à Versailles le 19 janvier 1921. En même temps 
qu'un savant distingué, il a été un des plus remarquables agents de la Finance 
dans l'Extrême-Orient. H. C. 



1) Les cinq voyages du Docteur Harmand en Indo-Chine 1875 — 1877. Par E. Génin. 
(Bul. Soc. Géog. du VEst, II, 1880, pp. 272—281). 



CHRONIQUE. 



^ I 



FRANCE. 

M. Henri Maspero a ouvert le mardi 26 janvier 1921 au Collège de France 
le cours de langue chinoise en faisant l'éloge de son regretté prédécesseur 
Edouard Chavannes. Le niardi matin, il traitera des Eléments de la formation 
primitive de la Chine; le vendredi matin il (eva une Etude critique de quelques 
textes historiques de V époque des Tcheou. 

Dans sa séance du vendredi 28 janvier 1921, l'Académie des Inscriptions 
et Belles-Lettres a décerné le prix Stanislas Julien à la traduction par Raphaël 
Petrucci de l'Encyclopédie de la Peinture Kia-tseu-yuan Houa Tchouan. 



A SMALL CONTRIBUTION TO THE STUDY 
OF THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIG 

BY 

A. C. MOULE. 

..qps.. 

Through the great kindness of the respective Librarians, Sir 
GeofiFrey Butler and the Reverend G. A. Schneide«, I have lately 
been able to look at the manuscripts of Odoric which are kept in 
the libraries of Corpus Christi College and Gonville and Caius 
College at Cambridge. In the Yule-Cordier bibliography in Cathay 
and the Way thither^ vol. II, 1913, the C.C.C. manuscripts are 
numbered 1. and 2., their library marks being 275 and 407 
respectively; and the Caius College manuscript is numbered 3., 
and has the marks 83 : 162. All three are mentioned by Cordier 
in his great French edition {Les Voyages en Asie etc., 1891); and 
two of them by Golubovioh in Archivum Franciscanum Hist., X, 
p. 25 ; and by earlier editors of Odoric ^). 



1) Cf. G. Venni, Elo^io siorico Sec., 1761, p. 40: "Due altri rsemplari . . . cmtoditi 
in Cambridge in Inghilterra nel Collegio di San Benedetto, e nella Libreria del Barone 
Lumley" and Domenichelli, Sopra la via &c., 1881,p. 362 : "7. Cambridge — Bibliotcca del 
Collegio del Corpus Christi... Man. num. 407... Porta la data dell' anno 1448 [!]... 
8. Cambridge — Collegio Gonville e Caius. Numero 162." 

Cordier, for some reason, has not repeated in Cathay Ihe more detailed information 
about the date of the C.C.C. MS. 407 which he gave, on the authority of H. Bradshaw 
and S S. Lewis, în 1891. 

21 



302 A. C. MOULE. 

I. No. 407 is described in Cathay IT, p. 40 as "end of xivth 
cent." This date, derived I think from Nasmith's Catalogue ^), is 
repeated by Cordier and Golubovich, while Bkazley says it is "of 
the earliest XVth century" ^). The well known modern catalogue 
by M. R. James, now Provost of Eton, omits "end of", and remarks 
that the book formerly belonged to Simon, Prior of Norwich, 
1344—1352. This is the case. At the top of the first page is 
clearly written, liber fratris symonis Prioris Norwicensis. or A hook 
of hrotJier Symoi), Prior of Norwich. Not only so, but the volume 
appears in a contemporary list of Symon's books: Libri fratris 
Symonis Bozouu [26.] Liber itinerariorum precij -xl-^. ^) 



]) J. Nasmith, Cat. Lier. Man. quos C.C.C. et B.M.V. in Ac. Cantab, kgavit etc. 
n??. I'P- 384, 885: CCCCVII. Codex membranaceus in 8'°, exeunte seculo xiv icripius, 
in quo continentur, 1. Kinerarium fratrum Symonis Seraeonis et Hugonis illnminatoris, 
ordiois fratrum niinorum professoriim ad tcrram sanctam A.D. 1822. 2. [William of Ilu- 
bruquis.] 3. Itinerarium fratris Odorici ordinis fratrum rainorom de mirabilibus orientalium 

Tartarorum The earlier Catalogue by Stanley gives no date or description, but may 

be quoted: Cat. Lib. Man. in Bib. Coll. C. C. in Cantab., 1722, p. 21: 6. VI. 1. Iter 
Fratris Symonis Prioris Norwic. ab Hibernia per Angliam, Franciam, Italiaro, JEgypturo, 
Babylonian!, ïerram Sanctam, &c. 2. [William of Kubruquis.] 3. Itinerarium Fr. Orderici 
Ordinis Minornm, de mirabilibus orientalium Tartarorum. lile obiil an. 1331. This vo- 
lume is No. 72 in T. James Ecloga Oxonio-Cantab., 16C0, p. 76, and No. 1349.72. in 
Cat. Lib. MSS. Ângliœ, 1697. p. 134. 

For Symon Scmeonis, a different man from Symon, Prior of Norwich, with whom 
Stanley confuses him, see Golubovich, Itinerarium Fratrum Simonis etc., Florence, 1918. 

2) C. R. Beazley, John de Piano Carpini etc., 1903, p. xviii: "no. 407 in the Corpus 
collection. It is of the earliest XVth century, is written in a small, close, and diflicult 
late-mediœval hand, abounding in abbreviations." The writing of the first three pieces in 
the volnme is in one hand and of nearly the same date. Mr Beazley's experience of 
meditcval MSS. must have been fortunate, if he calls this writing difficult. 

3) Giraldus Cambrensis (Rolls ed.) vol. V, Pref. p. ixxix. Referring to the British 
Museum Royal MS. 14 (>. ziii, the editor writes: "On the top margin of f. 14, before 
the begiuning of the Polychronicon, is a note stating that this volume belonged to Simcn 
Bozoun, prior of Norwich; and on the opposite page, f. 13^, is a catalogue of his library, 

consisting of thirty-one volumes, with their prices affixed Accordingly this volnme 

must have been written somewhere between 1327, when the Poly cIiro7ii con ends, and 1352, 
when Simon Bozoun ceesed to be prior. Had its date not have been thus certainly fixed, 
I should have placed it as a manuscript of tome lifiy years later date." This last sentence 
is interesting in connexion with the later date which has been ascribed to No. 407. 



THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIC. 303 

Dugdalk's Monasticon, vol. IV, 1823, p. 7, has this entry: "Simon 
BozouN, or BoHON, was confirmed prior Aug. 25th, 1344, and in- 
stalled Aug. 27th. He resigned in April, 1352." The book belonged 
therefore to a Prior of Norwich before April, 1352, and takes its 
place among the early MSS. of Odoric, written probably within 
twenty years of the author's death. 

At the end of the notice of Odoric in this No. 407, M. R. James' 
Catalogue says "Printed Acta SS. 1 Jan., p. 986." This might be 
misleading. The text of 407 is quite unlike that in the Acta Sanctorum 
(Ist ed., Jan. I., (14 Jan.) pp. 9806-992; new ed., Jan. II., (14 
Jan.) pp. 268/; — 274X as will be seen by the following example, 
the date of Odoric's death. No. 407, fol. 90 v», 91 r» has: Anno 

igitur (?) domini m^. CCC™°. xxxj^ Cumque esset in Counentu 

accepta comraunione ipsoque ad dominum disponente eciam 

corpore existens incolumis; in domino requieuit Anno domini 

m*'. ccc™°. xxxj^. xiiij. die meusis Januarij obiit in xpisto beatus 
Odoricus ordinis fratrum minorura. The Acta SS., p. 992, has: 
anno Dominicae Incarnatiouis MCCCXXXI postridie Idus lanuarij 
de huius mundi naufragio transiit in gloriam Beatorum. And it 
seems to be worth while to draw attention to this, as in the case 
of another MS. a similar remark seems actually to have led editors 
astray. In the Bibliography in Cathay II, p. 53, is a Latin MS. 
numbered "39—39-5— Saint-Omer, Library, No. 737." of which 
CoRDiER writes "This itinerary of Odoric has been published by the 
Bollandists. v. Acta Sanctorum, Januar., t. I, p. 986, col. 2." In 
his French edition Cobdier says the same, in the form of a quotation 
from Cat. des Ms. des Bib. des Dép. Golubovich {op. cit., pp. 28, 33) 



Which of the Prior's 31 books was the volume in which the list occurs is not stated, 
but I know no reason to doubt the Provost of Eton's identification of Liber itinvrariorum 
with No. 407 rather than with the Museum MS. No. 407 has also on fol. I r° the 
marks S. xxiij. (? 15th century) and G. 6. (? 18th century). For a further account of 
lloyal MS. 14 C. liii. and its relation to No. 407, see pp. 309—311 below. 



304 A. C. MOULE. 

repeats the same in Italian (E questo il codice di cui si servirouo 
i BoLLANOiSTi), copying probably from Cordier, and also classifies 
the Saint-Omer MS. as containing the recension of Henry of Glatz, 
while both the C.C.C. MSS. (275 and 407) are said to have the 
William of Solagna text. The Acfa SS. has in fact the text ol 
Henry of Glatz. But, strangely enough, the beginning and end 
of the Saint-Omer MS. ^) are not only verbally but almost literally 
identical with the beginning and end of 407, and quite unlike the 
beginning and end of the text in Ada Sanctorum. How is it that 
each of these two MSS. in turn has been said to be the original 
of the Bollandist text? Most probably the a43thor of the Catalogue 
of the Saint-Omer MSS. in 1861, and the Provost of Eton more 
recently, meant nothing more than that Odoric would be found 
printed in the Ada SS., without intending it to be understood that 
the particular MSS. with which they were respectively dealing had 
been reproduced there ^). 

We may conclude then with regard to the Corpus Christi College 
MS. 407 (1) that it was written between January, 1331, and April, 
1352, and (2) that it is not printed in the Acta Sanctorum. It is, 
as will bo seen later, a good example of the text printed by Hakluyt. 
And it seems also to be open to question, until more evidence is 
available, whether the Saint-Omer MS. 737 really contains tho text 
of Henry of Glatz, or is printed in the Acta Sanctorum. 

1) Cai. gén. des MSS. des Bib. publ. des Dép , III, 1861, pp. 328, 329: "737. In- 
folio sur papier. — Incipit Itinerariam fratris Oderici, ordinis fratriiin Minoram, de 
Mirabilibus orienlalium Tartarorum. "Licet multa et varia de ritibus et conditionibus, 
etc." — Desinit: "Innumerabilia et mihi difficilia ad scribendum." — XV'= SIÈCLE. 
Abbaye de Saint-Bertin. — Cahier de 18 feuillets en mauvais état, mouillé, écrit en gothique 
mixte, ... [written by 'ego Michael de Lira scriptor' at Mechlin, 21 Feb, 1448.] Cet 
Itinéraire d'Oderic a été publié par les BoUandistes. (Voy. Jeta Sanctorum, Januar, t. I, 
p. 936, col. 2.)" 

Another MS. which, to judge from the extracts given in Cathay II, pp. 52, 53, must 
be very much like 407, is «37 — 87— 3— Paris, Bib. Nat., Bupuy Collection No. 686," 

2) The Prorost assures me that this is the case, as far as he is concerned. 



THE BIBLIOGRA.PHY OF ODORIC. 305 

II. No. 275. Here agaia there is a question of date. Cohdieii 
writes {Cathay II, p. 40) of this MS.: "The present MS. is probably 
one to which Yule refers, p. 30, No. 4, iu these words: 'Asquini 
in his life of Odoric says that the old MS. . . . was sold in his own 
day to an English gentleman . . . and he understood that it was 
preserved in St Benet's College [i. e. Corpus Christi College], Cam- 
bridge. The MS. in question, however, only dated from 1448 (see 
Venni, p. 38).' " This probability is accepted as fact by Golubovich, 
who infers that 275 is the copy made in 1448 by Alberto di Udine 
from an old codex which he (Golubovich) assumes to have been the 
autograph of William of Solagna and believes now to be at Assisi 
(MS. 343). But both Cordier and Golubovich should have reflected 
that Asquini's Life of Odoric was published in 1737, and that a 
book written at Udine in 1448 and sold in Italy iu Asquini's "own 
day" could not be 275, which "is No. 21 of the collection of books 
left to Corpus Christi College by Thomas Markaunt, of Cambridge, 
in 1439." {Cathay II, p. 39). The College possesses a precious 
volume (MS. No. 232) which contains (1) the will of Thomas Mar- 
kaunt, dated 4 November, 1439; (2) the formal acceptance of the 
bequest of books by the Master and Fellows, dated 1 August, 1440; 

(3) a list of the 7G volumes bequeathed, with the contents of each; 

(4) a second list of the same books, arranged according to their 
subjects, with the price of each, i) The entry relating to 275 is 

1) The following are extracts from these four sections: — Fol. 1 r°: In dei nomine 
Amen. Ego Thoraas markaunt Clericus de villa Cantabriggie Eliensis Diocesis compos 
mentis et bone memorie existens. Die quarto mensis Nouembris Anno Domini millesimo 
•CCCC""". tricesimo nono; Condo testamentum meum in hunc modum. In primia lego ani- 
mam meam Deo omnipotenti Beate marie Virgini et omnibus Sanctis corpusque meum 
ecclesiastice sepulture. Item lego omnes libros meos Collegio corporis xpisti et sancte 
Marie Cantabriggie predicte. sub ista condicione videlicet quod ponentur et custodiantur 
in quadam cista seu cistis infra dictum Collegio deputata vel deputatis secundum modum 
el formam cistarum de Gotham & lynk ad vsum dumtaxat sociorum Collegii supradicti.. . . 
Insuper volo quod socij Collegii corporis xpisti & sancte marie predict! ; sub tali modifi- 
cacione ante dictos libros possideant. quod orent pro anima mea & animabus parentum 



306 A. C, MOULE. 

on fol. 5 v°, 6 r" as follows: "^Liber diuersorum tractatuum. De 
oracione dorainica. De officio misse et régula fratrom minorum De 
vita prothoplasti Epistola Methodij de inicio et progressa mundi et 
tie die iudieij De speculo mundi Purgatorium sancti patricij. Item 
oracio eiusdem. Itinerarium domini Johannis Maundeuyle militis 
Tractatus de presbitero Johanne Itinerarium fratris Odorici ordinis 
fratrum minorum Tractatus francisci petrarche De Waltero Mar- 
thione et Grisilda vxore eius. De tribus magis Regibus De secundo 
philosopho. De vita et passione Sancte Thome. De sarasenis et 
eorum obseruacionibus De Machameto et eins legibus Cuius secun- 
dum folium iucipit 171 enigmale. et penultimum folium incipit iudieij 
Machameto. 21." In Ecloga Oxonio-Cantab., Liber Secundus, 1600, 
p. 70, this volume is: 4. 1. Tractatus de oratione domiuica. 2.... 
11. Itinerarium Fratris Odorici, ordinis Fratrom minorum.; and in 
Cat. Lib. MSS. Ang., 1697, p. 131, it is No. 1280. 4. Stanley, 

Catal, 1722, p. 2, has: A. IV [fol.] 149. Itinerarium Fratris 

Oderici Minoritse de Mirabilibus Orientalium Tartarorum.; and Na- 
smith, CataL, 1777, p. 316: CCLXXV. Codex memhranaoeus in folio 

minor, seeulo xv scriptus, in quo continentur, 13. Itinerarium 

fratris Odorici ordinis fratrum minorum de mirabilibus orientalium 



meorum velut orent pro alijs benefactoribus suis. . , Fol. 3 r": ET nos Johannes Tytesbale. 
Magister siue Gustos CoUcgij Corporis xpisti et sanote Marie Cantabriggie Eliensis diocesis. 
vnanimi consensu. .. eandem librorum legacionem . . . admittimus. . . Datum nostra conclaue 
primo Die Mensis Augusti Anno Domini Millesimo quadringentesimo quadragesimo. Fol. 
5 r": Hie incipit llegistrum. magistri. Thome Markaunt de numerositate librorum suorum 
cum eorum contentis quos contulit ad vtilitatem sociorum Collegii corporis xpisti studcneium 
Each book is numbered in the right hand margin with Arabic numerals in red. The list 
ends with 76. on fol. 8 v". fol. 9 r°: hie inseruntur omnes libri Magistri T. markaunt 
cam eoram precijs The books are arranged in groups according to their subjects, and 
each has its proper number from the first list in red in the left hand margin. Under 
Libri théologie (fol. 9 y°) we find on fol, 10 r": 21. liber diuersorum tractatuum. Do 
oracione dominica &c — yiij. f. See also Camb. Auiiq. Society, Miscellaneous Communicationt 
Pt I, pp. 15—20. William de Gotham was Chancellor in 1366, 1376, and Robert de 
Lynge in 1345, 1352; and both were benefactors of the University. Cf. Masters Uist. 
C.C.C, p. 41. 



THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIC. 807 

Tartarorum, fol. 149. Ultimum capitulum deest. It is thus reasonably 
certain that this volume has been in the College library from August, 
1440, to the present time. Regarded as a copy of the Assisi codex 
343, No. 275 might prove to be disconcertingly inaccurate; but as 
a fact it seems to be an English manuscript of the early 15th 
century, giving a well written but sometimes careless copy of the 
same text as is found in 407, and coming to a sudden conclusion 
after the story of the Terrible Valley with the words: hec de visis 
certitudinaliter Ego frater Odoricus hie inscripsi. & multa mirabilia 
omisi pouere quia homines non credidissent nisi vidissent 
Explicit itinerarium fratris Odorici &cetera. The following are short 
examples of the relation between the two texts, 407 and 275: — 

407. Inde transiui per ciuitates raultas & veni ad ciuitatem no- 
mine kaitan in qua fratres minores habeut duo loca ad que portaui 
de ossibus fratrum uostrorum pro fide xpisti interfectorum 

275. lude transiui ad ciuitates multas & veni ad ciuitatem no- 
mine kaxlan In qua fratres minores duo habent loca ad que portaui 
de ossibus fratrum minorum pro fide xpisti interfectorum 

407. nam quilibet ignis soluit vnum balis -i- v. cartas bombici? 
qui vnum florenum cum dimidio valent & -x- vel -xij- superlectiles 
facient vnum 

275. nam quilibet ignis soluit vnum «i« quinque cauas borabicis 
qui vnum florenum cum dimidio valent & 10 vel -IB- superlectiles 
faciant vnum 

III. The third Cambridge MS. of Odoric is in the library of 
Gonville and Caius College, in the volume marked 83 : 162. This 
is one of the books bequeathed to the College by William Moore 
in 1659, ^) but its history before that date does not seem to be 



1) J. Venn, Gonville and Caius College, vol. I, p. 192. See also Ü.L.C. MSS. Dd. 
IV. 36. (a contemporary catalogue of Moore's books) fol. B. "Class. B. I-i, 4 Odoricus de 
ritibus Orientalium"; and Cat. Lib. MSS. Ang., 1697, p. 122, No. 1110. 46. 



308 A. C. MOULE. 

known. The volume contains 213 leaves, of which fol. 141 r° — 213 v" 
are in neat 13th century hands, and fol. 1 r° — 140 r*' in an untidy 
but legible English hand, or hands, of the early 15th or very late 
14th century. Odoric {Trattatus Odorici de Ritibus orientalium 
Regionum.) occupies fol. 87 r° — 105 v°. The text, as far as I have 
examined it, is that of William of Solagna, agreeing very nearly 
and often exactly with that printed in Cathorj II, Appendix I, 
from the Paris MS. lat. 2584 (Yule-Cordier No. 35). It does not 
call Odoric a Bohemian (Boemus), as he is called in the Paris MS., 
but in some places it seems to me to give perhaps the better text 
of the two. It begins: Licet multa & varia de ritibus & condicionibus 
huius seculi enarrentur a multis; tamen sciendum est quod ego 
frater Odoricus de foroiuli de portu nahonis volens transfretare. . . . 
fol. 93 r°: in Polumbb ad portum ascendimus aliam nauim nomine 
conchum vt in Indiam superiorem sicut dictum est iremus ad quan- 
dam Ciuitatem nomine Caytan. In qua sunt duo loca nostrorum 
fratrum. . . . fol. 99 v°: hec ciuitas posita est in aquis lacuuarum 
que manet & stat vt Ciuitas veueret. Ipsa etiam habet plures quam 
•12- milia poncium. . . . fol. 105 v°; esse deraones infernales sit 
nomeu domini bencdictum 1[Ego frater Odoricus de foroiuli de 
porta nahonis de ordine fratrum minorum testificor & testimonium 
perhibeo meoque ministro respondeo cum ab eo requisitus fuerim 
per obedienciam salutarem, quod hec omnia que scripta sunt ant 
propriis oculis ego vidi aut audiui ab hominibus fidedignis Multa 
etiam alia dimisi que scribi non feci quia ipsa apud aliquos quasi 
incredibilia viderentur nisi ilia propriis oculis vidissent, Ego autem 
de diem in diem me preparo ad illas contratas accedere in quibus 
me mori dispono, & viuere vt illi placeat qui sine fine viuit & regnat. 
A-M-E-N — Explicit Trattatus Odorici de Ritibus Orientalium, 



THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIC. 909 

These three appear to be the oulj MS. copies of Odoric which 
have been catalogued in Cambridge. ^) The two at Corpus Christi 
College represent, one very accurately, the other more carelessly 
and imperfectly, the Hakluyt text; while the Caius College MS. 
gives what seems to be a good form of the text translated and 
printed by Yule in Cathay. The transcript made in 1448 from an 
old codex at tJdine can no longer be identified évidemment or even 
probably with any one of these Cambridge MSS., which were all, 
I think, written in England and have been in England at least 
since 1352, 1439, and 1659, respectively. Incidentally, too, it is 
curious to think that Simon, Prior of Norwich, possessed two al- 
most identical copies of the Hakluyt text (C.C.C. 407 and Royal 
MS. 14. C. xiii (Yule's Mus.)) within twenty years of Odoric's death, 
and it may not be out of place to give some further account of 
these two MSS. (407 and Mus.) and of their relation to Hakluyt's 
printed text. 

For obvious reasous I have not been able to place the two MSS. 
side by side, but my impression is that they were written by the 
same scribe. The writing, if by two, is at least by two very similar 
hands, and so are the delicate red and blue initials. Capital letters 
in the text are much more often touched with blue or red in Mus. 
than they are in 407. As will be seen from the printed Catalogues, 
407 is a small book (Nasraith: in 8^^) while Mus. is a fair-sized 
Polio. At the beginning of Mus. are 14 leaves of parchment not 
included in the ancient numeration. Of these the first is blank 
except for a few words and letters scribbled on the verso^ 2 r^ 
has the Arabic numerals 1 —20 in their 14th century form, 2 v^ 



1) Golubovich {op. cit , p. 26) has "Cambridge, un quarto codice segnato lo49 (73) $ 3". 
But this is obviously C.C.C. No. 407 (see note 1, p. 302 above); and one cannot help 
thinking that others of the twenty-ieven MSS., which are recorded as having eluded Cor- 
dier, may be accounted for perhaps in a similar way, though several of them seem really 
to be new. 



310 A. C. MOULE, 

has the contents of the volume in a 14th or 15th century hand, 
9 items of which Otloric is the fifth, 3 r°~10 v" contain the Index 
(? to the Polychronicon), 11 r^ blank, 11 v^ — 12 v° Introduction 
and Contents of Giraldus Cambrensis (Introitua ad recitationem 
historiae Giraldi Cambrensis), 13 blank, but ruled and lettered for 
use (omitted from the modern pencil numeration), 14 r" blank (13 
in the modern numeration), 14 v°: Libri fratris Symonis Bozoun. 
and the titles and prices of 31 books. On the 15th leaf, numbered 
1 in the contemporary ink numbering, and 14 in modern pencil, 
the Polychronicon begins, and at the top of the page is written 
1[ liber fratris Symonis Bozoun Prioris Norwicensis and the library 
mark P. Ixj. 

Odoric begins at the top of fol. 205 (216) r° and ends on fol. 
213 (224) v°. The comparison of a few short passages will show 
(I) that 407 and Mus. may have been copied from a common 
original, or (2) that Mus. was copied from 407, (3) that 407 was 
not copied from Mus.^ (4) that Hakluyt, as is well known, copied 
Mus., and, though he mentions other texts, seems sometimes at least, 
when in diflSculty, simply to have emended the text of Mus.', and 
for this purpose I have chosen generally words or phrases where 
one or both of the MSS. are clearly wrong. 

407, fol. 82 yo hospitabar; Mus. fol. 210 (221) r« habitabar; 
Hah p. 48 habitabä. 407 and Mus. ib. de inde vbi sol oritur; 
Hah. de indè vbi sol occidit. 407, ib. portulam; Mus. ib. perclusam (?); 
Hak. perclusam. 407, ib. apparuit; Mus. ib. aparuit; Hak. aparuit. 
407 and Mus. ib. deceuderunt; Hak. descenderunt. 407, fol. 83 x^ 
per aspidem; Mus. ib. per aspidem {margin parapsidem); Hak. pa- 
ropsidem. 407, ib. mihi dicens quod; Mus. ib. michi quod; Hak. 
mihi quod. 407 and Mus. ib. animalis in tota; Hak. animalis intrat. 
407, fol. 90 v'' sicut ipse uarrabat ita scribebat ad hoe; Mus. fol. 
213 (224) r° and Hak. p. 53 sicut ipse narrabat ad hoc. 407, ib. 



THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIC. 31 1 

testator esse vera; Mus. and Hak. testatur esse. 407, ib. alia ego 
dimisi que scribi non feci cum ipsa quasi incredibilia videntur; nisi 
ilia propriis oculis conspexissent; Mus. ib. alia ego dimisi nisi ilia 
propriis oculis conspexissent; Hak. alia ego dimisissem, nisi ilia 
propriis oculis conspexissem. In this last instance Mus. has simply 
dropped out one line, and Hakluyt has emended to make good 
grammar, and has exactly reversed the sense. 

If I have added a little to the stock of accurate knowledge 
about three of the many manuscripts of Odoric, I have also con- 
vinced myself that an extraordinary uncertainty still pervades the 
subject. YuLB in both editions of Cathay divides the texts into 
''''four distinct types", viz. (1) The recension of Henry of Glatz, 
represented by the extracts in the Acta Sanctorum and by a MS. 
at Venice {Cathay II, No. 47); (2) The recension of William of 
Solagua, who originally wrote the narrative down from Odoric's 
dictation at Padua in May, 1330. Yule thought that this was not 
the best text, but the text of the best Latin and Italian MSS. ; 
(3) The text printed and translated by Hakluyt. This is represented 
by three MSS. in the British Museum and two at Cambridge 
{Cathay II, No. 5, 7, 8, 1, 2), and apparently by one at the Bodleian, 
besides one at least at Paris {Cathay II, No. 37) and, possibly, 
one at Saint-Omer {Cathay II, No. 39); (4) The Minor Ramusian 
text, represented by Ramusio's second and shorter printed text and 
by some Italian MSS. 

Goi-UBOVICH, the latest contributor to the subject, divides the 
Latin texts into two recensions, (1) William of Solagna, (2) Henry 
of Glatz. In (2) he places only three MSS., viz. Saint-Omer 737, 
Berlin 141, and Munich 903 {Cathay II, No. 39, 13, 32); and all 
the rest, including the known Hakluyt texts, are put in (1). The 
most elaborate bibliographer of Odoric is Cordier, both in his 
^French edition, and in the second edition of Cathay \ and of one 



312 A. C. MOULE. 

of Go(.UBoviCH*8 second recension — Berlin 141 ^) — he writes "it 
includes also the text of Odoric's Itinerary published by Hakluyt; 
... it is the version of Henry of Glatz." But "the version of 
Henry of Glatz" is quite different from the "Itinerary published by 
Hakluyt"! 

Very little has been done to determine the relationship of these 
three or four different forms of the text. Y ulk regarded the Henry 
of Glatz text as representiug (if we had but a good copy of it) 
the nearest approach to Odoric's own words, but he gave no reason 
for this opinion, unless there is truth in the note added to the 
lost MS. at Mentz {Cathay II, No. 16) that William of Solagna 
was only one of several writers at Padua, Henry of Glatz must 
have copied from William's text. Neither Y ulk, Cordier, nor Golu- 
Bovicii tell us wherein Henry really difiers from William (except 
in the little notes they have added to their respective texts: Hec 
predicta f rater Guillelmus and Et ego f rater hinricus de Glarz), 
nor do they seriously attempt to trace the source of the Acta 
Sanctorum text. Of Golubovich's three examples of Henry of Glatz, 
one seems, as we have seen, to be doubtful; but the Munich text, 
as printed by Domenichelli, and Berlin 141 {Cathay II, No. 32 
and 13) are certainly of this type. Cordieu has published beautiful 
facsimiles of the last two and a half pages of the Berlin MS. from 
which it is clear that the text is very nearly but not exactly that 
of the Acta SS. And the same is true of the Munich text. ^) The 
Bollandists themselves tell us that they got their text from an 



1) Domenichelli and Cathay, 131; Cordier (1891) and Golabovich (rigbtly), Ul. 

2) Fer example Berlin 141 omits Scripsi autem hec anno Domini tresentesimo qua- 
dragesimo {Munich, 1340) in Pragil, circa festum omnium Sanctorum, & copiosius ea 
{Munich, omit ea) aadieram in Anenione. with which Acta SS. ends. And Munich reads 
vno cymbalo for Acta SS. vno tintinnabulo; cum convenissent et coraedissent for cum 
comedissent; vellet huius ciuitatis magnitudinem for velit huius ciuitatis magna; etc. My 
knowledge of the Manich text is derived at second, if not at third, hand from Domenichelli. 



THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIC. 818 

ancient codex copied for them, or given them, by John Gamans S.J., 
and that the story of the four martyrs of Thaoa was copied by 
Gamans from a MS. Passionale in the Augustinian monastery of 
St Meinulph at Bodickheim. They assume that the martyrdom had 
been originally copied from the same old codex of Odoric, and they 
are careful to note that the two MSS. agreed in such a curious 
detail as the date 1 April, 1322, for the martyrdom; but un- 
fortunately they do not say where the Odoric codex was kept, ^) 
and it does not seem as if many efforts had been made to trace its 
subsequent history. Three other manuscripts in Cordier's bibliography 
{Cathay 11, No. 19, 23, 36) look as if they might possibly have 



1) Acta SS., Jan. I, p. 984 col. 1: In peruefusto Codice MS. quern, bénéficia loannis 
Gamansij nostri ohtinuimus, exfat ea historia sub hoc titulo: Descriptio terrarum Fr. 
Odorici de Foro-Iulij. cum appendice rerum ab eo narratarum Fr. Marchisino de Bayadon 
Ordinis Minorum. Q,uae omnia vna cum breui relatione obiius 8^ niiraculorum descripsit 
in hoc nostro Codice Fr. Henricus de Glats ord. Minorum Pragœ an. Ch. 1340. ab obitu 
B. Odorici 9. Prescipua solum decerpsimus, quœ B Odorici zelum demonstrent in Christiana 
religionis propagatione indefessum. 

April. I., pp, 50, 51 : llanc peregrinaiionis ejus historiam, seu lihrum de Mirahilibus 
mundi, habuimus in codice valde antiquo, quern Fr. Henricus de Glats Ord. Minorum Pragœ, 
anno Christi MCCCXL, descripsit. Historia martyrii horum Beaiorum Fratrum, indeolim 
excerpt a, extat in Passionali MS. insigni cœnobii Bodecensis Canonicorum Regnlarium S. 
Jugusfini in diascesi Paderbonensi, quam inde descriptam nobis transmisit loannes Gaman- 
sius noster, cum hoc titulo: Incipit passio Sanctorum quatuor Fratrum Minorum, quae est 
Kalendis Aprilis: qui dies infra num. 6. [p. 54, par. 6] confirmatur his verbis: Compleve- 
runt autem gloriosi viri martyrium suum anno Domini millesimo treccntesimo vigcsimo 
secundo, Kalendis Aprilis, ante Palmas. Ita Odoricus utroque manuscripto. 

For Bodickheim or Bodiken see Gen. totius sacri ordinis der. canon, historia by Gabr. 
Pennotius, 1630, p. 405 : In Bodiken oppido eiusdera diœcesls Paderbornensis monasterium 
sancti Meynulphi, eiusdem congregationis Windesimensis. ex codera [sc. congregationis Wind.] 
Catalogo. This monastery of Augustinian Canons may have succeeded a nunnery which 
was founded A.D. 804 or 840; for which see Meibom Rerum Germ. I, p. 240: Hie Mei- 
nalphus. .. .monasterium monialium, seu canonicaram regulariura, in villa Bod icken Pader- 
bornensis dixcesis, fundavit & dotavit, quod usque ad tempora nostra [c. 1418] perduravit: 
nunc vero non hostium incursa forinseco, sed tinea atténuât um intrinseca, desolationi 
proximum est. I have been unable to find out anything about the library there. 

For much kind help in finding these and other references I am indebted to the staff 
of the University Library at Cambridge, and especially to Mr A. Bogers and Mr Charles 
Sayle. 



314 ./ > - A. C. MOULE. 

the Henry of Glatz text. The first of these has the date 1340; the 
second has the exact beginning of the Ada SS. text; and the third 
was believed by Yule to be "after Henry of Glatz". This last 
manuscript has not, I believe, been printed, as seems accidentally to 
be said in Cathay II, p. 52, by the Société de Géographie. 

Hakluyt's text, on the other hand. Yule regarded with suspicion 
as having been "tampered with", but he does not attempt to trace 
its history. It is manifestly a clearly defined text, early popular, 
and ultimately derived from Udine with the notary's attestation, — 
from a copy, that is to say, finished after Odoric's death. It forms 
then a second distinct type of text current before 1352. 

Of the third Latin type, that of Paris Bib. Nat. latin 2584; 
Assisi 343; or Gains College 162, no example seems to be dated in 
the bibliographies as early as 1352. Assisi 343 was indeed regarded 
by Sbaralea. ^) and (more doubtfully) by Golubovich as the actual 



1) Supplementum ad Scriptores O.F.M., p. 330: Hujus codex autographus, quem ntipcrus 
Illustrator Historia D. Odorici Inquisitor Ulineusis pag. 39. ait, ncsciri quic fata subierit, 
nunc asservatur Aeisii in Archive nostri sac. Conventus ms. pergam. in 4. asseribus ligneis 
coopertus, & num. 20. signatus. 

It is advisable to repeat vfhat Venni (the nuperus Illustrator) really says. In his 
Elogio storico etc., 1761, p. 38 we read: [Besides the copy by Henry of Glatz] there was 
another copy in the convent at UJine, as is shown by the original catalogue of the books 
kept by him in his library written out at large by the Gustos of the Friulan Custodia, 
Brother John Senior of Udine, in the year 1369 [fol. 11. ter.]: Item liber B. Fratris 
Odorici, and more clearly in another catalogue of 1410 [fol. 14. ter.]: Item Ystoria B. 
Odorici cum tabnlis, Sf corio rubeo ad ligaturas. This Story was a volume distinct from 
that of the miracles which was kept in the Sacristy among the relics: Item unus quadernut 
de papyro, in quo aunt miracula Beati Odorici probata. In the year 1148 Brother Albert 
of Udine made a copy in one volume of the said Story and of the Patriarch's schedule of 
the miracles, together with the account of the death of the Blessed man, of his funeral, 
of the beginning of his worship, and of certain miracles which had been left out of the 
schedule; and authenticated the copy with his signature: Hie liber scriplus est per manut 
Fratris Alberli de TJtino die VII. Septembris au. 1448. Worn out by time Albert's copy 
was renewed in the following century at the expense of a gentleman of Udine Jerome 
Montaniani, Sindaco of the convent, with the note [Consttmata dal tempo la copia d' Alberto 

uel ucolo luategiiente fu rinnovata a spese del con la memoria): Beati Odorici devoivs 

Hieronymut Montetiianus D. Utiu. Patri hujus, Sc Sacri Coenoby Conventualium Francis- 



THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIC. 315 

autograph of William of Solagna written at Padua in May, 1330, 
but until this most interesting MS. has been more fully examined 



canorum Syndicus I/iner. ^ Mirac. ejusdem Bead Librum kunc omni ornatu nudatum, Sf 
vetusiaie corruptum in hanc pris/inam formaw, cum omni cullu sua impensa restituit Anno 
Domini MbccccîI. Die xv. Mens, viihris. [p. 39] Of the three examples which used 
to be in the Convent at Udine the third, Montaniani's, is still preserved, the other two 
arc lost; likewise {or just as) there is no trace [to show] what fate may have befallen the 
original which the Blessed one dictated at Padua in the year 1330 {conforme non v'c 
iraccia, qual sorte sia toccata all' originate, che il Beato dettu in. Fadova I'anno 

Mcccxxx). 

The value of Venni's opinion is probably considerable, since he was presumably very 
familiar with the library at Udine, and seems to write in a careful and scholarly manner, 
but at the same time his last paragraph, on p. S9, is not quite easy to understand, and 
I should have been glad to compare with it Asquini's statement, if the latter's Life of 
Odoric had been available in the British Museum or at Cambridge. It seems to me that 
Venni thought that the Convent at Udine had possessed (1) a copy of the Itinerary 
(which he does not seem to identify with the autograph of I330>, which was entered in 
the Catalogues of 1369 and 1410; (2) a copy o« paper of the schedule (processo) of Mi- 
racles, which was kept in the Sacrisfy, and appears in the catalogue of 1410; (3) a 
transcript of (1) and (2) in one volume, with some other miracles, etc. added, made by 
Albert in 1448, and restored or re-bound by Montaniani in 1542. In his day (1761) 
(1) and (2) had disappeared, but (3) survived. It will be noticed that Venni gives the 
words of Albert's subscription {Hie liber scriptus etc.) although, according to Golubovich's 
interpretation of the passage, his transcript had left Udine many years before. Golubovich 
understood that there had been at Udine (1) the autograph of 1330, which was afterwards 
at the Holy Convent at Assisi (No. 20) and is now in the Communal Library there (No. 
343); (2) a transcript of (1) made by Albert in 1448, which was sold to an Englishman 
in the 17th or early 18th century; (3) a transcript of (2) made for Montaniani in 1542. 
That Montaniani did anything more than repair Albert's transcript is not stated by Venni; 
bnt a new copy made in 1542 is required if we accept Asquini's alleged statement that 
Albert's transcript had been sold before 1737. Asquini was certainly wrong in saying that 
that transcript was at St Benet's College, Cambridge (unless it may have been there for a 
short time between 1722 and 1777), and his whole story may be a mistake. As has been 
said, very little is known of Assisi 343. Sbaralea sajs it is written on parchment, and 
this (if it is the whole truth) forbids us to guess that it is Venni's (1) and (2) bound np 
as one volume. He adds that the book used certainly to be at Udine, because there is a 
note on the last page which says. (^ eiiam est hie cingulus ferreus prope reliquias, quern 
portavit ad carnem., and the iron girdle has been and is preserved at Udine. Until more 
is known of the date and handwriting of this note, it is not necessary to think that it 
means more than that the book was copied at Udine by a conscientious and not too 
officiously intelligent scribe, who if his original said "here" did not change it to "at Udine". 
Assisi 343 is, apparently, the most complete of all the manuscripts of Odoric. It contains 
the Tliäna martyrdom with separate incipit and explicit, the Itinerary, the attestations of 



316 A. C. MOULE. 

and described, the early date cannot be regarded as certain. The 
attestation of William of Solagna (sometimes in the first person, 
ego . . . redegi), which is characteristic of this as well as of the 
Hakluyt test, makes it of course likely that both these texts were 
derived in the first instance from the original copy at Padua. 

I add the passage chosen as an illustration by Yule himself 
(Cathay II, pp. 28-30), giving the texts of the C.C.C. MS. 407, 
the Caius MS. 162, Hakluyt, vol. IT, 1599, p. 48, and of the Ada 
Sanctorum^ 1. c. p. 990, col. 2. 

407. In ilia ciuitate quatuor fratres nostri couuerteraut vnum po- 
162. Hie etiam est ciuitas regia in qua Mancg Rex olim morabatur 
Hak. In ilia ciuitate 4. fratres nostri conuerterant vnum po- 
A.S. In eâ nostri Fratres quatuor paaedicti ad fidem Christi vnum 

407. tentem ad fidem xpisti in cuius hospicio continue hospitabar 
162. & in ea •4°''' fratres minores ad fidem nostram vnum potentem 
Hak. tentem ad fide Christi, in cuius hospitio continue habitabâ, 
A, S. potentem hominem conuerterunt, in cuius domo continue hospi- 

407. dum fui ibi qui semel dixit mihi ara -i- pater vis tu venire 
102. hominem conuerterunt in cuius domo continue hospitabantur. 
Hak. dum fui ibi, qui semèl dixit mihi. Ara, i. pater, vis tu venire 
A. S. tabar, & ille mihi aliquando dixit: Ara, id est, Pater, vis venire 



Odoric, and of William of Solagna (in the first person), the death of Odoric, the letter 
of the Patriarch about the miracles, the schedule of the miracles, etc., etc. If it is the 
Padaa autograph of 1330, it has obviously had large additions, for while the Martyrdom 
ard Itinerary occupy, I think, 24 leaves, the extra matter, which can only have been 
written after January, 1331, and at Udine, fills about 33 leaves more. And again if it is, 
as Sbaralea suggests, the Ystoria of the 1410 catalogue, then Venni must be wrong in 
saying that that Ystoiia contained only the Itinerary and not the Miracles. It is to be 
hoped that before long the fall text of Asaisi 343 may be published with facsimiles and 
competent notes. *..-.> >". , v< . - 



THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIC. 317 

407. & videre ciuitatera istara & dixi quod sic & ascendimus vnam 
162. vnde mihi dicebant aliquaado. ara -i* pater vis tu venire videre 
Hak. & videre ciuitatem ista; & dixi quod sic, & ascendimus vna 
A.S. ad perdeductionem couspicere ciuitatem? Tunc conseutiente rae, 

407. barcham & iuimus ad vnum monasterium maximum de quo 
162. terram' cui respondebam quod sic- vude ascendimus vnam 
Hak. barcham, & iuimus ad vnO monasterium maximii, de quo 
A.S. ascendimus siraul in vuam barcham, & iuimus ad quoddam 

407. vocauit vnum religiosum sibi notum. & dixit sibi de me Jste 

162. barcam* & iuimus ad vnum magnum illorum monasteriorum 

Hak. vocauit vnû religiosum sibi notû, & dixit sibi do me, Iste 

A.S. magnum monasterium religiosorum, qui sunt illic. Et euocato 

407. raban francus. i. religiosus venit de inde ^) vbi sol oritur & 
162. que ibi erant, ad quod cum iuissemus, vocauit illorum vnum 
Hak. Raban Fracus, i. religiosus venit de indè vbi sol occidit, & 
A.S. ad se vno ex illis, dixit: Vides huuc Rabi Prancum, id est, 

407. nunc vadit kambalech vt deprecetur vitam pro magno kaue & 

162. Religiosorum & dixit ei vides hunc Rabau firancum -i- virura 

Hak. nunc vadit Cambaleth, vt deprecetur vita pro magno Cane, 

A.S. virum religiosum? Tste venit à regionibus vbi sol occidit, & 

407. ideo ostendas sibi aliquid quod si reuertatur ad contratas suas 
162. religiosum. Iste venit inde vbi ponitur & hinc iuit Kambalec 
Hak. & ideo ostendas sibi aliquid, quod si reuertatur ad contratas 
A.S. nunc vadit Cambalech, vt roget pro vita magni Can. Ideo ali- 



1) 275 reads iodia vbi sol oritur Mus., inde vbi sol oritur. 



318 A. C. MOULE. 

407. possit referre quod tale quid nouum vidi iu Canasia ciuitate 
162. vt roget vitara pro magno caue- ideoque sibi osteudas aliquid 
Hak. suas possit referre quod tale quid uouû vidi in Canasia ciui- 
A.S. quid sibi ostendas, vt si aliquando reuersus fuerit .... nouum 

407. tune sumpsit ille religiosus duos raastellos magnos repletos 

162. vt si reuertatur- ad suas coutratas posset dicere tale nouum 

Hak. täte: tunc sumpsit ille religiosus duos mastellos magnos repletos 

A.S. & rarum in Chamsana ego vidi. Ille autem respondit se velle 

407. reliquijs que supererant de mensa & duxit me ad vnam por- 

162. quod vidit in Cansaye: Tunc iste dixit quod libenter vellet 

Hak. reliquijs quae supererant de mensa, & duxit me ad vna per- 

A.S. aliquid libenter demonstrare. Deinde magnas duas sportas 

407. tulam paruam quam aperuit cum claue & apparuit viridarium 
162. ostendere sibi aliquod nouum, & tunc iste duos magnos raastelos 
Hak. clusam paruam, quam aperuit cum claue, & aparuit viridarium 
A.S. accepit plenas, quas mensse superfuerant fragmentorum, & aperta 

407. graciosum & magnum in quod intrauimus & in illo viridario 
162. accepit plenos hijs que superfuerunt in mensa & tunc statim 
Hak. gratiosum & magnû in quod intrauimus, & in illo viridario 
A.S. porta nos in quoddam viridarium introduxit. Erat autem in eo 

407. stat vnus monticulus sicut vnum campanile ^) repletus amenis 

162. aperuit cuiusdam viridarij portam per quam intrauimus viri- 

Hak. stat vnus monticulus sicut vnû campanile, repletus amoenis 

A.S. monticulus quidam plenus arboribus amoenis: acceptôqne vno 



1) This may be a confused reference to the pagoda which stands at the foot of the 
monticulus and marks the grave of the founder of the monastery. It is very unlikely to 
be a mere interpolation, lo say that the hill was "like a bell-tower" 



THE BIBLIOGRAPHY OF ODORIC. 319 

407. herbis & arboribus & dum staremus ibi ipse sumpsit cymbalum 

162. darium illud, nunc autem in eo est vnus raonticulus plenua 

Hak. herbis & arboribus, & dum staremus ibi, ipse sumpsit cymbalû, 

Ä.S. tintinnabule cœpit pulsare. Ad cuius sonitû mox animalia 

407. & incepit percutere ipsum sicut percutitur quando monachi 
162. arboribus araenis & dum sic in eo essemus ipse cimbalum vnum 
Hak. & incœpit percutere ipsura sicut percutitur quando monachi 
A.S. multa & diuersa de illo monticulo descenderunt, sicut essent 

407. intrant refectorium ad cuius gonitnm multa animalia diuersa 
162. accepit, & illud incepit pulsare, ad cuius sonitum multa animalia 
Hak, intrant refectoriù, ad cuius sonitû multa animalia diuersa 
A.S. simiae, cati, ... & plura alia, & quaedara quas facieni hominis 

407. decenderunt de monte illo aliqua vt Symie aliqua vt kati 
162. diuersa de illo monticulo descenderunt sicut essent simie gatti» 
Hak. descenderunt de monte illo, aliqua vt simiae, aliqua vt Oati, 
A.S. videbantur habere. Et cum videremus de bestiis vsque ad tria 

407. maimones & aliqua faciem hominis habencia & dum sic starem 
162. Maimones- similiter & multa alia animalia que faciès bomiuig 
Hak. Mayraoues, & aliqua faciem hominis habentia, & dum sic starem 
A.S. millia circa ipsura ordinate conueoisse, ille paropsides posuit, 

407. congregauerunt se circa ipsum circa -iij™* de illis animalibus 
162. habebant ^ & dum vidissemus sic ilia animalia bene circa tria 
Hak. coûgregauerunt se circa ipsum, 4000. de illis animalibus, 
A.S. & illis sportis secundum naturae suas . . . distribuit iilis cibura. 



320 A. C. MOULE. 

407. & se in ordinibus collocaueruafc coram quibus posait par aspi- 
162. milia circa ipsum se aptauerunt ad se inuicem ordinata, & cum 
Hak. & se in ordinibus collocauerunt, coram quibus poauit paropsi- 
A.S. Et cum comedissent, iterum cymbalum pulsaus, animalia ad 

407. dem ^) & dabat eis comedere. & cum comedissent iterum cym- 
162. circa ipsum sic essent posita & ordinata. ipse parapsides posuit 
Hak. dem & dabat eis comedere, & cum comedissent iterum cym- 
A.S. loca propria remeabant. Ego autem multùm ridens illi seni 

407. balum percussit & omnia ad loca propria redierunt tunc ad- 
162. ante ilia & cum sic competenter comedere sibi dederit ea que 
Hak. balum percussit, & omnia ad loca propria redierunt. Tunc ad- 
^.»S. dixi: Edissere mihi, quid ista siguificent. Ait ille: Istae sunt 

407. miratus iuquesiui quid essent animalia ista; & respondit mihi 
162. sic comedissent; ipse cim balum pulsare cepit & sic cuncta hec 
Hak. miratus inquisiui quae essent animalia ista? Et respondit mihi 
^.«S. nobilium virorum animse, quas nos hic pascimus amore Dei. 

407. dicens quod sunt anime nobilium virorum quas nos hic pascimus 
162. animalia ad loca propria remeabant, Dum autem vidissem ista 
Hak. quod sunt animse nobilium virorû, quas nos hîc pascimus 
^.<S. Ad quod ego: Ista animalia non sunt aniraœ, quae spirituales 

407. amore dei qui regit orbem & sicut vuus homo fuit nobilis; 
162. multum cepi ridere dicens Tu mihi dicas quid hoc indicare 
Hak. amore Dei, qui regit orbe, & sicut vnus homo fuit nobilis, 
A.S. sunt, sed solum bestiœ corporales. Respondit ille: Non sunt 



1) 275. reads par apsides and below & respondit michi quod essent anime 



THE BIBLIOHRAPHY OF ODORIC. 321 

407. ita anima eius post mortem in corpus nobilis animalis in tota ^) 

162. velit tunc ipse respondit dicens, Hec animalia sunt anime 

Hak. ita anima eius post mortem in corpus nobilis animalis intrat. 

A. S. animalia, sed aniraaB defunctorum. Et adiecit: Sicut hîc quilibet 

407. Anime vero simplicium & rusticorum. corpora vilium auima- 
162. nobilium virorum que nos hic pascimus amore dei, ei autem 
Hak. AnimsB vero simpliciû & rusticorû, corpora vilium animalium 
^.aS. nobilior fuit, sic anima eius in nobilius animal transformatur: 

407. Hum intrant Jncepi istam abusionem improbare set nichil 
162. sic respondi dicens, Hec anime non sunt, set solum bestie- mihi 
Hak. intrant. Incœpi istà abusionc improbare, sed nihil valuit sibi, 
A. S. aniraœ vero rusticorum vilibus animalibus se coniunguut. Et 

407. valuit sibi non enim poterat credere quod aliqua anima 
162. autem respondebat dicens, verum non est quod hec animalia sunt, 
Hak. no enim poterat credere, quod aliqua anima posset sine cor- 
A.S. licet multô sibi dicerem & predicarem, nùquam tamen ipsum 

407. posset sine corpore manere. Jude transiui ad quamdam ciui- 
162. set solum îsta sunt anime nobilium virorum, vnde sicut vnum 
Hak. pore manere. Indè transiui ad quamdam ciuitatem nomine 
A. S. ab hac perfidiâ potui reuocare. Si quis velit huius ciuitatis 

407. tatem nomine chilemso 

162. illorum fuit uobilis homo; sic eius anima in aliquid istorum 

Hak. Chilenso 

^4.5. m;igna & mirabilia, quae in eâ sunt, scribere, vix vnus quater- 



1) 275. reads intrat 



322 A. C. MOULE. 

162. nobilium auimalium ipsa iutrat, Anime vero Rusticoruni in 

Ä.S. üio posait omnia continere. 18. De hac recedens 

162. auimalia vilia intrant & inhabitant sic autem hoc modo poteram 

162. sibi dicere multa, set tamen aliud nunquam credere volebat/ 

162. siquis autem vellet 



NOTE SUR LES T'OU-YÜ-HOÜEN ET LES SOU-PT 



PAR 



PAUL PELLIOT. 



I. Les T'oa-yu-houen. 

Au début du IV® siècle de notre ère, les pJ: ^ ^ T'ou-yu-houen 
avaient fondé dans la région du Koukou-nor, au milieu de populations 
K'iang (tibétaines), un royaume qui ne fut détruit par l'empire tibétain 
proprement dit qu'en 663; mais les T'ou-yu-houen n'étaient pas 
eux-mêmes des Tibétains. Tous les textes nous montrent en eux des 
émigrés de race Sien-pi, venus de la région du fleuve Leao vers 
250 d'abord dans le Nord du Kan-sou, puis passés au Sud de la 
ligne des oasis, et ayant gagné de là, en traversant la rivière ^^ 
T'ao, jusqu'au Koukou-nor; leur capitale était à 15 /i à l'Ouest 
du lac. 

Le nom des T'ou-yu-houen, abrégé à la fin des T'ang eu 
^ j^ T'ouei-houen et pJ: j^ T'ou-houen, ramène à un original 
*Tu'u7-;Kun (*Tuyu7-7un) ou *Tu'u7un (*Tuyu7un), qui n'a pas été 
retrouvé jusqu'ici en dehors des sources chinoises. A vrai dire, 
M. Laufer a invoqué un texte du rGyal-rabs tibétain, parallèle à 
celui des Histoire des T'ang et où les T'ou-yu-houen sont appelés 
en tibétain Thu'lu'hun ^). Mais le rGyal-rabs n'est que du XIV® siècle, 
et il me paraît évident que le récit tibétain a été ici simplement 



1) T'oumj Pao, 1908, pp. 450—451. 



324 PAUL PELLIOT. 

interpolé dans la chronique tibétaine d'après les sources chinoises. 
Nous connaissons en effet le nom tibétain des T'ou-yu-houen, et 
ce nom n'était pas Thu'lu'hun, mais 'A-za ^). 

Or ce nom de 'A-za, je crois bien le retrouver dans les textes 
chinois. La notice des T'ou-yu-houen dans le Sony chou (ch. 96, f° 1 r^) 
commence ainsi: «Les T'ou-yu-houen ou «barbares A-tch'ai>^), ce 
sont des Sien-pi du Leao-tong» {^ ^ ]^ ut 1ê^ W- ^&M M 
^. j^ ). Et un peu plus loin, le texte spécifie que le nom de 
«barbares A-tch'ai» n'est pas celui que les T'ou-yu-houen se don- 
nent à eux-mêmes, mais bien celui par lequel les désignent «les 
tribus mélangées du Nord-Ouest» ( ^ i^f^ ^ ^ ^Ê)- A-tch'ai ra- 
mène à un ancien *A-zai ou *A-jai, et il n'est pas douteux, à 
mon sens, que ce soit ce nom, douné aux T'ou-yu-houen par leurs 
voisins des «tribus mélangées du Nord-Ouest», qui a passé en 
tibétain proprement dit sous la forme 'A-za. 

Ce point acquis, un nouvel aspect du problème reste à examiner. 
La forme de «barbares A-tch'ai», avec la même orthographe, se 
trouve dans le Sang chou, dans le Pei che (ch. 96, i^ 4 v"), dans 
le Wei chou (ch. 101, P 3 v»); le Tsin chou (ch. 97, f" 4 r«) l'a 
également, mais ajoute qu'on dit aussi |^ J^ Ye-lu («barbares 
sauvages» ou «barbares Ye»?). En rencontrant ces noms, j'avais 
songé immédiatement au texte du Wei Ho sur les pays d'Occident, 
où il est question d'anciens esclaves des Hiong-nou qui, dans la 
première moitié du IIP siècle, étaient établis dans le Nord du 
Kan-sou et étaient connus sous le nom de -^ ^ Tseu-lu, «bar- 
bares Tseu», ^tseu* étant (d'après le Wei Ho) le mot Hiong-nou 
signifiant «esclave»^). Nous avons souvent des transcriptions chinoises 



1) Cf. J. A., 1912, II. 522; 1914, II, 144. 

2) Le vrai sens de lu est «prisonnier», mais, dès les Han, les textes chinois rem- 
ploient comme une épithète méprisante désignant les a barbares» du Nord et du Nord-Ouest, 
et, sous les T'ang, le mot est constamment employé à propos des Tibétains. 

3) Cf. Chavannes, dans T'oung Pao, 1905, p. 625. 



NOTE SUR LES t'OU-YU-HOUEN ET LES SOU-P'l. 325 

OÙ un a-initial est supprimé, soit qu'il s'agisse là d'un fait chinois, 
soit que les transcripteurs chinois reproduisent une forme dialectale 
sans a-initial coexistant avec une forme en a-. D'autre part, il y a 
une ressemblance graphique entre ^ tch'ai et -^ tseu. Le 'A-za 
du tibétain nous garantit la leçon A-tch'ai de nos textes; tseu 
pourrait-il être une mauvaise leçon du texte actuel du Wei lio^ 
C'est possible, mais eu ce cas la faute serait fort ancienne, car le 
Na7i ts'i chou, rédigé au début du VI® siècle et qui s'inspire évi- 
demment du Wei lio, parle également des «barbares Tseu> (ch. 59, 
f° 2 r*'). Que toutefois un rapprochement se soit imposé à l'esprit 
des Chinois comme au mien entre les «barbares Tseu» du Wei Ho 
et les «barbares A-tch'ai» qui sont les T'ou-yu-houen, c'est ce que 
montre le T'ovg tien qui, à la fin du VIII® siècle, écrit |5^ ^ J^ 
A-tseu-lu («barbares A-tseu»), au lieu de «barbares A-tch'ai», pour 
le nom des T'ou-yu-houen (ch. 190, f° 6 v**), et cette leçon a passé 
au X® siècle, avec tout ce texte du T'ong tien, dans le T'ai p'ing 
houan yu ki (ch. 188, f^ 5 r°) ^). J'incline donc à admettre que 
'A-^a, nom tibétain des T'ou-yu-houen, est une appellation remon- 
tant au moins au début du IIP siècle et qui n'est d'origine ni 
T'ou-yu-houen, ni tibétaine; ce nom devait désigner primitivement 
des tribus mélangées établies au Nord du Kan-sou et que sans 
doute les T'ou-yu-houen venus du bassin du Leao rangèrent, en 
passant, sous leur domination. 

Maintenant, quelle langue parlaient ces T'ou-yu-houen venus du 
bassin du Leao? ^) M. Parker, Chavannes, M. Pranke qualifient les 



1) L'orthographe actuelle du T'ong tien est bien celle que l'auteur donnait; il l'a en 
effet précisée par une glose phonétique gjj ^^ ïyt qui implique la prononciation tseu; 
cette glose a passé également dans le T'ai p'ing houan yu ki, mais 011 tsi, au moins 
dans les éditions modernes, y est altéré en ^gK kiun. 

2) La plupart des histoires dynastiques les font venir du Leao-tong; le Sou« c^om dit 
par contre «du Leao-si » et la «droite du Leao» indiquée par le So»^ cäom (ch. 96, f° 1 r") 
est en faveur du Souei chou. M. Parker {À Thoutand years of the Tartars, p. 151 — 152) 
donne pour berceau aux T'ou-yu-houen la région de Jehol; il ne doit pas être loin de la vérité. 



326 t i- !,, -M PAUL P ELLIOT. 

T'ou-yu-howen de Tongous; Rockhill et M. Laufer ont pensé au 
contraire que c'étaient des Mongols ^). La question est liée à mon 
sens à celle de la parenté linguistique des Sien-pi, car, contrairement 
à ce que M. Laufer paraît supposer, je ne vois pas de raison de 
révoquer en doute l'histoire très précise de la migration qui a amené 
les T'ou-yu-houen de la région du Leao dans celle du Koukou-nor, 
Mais la question même des Sien-pi est fort obscure. Pour ma part, 
j'incline à considérer les Sien-pi comme des tribus de langue mongole 
dont le nom survivait à l'époque des T'ang et des Song dans celui 
des Che-wei, et on sait que parmi les tribus Che-wei de l'époque 
des T'ang Bguraient les Mong-wou, dont le nom doit bien être 
identique à celui des Mon^u, Mon/us, Mon^ul de la première moitié 
du XIP siècle, inséparable lui-même de celui des Mongols de 
Gengis-khan. 

Les quelques mots de la langue des T'ou-yu-houen qui nous ont 
été conservés me semblent appuyer cette manière de voir. 

Lorsque T'ou-yu-houen, le prince éponyme du futur royaume 
T'ou-yu-houen, se fut séparé de son frère cadet qui, né de la 
femme légitime, avait succédé à son père dans le commandement 
de la tribu, ce frère cadet lui envoya un émissaire pour l'exhorter 
à revenir. T'ou-yu-houen accepte si ses chevaux consentent, et 
l'émissaire se prosterne joyeux en disant ^ ^ ^ tch'ou k'o-han, 
ce qui veut dire en chinois ^^ ^ ^ eul kouari'kia. Mais les 
chevaux refusent de reprendre la route de l'Est, et l'émissaire, 
vaincu, reconnaît le prodige dans une phrase où il s'adresse à 
nouveau à T'ou-yu-houen en l'appelant k'o-han. Nous avons ainsi, 
pour une tradition qui se rapporte à 250 —260 de notre ère, deux 
mots T'ou-yu-houen qu'il est intéressant d'examiner. 

Le premier, ich'ou^ traduit en chinois par ^^ euly «toi», est 
sûrement le pronom de la seconde personne. Il y a une parenté 



1) Cf. les références de Laufer, dans T'oung Pao, 1908, p. 451. 



NOTE SUR LES T'OU-YÜ-HOÜEN ET LES SOü-P'l. 327 

assez étroite entre les pronoms des deux premières personnes en turc, 
en mongol et en mandchou. Le pronom de la première personne 
est en turc bän {märt), génitif bänin {mänin)^ nom. plur. biz\ en 
mongol bi, gén. wn'/m, nom. plur. bida^ gén. plur. bidanu^) ou mauu\ 
en mandchou bi, gén. minu (jucen mim), nom. plur. be, gén. plur. 
rneni. Le pronom de la seconde personne est en turc sein, gén. sdnin, 
nom. plur. siz; en mongol cl, gén. êinu, nom. plur. ta, gén. plur. 
tanu; en mandchou si, gén. sini, nom. plur. suve, gén. plur. suveni^). 
Comme on le voit, on retrouve en particulier en mongol et en 
mandchou, pour le pronom de la première personne, l'alteruauce qui, 
dans une partie des dialectes turcs, transforme b- en m- dans les 
mots comportant une nasale. 

A laquelle de ces langues convient-il de rattacher le tch'ou, «toi», 
du T'ou-yu-houen ? Tch'ou est malheureusement un mot à deux 
prononciations, tch'ou {*t^s'ia) et tchou {*t^siu), et, bien qu'il se 
rencontre dans la transcription d'un certain nombre de noms turcs, 
aucun de ceux dans lesquels il entre n'a été, autant que je me 
rappelle, rétabli de façon certaine jusqu'ici. Mais la restitution nor- 
male ne peut être que *êu ou *cä. Le turc, avec son sän, est ici 
hors de question. Restent le mongol et le mandchou Les c- mongols 
devant -i sont très souvent développés d'anciens t-, et l'analogie du 
pluriel ta conduit à supposer que le ci mongol est issu de *ti', les 
passages de *ti- a ci- en mongol ont continué longtemps; certains 
sont postérieurs au XIIP siècle, mais ils peuvent avoir commencé 
de très bonne heure; *cu (*crt) du T'ou-yu-houen peut donc se 
rattacher à ci du mongol au moins aussi bien qu'à si du mandchou 



1) La forme moderne est bidä, bidänü, mais les transcriptions de l'époque mongole 
montrent qu'on prononçait anciennement ces formes à la classe forte. 

2) Je ne dis rien ici du pronom de la troisième personne, aujourd'hui perdu en mongol 
comme pronom indépendant; mais il existe encore à plusieurs cas dans les textes des XI II*' 
et XI V" siècles et se relie régulièrement au pronom ?", «il», du mandchou. 



328 PAUL PELLIOT. 

(nous igQorons malheureusement jusqu'ici la forme juëeii du pronom 
de la seconde personne, et il en est de même pour le khitan). 

Le second mot cité par le Song chou est pj* ^^ k'o-han {*k'(t-yan), 
rendu par kouan-kia, mot-à-mot «famille maudarinale», «famille 
noble», mais qui s'est employé autrefois pour dire «l'empereur». 
II n'est pas douteux que nous ayons ici, et pour • un fait qui 
remonterait au milieu du III® siècle, le titre même qui a fait for- 
tune plus tard sous la forme turque de qaycat', la transcription est 
rigoureuse ^). Mais on sait que, si le titre de qayan fut adopté par les 
Turcs T'oa-kiue au VP siècle, cela ne veut pas dire que le mot 
ait été nécessairement turc à l'origine. Dans la première moitié du 
IIP siècle, ce titre aurait été porté par un chef Sien-pi du Kan-sou, 
appartenant à un autre groupe que les T'ou-yu-houen, et ancêtre 
éponyme des '^ ^ K'i-fou qui, à la fin du IV® siècle et au début 
du V®, régnèrent dans une partie du Kan-sou sous le nom de ^ 
Tsin occidentaux ^) ; nous ne sortons pas par là des Sien-pi *). 
Par la suite, qayan est le titre porté au début du V® siècle par les 
souverains Jouan-jouan (Avar), et au début du VIP siècle par les 
princes T'ou-yu-houen. Or il semble que les Avars aient été des 
Mongols, et c'est d'eux que les T'ou-kiue (Turcs de l'Orkhon) ont 
hérité le titre de qayan avec une bonne partie de leur organisation 
administrative et de leurs dignités de cour. Par ce titre de qayan, 



1) C'est à ce passage du Sonj chou que M. Shiratori a déjà fait allusion dans Keleii 
Szemle, II, 15 — 16. 

2) Cf. Tiin chou, eh. 125, f° 1 r", et F. W. K. Müller, dans Osiasiat. Zeitsckr., 
VIII, 313. Ce texte du Tsin chou écrit Hj Tr k'o-han {*k'a-yau); c'est l'orthographe 
qui a généralement prévalu par la suite, et de préférence & celle du Song chou. J'admets 
que le Tiin chou actuel, bien qu'il n'ait été rédige qu'au VU" siècle, reproduit exactement 
l'orthographe des textes plus anciens sur lesquels il a été compilé. 

3) Le début du Wei ekou rattache aussi les Wei aux Sien-pi; il est certain que les 
Wei n'étaient pas des Tongous, mais ils ne paraissent pas non plus avoir été des Mongols ; 
la liste de mots des Wei conservée par le Nan ts'i chou semble bien plutôt les rattacher 
aux Turcs. 



NOTE SUR LES t'oU-YU-HOUEN ET LES SOU-P'l. 329 

qu'ils auraient connu dès le III® siècle, les T'ou-yu-houen semblent 
donc se rattacher aux Mongols plutôt qu'aux Tongous. 

Un autre mot T'ou-yu-houen fourni par presque toutes les 
notices sur les T'ou-yu-houen est j$^ "f"" a-kav, parfois écrit ^ -^ 
a-yu, «frère aîné»; l'une des deux formes est altérée graphiquement 
de l'autre. Le mot turc pour «frère aîné» est anciennement âci, eei, 
plus récemment aqo, aya; le mot mongol est aqa; le mot mandchou 
est ahun (jucen a%ui\un). Il paraît clair qu'il faut adopter pour les 
T'ou-yu-houen la leçon a-kan - *oqa)u ce qui, avec 1'-?/ final quies- 
cent du mongol, ramène régulièrement *aqan à oqa du mongol ^). 

Les notices sur les T'ou-yu-houen mentionnent encore un mot 
T'ou-yu-houen ^M. ^ mo-hô i^m^ak-ya)^ qui signifiait «père», et 
entrait dans une titulature. Ce mot se retrouve avec la même 
transcription chinoise à l'époque des Turcs de l'Orkhon, en parti- 
culier dans le titre de haya-tarqan. Le mot baya ne s'explique pas 
en turc, et M. Bang a proposé jadis d'y voir le mongol baya, 
«petit» ^). Remarquons que, même dans cette hypothèse, le titre 
serait un emprunt aux Avars, à qui les Turcs de l'Orkhon doivent 
aussi le pluriel «mongol» tarqat de tarqan. Mais je pense plutôt 
que les Avar avaient le même mot baya que les T'ou-yu-houen, 
et je serais tenté d'y voir une forme aphérétique correspondant au 
mongol aboya, «oncle paternel». Ni le turc ancien, ni le mandchou 
n'ont ce mot; les termes pour «père» et «oncle paternel» portent 
d'ailleurs en turc, en mongol et en mandchou trace de flottements 
qui tiennent peut-être à l'ancien usage d'épouser ses belles-sœurs. 



1) On remarquera que le q- de qayan est rendu en chinois par k'-, c'est-à-dire par 
une aspirée, au lieu que le -q- de *aqan. est rendu par un k non aspiré. De même le turc 
saqal est transcrit en chinois au VP et an Vil' siècle par ^^ J& so-ko {*sa-kaS), 
c'est-à-dire sans aspiration. Il est possible que la différence du traitement tienne à une 
différence de prononciation du q en mongol et en turc anciens suivant que ce q était initial 
ou médian. 

2) Cf. Marquart, Die Clironologie der aîttilrk. Inschriften, Leipzig, 1898, in-8°, p. 99. 



330 PAULPELLIOT. 

Enfin, les litres complets de deux qayan T'ou-ya-houeii que nous 
connaissons au VII® siècle se terminent tous deux par ^ leou 
suivi de qayan; on est assez tenté d'y voir des épithètes se termi- 
nant par le su£Sxe adjectif -fu du mongol, encore que l'ensemble 
des deux titres ne se laisse pas restituer pour l'instant. 

Tout bien pesé, et sans considérer le problème comme tranché 
définitivement, je crois donc pouvoir conclure que, selon toute 
vraisemblance, les T'ou-yu-houeu installés au Koukou-nor parmi des 
populations tibétaines étaient eux-mêmes de langue mongole. 

II. Les Sou-p'i. 

Au Sud-Ouest des T'ou-yu-houen et au Nord-Est du Tibet 
proprement dit se trouvait, au VP siècle et dans la première moitié 
du VII®, une principauté tibétaine que les textes chinois appellent 
généralement |^ B^ Sou-p'i; les Chinois y voyaient un des 
«royaumes des Femmes», et les notices des T'ang lui ont parfois 
rapporté des informations qui se rapportent à un autre «royaume 
des Femmes» situé à l'Ouest du Tibet ^). Sou-p'i suppose un nom 
indigène *Su-bi ou *Su-vi, qui ne se retrouve sous cette forme 
nulle part ailleurs. Mais, parmi les manuscrits que j'ai rapportés 
de Touen-houang, se trouve une traduction chinoise du Vyâkarcna 
de Khotav, due à ^ J^ Fa-tch'eng, et qui doit donc remonter à 
la première moitié du IX® siècle^); les Sou-p'i y sont nommés. 
Si on compare la nomenclature de ce texte avec celle fournie par 
les extraits du texte tibétain qu'a publiés M. Thomas '), on est 
amené à supposer que les Sou-p'i ne sont autres que les Sum-pa 
du texte tibétain. Or l'hypothèse devient une certitude si nous nous 



1) Cf. Bushell, dans .7. R. A. S., 18S0, p. 531 ; Chavannes, Documents sur les Tou- 
Mue ooeidentatue, p. 169; et mes remarques dans T'oung Fao, 1912, p. 358. 

2) Cf. /. A., 1914, II, 144. 

8) Dans Stein. Jncieni KAota», II, &84. 



NOTE SUR LES t'OU-YU-HOÜEN ET LES SOU-P'l. 331 

reportons à la notice sur les Sou-p'î dans la Nouvelle histoire des 
T'ang^); on y lit en effet que les Sou-p'i étaient primitivement un 
état de K'iang qui fut conquis par les T'ou-fan (Tibétains de Lhasa) 
et reçut le nom de -^ |^ Souen-po (*Su8n-pua). Souen-po ramè- 
nerait normalement à *Sun-pa, mais on sait que le chinois ancien 
n'avait pas de mot *sum; il a donc dû sacrifier la nasale labiale 
pour rendre le timbre u de la voyelle labiale, et Souen-po est sûre- 
ment le Sum'pa des Tibétains. En réalité, je ne suis pas sûr que 
Sou-p'i (*Su-bi) soit essentiellement différent de Sum'pa. Bien que 
les K'iang aient été très probablement de langue tibétaine, ils 
parlaient peut-être un tibétain assez différent de celui des Tibétains 
qui fondèrent l'empire de Lhasa, et *Su-bi pourrait être la forme 
«k'iang» du même nom dont Sum'pa était la forme «t'ou-fan». 
Le nom de Sum-pa a survécu dans la nomenclature géographique 
moderne, où il désigne un des districts septentrionaux du Tibet. 



1) Cf. Chavannes, Documents, p. 169. 



Notes additionnelles. 

P. 324. — L'alternance T'ou-yu-houen et T'ouei-houen paraît être 
du même type que celle des doublets yuyu- et yui-, «demander», 
guyû- et gui-, «courir», en mongol. 

P. 326. — L'identification du nom des Sien -pi à celui des Che-wei 
supposerait un original *Särbi, *Serbi. 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIUAN-TSANG 
EN 630 AP. J.-C. 

PAR 

.-]--■ 

H .m Sir AÜREL STEIN. 

C'est pendant ma seconde expédition en Asie centrale, durant 
l'automne de 1907, que j'ai traversé le «Gobi» pierreux du Pei-chan, 
par le chemin qui conduit, à travers le désert, de l'oasis de Ngan-si 
à Hâmi. Cette voie sert de grand' route pour relier le Kan-sou, 
situé à l'extrême ouest de la Chine avec la province de Sin-Kiaug, 
«la Nouvelle Possession» ou Turkestan chinois. Je savais alors 
que je suivais la vieille «route du Nord» qui, dès que les Chinois 
eurent pris pied solidement à Hâmi, en 73 ap. J.-C, leur servit 
régulièrement de grande voie de communication avec leurs posses- 
sions de l'Asie centrale, toutes les fois qu'ils furent en mesure 
d'assurer un contrôle politique ou militaire sur ces territoires éloignés. 
Sur le moment, cette idée m'aida à me résigner au fait que des 
considérations d'ordre pratique m'imposaient une route déjà suivie 
par plus d'un voyageur européen depuis Prjevalsky, et dont les 
vastes étendues de graviers et de rocs en train de se désagréger 
ne se prêtaient guère à de nouvelles observations tant soit peu 
intéressantes. 

J'ai eu, depuis, à m'occuper de cette région dans Sêrindia^ le 
rapport détaillé des résultats scientifiques de mon deuxième voyage 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIÜAN-TSANG. 333 

eil Asie centrale (rapport terminé en 1918, et qui, je l'espère, sera 
publié sous peu par l'Imprimerie de l'Université d'Oxford). C'est 
seulement alors que j'accordai toute l'attention voulue aux circon- 
stances qui autorisent cette route désolée à réclamer un iutérêt 
spécial et quasi-personnel de la part de quiconque s'occupe de la 
géographie historique de l'Asie centrale. Elle le doit à un épisode 
célèbre de la vie du grand pèlerin chinois Hiuan-tsang, à la fois 
le Pausanias et le Marco Polo des Bouddhistes, dont le voyage aller 
et retour de la Chine aux Indes à travers l'Asie centrale, accompli 
dans ïe deuxième quart du VIP siècle de notre ère, nous a fourni 
des renseignements si nombreux et si importants sur la géographie, 
l'histoire, les antiquités, etc., des immenses régions qu'il a parcourues. 
Je veux parler de cette hardie traversée du désert, grâce à laquelle 
notre pieux voyageur s'échappa, vers le début de l'an 630 ap. J.-C, 
par-delà ce qui était alors la frontière de l'Empire chinois, si ja- 
lousement gardée q'u'elle fût, et pénétra dans ces «Régions occiden- 
tales» que son ardente poursuite de la sainte Loi Bouddhique le 
poussait à explorer. 

L'histoire de cette grande aventure, où Hiuan-tsang faillit périr 
de soif dans le désert, n'a pas encore été examinée à la lumière 
d'une connaissance exacte de la topographie du pays. On n'en trouve 
d'ailleurs pas le récit dans le Si Yu Ki, ou «Relation des Contrées 
occidentales» écrite par Hiuan-tsang lui-même (puisque celle-ci ne 
commence qu'au moment où il quitte le Tourfân pour se diriger 
vers l'ouest), mais seulement dans la «Fî'o» de Hiuan-tsang, œuvre 
compilée à l'origine par son disciple Houei-li et éditée plus tai:d dans 
des conditions qui devaient fatalement en diminuer la valeur critique ^). 
Aussi pouvait-on à bon droit entretenir des doutes sur l'exactitude 



1) Cf. Stanislas Julien, Ristoire de la vie de Iliouen-lhsanff, préface p. lxxvi et seq., 
où sont exposées les conditions dans lesquelles le texte de la biographie, originairement 
compilée par le moine Hoeï-li (Houei-li) fut retrouvé et édité. 



334 AUREL STEIN. 

des détails contenus dans cette narration, en raison surtout de la 
nuance de surnaturel que l'histoire, telle qu'elle nous est rapportée 
par le pieux biographe, prête à certains événements quasi-miraculeux 
auxquels le grand pèlerin dut son salut, au moment où, perdu dans 
le désert aride, il était sur le point de mourir de soif et d'épuisement. 

Il n'est donc que plus intéressant de voir qu'une soigneuse 
comparaison révèle un accord étroit entre les détails précis de 
l'histoire et les données de notre relevé topographique de la route 
depuis les parages de Ngan-si jusqu'à Hämi. Cette entière conformité 
démontre de façon frappante l'exactitude avec laquelle Hiuan-tsang 
lui-même a dû se rappeler et raconter ce fameux épisode initial de 
ses courses errantes. Elle contribue à confirmer une fois de plus la 
fidélité subjective de ses récits; et comme il nous faut à chaque in- 
stant nous en servir quand nous avons à traiter de la géographie 
ancienne de l'Asie centrale ou de l'Inde, les notes qu'on va lire 
sur l'itinéraire suivi par Hiuan-tsang à travers le désert peuvent à 
juste titre trouver place ici. 

Cependant, avant d'essayer de suivre pas à pas le pieux voyageur, 
il serait bon d'indiquer rapidement certains faits topographiques 
particulièrement importants, tant en ce qui concerne son point de 
départ, l'oasis de Ngan-si, qu'à propos du terrain que traverse la grand' 
route actuelle entre cette oasis et Hämi. Dans les chapitres XV et 
XXVII de ma *Serindia*, j'ai déjà eu l'occasion de discuter à fond 
les raisons de géographie générale qui ont obligé les Chinois, 
depuis le début de l'expansion de leur puissance vers l'ouest, dans 
le dernier quart du IP^ie gi^de av. J.-C, jusqu'à nos jours, à 
choisir, comme ligne principale de communication avec l'Asie centrale, 
la route qui longe le pied du versant nord des montagnes neigeuses 
du Nan-chan. Là seulement se rencontre une série de districts 
relativement bien arrosés et fertiles, s'étendant de Liang-tcheou à 
Sou-tcheou en pa.ssant par Kan-tcheou, et capable de servir de base 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIÜAN-TSANG. 335 

sûre à des expéditions commerciales et militaires à travers les grands 
déserts qui séparent le Kan-sou du Turkestan chinois. Au-delà de 
Sou-tcheou, où se termine la Grande Muraille médiévale de l'Empire, 
cette ligne s'amincit à mesure qu'on s'enfonce vers l'ouest, jusqu'à 
n'être plus qu'un chapelet de petites oasis, entre autres le Yu-mên- 
hien actuel, Ngan-si et Touen-houang. Celles-ci sont toutes situées 
dans la vallée très large, mais pour la plus grande partie absolu- 
ment stérile, par laquelle le cours inférieur du Sou-lo Ho va se 
perdre dans le désert, à l'est de l'ancien lit de la Mer de Lop. 
On retrouvera tous ces traits essentiels clairement marqués sur la 
carte I, accompagnant mes Ruins of Desert Cafhay, et publiée 
d'abord par le Geographical Journal, dans le numéro de mars 1911, 
afin d'illustrer les explorations de mon second voyage. 

Aussi longtemps que les entreprises commerciales et militaires 
des Chinois visant le bassin du Târim purent continuer à se diriger 
ainsi droit à l'ouest et à suivre cette première route, à travers le 
désert d'argile et de sel laissé par le lit desséché de la Mer de Lop, 
jusqu'aux établissements ruinés de Lou-lan ^), aussi longtemps Touen- 
houang, la dernière oasis en-deçà de la vieille frontière chinoise du 
temps des Han, demeura le point de départ et, pour ainsi dire, la 
tête de pont pour la grande traversée du désert. Mais quand, après 
le IIP"^® siècle de notre ère, Lou-lau fut abandonné au désert et 
que le manque d'eau ferma au trafic cette route diflBcile, mais de 
toutes la plus directe, tout ce qui subsista en fait de rapports avec 
l'Asie centrale, après la disparition du contrôle politique chinois 
sur les «Régions occidentales», se détourna forcément, de façon à 



1) J'ai réussi, au cours de mes explorations du désert de Lop en 1914 — 15, à relever 
cette ancienne route de Lou-lan d'un bout à l'antre: pour son tracé, cf. A i/iird jotirney 
cf exploration in Central Asia, 1913 — 16, dans le Geographical Journal, 1916, XLVIII, 
p. 124 — 129; voir aussi dans Serindia, ch. XIV, une revue des notices historiques chinoises 
relatives à cette route. 



336 AUREL STEIN. 

peu près complète, vers les routes qui traversent le «Gobi» du 
Pei-chan dans la direction de Hâmi. 

Parmi ces routes, celle qui partait de l'oasis de Ngau-si et con- 
duisait presque en droite ligne, au nord-ouest, vers la région culti- 
vable de Hâmi, au pied du versant sud du Karlik-tägb, doit sûre- 
ment avoir été de tout temps relativement la plus facile, et par 
suite la plus fréquentée. C'est en suivant la ligne de son tracé que, 
pour les voyageurs venant de la Chine proprement dite, ou s'y 
rendant, la distance à couvrir à travers un terrain absolument 
désertique est la plus courte. Elle traverse le désert pierreux du 
Pei-chan en onze marches, dont le total s'élève, comme l'a montré 
notre relevé, à environ 218 milles. Hâmi, grâce aux facilités d'irri- 
gation que lui assure le voisinage des neiges du Karlik-tîîgh, a 
toujours été, dans les temps historiques, un endroit renommé pour 
ses produits agricoles, et un emporium naturel pour tout le trafic 
qui traversait la région désertique du sud- est. Ngan-si, de son côté, 
ne s'est pas encore relevé de toutes les ruines causées par la grande 
rébellion des Touuganes, dans la sixième décade du siècle dernier. 
Néanmoins, si maigres que soient ses présentes ressources, elles 
suffisent pour permettre aux caravanes de marchands et aux autres 
voyageurs de se ravitailler sur place. Dans les temps anciens, comme 
le prouvent quantité de témoignages historiques, ces ressources 
élaieut beaucoup plus considérables. Quant aux autres routes, qui 
peuvent encore conduire de Hâmi et de l'extrémité orientale du 
T'ien-chan vers les districts frontières du Kau-sou et de la Chine 
même, toutes traversent les étendues stériles du «Gobi» du Pei-chan 
sur des distances bien plus longues ^). Ainsi que l'a démontré, eu 



1) La carte russe, à l'cchelie de 40 verstes au pouce, des régions au-delà ùo la 
frontière asiatique indique en effet sur les feuilles XXI et XXIT, moitié d'après des relevés 
d'explorateurs russes tels que Groum Grijmailo et Obroucl:ev, moitié d'après des «rensei- 
gnements indigènes», des routes qui traversent le Pei-chan à l'est de la ligne Hâmi — Ngan-si. 
Une route distincte des précédentes et menant de Hâmi au grand coude du Sou-lo Ho 8 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIUAN-TSANG. 337 

septembre 1914, mon voyage de Mao-mei au Karlik-tagh ^), elles 
présentent des diflScultés analogues, sinon pires, en ce qui concerne 
le ravitaillement en eau et la nourriture des bêtes de somme. 

A la lumière de ces simples faits géographiques, il ra'apparaît 
clairement que la route menant de Ngan-si à Hâmi a toujours dû 
conserver son importance pendant les périodes durant lesquelles elle 
fut ouverte aux relations entre la Chine et l'Asie centrale, et qu'au 
surplus son tracé, selon toute vraisemblance, doit avoir toujours été 
sensiblement le même qu'à présent. Cette dernière conclusion se 
justifie d'autant mieux que — comme on peut le voir sur la carte 
jointe a Desert Cathay et, avec plus de détails, sur les feuilles 
reproduisant notre levé topographique à l'échelle de 4 milles au 
pouce 2) — à l'exception d'un petit détour rendu nécessaire par 
l'approvisionnement d'eau entre la source de Ta-ts'iuen et celle de 
Cha-ts'iuen-tzeu, la route actuelle conduit presque en ligne droite 
depuis Ngan-si jusqu'au plus proche endroit habité sur la lisière de 
l'oasis de Hami. 



été suivie en 1898 par le Prof. FuTTERER, qui l'a très soigneusement décrite dans Geogra- 
phische Skizze der Wüste Gobi, Ergänzungsheft n° 139, Fetermatms Mitteilungen, 1902. 
Cet article expose de la façon la plus instructive la géologie et la phyiiographie générales 
des chaînes du Pci-chan oriental. 

Parmi les différents tracés de route marqués sur la carte russe mentionnée çi-dessus 
comme traversant le Pei-chan à l'ouest de la ligne Ngan-si — Hâmi, il n'y en a qu'un qui 
puisse être considéré comme praticable et réellement existant. C'est celui relevé par le 
capitaine Roborovsky, au cours de son expédition de 1893: il se détache de la grand'route 
chinoise à Kou-chouei, à quatre étapes de Hâmi, et pique droit au sud sur Touen-houang. 
La difficulté de s'y approvisionner en eau, etc., fait que cette route n'est que rarement 
suivie de nos jours. Les voyageurs chinois, partant de l'oasis que je viens de nommer, 
préfèrent rejoindre la grand'route à Hoang-liou-yüan, la seconde étape après Ngan-si. 
L'existence des autres chemins, étant données les informations recueillies par le capitaine 
Roborovsky et le professeur Pelliot, semble des plus problématiques. 

1) Voir «A third journey of exploration in Central Asia». Geographical Journal, 
XLVIII, p. 200. 

2) Voir les feuilles n° 73, 76, 77, 80 et 81 de l'Atlas préparé par le Service géogra- 
phique de l'Inde pour être joint ù mon volume de Serindia. Par ordre du Directeur général 
de ce même service, des bonnes feuilles de l'atlas ont été envoyées, en 1914, aux principales 
institutions géographiques d'Europe et d'Amérique. 



388 AUREL STEIN. 

Ngan-si, l'ancien Koua-tchéou, qui fut le point de depart de 
Hiuau-tsang dans l'épisode de son voyage dont nous avons à nous 
occuper ici, ne mérite pas de retenir longtemps notre attention. 
Dans mon Desert Cathay, au chap. LXXI, j'ai déjà consigné les 
observations que j'avais pu faire sur sa condition présente au cours 
de mes séjours de 1907 ^). Le Ngan-si-tcheou actuel, situé à quelque 
distance de la rive gauche du Sou-Io Ho, n'est guère, eu dépit de 
sou nom sonore («la Cité de [la garnison] qui protège l'ouest»), 
qu'une rue de maisons clairsemées au milieu d'une vaste enceinte 
de murailles croulantes. Il doit ce qu'il a d'importance uniquement 
au fait que c'est la dernière étape sur la route de Hâmi où l'on 
puisse trouver à s'approvisionner. Au sud de la ville s'étend, entre 
le lit de la rivière et le pied des collines stériles qui forment 
l'avant-garde du Nan-chan, une large plaine couverte de brousse, 
où des bandes de maigres cultures sont coupées par de vastes 
étendues en friche. Des ruines de villes et de villages entourés de 
murs abondent dans cette région désolée, attestant son ancienne 
prospérité. Parmi ces ruines, la plus considérable et la plus centrale 
porte encore le nom de Koua-tcheou-tch''éng, la « ville murée de 
Koua-tcheou» et la tradition locale en fait le site de l'ancien chef- 
lieu du district^). Des raisons d'ordre archéologique, que j'ai discu- 
tées dans Serindia, corroborent l'exactitude de cette tradition; selon 
toute vraisemblance c'est là qu'il faut situer le centre administratif 
du district de Koua-tcheou, où la Vie fait arriver Hiuan-tsaug vers 
la fin de l'an 629 de notre ère ^). 



1) Cf. Bcsert Cathay, II, p. 235 et suivantes. 

2) Se reporter pour la position exacte de ce site ruiné et la topographie du chemin 
de Ngan-si, au carton à l'échelle de l : 1.000.000' insérée dans la carte 1 de Beseri Cathay. 

3) Cf. Stan. Julien, Histoire de la vie de Hiouen-thsang (Paris, 1853), p. 17; ainsi 
quo Beal, The Life of Hiuen-tsiang, p. 13. Dans les citations extraites de la F»e que nous 
aurons à faire çi-dessous, nous suivrons le texte du grand sinologue français, sur lequel la 
traduction anglaise est géDuralement fondée. 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIÜAN-TSANG. 339 

Le savant moine bouddhique avait quitté Tch'ang-ngan, la capitale 
chinoise, dans le dessein avoué de « voyager vers l'ouest, à la 
recherche de la Loi dans le royaume des Brahmanes», c'est-à-dire 
dans l'Inde. Mais bien que le grand empereur T'ang, T'ai Tsoung 
(627—650 ap. J.-C), fût déjà engagé dans cette politique d'expan- 
sion vers l'occident, qui devait avant longtemps rétablir, après un 
intervalle de plusieurs siècles, le pouvoir des autorités chinoises sur 
le bassin du Tarim et même au-delà, les méthodes traditionnelles 
tendant à isoler la Chine de l'occident barbare étaient encore en 
vigueur sur la frontière du Kan-sou: «A cette époque, l'adminis- 
tration du pays était encore nouvelle, et les frontières de l'empire 
ne s'étendaient pas fort loin. Le peuple était soumis à de sévères 
défenses, et il n'était permis à personne de sortir pour aller dans 
les pays étrangers» ^). 

Aussi Hiuan-tsaug avait-il été obligé de quitter Liang-tcheou en 
secret, et de gagner Koua-tcheou par des marches de nuit. Arrivé 
là, «le Maître de la Loi» s'étant informé des routes de l'ouest, on 
lui répondit: «>A 50 li d'ici, eu marchant vers le nord, on rencontre 
la rivière Hou-lou, dont le cours inférieur est large, et le cours 
supérieur très resserré. Ses eaux tournoient constamment et roulent 
avec une telle impétuosité qu'on ne peut la passer en bateau. C'est 
près de la partie la plus large qu'on a établi la barrière Yû-mên- 
Kouan, par laquelle on est obligé de passer, et qui est la clef des 
frontières de l'ouest. Au nord-ouest, en dehors de cette barrière, il 
y a cinq tours à signaux, où demeurent les gardiens chargés d'ob- 
server. Elles sont éloignées l'une de l'autre de cent li. Dans l'inter- 
valle qui les sépare, il n'y a ni eau ni herbages. En dehors de ces 
cinq tours s'étendent le désert de Mo-ho-yen et les frontières du 
royaume d\I-Wou (Hâmi)». 

La Vie raconte de façon touchante comment l'ardent pèlerin en 



1) Cf. Julien, Vie de H.-t., p. 10. 



340 AUREL STEIN. 

vint à braver l'interdiction officielle et à s'aventurer dans le redou- 
table désert par-delà la frontière '). En recevant les renseignements 
que nous venons de rapporter, il s'était d'abord senti très abattu; 
et, comme en outre il venait de perdre son cheval, il passa un mois 
dans l'affliction. Là-dessus, le gouverneur local apprit par ses es- 
pions les intentions de Hiuau-tsang: mais comme c'était un homme 
plein de piété, il lui montra en secret leur rapport, et finalement, 
ému par sa sincère ferveur, décida — more Sinico — de fermer les 
youx. Néanmoins les ennuis du saint voyageur ne firent que s'ac- 
croître, tant à cause de la défection des deux jeunes moines qui 
devaient l'accompagner, que de la difficulté où il était de se procurer 
un guide. Mais des songes et des présages favorables lui firent 
reprendre courage, et un jeune indigène dévot l'aida à se rencontrer 
en secret avec un «barbare» âgé qui avait fait quinze fois le 
voyage ù'I-wou, aller et retour. 

Le vieillard lui donna ce grave avertissement: «Les routes de 
l'ouest sont mauvaises et dangereuses; tantôt on est arrêté par un 
fleuve de sable (des sables mouvants), tantôt par des démons et des 
vents brûlants. Lorsqu'on les rencontre, il n'est personne qui puisse y 
échapper. Souvent des caravanes nombreuses s'y égarent et périssent». 
Mais Hiuan-tsang demeura ferme et déclara que s'il ne finissait pas 
par atteindre le royaume des Brahmanes, de sa vie il ne retournerait 
vers l'orient, dans la direction de la Chine: «Quand je devrais 
mourir au milieu de ma route, je n'éprouverais nul regret». 
Là-dessus le sage vieillard lui dit: «Maître, puisque vous êtes 
décidé à partir, il faut que vous montiez mon cheval. Déjà plus 
de quinze fois, il a fait aller et venir le chemin ù*I-wou (Härai). 
Il est vigoureux et connaît les routes. Votre cheval, au contraire, 
est faible et n'y arrivera jamais». Nous verrons un peu plus tard 
le rôle important que cette brave monture, «maigre et de couleur 



1) Voir Julien, Vie de H.-t., p. 17—21. 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIÜAN-TSANG. 341 

rousse», contre laquelle il échangea la sienne, était destinée à jouer 
dans cette aventure: c'est enfin de compte, à elle que le pèlerin dut 
d'échapper à la mort dans le désert ^). 

Ainsi monté, et accompagné par le jeune habitant du pays qui 
devait lui servir de guide, Hiuan-tsang partit la nuit de Koua-tcheou: 
«A la troisième veille, ils arrivèrent à la rivière et aperçurent de 
loin la barrière Yu-mên-kouan. A dix H en amont de l'endroit où 
était placée cette barrière ^) les deux rives du cours d'eau n'étaient 
séparées que par la distance d'un tchang (dix pieds)». A cet endroit, 
ils efifectuèrent leur passage sur un pont de fortune improvisé par 
le jeune «barbare» avec. des branches d'arbre coupées, etc. Puis, 
après s'être reposés sur le bord de la rivière, ils se mirent en route 
avec les premiers rayons du soleil. Mais an bout de quelques pas, 
le compagnon de Hiuan-tsang, effrayé par les périls qui les atten- 
daient, refusa de s'aventurer plus loin et laissa le courageux pèlerin 
continuer seul l'aventure. 

Avant de suivre davantage Hiuan-tsang, il serait à propos de 
résumer les indications que nous pouvons tirer de ce bref récit 
d'une part, et, d'autre part, des renseignements locaux que nous 
avons reproduits précédemment, en les comparant ensuite avec la 



\) La mention de ce cheval et ce qu'on nous dit de sa {i;raude cxpe'rience du voyage 
me paraissent donner une note réaliste à l'histoire telle qu'elle nous est rapportée dans la 
Vie. Ce détail, joint à ceux que nous aurons à indiquer çi-dessous, crée une présomption 
en faveur de la véracité foncière du récit recueilli et transmis par le biographe de 
Hiuan-tsang. 

En même temps, la façon dont la Vie rattache l'heureuse acquisition de cette monture 
à une prédictioUj faite à Hiuan-tsang par un devin avant son départ de Tch'ang-ngau, montre 
le même mélange de sens réaliste et de crédulité naïve, qui caractérise mon «saint patron» 
chinois, au même titre que tant de ses compatriotes, anciens ou modernes. Cette même veine 
se retrouve d'un bout à l'autre de ses «Mémoires». (Cf. Desert Cathay, H, p. 169 et sq.). 

2) Je suis ici l'interprétation de Beal (voir: Life of Riuen-tdang, p. 10). La version 
de Julien impliquerait que le lieu de la traversée était à la Barrière même. Mais il est 
évident que tel ne peut être ici le sens, puisque le passage devait s'effectuer en secret. De 
plus, ou nous a dit précédemment que la Barrière de Yii-men se trouvait \ l'endroit où la 
rivière était le plus large, et où par suite il est permis de supposer qu'elle était guéable. 



342 AUREL STEIN. 

présente topographie de Ngan-si. Si nous prenons comme point de 
départ la ville de Koua-tcheou, la route à' I-wou ou Hämi se dirigeait 
d'abord vers le nord sur une distance de cinquante li avant d'at- 
teindre la rivière Hou-lou. Sur les bords de cette dernière était alors 
placé le poste de garde Yû-mên-kouan, «la Barrière de la Porte de 
Jade». A partir de ce point, la route de Hämi s'infléchissait vers 
le nord-ouest et conduisait aux cinq postes de guet installés dans 
le désert pour la surveiller. Le premier soin de Hiuan-tsang devait 
être d'éviter la «Barrière de la Porte de Jade», où il n'aurait pas 
manqué d'être arrêté dans son dessein de traverser la frontière sans 
autorisation. Il quitta donc Koua-tcheou de unit, et aborda la rivière 
à un point situé à une dizaine de li eu amont du poste de garde. 
Ayant réussi à traverser l'eau sans être aperçu pendant la troisième 
veille de la nuit, il rejoignit de là le chemin qui menait à la plus 
proche des tours de guet, et, comme nous allons voir, y arriva après 
avoir couvert une distance de quatre-vingts H. 

Il est aisé de démontrer que ces indications s'accordent pleine- 
ment avec les données de notre relevé topographique du pays. La 
rivière Hou-lou ne saurait être que le Sou-lo Ho ^). La ville en 
ruines de Koua-tcheou-tch'êng^ en raison de sa position centrale et 
de la persistance de la tradition locale, peut être considérée comme 
marquant approximativement le site du Koua-tcheou de l'époque des 
T'ang. Or, c'est à huit milles presque exactement au nord, en droite 
ligne, que la présente route de Hämi traverse le Sou-lo Ho. Si l'on 
admet que le cours de la rivière, à l'époque de Hiuan-tsang, était 
situé à environ deux milles plus au nord, à l'endroit où notre plan 
porte marqué un ancien lit de rivière, la distance est en accord 
encore plus étroit avec les 50 li mentionnés par la Vie: car, ainsi 



I) On doit la première identification correcte de cette rivière avec le Sou-lo Ho, le 
Bouloangir des Mongols, à V. de Saint-Martin: cf. Juukn, Mémoires de Hiouen-thsang, 
II. p. 203. 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIUAN-TSANG. 343 

que nous l'a appris une longue expérience de la façon dont Hiuan- 
tsang calculait les distances le long des routes de l'Asie centrale, 
l'équation «5 H = un mille» représente en général la moyenne 
correcte. Que la route de Hämi, en quittant la rivière, conduise de 
façon constante dans la direction du nord-ouest, il suffit pour s'en 
assurer de jeter un coup d'œil sur la carte. Enfin les 80 li que 
Hiuan-tsang, nous dit-on, aurait couverts entre la traversée de la 
rivière et la première tour de guet correspondent de manière frap- 
pante aux 16 milles environ que la carte montre entre l'ancien lit 
de rivière dont j'ai parlé plus haut, et la première étape, Pei-tan- 
tzti, avec sa source, sur la route actuelle des caravanes. 

En ce qui concerne le site exact de la barrière de Yu-mên à 
l'époque du voyage de Hiuan-tsang, je ne suis pas en mesure de 
le fixer de façon positive: cela ne change d'ailleurs rien à l'itiné- 
raire qui nous intéresse en ce moment. Les découvertes faites en 
1907, au cours de mes explorations de l'ancien Limes chinois ont 
apporté une solution au problème de la position originale et des 
vestiges de cette fameusj place — frontière de la «Porte de Jade», 
jadis située très loin à l'ouest de Touen-houang '^) ; et de bonnes 
raisons archéologiques nous donnent à penser que, même au temps 
de Hiuan-tsang, son transfert dans le nord de Koua-tcheou était de 
date relativement récente ^). La stricte surveillance, exercée dans 
l'antiquité sur tout le trafic traversant la frontière par cette grande 



1) Cf. Besert Cathay, II, p. 115 et seq.; Serindia, chap. XIX, sec. I— III. 

2) Un passage des Annales des T'ang, rapportant l'envoi en 610 ap. J.-C, du fameux 
commissaire chinois P'ei Kiu à Yii-mên-kouan, place clairement cette Barrière de la frontière 
à la ville de Tchin-tch'ang ; cf. Chavannes, Documents sur les Turcs occidentaux, p. 18. 
Les archéologues chinois et la tradition locale de Ngan-si semblent d'accord pour considérer 
Chin-ch'ang comme une sous-préfecture dépendant de Koua-tcheou et située à l'est de 
Ngan-si ectuel: mais sa position exacte reste encore à déterminer. 

Combien de temps la «Barrière de la Porte de Jade» resta-t-elle près de Koua-tcheou, 
et quand et comment le Tû-mén-hien actuel, entre Sou-tcheou et Ngan-si, hérita-t-il du 
nom de l'ancienne station frontière du temps des Han? C'est là une autre question qui 
doit être réservée pour de futures recherches. 



344 AÜREL STEIN. 

porte orientale de la première Grande Muraille, a son pendant exact 
dans la procédure observée jusqu'à nos jours à la porte de Kia-yü- 
kouan, à l'ouest de Sou-tcbeou, ainsi que j'ai eu déjà plus d'une 
fois l'occasion de le signaler soit dans Desert Cathay, soit dans 
Serindia ^). 

Pour mieux apprécier les conditions dans lesquelles Hiuan-tsang 
effectua sa traversée du désert, jetons un rapide regard sur l'aspect 
général de la route telle qu'elle existe aujourd'hui, et sur les traits 
topographiques qui distinguent certaines de ses étapes. Aux yeux 
des Chinois, dont on connaît la partialité marquée pour la vie 
civilisée, cette route désertique doit avoir été de tout temps un 
véritable épouvantail, en quelque qualité qu'ils eussent à l'afiFronter, 
comme soldats, comme marchands, ou comme voyageurs d'occasion. 
Nous en avons tout-de-suite eu l'impression en passant, au cours 
de notre marche, d'une minable petite étape à l'autre. Celles-ci sont 
toutes établies, avec leurs huttes de terre pleines de fumier et leur 
petite caserne, en un endroit où quelque vague dépression du terrain 
fournit chichement un peu d'eau de source ou de puits. Çà-et-là 
seulement, elles offrent des coins de pâturage, faits de brousse ou 
de roseaux. Les conditions du trafic, telles qu'il m'a été donné de 
les observer eu traversant ces étendues complètement stériles de 
gravier, de rocs émiettés ou de sable apporté par le vent, qui sé- 
parent ces lamentables haltes, n'ont guère dû changer depuis 
l'antiquité. 

La difficulté de se procurer assez de paille de roseaux et d'eau 
pour les bêtes de somme, jointe à la disette non moins grande de 
combustible, doit avoir, de tout temps, sérieusement gêné les dé- 
placements d'ordre commercial ou militaire le long de cette route. 
Les conditions climatériques du Pei-chau central sont rendues ex- 
trêmement pénibles, tant par ses ouragans du nord-est, si redoutés 



1) Voir Desert Cathay, II, p. 148, 154, 282; Serindia, ch. XXVII, sec. 1, 11. 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIUAN-TSANG. 345 

et si fréquents en hiver et au printemps, que par sa brûlante sé- 
cheresse et ses orages de poussière pendant l'été: forcément, elles 
ont toujours impliqué de graves risques pour le.s voyageurs isolés. 
Aujourd'hui encore, en l'absence d'un guide, ceux-ci courent, sur 
certaines portions de la route, le risque de s'égarer: et évidemment^ 
ce danger doit avoir été beaucoup plus grand pendant les périodes 
où l'isolement politique de la Chine empêchait tout trafic régulier. 

Si uniforme qu'il soit dans sa morne stérilité, le terrain traversé 
par la route se laisse néanmoins diviser eu certaines sections distinctes. 
Sur les cartes détaillées qui accompagnent Serinâia, nous pouvons 
aisément les reconnaître, et même la carte de Desert Cathay suffit 
à en marquer les limites. Les cinq premières marches à partir 
de Ngan-si conduisent à travers une série de chaînes de collines 
étroites, toutes orientées (ou peu s'en faut) de l'est à l'ouest, et à 
peine surélevées au-dessus des larges vallées, en façon de plateaux, 
qui les séparent. On trouve de l'eau de source aux trois premières 
étapes (Pei-tan-tzeu, Houug-liou-yüan, Ta-ts'iuen) et à Ma-lien- 
tching-tzeu et Siug-sing-hia, on atteint la nappe souterraine par 
des puits qui ne dépassent pas 6 à 8 pieds de profondeur. Appa- 
remment, ce n'est pas sans raison que la frontière entre la pro- 
vince de Kan-sou et celle de Sin-kiang ou Turkestan chinois est 
à présent fixée tout près de Sing-sing-hia; car, au-delà, le 
caractère du terrain subit une transformation marquée et qui n'est 
nullement à son avantage. On rencontre quantité de saillies rocheu- 
ses et de détritus pendant les deux marches suivantes vers Cha- 
ts'iuen-tzeu et K'ou-chouei, en même temps qu'on descend graduelle- 
ment d'environ 2000 pieds au-dessous du niveau moyen des étapes 
précédentes. La plus humble sorte de végétation se fait de plus en 
plus rare, tandis que l'eau devient nettement saumâtre, comme 
l'indique à juste titre le nom de K'ou-chouei, «l'Eau Amère». 

Mais c'est la marche suivante jusqu'à la halte de Yen-toun, 



346 ,:/■■'-■ AUREL STEIN. 

qui est, de toutes, la plus redoutée des voyageurs chinois. Sur une 
distance d'environ 35 milles, elle descend par des pentes de gravier 
absolument dénudées dans une sorte de grand bas-fond à 1500 pieds 
au-dessous du niveau de K'ou-chouei. Totalement dépourvue d'eau 
ou d'abri d'aucune sorte, cette longue marche ne laisse pas d'être 
dangereuse, soit en raison de la grande chaleur qui y règne l'été, 
soit à cause du vent glacé du nord-est qui la balaie en hiver et 
au printemps. Des carcasses de bêtes de somme jalonnent le chemin 
à partir de K'ou-chouei, et les pertes de vies humaines ne sont pas 
un accident sans exemple sur cette partie de la route. Après Yen- 
toun, une autre marche, mais cette fois beaucoup plus courte, à 
travers de semblables étendues d'aride gravier, amène le voyageur 
aux sources de Tchang-liou-chouei ^), à la lisière méridionale d'une 
large ceinture de loess qui reçoit souterrainement l'eau des neiges 
du Karliktagh, et qui se couvre d'une abondante végétation, brousse 
et champs de roseaux. A Tchang-liou-chouei on rencontre le premier 
petit bout de terrain cultivé de Hâmi, et, après deux marches faciles, 
on atteint la ville de Hami ou Koumoul, dans l'oasis centrale. 

Telle est) la physionomie actuelle de la route; et il est possible 
de démontrer que les points essentiels de l'histoire du voyage de 
Hiuan-tsang à travers le désert sont en accord étroit avec ces 
données topographiques. Cet accord paraît d'autant plus remarquable 
quand on songe à l'imperfection du texte de la Vie par Houei-li 
et à l'impossibilité où nous sommes de contrôler son exposé à l'aide 
de la relation écrite par Hiuan-tsang lui-même. Nombre de détails 
ou de faits personnels contribuent à renforcer l'impression que 
Houei-li recueillit des lèvres mêmes du maître le pittoresque récit 
de ses aventures dans le désert, et qu'il l'a fidèlement reproduit. 
On connaît trop la pieuse ardeur et la naïve crédulité de Hiuan- 
tsang pour se laisser induire eu méfiance par quelques allusions à 



1) Chang-liou-sJti7i sur la carte à 1 : 3.000.000' est une faute de lecture. 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR HIUAN-TSANG. 347 

des événements surnaturels: il ne faut y voir que de pures illusions 
subjectives, telles que des moments de grande tension et de réel péril 
devaient tout naturellement en provoquer dans un esprit animé d'une 
dévotion si fervente. 

Du récit que nous fait Houei-li, nous dégageons les principaux 
faits suivants ^). Abandonné peu après avoir passé le Sou-lo Ho 
par le «jeune barbare» qui devait lui servir de guide, le pèlerin 
poussa seul en avant, se guidant sur les os des animaux morts et 
le crottin laissé par les chevaux le long de la route. Des visions 
de troupes armées se mouvant dans le lointain lui causèrent de 
l'inquiétude: «Mais, en les voyant disparaître au moment où il les 
croyait près de lui, il reconnut que c'étaient de vaines images 
créées par les démons». Evidemment, il s'agit de mirages analogues 
à ceux que j'ai fréquemment observés au cours de mes toutes 
premières marches au-delà de Ngan-si. Après avoir couvert une dis- 
tance de 80 //, Hiuan-tsang arriva à la première tour de guet. 
Dans l'espoir de passer inaperçu, il se cacha jusqu'à la nuit tombante. 
Quand il essaya de remplir sa gourde à la fontaine voisine de la 
tour, les hommes de garde le reçurent à coups de flèche. Sur sa 
déclaration qu'il était un moine venu de la capitale, ils le condui- 
sirent devant le commandant du poste. 

Celui-ci, un certain Wang-siang, natif de Touen-houang, lui fit 
subir un interrogatoire très serré. Ayant reconnu en lui l'aspirant 
pèlerin à la recherche de la Loi, au sujet duquel un rapport lui 
avait été envoyé de Liang-tcheou, il fut pris de pitié et le traita 
avec bienveillance. N'ayant pas réussi à le persuader de revenir sur 
ses pas, il lui recommanda au matin de se diriger droit sur la 
quatrième tour, commandée par un de ses parents. Quand Hiuan- 
tsang y parvint dans la nuit du meine jour, les incidents de la 
veille se répétèrent. Il fut arrêté par une flèche que lui lança 



1) Cf. JuuKN, Fie de II. -t, p. 23 et sqq ; BEA.r>, Life of H.-t., p. \8 et seq. 



348 AUREL STEIN. 

l'homme de garde, puis amené devant le commandant. Au reçu du 
message de Wang-siaug, cet oflBcier l'accueillit de façon hospitalière; 
mais il l'avertit de ne pas approcher de la cinquième et dernière 
tour de guet: car elle était occupée par des gens d'un caractère 
violent. Il lui conseilla, au contraire, de gagner une source éloignée 
de 100 H, et appelée JTe-ma-ts'iiien, «la source des chevaux sau- 
vages» ^), et d'y renouveler sa provision d'eau. 

«A une petite distance de là, il entra dans le désert appelé 
Mo-ho-yen, qui a une longueur de huit cents li et que les anciens 
appelaient Cha-ho ou le Fleuve de sables. On n'y voit ni oiseaux, 
ni quadrupèdes, ni eau, ni pâturages». Dans ce désert le pieux 
voyageur fut à nouveau inquiété par des visions démoniaques, 
entendez des mirages, contre lesquelles il se protégea par la lecture 
de son texte sacré favori, le Prajnä-päramitä-Sütra. Après avoir 
fait cent li, il s'égara et ne réussit pas à découvrir la «Source des 
chevaux sauvages». Pour comble de malheur, il laissa tomber la 
grande outre d'eau qu'on lui avait donnée à la quatrième tour et 
répandit à terre son précieux contenu. «De plus, comme le chemin 
faisait de longs circuits, il ne savait plus quelle direction suivre. 
Il eut alors la pensée de retourner du côté de l'est, vers la quatrième 
tour à signaux». Mais, après avoir fait 10 li dans cette direction, 
il se rappela son serment de ne jamais retourner vers l'est avant 
d'avoir atteint l'Inde: là-dessus, «priant avec ferveur Kouan-yin 
(Avalokiteçvara), il se dirigea vers le nord-ouest. Il regarde de tous 
côtés et découvre des plaines sans bornes où l'on ne voyait aucune 
trace d'hommes ni de chevaux». Pendant la nuit, il était tourmenté 
par des lumières qu'allumaient de mauvais esprits, et pendant le 
jour par de terribles orages de poussière: «Au milieu de ces cruels 



1) Le nom de Te-ma-Wiuen est encore fréquemment employé pour désigner des loca- 
Ute's dans le désert au-delu de la frontière du Kan-sou. 



LA Traversée dû désert paë iiiuan-tsaîjg. $4â 

assauts, son cœur restait étranger à la crainte»; mais la soif le 
faisait cruellement souffrir. 

Après avoir ainsi voyagé sans eau pendant quatre nuits et cinq 
jours, il tomba épuisé. Au milieu de la cinquième nuit, après avoir 
adressé de ferventes prières à Avalokiteçvara, il se sentit ranimé 
par une brise fraîche et trouva du repos dans un court sommeil. 
Une vision divine qui lui apparut en rêve l'incita à tenter un nouvel 
effort. Après avoir fait environ dix H, son cheval, qui avait, lui 
aussi, retrouvé assez de forces pour se remettre sur ses jambes, 
changea brusquement de direction, et, au bout de quelques H, le 
mena jusqu'à une pièce d'herbage vert. Après qu'il eut laissé brouter 
son cheval, comme il se préparait à pousser plus loin, il découvrit 
un étang dont l'eau était claire, et il comprit qu'il était sauvé. Il 
fit halte tout un jour à cet endroit, puis reprit son voyage avec 
une provision fraîche d'eau et de fourrage, et après deux jours de 
plus, il émergea du désert et arriva à 1-wou ou Hâmi. 

Si nous comparons cette relation abrégée de la traversée du 
désert par Hiuan-tsang avec la topographie actuelle de la route 
de Ngan-si à Hâmi, nous ne pouvons manquer de reconnaître, d'une 
part, leur accord étroit, de l'autre l'existence d'une lacune évidente 
dans le texte de la Vie. D'après celle-ci, le pèlerin se rend en une 
seule marche de la première tour de guet à la quatrième. Mais cela 
est clairement en contradiction avec le passage précédemment cité 
du même texte, où se trouvent rapportés les renseignements recueillis 
par Hiuan-tsang à Eoua-tcheou: «Au nord-ouest, en dehors de cette 

barrière, il y a cinq tours à signaux Elles sont éloignées 

l'une de l'autre de cent H*. Nous sommes ainsi obligés d'admettre 
que Hiuan-tsang eut en réalité quatre marches à faire à partir de 
la rivière avant d'atteindre la quatrième tour, et que, dans le récit 
tel qu'il nous est parvenu, deux de ces marches ont été passées 
sous silence. 

2^ 



350 AUREL STEIN. 

Cette lacnoe n'a inalheurensement que de trop fréquents pen-" 
(lants dans la Vie et s'explique aisément par l'état present da texte. 
Une fois qu'elle est admise, rien n'est plus facile que de suivre les 
étapes et les incidents du voyage à travers le désert. La position 
indiquée pour la première tour de guet désigne clairement, ainsi 
qu'on l'a vu plus haut, la halte actuelle de Pei-tan-tzeu, la premier© 
après Ngan-si. Les 480 li, comptés depuis le Sou-lo Ho jusqu'à la 
cinquième tour de guet, coïncident remarquablement avec les 96 
milles relevés au cycîomètre au cours de nos marc&es entre la 
rivière et Sing-sing-hia, la cinquième halte sur la route actuelle. 
Au-delà de la cinquième tour de guet s'étend, nous dit-on, le désert 
redouté de Mo-ho-yen: et, en effet, peu après Sing-sing-hia, le 
caractère du terrain empire de façon marquée. Et il n'est pas moins 
aisé de prouver que taus les renseignements d'ordre positif que nous 
fournit le récit des aventures de Hiuan-tsang dans le désert sont 
parfaitement compatibles avec les données de la carte. 

Nous y lisons que le voyageur, après avoir reçu l'avis d'éviter 
la cinquième tour de guet, c'est-à-dire Sing-sing-hia, abandonna 
la grand'route à la hauteur de la quatrième tour pour se diriger 
vers la «Source des Chevauic sauvages», située à une distance de 
100* li. Quand il ne réussit pas à trouver cette source et songea à 
regagner la quatrième tour, il revint pour un moment sur ses pas 
en marchant «vers l'est». Cela montre clairement que la source 
Ye-ma'tsHiven^ vers laquelle on l'avait aiguillé, se trouvait quelque 
part à l'ouest. Or, si l'on jette un regard sur la carte russe des 
régions au-delà de la frontière, on voit que la route de Tonen- 
houang, telle qu'elle a été relevée par l'expédition du capitaine 
Roborovsky, passe à une distance d'environ 3d milles à l'ouest de 
Ma-Ken-tching-tzeu avant de rejoindre la route Ngan-si — Härai à 
K'ou-chouei, et qu'un de ses points d'étape et d'eau se trouve à 
peu près à cette distance dans une direction ouest-nord-ouest de 



LA TRAVERSÉE ÛIT DÉSEÏIT PAR HIUAN-TSANG. fei 

Mà-lien-tching-tzeu. Ainsi l'existéuce, passée et présente, d'une source 
approximativement située à l'endroit indiqué pour le Ye-ma-ts'iüen 
vainement cherché par Hiuan-tsàng dètierit infiniment probable. 
Que, faute de guide, lé pèlerin ne soit pas parvenii à la découvrir, 
c'est là one fâcheuse expérience que j'ai eu trop souvent l'occasion 
de faire mtfi-même en ti-a versant, pendant le mois dé septembre 1914, 
dés parties encore inexplorées du Pei-chan oriental ^). 

En tout cas, il est certain que si, de nos joars, un voyageur 
venant âe Ngan-si avait quelque raison pour éviter d'être vu à 
Siùg-sing-hia, il ne pourrait mieux faire que de quitter la grand' 
route à Ma-lien-tcliiug-tzeu et d'obliquer vers l'ouest-nord-ouest. 
Il aurait à passer, dans cette direction, un prolongement dé ce qui 
paraît être la plus haute des chaînes de collines eu voie de dés- 
agrégation du Pei-chan, celle-là même q(ue la ^rand'routé traverâé 
par des gorges tortueuses, juste au-dessus de Sing-sing-hia. Sur 
un pareil terrain, il serait évidemment difiScile de marcher en droite 
ligne, et cette circonstance explique a toetveille le passage du récit 
où il est dit: «Comme le chemin faisait de loùgs cifcuîtg, il ïiê' 
savait plus quelle direction suivre». Après avoir vainement cherché 
la «Source des chevaux sauvages» et coupé court à sa tentative 
de regagner la quatrième tour, Hiuan-tsang, nous dit-on, reprît 
résolument la direction du nord-ouest et poursuivit son Voyage sans 
se laisser abattre par la soif ni par les pénis du désert. C'était 
une décision qui demandait toute la ferveur religieuse et là Vaillance 
ixi grand pèlerin : mais c'était aussi ce qu'il y avait de plus sage 
à faire, du moins pour quelqu'un capable de ne pas dévier de la' 
direction choisie. Et que Hiuan-tsang possédât à la perfection cet 
instinct de l'orientation si répandu parmi' les Chinois d'é toutes 
conditions sociales, les renseignements topographiques qu'il nöüs à 
laissés dans son Si yu M le prouvent abondamménU. "i' '''"■^"' *"-""'■ 



1) Cf. Geographical Journal, XLVIII, p; 200, 



352 AUREL STEIN. 

Comme le montre la carte, cette marche vers le nord-ouest 
devait forcément amener le voyageur, à travers le glacis de gravier 
complètement stérile des environs de K'ou-chouei, au fond de la 
dépression de Yen-toun, et, par-delà celle-ci, à la lisière sud-est 
de la ceinture de loess, où le drainage souterrain descendant du 
Karlik-tägh entretient quelque végétation. On nous dit que durant 
sa traversée du désert de Mo-ho-yen, le pèlerin resta sans eau 
pendant quatre jours et cinq nuits, jusqu'à ce qu'enfin, après que 
le repos de la cinquième nuit leur eût rendu quelques forces, sa 
vaillante monture le conduisit, quelques milles plus loin, à un 
pâturage et un étang. Ici encore, nous constatons que l'évaluation 
approximative des distances, telle qu'elle est consignée daus la Vie^ 
présente avec les données de la topographie, un accord aussi étroit 
qu'on pouvait raisonnablement l'espérer; car nous venons de voir 
que par la route de caravanes actuelle, cinq marches, formant un 
total de 106 milles, sont nécessaires pour amener le voyageur de 
Ma-lien-tchiug-tzeu, c'est-à-dire de la quatrième tour de guet, jus- 
qu'à Tchang-liou-chouei, le premier endroit où l'on trouve de l'eau 
de source et de la verdure en approchant de Hâmi. 

Il est vraisemblable qu'alors comme aujourd'hui, il y avait des 
puits sur la route régulière conduisant de la cinquième tour de guet 
à Hami, à des endroits correspondant, ou peu s'en faut, à Cha- 
tsiuen-tzeu, K'ou-chouei, Yen-toun. Mais combien il eût été difiScile, 
sinon impossible à Hiuan-tsang de les trouver, une fois en dehors 
de la route des caravanes, mon expérience personnelle ne me l'a 
que trop bien appris quand j'ai eu à traverser des terrains déserti- 
ques du même genre. De toute évidence, le tracé qu'il a suivi était 
sensiblement parallèle à cette route. Pourtant, il y avait toutes les 
chances du monde pour que celle-ci échappât à sou observation, 
alors même qu'il n'en eût été séparé que par quelques milles. 

En fin de compte, ce fût soit l'odorat, soit la mémoire topo- 



LA TRAVERSÉE DU DÉSERT PAR IIIUAN-TSANG. 353 

graphique de son cheval qui permit à Hiuan-tsang d'atteindre la 
source du salut avant de mourir de soif et d'épuisement; ce trait 
renforce encore ma croyance en l'autenthicité du récit qui nous a 
été transmis par Houei-li. Nous y avons lu comment Hiuan-tsang, 
au moment où, à Koua-tcheou, il se préparait à son aventureuse 
expédition, avait eu la sagesse d'échanger son cheval contre celui 
d'un «vieillard barbare», qui avait fait plus de quinze fois sur son 
dos le voyage de Hämi et retour ^). La façon remarquable dont, 
dans le désert, chevaux et chameaux peuvent soit flairer l'eau et 
l'herbage à des distances considérables, soit localiser correctement 
les endroits qu'ils se rappellent avoir visités précédemment, est un 
fait trop connu pour avoir besoin d'être confirmé par mon témoignage 
personnel. Ce dernier peut toutefois n'être pas superflu en ce qui 
concerne le fait qu'un cheval, habitué à voyager dans le désert, 
est fort capable, dans le froid d'un hiver de l'Asie centrale, de se 
passer d'eau pendant cinq jours. Quand j'ai traversé le Taklamakan 
pour aller rejoindre l'extrémité de la rivière de Kériya, nos quelques 
poneys restèrent sans être abreuvés pendant quatre jours pleins^); 
néanmoins, à en juger par leur condition quand, à la fin, nous 
atteignîmes la rivière, ils auraient probablement pu tenir une couple 
de jours de plus. Notons d'ailleurs que la marche sur les pentes et 
plateaux de gravier du Pei-chan est, vu leur caractère uni, beaucoup 
moins fatigante pour les chevaux et les gens que la traversée des 
régions couvertes de dunes du Taklamakan. 

L'exactitude du récit qui nous a été conservé par la Vie se 
vérifie jusqu'au bout: car les deux jours de plus qu'elle fait passer 
en route par Hiuan-tsang avant d'atteindre Hämi correspondent 
exactement aux deux marches que l'on compte actuellement pour 
franchir les 35 milles ou environ, qui séparent Tchang-liou-chouei 



1) Voir ci-dessus, p. 340. 

2) Cf. P08cri Cathay, II, p. 391 et s(j. 



354 AUREL STEIN. 

fie la ville de Hämi. Nous fermons dpnc |ci le liïre sur une assu? 
r^ijce bien faite pour nous plaire; même ce chapitre initial desi 
voyages dvi pèlerin qui, eu raison des graves périls et de la quasir 
qairaculeuse délivrance qu'il rapporte, aurait, plus facilement que 
tout autre, pu se prêter à l'exagération et à la fiction, est resté 
dans la narration de Houei-li, à peu près tel qu'il était tombé, seloq 
toute vraisemblance, de la bouche même du Maître de la Loi. 



LE SYSTÈME MUSICAL ^ 



PAE 

G. MATHIEU. 

C. 2, JLes huit Tons du Plain-chant. 

« Dans les cérémonies bouddhistes, nous dit Williams, les chants 
rappellent les Chants Âmbrosiens et les premiers Tons Grégoriens » ^). 
L'indication me paraît précieuse, mais demande que nous nous 
rendions compte de ce qu'est le Plain-chant. J'y distingue une 
Collection, une Théorie, des Traditions indépendantes de cette théorie, 
et qui nous font connaître, dans son opposition avec la mélodie, 
la Psalmodie. 

§ 1. La. Collection. 

«Aucune œuvre musicale n'offre, nous dit-on, une plus grande 
variété de mélodies que nos chants liturgiques» ^). 

Cependant, au lieu des dix finales que peuvent avoir les mélo- 
dies *), ne compter plus que les 4 dénominations Ré, Mi, Fa, Sol, 



1) Le précédent Article (Modes grecs), au 'l 'oung Pao, juillet 1914, p. 339; octobre 
1915, p. 489; mars et mai 1917, p. 31; mars 1918/1919, p. 41 ; janvier 1920/1921, p. 40. 
Pour les références: 

D., D'Orïigue, Diet, de Flain-chant, Migne, Paris 1853. 

F. C, F. CcÉMENT, Méthode complète de Plain-chant, 2° éd., Paris, Hachette, 1872. 

2) Williams, The middle Kingdom, New- York, Scribners, 1883, Vol. 3, p. 96. 
8) F, C, p. X. 

4) T'oung Pao, Juillet 1914, p. 866 et p. 365. 



356 G. MATHIEU. 

des Plaiu-chautistes porte à croire que la collection est fort ap- 
pauvrie. 

Mais il s'agit chez eux, non de finales, mais de pures dénomi- 
nations, qui, encore, se réfèrent à plusieurs diapasons. 

Les finales des mélodies anciennes réclament, pour que la mé- 
lodie ait son cachet, leur hauteur acoustique propre. Confondre A 
avec a, C avec c, pour remarquer 8 dénominations, est dangereux. 
On s'y est mépris. Réduire ce nombre à 4, oblige au rejet de cer- 
tains genres de mélodies, si l'écriture est selon un diapason unique. 

Eu Plain-chant il n'en est rien: ses doubles lectures, par exemple 
l'Ave Regina celorum à la finale F, lue ailleurs Ut ^), montrent, 
qu'avec l'écriture selon le diapason moyen, on a fait usage d'une 
écriture selon le diapason primitif. Mi et Sol, en ce diapason, 
désignent les hauteurs acoustiques A et a, C et c; et on peut de 
même rencontrer un Ré selon le diapason grave, ce serait H; un 
Mi selon le diapason aigu, qui donnerait la dixième finale Fa Cl *). 

La Collection reste donc précieuse dans ses mélodies transmises 
par tradition orale''); et, comme les Plaiu-chantistes admettent qu'il 
est probable «Qu'une foule de nos chants religieux ont été chantés 
par les Romains dans leurs cérémonies payennes»^), on peut s'at- 
tendre à rencontrer en Chine, des mélodies religieuses, comme «La 
grande invocation à Bouddha» qui rappelle le Salve Regina des 
Trapistes, qui, se retrouvant eu Plain-chant, nous livreraient, dans 
la mélodie commune origine, le chant antique. 



5) F. c, p. 168 et p. 166. 

6) Ne serait-ce pas la raison de la « M usique feinte » V Quand on disait « fa mi fa » 
ponr une écriture «la sol lav, on encore «mi ré mi», n'était-ce pas, que les hauteurs 
«lab», tiiaiV», qu'on ne dénommait point, se rencontraient musicalement dans une écriture 
selon le diapason grave, ou le diapason aigu, dans un «Chant transposé»? Le procédé au- 
rait été ensuite généralisé sans raison. D., col. £6, «On écrit Fa Sol, Sol Fa Sol; La Dt 

La; Mi Ré Mi, Ré Ut Ré et on disait Mi Fa, Fa Mi Fa; Fa Mi Fa. Fa Mi F« 

Fa Mi Fa ». 

7) T'ouny Pao, 1930, p. 46. 5) D„ «78. 



LE SYSTÈME MUSICAL. 357 



§ 2. La Théorik des 8 Tous. 



Cette The'orie doit être abandonnée. Elle apparaît un essai de 
synthèse, basé, dans la perte de la science ésotérique des Modes Grecs, 
sur des traditions mal comprises. 

Selon la mentalité antique, dont nous avons encore un vestige 
dans le «Règlement de 628 pour les Hymnes >^), on a du attribuer 
au Culte divin le premier Ton du premier Mode rencontré dans le 
Système musical, oc . 1 dont la finale est G. 

D'autre part, les 7 àp[/,ovixi débutaient à l'aigu par un Ton à 
même finale G : /3 . 3. 

Et il se trouvait qu'à partir de G ou avait une Quinte jusqu'à 
la Dominante de «; . 1, une Quarte jusqu'à la diatonique grave de 
ß . 3. L'inventeur des 8 Tons du Plain-chant s'y méprit, en croyant 
y reconnaître la raison de l'opposition de l'Authentique et du Plagal; 
puis, confondant la diatonique grave avec la corde finale, il prit la 
suite Ré, Mi, Fa, Sol, écrite selon le diapason primitif ^°), comme 
groupant les 8 Modes et il généralisa pour les trois autres finales 
ce qu'il avait rencontré en G. 

La méprise initiale est évidente d'après les définitions que les 
Plain-chantistes donnent de leurs Tons 8® et 7®, comme nous pou- 
vons en juger. 

Voici d'abord, sans parler des sons de voix de tête, /3 . 3 . C et 
« . l . C, avec toutes leurs cordes (celles entre parenthèses ne cor- 
respondent, dans le Mode, qu'à des notes de 2® espèce), puis dans 
leurs cordes modales seulement. 

/3.3.C. DE (Jf)Ga [| c (ff) d ef (^) g 

Ä.I.C. (E)F(jj;)GaH|:|)c def g a^ 



9) M. CouEANT, La musique des CAitwis Bibliographie, N° 99, 1" Hymne: «A 

l'autel du Ciel on prend Hoàng tchoUng , de la Terre,,.. Ljnn tchotlng,.,, des 

Ancêtres .... Taî tsoû ». 

10) T'ou)i^ Pao, 1920, pp. 43, 42, 38. 



558 U, MATHIEI. 

Les cordes modales, hauteurs successivement occupées par la tonique 

grave et le tonique aiguë dans les 3 bouds constitutifs du Mode i^), 
sont pour 

ß.S. D Ga c f g 

X . 1. F G c de a' 

Or les Tons 8*^ et 7® sont définis, comme cordes et binôme 
(corde finale, corde rebattue), 

Quinte 



Ton 8e 
Ton 7e 


Quarte 
D E F 


G a 
G a 


> ^ 

^ " 


1 
d 

d e f g 




Quarte 



Quinte 
binôme; avec finale G: c pour le Ton 8®, d pour le Ton 7®. 

Et ils disent ^2): «La finale est la dernière note de la cadence 
finale qui termine la pièce de chant ou le Mode, et sert à le recon- 
naître La Dominante (est) celle sur qui le chant a davantage 

son cours, son retour et son soutien, et qui, jointe avec la finale, 
donnent ensemble la principale forme et la distinction de chaque 
Mode»; et encore ^^) «La Dominante ... la note . . . que l'on rebat». 

D'après ces définitions le Ton 8® est spécifié comme nous spé- 
cifions ß . 3. Pour le Ton 7® — Jumilhac dit sagement « La prin- 
cipale forme» — comme le binôme G . d, convient à 4 Tons, il 
demande à être complété pour spécifier le Mode. 

^.1. F G de ß^ 



ty..l. 




F G 


c d 6 


a' 


x.-i. 




F G ft 


de J 




/.3. 


B 


G a 


d f g 





11) T'ounff Pao, Juillet 1914, p. 340, 6'' toi. 

12) Jumilhac cité en D, col. 829, «Cordes modales». 

13) D., col. 1142. 



LE SYSTÈME MüSipAL. iE}59 

Pratiquement qu'entendent les Plain-chantistes? Il n'y a qu'à Mcoqrir 
aux phants qu'ils attribueqt aij Tqn 7^. Gppame le P. Dechevrons cite, 
<" malgré sa date»^*) la Séquence «Dies iiste celebretur» comme «exem- 
ple», je la prends comme caractéristique. Les Cordes qu'elle emploie, 
indiquent dans leur fréquence relative, l'importance de c après d, sans 
que les valeurs proportionnelles y contredisent: c'est donc x. 

Cordes touchées, FGahcdefg 
fréquence, 5, 31, 29, 29, 44, 62, 23, 13, 4 

la mélodie est en « . 1 . C; le Ton 7® est bien ce que nous avons avancé. 

§ 3. La Psalmodie. 

Le premier Ton rencontré dans le Système musical, oc . 1, invi- 
tait à rebattre la tonique aiguë en son état grave pour terminer sur 
la tonique grave en son état moyen. La chute étaut ainsi d'une 
Quinte y conviait. Mais ce repos naturel, définitif, s'accordait mal 
avec la répétition des courts versets d'un Psaume: on abandonna, 
pour la psalmodie, la position moyenne de la tonique grave pour sa 
position aiguë, ainsi qu'en témoignent les traditions Plain-chantistes. 

«Dans le chant Gallican, il y avait un genre de Psalmodie, 
dont la dominante n'était au dessus de la corde finale que d'un ton, 
ou même d'un demi-ton, et quelquefois cette dominante était la corde 
finale > ^^). Si, pour la distance d'un ton, on peut hésiter à cause 
des mélodies en Ö . 1, ou en (5.4, le doute n'est plus possible pour 
les distances plus faibles. Quand la corde finale et la corde rebattue 
sont : G. G; d.d; E.F; a.|?; ü.c; et aussi : d . e, on est en pré- 

14) A. Dechevrens, Etudes de science musicale, 1" et 2^ Etudes, Paris, 1898, Typo- 
graphie musicale de M. M.""» Blanc, 4 Bue Malebranche, p. 170. 

Je relèverai, en passant, dans l'Appendice 4°, du même auteur, sur la musique Arabe, 
que la tradition (p. 29), des «17 intervalles inégaux et difficilement appréciables» donne 
l'Octave, de r à G (exclusivement) de la totalisation des Cordes de voix de poitrine et de 
voix de tête du Système musical {Toung Pao, juillet 1914, p. 360). 

15) D. 



360 G. MATHIEU. 

sence d'une Psalmodie. Dans les autres cas, jusqu'à la distance triton, 
le morceau est à examiner. Parmi les «Tons des Psaumes», le 3® 
avec terminaison Si ^^), est une Psalmodie au sens technique du mot: 



tr 






Di - xit Do - mi - nus Do - mi - no me - o, 

4s: 



îe^e^^eIeïe^^ÉiI 



Se - de a dex - tris me - is. 

En Chine, où les aveugles se groupent en différents syndicats 
qui se distinguent par leur chant, j'ai entendu en Février 1908, 
traversant le Hien hien, un aveugle «Il entonne, me dit le P. Rivât, 
Utg, descend au Sig pour terminer Fa«, et chant non mesuré». — 
Utg, Fag, notre p (Si |?) et notre E ];, sont des hauteurs naturelles 
à la voix '^'') mais l'arrêt sur Si, la hauteur a, ne s'explique guère 
et semble réclamer le souvenir d'un chaut entendu. Pour moi, celui 
qui fît choix de cette phrase pour ce groupe, n'a fait que démar- 
quer uu chant voisin, rebattant la hauteur 1; pour conclure sur E, 
mélodie en £ . 3, ou en s • 3, ou, — et plus vraisemblablement, — 
Psalmodie en x . 3 . C ou en jc . 3 . E. 

On pourrait donc rencontrer la Psalmodie en Chine. 



16) « Cantus diversi, qaos tradidit ... D' P. Wagner, Commissionis Vaticanae membrnm », 
Arras, 22, Rue Jeanne d'Arc, 1907, p. 79. 

17) T'oung Fao, Octobre ]915, p. 492 et p. 493. 



BULLETIN CRITIQUE. 



Dr. Franz Babinger. Gottlieb Siegfried Bayer (1694—1738), 
ein Beitrag zur* Geschichte der morgenländischen Studien 
im 18. Jahrhundert. Leipzig, 0. Harrassowitz, 1916, 
in-8^, 85 pages. 

L'hiatoire de l'orientalisme en général n'est pas écrite; celle des 
études sinologiques a été amorcée par plusieurs travaux très docu- 
mentés de M. CoRDiER, mais là encore il reste beaucoup à faire. 
Nous ne pouvons donc qu'applaudir au dessein de M. Babinger, 
lequel paraît vouloir consacrer une partie de son activité scientifique 
à établir des biographies critiques d'un certain nombre d'anciens 
orientalistes de langue allemande. Gottlieb Siegfried Bayer, né à 
Königsberg le 6 janvier 1694, mort à Petrograd le 10 février 1738, 
méritait mieux que les brèves notices qui lui avaient été consacrées 
jusqu'ici. Ce savant encyclopédique, très au fait des littératures 
classiques dès ses années d'adolescence, avait acquis en même temps 
une certaine connaissance de l'hébreu et, dans sa 19® année, com- 
mença tant bien que mal l'étude du chinois. En partie sous l'in- 
fluence de La Croze, il s'attaqua ensuite à presque toutes les lan- 
gues orientales; sa réputation fut bientôt suffisante pour qu'au 
lendemain de la fondation de l'Académie des Sciences de Petrograd 
en 1724, il ait été invité à accepter une place dans la nouvelle 
institution de Pierre le Grand. Ce séjour en Russie élargit encore 
l'horizon de Bayer. Bien que ce polyglotte n'ait pas appris le russe, 
il fut un des pionniers de l'ancienne histoire russe; en même temps, 
les relations des tsars avec l'Asie centrale lui permirent de réunir 



362 BULLETIN CRITIQUÉ. 

uue documentation alors très neuve sur les Mongols et même les 
Tibétains. Les travaux publiés par Bayer n'ont souvent plus qu'un 
intérêt historique; mais il y aurait peut-être à glaner dans les 
manuscrits qu'il a laissés et qui sont dispersés surtout entre Petrograd, 
Königsberg et Glasgow. De son abondante correspondance, on ne 
connaît guère que ses lettres à La Croze éditées en 1742 par 
J. L. Uhl dans le Thesaurus Epistolicus LaCrozianus. Il y aurait 
certainement intérêt, pour l'histoire de l'orientalisme, à ce qu'on 
publiât, au moins par extraits, les lettres de La Croze lui-même à 
Bayer, conservées à l'Académie des Sciences de Petrograd, tout 
coinmle celles de La Croze à J. Chr. Wolf, qui sont coiiàetvéïes à 
ÖaAbourg. 

Bayer, en dépit de l'extrême dispersion de son effort, a fait eu' 
général preuve de bon sens. C'est peut-être pourquoi il ne se décida 
jaufiaîs à publier son travail sur Le christianisme en Tartarîe et en 
Chine promis à La Croze à diverses reprises et où Bayer devait 
étabïir que fe christianisme n'avait pas pénétré dans Ta Haute Asie 
âvaùt Gengis-Khan. f'ar là Bayer devait réfuter l'abbé RenaudôT, 
et venir en aide à La Croze qui niait l'authenticité de l'inscription 
âe Si-iigan-fou. Le manuscifit de ce fctàvàil inédit de Bayer ne s'est 
pas rétrouve. Je dois atouer que si l'abstention finale de Bayet est 
une marqué de clairvoyance, sa correspondance avec La Croze à propo^ 
dé" ^inscription de Si-ngân-fou, telle que cette correspondance est 
publiée par Uhl, me paraît faire moins d'honneur à son caractère. 
Mais c'est une question sur laquelle je compte revenir ailleurs ^). 

P. Pelliot. 

- — — J 

1) Le travail de M. Babinger est très bien informé. Je relève un oa deux points de 
dAaiT: P. 39: La date de 1666 pour le retour du P. Couplet est uue inadvertance; je 
crois que c'est en 1680 que le P. Couplet s'était embarque' pour rentrer en Europe; la 
date de 1687 indiquée par Abel-llémusat, Nouv. Mél. Asiat., I, 259, est par contre trop 
tardive. — P. 60: Lire «Tso-k'icu^ming». Le passage d'Abel-Rémusat ne vise que la re- 
production de textea chinois originaux, et ne dit pas que Bayer ait été le premier à attirer 
l'attention sur le Tch'ouen tsUeou. 



BULLETIN CRITIQUE. ÈèÈ 

Casimir Schnyder. Eduard Hither, ein sehioeizerischer 
Sprachen gelehrter, Sinolog und Indochinaforscher. Zu- 
rich, Art. Institut Orell Füssli, 1920, iu-8", viii + 
203 pages, avec 40 ill. et 3 cartes. Prix: 20 franca 
suisses. 

Edouard Huber, né à Grosswangen (canton de Lucerne) le 12 août 
1879, mort le 6 janvier 1914 à l'hôpital de Vinh-long, fut un des 
plus prodigieux cerveaux de philologue que le monde ait connus. 
Avant tout sinologue et indianiste, ses dons exceptionnels lui avaient 
permis de s'assimiler la plupart des langue? anciennes et modernes 
de l'Asie, arabe, turc et persan compris; comme en se jonant, il 
atait appris assez d'annamite, de chara, de khmer, de siamois, de 
mon, de birman, de javanais, de malais, pour pouvoir manier lefaf 
testes écrits dans toutes ces langues et en extraire les raatériaui 
de ses travaux peu nombreux et peu étendus, mais d'une richessô" 
d'information et d'une originalité de rues qui leur assuraient plus 
de portée qu'à beaucoup de gros livres. L'Ecole française d'Extrême- 
Orient, qui accueillit H über quand il avait 21 ans et à laquelle if 
appartint jusqu'à sa mort, garde le souvenir très cher du camarade 
trop tôt disparu, et à qui son directeur, L. Finot, a rendu dans lé 
Bulletin de 1914 un hommage légitime. Il était bon que la per-' 
sounalité exceptionnelle de Huber fût mieiïx connue d^aii-s les pays 
de langue allemande. Aussi ne peut-on que louer le soin pieux atecf 
lequel M. C. Schnyder a traduit, intégralement ou en résumé, le* 
principaux articles de Huber, ainsi que les notices nécrologiques qui 
lui ont été consacrées. La biographie fait aussi état de lettres de 
Huber; de celles-ci on ne devra user qu'avec précaution. Huber, 
d'une exactitude si scrupuleuse dans ses travaux, faisait preuve de 
beaucoup de fantaisie dans ses propos; nous voyous aujourd'hui que 
sa correspondance est un peu la mise par écrit de ses propos. 

ï*. l*feLLI0T4 



364 BULLETIN CRITIQUE. 

English'Chinese Dictionary of the Standard Chinese Spoken 
Language ( g §^) and Hanhook for Translators^ 
including Scientific, Technical, Modern, and Documentary 
Terms. By K. Hemeling, Ph. D., Commissioner ol 
Chinese Maritime Customs. — Based on the Dictionary 
of the late G. C, Stent, published 1905 by the 
Maritime Customs. Shanghai: Statistical Department 
of the Inspectorate general of Customs. — 1916, 
in-8, pp. VI — 1726. à 2 col. 

George Carter Stent, mort le 1®^ sept. 1884, avait publié à 
Chang Haï dès 1871 un vocabulaire chinois et anglais du Kouan 
houa de Pe King; l'ouvrage répondait à un besoin et il eut plu- 
sieurs editions, dont la troisième fut publiée en 1898 par le Rév. 
Donald Mac Gillivray. En 1905, M. Hemeling reprit le dictionnaire 
et lui donna un grand développement; une nouvelle revision lui a 
permis de donner l'œuvre actuelle destinée surtout aux étrangers 
faisant des traductions en chinois. Ce dictionnaire a été compilé 
principalement pendant les cinq années que l'auteur a occupé à 
Pe King le poste de Secrétaire cliiuois des Douanes. Dix lettrég 
chinois familiers avec le Kouan houa du nord et du sud l'ont aidé 
dans sa tâche. L'orthographe de Sir Thomas Wade a été adoptée; 
les tons n'ont pas été marqués. Ce dictionnaire essentiellement 
pratique répond évidemment aux besoins du grand service auquel 
il est destiné. H. C. 

The History of Shanghai by G. Lanning — S. Couling. 
Part I. Printed and Published for the Shanghai 
Municipal Council by Kelly & Walsh, 1921, iu-8, 
pp. II -h 1 f- û. ch. + pp. 504—5 + 1 f. n. ch. 

En 1006, le «Municipal Council» de Chang Haï a chargé G. 
Lawning d'entreprendre cette publication pour son compte; lorsque 



BULLETIN CRITIQUE. 365 

Lanning mourut en janvier 1920 après avoir accompli la plus 
grande partie de sa tâche, Mr. S. Couling fat chargé de terminer 
le volume qui comprend deux parties, l'une cousacrée à la Chine 
en général (Chap. I— VIII), l'autre à Chang Haï même (Chap. 
IX— LUI); deux nouveaux volumes devront compléter cette seconde 
partie. 

La première partie qui forme une introduction et occupe un 
trop grand nombre de pages du volume aurait pu être écartée à 
mon avis car elle est étrangère au sujet même — l'histoire de 
Chang Haï — qu,i ne commence en réalité qu'au chapitre XXVIII; 
cette introduction prétentieuse n'a aucune valeur d'ailleurs. 

On est tout d'abord surpris que l'auteur ne mentionne pas les 
travaux de ses devanciers comme C. Shaw, W. H. Medhurst sen., 
C. Schmidt, J. W. Maclellan, Montalto de Jesus, etc. Puis, quand 
on entre dans le détail des chapitres, on est étonné de la pauvreté 
de la documentation. Lanning ne semble pas connaître à propos du 
royaume de Wou -^ l'ouvrage du P. Albert Tschepe pas plus que 
le Nankin du P. Gaillard; je doute qu'il ait ouvert le Tsong Ming 
du P. Havret. Le _|;^ jf^ i^ ^, ne lui est pas familier. Il ne se 
doute pas qu'il y a eu un consul de France nommé Montigny qui 
a joué un rôle important et il n'a p'as entendu parler du bom- 
bardement de la ville indigène par les Français. Il aurait pu tirer 
parti pour l'origine des Douanes à Chang Haï des documents 
diplomatiques inédits que j'ai moi-même publiés. Hollingworth 
dans le Journal of the North China Branch of the Royal Asiatic 
Society a traité d'une façon plus sérieuse des noms des différents 
espèces de thé. Dans son chapitre Banking il ne mentionne pas la 
création du Comptoir d'Escompte à Chang Haï en 1860; il est vrai 
qu'on peut lire tout le volume sans se douter qu'on dehors des 
Anglais et des Américains, il y ait eu d'autres étrangers à Chang Haï. 



BULLETIN CRITIQUE. 

Je pourrais remplir uue demi-douzaine de pages d'observations 
semblables. Je n'ai pas eu l'honneur de connaître Lanning, mais 
il est évident qu'il n'avait pas les qualités nécessaires pour écrire 
une Histoire de Chang Haï ou même toute autre histoire; heureuse- 
ment que quelques planches compensent en partie la pénurie du 
texte. H. C. 



BIBLIOGRAPHIE. 



LIVRES NOUVEAUX. 

Le vendredi 11 mars 1921, M. Jau Feenstra Kuiper a soutenu 
à l'Université de Leyde une thèse pour le Doctorat intitulée Japan 
en de Buitenwereld in de achttiende eeuw. 

Il a paru à Peking en juillet-octobre 1920 le premier numéro 
d'une nouvelle revue: Bulletin Médical franco-chinois. Parmi les 
articles, nous notons ceux du R. P. Léon Wieger, La Médecine 
chinoise. — Historique et du D^ H. Jouveau-Dubreuil, le service 
de la vaccine à V hôpital de Tchentou (Setchonen). 

Les Conférences faites au Collège de France par M. Masaharu 
Anesaki, Professeur à l'Université Impériale de Tokyo, ont été 
réunies dans le Tome 43 de la Bibliothèque de Vulgarisation des 
Annales du Musée Guimet sous le titre de Quelques pages de 
Vhistoire religieuse du Japon. 

Vient de paraître le troisième fascicule du Dictionnaire Cambodgien- 
Français par Joseph Guesdon, ancien missionnaire apostolique au 
Cambodge, chez PIon-Nourrit, Paris. 

Nous avons reçu des Maritime Customs la List of Lighthouses, 
Light-vessels, Buoys, and Beacons on the Coast and Rivers of China, 
1921, corrigée au 1^^ décembre 1920. Il y avait à cette date un 
total de 1496 feux dont 197 phares. 



368 BIBLIOGRAPHIE. 

Vient de paraître chez Bossard (Paris, 1921) Trois Mystères 
Tibétains Tchrimekundan — Djroazanmo — Nansal traduits avec Intro- 
ductiou, Notes et Index par Jacques Bacot. Bois gravés d'après 
les dessins de V. Goloubew. Ce livre forme le Volume III de 
Les Classiques de V Orient Collection publiée sous le patronage de 
l'Association française des Amis de l'Orient et la direction de 
Victor Goloubew. 

A la même librairie ont été publiées des Fables chinoises du 
Ille au Ville siècle de notre ère (d'origine hindoue) traduites par 
Edouard Chavannes versifiées par M™® Edouard Chavannes ornées 
de 46 dessins par Andrée Karpelès. 

Nous avons reçu des Douanes Maritimes Chinoises: Foreign 
Trade of China, 1920. — Part I: Report and Abstract of Statistics. 
Le revenu total des douanes en 1920 a été de Hk.tls. 49.819.885; 
le change était en 1920 de fr. 17.79 contre fr. 10.12 en 1919 et 
fr. 3.40 en 1911, par Haikouan tael. 

Nous avons reçu du Directeur général des Douanes de Bangkok 
le rapport sur The Foreign Trade and Navigation of the Port of 
Bangkok years 2461 (1918-19) and 2462 (1919-20). 

Nous avons reçu 39 feuilles de la grande carte du Chinese 
Tarkistan and Kansu dressée d'après les relevés exécutés durant les 
explorations de Sir Aurel Stein au cours de ses trois explorations 
en 1900-01, 1906-08, 1913-15; la carte entière comprendra 
47 feuilles à l'échelle de 1 : 500.000. Elle fait le plus grand hon- 
neur à l'auteur et au Survey of India. 

Vient de paraître chez Paul Gedthner, Paris, le quatrième et 
dernier volume de VHistoirc générale de la Chine et de ses relations 
aoec les pays étrangers depuis les temps les plus anciens jusqu^à la 
chute de la Dynastie Mandchoue par Henri Cordier. Elle comprend: 



BIBLIOGRAPHIE. 369 

I. — Depuis les temps les plus anciens jusqu'à la chute de la 
Dynastie T'ang (907 après J.-C). 

II. — Depuis les Cinq Dynasties (907) jusqu'à la chute des 
Mongols (1368). 

III. — Depuis l'avènement des Ming (1368) jusqu'à la mort 
de Kia K'ing (1820). 

IV. — Depuis l'avènement de Tao Kouang (1821) jusqu'à 
l'époque actuelle. 

Ce dernier volume renferme un index alphabétique de 93 pages. 



NOTES AND QUERIES. 



L'étymologie du nom des monts K<ouen louen. 

Dans un article récent ^), j'ai dit que le nom des monts 
K'ouen louen ^) était peut-être la transcription phonétique d'une 
appellation étrangère. Mais il me paraît plus probable que ce nom 
— très ancien puisqu'il figure dans le Tchou cJiou ki nien et dans 
le Mou fien tseu tchouan — possède une signification proprement 
chinoise, analogue à celle qui, dans l'antiquité gréco-latine, associa 
l'Atlas africain aux fondations de l'univers. 

K'ouen louen exprime, en effet, la sphéricité de la voûte des 
cieux, dont les gigantesques montagnes tibétaines semblaient être 
le prolongement ou le support ^). Et, d'autre part, Louen houen 
signifie le chaos *) comme aussi '/^ /j^ . Il y a évidemment une 
entité cachée sans l'analogie des termes ^ ^ ^ */^ f^ ^ ^ ^ . 

L'expression K'ouen louen — probablement abrégée ^) de ^ ^ 



1) La Relation des voyages du roi MOU, Journal asiatique, avril-juin 1921. 

2) 1. ^ au.. ^ ^. 

ä) A *j :t 11 iS * a ^ H if5*gij m* 

Vm Vm (Diet. K'ang hi). 

4) Notons, à propos de cette dernière expression, que l'identité étymologique de r^ 
et de iim (comme aussi de ^^» , ifta| et ICT ) est un autre exemple de cette catégorie 
de caractères où la prétendue phonétique est simplement le mot primitif, différencié posté- 
rieurement par l'adjonction de divers radicaux afin de distinguer les acceptions dérivées 
(voir à ce sujet ma note sur le caractère ^Ej dans le T'oung Pao, vol. XIV, p. 808). 

5) Indépendamment du sens géographique, le dictionnaire de Wells Williams indique: 
*■ ^^ Sa The canopy of the sky»; cette signification, dont il ne justifie malheureusement 
pas l'autorité, s'attacherait donc, par abréviation, au terme K'ouen louen pris isolément. 



NOTES AND QUERIES. 371 

^|3 — semble done avoir signiße «les hauteurs du bout du 
monde» ^). Dans l'ère moderne ce nom de K'ouen louen a été ap- 
pliqué successivement à diverses contrées (et à divers peuples) de 
rindochine et de la Mélanésie, ainsi qu'à Madagascar ^). Mais cette 
appellation, quand elle apparaît, désigne toujours des pays situés à 
la limite du monde alors connu des Chinois, c'est-à-dire à des pays 
qui sont censés toucher à la voûte des cieux. 

L. DE Saussure. 



1) Le dictionnaire K'ang hi place les monts K'ouen louen dans le Khotan actuel et 
leur attribue 500 li de longueur. Dans mon susdit article du /. Ä. (p. 279), j'ai cité un 
rescrit de l'empereur K'attg hi plaçant le pays de Si-wang-mou aux environs du mont 

Iot jPfj Äfr. que M. W. R. Caries assimile au mont Kailas dans un mémoire destiné 
au Geographical Journal, Mais le mont Kailas se trouve en fait dans le Tibet méridional 
par 31° de latitude et 81° de longitude, ce qui rend cette identification inadmissible. Le 
terme du voyage du roi Mou doit être placé, à mon avis, dans le Tibet septentrional, aux 
monts K'ouen louen proprement dits. 

2) Cf. G. Ferband. Le K'ouen louen et les navigations interocéaniques, J. A., 1919. 
L'aateur explique cette communauté de dénomination par le fait que les Chinois auraient 

ttribué une parenté ethnique à ces divers peuples. 



CHRONIQUE. 



FRANCE. 



Dans sa séance du vendredi 4 mars i921, l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres a accordé le prix Giles à M. Leopold de Saussure pour ses 
travaux sur l'Astronomie chinoise; dans la séance du vendredi 11 mars 1921, 
elle a décerné le Prix ordinaire à M. Henri Maspero pour son étude sur le 
Dialecte de Tch'ang Ngan sous les T'ang. 

M. Paul Pelliot, Professeur au Collège de France, a été élu par l'Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres dans la séance du 6 mai 1921 membre ordinaire 
en remplacement du Comte de Lasteyrie. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



A. 

Page 
Andrews, F. H., Ancient Chinese figured silks excavated by Sir Aurel Stein 181 
Anesaki, Masaharu, Quelques pages de l'histoire religieuse du Japon, con- 
férences du Collège de France ^ . 367 

B. 

Babinger, Franz, Gottlieb Siegfried Bayer, notice par P. Pelliot . . .361 

fiacot, Jacques, Trois Jlystères tibétains 368 

Bangkok, The foreign trade and navigation of the Port of, Rapport . . 368 
Bayer, Gottlieb Siegfried, par le Dr. Franz Babinger, jiotice par P. Pelliot 361 

Bouïnais, Pierre, lo Tso Kiang, notice par H. Cordier . 293 

Bulletin Médical franco-chinois 367 

Burlington Magazine 181 

c. 

Çambhala, Quelques transcriptions apparentées à, par P. Pelliot ... 73 
Central Asian Relics of China's Ancient Silk trade, by Sir Aurel Stein . 130 
Chapuis, Alfred, la Montre chinoise, notice par P. Pelliot. ..... 61 

Chavannes, M^^ Edouard, Fables chinoises traduites par Ed. Chavannes 

et versifiées par, 368 

Chine, la, à travers les âges par L. Wieger, S. J., notice par H. Cordier. 295 
Chine, la, après la guerre européenne — Ngeou tchan heou tche tchong 

kouo, par Siu Che-tch'ang 297 

Chong Su-see, Foreign trade of China, notice par Henri Cordier . . . 290 

Classiques de V Orient 368 

Conquêtes de l'Empereur de la Chine, par Paul Pelliot 183 

Cordier, Henri, Nécrologie : Léon Tournade 71 

George Ernest Morrison 71 

Jules Harmand ". . 299 

— Notices: sur Public Debts in China by Feng hua Huang 290 

sur Foreign trade of China by Chong Su-see 290 

sur Modern China by Sih Gung cheng 292 

— — sur le Tso Kiang par Pierre Bouïnais 293 

sur la Chine à travers les âges par L. Wieger, S. J 295 

sur English-Chinese Dictionary by K. Hemeling 364 

sur History of Shanghai by G. Lanning and S. Couling .... 364 

— Ser Marco Polo Notes and Addenda 165 

— Histoire générale de la Chine, 4° vol 368 

— Elu Corresponding Fellow of the British Academy 72 

Couling, Samuel, History of Shanghai, notice par Henri Cordier. . . . 364 



374 INDEX ALPHABÉTIQUE. 

D. 

Douanes maritimes chinoises, Returns of Trade, Reports, etc. . . 165, 297 

Ecole française cT Extrême-Orient, Bull , 164 

English- Chinese Dictionary by K. Hemeling, notice par. Henii Cordier. . 364 
Etymologie du nom des monts ICouen louen par Leopold de Saussure. . 370 

F. 

Feng hua Huang, Public Debts in China, notice par Henri Cordier . . 290 
Finot, Louis, nommé Directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient . . 72 

— La Marche à la lumière, notice par Paul Pelliot 294 

Foreign Trade of China by Chong Su-see, notice par Henri Cordier . . 290 

i;- ^ G. 

.Geographical Journal 173 

Géographie, la 165 

Granet, Marcel, reçoit le prix Stanislas Julien 71 

Guesdon, Joseph, Dictionnaire Cambodgien-français 367 

Guimet, Annales du Musée 367 

H. 

Hai tao Souan King de Lieou, par L. Van Hée, S. J 51 

Harmand, Jules, nécrologie par Henri Cordier 299 

Hemeling, K., English-Chinese Dictionary, notice par Henri Cordier . . 364 

Hiuan-tsang, traversée du désert par, par Sir Aurel Stein 332 

Hovelaque, Emile, Les peuples d'Extrême-Orient, notice par Paul Pelliot 157 
Huber, Eduard, par Casimir Schnyder, notice par Paul Pelliot .... 363 

J. 

Journal Asiatique 169 

Journal North-China-Branch of the Royal Asiatic Society 169 

Journal Royal Asiatic Society 171 

Jouveau-Dubreuil, Dr., Service de la vaccine à l'hôpital de Tchentou . 367 
Juif Ngai, le, informateur du Père Mathieu Ricci, par P. Pelliot ... 32 
Julien, Stanislas, prix 72, 300 

K. 

Kokei no Kenkyû par Tomioka Kenzo, notice par Paul Pelliot .... 142 

Kou king fou lou par Lo Tchen-yu, notice par Paul Pelliot 142 

Kuiper, Jan Feenstra, soutient à l'Université de Leyde, une thèse intitulée: 

Japan en de Buitenwereld in de achttiende eeuw. ....... 367 

L. 

Lanning, G., History of Shanghai, notice par Henri Cordier 364 

Lazaristes, note sur la Mission des, en Chine, par l'abbé Richenet . . .117 
Lo Tchen-yu, Kou king t'ou lou, notice par Paul Pelliot 142 



INDEX ALPHABETIQUE. 375 

M. 

Page 
Mallon, Paul, Collection 298 

Maische à la lumière, la, par Louis Finot, notice par Paul Pelliot . . . 294 

Maritime Customs, List of Lighthouses, Buoys, etc 367, 368 

Maspero, Henri, Ouverture du cours de langue chinoise au Collège de France 300 

— Reçoit le Prix ordinaire de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 372 

Mathieu, G., le Système musical 40 355 

Mémoires de la Société de Linguistique 181 

Modem China, by Sih Gung Cheng, notice par Henri Cordier 292 

Montre chinoise, la, d'Alfred Chapuis, notice par Paul Pelliot 61 

Morrison, George-Ernest, nécrologie par Henri Cordier 71 

Moule, A. C, Life of Odoric of Pordenone 275 

— Small contribution to the ftudy of the bibliography of Odoric . . . 301 
Mou Wang, Voyage de, par Leopold de Saussure 19 

N. 

New China Review 69, 70, 174 

o. 

Odoric of Pordenone, Life of, by A. C. Moule 275 

Odoric, Small contribution to the study of the bibliography of, by A. C. 

Moule 301 

Origines de V Astronomie chinoise, par Leopold de Saussure 86 

P. 

Peinture et gravure européennes en Chine au temps de Mathieu Ricci, 

par Paul Pelliot 1 

Pékin, Université de. Ouverture d'une section de Phonétique 182 

Pelliot, Paul, La peinture et la gravure européennes au temps de Mathieu 

Ricci 1 

— Le Juif Ngai, informateur du P. Mathieu Ricci 32 

— Quelques transcriptions appai-entées à Çambhala dans les textes chinois 73 

— Conquêtes de l'Empereur de la Chine 183 

— Note sur les T'ou-yu-houen et les Sou-p'i 323 

— Notices: sur la montre chinoise d'Alfred Chapuis 61 

sur Kou king t'ou lou, par Lo Tchen-yu 142 

sur Kokei no Kenkyû par Tomioka Kenzo 142 

sur Recherches sur la découverte de l'Amérique par Panduranga 

S. S. Pissarlancar 156 

sur Peuples d'Extrême-Orient; la Chine, par Emile Hovelaque . . 157 

sur la Marche à la Lumière de Louis Finot 294 

— — sur Gottlieb Siegfried Bayer, par Franz Babinger 361 

sur Eduard Huber, par Casimir Schnyder 363 

— Ont paru quatre fascicules des planches des Grottes de Touen houang. 298 

— Elu membre oïdinaire de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , 372 

Petrucci, Raphaël, '^prix Stanislas Julien 300 

Peuples d'Extrême-Orient, la Chine, par Emile Hovelaque, notice par P. Pelliot 157 



376 INDEX ALPHABÉTIQUE. 

Page 
Fissarlancar, Panduranga, S. S., Recherches sur la découverte de l'Amérique, 

notice par Paul Pelliot 156 

Postes Chinoises, Rapport pour 1919 168 

— Rapport sur les Opérations de la Caisse d'Epargne postale 1919 . . . 297 
Public fiebts in China, by Feng Hua Huang, notice par Heni-i Cordier . 290 

R. 

Recherches sur la découverte de V Amérique, par Panduranga S. S. Pissar- 

lancar, notice par Paul Pelliot 156 

Hees, le Rev. W. Hopkins, nommé professeur de chinois à l'Université de 

Londres 72 

Richenet, l'abbé, Note sur la Mission des Lazaristes en Chine . . . .117 

S. 

Saussure, Leopold de. Voyage de Mou Wang et hypothèse d'Edouard 

Chavannos 19 

— Origines de l'Astronomie chinoise 86 

— Etymologie du nom des Monts Kouen louen 370 

— reçoit le prix Herbert Giles de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 372 

Schnyder, Casimir, Eduard Huber, notice par Paul Pelliot 365 

Shanghai, History of, by G. Lanning and S. Couliiig, notice par H. Cordier 364 

Sih Qung Cheng, Modem China, notice par Henri Cordier 292 

Soothill, le rev. W. E., nommé professeur de Chinois à l'Université d'Oxford 72 
Stein, Sir Aurel, Central Asian Relies of China's ancient silk trade. . . 130 

— Traversée du Désert par Hiuan tsang 332 

— Carte du Chinese Turkistan and Kansu 368 

Système musical, par G. Mathieu 40, 355 

T. 

Tagore, Abanindra Nath, Art et anatomie hindous 297 

Tomioka Kenzo, Kokei no Kenkyü, notice par Paul Pelliot 142 

Tournade, Léon, nécrologie par Henri Cordier 71 

T'ou yu houen, note sur les, et les Sou p'i, par Paul Pelliot 323 

Tso-kiang, or Water transport Conditions, par Pierre Bouïnais, notice par 

Henri Cordier 293 

V. 

Van Hee, L., S. J., le Uai-tao Souan-king de Lieou 51 

W. 

Wieger, Léon, S. J., la Chine à travers les âges, notice par Henri Cordier 295 

— La Médecine chinoise 367 



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