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Full text of "Journal complémentaire du Dictionaire des sciences médicales. Volume 31, 1828."

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JOURNAL 

COMPLÉMENTAIRE 

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DU 

DICTIONAIRE 

DES SCIENCES MÉDICALES. 

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Vires acquirit eundo * 

TOME TRENTE-UNIÈME. 




PARIS, 

C.-L.-F. PANCROUCRE, ÉDITEUR, 

MEMBRE DE LA LEGION-d’hONNEUR. , 

Rue des Poitevins, n° 14. 


M. DCCC. XXYIII. 






JOURNAL 

COMPLÉMENTAIRE 

DU 

■ / 

DICTIONAIRE DES SCIENCES MÉDICALES 


WW WW WW t 'WVWW WW 


Note /es hypertrophies du cœur, considérées comme 
causes de l'apoplexie et autres accidens morbides de 
Vencéphale ; par M. Bricheteau. 


.L’auteur d’un Mémoire intitulé : Observations sur F hé¬ 
morragie cérébrale , considérée pendant la grossesse, pen¬ 
dant et après Vaccouchement , inséré dans le numéro d’avril 
dernier des Archives générales de médecine , admet l’hyper¬ 
trophie du cœur au nombre des causes de l’apoplexie, et 
croit même, contradictoirement à l’opinion émise par M. Ro- 
choux *, que l’examen de cette cause est fort important dans 
l’étiologie de l’hémorragie cérébrale; il cite ensuite, à la fin 
de son travail les remarques curieuses d’un de ses amis, qui 
avait observé un grand nombre de femmes mortes à di¬ 
verses époques de la grossesse, ou peu après l’accouchement, 
chez lesquelles le ventricule gauche était évidemment hyper¬ 
trophié ; ce médecin avait d’ailleurs déterminé le degré d’hy¬ 
pertrophie par comparaison de l’état malade avec l’état sain, 
en se fondant sur le principe d’anatomie posé par Laënnec , 
savoir, que, dans l’état normal, les parois du ventricule 
gauche ont un peu plus que le double en épaisseur des 

Dans le Dictionalre de médecine , article apoplexie, lom.IJ. n 5^(1. 

J ; 


I 


( 4 ) 

parois du ventricule droit. Ce phénomène morbide me pa¬ 
raît être le résultat d’un excès de nutrition, d’une pléthore 
locale que produit la rétention des règles; il peut servir à 
éclairer la théorie des maladies de l’organe central de la cir¬ 
culation, et joue sans doute un grand rôle dans la production 
des hémorragies cérébrales auxquelles les femmes succombent 
pendant la grossesse et l’accouchement ; c’est un point par¬ 
ticulier de physiologie pathologique; c’est un sujet nouveau 
de recherches, sur lequel l’auteur convient avec franchise qu’il 
na pas assez porté son attention dans le travail, d’ailleurs 
intéressant, que nous venons de citer. 

Sans parler ici de l’importante particularité qui paraît ré¬ 
sulter de l’état de grossesse, assez d’autres faits établissent 
d’une manière péremptoire l’influence que l’hypertrophie du 
ventricule gauche exerce sur les fonctions cérébrales, et en. 
particulier sur le développement de l’apoplexie. J’ai publié 
un Mémoire assez étendu sur ce point de physiologie pa¬ 
thologique, dans le quatrième volume de ce Journal, sous 
le titre : De l'influence de la circulation sur les fonctions 
cérébrales et de la connexion de Vhypertrophie du cœur 
arec l’apoplexie. J'ai fait dans ce Mémoire l’historique de 
la science; j’ai rapporté des faits, qu’on peut ne pas con¬ 
naître, ne pas citer, mais qu’on ne peut contester, parce 
qu’ils sont, je crois, irréprochables sous le rapport de l’exac¬ 
titude et de l’application que j’en ai faite a l’étiologie de l’apo¬ 
plexie. Depuis cette époque, d’autres médecins ont également 
cité des faits d’hypertrophie du ventricule gauche, observés 
chez des individus morts d’apoplexie dans le cours de quel¬ 
ques maladies du cœur. Le Traité des maladies du cœur de 
Berlin, rédigé et publié par M. Bouillaud en 1824, en ren¬ 
ferme deux très-remarquables. 

La date de mon Mémoire est de 1819; il contient, outre 
une partie historique et des considérations physiologico-pa- 
thologiques, quinze faits accompagnés de l’ouverture cadavé¬ 
rique; et cependant M. Rochoux s’est exprimé, en 1821 , 
de la manière suivante : 011 s’est contenté de dire , dans ces 
derniers temps, que l’hypertrophie du cœur disposait d’une 
manière spéciale à l’apoplexie sans, du reste, appuyer cette 
opinion d’un nombre de faits concluans. Nous suppléons à 
cette grave omission en rapportant que, sur quarante-deux 
apoplectiques, dont nous avons ouvert les cadavres avec 
soin , trois seulement étaient atteints d’anévrysme du cœur. 


Un pareil résultat n’a pas besoin de commentaire Je crois 
qu’il n’est pas besoin non plus d’en faire sur l’érudition 
d’un auteur qui ne tient pas compte des travaux antérieurs 
aux siens. Avant de dire qu’il y avait omission, il fallait, 
ce me semble, rechercher ce qui avait été fait, et l’auteur 
n’aurait pas dû se persuader que ce point de la science lui 
était exclusivement dévolu. Depuis la publication du Mé¬ 
moire dont j’ai parlé plus haut, je n’ai cessé d’observer l’in¬ 
fluence de ceî état du cœur (l’hypertrophie), sur les conges¬ 
tions cérébrales et l’épanchement sanguin qui se forme si sou¬ 
vent dans le cerveau à une époque avancée de la vie. Je me 
propose de publier toutes les observations nouvelles que j’ai 
laites à cet égard dans un ouvrage que je compose en ce 
moment sur les hémorragies internes ; mais je puis indiquer, 
dès a présent, comme contenant quelques Hocumens nouveaux 
sur cette connexion entre l’état morbide du cœur et celui de 
l’encéphale, la partie médicale des rapports annuels de la 
Société philanthropique depuis l’année 1823. Ces rapports 
font pareillement mention de l’influence que l hypertrophie 
du ventricule droit peut exercer sur i’hémoptysie. Un de 
mes amis ( M. Rayer) et moi nous observâmes, en 1823, 
un corroyeur de la rue Mouffetard (malade au quatrième 
dispensaire), chez lequel un anévrysme actif, que les signes 
les plus positifs autorisaient a placer dans le ventricule droit, 
semblait déterminer, a chaque accès, des crachemens de 
sang considérables. Cet homme mourut, mais nous ne pûmes 
malheureusement pas en faire l’ouverture. 

Je terminerai ces remarques en rapportant deux faits dont un, 
recueilli par moi, est extrait du rapport médical de la Société 
philanthropique pour l'année 1826 2 ; l’autre a été commu¬ 
niqué par un médecin de la province, avec lequel je corres¬ 
ponds d’une manière suivie. Un bonnetier , âgé de cinquante 
ans , sujet depuis sa jeunesse aux congestions céphaliques et 
aux palpitations, ressentait, depuis deux ans, des batte- 
mens de cœur produits par un état d’hypertrophie de cet or¬ 
gane, et accompagnés d’étourdissemens ; le sang était poussé 
vers le cerveau avec une telle violence, que le malade en 
était ébloui, et ne pouvait marcher dans les rues sans appui 
lorsque son cœur battait plus fort qu’a l’ordinaire. Au mois 

1 Ouvrage ci lé, tome II, page 5/|6. 

_ * Rapports de la Société Philanthropique de Paris (année 1826 5 par¬ 
tie médicale y page 45). 


( 6} 

de mars 1823, époque de l'entrée du malade au quatrième 
dispensaire, ces battemens avaient une telle action sur l'en¬ 
céphale, que lorsque le malade travaillait, le métier, placé 
devant lui, semblait s éloigner ou tourner en rond , descen- 
die, monter ou se mouvoir d’une maniéré cadencée. Lorsque 
cet homme était couché, il semblait être balancé dans les 
airs; venait-il à marcher sans appui? il se croyait, h chaque 
instant, prêt à tomber; pendant la nuit, il était obsédé de 
rêves qui le plongeaient dans des embarras inextricables, 
d’autres fois le reportaient aux beaux jours de sa jeunesse, 
au milieu des champs qui l’avaient vu naître, etc. 

La plupart de çes accidens, qui étaient, sans aucun doute, 
le résultat de 1 affluence morbide du sang vers le cerveau , se 
dissipaient sous l’influence de la saignée du bras, mais par¬ 
ticulièrement par l’effet des ventouses scarifiées sur la région 
du cœur, effets que je suis fondé par l’expérience à regarder 
comme très-propres a combattre les désordres qui résultent 
d un épaississement des parois ventriculaires. 

M. A***, âgé de cinquante-neuf ans, d’un tempérament 
sanguin , d’une forte constitution , d’un caractère irascible et 
emporté , chez lequel le système capillaire sanguin est actif et 
très-développé, principalement a la face, n’a jamais éprouvé 
d’autres maladies que des attaques très-éloignées de goutte 
aux pieds , dont il a eu jusqu’à présent très-peu a souffrir. 

M. A** , doué d’ailleurs d’une forte tête, appliquée aux 
calculs et aux grandes spéculations, a été obligé de cesser 
toute espèce de travail depuis quinze mois ; c’est à cette épo¬ 
que que remonte le dérangement de sa santé. 

La transpiration qui, chez M. A***, était très-abondante, 
surtout aux pieds , lorsqu’il prenait le moindre exercice, en a 
éprouvé une diminution considérable ; bientôt après se sont 
manifestés des vertiges ou tournemens de tête qui se repro¬ 
duisaient souvent en s’accompagnant d’une violente cépha¬ 
lalgie, dont le siège était au vertex; en même temps les ar- 
tèies cérébrales battaient avec force*, et le malade en éprou¬ 
vait la sensation pénible et distincte au sommet de la tête; 
il se plaignait en outre de chaleur à la tête, d eblouissemens, 
de tinteinens d’oreilles , et l’injection des vaisseaux capillaires 
de la face démontrait une congestion céphalique et une immi¬ 
nence d’apoplexie. 

M. A*** éprouvait depuis long-temps des palpitations, et 
en explorant la région du cœur, des battemens beaucoup 


( 7 ) 

plus intenses et plus superficiels que dans l'état normal ve¬ 
naient frapper avec force la main de l’observateur; le pouis 
était dur, plein et naturel pour la fréquence. M. A*** éprou¬ 
vait de la constriction dans la région précordiale, une consti¬ 
pation opiniâtre, il s'abandonnait fiéquemment à des accès de 
colère ou à la triste.'Se la plus profonde. 

De tous les moyens qu’on employa pour M. A***, la saignée 
est le seul dont il ait retiré quelque avantage J les sinapismes, 
les vésicatoires, le séton même n’ont fait que l’exciter, ainsi 
que diverses eaux minérales; des saignées répétées, alternées 
avec des applications de sangsues h l’anus, ont procuré beau¬ 
coup de soulagement; mais M. A*** éprouve de temps en 
temps ses tournemens de tête et du cerveau, ses pulsations 
douloureuses qui me paraissent être le résultat de l’impulsion 
du sang poussé avec violence vers l’encéphale parle ventricule 
gauclie hypertrophié. Userait difficile, en effet, de méconnaî¬ 
tre cet état morbide du cœur aux symptômes que j’ai énumérés 
plus haut. Je conviens qu’il serait mieux établi par des ou¬ 
vertures de corps ; je puis renvoyer sur ce point au travail 
déjà cité, qui en contient plusieurs , et aux observations de 
Bertin et Bouillaud. 

D’un côté, le peu de distance qui existe entre le ventricule 
gauche et la base du crâne; de l’autre , le nombre et le ca¬ 
libre considérable des artères qui, dans cette partie , se trou¬ 
vent en rapport avec l’encéphale, expliquent suffisamment, 
dans mon opinion, l’impulsion douloureuse ( quand elle 
devient trop forte) du sang poussé avec un excès d’énergie 
par un organe musculaire dont les forces sont doublées, tri¬ 
plées, quadruplées peut-être. Je conçois très-bien comment, 
par suite de ce défaut de rapport entre la force d’impulsion 
du sang et la résistance de la pulpe cérébrale, au milieu de 
laquelle se subdivisent les artères, il doit survenir des rup¬ 
tures vasculaires, et consécutivement des épanchemens san¬ 
guins. J’en ai signalé de semblables dans le Mémoire cité plus 
haut. Ce raisonnement pourra sembler un peu mécanique â cer¬ 
tains esprits accoutumés â tout expliquer par des abstractions 
vitales, et c’est probablement la raison pour laquelle on a avancé 
qu’il était de peu d’importance; mais en admettant, ce qui est 
exact, que des épanchemens sanguins s’effectuent dans le cer¬ 
veau par d’autres causes que celle dont il s’agit, causes qui, 
jusqu’à ce jour, ne sont pas parfaitement connues , ce ne doit 
pas être un motif pour laisser dans l’oubli ou méconnaître 


( 8 ) 

celle dont il s’agit ^ qui est toute physique et d’une apprécia¬ 
tion facile, sinon rigoureuse. 

L’influence que la présence et l’impulsion du sang exer¬ 
cent sur le cerveau, dans Tétât physiologique, vient sans 
doute fortifier encore celle dont nous venons de parler. Qui 
ne sait que quand le sang est porté promptement et en grande 
abondance vers Tencéphale, les facultés intellectuelles en 
sont plus actives? On a cité Texemple de cet écolier qui, 
pour apprendre en un instant sa leçon, se plaçait la tête en 
bas. Qui ne connaît les avantages de la position horizontale 
pour rendre le travail plus facile? Enfin personne n’ignore 
que, parmi les hommes qui se sont signalés dans les sciences 
et les arts, chez un très-grand nombre, le cœur se trouvait 
très-rapproché du cerveau , ce qui se reconnaît au peu de lon¬ 
gueur du cou. 


Recherches et Observations pour servir à l’anatomie et ci 
la physiologie pathologiques des reins et de leurs ca¬ 
naux excréteurs ; par j. Bouillaud, D. M. P. 

Soit que les lésions des reins ne soient pas aussi com¬ 
munes que celles de la plupart des autres viscères, soit 
qu elles aiept moins fixé l’attention des observateurs que ces 
dernières , il est certain que l’anatomie et la physiologie pa¬ 
thologiques des organes sécréteurs de l’urine ne sont pas aussi 
avancées que l’anatomie et la physiologie pathologiques de la 
plupart des autres organes intérieurs. Je ne sache pas qu’au¬ 
cun pathologiste moderne ait recueilli une suite d’observa¬ 
tions sur ce point important de la science de l’homme ma¬ 
lade. M. Andrai lui-meme, qui a enrichi la pathologie des 
principaux viscères de tant de laits intéressans, a passé sous 
silence celle des reins. On trouve à peine quelques cas iso¬ 
lés de maladies de ces organes glanduleux dans les nombreux 
recueils d observations qui se publient chaque mois ; en sorte 
que celui qui voudrait aujourd hui parcourir un certain nom¬ 
bre de cas relatifs à ces maladies serait obligé de consulter 
1 immortel traité De sedibus et cousis morborum. Mais il 
s’en faut beaucoup que Morgagni ait fait connaître toutes 
les formes morbides dont les organes sécréteurs de Turine 
peuvent être le siège. 



( 9 ) 

Dans un tel état de choses, j’ai pensé qu'il ne serait peut- 
être pas tout à fait inutile de publier ie résultat de mes pro¬ 
pres recherches sur les maladies dont il s’agit. Quelque im¬ 
parfaites qu’elles soient, elles pourront servir de matériaux a 
ceux qui, plus tard, s’occuperont d’une monographie com¬ 
plète des maladies des reins et des uretères. 

Article i er . — Maladies des reins. — §. I. Vices de 
conformation et de nombre. — i°. Vices de nombre. —— 
Chez quelques sujets, au lieu de deux reins, on n’en trouve 
qu’un. Je n’ai rencontré qu’un seul cas de ce genre. Le rein 
était situé transversalement au devant de la colonne verté¬ 
brale. Il était muni de deux uretères, et avait un volume plus 
considérable que celui qu’il offre ordinairement, lorsqu’il 
existe un rein de chaque côté. 

2°. Pleins lobuleux. — J’ai observé cette conformation 
chez quatre individus adultes La surface des reins res¬ 
semble assez bien, sous 1e rapport de sa configuration , a 
celle des hémisphères cérébraux, c’est-à-dire que les lobes et 
les sinuosités qui les séparent représentent les circonvolu¬ 
tions et les anfractuosités cérébrales. 

3 °. J’ai observé une fois la variété anatomique suivante 
que je ne sache pas avoir été indiquée par aucun auteur : 
chez une femme de trente ans, qui mourut phthisique, le 
rein droit, resté à l'état lobuleux, était muni de deux ure¬ 
tères, qui, après un trajet de deux pouces, se confondaient 
pour n’en former qu’un seul. L’un de ces uretères s’enfon¬ 
cait dans la scissure rénale et se terminait dans le bassinet; 
l’autre remontait vers l’extrémité supérieure du rein, et s’y 
terminait par une espèce de renflement où venaient s’ouvrir 
plusieurs mamelons. Le rein gauche était dans l’état normal. 

§. IL Hypertrophie , ou augmentation de nutrition des 
reins. — J’ai rencontré assez souvent cette affection, le plus 
ordinairement sur un seul rein. On la reconnaît aux ca¬ 
ractères suivaris : le rein est d’un quart, d’un tiers, quel¬ 
quefois de moitié plus volumineux que dans l’état normal. 
Sa substance est plus ferme, plus compacte, plus rouge, 
plus vermeille, plus pénétrée de sang que dans l’état natu¬ 
rel. Quand on l’incise, il en ruisselle d’innombrables goutte¬ 
lettes de ce liquide. Il est probable que l’artère rénale a aug- 

* Je n’ai pas besoin de dire que, chez te foetus, les reins sont con¬ 
stamment composés de plusieurs lobes. 


C 10 ) 

mente de volume. Je n’ai pas encore fait.de recherches pour 
m’eu assurer directement. 

L'hypertrophie du rein se développe sous l’influence des 
diverses causes qui peuvent faire affluer trop abondamment 
le sang dans le parenchyme de cet organe. Une des circon¬ 
stances les plus propres à produire cette sorte de pléthore 
d’un rein, consiste dans l’obstacle qu’éprouve quelquefois le 
sang à pénétrer dans l'autre rein. Dans ce cas, la quantité de 
liquide destinée a celui-ci, change pour ainsi dire son cours, 
et se dirige, en tout ou en partie, vers l’autre rein. Aussi 
est-ce particulièrement dans ces circonstances que j’ai ob¬ 
servé l’hypertrophie du rein. On verra, dans les observations 
que je rapporterai plus loin, la preuve de ce qui vient d’être 
dit. On conçoit maintenant pourquoi il est si commun de 
voir l’hypertrophie d’un rein coïncider avec l’atrophie de 
i autre. On a dit que, dans ce cas , l’un des reins se déve¬ 
loppe pour suppléer a l’autre. Mais ce n’est pas le pourquoi , 
c est le comment de ce remarquable phénomène qu’il fallait 
faire connaître. Or, il est évident que ce phénomène dépend 
de ce que le rein atrophié recevant une moindre quantité de 
sang que dans l’état normal, son congénère en reçoit, au 
contraire, une quantité plus considérable, ce qui en déter¬ 
mine l’hypertrophie. 

Au reste, on voit que les conditions qui président a l’ac¬ 
croissement de nutrition ou à l’hypertrophie du rein , sont 
absolument les mêmes que celles auxquelles on attribue l’hy¬ 
pertrophie des autres organes , celle du cœur, celle des mus¬ 
cles extérieurs, par exemple. En effet, ces dernières se ma¬ 
nifestent, toutes les fois que des causes particulières font 
aborder en trop grande abondance le sang , soit dans le cœur, 
soit dans les muscles. 

§. III. De L'atrophie , ou diminution de nutrition des 
reins. — J’ai rencontré l’atrophie des reins un assez grand 
nombre de fois. On la reconnaît a des caractères qui sont 
diamétralement opposés a ceux qui ont été décrits dans le 
précédent paragraphe. Ainsi, les reins sont manifestement 
moins volumineux que dans l’état ordinaire ; leur substance 
est plus pâle; elle contient peu de sang et paraît comme 
flétrie. 

Etant données les circonstances dans lesquelles se mani¬ 
feste l’hypertrophie des reins, il est extrêmement facile de 
déterminer, à priori , celles que suppose l’atrophie de ces 


( 11 ) 

organes. Ces dernières sont évidemment les diverses causes 
capables de diminuer la masse du sang artériel que doit re¬ 
cevoir le rein. Ce que l'induction nous indique est parfai¬ 
tement conforme à ce que nous apprend l’observation. En 
effet, toutes les fois que j’ai trouvé un rein atrophié , j'ai 
pu constater que la circulation artérielle de cet organe sécré¬ 
teur avait éprouvé un obstacle plus ou moins considérable. 
C'est ainsi, par exemple, que j’ai vu la compression d'un 
rein être suivie de son atrophie. Une phlegmasie chronique 
de cet organe peut amener le même résultat, en déterminant 
dans le système capillaire une altération qui entrave le mou¬ 
vement du sapg. Je citerai bientôt des faits a l'appui de ce 
qui précède. On verra qu'il a suffi de la pression de la rate 
tuméfiée pour produire une atrophie du rein gauche, et que, 
dans un autre cas, la compression lente exercée par le foie 
augmenté de volume sur le rein droit, y a déterminé la 
même affection. On sait, d’ailleurs, que l’atrophie de plu¬ 
sieurs autres organes est très-souvent l'effet de la compres¬ 
sion a laquelle iis ont été soumis : telle est entre autres celle 
du cœur, des poumons, du sein, du testicule, etc. 

§. IV. De Vinfiltration urineuse et des kystes des reins. 
— L'affection que je désigne sous ce nom n’a été décrite 
encore, a ma connaissance, par aucun pathologiste. Elle 
n'est cependant pas très-rare; mais elle peut facilement 
se dérober a un observateur peu attentif. Voici quels en sont 
les caractères anatomiques : on observe, à la surface des 
reins, un nombre plus ou moins considérable de vésicules 
arrondies, qui soulèvent la membrane propre de ces organes. 
Ces vésicules ne paraissent être autre chose que de petits 
kystes enchâssés dans la substance rénale, et formés, peut- 
être, par une certaine quantité d’urine qui a distendu les 
vaisseaux tubuleux, par l’effet d’un obstacle a son écoule¬ 
ment : il est possible aussi que ces kystes soient simplement 
séreux. Ces vésicules, en quelque sorte semblables à des 
gouttes d’une rosée qui aurait une teinte jaunâtre, ne s'aper¬ 
çoivent qu’après qu’on a dépouillé le rein de la masse cellulo- 
graisseuse qui l’enveloppe. C’est probablement parce qu’elles 
se cachent sous cette espèce de voile qu’elles ont échappé 
si long-temps aux regards des médecins anatomistes. J’en ai 
vu qui avaient la grosseur d’une cerise. Quelquefois, au 
lieu de vésicules multipliées, je n’ai rencontré qu'une vaste 
poche , une espèce d’ampoule, qui résultait, peut-être, de la 


( la ) 

réunion de plusieurs petites vésicules, dont les parois com¬ 
munes s’étaient rompues. J’ai vu aussi le rein tout entier 
transformé en une vaste poche, contenant un liquide séreux 
transparent, ou plus ou moins trouble. Quelquefois, la 
substance du rein est comme creusée aux endroits que ces 
vésicules occupent; la surface des excavations est polie, lisse 
et humide. Il n’est pas rare de rencontrer une altération de 
l’urine dans quelques-unes de ces vésicules. 

Je n’ai rencontré l’altération dont je viens de parler, que 
chez des personnes âgées de plus de soixante ans. Je ne pré¬ 
tends pas qu’elle ne puisse exister chez les jeunes gens et les 
adultes; mais je crois qu’elle y est excessivement rare, si 
réellement elle s’y rencontre. 

Quelle est la cause de cette lésion ? Dépend-elle d’un obsta¬ 
cle an cours de l’urine, ou bien d’une altération de la substance 
corticale des reins ? Si l’on fait attention qu’elle ne se manifeste 
peut-êtrequechez les personnes très-avancées en âge , époque 
à laquelle il n’es t pas rare d’observer des paralysies, ou du moins 
une faiblesse notable des organes excréteurs de l’urine, on 
sera porté a croire que cette maladie peut avoir quelque 
rapport avec un obstacle au cours de ce liquide. L’urine ne 
coulant plus librement a travers ses canaux, distendra d’au¬ 
tant plus la substance qui la sécrète, que, par Tel (et de l’âge, 
celle-ci a perdu de sa résistance. On conçoit comment, après 
avoir été ainsi distendue, elle peut permettre au liquide de 
filtrer à travers son parenchyme, et de se déposer dans les 
vacuoles du tissu lamineux qui l’environne. Au reste, je ne 
fais qu’indiquer ce mécanisme, et je ne présénte cette expli¬ 
cation que comme une simple hypothèse probable, mais qui 
ne repose encore sur aucune preuve directe. 

§. V. De Vinflammation des reins et des désorganisa¬ 
tions qui en sont la suite. — Les reins doivent être rangés 
parmi les organes qui opposent le plus de résistance , en vertu 
de leur structure, aux désorganisations que les congestions 
inflammatoires tendent a produire. Les caractères anatomi¬ 
ques de la néphrite sont les suivans : rougeur , tuméfaction , 
infiltration purulente, ramollissement, fragilité de leur sub¬ 
stance, abcès, ulcérations de leur surface externe, conversion 
de leur parenchyme en une matière tuberculeuse, encépha- 
loïde, laquelle est, du moins en grande partie, le produit 
de la sécrétion anormale dont l’organe enflammé devient 
le siège. On peut ranger parmi les produits de l’inflamma* 


( i3 ) 

tion du rein, certains kystes que l’on trouve a sa surface 
ou dans son épaisseur. On trouvera plus loin des exemples 
des altérations qui viennent d’étre indiquées , lesquelles se 
développent sous l'influence de réactions chimiques ou molé¬ 
culaires qui n’ont pas encore été déterminées. J’ai trouvé 
deux ou trois fois le rein plus ou moins complètement con¬ 
verti en une substance jaunâtre, graisseuse. Les reins dans 
cet état ressemblent assez aux muscles devenus graisseux. 

§. VI. I jes signes des diverses altérations, dont le rein peut 
être le siège', sont très-obscurs. Tout ce que les séméiolo- 
gistes ont dit à ce sujet est loin d’être exactement conforme 
à l’observation. On concevra facilement pourquoi lediagnostic 
des affections du rein présente tant de difficultés, si l’on ré¬ 
fléchit, i° que la profondeur à laquelle cet organe est situé 
le soustrait presque entièrement â nos moyens d’exploration ; 
2° que le trouble de ses fonctions produit des phénomènes 
que peuvent également déterminer diverses maladies de la 
vessie et des uretères ; 3 ° que la douleur n’accompagne pas 
constamment les affections rénales. Si l’on en croyait la plu¬ 
part des pathologistes, les douleurs les plus aiguës seraient en 
effet h peu près inséparables de l’inflammation des reins. Je 
ne prétends pas nier qu’il ne puisse en être quelquefois ainsi, 
mais je puis affirmer avoir rencontré des traces incontestables 
de néphrite chez des individus qui n’avaient accusé aucune 
douleur dans la région des reins. Cette absence de douleur 
dans les maladies de ces organes se conçoit, d’ailleurs, d’au¬ 
tant plus aisément qu’ils ne sont pas sensibles dans l’état 
normal. Ajoutons qu’il n’est pas très-rare d’observer de vio¬ 
lentes douleurs dans la région des reins chez des individus 
qui ne sont affectés d’aucune maladie de ces organes. 

La présence d’une certaine quantité de sang ou de pus dans 
l’urine, lorsqu’il n’existe , d’ailleurs , aucune maladie de la 
vessie, est un signe de l’affection des organes sécréteurs de 
l'urine. Il en est de même d’un sentiment de chaleur et de 
pesanteur dans la région rénale. Lorsqu’à ces symptômes se 
joint line fièvre assez vive , on peut annoncer l’existence 
d’une néphrite. Au début de cette maladie, si les deux reins 
sont affectés, l’urine est presque totalement supprimée. 

La néphrite chronique, comme la plupart des autres phleg- 

1 Je ne dis rien des calculs rénaux , non-seulement parce qu’ils sont 
une altération de Vitrine plutôt que des reins, mais parce que je n’a* 
pas eu l’occasion d’en observer. 


C 4 ) 

masies chroniques intérieures, donne lieu a la fièvre lente, et 
fait périr les malades dans un état de consomption auquel 
on a donné le nom de phthisie rénale. Les urines sont alté¬ 
rées, quand 1 organe continue ses fonctions" mais il peut 
arriver (et j’en citerai un exemple) qu’un rein soit désorga¬ 
nisé , tandis que 1 autre est sain, et que le rein désorganisé 
soit devenu inhabile a la sécrétion dont il était auparavant le 
siège. Oi , dans ce cas, les urines n’offrant aucune altéra¬ 
tion , le diagnostic devient très-difficile. Si les deux reins 
étaient h la fois désorganisés, de manière à ce que toute sécré¬ 
tion de 1 urine fut impossible, il en résulterait sans doute des 
phénomènes analogues à ceux qu’on observe chez les animaux 
auxquels on a enlevé les reins, ou lié les uretères. On sait 
que les animaux soumis à ces expériences sont bientôt affec¬ 
tés d une fièvre violente, et qu’ils exhalent une odeur d’urine 
très-prononcée (fièvre urineuse de M. Richerand) \ 

L’hypertrophie des reins serait-elle la cause de certains 
diabètes ? Nous manquons de faits pour répondre d’une ma¬ 
nière positive a cette question. Ce qu’il y a de certain , c’est 
que l’on a observé cette hypertrophie chez des individus 
affectés de diabètes. 

Art. ii .—-Maladies des uretères. —1°. Comme toutes les 
auti es parties du corps, les uretères peuvent s’enflammer et 
offrir les diverses altérations qu’entraîne à sa suite l’acte 
inflammatoire. 

2°. Les uretères, étant des organes creux, peuvent être di¬ 
latés, rétrécis ou même complètement oblitérés. La dilata¬ 
tion est la suite des obstacles qui s’opposent quelquefois au 
libre écoulement de l’urine dans la vessie. Ces obstacles sont 
la présence d un calcul dans la cavité des canaux indiqués, la 
compression, l’oblitération de ces mêmes canaux. Les ure¬ 
tères sont tellement dilatés, dans certains cas, qu’ils ont la 
grosseur du doigt. La dilatation existe en même temps dans 
le bassinet et les calices i il peut meme arriver que l’urine 
s infiltre dans le tissu du rein, ou le déchire pour s’épancher 
dans le tissu cellulaire qui l’environne. 

Quant au rétrécissement et à l’oblitération des uretères, 
ils peuvent dépendre de la compression exercée sur ces or¬ 
ganes, de l’inflammation de la membrane qui tapisse leur 

1 J’ai observé récemment un fait de ce genre à la Charité. L’indi¬ 
vidu est resté pendant une vingtaine de jours sans uriner, et a suc¬ 
combé au milieu des symptômes d’une injection des liquides. 


C«5) 

cavité, de la cessation du passage de l’urine dans cette ca¬ 
vité, par suite d’une maladie du rein qui aurait rendu cet 
organe impropre à la sécrétion qui s’opère naturellement dans 
son parenchyme. 

3 °. Ce que nous avons dit de l’obscurité des signes des 
maladies du rein est applicable a ceux des lésions des uretères. 
Si ces deux canaux étaient oblitérés simultanément, il en 
résulterait des accidens mortels. 11 n’en est pas de même de 
l’oblitération d’un seul de ces organes; d’après lin fait que je 
rapporterai, il paraît que, dans quelques cas de ce genre, 
le rein dont l’uretère est oblitéré tend a s’atrophier, tondis 
que l’autre s’hypertrophierait, comme pour pouvoir remplir, 
à lui seul, la fonction qu’il partageait d’abord avec celui du 
côté opposé. Toutefois, je n’affirme pas que les choses se 
passent toujours ainsi. 

Aut. iii —Observations particulières à l'appui des pro¬ 
positions et des descriptions qui précèdent. —Obs. i.-— 
Phlegmasîe des reins avec suppuration et ramollissement ; 
infiltration urineuse ou kystes s ère u x de ces organes ; atro¬ 
phie du rein droit. — Marie-Jeanne Jobin, âgée de soixante- 
douze ans, fut reçue à l’hôpital Cochin le 5 décembre 1822. 
Comme elle était dans une véritable démence sénile, on ne 
put obtenir d’elle aucun renseignement sur son état antérieur. 
On apprit des personnes qui la conduisaient qu’elle était ma¬ 
lade depuis environ six mois. Le pouls était, petit, difficile h 
sentir, la toux fréquente, la faiblesse extrême ( looch ) limon, 
gommé). Les jours suivans, 011 observe un état de subdeli¬ 
rium ou de coma-vigil. La malade prie Dieu continuelle¬ 
ment et a haute voix, et ne répond à aucune question {elle 
11e mange presque rien ; on lui fait prendre du vin). Ce¬ 
pendant, le pouls devient fébrile, la langue se sèche et prend 
une teinte fuligineuse; les lèvres s’encroûtent, il se mani¬ 
feste de la carphologie, et la malade meurt tranquillement 
le 12 décembre, le septième jour après son entrée. 

Autopsie cadavérique vingt-huit heures après la mort. 
—1°. Habitude extérieure : marasme, taches rouges ou bleu⬠
tres sur les jambes; infiltration du membre abdominal gauche. 
2 0 . Organes respiratoires et circulatoires : sérosité rougeâtre 
dans chaque côté delà poitrine; adhérences celluleuses, gra¬ 
nulations tuberculeuses , comme purulentes, à la surface des 
poumons. De semblables granulations , mais plus petites, exis¬ 
tent en grand nombre dans le parenchyme pulmonaire. Elles 


( 16 ) 

apparaissent, sous forme de globules miliaires, à la surface 
des incisions qu’on pratique dans ce tissu, où l’on remarque 
plusieurs points véritablement purulens. La membrane interne 
des bronches et de leurs ramifications, celle des vaisseaux san¬ 
guins du poumon offrent une teinte d’un rouge-foncé, sombre 
et vineux ; le cœur est ridé et comme flétri ; ses cavités droites 
offrent une rougeur tirant sur le noir, qui se prolonge dans 
1 artere pulmonaire ; la face interne du ventricule gauche, hy¬ 
pertrophie, est un peu rouge ; celle del’oreiilettecorrespondante 
I est davantage ; rougeur jaunâtre de l’aorte ; oblitération 
par du sang coagulé des veines crurale et iliaque externe du 
^ fause de 1 infiltration). 3 °. Organes abdominaux: 
le rein droit, manifestement atrophié , forme a peine la cin¬ 
quième partie du gauche ; tous les deux , mais le dernier prin¬ 
cipalement, ont leur surfacè parsemée de vésicules contenant 
un liquide transparent, jaunâtre, tout a fait semblable à de 
l’urine. Quelques-unes de ces vésicules ont la grosseur d’une 
cerise. Si l’on vient à les rompre et à donner issue au liquide 
dont elles sont remplies, il reste à leur place des excava¬ 
tions de la substance même du rein , excavations dont l’é¬ 
tendue est proportionnelle a la grosseur des vésicules; la 
surface de ces excavations est lisse et humide; l’aspect des 
reins, avant la rupture des kystes, rappelait celui d’un pou¬ 
mon emphysémateux , avec cette différence que, dans un 
cas , les vésicules contiennent un corps gazeux , tandis que, 
dans 1 autre cas , elles sont pleines d’un corps liquide; l’alté¬ 
ration qui vient d’être décrite n'était pas la seule qu’on trou¬ 
vait dans les reins. Plusieurs petits abcès existaient a leur 
surface avec ulcération de la membrane propre de ces oiga* 
nés, laquelle était rouge et injectée. Autour des abcès, le 
tissu rénal était infiltré de sang et ramolli, a peu près comme 
cela arrive dans rinflammation de la substance cérébrale. Le 
pus qu’011 faisait sortir par la pression de la surface des reins 
ressemblait assez au véritable pus phlegmoneux. Le tissu rénal 
était généralement plus mou que dans l’état normal , et se 
déchirait facilement. La* vessie contenait une urine trouble et 
purulente; sa membrane interne était légèrement injectée... Les 
viscères digestifs présentèrent quelques altérations que je ne 
décrirai point ici. Les circonvolutions cérébrales antérieures- 
supérieures nous parurent très-développées ; ce qui nous en¬ 
gagea a examiner la conformation du cerveau, c’est que, 
comme nous l’avons dit plus haut, cette femme, jusqu’au 


( *7 ) 


dernier moment, lie cessa de prier Dieu a haute voix , bien 
gue sa connaissance fût en grande partie abolie. 

.Réflexions. — Nous rapporterons plus loin d’autres faits 
d infiltration urineuse ou de kystes des reins. Nous ne vou¬ 
lons signaler, pour le moment, que l’existence d’une né¬ 
phrite bien évidente sur le sujet de cette observation. Cette 
phlegrnasie, avec formation de petits abcès, ramollissement 
et infiltration sanguine du tissu voisin de ces abcès, était 
sans doute déjà ancienne. Il est fâcheux qu’on n’ait pas pu 
se procurer de renseigneniens sur les symptômes qui accom¬ 
pagnèrent cette maladie. Il est probable que, depuis quelque 
temps , le malade rendait du pus avec son urine, puisque 
nous en trouvâmes dans la vessie, qui, d’ailleiws, était à 
peu près saine. Ce symptôme , coïncidant avec l’absence des 
autres symptômes propres à la cystite, aurait pu faire soup¬ 
çonner une maladie des reins. L’atrophie du rein avait-elle 
succédé à une phlegrnasie de celte glande? était-elle le 
résultat d une autre cause ? C’est ce qu’il me paraît impos¬ 
sible de décider. 


Obs. 2. — Rein gauche bilohé , infiltré d’urine puni - 
lente; kyste fibreux, rempli d'une substance pulpeuse, entre 
les deux lobes de cet organe. — Marie-Eléonore Lemimhe 
était affectée d’un rétrécissement de l’orifice aurieuîo-ventri- 
culaire gauche du cœur, avec hypertrophie du ventricule 
correspondant, quand elle fut reçue a l’hôpital Cocbin, le 
7 février 1822. 11 lui survint bientôt après un érysipèle de 
la face, lequel se compliqua d’une angine œdémateuse. La 
malade succomba. Pendant tout le temps qu’elle fut sou¬ 
mise à notre oEervation, elle ne nous offrit aucun symp¬ 
tôme qui pût nous faire soupçonner une maladie des reins. 

Autopsie cadavérique vingt-quatre heures après la mort. 
(Nous ne décrirons que les altérations relatives à notre objet 
actuel). — La vessie, contractée, était rouge a sa surface 
interne, mais d’ailleurs saine. Le rein gauche était composé 
de deux lobes. Son tissu était abreuvé, ou plutôt infiltré 
d’urine manifestement purulente. Entre les deux lobes se 
trouvait un kyste blanc, fibreux, rempli d’une substance 
pulpeuse , analogue à la substance médullaire du cerveau. 

Réflexions. — Dans cetie observation , les caractères ana¬ 
tomiques d’une néphrite sont moins incontestables que dans la 
précédente. En effet, comme cette malade avait une fièvre 
brûlante , que l’érysipèle de la face avait déterminé un com- 
tome xxxi. 2 


C 18 ) 

menccment de suppuration, on pourrait attribuer a ces cir¬ 
constances l’état purulent de l’urine dont le rein était péné¬ 
tré. Néanmoins, je suis plus porté à croire que, dans ce cas, 
le rein était le siège d’une phlegmasie qui s’était terminée 
par la formation d’une petite quantité de pus. Quant a la 
masse pulpeuse enkystée qui existait entre les deux lobes du 
rein, je la regarde comme la suite d’une ancienne phlegma¬ 
sie. Si l’on me demande la raison de cette opinion , je répon¬ 
drai que, jusqu’ici, je n’ai rencontré de semblables produc¬ 
tions que dans des parties où il avait existé antérieurement 
une inflammation. Or, des altérations identiques supposent 
une cause ou des causes également identiques dans leur na¬ 
ture. 

Obs. 3. — Hypertrophie du rein gauche; tuméfaction 
énorme et dégénérescence tuberculeuse et encephaloide du 
rein droit. — René-Guillaume Calliet, âgé de soixante ans, 
d’un tempérament sanguin, était malade depuis environ six 
mois , mais surtout depuis quinze jours, lorsqu’il fut admis 
a l’hôpital Gochin, le 16 avril 1822. Sa maladie avait com¬ 
mencé par une douleur de ventre, avec sentiment d’une boule 
qui remontait. Le ventre s'était tuméfié graduellement, et les 
membres inférieurs s’étaient infiltrés. A l’arrivée du malade, 
l’abdomen était tendu et fluctuant, un peu douloureux, la 
langue rouge et sèche, le pouls fébrile ; il y avait de ia soif 
et du dévoiement (depuis une huitaine de jours 011 avait 
purgé plusieurs fois le malade). Il existait aussi une oppres¬ 
sion assez prononcée (fis. apérit ., julep diurétique , quart 
d’alimens). — Cependant le .malade s’affaiblit de plus en 
plus ; il n’accuse aucune douleur ; il se piaint seulement de 
ce que son appétit ne revient point. Les membres inférieurs 
sont toujours infiltrés.... La mort arrive le 2 juillet, deux 
mois et demi environ après l’entrée. 

Autopsie cadavérique seize heures après la mort. — Sé¬ 
rosité assez abondante dans la cavité abdominale• péritoine 
ponctué de plaques noirâtres, mélaniques; masse intestinale 
petite, comme atrophiée. Dans le côté droit de l’abdomen se 
remarque une tumeur, s’étendant depuis la fosse iliaque jus¬ 
qu’au foie, avec lequel elle adhère, ainsi qu’avec les autres 
parties voisines. Cette tumeur énorme n’est autre chose que 
le rein qui a acquis le volume de la moitié d’un foie ordi¬ 
naire. Ce même rein est entièrement désorganisé. Son tissu, 
converti en une matière pultacée, tuberculeuse, se déchire 


( >9 ) 

avec la même facilité qu'un lobe tuberculeux du poumon, 
dont il représente assez bien l’aspect (supposé qu’il n’existe 
pas de cavernes dans ce lobe). Le sommet du rein , non en¬ 
core désorganisé, se détache facilement de la membrane 
fibreuse. Le reste de l’organe est confondu avec elle. On ne 
distingue pas de vaisseaux dans cette masse morbide, qui 
contient cependant une certaine quantité de sang , ce qui lui 
donne une teinte rougeâtre, et la rend assez semblable, eu 
quelques points , à de la lie de vin ou à de la matière cérébrale 
ramollie et infiltrée de sang. 11 nous fut impossible de trou¬ 
ver l’artère rénale au milieu de cette désorganisation. Au de¬ 
vant du rein, ainsi altéré, passait l’aorte, qui était saine. 
Derrière lui se trouvait la veine cave, qui était remplie d’une 
matière pultacée, couleur lie de vie, assez semblable à la sub¬ 
stance désorganisée du rein. Cette matière se rencontrait dans 
la cavité de la veine jusque vers le bord postérieur du foie. 
Les veines émulgenîes, gorgées de la même matière, s’ou¬ 
vraient seules dans la cavité de la veine cave ainsi oblitérée 
et adhérente à la surface de la tumeur avec laquelle elle sem¬ 
blait se confondre. Les grosses veines qui naissent de la di¬ 
vision de la veine cave étaient oblitérées par un caillot bru¬ 
nâtre , puliacé, qui s’étendait dans celles des jambes (de là 
l’infiltration.) La membrane interne des veines oblitérées 
était blanche. Le rein gauche était plus volumineux que 
dans l’état normal, et réellement hypertrophié. Son tissu 
était très-rouge, injecté; en le pressant on en exprimait d’in¬ 
nombrables gouttejettes de sang. — (INous passerons sous si¬ 
lence les nombreuses lésions que nous offrirent les autres or¬ 
ganes.) 

Réflexions. — Il me paraît indubitable que l’altération 
du rein, qui vient d’être décrite, fut précédée d’une phleg- 
niasie de cet organe, soit primitive, soit consécutive à une 
inflammation du péritoine et du tissu cellulaire sous-jacent. 
Cette phiegmasie fut annoncée, dans les premiers temps, par 
la douleur abdominale. Les adhérences de la tumeur au foie 
et avec la veine cave, les plaques ponctuées du péritoine 
sont des traces positives d’une ancienne phiegmasie. Il est 
d’ailleurs évident qu’il ne restait plus de l'inflammation du 
rein que ses produits, et que toute inflammation actuelle 
était impossible dans un organe tellement altéré qu’on n’y 
distinguait plus de vaisseaux. Mais personne n’ignore aujour¬ 
d’hui que les matières sécrétées anormalement dans un organe 


( 2 ° ) 

enflammé, y peuvent rester déposées long-temps après que îa 
phi egmasic a disparu elle-même. Elles constituent alors de 
véritables corps étrangers, et donnent lieu a des phénomènes 
nouveaux, h des altérations ultérieures, qui n’ont pas été en¬ 
core-suffisamment étudiés, et qui sont bien dignes de fixer 
l’attention des vrais observateurs^. 

Obs. 4- — Compression , oblitération partielle de T ure¬ 
tère droit. — Pâleur , atrophie du rein correspondant. — 
Hypertrophie du rein gauche. — Françoise Laîné, âgée de 
trente-quatre ans, mère de deux enfans, était malade depuis 
environ sept mois, lorsqu’elle fut reçue a Ehôpital Cochin, 
le 6 décembre 1821. Quand je l’observai, au mois de janvier 
suivant, elle offrait les symptômes les plus certains d’un can¬ 
cer de l’utérus. Il existait un écoulement vaginal des plus f'é- 
tides, et souvent il se manifestait des pertes fort abondantes. 
Le col de l’utérus n’était pas douloureux. La fièvre hectique 
qui consumait la malade, les hémorragies fréquemment re¬ 
nouvelées, annonçaient une fin prochaine. La malade suc¬ 
comba, en effet, le 5 février 1822, infiltrée, quoique par¬ 
venue à un état de marasme effrayant. L’examen attentif du 
cadavre nous fit reconnaître diverses altérations, parmi les¬ 
quelles nous choisirons celles dont les organes sécréteurs de 
1 urine étaient le siège. Le rein droit était moins volumineux 
que le gauche, et commençait a s’atrophier. L’uretère droit, 
à son passage dans l’excavation pelvienne, était comprimé 
par une masse cancéreuse formée par l’utérus et le tissu cel¬ 
lulaire voisin. Un stylet introduit dans cet uretère par sou 
orifice vésical, ne put pénétrer que dans l’étendue d’un demi- 
pouce. A cette hauteur existait un obstacle, dû, sans doute, 
à l’oblitération partielle du canal. Ayant voulu forcer cet ob¬ 
stacle, le stylet déchira la paroi de l’uretère et s’enfonça dans 
la masse cancéreuse voisine. Le même stylet pénétra facile¬ 
ment dans toute la longueur de l’uretère gauche. A partir 
de l’endroit oblitéré, par suite de la compression, jusqu’à 
son insertion dans le bassinet, l’uretère droit était dilaté par 
l’urine qu’il contenait. Intercepté dans son cours, ce liquide 
avait reflué vers le îein, et dilaté, non-seulement l’uretère, 
mais aussi les calices. La substance rénale était gorgée du 
même liquide. La substance corticale de ce rein était de moi¬ 
tié moins considérable que celle du rein gauche; elle était 
aussi plus pâle, moins abreuvée de sang, comme si l’un des 
reins se fût hypertrophié en même temps que l’autre s’atro- 


( 21 ) 

phiait. La vessie était distendue, mais parfaitement blanche a 
l’intérieur, son orifice excepté, lequel offrait une teinte rouge. 

Réflexions. — Pour expliquer l'oblitération paitielle de 
l’uretère, il faut admettre que, a la faveur d’une inflamma¬ 
tion adhêsive , les parois opposées de son canal, mises en 
contact par la compression, seront agglutinées entre elles. 
C’est par un mécanisme semblable que s’oblitèrent les vais¬ 
seaux quand on les entoure d’une ligature, laquelle peut être 
considérée comme un véritable mode de compression. 

Nous avons vu que le rein dans la substance duquel avait 
reflué l’urine commençait a se décolorer et a s'atrophier, 
tandis que l’autre rein , comme pour suppléer a l’action de 
celui-ci, était dans un état d'hypertrophie naissante. Ce phé¬ 
nomène est très-digne de, remarque, et parait tenir à une 
loi particulière de l’économie vivante. Mais comment rendre 
raison de ce double phénomène, savoir, l’atrophie d’un or¬ 
gane sécréteur et l’hypertrophie de son congénère? Dirons- 
nous que, dans le cas actuel, par suite de l’engorgement 
urineux du rein, le cours du sang, dans l’artère de cet or¬ 
gane, a été gêné, et que la quantité du sang qu’il recevait 
en moins a été reçue en plus par l’antre rein? Une semblable 
explication est sans doute proposabie, mais elle n’est peut- 
être par a l’abri de toute espèce d’objection. 

Quoi qu’il en soit de la cause directe du phénomène en 
question, il est certain que toutes les causes qui peuvent en¬ 
traver le cours du sang dans les vaisseaux du rein, tendent à 
produire l’atrophie de cette glande. C’est sans doute en agis¬ 
sant de cette manière que les compressions exercées sur les 
reins par les organes environnons , déterminent la diminution 
de son volume. Je ne ferai qu’indiquer deux cas de cette es¬ 
pèce. Chez un homme dont le rein gauche avait été com¬ 
primé par une énorme tuméfaction de la rate, cet organe 
présentait un commencement d’atrophie : il était de moitié 
moins volumineux que le droit. Au contraire, j’observai une 
atrophie dit rein droit sur une femme chez laquelle cet or¬ 
gane avait du être assj?z fortement comprimé par suite d’un 
développement anormal du foie, tel que ce viscère s’étendait 
jusqu’à la crête iliaque, en passant au devant du rein corres¬ 
pondant. L'atrophie des reins, dans les ras dont nous nous 
occupons, pourrait être comparée à celle qui survient aux 
membres autour desquels on a exercé une compression mé¬ 
diocre, mais prolongée. 


1 


( 22 ) 

Obs. 5 . — Infiltration urmeuse ou kystes séreux des 
reins. Marie-Louise Brisneau, âgée de soixante-un ans, 
était affectée dune entérite chronique, compliquée de tu¬ 
bercules pulmonaires, lorsqu’elle fut admise à l’hôpital Co- 
chin le 17 décembre 1822. A cette époque, le marasme 
était tres-avancé et la faiblesse extrême ; le visage était anxié, 
grippé comme dans la péritonite, la langue rouge, le ventre 
dépiimé, douloureux (la douleur, selon la malade, existait 
depuis dix ans, et elle Vattribuait à la goutte )* l’oppres¬ 
sion était très-forte ( gomme édulcorée, lavement , bouil¬ 
lon). Cependant des escarres se forment au sacrum, les ex- 
ciétions alvines coulent malgré la malade, et la mort arrive 
‘ le 23 décembre. 

sîutopsie cadavérique. — Outre les altérations des viscères 
de la poitrine et des organes digestifs, on rencontra les reins 
dans l état suivant : leur surface était parsemée de nombreuses 
vésicules, qu on aurait pu considérer comme l’effet d’une cer¬ 
taine quantité d urine contenue dans ses vaisseaux dilatés en 
ampoule, ou bien qui n’étaient que des kystes séreux acci¬ 
dentels, enchâssés dans la substance des reins. Dans l’une de 
ces vésicules, 1 urine, manifestement altérée, avait une con¬ 
sistance de miel et une couleur brunâtre. 

Voici trois autres cas d’une affection semblable : 

Obs. 6 . — Chez un homme de soixante-treize ans, qui 
succomba presque subitement a un épanchement séreux dans 
les ventricules cérébraux, les reins me présentèrent l’infiltra¬ 
tion urineuse ou séreuse de la surface extérieure, telle que je 
viens de la décrire dans le cas précédent. La vessie était saine. 

Oes. 7. — Chez une femme de 62 ans, qui mourut d’un 
cancer du rectum, au lieu de plusieurs vésicules, je trouvai 
sur le rein gauche une large poche contenant un liquide qui 
ne me parut être autre chose que de l’urine. Ce rein était 
plus pâle, moins pénétré de sang que celui du côté opposé. 
La vessie était pleine d’une urine brune, épaisse et sirupeuse. 

Obs. 8. — Chez la femme Degranger, âgée de soixante- 
quinze ans, je rencontrai a la surfaceyles reins des vésicules 
tout à fait semblables â celles déjà décrites. 

Je 11 ajouterai rien à ce que j’ai dit précédemment (§ iv) 
de la maladie dont je viens de citer quelques exemples, et 
qui, jusqu’ici, avait été entièrement inconnue. 


( 23 ) 


Sur une maladie de ïestomac qui entraîne une perforation 

régulière dans les tuniques non ramollies de ce viscère ; 

par le docteur C.-H. Ebermaier. 

(Premier article.) 

• 

Quoique , dans ces dernières années , la connaissance des 
maladies de l’estomac et du canal intestinal ait lait des pro¬ 
grès qui permettent d’espérer de beaux résultats, quoique l his¬ 
toire des lésions organiques de ces parties et des altérations de 
leurs fonctions ait été éclaircie par les recherches de Hunter , 
Jœger, Gérard, Broussais, Cruveilhier, Àbercrombie, K ru- 
ken berg , Wilson-Philip, Àndral, Louis, billard et quel¬ 
ques autres, cependant on peut dire que l’acte producteur des 
perforations spontanées de l'estomac n’est point connu dans 
ses diverses nuances, et que la médecine pratique n’a au¬ 
cune prise sur la maladie de laquelle dépendent les trous par¬ 
faitement circonscrits, a bords lisses et coupés net, et dont 
les parties environnantes ne présentent presqu’aucune altéra¬ 
tion , qu’on remarque dans les parois de cet organe. Les obser¬ 
vations recueillies jusqu’à présent sur cette dernière forme 
de maladie, sont, pour la plupart, des curiosités pathologi¬ 
ques découvertes seulement à l’ouverture des corps, souvent 
en contradiction manifeste avec les conjectures formées par 
le médecin qui avait soigné le malade , et il est rare que les 
conditions de cette lésion remarquable, ses lois de dévelop¬ 
pement et ses rapports avec les phénomènes observés durant 
la vie soient décrits d’une manière rationnelle. Comme dans 
tant d’autres occasions, où l’on a négligé des faits que la 
nature étalait, pour ainsi dire, sous nos yeux, on a cru avoir 
affaire à un jeu arbitraire du nisus formatwus dégénéré, 
quoique, dans les maladies, comme dans toutes les actions 
de la vie, les phénomènes soient assujettis à des lois éter¬ 
nelles et immuables. Depuis que Gérard a essayé (iSo 3 ) de 
ramener à des considérations générales les laits connus de 
perforations de l’estomac, et qu’il a posé avec une sage cri¬ 
tique les premières bases du diagnostic de la rupture pen¬ 
dant la vie , Chaussier a dirigé l’attention des médecins sur 
un phénomène qui, à l’ouverture d’un cadavre, pourrait laisser 
dans le doute s’il est le résultat de l’action d’un poison ou 
d’un autre agent nuisible externe , ou s’il est la suite d une 


( 24 ) 

maladie de l’estomac, due à des causes internes. Mais quel¬ 
que précieux que soit son travail à cet égard, principale- 
ment sur les perforations produites par ramollissement, une 
profonde obscurité régnait encore sur un sujet de si haut 

interet pour la pathogénie, la thérapeutique et la médecine 
* ( 116 « 

T ,,^ e P ll * s c I ue ^ es niodernes ont appris a mieux connaître 
état de ramollissement dans l’estomac jet le canal intestinal, 
es laits de perforation et de déchirure spontanées des parois 
se sont multipliés, et maintenant il n’est pas d’année oi'i l’on 
n en trouve quelques-uns consignés dans les journaux de mé¬ 
decine. La maladie d’où ces perforations dépendent doit donc 
etre fort commune. Cependant, il en est si peu , parmi ces 
laits, qui fournissent des données suffisantes sur les causes, 
que nos connaissances, relativement aux divers changemens 
d organisation qui s’opèrent alors, sont fort peu avancées 
encore* les perforations abords lisses ont surtout été né¬ 
gligées. En général , on s’y attendait si peu avant les nécrop- 
sies qu’on ne savait à quoi les rattacher dans la physiologie 
pathologique, que, pas conséquent, on ignorait à quoi les 
rallier dans les phénomènes observés sur le vivant, ou bien 
on soupçonnait une connexion fausse ou demi - vraie , et 
1 on ne croyait pas la forme de la perforation elle-même assez 
importante pour mériter un examen spécial. 

La médecine moderne a souvent éprouvé que le succès 
dans le traitement des maladies les plus dangereuses, suit 
pas a pas les progrès dans la connaissance de leur nature 
de meme qu’on est, d’un autre côté, entraîné aux erreurs 
J, es Plus dangereuses quand le produit visible fait oublier 
1 action qui 1 a engendré. La pathologie générale nous donne 
souvent des mots pour des idées, comme dans le cas dont 
il s agit ici, et cela est aussi vrai qu’il ne lui arrive que 
trop souvent de se représenter clairement les résultats de 
l’anatomie générale, et de concevoir ainsi la maladie d’après 
les idees. reçues^ sur la santé. La plupart des Manuels de 
pathologie générale ne commencent pas la où s’arrête la 
physiologie, et de là vient qu’une foule défaits découlant 
des progrès récens de l’anatomie générale, attendent encore 
qu on sache les utiliser, et les traduire en lois générales pour 
les rendie intelligibles et utiles à tout le monde. 

L histoire des lésions organiques de l’estomac et surtout 
du canal intestinal dans diverses maladies aiguës et chront- 


( ) 

ques , a été depuis peu la source de vues pratiques , qui ont 
déjà procuré d’importans résultats. Le système de Broussais, 
malgré tous ses défauts, n’a pas été sans fruit pour la science, 
car on sait combien les recherches qu’il a fait naître sur les 
ulcérations du canal intestinal et les altérations de sa mem¬ 
brane muqueuse ont avancé l’histoire et perfectionné le trai¬ 
tement de certaines fièvres. 

D’un autre côté, chaque jour nous confirme de plus en 
plus cette vérité que ce n’est ni dans les altérations chimiques 
deshumeurs, ni dans lesdifférencesquantitativcs dynamiques 
seulementque peut consister l’essence des maladies, qpe l’or¬ 
ganisation et les fonctions souffrent en même temps , de même 
qu’elles sont unies par un lien indissoluble dans l’état de santé, 
et que la disposition organique des parties est la seule et 
unique condition de tous les phénomènes de la vie. Ainsi, 
Krukenberg, Aberkrombie et autres ont appris à mieux con¬ 
naître , à traiter un grand nombre de maladies de l’estomac, 
que Ton confondait autrefois, comme affections purement, 
nerveuses, sous le nom de cardialgie, et ils l’ont fait en 
signalant les pauses organiques de ces symptômes. 

Le travail le plus récent sur les perforations de l’estomac 
provenant de causes internes, est celui du docteur Becker. 
11 m’a déterminé à publier les remarques qu’on va lire sur 
un cas que j’ai observé naguère , et qui, ne pouvant rentrer 
dans aucune des divisions établies par ce praticien, m’a paru 
propre à répandre quelques lumières sur des opérations jus¬ 
qu’à présent fort obscures. 

Au mois de décembre 1825, une paysanne de vingt-deux 
ans, robuste , réclama les secours de l'art pour une ophthalmie 
catarrhale dont elle était atteinte depuis plusieurs semaines. 
Cette affection simple et purement locale céda rapidement et 
complètement aux moyens employés; j’appris alors que la 
malade était en proie depuis plusieurs années a une série 
presque non interrompue d’affections, qu’on ne pouvait guère 
soupçonner qu’en raison de la teinte un peu paie du*visage, 
tout le reste du corps étant dans un très-bon état. 

Née de parens sains, qui vivaient encore, cette femme 
n’avait éprouvé, dons son enfance, aucune affection un peu 
considérable qu’on put attribuer à une influence permanente 
sur la constitution. Ses sœurs étaient exemptes aussi de toute 
maladie chronique et dyscrasique. Médiocrement grande, 
bien bâtie, bien développée à l’extérieur, d’un tempérament 


( »6 ) 

bilieux, et douée, suivant toutes les apparences, de facultés 
intellectuelles suffisantes pour son état, accoutumée a une 
vie active, a une bonne nourriture, elle avait eu, pour la 
première fois, ses règles quatre ans auparavant, sans incom¬ 
modité notable. Après avoir coulé régulièrement pendant une 
année entière, les menstrues s’arrêtèrent tout à coup par une 
cause dont on ne put pas bien se souvenir, probablement 
par un refroidissement des pieds, et depuis elles ne reparurent 
plus, sans qu’aucun malaise se fît hessentir durant les premiers 
mois qui suivirent leur disparition. La malade ne se souve¬ 
nait pas non plus que, même dans l’origine, la nature eût 
marqué par aucun symptôme périodique la tendance a ré¬ 
tablir le type des menstrues. 

Mais au bout de quelques mois , les digestions commencè¬ 
rent a se déranger; les alimens ne furent plus supportés; des 
substances, grossières d’abord , puis d’autres plus légères , 
produisirent des pesanteurs d’estomac, des rapports acides, 
des douleurs a la région précordiale, phénomènes qui, avec 
le temps, acquirent plus d’intensité et de durée, de manière 
que non-seulement ils reparaissaient avec une violence plus 
grande et plus soutenue, mais encore éclataient souvent tout 
d’un coup et a toute heure du jour après que la malade avait 
mangé. Plus tard encore survinrent des vomissemens quel¬ 
ques heures après le repas , n’entraînant que des alimens a 
demi-digérés et un peu de mucosités, sans que les accidens 
fussent toujours calmés par la; sur la fin, le vomissement ne 
manquait presque jamais, même après les alimens les plus 
doux , mais il était moins violent. Cependant v les accidens 
ne furent jamais assez graves, la douleur assez vive, et les 
forces assez brisées pour obliger la malade à se coucher ou a 
interrompre ses travaux, si ce n’est seulement pour quelques 
heu res. La nutrition ne souffrait pas non plus d une manière 
notable. Bien loin de la, il y avait des intervalles de plusieurs 
jours, semaines et même mois, où l’état de la malade était 
très-supportable, et où les spasmes de l’estomac laissaient 
un repos tel que l’espoir de guérir d’une affection réputée 
plus gênante que dangereuse, renaissait sans cesse. 

Une foule de moyens des plus diversifiés furent essayés 
durant les deux premières années, et l’on épuisa l’arsenal des 
antispasmodiques et des eminénagogues, mais sans le moindre 
succès : les règles ne reparurent pas; les mauvaises digestions, 
le vomissement, la douleur sourde à la région précordiale, 


( 2 7 ) 

les exacerbations de temps eu temps * rien ne diminua, de 
sorte que la malade, perdant toute confiance dans la méde¬ 
cine, résolut de s’abandonner à la nature, ce qu’elle faisait 
depuis un an déjà. 

Après avoir bien pesé toutes ces circonstances, la marche de 
la maladie démontrait que les affections stomacales devaient se 
rattacher, quoique peut-être pas par un lien de causalité im¬ 
médiate, à la suppression totale des menstrues, qui ne pouvait 
point être sans danger chez une femme robuste. Comme les 
antispasmodiques et nervins , employés a fortes doses, d’une 
manière continue et avec patience, n’avaient pas procuré le 
moindre soulagement, comme on pouvait se convaincre qu’il 
n’y avait, dans le système utérin, aucune cause organique 
de la cessation des règles, comme, en outre, ce n’était pas 
chez une personne si robuste et si bien constituée, une simple 
faiblesse, mais une fausse direction du nisus formations , 
qui, en raison de la sympathie des organes digestifs et 
sexuels, se présentait sous la forme d’un dérangement des 
fonctions de l’estomac, je prescrivis une forte saignée du 
pied, une potion avec la crème de tartre, le soufre et la 
poudre de fleurs de camomille , des bains de pieds fréquens, 
et des frictions irritantes sur le bas-ventre, moyens qui me 
parurent les plus propres, dans ce cas, à régulariser la vie 
du système utérin. 

Plusieurs mois se passèrent sans que j’entendisse parler 
de la malade, dent je perdis le souvenir Au mois de juin, 
traitant son frère atteint d’une fièvre gastfique nerveuse, j’eus 
occasion de la revoir souvent, et je la trouvai ayant l’appa¬ 
rence décrite plus haut, et qui n’annoncait rien de grave. 
J’appris en même temps qu’après la saignée et l’usage quelque 
temps continué de la pondre , elle s’était sentie très-souiogée 
d’abord, et qu’elle avait mieux supporté les alimens, mais 
qu’au bout de quelques semaines , les accidens avaient ieparu 
avec la même violence. Cependant, ils étaient alors assez 
modérés pour ne pas lui rendre les travaux du ménage pé¬ 
nibles, quoiqu’elle fût obligée de renoncer à ceux des champs , 
à cause de la douleur a la région épigastrique , que la posi¬ 
tion courbée réveillait de suite. La pression de la main n’aug¬ 
mentait pas cette douleur. La malade portail tous les jours 
du lait et des légumes a la ville éloignée d’une lieue, sans en 
être incommodée. Les règles n’avaient pas reparu ; sou¬ 
vent, mais non régulièrement, des vomissemens spontanés 


( 28 ) 

et peu laborieux se déclaraient deux ou trois heures après 
le repas. 

Ces circonstances prouvaient que la personne était encore 
malade. Ne voyant moi-même rien de bien dangereux dans 
ses fréquens spasmes, et attribuant le trouble de la digestion 
a la grande irritabilité et a la faiblesse de l’eslotnac, je ne 
crus pas devoir insister sur un traitement que la malade elle- 
même ne désirait pas, et je ne vis rien dans son état qui dût 
m engager a faire des perquisitions plus exactes que celles 
auxquelles je m étais déjà livré. Je ne la vis plus après le réta¬ 
blissement de son frère. 

Mais je ne fus pas peu surpris lorsqu’au bout d’environ 
sept semaines, son père m envoie chercher en m’annonçant 
qu elle était morte subitement à deux heures du matin. Voici 
quels furent les renseignemens que je parvins a recueillir : 

L état général de la malade, ses forces, sa gaîté, son 
amour du travail n’avaient pas changé le moins du monde 
dans les derniers jours; les douleurs spasmodiques et le vo¬ 
missement étaient toujours les mêmes, pourvu que la nour¬ 
riture fut composée d aiimens doux et de laitage, trois ou 
quatre heures après l’ingestion desquels on les voyait pa¬ 
raître facilement et tout à coup; seulement a cette époque, 
outre le contenu a demi digéré de l’estomac, fl sortait encore 
des masses compactes noires, assez semblables a des morceaux 
solides de sang caillé, et les selles, dont le nombre n’avait 
point augmenté, entraînaient aussi des substances d’un noir 
de poix, eu quantité considérable. Du reste, la malade se 
livrait, comme par le passé, aux occupations du ménage, 
qui, a la vérité, n’étaient pas fatigantes. 

Le matin du dernier jour, elle était gaie, ne s’attendant h 
rien moins qu’a une mort si prochaine. Elle se leva de bonne 
heure, prit du café avec du pain, et alla, vers neufheures, 
dans le jardin, pour y cueillir des fruits qu’elle devait porter 
a la ville. Déjà plusieurs fois elle avait versé sa cueillette 
dans un grand vase posé a terre, et elle tenait une conver¬ 
sation insignifiante avec son père, lorsqu’au moment de se 
baisser elle s’écria tout à coup avec anxiété, je me meurs, et 
tomba comme mourante au milieu des plus violentes douleurs. 
Incapable de se relever ni de se mouvoir, elle fut portée de 
suite dans son lit, ou , revenue un peu h elle, elle put donner 
quelques détails sur son état. Glacée aux mains et aux pieds, 
ïa lace pale et décomposée, elle se plaignait de douleurs 


( 2 9 ) 

intolérables dans tout le bas-ventre, d’une soif inextinguible, 
d’un sentiment d’inanition et de froid dans tous les membres, 
et d’une anxiété inexprimable. L’épuisement et le froid 
allaient en croissant; le moindre mouvement entraînait des 
douleurs affreuses, et nn sentiment semblable à celui que 
produirait un corps roulant dans le bas-ventre; aussi voulait- 
elle rester absolument tranquille. Les urines et les selles sor¬ 
taient involontairement; celles-ci étaient noires, solides, 
cohérentes. Point d’envies de vomir. 

La malade ne voulut pas qu’on appelât de médecin. Les 
pareils n’en firent rien non plus, d’abord dans l’espoir que 
les accidens se dissiperaient bientôt, ensuite dans la persua¬ 
sion que tout secours serait inutile. Les douleurs semblèrent 
se calmer un peu dans la dernière heure. La mort survint 
inopinément ; la malade ayant conservé jusqu’au dernier 
moment la connaissance et la conscience de son état, elle 
périt en essayant de changer de position avec le secours de 
quelqu’un. 

Quoique, d’après ce rapport, je fusse bien convaincu que 
tous les secours de l’art auraient été inutiles, quoique, me 
représentant vivement a l’esprit le cas de l’amiral Wavenaer, 
si bien décrit par Boerhaave, je fusse convaincu qu’une rup¬ 
ture d’un des organes du bas-ventre avait été la cause de 
cette mort subite, il ine fut cependant fort désagréable de 
n’avoir point assisté aux derniers momens de la malade. 

J étais disposé à chercher la cause de la maladie dans une 
désorganisation des organes internes de la génération , dont 
la rupture avait subitement causé la mort par la violente hé¬ 
morragie interne qui s’en était suivie. Mais, dans l’incertitude 
à cet égard , j’éprouvai la plus vive satisfaction quand j’ap¬ 
pris qu’on avait obtenu la permission d’ouvrir le corps, ce 
qui fut fait dans la matinée du second jour après la mort. 

A l’extérieur , le cadavre était bien nourri, musculeux, 
partout bien conformé, et sans aucune trace de maladie chro¬ 
nique ou cachectique. Cette circonstance , jointe a l’état des 
parties génitales externes, et au développement parfait des 
seins, firent douter que la cause de la mort résidât dans le 
système utérin seul. Cependant le bas-ventre tuméfié, un 
peu livide et couvert de vergetures, s’annoncait pour être le 
siège du mal. 

Après qu’on eut ouvert l’abdomen , il s’en écoula une quan¬ 
tité considérable d’un liquide d’abord clair, peu coloré ou 


( 3 o ) 

peu mêlé d’autres substances, et jaunâtre, mais ensuite plus 
épais, et contenant des flocons inséparables les uns des autres, 
qui, enlevé avec soin avec le secours d’une éponge, n’offrit 
aucune qualité saillante capable d’éclairer sur son origine. 
Tous les organes du bas-ventre, le péritoine , les épiploons , 
autant qu’un examen superficiel permit d’en juger , les mem¬ 
branes, les ramifications vasculaires , tout parut parfaitement 
sain , sans traces d’inflammation , d’adhérence, d’exsudation , 
d’ulcération , d’épaississement, jusqu’à ce qu’après qu’on eût 
soulevé le foie, l’estomac, qui occupait sa place ordinaire, 
et qui avait son volume accoutumé, fixa l’attention. On y 
découvrit tout à coup la cause de l’extravasation et de la mort 
subite dans un grand trou régulier, occupant sa paroi anté¬ 
rieure, et par lequel son contenu , joint à l’eau bue depuis en 
grande quantité par la malade , s’éîait épanché dans la cavité 
abdominale. En appuyant avec précaution sur ce viscère , qui 
était affaissé, on ne vit plus paraître à l’extérieur de la perfora¬ 
tion qu’une très-petite quantité de matière liquide, jaunâtre, 
homogène et analogue à du chyme, les boissons abondantes 
paraissant avoir entraîné tout le reste. La nature des ali mens 
pris le matin rendait raison aussi des caractères physiques de 
l’épanchement. L’estomac, comme il arrive ordinairement dans 
l’état de vacuité, avait l’une de ses faces tournée en devant 
et l’autre en arrière, son petit bord en haut, et le grand en 
bas; l’orifice duodénai plus eu devant et en bas que l’autre, 
et couvert légèrement par une portion du foie. C’était là pré¬ 
cisément que se trouvait le trou circulaire. Après avoir bien 
examiné les environs de ce trou et les organes situés autour, 
on n’aperçut aucune trace d’inflammation , de rougeur, de 
suppuration , d’ulcération , d’érosion, ni de toute autre lésion 
organique quelconque; il n’y avait ni pus épanché ou adhé¬ 
rent, ni ichor, ni mucus d’aucune espèce ou couleur aux 
alentours du point malade. Les organes eux-mêmes étaient 
parfaitement sains ; la vésicule biliaire, volumineuse, gorgée 
de hile liquide, dont la transsudation, après la mort, à tra¬ 
vers les parois de la poche, avait teint en jaune les parties en¬ 
vironnantes et la portion perforée de l’estomac. 

Après avoir bien examiné la situation et les rapports de 
l’estomac, on plaça une ligature double autour de l’œsophage, 
et une autre autour du duodénum ; on coupa entre les deux 
ligatures, et on enleva ainsi l’estomac avec précaution; le 
canal intestinal, distendu par de l’air, n’offrit rien de remar- 


( 3i ) 

quable, ni rougeur, ni ulcères, ni signes de ramollissement 
a l’extérieur ou à l'intérieur; il contenait quelques lombrics 
et peu de matières. 

Les autres organes, ceux de la génération exceptés, n’of- 
frirent non plus rien de particulier f l’hymen existait encore 
dans son entier. On conserva les parties génitales internes , 
afin de les examiner, parce qu’on s’aperçut que la matrice et 
les deux ovaires étaient d’une dureté presque cartilagineuse. 
Une coupe perpendiculaire, faite au fond de l’utérus, en 
montra la substance dure, peu développée, pâle et très-peu 
riche en sang. Les ovaires étaient dans le même cas, quoique 
nullement désorganisés. On y voyait en outre de longues 
hydaïides pédiculées, comme Ruysch en a figuré dans son 
Trésor anatomique. On remarqua surtout celles de l’ovaire 
droit, qui étaient au nombre de cinq , longues d’un pouce 
et demi, et presque de la grosseur d’une paille, et une dont 
le pédicule, rempli au milieu de graisse dure, et conte¬ 
nant d’ailleurs du sérum, accompagnait la trompe jusque 
près des franges, et produisait là deux vésicules rondes, 
de la grosseur d’un pois. L’aspect # de ces parties annonçait 
en elles un grand défaut de vitalité; ces productions hyda- 
tidiques remarquables sont celles dont Meckel a dit, dans 
son excellent Traité d’anatomie pathologique , que les 
kystes attachés à la face interne du fond de la matrice par 
du tissu cellulaire lâche dans des prolongemens pétioliformes 
du péritoine, sont un phénomène digne d’attention, surtout 
chez les femmes publiques , où l’action, trop souvent excitée 
des parties génitales, se manifeste par la production d’or¬ 
ganes qui ont une intéressante analogie avec l’œuf. L’action 
n’était pas exaltée ici, mais détournée de son but normal, 
puisque l’écoulement menstruel n’avait pas lieu. 

L’estomac n’était ni plus grand ni plus petit qu’à l’ordi¬ 
naire. Le grand cul-de-sac , de même que la portion car¬ 
diaque, était parfaitement sain, et ne présentait pas l’amin¬ 
cissement qu’Yelioly dit être de règle. La petite courbure, 
non loin du pylore, offrait un trou presque rond, régulier 
et coupé net, qui, lorsqu’on considérait l’estomac affaissé 
dans sa position naturelle, perçait un peu obliquement, de 
droite à gauche, les membranes, dont l’épaisseur était là de près 
d’un demi-pouce. Le bord supérieur de l’orifice externe offrait 
plusieurs filamens déliés, lisses, semblables à des portions de 
membranes déchirées, retirées sur elles-mêmes, et n’ayant 


( 3a ) 

plus des dimensioin telles que, réunies, elles pussent clore 
l’ouverture entière. Ainsi, les parties qui manquaient avaient 
été entraînées par l’extravasation , ou Lien l’absorption en 
avait commencé depuis long-temps, ce qui est peu proba¬ 
ble , ou enfin la membrane, après avoir éprouvé une disten¬ 
sion excessive, s’était tellement retirée sur elle-même qu’on 
ne pouvait plus apercevoir que quelques légers résidus. Un 
corps fibreux de couleur claire, parsemé de lignes irrégulières 
à sa surface, divisé, lobuLeux , mais ne faisant cependant 
presque qu’une seule masse, entourait la perforation de toutes 
parts , quoique non dans une même étendue de tous les côtés. 
On pouvait, jusqu’il une certaine distance le soulever de 
dessus la membrane musculeuse, qui était intacte , et avec 
laquelle il se continuait sur la limite, ou de laquelle il sem¬ 
blait plutôt prendre naissance. Ce tissu se perdait aussi insen¬ 
siblement dans la tunique externe. Il différait totalement de 
la graisse par sa structure, sa consistance et sa couleur. Du 
reste, aucune trace de rougeur, de coloration insolite, d’in¬ 
flammation ou de suppuration. 

A l’intérieur, la membrane interne était parfaitement saine, 
ridée jusqu’au voisinage de la perforation , sans traces d’in¬ 
flammation ni de suppuration, sans même aucune apparence 
de ces rougeurs veineuses qui se forment durant l’agonie, et 
qui peuvent aisément être prises pour des rougeurs arté¬ 
rielles. L’orifice interne de la perforation était parfaitement 
lisse et sans nul vestige de déchirure, de manière qu’on 
aurait pu croire avoir sous les yeux un trou fait avec un em¬ 
porte-pièce dans un cuir épais. A plus d’un pouce de distance 
en haut et en bas, les alentours étaient uniformément tuméfiés 
partout, de manière a avoir acquis environ le volume d’un 
demi-pouce. Cette induration, qui n’avait rien de tubercu¬ 
leux ni de cartilagineux, mais qui était homogène et modé¬ 
rément dure, diminuait peu a peu vers la circonférence, et 
s’effacait par degrés jusqu’à l’épaisseur naturelle des parois de 
l'estomac, sans qu’on remarquât un seul point qu’on pût con¬ 
sidérer comme étant*, à proprement parler, son origine. Dans 
toute son étendue, la membrane muqueuse était tendue et, 
en quelque sorte , sans rides • mais elle n’avait éprouvé au¬ 
cune altération dans sa texture, sa couleur, sa cohérence, 
son aspect ni son épaisseur. Le pylore était moins étroit qu’à 
l’ordinaire 5 le duodénum parfaitement sain. 

Il paraît résulter clairement de là que la mort fut la suite 


C 33 ) 

de la déchirure du dernier reste de la perforation, déterminée 
par la flexion du corps, et qu’elle ne dépendit ni des dou¬ 
leurs, ni de l inflammation, qui n’avait pas eu lieu, mais de 
l’épanchement d’une grande quantité de liquide dans l’ab¬ 
domen. Il est certain, 1 état des parties génitales «en donnant 
la preuve, que le développement de celte désorganisation, 
commencée depuis longues années dans l’estomac, était en 
rapport de causalité avec la cessation des menstrues , qui ser¬ 
vent, dans 1 état de non grossesse, a la dérivation de l’excès 
d activité plastique dont la femme a besoin pour engendrer. On 
ne peut pas douter non plus que s’il y avait des signes dia¬ 
gnostiques certains, capables de laire connaître assez à temps 
la nature organique de l’affection commençante de l’estomac, 
on ne parvînt à guérir cette maladie, dans laquelle la mort 
ne résulte pas de l’épuisement des forces vitales, mais de ce 
que la perforation s’établit dans un organe creux , que Us 
fonctions et sa situation rendent en outre fort important. 

Je vais maintenant faire connaître quelques cas analogues. 

Premier cas. Un homme de cinquante ans, d’un tempé¬ 
rament sanguin-bilieux, se plaignait, presque tous les deux 
ou tout au plus trois mois, de 6 à i^5i, de douleurs 
dans le bas-ventre. Ne découvrant aucune cause spéciale, 
on lui fit prendre tous les quarts d’heure, dans une boisson 
chaude, un scrupule de rhubarbe, avec un demi scrupule de 
crème de tartre, ce qui flt cesser les douleurs en trois jours. 
Au mois de mai le malade fut repris de ses douleurs; 

les symptômes étant les mêmes, on lui prescrivit le même 
moyen, ce qui le soulagea un peu le second jour; mais le 
troisième, au matin, on le trouva mort. Le bas-ventre était 
un peu tuméfié. A l’ouverture, il s’en échappa une eau 
trouble, chargée de substances alimentaires. En soulevant le 
lobe gauche du foie, on aperçut, à la partie droite et à la face 
antérieure de l’estomac, une ouverture de la grandeur d’iine 
pièce de deux francs, et dont les bords étaient calleux. Les 
intestins grêles offrirent plusieurs points gangrénés. Les in¬ 
formations que l’on prit firent découvrir que l’homme, ayant 
fait une chute de cheval en i *]!\\\ avait reçu du pommeau de 
la selle une forte contusion a la région épigastrique '. 

1 ITenlcel, JS eue ~nieditinische und chirurgische sinmerhungen. Ber- 
Un, 1769. 

TOME XXXI. 


3 


( 34 ) 

Deuxième cas. G.-E. Mole fut appelé auprès d’une fille 
de quinze ans, tourmentée depuis deux ou trois jours par 
de légères douleurs de ventre* qui augmentèrent beaucoup 
le matin du jour où son assistance avait été réclamée. Il la 
trouva, le'soir, avec tous les symptômes d’une entérite, la 
face pâle et décomposée, les urines rares et foncées en cou¬ 
leur, le ventre constipé. La malade ne put lui assigner de 
cause probable à ses souffrances, devenues tout à coup si 
vives. On lui dit que quelques années auparavant elle avait 
en une maladie semblable, olfrant les caractères d’une gas¬ 
trite. Depuis lors, elle s’était plaint de temps en temps de 
douleurs dans l’estomac. Cette fois-ci on lui avait donné un 
vomitif et un peu de teinture de rhubarbe avec de 1 eau-de- 
vie. Mole prescrivit une saignée de dix onces, un lavement 
avec une once d’huile de ricin, et des fomentations émol¬ 
lientes sur le bas-ventre. La malade se plaignant d’une grande 
soif, on lui permit de l’eau panée tiède. Comme on ne put 
tirer du sang de la veine, on appliqua des sangsues sur le 
bas-ventre, mais la malade mourut au bout d une demi- 
heure. A l’ouverture du corps, on trouva que l’épiploon ad¬ 
hérait au péritoine des deux côtés, et aux intestins sur dif¬ 
férons points. L’abdomen contenait beaucoup de sérosité et 
de lymphe coagulable. Il y avait des traces d'inflammation 
générale sur les intestins grêles. Les gros présentaient aussi 
des points légèrement enflammés, et étaient très-distendus 
par des gaz, mais sans aucune trace de gangrène. Le foie 
était plus petit et plus pâle qu’a l’ordinaire. L’estomac était 
vide, et paraissait être enflammé ça et là. A sa partie supé¬ 
rieure, près de son orifice supérieur, on découvrit un trou 
de forme circulaire, ayant neuf lignes de diamètre , dont les 
bords étaient lisses et réguliers, et qui ne paraissait pas être 
le résultat d’une inflammation récente. Au côté opposé de 
l’estomac se trouvait un nuire trou, de forme oblongue, et 
n’ayant pas tout à fait six lignes de long, mais ne traversant 
pas la membrane externe de l’organe • il semblait que celle- 
ci eut été perforée autrefois, mais que le trou se fût rebou¬ 
ché ensuite. Partout ailleurs l’estomac était sain. On trouva 
quelques excrémens endurcis dans le rectum; le reste du ca¬ 
nal intestinal était presque vide. 

Troisième cas. Un homme robuste et bilieux fut atteint à 
la région épigastrique d’une douleur fixe, qu’accompagnait 
un battement si désagréable, que le malade fut obligé de se 


( 35 ) 

fane saigner deux fois. Mais comme il ne changea pas sa ma¬ 
nière de vivre, il éprouva peu de soulagement; loin de là 
meme, deux ou trois heures après le repas, il vomissait 
alimens et boissons. Cet état fut cause que pendant long¬ 
temps il ne prit que du bouillon et des tisanes, le tout aussi 
sans avantage. Une nouvelle saignée faite le 3 i mars et l’em- 
ploi de l’huile d amandes douces ne firent aucun bien. Le len¬ 
demain, on prescrivit du petit-lait : dès-lors, le vomisse¬ 
ment cessa, mais la douleur fixe et les pulsations à la région 
épigastrique persistèrent, et s’accrurent même a tel point, 
dans la nuit du 2 avril, qu’il s’y joignit de la fièvre, et 
qu’on fut obligé de faire une nouvelle saignée, qu’on répéta 
encore le soir. Malgré cela, les douleurs d’estomac et la 
fievre allèrent en augmentant, avec violente anxiété et vive 
céphalalgie. Le /j., le malade était ramassé sur le côté gauche, 
sans pouvoir prendre d’autre position : la fièvre était forte et 
le mal de tete insupportable. On fit donc une saignée du 
pied, qui dissipa la céphalalgie, mais ne put calmer les 
maux d estomac ; le soir, ou saigna encore une fois. Connue , le 
lendemain matin, les douleurs étaient aussi violentes, sans 
que le malade eut perdu sensiblement de ses forces, on fit 
encore deux saignées ce jour-là. Le 5, la fièvre était modé¬ 
rée et les douleurs calmées; un léger laxatif fit évacuer 
beaucoup de bile. Le soir, forte agitation et anxiété. Le 6, 
saignée, qui parut calmer; mais, vers le soir, redoublement 
des accidens ordinaires, avec syncopes, spasmes et délire, 
qui ne cessèrent que le matin , de manière que le 7 le ma¬ 
lade ressentait peu de douleurs a la légion stomacale. On 
donna un nouveau minoratif. Le reste de la journée, le ma¬ 
lade se trouva très-bien, de sorte que l’on comptait sur son 
rétablissement ; mais, à ce calme trompeur, succéda un orage 
furieux. Le vomissement, suspendu depuis cinq jours, re¬ 
parut le soir, avec les anciennes douleurs, et évacuant un 
abondant liquide mêlé de caillots de sang noir, dans lequel 
on crut apercevoir plusieurs concrétions fibrineuses. 

Le malade étant épuisé, on lui fil prendre un peu de vin 
toutes les demi-heures. 1 ont espoir de guérison était éteint , 
la quantitédesang vomi annonçant la lésion d’organes internes. 

1 aimi les substances vomies, quelques-unes ressemblaient h 
des morceaux de foie, et d’autres à des lambeaux de la mem¬ 
brane villeuse de l’estomac. A deux heures après-midi, le pouls 


( 36 ) 

était a peine sensible ; le malade rendit par les selles des ma¬ 
tières noires fétides et liées comme de la poix. Cependant, le 
pouls se releva un peu; les selles reprirent leur caractère or¬ 
dinaire, et les douleurs d’estomac ne furent plus si fortes, 
jusqu’à ce que, le io avril, le malade demanda un vomitif. 
On lui donna deux grains d’émétique en trois prises; il ne 
vomit qu’après la troisième, et rendit une bile verte et 
acre. Le lendemain , il se trouvait bien. Ce.t état dura jus¬ 
qu’au 4 . Ce jour-la, point de fièvre et presque point de 
maux d’estomac. Ou permit un léger potage. Le soir, le 
malade fut tranquille; il dormît jusqu’à deux heures après- 
minuit ; à cette époque, il fut réveillé par d’atroces coliques, 
qu’aucune position 11e soulageait. Les selles, très-bilieuses, 
étaient chargées de fibres noirâtres, liées; pouls dur , ventre 
tendu et douloureux. Le malade prit plusieurs onces d’huile 
d’olives, sans être soulagé. On essaya en vain des lavemens 
caïmans. Il demanda une nouvelle saignée, que la violence 
des douleurs et la dureté du pouls firent accorder. On pres¬ 
crivit aussi une boisson calmante. Mais rien ne put enrayer 
le mal, et le sujet périt, dans des douleurs atroces, le i 5 
avril, h trois heures du matin. 

A l’ouverture du ventre , des gaz s’échappèrent avec bruit, 
et l’on vit les viscères abdominaux nageans dans un mélange 
d’huile et des autres liquides que le malade avait avalés. Après 
avoir soulevé le foie , on aperçut l’estomac , libre d’adhérence 
avec les parties voisines, sans traces d’inflammation, et au 
contraire plus pâle qu’il 11’a coutume de l’être. Mais on fut 
surtout frappé d’un trou presque rond, de six à sept lignes 
de diamètre, situé h la partie droite et antérieure de la pe¬ 
tite courbure. Le viscère, fendu dans ie sens de sa grande 
courbure, ne montra non plus, dans son intérieur, aucune 
trace d’inflammation, et ses parois parurent être plus blan¬ 
ches que de coutume. L’orifice interne du trou était beaucoup 
plus grand que l’externe, presque des deux tiers; son con¬ 
tour, examiné avec le doigt, parut dur, solide et de nature 
cartilagineuse. 

Pour concevoir comment cette maladie se développa et 
devint mortelle, il faut observer que le sujet en avait éprouvé 
une h peu près semblable deux ans auparavant, laquelle dura 
quelque temps, et était accompagnée d’une constipation opi¬ 
niâtre. SI est donc probable que l’inflammation alors existante 
se termina par induration , et que celle-ci s’enflamma de non- 


( ^7 ) 

veau dans la dernière maladie. Mais comment le malade a-t-il 
pu survivre huit jours à la perforation effectuée 1 ? 

Gérard prouve, de la manière suivante, que les malades 
ne peuvent survivre que vingt-quatre heures à la perforation 
et a l'épanchement dans le bas-ventre. On peut suivre, dans 
cette observation, les progrès du mal : un squirre de l'estomac 
se forme lentement, reste long-temps sans changement, s’en¬ 
flamme et crève le 7 en dedans. A dater de ce jour, les dou¬ 
leurs diminuent, comme il arrive souvent, quand un abcès 
s’est vidé* le malade se sent mieux et a faim. Mais l’abcès 
qui s’était formé dans les tuniques de l’estomac, ronge lente¬ 
ment les membranes de dedans en dehors; il ne reste plus 
que l’externe, qui enfin se rompt dans la nuit du 14: alors 
douleurs affreuses, ventre dur et tendu, inutilité de tous les 
moyens, et gravité toujours croissante des symptômes, jusqu’à 
la mort qui eut lieu ainsi douze heures , et non pas huit jours, 
apirès la perforation achevée. 

Quatrième cas , rapporté par Gérard. Un homme de vingt- 
huit ans, grand, fluet et pâle, fut sujet , dans sa jeunesse, 
à de fréquens maux d’estomac, qu’on attribua à des vers. 
Plus tard , il se maria et eut des enfans. Il jouissait d’une santé 
passable, du moins en apparence, lorsqu’un matin il sortit 
avec son père, après avoir pris un verre de vin , avec un peu 
de pain. En revenant le soir, vers quatre heures, une violente 
douleur subite le força-de s’arrêter en se ployant presque en 
deux. Ne pouvant plus faire un pas , il se laissa porter sur un 
banc, et au bout d'un quart d’heure, il revint , toujours dans 
le même état, chez lui : il se jeta en traverssur le lit, vomissant 
en une ou deux fois le vin et le pain qu’il avait pris le matin. 
Le médecin qu’on appela put à peine le déterminer à changer 
de position pour qu’oippût examiner son ventre. Les muscles 
abdominaux étaient si violemment contractés, que la paroi 
antérieure semblait toucher à la colonne épinière, et était 
aussi dure qu’une planche; pouls très-vite et petit, face dé¬ 
composée. 

L’opium, les fomentations émollientes^ les lavemens, les 
bains furent inutiles, ainsi qu’une saignée, qui ne donna 
même pas de sang. La nuit se passa dans les douleurs les 
plus affreuses, et le malade périt à quatre heures du matin. 
Le bas-ventre était alors très-ballonné. Douze heures après 

1 Baron, Mémoires de l'Académie des sciences, tome 1. 


C 38 ) 

la mort, ou rouvrit ; il s’cn échappa beaucoup de gaz, après 
quoi on découvrit un épanchement composé de boissons prises 
par le malade, et de petit-lait surnagé par de l’huile. A la pe- 
tite courbure de l’estomac, environ à un pouce du pylore, 
on découvrit un trou d’une ligue et demie de diamètre, et 
arrondi comme s’il eût été fait par un emporte-pièce. Ce trou 
était entouré d’un cercle rouge , large d’une demi-ligne; l’in¬ 
térieur du reste de l’estomac et tous les autres organes étaient 
parfaitement sains. 


Cinquième cas . Desgranges a vu une femme de vingt- 
quatre ans , atteinte depuis quatreans de douleurs stomacales, 
qui mourut après deux accès très-violens, sans avoir vomi. 
A 1 ouverture du corps, l’estomac ne présenta aucune trace 
d’inflammation; il était, au contraire, plus pâle qu’à l’ordi¬ 
naire. Au côté gauche de sa face antérieure, a un pouce et 
demi au dessous de sa petite courbure, on découvrit un trou 
rond , presque circulaire , de neuf lignes de diamètre, tra¬ 
versant net toutes les membranes; à son seul tiers inférieur, 
était une rougeur violette foncée, large a peine d’une ligne. 
Au voisinage du trou, dont l’entourage avait l’épaisseur et 
la consistance du reste des parois de l’estomac, n’adhérait ni 
mucosité, ni pus , ni aucune autre matière étrangère. Les 
tuniques stomacales elles-mêmes ne montraient nulle part ni 
ramollissement, ni teinte livide ou noire, ni traces d’érosion 
ou de suppuration. En un mot, l’organe était, dans l’état na¬ 
turel, à l’exception de l’endroit perforé. Le péritoine et les 
intestins grêles étaient rougeâtres et enflammés, effet dû à 
l’épanchement. 

Sixième cas. Un homme de cinquante-deux ans, fort et 
bien constitué , autrefois bien portant, et aimant les plaisirs 
de la table, éprouva, en 1814, de légères douleurs à la 
région épigastrique, un picotement uniforme sans dureté 
sensible ni augmentation de douleur à la pression du doigt. 
Ce mal laissa d’abord des intervalles de plusieurs mois, mais 
peu à peu revint plus souvent , d’abord le matin, puis le 
soir, et enfin la nuit même. Au commencement de 1819, la 
douleur était devenue plus longue et plus fréquente ; elle 
se faisait surtout sentir avec force quelques heures après le 
repas, et reparaissait presque toutes les nuits, durant quel¬ 
quefois tout le-jour, parfois aussi passant avec rapidité; du 
reste, bon appétit, et nulle diminution des forces ; les alimens 
étaient bien supportés; cependant le malade maigrissait un 


( 3g ) 

peu; ventre paresseux. On traite le mal par les amers, les 
toniques, les antispasmodiques, sans le moindre succès : par¬ 
fois une constipation opiniâtre exigeait des laxatifs. Les eaux 
de Carlsbad et l'usage des raisins soulagèrent un peu. Le 
médecin crut voir une affection du pancréas ; un autre, un 
rétrécissement du colon ; un autre encore, l’inaction et l’in¬ 
duration des glandes mésentériques ; d’autres, l’action d’une 
âcreté sur le plexus solaire et les glandes du mésentère. L’état 
du malade resta le même malgré tous les moyens employés : les 
douleurs d’estomac , les rapports acides, la chute des lorces, 
l’amaigrissement allaient toujours croissant ; il arrivait sou¬ 
vent au malade d’être quinze jours sans pouvoir sortir; il 
finit par perdre l’appétit. Eu 1822, pour la première fois, 
vomissement spontané d’un liquide brunâtre, floconneux 
et muqueux, plusieurs heures après le repas. La veille de la 
mort, il y eut encore un long et violent accès de douleur, 
qui disparut ensuite avec le vomissement; rapports et ho¬ 
quets continuels , gonflement du bas-ventre, chute totale des 
forces. Mort douce et presque inaperçue des nssistans. 

A l’ouverture, épanchement de boissons dans l’abdomen ; 
intestins distendus par des gaz, pâles, et offrant seulement 
quelques légères taches rouges ; tous les organes parfaitement 
sains; glandes mésentériques non engorgees ; l'estomac parut 
un peu plus petit qu'a l’ordinaire. Il était affaissé, flétripâle, 
comme macéré, nulle part enflammé, ou excorié; le pylore 
était tout entouré de squirrosités, qui se prolongeaient presque 
dans la première courbure du duodénum, où elles étaient 
plus rapprochées que partout ailleurs. Prés de la valvule, 
également indurée et raccourcie, se trouvaient deux trous, 
l’un oblong, situé en devant, d’environ un pouce de dia¬ 
mètre ; l’autre rond, de trois lignes à peu près , en haut, dans 
la petite courbure. Tous deux avaient des bords coupés à pic 
et non rongés, mais étaient entourés de squirrosités, de sorte 
toutefois que les tuniques stomacales avaient dû être ramollies 
à l'endroit des trous, avant la formation de ceux-ci. L’inté¬ 
rieur du pylore, surtout en deçà de la valvule, avait une ex¬ 
tension assez considérable et membraneuse , en sorte que , 
malgré le sqnirre , il n’y avait dé rétrécissement nulle part. La 
tunique villeuse couvrant celui-ci, était peu dégénérée; la 
membraneuse l’était davantage â l’extérieur; le squirre sem¬ 
blait avoir pris son origine dans les tuniques nerveuse et 
musculeuse, et il avait, .sur quelques points, jusqu’à un 


( 4o ) 

pouce cî épaisseur. Nulle part on ne découvrit aucun vestige 
d inflammation , gangrène , suppuration , ramollissement ou 
excoriation. 


Expériences relatives a l'action du sel ammoniac sur l'or¬ 
ganisme animal , avec quelques conclusions qui en dé¬ 
coulent ; par le docteur J.-G. Arnold. 

Les observations importantes de plusieurs médecins sur 
les propriétés de l’hydrochlorate d’ammoniaque contre les 
indurations, les strictures, les flux muqueux et quelques 
autres maladies, ayant fixé mon attention sur ce médicament 
très-actif, et me flattant d’éclaircir quelques points encore 
contestés aujourd’hui, afin de contribuer par là à faire con¬ 
naître la manière d’agir de ce sel sur l’organisme humain, 
j entrepris sur les animaux plusieurs expériences qui, me 
paraissant fournir des résultats dignes d’être pris en consi¬ 
dération, vont être rapportées dans ce Mémoire , avec celles 
que d autres expérimentateurs ont faites sur le même objet. 

I. Sur l action du sel ammoniac introduit dans ïestomac. 

Suivant Weinhold, après de fortes doses de sel ammoniac , 
le cœur et les gros vaisseaux deviennent anévrysmaliques en 
peu d instans, le sang acquiert une couleur rouge noirâtre, 
et les poumons , dont la respiration devient de plus en plus 
courte, finissent par s’affaisser ; en outre le foie diminue de 
volume, et prend une couleur rouge pâle, tant â la surface que 
sur les bords. En continuant l’injection, le mouvement du cœur 
cesse complètement, et l’estomac se couvre de vaisseaux san¬ 
guins d’un rouge noirâtre. Pendant que tout cela se passe dans 
le cœur, le cerveau s’affaisse, la substance interne du foie de¬ 
vient d un brun clair et tout a fait exsangue. Weinhol J conclut 
de la que le sel ammoniac n’est pas un moyen aussi indifférent 
qn’on a coutume de le croire; que, par son usagccontinué, il 
nuit en détruisant complètement la partie rouge du sang, etc. 
Les expériences de ce physiologiste sont trop incomplètes, 
et les phénomènes en ont été trop mal saisis, pour que chacun 
ne s’aperçoive pas desuitecoinbien elles sont peu concluantes; 
car à qui ferait-on croire que le sel ammoniac , introduit 
dans l’estomac, détermine en peu d’instans une dilatation 
anévrysmatique du cœur et des gros vaisseaux ? Comment 



( 4 ‘ ) 

l’auteur prouve-t-il que la partie rouge du sang est détruite 
par ce médicament, etc. ? 

Je passe au détail de mes propres expériences. 

i°. Le 3 janvier, j’injectai dans l’estomac d’un fort lapin 
dix grains de sel ammoniac dissous dans deux gros d’eau. 
Aucun phénomène ne se fit apercevoir. Le 12 du même mois, 
l’injection fut répétée avec dix grains. Cette fois non plus 
aucun accident ne survint, a l’exception de battemens du 
cœur un peu plus forts et plus pleins. Le i5, outre les ex- 
crémens, dont l’état parut naturel, il sortit six a huit gouttes 
de mucosité blanche. Le i/j., on fit prendre a l’animal quinze 
grains de sel dans trois gros d’eau : battemens du cœur comme 
le 12 ; l’animal ne se remit à manger que quelque temps après 
l’injection, mais, toute la journée, il parut moins avide 
d’alimens qu’à l’ordinaire. Jusqu’alors l’urine, lorsqu’elle 
avait été gardée quelque temps, était trouble et alcaline'; 
mais celle qu’il rendit dans la nuit du 14i5demeura lim¬ 
pide, et conserva long-temps encore après le caractère acide ; 
déjections alvines rares. Le i5, j’injectai vingt grains de 
sel; peu de temps après, battemens du cœur plus forts et 
sensibles dans une plus grande étendue de la poitrine; respi¬ 
ration profonde et accélérée; l’animal resta quelque temps 
étendu sur le bas-ventre, éprouvant souvent une secousse qui 
me parut être un commencement de convulsions. Ces phé¬ 
nomènes disparurent bientôt,et l’appétit se rétablit. Jusqu’au 
1 7 , urine claire et acide ; excrémens en quantité moins con¬ 
sidérable, eu masses plus petites et moins arrondies qu’à l’or¬ 
dinaire. Ces cbangemens durèrent jusqu'au 27, époque à 
laquelle les fonctions du canal intestinal et des reins rede¬ 
vinrent normales. Après vingt-cinq grains de sel qui furent 
portés alors dans l’estomac, l’animai parut très-affecté, et 
resta couché quelque temps sur le ventre,* étendant ses 
pattes des deux côtes. Au bout, de douze à quinze minutes, 
il s’établit, aux extrémités, des mouvemens dans lesquels 
on ne pouvait méconnaître des efforts pour se relever, et 
qui eurent pour effet de renverser l’animal tantôt d’un côté, 


' Je n’ai pas trouvé parfaitement exacte l’assertion de Vauquelin, 
que l’urine des lapins est de nature alcaline. En effet, en l’examinant 
immédiatement après qu’elle Tenait d’être rendue, je la trouvai acide, 
tandis que par le repos à l’air elle devenait, après qu’elle avait perdu 
son acide carbonique, trouble et alcaline. Cette différence dépend , eu 
de celle des aljmens, ou de ce que Vauquelin n’a examiné que de 
l’urine qui avait déjà perdu une partie de son acide carbonique. 


. ( 43 ) 

tantôt de l’autre, Les inspirations, déjà auparavant pro¬ 
fondes, accélérées et souvent saccadées, persistèrent, ainsi 
qu'une alternative fréquente d’ouvrir et de fermer la bou¬ 
che. Eu même temps la pupille se montra rétrécie, et la 
rougeur de l’iris passa peu à peu au bleuâtre. La respira¬ 
tion saccadée alternait , au bout de vingt minutes, avec des 
inspirations si profondes que les muscles abdominaux s’en 
trouvaient considérablement retirés en dedans. La mort eut 
lieu vingt-quatre minutes après l’injection, sans inouvemens 
considérables de l’animal. 

L’ouverture , faite une heure après la mort, présenta ce 
qui suit : l’estomac contenait un peu d’alimens ; sa face in¬ 
terne, surtout a la partie moyenne, était enflammée, et la 
membrane muqueuse, qui avait sécrété plus de mucus qu’a 
l’ordinaire, se détachait facilement de la musculeuse. O11 
voyait, sur l’endroit enflammé, un grand nombre de points 
d’un brun rouge, d’où sortait une matière rouge foncée qui 
se mêlait avec le mucus. L’intestin grêle n’était pas enflammé, 
et contenait un peu plus de mucus qu’à l’ordinaire, avec très- 
peu de matières fécales. Aucun changement dans te gros 
intestin. Le cœur droit et les grosses veines étaient pleins 
de sang. Il y avait plus de sang accumulé dans le poumon 
qu’à l’ordinaire; la surface de cet organe présentait plusieurs 
plaques d’un rouge foncé, et en outre la plèvre entière , mais 
surtout sa portion pulmonaire, était semée d’un grand nombre 
de petits points rouges, semblables à des pétéchies; les li¬ 
quides séreux étaient en quantité normale. 

2 0 . Ou fit avaler à une très-grosse lapine un demi-gros de 
sel ammoniac dissous dans trois gros d’eau. D’abord l’animal 
courut gaîment dans l’étable ; mais, au bout de dix minutes, 
il se ramassa : cependant il demeura à peine quelques minutes 
dans cette position, car il ne tarda pas à se manifester dans 
les muscles du bas-ventre des inouvemens analogues à ceux 
du vomissement, et qui se terminèrent par un accès lequel, 
caractérisé par l’extension des pattes, et le renversement de 
la tête et de la queue, dura quelques minutes, puis se re¬ 
produisit plusieurs fois encore à de courts intervalles. Après 
cet accès, l’animal resta environ un quart d’heure couché sur 

1 Ortila, qui n’avait pas parlé du sel ammoniac dans les deux pre¬ 
mières éditions de sa Toxicologie, rapporte, dans la troisième, deux 
expériences faites sur des chiens, dans lesquelles ce sel détermina éga¬ 
lement des convulsions, et enfin le tétanos. 


( P ) 

le flanc gauche, avec une respiration d'abord très-profonde, 
mais qui devint peu a peu plus courte. A cette époque, il 
n’était pas privé de sentiment; car, quand on lui passait le 
doigt devant les yeux , il les fermait, et quand on lui présen¬ 
tait des alimens , il remuait les lèvres et les mâchoires , comme 
pour manger, ce qu’il ne pouvait cependant pas faire. Les 
extrémités étaient comme mortes , abandonnées à leur propre 
poids et sans mouvement. Le mouvement d’ouvrir et de fer¬ 
mer la bouche, qui avait lieu h chaque expiration et inspi¬ 
ration , diminua peu a peu , de manière qu’on l’apercevait à 
peine peu de temps avant la mort, qui fut occasionée par un 
nouvel et très-violent accès de tétanos. 

A l'ouverture du corps, on trouva l’estomac rempli de ma¬ 
tières fécales'3 la membrane muqueuse était comme dans le 
cas précédent ; seulement la plupart des phénomènes , no¬ 
tamment l’inflammation ? étaient plus prononcés, et le nombre 
des points d’un brun rouge beaucoup plus grand. Point d’in¬ 
flammation au cul-de-sac ni à l’extrémité pylorique. La mem¬ 
brane muqueuse de la partie supérieure de l’intestin giêle 
n’élail que peu rouge; elle contenait également des matières 
fécales entourées de beaucoup de mucus. Peu de bile con¬ 
centrée dans la vésicule. La congestion de sang dans le cœur 
droit et les veines était également plus grande que dans l’ex¬ 
périence précédente. Au bout de trois heures, il y avait encore 
des contractions visibles dans les parois de l'oreillette droite 
et de la veine cave supérieure. Le sang du cœur gauche était 
en très-petite quantité, et moins coagulé que celui du cœur 
droit. Du reste, memes phénomènes que ci-dessus, a cela 
près seulement du degré. 

3 °. On fit prendre â une lapine noire un demi-gros de sel 
ammoniac dissous dans de l’eau. Au bout de cinq minutes, 
l’animal avait pris la position déjà décrite sur le bas-ventre, 
avec les membres étendus de côté : respiration lente et pro¬ 
fonde ; battemens du cœur rares et irréguliers, perceptibles 
dans une grande partie de la poitrine; quelquefois des frayeurs. 
Au bout de dix minutes, convulsions de quelques instans , 
dans lesquelles l’animal, comme celui de la première expé- 

1 Comme, pour bien déterminer le degré d’action d onc substance, 
il esi. nécessaire de supprimer la nourrilure avant de 1 employer, et 
<|ue ces animaux voraces ne tardent pas 5 avaler leurs propres excre- 
mens, pour apaiser leur faim, je disposai dans la suite le sol de l’en¬ 
droit où ils étaient tenus, de manière à prévenir cet inconvénient. 


( 44 ) 

rience, se renversait à droite et à gauche, après quoi venait 
un repos d’un quart d’heure, pendant lequel on remarquait 
une respiration courte et saccadée, avec des batteinens de 
cœur accélérés. En même temps l’animal levait fréquemment 
la tete ; quelquefois même il essayait de se redresser et de 
marcher, surtout quand on le touchait. Ensuite la respira¬ 
tion altérée s’accompagna d’un râlement qui persista jusqu’à 
la mort, amenée par un fort accès de tétanos. 

A l’ouverture, on reconnut les mêmes altérations que ci- 
dessus : face interne de l’estomac très-enflammée ; rougeur 
foncée, vraiment gangreneuse ; membrane muqueuse ra¬ 
mollie et détruite sur quelques points; cul de-sac et portion 
pyloriqne exempts d'inflammation ; intestin grêle assez forte¬ 
ment enflammé a son origine, de manière que la rougeur 
ne s’effacait même pas par un long contact avec l’eau. En 
outre, il y avait inflammation de la membrane muqueuse de 
la trachée-artère et du bord des paupières, avec un liquide 
muqueux entre les paupières. Les nerfs,pneumo-gastrique et 
diaphragmatique, la moelle épinière et le cerveau n’offraient 
rien de particulier. * 

4°- O 11 injecta dans l’estomac d’un petit lapin une dissolu¬ 
tion d un demi-gros de sel ammoniac dans trois gros d’eau. 
Au bout de trois minutes déjà, respiration altérée et pro¬ 
fonde. Dans la cinquième et sixième minute, légères convuL 
sions dans les membres ; dans la sixième , émission d’urine; 
décubitus sur le ventre, comme ci-dessus; dans la septième, 
tétanos; dans la septième, mort. 

A l’ouverture du corps, on trouva l’estomac contenant 
moins de matières que dans les expériences précédentes. L’in¬ 
flammation avait surtout envahi le cul-de-sac ; elle était moins 
vive dans les autres régions; mais cependant l'a elle ne se 
bornait point à la membrane muqueuse, et s’élait étendue 
aussi à la musculeuse, jusqu’à un degré assez prononcé. Les 
lésions des autres parties du corps étaient moins considéra¬ 
bles que dans les cas précédens. La plus grande promptitude 
de la mort peut être attribuée tant a la petitesse de l’animal 
qu’à la réplétion moindre de l’estomac. 

Les expériences qui vont suivre ayant pour but de faire 
connaître l’action du sel ammoniac sur le sang , le mieux me 
paraît être de rapporter la manière dont ce sel se comporte 
avec la fibrine, car elle peut servir tant à confirmer qu’à 
expliquer celte action. 


( 45 ) 

Comptant que la fibrine se dissoudrait, comme quelques 
autres matières organiques , dans une dissolution de sel am¬ 
moniac , je plongeai un demi-gros de fibrine fraîchement pré¬ 
parée du sang de veau dans une dissolution decesel qui n’était 
pas trop saturée , et laissai le mélange en repos à une douce 
chaleur 1 2 . Au bout de quelques heures, les lambeaux de 
fibrine se gonflèrent un peu ; mais au bout d’environ quatorze 
à seize heures, ils étaient tellement ramollis, qu’au moindre 
mouvement de la liqueur, ils s’y dissolvaient \La dissolution 
filtrée avait une teinte opaline. Elle se troubla par la cha¬ 
leur, la teinture de noix de galle, l’acide liydrochlorique, 
l’acide nitrique et l’acide acétique ■ l’acide acétique affaibli 
ajouté en plus grande quantité, redissolvit le léger trouble 
qui s’était formé d’abord. 

5°. On tira quelques onces de sang de l’artère crurale d’un 
levrier , ce qui n’altéra ni les forces ni la vivacité de l’animal. 
Après la guérison de la plaie, on fit prendre à celui-ci, pen¬ 
dant dix jours, dix-sept gros 3 de sel ammoniac réduit en 
pilules avec du pain. Vers la fin de cette période, l’animal, 
devenu très-faible et triste, mangea moins et maigrit. Après 
qu’on lui eut tiré quelques onces de sang de l’artère crurale 
du côté opposé, l’usage du sel étant d’ailleurs interrompu, 
il recouvra promptement ses forces et sa vivacité, et la plaie 
se ferma en très-peu de temps. Le sang obtenu en dernier 
lieu , différait, a plusieurs égards , tant de celui qu’on avait 
tiré auparavant du même animal, que du sang artériel tiré 
d’un autre chien a la même époque. En effet, il ne se coagula 
qu’au bout d’un quart d’heure, tandis que, dans les deux 
autres cas, le sang, toutes choses égales d’ailleurs, perdit 
bien plus rapidement sa liquidité. Le sang coagulé, consti¬ 
tuant une masse homogène, se partagea plus tard qu’a l’or¬ 
dinaire en partie liquide et partie solide. 

6°. Un chien de berger non encore parfaitement développé, 
et très-vorace, auquel on avait, quinze jours auparavant, 
tiré plusieurs onces de sang de l’artère crurale droite, prit , 
dans i’espace de treize jours, vingt-neuf gros de sel ammoniac 

1 Une chaleur trop forte non-seulement s’oppose à la dissolution de 
la fibrine, mais fait coaguler la partie déjà dissoute. 

2 L’acide hydrochlorique libre cpie-conl.ient souventle sel ammoniac 
paraît diminuer en lui celle propriété. Quant à la fibrine altérée par¬ 
la coction, il ne s’en dissout rien, ou seulement un peu, au bout d’un 
long temps. 

3 Plus d’un demi-gros donné à la fois à un chien le fait vomir. 


( 46 ) 

avec du pain. Vers la fin de ce période , ranimai perdit sa 
voracité, et devint triste; on avait de la peine à le faire chan¬ 
ger de place; enfin il mourut, ayant les forces si épuisées, 
dans les derniers jours, qu’il pouvait à peine se tenir sur ses 
pattes. Sa mort eut lieu dans la nuit qui suivit le treizième 
jour à dater de l’emploi du sel. 

Examen du corps; le matin, vers neuf heures, nulle 
trace de chaleur animale ; à midi, quand on ouvrit l’animal, 
la raideur cadavérique n’était point encore établie; estomac 
rempli d’une grande quantité d’aiimens non digérés, sa face 
interne un peu enflammée à la petite courbure; glandes de la 
membrane muqueuse un peu développées sur plusieurs points ; 
plusieurs d’entre elles offrent a leur orifice une matière d’un 
noir rougeâtre, se mêlant avec le mucus sécrété en abon¬ 
dance 1 ; chyme mêlé de mucus dans l’intestin grêle; une 
grande quantité de matières fécales entourées de mucus vis¬ 
queux dans le gros intestin ; foie, reins, et autres organes 
du bas-ventre sans aucun changement; vésicule remplie de 
bile épaisse et visqueuse, ayant sa face interne enduite de 
mucus; vessie distendue par de l’urine acide; membranes 
muqueuses, a l’exception de celle du canal alimentaire, dans 
l’état normal ; dans les membranes séreuses, telles que le péri¬ 
toine, la plèvre et le péricarde, à peine une trace de liquide, 
pendant que celui de 1 arachnoïde n’était point diminué ; 
dans le canal thoracique lié se rassemble encore une quan¬ 
tité assez considérable de chyle qui demeura liquide pen¬ 
dant quelques heures, jusqu a ce qu enfin, après un long 
repos, se sépara un petit coagulum blanc rougeâtre; la partie 
aqueuse du chyle fut troublée par l'eau; évaporée, elle 
laissa i3,i6 pour ioo de résidu, qui ne fut point examiné. 
Le cœur était flasque ; l’oreillette droite se contractait quand 
on l’irritait; dans le cœur droit et les grosses veines, beau¬ 
coup de sang liquide qui, après un quart d’heure de séjour 
dans un verre, n’était point encore coagulé; au bout d une 
heure il représentait une masse coagulée homogène, de la¬ 
quelle, quelques heures après, se sépara une sérosité qui ne 
contenait point de matière colorante du sang, et qui se coa¬ 
gulait en totalité par la chaleur. 

II. Action du sel ammoniac injecté dans les veines . — 

1 La connexion de celle matière avec les glandes mucipares gros¬ 
sies nie porte à croire que c’est du sang sécrété par ces glandes, dont 
l’action se trouve intervertie. 


( 4 : ) 

Guillaume Courten * fut le premier qui injecta le sel ammo¬ 
niac dans le système vasculaire. En octobre 1678, il injecta 
un gros et demi de ce sel dissous dans une once et demie d’eau 
tiède dans la veine jugulaire d'un chien , qui ne tarda pas a 
succomber au milieu des plus violentes convulsions. 

Viborg 2 a pratiqué plusieurs fo : s sur des chevaux l’injec¬ 
tion de la dissolution aqueuse du sel ammoniac dans les 
veines. Les premiers phénomènes furent l’exaltation de 
toutes les fonctions de la vie; air vif et effaré, pouls fort, 
respiration profonde et (bande, avec les narines dilatées, 
rougeur de la muqueuse nasale, chaleur plus prononcée 
de la peau, déjections alvines. Les phénomènes qui survin¬ 
rent ensuite étaient directement opposés a ceux-là, et du¬ 
rèrent plus long-temps-, abaissement de la tète, yeux ternes 
et à demi-clos, pouls petit et accéléré, respiration plus ac¬ 
tive, légères convulsions des muscles; mais le tout disparut 
au bout de douze à seize heures. 

Sprœgel 3 injecta un scrupule de sel ammoniac dissous 
dans l’eau dans la veine jugulaire d’un chien ; il en résulta 
des convulsions extrêmement violentes, qui durèrent une 
demi-heure, et après la cessation desquelles il ne resta au¬ 
cune trace de malaise. Un gros du même sel, injecté quatre 
jours après dansda veine jugulaire de l’autre côté, ne pro¬ 
duisit aucun trouble. 

Ces expériences, surtout celles de Yiborg, qui ont été 
faites avec le plus grand soin, en rendant d’autres confirma¬ 
tives peu utiles, je n’ai entrepris que la suivante : 

7 0 . Je tirai quelques onces de sang de l’artère crurale du 
chien qui avait servi quatre semaines auparavant à la cin¬ 
quième expérience, afin de pouvoir le comparer à celui du 
même chien qui avait été tiré avant celle-ci 4 , et je lui injec¬ 
tai ensuite avec cir™ nspeci ion dans la veine crurale vingt 
grains de sel ammoniac dissous dans deux gros d’eau tiède. 
Peu de temps après l’injection, l'animal cria avec force; le 
bas-ventre se gonfla beaucoup, au milieu de très-fortes con¬ 
vulsions. Devenu un peu plus tranquille après cet accès, le 

« Philos. Trans., n°. 535 ( 1712 ). 

3 JVnrdisches Arc hiv der Nalur-und Arzneyhunde , I, cah. 3. 

5 Dans liallcr, Coll . Diss med. pracl. , tome VI. 

4 Ce sang avait les mêmes propriétés que celui qu’on avait tire en 
premier lieu; donc, à celle époque, l’action du sel était totalement 
épuisée. 


V H-*' ) 

chien se roula par terre; bientôt, survinrent des selles et un 
vomissement tel que les efforts continuèrent même après 
1 évacuation complète de l’estomac, et persistèrent ainsi pen¬ 
dant quelque temps. Respiration accélérée et courte , d’abord 
chaude, quelquefois accompagnée d’une inspiration pro¬ 
fonde; hattemens de cœur intermittens et rares; les yeux, 
d’abord très-vifs et brillans, perdirent peu à peu leur éclat; 
continuellement de légères convulsions dans les muscles de 
la face et des extrémités; perte non complète de sensibilité 
aux impressions du dehors. Après ces accidens, qui durè¬ 
rent environ une heure et demie, il survint un violent fris¬ 
son général; les hattemens du cœur furent alors moins irré¬ 
guliers et lents ; l’animal, jusqu’alors étendu sur le côté, es¬ 
saya de se relever, lécha sa plaie, se redressa enfin tout a 
fait, qnoiqu’en chancelant beaucoup, et témoigna combien 
il souiIrait par des cris aigus. Cette agitation se calma peu 
h peu , de sorte qu’au bout d’une heure il ne restait plus qu’un 
peu d’abattement, et que le même soir l’animal mangea de 
bon appétit. 

Au bout de quelques jours on le tua par la section de la 
moelle alongée, et on ouvrit de suite le corps; petite quan¬ 
tité d alimens dans flestomac ; membrane muqueuse de ce 
viscère et du duodénum un peu enflammée sur quelques 
points; sang contenu dans le cœur et les gros vaisseaux réu¬ 
nissant toutes ses qualités ordinaires; urine noire dans la 
vessie ; chyle du canal thoracique plus pâle qu’à l’ordi¬ 
naire. 

III. Action du sel ammoniac introduit, dans le tissu cel¬ 
lulaire. — Il résulte des expériences de Smith qu’un gros et 
demi à deux gros de sel introduits dans le tissu cellulaire 
d’un chien, produisirent d’abord le minissement, qui fut 
suivi d’une grande faiblesse et de la m*. A l'ouverture du 
corps on ne trouva aucune trace du sel dans rendrait où il 
avait été appliqué. La face interne de l’estomac offrit non- 
seulement. des traces d’inflammation , mais encore des ul¬ 
cères et des points gangréneux. L’estomac et l’intestin grêie 
contenaient un liquide noirâtre et fétide. On apercevait des 
taches rouges dans le canal intestinal, le cœur et les pou¬ 
mons. 


Considérations sur le mode d'action du sel ammoniac. — 
Sans m’arrêter à faire connaître les opinions diverses des au¬ 
teurs , je me contenterai d’énoncer la mienne, qui découle 


( 4d ) 

tant des expériences précitées sur les animaux, que de lob* 
servation au lit du maiade. 

i°. Action du sel sur Vestomac et le canal intestinal. — 
Pour apprécier cette action , il faut surtout avoir égard tant 
a la quantité du sel qu’à la durée de son emploi. Administré 
à dose modérée , et pendant un temps qui ne soit pas trop 
long, il exalte l’action des organes sécréteurs du système 
chylopoiétique, principalement de ceux qui président à la se¬ 
crétion du mucus; il produit cet effet, non-seulement parce 
que ce sont surtout les glandes mucipares qui Pextrayent du 
sang, et qu’il agit sur celles de ce système comme sur celles 
des autres membranes muqueuse?, mais encore parce qu’il 
se trouve en contact immédiat avec la membrane muqueuse 
du canal alimentaire. Mais quand on continue plus long¬ 
temps l’usage de ce sel, la membrane musculeuse du canal 
perdant de son ressort, son mouvement péristaltique, et, 
par suite, l’expulsion des matières qu’il contient diminuent, 
en sorte que, chez les animaux morts pour en avoir pris pen¬ 
dant troplong temps, on trouve le canal intestinal et meme l’es¬ 
tomac distendus par des matières alimentaires plus ou moins 
altérées. Lorsque au contraire on introduit à la fois dans l’es¬ 
tomac une quantité proportionnellement considérable de sel 
ammoniac, cette substance est expulsée par le vomissement 
ou, si celui-ci ne peut avoir lieu, la membrane muqueuse 
s’enflamme, et, parfois, se détache de la musculeuse, qui ne 
participe à l’inflammation que quand l’action a été très-vive* 
la sécrétion muqueuse augmente, les glandes mucipares sé¬ 
crètent même du sang, enfin^ par suite de l’action sur le 
système nerveux, surviennent des accidens tétaniques et la 
mort. 

2°. Altération du sang. — Les cbangemens que le sel 
ammoniac détermine dans le sang prouvent qu’il passe dans 
le torrent de la circulation. Mais il serait difficile de dire 
précisément par quelle voie il s’y introduit. Comme ce sel se 
trouve dans la plupart des liquides animaux, ii me paraît 
très-vraisemblable que son absorption a lieu tant par les 
lymphatiques que par les veines. 

Les expériences 5 et G prouvent qu’en vertu de la faculté 
qu’il a de dissoudre la fibrine, il peut diminuer la coagula- 
bilité du sang. En effet, non-seulement le sang se coagula 
beaucoup plus tard que le sang ordinaire dans ces deux ex¬ 
périences, mais encore la masse se sépara plus tardivement 
tome xxxi, \ 


( 5 o ) 

en partie solide et partie liquide, de manière que d’abord le 
caillot était, proportionnellement au sérum, bien plus volu¬ 
mineux qu’il n’a coutume de letre; mais, au bout d’un cer¬ 
tain temps, il s’en sépara encore du sérum. Ainsi, de ce 
qu’après l’emploi du sel ammoniac dans la cinquième expé¬ 
rience, le sang donna 56 pour ioo de caillot, tandis qu’il 
n’en avait fourni que 46 auparavant, on ne-doit pas conclure 
qu’il renfermait plus de matière solide, puisque 100 parties 
de ce caillot ne donnèrent que 0,4* de fibrine, tandis qn’on 
en retira o ,48 de celui du sang normal. Cependant il résulte 
aussi de ces expériences que le sel ammoniac n’a pas, comme 
quelques personnes le pourraient penser, la propriété de di¬ 
minuer la quantité de matière solide dans le sang, parce 
qu’il diminue sa coagulabilité; car quoique, dans la cin¬ 
quième expérience, la quantité de fibrine ait été, propor¬ 
tionnellement au caillot, plus petite après qu’avant l’emploi 
du sel ammoniac, le calcul fait voir cependant que le sang 
Scain contenait un centième de fibrine de plus que l’autre. 
Il semble au premier aperçu qu’on pourrait opposer à cela 
la faible quantité de cette substance dans le sang de la sixième 
expérience, qui était fort altéré par le sel ammoniac; mais 
cette contradiction disparaît quand on considère que la quan¬ 
tité de résida fut plus considérable après l’évaporation de 
ce sang qu’après celle du sérum du sang tiré du même ani¬ 
mal avant l’expérience; il en résulte seulement qu’après un 
long emploi du sel la fibrine est altérée dans le sang, mais 
non qu’elle y est en moins grande quantité. Quant a savoir 
pourquoi après l’emploi du sel ammoniac , loin que la quan¬ 
tité de parties solides soit diminuée dans le sang, eiie se 
trouve au contraire augmentée , cette particularité tient peut- 
être principalement a ce que le sel agit comme dissolvant, 
non-seulement sur la fibrine et autres matières organiques, 
mais encore sur plusieurs substances inorganiques qui se trou¬ 
vent fréquemment dans le sang, et parmi lesquelles je me 
contenterai de nommer les sels calcaires, ce qui fait que les 
alimens contenus dans l’estomac et le canal alimentaire sont 
dissous en plus grande quantité, et que, par conséquent, 
il s’en forme un chyle et un sang plus riches en parties so¬ 
lides. 

Je ne saurais dire si la matière colorante du sang éprouve 
une altération de la part du sel ammoniac, et en quoi elle 
consiste. Weinhold a prétendu qu’il nuit beaucoup en dé- 


( 5 . ) 

truisant la partie rouge du sang. C’est une assertion pure¬ 
ment gratuite, dénuée de preuves, et qui n’a pas ia moindre 
probabilité en sa faveur. 

3 °. Action du sel ammoniac sur plusieurs organes sécré¬ 
teurs, et voies probables qui Véliminent du sang. — Comme 
le moyen le plus ordinaire et ie plus sur pour déterminer les 
organes par lesquels une substance est éliminée du sang ne 
pourrait guère être mis en usage ici, nous devons nous con¬ 
tenter de conclure du changement survenu dans l’action des 
organes sécréteurs, quelle est la part qu’ils prennent à l’éli¬ 
mination du sel ammoniac? 

Quoiqu’il soit très-vraisemblable que la plupart des or¬ 
ganes sécréteurs contribuent à ce résultat, il se pourrait ce¬ 
pendant que la part principale dût être attribuée aux or¬ 
ganes chargés de la sécrétion muqueuse, vue en faveur de 
laquelle, outre plusieurs des phénomènes observés dans les 
expériences précédentes, parle principalement la grande uti¬ 
lité du sel ammoniac dans les maladies des membranes mu¬ 
queuses, notamment dans les flux muqueux. Ce moyen, dont 
on se sert depuis long-temps avec tant d’avantage dans les 
altérations de la sécrétion fournie par la membrane mu¬ 
queuse des organes respiratoires, n’a été employé cjue dans 
ces derniers temps contre les états morbides semblables des 
autres membranes muqueuses. Fischer, qui a fait connaître 
ses vertus a tant d’égards, fut le premier qui s’en servit dans 
l’état blennorrhoïque de la muqueuse vésicale, et avec un 
succès que constatèrent ensuite Cramer, Blumeet divers au¬ 
tres médecins. Quelque temps après, Butiner se servit de ce 
sel avec avantage contre le flux muqueux par l’urètre *. Il y 
a environ un an j’eus occasion de le mettre en usage dans un 
cas d’augmentation de la sécrétion muqueuse du canal intes¬ 
tinal; cette maladie, très-gênante pour le sujet, qui durait 
déjà depuis un an , et contre laquelle on avait inutilement 
employé plusieurs moyens vantés, céda complètement au 
bout d’un mois. 

; . • • • m ■ > t 

T C’est sans fondement que Cramer attribue à î’arr.moniaque et à ses 
sels une action spécifique dans les maladies de la vessie, de la glande 
prostate et de l’urètre. Le *mode d’action du sel ammoniac me paraît 
pouvoir être expliqué d’une manière plus naturelle, et l’hypothèse 
de Cramer, relativement au succinate d’amrr.oniaque, n’èlre au moins 
pas démontrée, puisqu’on donna en même temps des feuilles d’u.va 
«rsi, de la racine d’arnica, du quinquina et du tartre stibié, moyens 
auxquels la guérison peultout aussi bien être attribuée. 


L’utilité que plusieurs observateurs out retirée de l’emploi 
du sel ammoniac dans la métrori hagie et la ménorrhéc, pour¬ 
rait peut-être bien dépendre également de son action sur les 
glandes mucipares; du moins ne puis-je pas me rangera 
l’opinion de ceux qui, sous ce rapport, le comptent parmi 
les médicamens styptiques. 

Quant a ce qui concerne le foie , on serait peut-être tenté 
de croire , d’après les expériences de Weinhold elles miennes, 
que le sel ammoniac exerce une action spéciale sur cet organe; 
mais cela n’est point prouvé, car les expériences de Weinhold 
ont encore besoin d’être continuées, et l’accumulation de 
bile dans la vésicule, que j’ai observée, ne provenait pas de 
l’augmentation de la sécrétion biliaire, mais de la diminution 
de contractilité des parois de la vésicule. 

La part que les reins prennent a l’élimination du sel am¬ 
moniac est extrêmement difficile à déterminer, car celui qu’on 
trouve dans l’urine, et le changement qu’on observe dans 
l’urine des lapins après son emploi, peuvent dépendre aussi 
de ce qu’il est éliminé par la membrane muqueuse des ure¬ 
tères et de la vessie, qui le verserait ainsi dans l’urine. 

Quelques personnes ont pensé que le sel ammoniac exalte 
la faculté absorbante des membranes séreuses; je n’ai pu 
m’en convaincre , même lorsque j’ai trouvé la sérosité de 
quelques séreuses considérablement diminuée dans la sixième 
expérience, parce que ce liquide existait en quantité suffi¬ 
sante dans toutes les autres expériences. En général, je ne 
crois pas qu’une substance qui diminue la contractilité puisse 
accroître la résorption ; et le*manque de sérosité dans le sac 
du péritoine, de la plèvre et du péricarde que j’observai 
dans la sixième expérience, dépendait peut-être moins d’un 
surcroît d’absorption, que d’une diminution de la sécrétion , 
due peut-être elle-même à l’accroissement de l’activité des 
membranes muqueuses, puisque la sérosité n’était pas dimi¬ 
nuée dans l’arachnoïde. 

Quoique le sel ammoniac soit regardé comme un sudorifique 
par beaucoup de médecins, je crois que, la plupart du temps, 
ceteffet doit lui être moins attribué qu’aux médicamens qu’on 
administre avec lui. Du moins n’ai-je jamais vu augmenter 
la perspiration cutanée, lorsqu’il était donné 'a des sujets 
bien poptans. 

* Je ne puis dire quelle action il exerce sur lçs autres organes 
sécréteurs. 


( 53 ) 

4°. Changemens dans Vaction des muscles. — 11 serait 
superflu de répéter ici ce que Ton pourrait citer en preuve 
de la diminution de la contractilité. Je crois donc pouvoir, 
sous ce rapport, renvoyer principalement aux phénomènes 
observés dans la sixième expérience, et qui me paraissent 
suffire pour démontrer que l’activité nerveuse éprouve une 
diminution sensible. 

5°. Changemens dans Vaction nerveuse. -— La plupart 
des médecins croient devoir n'attribuer au sel ammoniac au¬ 
cune action sur le système nerveux , tandis que d’autres 
pensent qu’en vertu de son action sur la nutrition , il altère 
1 action de ce système, notamment du ganglionnaire, mais 
qu’on ne peut pas lui accorder d'influence immédiate sur 
lui. Or si communément on ne remarque aucun changement 
dans inactivité du système nerveux , a la suite de petites doses 
de ce sel, et si les modifications qui succèdent a son emploi 
continué paraissent dépendre de l’influence que ie sang mo¬ 
difié exerce sur ce système, il se pourrait que l’action de ce 
sel à haute dose n’ait point encore été suffisamment étudiée 
jusqu’ici. En effet, quand on introduit dans l’estomac une 
quantité proportionnellement considérable de sel ammoniac, 
comme aussi quand on emploie Tammoniaque pure, indé¬ 
pendamment des phénomènes qui caractérisent l'inflamma¬ 
tion de l’estomac, on en observe d’autres encore qui sont les 
signes d’une vive excitation du système nerveux, et princi¬ 
palement de la moelle épinière: il s’établit, dans les mem¬ 
bres, des convulsions volentes, et mêmê de la raideur téta¬ 
nique j la respiration devient profonde , rare, irrégulière, 
quelquefois accélérée et courte; les battemens du cœur sont 
pleins, sensibles dans toute la poitrine, également irréguliers, 
et la conversion du sang dans les poumons lie pouvant se 
faire, la mort arrive presque toujours au milieu d’un nouvel 
accès de tétanos , ou bien les phénomènes qui viennent d’être 
indiqués diminuent peu à peu, et, à l’exception d’un peu 
de faiblesse, il ne reste plus aucune trace de la vive atteinte 
que l’organisme vient de recevoir. 

6 °. Action sur les dépôts morbides . — Les expériences 
précédentes démontrent que le sel ammoniac peut être utile 
non-seulement dans les indurations, mais encore dans d’autres 
cas d’accumulation de matières organiques, et parmi les ob¬ 
servations qui démontrent qu’il l’est réellement, on doit sur¬ 
tout citer celles que Fischer a recueillies. Cependant, il 


( 54 ) 

M’exerce pas son action dissolvante seulement sur des sub¬ 
stances organiques, mais aussi sur des matières appartenant 
au règne inorganique. Ainsi, d’après Hunefelri, les phos¬ 
phate et carbonate de chaux et de magnésie, le phosphate 
ammoniaco - magnésien, et même les sulfate et fluate de 
chaux sont plus ou moins facilement dissous par ce moyen. 
De là, paraît résulter un grand avantage pour la thérapeu¬ 
tique de quelques maladies, jusqu'à ce jour difficiles à guérir 
ou même incurables, ce qui devient d’autant plus probable 
que même des os, des concrétions animales , des calculs uri¬ 
naires, etc., dont la basé est formée par un ou plusieurs de 
ces sels, sont également dissous par une dissolution de sel 
ammoniac. Hunefeld l’a même employé avec avantage dans 
un cas de calcul formé par des phosphates et des urates 


Des irritations encéphaliques , rachidiennes et nerveuses 
sous le rapport de V élhiologie et de la thérapeutique ; 
par Guérin de Mamers, D. M. P. 

I 

(Deuxième «article.) 


Ors. 6. — Encéphalite primitive chez un enfant de 
quatre ans , guérie par les affusions tièdes a . — Un enfant 
de quatre ans, vif, spirituel, un peu lymphatique, mais 
bien constitué, né d’une mère remarquable par son esprit, 
et d’un père que ses importuns travaux et son caractère ho¬ 
norable ont placé au rang de nos hommes les plus distin¬ 
gués ; habituellement bien portant, mais frère de deux au¬ 
tres enfans précédemment atteints de fièvre cérébrale, a la- 

1 Quelque secours qu’on doive attendre de l’emploi du sel ammo¬ 
niac, tant contre la formation des calculs composés de phosphates, 
que contre l’état blennorrhoïque de la vessie qui, suivant les obser¬ 
vations de Prout, se rattache fréquemment di celte maladie, cepen¬ 
dant il se pourrait fort bien que, dans certains cas, la formation des 
calculs d’jjirates, non-seulement ne fût pas diminuée par ce moyen, 
mais fût au contraire activée , car Prout et Welzlar ont constaté que 
le sel ammoniac versé dans l’urine en précipite de l’urate d’auimo- 
niaque, ce que L. Gmeliu explique en disant que cet urale d’ammo¬ 
niaque est plus soluble dans l’eau pure que dans celle qui tient déjà 
de l’ammoniaque ou des sels à base de soude en dissolution. 

* Rédigée sur de simples notes qui nous ont été communiquées. 



quelle l’un d’eux avait succombé, fut lui-même pris tout 
à coup des symptômes précurseurs de l’alfection redoutable 
que nous venons de signaler (on était alors h la fin de l'hi- 
ver.) Inquiétude, agitation continuelle, terreurs subites, 
réveils en sursaut, loquacité, impatience ; tête pesante et 
brûlante, un peu de soif, langue à peu près dans l’état na¬ 
turel, ventre absolument s^ns douleur; pouls à ioo, iio 
pulsations et au delà ( orangeade , 6 sangsues derrière les 
oreilles , cataplasmes émolliens chauds aux pieds.) 

Sous l’influence de ces moyens l’enfant paraît d’abord beau¬ 
coup mieux; mais bientôt les symptômes se reproduisent 
avec une nouvelle intensité ( nouvelle application de sang¬ 
sues ; cataplasmes émollitns sinapisés aux pieds ; eau à o° 
sur la tête au moyen d’une vessie ) : neanmoins l’enfant 
reste dans un état-de somnolence décidée et continuelle. Le 
soir, il y a une exacerbation marquée par la coloration des 
joues. Les yeux sont tournés en haut; les paupières a demi 
fermées n’en laissent voir que le blanc; la pupille est dila¬ 
tée, cependant encore contractile. On était alors au qua¬ 
trième jour. A cette époque, et dans cet état de choses de¬ 
venu alarmant, on a recours aux bains par affusions adminis¬ 
trés de la manière suivante : 

L’enfant était placé dans une baignoire contenant seule¬ 
ment un peu d’eau à 24°environ ; on couvrait la baignoire et 
l’enfant d’un manteau de toi^e cirée, de manière que la tête 
seule et la partie supérieure du cou reçussent l’affusion : 
on faisait alors sur la tête 25 a 3 o affusions à 20°. L’en¬ 
fant était aussitôt enveloppé d’une couverture de laine, et 
on le replaçait bientôt dans son lit, en recouvrant de nou¬ 
veau la tête de la vessie contenant l’eau à zéro, et envelop¬ 
pant les pieds des cataplasmes émolliens sinapisés comme 
auparavant. Souvent, au sortir du bain, on le promenait sur 
le bras, pour le tenir éveillé le plus long-temps possible, 
et, par ce moyen, il semblait que le retour des accès était 
moins prompt. 

L’effet des bains était celui-ci : chaque fois que l’enfant 
venait de recevoir les affusions, il reprenait connaissance, 
restait éveillé pendant au moins une heure, et répondait aux 
questions qui lui étaient faites. Le pouls, qui était, comme 
on l’a dit, a plus de 120, tombait à 90. 

O11 chercha à soutenir l’effet de ce moyen à l’aide du ca¬ 
lomel donné à la dose de quelques grains dans une solution 


( 56 ) 

de gomme adragant. Plusieurs selles verdâtres étaient chaque 
jour le résultat de l’administration de ce médicament. 

Pendant plusieurs jours les heureux effets des bains par af¬ 
fusions sc soutinrent d’une manière marquée; mais ces ef¬ 
fets devinrent ensuite moins persisîans : au bout d’un quart 
d heure l’enfant retombait dans sa somnolence habituelle. 
Dans cet état on observait alors des soubresauts des ten¬ 
dons, des tressaiüemens généraux des muscles, et le pouls, 
très-faible , donnait près de i5o pulsations par minute. 

Ce fut alors qu’on appliqua aux cuisses deux vésicatoires, 
qui semblèrent rendre l’assoupissement moins profond. Du 
reste, on n en continua pas moins les affusions, les applica¬ 
tions froides sur la tête, et les cataplasmes sinapisés chauds 
aux pieds et sur les jambes, jusqu’à ce qu’enfin ces parties 
n offrant plus de place a raison de l’enlèvement de l’épiderme? 
on se contenta de panser avec le cérat les surfaces excoriées, 
et d entourer les genoux de cataplasmes chauds purement 
émolliens. 

Malgré ces nouveaux moyens, et un épistaxis peu con¬ 
sidérable il est vrai, l’état du malade s’améliorait peu. Le 
ventre était toujours sans douleurs a la pression, mais le 
pouls était très-faible, l’assoupissement continuel, les yeux 
fixes, a demi-ouverts , la cornée comme rugueuse et ulcérée; 
on observait de temps à autre de petites convulsions dans les 
muscies des deux côtés de la face; la peau s’était ulcérée au 
niveau des tubérosités sciatiques; malgré les lavemens avec 
addition d’huile d’olive et l’emploi des fomentations émol¬ 
lientes, depuis plusieurs jours il n’y avait point de selles; 
1 enfant ne rendait plus qu’en partie ses lavemens, et quel¬ 
ques cuillerées d’eau avec addition d’un peu de sirop de gui¬ 
mauve qui, depuis quelques jours déjà, étaient avalées avec 
peine, avaient fini par ne plus passer. Cet état, on le voit, 
était toujours de nature à exciter de justes alarmes; on ap¬ 
pliqua un vésicatoire entre les épaules. L’enfant ne fut point 
insensible a son effet; il paraissait aussi souffrir des excoria¬ 
tions produites aux jambes par les sinapismes. Au bout de 
deux jours le défaut d’évacuations alvinesse maintenant tou¬ 
jours , on administra un lavement avec la décoction de deux 
gros de séné, en même temps qu’on eut recours à un suppo¬ 
sitoire préparé avec le savon médicinal. Par ce double moyen 
on obtint des selles abondantes et fétides. 

Cependant la somnolence n’en persista pas moins, seule- 


( 5^ ) 

ment a un moindre degré, et bientôt les ulcérations des 
fesses, les vésicatoires des jambes et du cou prirent l’aspect 
de la pourriture d'hôpital. On suspendit les affusions h cause 
de la faiblesse, mais on continua toujours les applications 
d’eau a zéro, telles qu’on les a décrites, etc. Quel eût*été le 
résultat des efforts de l'art dans ce cas grave? On ne sait.... 
Heureusement la nature vient a son secours. 

Plusieurs points douloureux se développèrent aux mains, 
aux bras et aux cuisses ; ces points s’élevèrent de manière h 
présenter bientôt autant de petits # phleginons ; des abcès, au 
nombre de dix a douze, succédèrent h ceux-ci ; on en fit l’ou¬ 
verture. L’enfant de temps a autre, comme réveillé par la 
douleur, se plaignait alors beaucoup; il retombait ensuite 
dans son assoupissement, mais celui-ci n’était plus aussi 
fort. En pinçant l’enfant, et surtout en lui parlant un peu 
haut, on l’en tifait.sans peine. Toutefois, en sortant de cet 
état comme léthargique , ses yeux élaient hagards, il ne ré¬ 
pondait a rien , on l’eût dit frappé d’imbécillité. 

Cependant la suppuration des abcès diminua; une légère 
sur-excitation vasculaire ou exacerbation de l’état fébrile, 
qui s’était manifestée a i’ihstant de l’apparition des petits phleg¬ 
mons , se calma; les surfaces ulcérées par les sinapismes ou 
par les vésicatoires, prirent un meilleur aspect; l’assoupisse¬ 
ment diminua de plus en plus, et finit par disparaître tout à 
fait; l’enfant cessa de se plaindre, un peu d’appétit com¬ 
mença à se prononcer; on substitua l’eau panée aux simples 
boissons aqueuses?; les ulcérations se cicatrisèrent par degrés* 
i’état physique du petit malade s’améliora davantage, et l’on 
put enfin, sous ce rapport, le considérer comme en conva¬ 
lescence. Mais , sous le point de vue des facultés mentales, on 
conserva long-temps des inquiétudes : il avait toujours un air 
égaré, restait taciturne, ou, s’il parlait, avait de la diffi¬ 
culté à prononcer les mots... Cependant la belle saison arriva ; 
il fut mené à la campagne, et là sa cure ne tarda plus à s’ache¬ 
ver; il recouvra toute son activité, toute sa vivacité d’esprit, 
et, depuis lors, il jouit à tous égards d’une excellente santé. 

Obs. 7.— Gcistro-céphalite à type cCabord continu , puis 
rémittent y guérie par les affusions tièdes 1 . — M. A. de 
Lafaiuère (élève de l’institution de M. Peliassy de l’Ousle), 
âgé de dix-neuf ans, d’un tempérament nervoso-sanguin, et 

N C , f , 

1 Observation communiquée par M. Nestor Peliassy, candidat. 


( 58 ) 

d’une constitution plus forte en apparence qu’en réalité, 
ressentit, le i 3 juin 1826, de violentes douleurs de tête, 
après plusieurs veilles et l’éxcitation des sens et du cerveau. 
Le lendemain, et surtout dans la soirée, l’intensité des 
symptômes augmenta : céphalalgie violente, battemens très- 
lorts, élancemens très-douloureux à la tête; pouls fort et 
très-fréquent. Prescription : glace et compresses d’eau très- 
froide sur la tête , pédiluve irritant très-chaud, diète ab¬ 
solue , boisson tempérante , saignée conditionnelle au pied 
(faite le soir;. Nuit assez bonne. Le lendemain, mieux très- 
marqué; mais bientôt, retour de tous les symptômes, après 
quelques imprudences de régime dans la journée : malaise, 
dégoût, nausées, douleurs contusives des membres, gêne et 
battemens h 1 épigastre, sensation incommode de pulsations 
artérielles dans la poitrine, dans le ventre et a la tête ( trente 
sangsues sur Vépigastre y eau gommée jjotir boisson , lave- 
mens frais a l eau pure , fomentations fraîches émollientes 
sur Vabdomen , compresses trempées dans Veau froide, sur 
la tete , et renouvelées très-fréquemment) : soulagement 
très-marqué et nuit assez bonne, toutefois insomnie. 

Le lendemain 16, retour des symptômes avec chaleur brû¬ 
lante à l’abdomen, et gêne de la respiration {lotionsfraîches 
sur les membres avec Voxycrat , vingt, sangsues placées aux 
tempes, au devant des oreilles et derrière les apophyses 
mastoides). Le soir, pâleur et altération des traits , insomnie. 

Le 17, mieux assez sensible. 

Le 18 au soir, redoublement {saignée du bras). 

Le 19, beaucoup d’agitation, de fièvre et de céphalalgie, 
battemens tumultueux du cœur (le malade présente une con¬ 
formation irrégulière du thorax, une sorte^le coarctation et 
de dépression à la région du cœur, et une excavation- éten¬ 
due et assez profonde à la portion inférieure du sternum)- la 
peau du sacrum est rouge et sensible. 

Les 19, 21, 23 , accès bien caractérisés, au lieu de simple 
redoublement. Les jours d’acccs, il y a malaise, agitation, 
anxiété, frissons et tremblement, puis chaleur, moiteur, agi¬ 
tation : pouls très-fréquent ; io 5 -iio, et même i25-i3o et 
i4o pulsations par minute. 

Les jours de rémission ( les 20, 22 et 24) , pouls, 7 5 - 7 8 - 8 o 
pulsation*; moins de céphalalgie, de pesanteur de tête, de 
palpitations et d’insomnie. 

Le jour du second accès (le 21 ), le malade ressent de la 


j 


4 


( 5 9 ) 

douleur à l’épigastre el autour du nombril, un peu de dou¬ 
leur en urinant, chaleur et douleur contusive aux lombes, 
battemens de cœur très-précipités .et pulsations incommodes 
à lepigastre; face colorée, traits de la physionomie rétractés; 
morosité, inquiétude, impatience; pouls peu développé, on¬ 
dulent, très-précipité; parole brève et vive; point de dé¬ 
lire : on reconnaît un point très-douloureux duus le flanc 
droit et vers la rate. 

Le 23, le malade se plaint d’un mal de gorge, qui gêne 
beaucoup la déglutition; ce mal augmente les jours suivans. 

Depuis le 19, plusieurs applications de sangsues ont été 
faites derrière les oreilles, à l’epigastre, autour de l’ombilic, 
et de chaque côté du larynx ; on varie les boissons ; 011 pres¬ 
crit un gargarisme adoucissant. 

Le 19, MM. Baron et Gnersent se joignent, en consulta¬ 
tion, au médecin ordinaire. Le mode de traitement suivi jus¬ 
qu’à ce jour est approuvé et continué. 

Le 23 , jour du troisième accès, mêmes phénomènes ; le 
pouls est peu développé, peu résistant, ondulant et d’une 
fréquence extrême, i35-i4o, et jusqu’à i 45 pulsations. La 
rémission ne s’établit point dans l’après-midi, comme au 
..précédent accès : le pouls reste fréquent; iio-ii5 pulsa¬ 
tions. 

On donne dans la nuit du 23 et le matin, à quatre heures 
d’intervalle, deux lavemens au quinquina : point de phéno¬ 
mène apparent d’excitation locale ou générale après leur ad¬ 
ministration. 

Le 24, rémission bien marquée; peu d’agitation et de 
chaleur ; une selle copieuse ; quelques crachats mêlés de sang, 
provenant de l’arrière-bouche ; déglutition difficile, douleur 
vive à la gorge, encore de l’embarras et de la pesanteur à la 
tête; pouls, 1 i 5 -ioo pulsations (dix sangsues sur les côtés 
du larynx). De forts battemens reviennent encore à la tête, 
au cœur et au ventre, dès que le malade fait quelque mou¬ 
vement. Déjà, depuis plusieurs jours, la rate est. gonflée et 
résistante. 

Depuis le 25 jusqu’au 9 juillet, les accès se convertissent 
en simples redoublemens, qui surviennent tous les deux jours ; 
ces redoublemens sont marqués seulement par l’augmenta¬ 
tion de la fréquence du pouls et de la chaleur à la peau ; 
d’ailleurs l’état du malade reste le même. On prescrit un 
demi-bain à 26° et des affusions sur la tête avec de Veau à 


\ 


( 60 ) 

4 > des cataplasmes et des fomentations émollientes sur 
l abdomen. Le bain et les affusions font éprouver au malade 
1131 g ra »d soulagement, une véritable sentiment de bien-être, 
ils enlèvent presque subitement les douleurs de tête, font 
oesset les battemeus, diminuent beaucoup la fréquence du 
pouls et la chaleur de la peau : de 115 a 120, i3o pulsations 
par minute, le pouls tombe a 94,90 au bout de huit ou dix 
minutes «J immersion dans le bain. Le malade y reste plongé 
un quart-d’heure, une demi-heure, et plus tard une heure 
entière. Il est calme après l’opération ; il peut dormir plu¬ 
sieurs heures de suite, tandis qu’auparavant , il était sans 
cesse éveillé, agité, tourmenté. Après le bain, point d’affai¬ 
blissement, le bien-être continue. Nuit calme, et un peu 
de sommeil, sans rêvasseries. 


Le malade se plaint encore de la gorge et de cuisson a la 
langue, qui présente un point très-rouge : fréquens garga- 
nsmes avec lait et décoction de graine de lin ; deux bains , 
avec affusions sur la tête , lorsqu'il y a chaleur sans moi¬ 
teur ; un ou deux lavemens êmolliens , flanelle imbibée 
(veau de guimauve sur tout le ventre ; pour boisson, eau 
de réglisse y émulsion d'amandes avec extrait de laitue . 
Deux selles par.jour; urines moins colorées et moins chargées, 
moins cuisantes au passage. On donne chaque jour deux et 
quelquefois trois bains à 26° et avec affusions sur la tête : 

la fréquence du pouls diminue toujours beaucoup dans le 
bain. 

Du 25 juin au 9 juillet, les phénomènes accidentels sont 
de la douleur et quelques points enflammés a la langue, puis 
quelques petites ulcérations de la muqueuse buccale, ensuite 
parotide et glandes cervicales du côté droit tuméfiées et dou¬ 
loureuses. Dix sangsues sur cet endroit font disparaître de 
suite la tuméfaction et la douleur. La maigreur n’est pas 
excessive, mais assez avancée. Un lombric est rendu dans 
une selle. La tuméfaction de la rate diminue. L’angine a 
cessé, les petites ulcérations de la langue et de la muqueuse 
buccale sont guéries. Le pouls est depuis quelques jours dans 
l’état naturel, seulement un peu faible. Le malade a le 
désir des alimens. 


Le 12 juillet, après un mois de diète absolue, on com¬ 
mence a lui accorder quelque nourriture. Il a beaucoup 
d’appétit et des digestions faciles : le pouls ne reprend point 
de fréquence; il est calmé, égal, régulier. Le sommeil est 


( 6i ) 

tranquille pendant la nuit. Il y a régularité dans les excré¬ 
tions. La convalescence est confirmée. Mais le convalescent 
est très-excitable et très-impressionnable par les^ causes mo¬ 
rales.; une première rechute est occasionée par des visites et 
des conversations qui le contrarient ; une seconde et une 
troisième rechute, assez graves, empêchent le retour des 
forces, et reculent l’époque de la guérison définitive, en trou- 
filant les digestions, et en faisant reparaître la fièvre, l’agi¬ 
tation, le serrement et les douleurs de tête. 

Enfin, le convalescent craignant une nouvelle rechute, ne 
veut plus recevoir ni étrangers, ni parens surtout, et le 1 5 
août, il est en état de parlir pour sa province. 

Oes. 8. — Folie'. —Amand E***, âgé d’environ trente- 
six ans, d’un tempérament bilieux, d’une bonne constitu¬ 
tion, domestique h Paris, jouissait d’une bonne santé, et s’a¬ 
donnait exclusivement à ses occupations. Dans le courant de 
l’été de 1826, il donna des signes d’aliénation mentale. 11 
venait d’hériter de trois ou quatre mille francs. Cette somme, 
quoique modique, lui parut suffisante pour le mettre a même 
de changer de condition et-d’entreprendre un petit commerce. 
Le succès lui paraissait certain, et il se félicitait déjà du 
bonheur que sa femme, ses enfans et lui goûteraient bien¬ 
tôt. Il était sous l’influence de cette idée, lorsqu e les per¬ 
sonnes, qui le voyaient journellement, remarquèrent quelque 
chose d’extraordinaije dans sa conversation et ses actions. Il 
faisait part à chacun de ses projets, parlait sans cesse de 
spéculations , du sort heureux qui se préparait pour lui et du 
bien qu’il se proposait de faire. Le soir, au lieu d’aller 
reposer, il s’occupait à laver, a nettoyer, ranger les meu¬ 
ble-; , les ustensiles de ménage. Ces soins le retenaient une 
partie de la nuit, et son service l’appelant de bonne heure 
auprès de son maître, il dormait fort peu , quelquefois même 
pas du lout. Les représentations qu'on lui fit à ce sujet ne 
furent point écoutées. 

Le trouble de l’intelligence devient bientôt plus grand ; il 
fut marqué par des extravagances. Amand , pensant se livrer 
sous peu à un grand commerce d’eau de Cologne, en fit un 
fol usage ; il prit des bains de pieds préparés avec cette eau, 
en parfuma son linge, ses vêtemens, sa chambre, et eu pro¬ 
mit à plusieurs personnes. A cette époque, M. le docteur 


* Observation communiquée par M. le docteur Van de Keere. 


( «2 ) 


R-***? qu il servait, pensa qu’il était urgent d’attaquer aven 
vigueur une maladie qui faisait d’aussi rapides progrès. Amand 
était alors dans 1 état que nous venons de décrire, niais a ses 
projets de spéculations s’étaient mêlées des idées bien autrement 
ambitieuses : il parlait de louer, d’acheter des chevaux, une voi¬ 
ture; d’établir des entrepôts, des correspondances dans les dé- 
partemens et a l’étranger ; il se voyait bientôt possesseur d’une 
fortune immense, faisait construire des maisons , creuser des 
canaux, abattre des bois, donnait des titres et des places. 
Quand on éloignait son esprit de cette série d’idées, il ne di¬ 
vaguait point, il parlait même très-sensément. Du reste, il 
reconnaissait toutes les personnes qui l’entouraient ; il était 
assez docile, et ne se plaignait que de mal de tête. Sa figure 
était un peu altérée, paie; sa peau chaude; son pouls plein, 
vibrant, légèrement accéléré. Je lui tirai du bras seize h dix- 
huit onces de sang : on lui donna des lavemens simples et des 
bains de pieds irriians. Ces moyens ne produisirent aucune 
amélioration; loin de la, le délire devint continuel; il s’y 
joignit des mouvemens d’impatience et même de colère ; les 
moindres contrariétés irritaient le .malade et le rendaient fu¬ 
rieux; il passait les nuits à écrire ou h dicter des lettres, et 
chargeait de commissions les personnes qui le venaient voir; 
il se disait tantôt prince, tantôt empereur, et voulait qu’on 
lui procurât des chevaux et un carosse magnifique pour faire 
son entrée dans la capitale de ses états. La céphalalgie avait 
augmenté; il s’y était joint des palpitations, de la douleur a 
l’épigastre, de l’inappétence et de la constipation. 

C’est dans cet état, et environ douze jours après l’invasion 
de la maladie, qu’Amand entra à la Maison de santé de Cha- 


r en ton (le 5 mars), où il mourut au bout de vingt-quatre 
ou vingt-cinq jours d’un traitement par les sangsues aux 
tempes et aux oreilles, les bains tièdes ordinaires, les ap¬ 
plications froides sur la tcte, etc. Sou déliré n’avait point 
changé d’objet ; mais il s’y était joint des accès de fureur, qui 
avaient forcé h le lier, un état de paralysie générale, de la 
toux, du dévoiement, des escarres en diverses parties du 
corps, etc..... On sait quels sont dans ces cas les résultats 
des autopsies cadavériques, nous ne nous sommes point mis 
en peine de nous les procurer. 

_ Obs. 9, *— Mélancolie .— Mademoiselle J. M***, âgée de 
vingt-cinq à trente ans , d’un tempérament éminemment 
nerveux, douée d’une vive sensibilité, fut, dans le courant 



( 63 ) 

de janvier dernier, engagée à nous consulter. Nous la visi¬ 
tâmes. On va voir plus loin dans quel état elle se trouvait h 
l’époque de notre première visite. La lettre suivante que 
nous reçûmes le lendemain, étant on ne peut plus propre à 
donner le commémoratif de l’affection et à faire connaître la 
maladie, nous commençons par la consigner ici : 

« Monsieur, j’ai réfléchi, après votre visite, que, pour en¬ 
treprendre sur moi le traitement qu’exige mon état, ii est né¬ 
cessaire que vous ayez une plus ample connaissance de mon or¬ 
ganisation, de ma manière d’être, que celle que j’ai pu vous 
donner en quelques mots. C’est ce que je vais faire en vous 
retraçant ce que j’ai éprouvé a diverses époques de ma vie. 

« L’éducation a une grande influence sur l’existence ; la 
mienne a été manquée. On a méconnu mes inclinations. Au 
lieu de me persuader, on m’a accoutumée a craindre. L’âge 
développa vainement en moi la force de l’âme ; je la sentis 
s’affaiblir sons le joug de la sévérité maternelle. Etrangère 
dans ma famille par l’opposition de mes sentimens avec ceux 
de mes paréos, je cherchai des dédommagemens à ce qui 
me manquait dans des lectures dangereuses qui exaltè¬ 
rent ma sensibilité et mon imagination. La religion, qui au¬ 
rait dû être mon appui, vint ajoutera mes peines. Les tour- 
mens de l’autre vie s’offraient sans relâche à ma pensée. Ce 
fut alors que mon jugement commença de se troubler. A peu 
près vers ce temps-, les journaux rapportèrent plusieurs crimes 
attribués au penchant d’une nature perverse et irrésistible. 
Je réfléchis long-temps à des effets si extraordinaires, et le 
résultat de mes réflexions fut une accusation envers le Créa¬ 
teur et la crainte d’être du nombre de ces monstruosiiés de 
la nature. Je perdis le sommeil, l’appétit. Ma vue s’affaiblis¬ 
sait it force de pleurer. Quand, accablée par l’excès de mon 
ch agrin, je cédais à un assoupissement momentané , je me 
réveillais soudainement en croyant entendre une voix m’ap¬ 
peler Parricide! J’espérais cesser bientôt de vivre; mais qu’il 
faut de douleurs pour en venir h ce terme ! La nature, épui¬ 
sée chez moi, me procura enfin quelque calme. Je fis alors 
connaissance de l’amie dont je vous ai parlé, ainsi que d’un 
ecclésiastique éclairé. Tous deux obtinrent ma confiance, et 
leurs consolations ranimèrent mon courage. Cependant, cette 
amitié, si précieuse d’abord, me procura bien des tourmens. 
Mon amie, recommandable d’ailleurs sous tous les titres, 
est affligée d’une infirmité qui me semblait devoir la con- 


/ 


( 64 ) 

damner au céiibat : elle est sourde ; je me promis de me 
dévouer pour elle; je renonçai au mariage, quoi qu’elle pût 
me dire contre cette résolution. Je l’avais engagée a faire usage 
de son talent pour écrire ; elle suivit monconseil. Ses ouvrages 
la mirent en rapport avec d’autres littérateurs; l’un d’eux fut 
sensible a son mérite. Mon amie était dans le même cas a son 
égard ; leur union fut arrêtée... Il s’opéra de nouveau une 
révolution funeste dans mon esprit et surtout dans mon 
cœur. Mon amitié était ardente, exaltéé ; j’exigeais la récipro¬ 
cité, et un nouveau sentiment venait m’enlever cette pre¬ 
mière part a laquelle j’attachais tant de prix. Mon amie est 
aimable; son titre d’auteur lui attirait, de la part de bien 
des gens, cette vive affection que je désirais passionnément; 
je connus la jalousie, j’en sentis la honte et les tourmens. 

« La mort,de mes parens dirigea ma mélancolie sur d’autres 
sujets; mais la cause n’en fut pas moins subsistante. J’ai cru , 
en me livrant a l’éducation, trouver le repos de l’âme que j’ai 
tant désiré : que je suis loin d’y être arrivée ! Depuis deux 
ans que j’habite ce lieu , je suis tombée trois fois dans ces 
noirs accès qui me ramènent au déplorable état que je 
vous ai décrit, et le reste du temps, je l’ai passé dans une 
tristesse, supportable il est vrai, mais qui ne m’a pas moins 
fait désirer constamment cette paix de la tombe que le de¬ 
voir nous interdit avant l’instant désigné par le ciel. Voilà, 
Monsieur, malgré le peu d’espoir que j’ai dans ma guérison , 
les circonstances dont j’ai cru devoir vous instruire pour vous 
guider dans ce que vous jugerez convenable de faire. » 

Une profonde tristesse, un grand abattement moral, ou 
bien une grande exagération de pensées et de sentimens ; 
de l’insomnie, peu d’appétit, un teint d’un pale jaunâtre, 
delà céphalalgie répondant à la région frontale; la respi¬ 
ration embarrassée, des étouffemens quand la malade mon¬ 
tait un escalier; de la douleur entre les épaules; le pouls 
très-petit et très - fréquent ; beaucoup de faiblesse, de 
la maigreur, un état de dépérissement qui faisait chaque 
jour de nouveaux progrès : tel était à peu près l’état où 
je trouvai la malade. Sa conversation, comme la lettre que 
î’on vient de lire, était empreinte d’un caractère tout à 
la fois de raison et d’erreur, de sagesse et presque de folie, 
qui surprenaient également ; un vif sentiment du bien 
sans mélange de mal remplissait son âme; sa pensée était 
uniquement dirigée vers ce beau idéal. Elle conservait tou- 


( 65 ) 

jours, sur la responsabilité de ses actes, les appréhensions 
les plus extraordinaires. Je ne puis exprimer toutes celles 
dont elle me fit part. J’avais rapidement gagné sa confiance ; je 
songeai à tirer de ce sentiment tout le parti possible. Un point 
capital était de détruire en elle la crainte d’actions condam¬ 
nables par cette espèce de fatalité qui naît de l’organisation. 
Je lui fis envisager que si telle eut été la sienne , quelle 
pût en craindre de fâcheuses inspirations , celles-ci se lus¬ 
sent prononcées plutôt, et non-seulement â l’époque où elle 
avait entendu parler d’hommes entraînés par des inspira¬ 
tions semblables aux actes qu’elle redoutait. J’ajoutai que 
quand ces inspirations auraient apparu chez elle spontanément, 
de manière â présenter le caractère de véritables dispositions 
instinctives , un cœur droit et une raison forte la garantissaient 
trop bien contre elles pour qu’elle pût aucunement s’en alar¬ 
mer. La première de ces deux observations eut sur elle tout 
l’effet que j’en attendais. Elle la calma beaucoup. Depuis lors, 
je m’abstins avec tout le soin possible de jamais revenir sur cet 
objet. Je m’appliquai à donner a ses pensées une autre direc¬ 
tion , en lui conseillant l’étude d’une langue... Pour fixer en 
même temps ses affections, j’exigeai qu’elle fréquentât d es per¬ 
sonnes que je savais avoir obtenu son amitié et sa confiance , 
et dont la conversation offrait en même temps à son esprit l'ali¬ 
ment d’une instruction solide et les distractions dont elle 
avait besoin. C’était par cette voie surtout que j’avais résolu 
et que j’étais assuré de la guérir ; je ne négligeai pourtant pas 
les soins de la médecine. 

La malade avait eu autrefois au bras un vésicatoire, qu’elle 
avait depuis quelques mois supprimé; l’embarras de la res¬ 
piration , qui, dans mon opinion, dépendait beaucoup plus 
de l’état des centres cérébro-spinaux, pouvait â la rigueur 
tenir, en partie du moins, â cette cause; je le fis rétablir. La 
menstruation étant peu abondante , je fis prendre quel¬ 
ques pilules de me et d’aloès , mais surtout l’infusion d’ar¬ 
moise, que j’ai toujours trouvée préférable aux autres em- 
raénagogues. On donnait des demi-lavemens, on appliquait 
des cataplasmes émoiîieus bien chauds et légèrement "sau¬ 
poudrés de farine de moutarde sur la partie supérieure in¬ 
terne des cuisses , etc. ; mais la malade ayant autrefois abusé 
des purgatifs, dès que l’époque des règles était passée, j’avais 
soin de revenir aux boissons exclusivement adoucissantes et â 
un régime approprié. N’ayant point obtenu des emménngogues 
TOT.ÎE xxxi. 5 


( 66 ) 

un écoulement assez abondant des règles, et la malade, qui 
s’était d’abord refusée a toutes applications de sangsues, ayant 
consenti à en poser quelques-unes, j’attendais de ce moyen 
une certaine amélioration ; mais je n’en obtins aucune. C’était 
u ne donnée importante. Je dirigeai toute mon attention du côté 
du système nerveux , en continuant toujours les moyens mo< 
raux , qui , du reste , s’y adressaient également. On avait déjà 
employé les potions calmantes au laudanum et a l’éther; la 
malade ne pouvant me dire quel résultat on en avait retiré, 
j’essayai d’en donner quelques cuillerées , mais elles ne pro¬ 
duisirent aucun bien ; je les supprimai. Les potions hydro- 
cyanisées, telles que j’en ai donné la formule, étaient mieux 
appropriées; j’y eus aussitôt recours. Leur effet ne fut pas 
douteux : le mal de tête diminua, la malade dormit, et sa 
respiration fut beaucoup plus libre. Il était aisé de voir aussi 
que, sous îe ra port moral, elle était beaucoup plus calme ; sa 
physionomie s’était animée, son teint était meilleur. Nous tai¬ 
sions bien usage des bains de pieds sinapisés , de l'infusion de 
feuilles d’oranger, etc., mais comme ces moyens avaient été au¬ 
trefois employés sans aucun bénéfice, il était évident qu’on 
ne pouvait leur attribuer celui que nous obtenions alors... 
Tout à coup notre malade est séparée de l’amie qu’elle alfec- 
tionnnit, et , par la nouvelle position de son amie dans 
le monde, cette séparation est a peu près sans retour. Dès 
lors, ses noires pensées se reproduisent, sa tristesse est plus 
sombre que jamais : si un vif sentiment de religion ne se 
maintenait pas en elle, probablement il arriverait quelque 
catastrophe. La respiration n’est plus seulement gênée, elle 
est haletante, oppressive, suffocative. Le pouls n’offre plus 
que comme des ondulations inappréciables. La malade ne 
répond que d’une voie faible et d’une manière peu cohérente 
aux questions qui lui sont faites. Si elle veut se lever, elle 
tombe en syncope; si l’on approche la main de la région du cœur, 
ou seulement du bras pour toucher le pouls, des convulsions 
générales surviennent et l’intelligence se perd tout à fait... 
La difficulté qu’éprouvait la malade a respirer lui faisait de¬ 
mander avec instance qu’on la saignât ; on présume bien que 
je n’eu eus garde : l’état du pouls et le résultat des saignées 
antérieures ne permettaient, guère l’emploi de ce moyen. 
Des cataplasmes émolliens sinapisés tantôt sur les genoux et 
tantôt sur les pieds et le bas des jambes, des lavemeris pré¬ 
parés avec l’infusion de valériane dans la proportion d’une 


( 6' 7 ) 

demi-once de cette racine sur un verre et demi d’eau com¬ 
mune, mais surtout la potion d’acide prussique que nous 
avions interrompue depuis quelque temps , tels furent les 
principaux moyens auxquels nous eûmes recours. Pour bois¬ 
son ordinaire nous avions substitué a l'infusion de feuilles 
d’oranger, l’eau simple avec addition de sirop d’orgeat. iS'ous 
ne permettions pour tout aliment que le bouillon de poulet, 
ou, tout au plus, quelques cuillerées de fécule. . 

Rarement nous avons vu dans un si court délai de plus 
heureux résultats. Dès le second jour de l’emploi de ces 
moyens, tous les accidens avaient a peu près disparu ; il res¬ 
tait seulement la susceptibilité propre à la constitution de la 
malade, de la faiblesse et encore un peu d’étouffement. Pour ce¬ 
lui-ci, nous voulûmes faire couvrir la poitrine de diachylon 
gommé sur toile; mais l’odeur de cette composition empêcha 
qu’elle ne lût supportée plus de trente-six a quarante-huit 
heures. 

Cependant en continuant les autres moyens la respiration 
devint parfaitement libre/, le pouls se remplit et se régula¬ 
risa; les forces revinrent; le visage, qui avait repris sa p⬠
leur ictérique, offrit la teinte rosée d’une bonne santé, etc. 
Aujourd’hui la malade pense et sent d’une manière parfaite¬ 
ment normale; elle a recouvré sa gaîté; elle offre tout l’em¬ 
bonpoint que comporte sa constitution; elle a toute la force 
et ia fraîcheur de son âge. Cei état, dans lequel elle se main¬ 
tient toujours, date déjà de plusieurs mois. 

Obs. io. — Ecrasement de l'un des orteils , accidens 
tétanijormes. — Le concierge de i’hûtei Bullion, rue J.-J. 
Rousseau n° 3 , aidait au transport d’un meuble pesant. 
L’extrémité du gros orteil fut froissée; une hémorragie abon¬ 
dante avait'lieu; on accourut chez moi. J’arrivai aupiès du 
malade une demi-heure environ après l’accident : c’était un 
homme grand, bien fait, vigoureux, A le voir il eût été difficile 
de penser qu’il venait d’éprouver un accident grave. II était 
dans le plus grand calme; il me dit qu’il avait le gros orteil 
droit écrasé, mais qu’il ne souffrait nullement ou fort peu , et 
qu’il ne s’agissait que de couper le morceau. J’examinai la 
partie. L’extrémité de l’orteil, la portion du moins que re¬ 
couvre l’ongle, était séparée du reste de l’orteil, a laquelle 
elle ne paraissait plus tenir que par un lambeau de parties 
molles : on l’en avait rapprochée. Le lambeau de parties molles 
étant assez considérable, la phalange elle-même, si elle avait 


( 68 ) 

souffert, n’étant pourtant pas endommagée au point que l'or¬ 
ganisation ne put s’y conserver, et l'hémorragie ayant beau¬ 
coup diminué depuis le rapprochement des parties que l’ori 
avait opéré, il ne me parut pas convenable de les déranger. 
J’aurais pu réséquer le lambeau ; il eut suffi pour cela d’un 
seul coup de bistouri ; j’aurais pu amputer la phalange, faire 
la ligature des collatérales et reunir suivant l’usage. J’aima* 
mieux attendre à voir si l’hémorragie ne s’arrêterait pas com¬ 
plètement d’elle-même, sauf, à l’époque de la suppuration, si 
je n’avais obtenu aucune réunion immédiate , et que, d’après 
un nouvel examen des parties, toute réunion ultérieure/ 
me parût impossible, sauf alors à réséquer décidément et a 
réunir par seconde intention. J’achevai donc de mettre le 
mieux possible les parties en contact ; je les recouvris de 
charpie et de compresses, je soutins ce premier appareil 
au moyeu de trois petites attelles, le deuxième orteil me te¬ 
nant lieu d’une quatrième, etc. Jusqu’alors le malade avait 
conservé le calme et le sang-froid dont j’ai parlé. Le panse¬ 
ment achevé, on le vit pâlir, et bientôt il se sentit défaillir. Il 
fui porté sur son lit. La, on voulait le ranimer au moyen 
des excitants intérieurs., son état n’en requérait point rem¬ 
ploi ; je dis qu’on s’en abstînt, assurant qu’il aurait bientôt 
plus de force qu’il ne faudrait. On se borna, sur mon avis, 
à un simple verre d’eau froide. 

Au pansement local, et par dessus l’appareil tel que je 
viens de l’indiquer, la partie étant déjà très-chaude, j’ajoutai 
des compresses, trempées dans l’eau également froide, et je 
me retirai en recommandant qu’on les renouvelât souvent, 

La réaction ne pouvait se faire long-temps attendre. Au 
bout de quelques heures que je repassai, je la trouvai ex¬ 
trêmement violente. Le pouls s’était élevé ; il était plein, 
fort, et battait vite; la face était animée; malgré les appli¬ 
cations réfrigérantes non interrompues, le gonflement des par¬ 
ties malades était devenu considérable; la douleur y était ex¬ 
cessive ; des convulsions générales étaient survenues ; le malade 
avait divagué. La conduite à tenir n’était pas équivoque. Je 
relâchai l’appareil, fis une saignée copieuse, prescrivis un 
demi-lavement avec douze à quinze gouttes de laudanum, 
après un lavement ordinaire entier; vingt-cinq sangsues 
a la base du gros orteil et sur le coude-pied ; la continua¬ 
tion des applications réfrigérantes sur cette partie, et pour 
boisson , une simple limonade. Dans l’après-midi, nouvelle 


(6g) 

nécessité de relâcher le bandage (vingt sangsues nouvelles 
au même endroit, ou dans les environs .) 

A dix heures dn soir je trouve le pouls encore plein et 
fort - je rouvre la veine. Four la nuit, potion calmante; tou¬ 
jours sur le pied les applications réfrigérantes, dont le ma¬ 
lade se trouve si Wn qu’il a soin de les demander lui-même. 

La nu it est parfaitement calme; le malade dort comme en 
santé. 


Le lendemain, même état de bien-être, etc.; bouillon 
aux herbes, lavemens émolliens; applications réfrigérantes... 
Tout pouvait être considéré comme fini. Vers la qua¬ 
rante-huitième heure je me proposais de substituer les fo¬ 
mentations émollientes tièdes aux applications d’eau froide. 
Il était présumable que de nouvelles émissions sanguines ne 
seraient pas nécessaires. Du quatrième nu cinquième jour 
je devais lever l’appareil, examiner les parties et me con¬ 
duire en conséquence. J’avais conjuré les premiers accidens?; 
la nature devait faire le reste. Si le ministère d’un homme 
de Part était encore utile, il devait se réduire â peu de 
chose. Cependant on demanda un chirurgien justement cé¬ 
lèbre par ses nombreuses opérations sur le cadavre, et il vou¬ 
lut bien se charger de notre malade. Vers le cinquième ou 
sixième jour les parties exhalaient une odeur infecte : néan¬ 
moins elles ne furent point inspectées; on s’était borné, dans 
l’origine, 'a mettre des cataplasmes émolliens sur le coude- 
pied : ce fut encore à cette époque tout ce que l’on fit. Enfin, 
vers le septième ou huitième jour, l’odeur devenant de plus 
en plus insupportable; l’appareil fut levé. Comme il ne le fut 
point en notre présence, nous ignorons dans quel état furent 
trouvées les choses et ce qui se passa plus tard. Seulement , 
comme j’ai vu l’homme peu de temps après, j’ai lieu de pré¬ 
sumer qu’il a conservé la portion du gros orteil que j’avais 
respectée et qu’à la rigueur on aurait pu se croire autorisé 
à enlever. Ce résultat étant étranger à mon objet, je ne 
me suis point mis en peine de le vérifier. 11 me suffit d’avoir 
fait voir comment, dans un cas où le tétanos s^est plus d’une 
fois développé, et où des accidens analogues s’étaient déjà 
manifestés, ils ont été calmés par les émissions sanguines 
jointes aux sédatifs propres du S3nstème nerveux, savoir les 
applications froides et l’opium. 

Obs. it. — Coupj chute violente , fracture de cotes , com¬ 
motion des centres nerveux, — Le jeudi 20 décembre 1827, 


( 7 ° ) 

vers les neuf heures du soir , je fus appelé à visiter dans le 
voisinage une personne qui venait d’être renversée par une 
voiture. C’était une femme d’environ vingt-quatre ans. Elle 
avait le visage ensanglanté ; la connaissance qu’elle avait 
d’abord perdue lui était un peu revenue; une petite plaie 
existait a l’angle externe de l’œil droit, avec contusion des 
parties environnantes. 1 oute la région postérieure du bassin 
et celle des lombes avaient été violemment froissées ; elles 
offraient comme une vaste contusion partout ecchymosée, 
avec excoriation dans plusieurs points de leur étendue. 

La malade ressentait un grand mal de tête et beaucoup 
de douleur dans les régions du cœur et de l’estomac; elle 
avait une grande oppression, une grande difficulté a respirer. 
Toute la partie inférieure droite de la poitrine était doulou¬ 
reuse au toucher le plus léger; la malade disait en souffrir 
beaucoup. Bientôt elle lut prise d’un tremblement et d’un 
refroidissement général, et dès lors il ne nous fut plus pos¬ 
sible de continuer à l’examiner, de manière à constater de 
suite la nature et la gravité réelle du mal. Il fallait, avant 
tout, la secourir. Dans cet état, nous ne pouvions point 
songer à la saigner, ce que nous avions d’abord résolu de 
faire. Nous nous bornâmes à formuler a la hâte la potion 
suivante : 

Infusion de fleurs de tilleul .^ [y. 

Eau distillée de fleurs d’oranger.^ j. 

Liqueur d’Hoffmann et laudanum.àà g u . x. 

dont on commença a donner aussitôt par cuillerées, et à 
faire réchauffer la malade en la couvrant bien , et en lui ap¬ 
pliquant sur tout le corps des linges présentés devant le feu 
et souvent renouvelés. Après ces premiers soins, nous nous 
étions retiré en recommandant que l’on n’hésitât point à 
venir nous chercher pendant la nuit, s’il survenait une réac¬ 
tion trop violente, et que des accidens d’un autre genre 
vinssent à exiger de nouveaux secours. 

La nuit se passa sans que l’on nous dérangeât, et le lende¬ 
main, nous trouvâmes la malade beaucoup mieux que nous 
n’eussions pu croire. A mesure qu’elle avait pris de sa potion, 
elle avait senti son oppression, sa difficulté h respirer et ses 
douleurs d’estomac disparaître d’une manière remarquable. 
J’avais dit qu’on cessât l’usage de ce moyen dès que la cha- 





V ; * y 

leur se serait rétablie , et de le remplacer par une simple 
boisson d’eau ordinaire avec le sirop de groseille. La malade, 
s'en trouvant si bien , elle avait cru n’avoir rien de mieux a 
faire qu’à la continuer , et la potion avait été prise en totalité. 

Si les accidens , qui avaient commencé à se développer du 
côté des viscères , sous l’influence de la perturbation des cen¬ 
tres nerveux, avaient pu se dissiper par l’emploi des moyens 
simples mis d’abord en usage, il n’en pouvait être ainsi, 
des résultats des contusions et de la chute. La malade souf¬ 
frait toujours des régions pelvienne , lombaire et thoracique 
droit, de manière à ce que nous ne pussions encore imprimer 
au tronc le plus léger mouvement. Le pouls d’ailleurs s’était 
beaucoup élevé, la peau était chaude, etc.Nous ne différâmes 
donc pas davantage à ouvrir l’une des veines du bras. La ma¬ 
lade n’était pas d’une constitution très-vigoureuse; nous ne 
fîmes qu’une saignée modérée, mais nous prescrivîmes, pour 
le soir, une application de vingt sangsues sur le bassin et 
des fomentations émollientes ensuite. 

Le troisième jour, au matin, trente-six heures environ 
après l’accident, quelques mouvemens pouvaient être exécutés 
sans faire trop souffrir. Dès lors nous reprîmes l’examen 
auquel il nous avait fallu renoncer le premier jour , et bientôt 
nous eûmes reconnu, à n’en pouvoir douter, une fracture 
en dedans de l’une, au moins, des dernières côtes ster¬ 
nales droites. Il existait uue dépression sensible des par¬ 
ties molles dans le point correspondant; si la malade tous¬ 
sait, faisait un mouvement un peu considérable du corps, ou si 
nous imprimions nous-même au bras un mouvement de bas 
en haut en l’éloignant du tronc, elle sentait quelque chose, 
craquer et la piquer , et nous entendions de notre côté d’une 
manièretrès-manifeste le bruit des fragmens chevauchant l’un 
sur l’autre. La pression sur le point lésé donnait lieu au même 
bruit de crépitation et à la même sensation. Aux moyens 
employés , nous avions à joindre un bandage de corps; nous 
le fîmes. La malade était toujours tenue à une diète rigou¬ 
reuse; elle prenait seulement des bouillons aux herbes ; cette 
seule boisson, qui n’aurait pu suffire pour entretenir la li¬ 
berté du ventre,était secondée par les lavemens émolliens. 

Le quatrième jour, quinze nouvelles sangsues sur la ré¬ 
gion des lombes, dont la malade semblesoûl(rir davantage. 

Le sixième jour, douze sangsues sur le point du thorax 
correspondant à la fracture, quoiqu’il n’offre aucune contu- 


( 7 2 


sion, mais ou la pression paraît développer plus de douleur. 
Ou côté des lombes et du bassin, tout se réduisait alors a 
quelques douleurs vagues, quand la malade changeait de 
position , et à la couleur propre aux parties siège de contu¬ 
sions ou d’ecchymoses qui se résolvent. 

A partir de ce jour, la maladie n’offrit plus rien qui 
mérite la peine d’etre noté. Les suites que pouvait avoir la 
violence qu’avaient éprouvée le bassin et les lombes étaient 
conjurées. On était sur aussi que la fracture des côtes ne 
pouvait plus entraîner aucun accident grave, et qu’elles se 
consoliderait par le seul fait du repos. A peine la malade 
consentit-elle encore a garder le lit pendant quelques jours, et 
a tenir au moins son bras en écharpe. Avant le vingtième jour, 
elle avait repris ses habitudes et son genre de vie accoutumé. 

Qbs. 12. — Coqueluche.. — Une petite fille âgée de 
trente-deux mois, d’un tempérament lymphatieo-nerveux, 
sujette aux vers (lombrics), me fut présentée vers le milieu 
du mois de juin de cette année (1828) pour une coqueluche 
qui durait déjà depuis cinq semaines, et dont les accidens 
semblaient s’aggraver chaque jour davantage. Ses quintes 
étaient violentes* le visage, pendant leur durée, devenait 
d un rouge pourpre ; elles se renouvelaient à des intervalles 
très-rapprochés ; il ne se passait pas une heure sans qu’il 
y en eut une : c’était surtout la nuit et le matin qu’elles 
étaient plus fortes et plus fréquentes. L’enfant sommeillait à 
peine, encore d’un sommeil agité, que bientôt elle était ré¬ 
veillée par elles. Elle n’avait plus d’appétit; elle refusait les 
boissons, parce qu’elles la provoquaient à tousser* elle reje¬ 
tait par le vomissement le peu d’aliment qu’on lui donnait ; 
il y avait constipation, les selles se réduisant à quelques ex- 
crémens rares et durs; la respiration embarrassée s’accompa¬ 
gnait d’un râle tout à la fois muqueux et crépitant ; le pouls 
était petit et très-fréquent; toute la peau était chaude; celle 
delà tête l’était d’une manière particulière; la figure, forte¬ 
ment colorée, n’exprimait que la souffrance; la petite ma¬ 
lade avait beaucoup maigri; elle refusait de marcher, et, si 
on voulait l’y contraindre, elle ne se soutenait plus. 

Le peu d’effacité des moyens ordinaires contre l’affection 
qui s’offrait à moi me fit prendre le parti de m’écarter, dans 
ce cas, du traitement usité. 

J avais depuis longtemps l’opinion que la coqueluche n’est 
qu un catarrhe nerveux, qu’une bronchite compliquée d’ir- 


( 73 ) 

i'itation des centres cérébro-spinaux : ce fut cette idéee qui 
me guida dans la thérapeutique. 

Le premier jour, deux sangsues au creux de l’estomac; 
infusion de violette miellée ; looch gommeux avec demi-gros 
de sirop diacode; quart de lavement émollient ; pédiiuve si- 
napisé : la nuit, cataplasme émollient sur les régions épigas¬ 
trique et sternale ; cataplasmes de même nature, mais arrosés 
avec l’eau sinapisée, destinés a envelopper les pieds et le bas 
des jambes; diète absolue. Des le soir, la respiration était 
beaucoup plus libre ; trois heures s’étaient écoulées sans qu’il 
survînt aucune quinte de toux; dans la nuit il y en eut deux 
de moins que de coutume. 

Le deuxième jour, la respiration est plus libre encore, et 
la figure meilleure. Le sirop dmcode, comme au reste toutes 
les autres préparations d’opium, est d’un emploi douteux 
chez les enfans : mon intention n’était pas d’y insister; je le 
remplaçai par la préparation suivante : 


If Extrait de belladone.gr. j 

Eau distillée simple.5 j. 


a prendre par gouttes, trois seulement par jour, dans une 
cuillerée à calé d’eau sucrée ordinaire. 

La première de ces gouttes fut prise le matin. Environ 
line demi-heure après l'enfant , qui depuis long-temps 11e 
dormait plus, se trouva si calme qu’elle s’endormit et reposa 
plusieurs heures; dans la journée il n’y eut que trois à quatre 
quintes, et quatre a cinq pendant la nuit. 

Me fondant toujours sur l’opinion que j’ai émise plus haut 
relativement h la nature de la coqueluche, j’avais recommandé 
a la mère d’avoir toute prête de l’eau froide à sa disposition, 
d’y tenir un linge plongé, et d’en appliquer sur la région 
frontale dès que commenceraient les premiers efforts de toux. 
La mère avait exécuté cette prescription avec intelligence. 


A peine l’application froide avait-elle lieu que la toux s’arrê¬ 
tait; elle recommençait bientôt, mais alors elle n’avait plus 
le caractère convulsif de la coqueluche ; elle se -réduisait 7 
comme dans les simples rhumes, aux seuls efforts nécessaires 
pour l’expulsion des mucosités bronchiques. Ainsi la théorie 
était justifiée par les résultats. 

il y avait encore de la fièvre ; cependant je faisais prome¬ 
ner l’enfant au bel air, ayant déjà remarqué chez d’autres que 




_ ( 74 ) 

quand ils s’y trouvaient ils avaient moins d’oppression et des 
quintes moins fréquentes : on continuait la diète. De deux 
jours l’un , je faisais donner un lavement. 

Le cinquième jour le mieux-être continuait, mais il n’était 
pas plus marqué; il y avait dans les choses état stationnaire. 
Je lis doubler la dose de la teinture aqueuse, c’est-à-dire en 
donner par jour six gouttes en trois fois dans la même quan¬ 
tité d’eau. Une nouvelle amélioration se fit remarquer; non 
qu’il y eût moins de trois à quatre quintes par jour et quatre 
à cinq pendant la nuit, nombres auxquels elles étaient déjà 
réduites, mais en ce qu’elles furent d’une manière très-mar¬ 
quée et moins fortes et moins longues : je n’ai pas besoin de 
dire qu’on les calmait toujours, comme on a vu, quand elles 
n’avaient pas lieu dehors, au moyen de l’eau froide a 
sur le front. 

Le sixième jour on veut continuer la belladone à la même 
dose que la veille : mais le soir on croit remarquer qu’elle pro¬ 
voque le vomissement; on la cesse. 

Le septième jour il n’y a plus de fièvre; l’expression et la 
coloration du visage sont naturelles; l’enfant paraît moins dé¬ 
faite; elle a plus de force; elle peut marcher; elle demande 
instamment à manger : demi-grain de calomel uni, sous forme 
ded ragée, à un peu de sucre et de gomme. A cette simple dose 
ce purgatif procure plusieurs selles de matières bilieuses et 
glaireuses; la respiration paraît plus libre, mais dans la nuit 
il y a une ou deux quintes de plus. Le lendemain il y a en¬ 
core quelques selles liquides et un reste de malaise. Depuis 
deux à trois jours on donnait pour boisson de l’eau d’orge 
lactée; quoique, à l’instant des quintes, tout ce que conte¬ 
nait l’estomac fût encore rejeté, on commença a accorder un 
peu de fécule. 

Le neuvième jour, pommade d’Autenrieth à l’épigastre : 
on l’étend sur une surface de la largeur environ d’une pièce 
de six francs , et, pour l’empêcher de fuser et d’être enlevée 
par les vêtemens, on recouvre cette surface d’un morceau 
plus large de diachvlon gommé sur toile. On reprend la 
teinture aqueuse de belladone, deux gouttes matin et soir. 

Le onzième jour, quoique aucune pustule ne se fût encore 
développée, il n’y a que deux quintes pendant le jour, et 
trois pendant la nuit, et ces quintes sont toujours de moins 
en moins fortes. 

Le quinzième jour cinq à six pustules s’étaient dévelop- 


ppliquee 


( 7 5 ) 

pées a la région épigastrique; elles étaient douloureuses : on 
les calme par des applications émollientes. Une circonstance 
empêche la continuation de la belladone; le traitement se 
réduit pendant cinq jours aux simples boissons adoucissantes 
et à l’administration du calomel, que l’on avait toujours con¬ 
tinué a la dose d’un demi-grain (en laissant entre chaque prise 
deux jours pleins), et que bon donne encore de la même ma¬ 
nière. Les quintes sont un peu plus fortes; quand elles arri¬ 
vent, les aiimens, ainsi que les boissons que contiennent 
l’estomac, sont encore rejetés par le vomissement. 

Vers le vingtième jour on donne la potion suivante : 

Eau de laitue ordinaire. 

Sirop de jusquiame blanche. . 

-d’acétate de morphine. . . 

Eau distillée de fleurs d’oranger 
une cuillerée à café matin et soir. 

Le troisième jour, à compter des premières doses de cette 
potion, les quintes de la coqueluche avaient entièrement 
cessé; rien n’était plus rejeté par le vomissement : l’enfant 
ne toussait plus que comme dans le rhume le plus simple ti¬ 
rant a sa fin. 



§nj. 

3ij. 
3 fi- 

rvtt v 


Analyse d'un tissu cancéreux ; par le docteur C.-P. Collard 

de Martigny. 

Dans l’intention d’éclairer par l’analyse chimique l’histoire 
si obscure du cancer, M. Cruveilhier me remit un morceau 
de tissu cancéreux, en me priant de l’examiner. Voici le ré¬ 
sultat de nies observations et de mes recherches : 

Propriétés physiques. — Tissu blanc , d’odeur nauséa¬ 
bonde et indéfinissable, d’aspect lobulé, résistant au scalpel, 
peu élastique , plus pesant que l’eau. 

Desséché, il est jaune-brun, d’odeur fade , fragile , a cas¬ 
sure filamenteuse et blanchâtre, demi-transparent. 

Propriétés chimiques. —Un demi-gros, exposé a l’air, 
après être demeuré quelques heures dans l’eau, devient mou, 
presque pultacé et conoïde; son odeur est forte et nauséa¬ 
bonde, mais elle a un autre caractère que le cancer frais ; 







elle semble moins vireuse, si je puis employer cette expres¬ 
sion : la couleur varie beaucoup ; brune, bronzée sur les bords, 
elle est jaune verdâtre au sommet; un cercle bronzé, d’une 
ligne environ de largeur se remarque autour de cette sub¬ 
stance sur la carte où elle s’est desséchée. 


Traité par l’eau froide, le tissu cancéreux abandonne un peu 
d aipumine, que la chaleur en précipite sous forme d’écume ; 
distillé, il 11e cède aucun principe volatil. L’étlier et l’alcool 
froid n’agissent pas sensiblement sur ce tissu. 

Si on le fait bouillir dans l’eau distillée, il se dissout une 
proportion assez forte de gélatine blanche et parfaitement 
transparente ; le résidu insoluble est blanc-grisâtre, non fi¬ 
breux , mou, et présente les propriétés de l'albumine. 

Bouilli avec de l’alcool a 4 o° ^ le tissu cancéreux prend 
une couleur blanc-mat très-belle; il devient élastique, diffi¬ 
cile a déchirer, lisse extérieurement; à l’intérieur fibreux et 
filamenteux. 


L’alcool acquiert une couleur verdâtre ; filtré et refroidi, il 
devient blanchâtre, trouble, laiteux ; il se dépose un précipité 
pulvérulent, qui disparaît si l’on chauffe de nouveau l’alcool. 
Ce liquide, évaporé, prend une couleur vert-éméraude tou¬ 
jours plus foncée. Il reste au fond de la capsule une sub¬ 
stance jaune-foncée, d’odeur assez agréable, de médiocre 
consistance, tachant le papier joseph , et brûlant à la manière 
des corps gras; le charbon qu’elle laisse est dur, plus volu¬ 
mineux que la substance brûlée; il jouit d’une acidité pro¬ 
noncée. 

Cette matière grasse est insoluble dans une solution de 
potasse caustique : elle paraît être de la matière cérébrale. 

En résumé, 1 gramme 95 centigrammes du cancer que 
m'a remis M. Cruveilhier est composé de 


Gram. 


. Albumine. 0 206 

Gélatine. o 021 

Matière grasse. o 020 

Phosphore et sels indéterminés. des traces 

Eau . 1 700. 


Ce résultat m’avait porté a considérer ce cancer comme 
une hyperthrophie du tissu cellulaire. On voit en effet que 
la composition est la même. 

Cette opinion que j’avais émise, dans la note commu- 







( 77 ) 

niquée à M. Çruveilhier, ayant été développée avec beau- 
coup de talent par MM. Royer-Collard et Lanois, a l’une 
des séances de la société anatomique, j’ai puisé dans la 
discussion lumineuse qui en résulta de nouveaux éléineits de 
conviction. 

J’ai dit qu’un demi-gros de cancer s’est ramolli au contact 
de Pair atmosphérique. Ce fait, constaté seulement par exac¬ 
titude descriptive, car il ne m’avait aucunement frappé, m’a 
paru étayer singulièrement une opinion émise naguère a l'Athé¬ 
née .de médecine par mes honorables collègues, MM. Bouil- 
laud et Andra!, sur la cause des indurations pathologiques. 

Selon ces deux médecins , l’induration peut n’ètre point le 
résultat d’une inflammation, mais toujours elle serait causée 
par excès de résorption locale dans les tissus indurés. 

Admettons cette hypothèse, que le talent de ses auteurs 
étaye de preuves nombreuses, ne devra-t-il pas arriver que, 
dans un tissu quelconque, la résorption veineuse, l 'absorp¬ 
tion non assimilatrice % agissant continuellement sur les ma¬ 
tériaux que le sang y apporte , le tissu perdra sans cesse l’eau 
qui lui donnait de la mollesse, et augmentera ainsi de con¬ 
sistance? De la l’induration plus ou moins persistante, selon 
la durée de la cause meme qui l’a fait naître. 

Mais lorsque, détaché du corps, et soustrait conséquem¬ 
ment aux lois de là vie, le tissu induré retombera sous l’em¬ 
pire des lois chimiques, il devra se ramollir par le contact 
prolongé de l’eau ou d’un air humide* car la sicciiè , si je 
puis m’exprimer ainsi, qu’il devait à un excès de résorption , 
ne saurait plus exister. Nous avons vu qu’il en est ainsi. 
Exemple curieux de l’utilité que peut avoir, pour le médecin 
pathologiste, un fait chimique très-simple et presque ina¬ 
perçu ! 

J’observerai que, dans ce travail même , nous ti’cuvons un 
second fait qui semble confirmer le rapprochement établi plus 
haut entre l’hypothèse de MM. Bouillaud et Andral, et le 


1 Dans un mémoire encore inédit, soumis au jugement de l’Aca¬ 
démie royale des Sciences, j’établis par des preuves nombreuses qu’il 
existe par tout le corps deux absorptions distinctes : Tune assimila¬ 
trice, introduisant, après une élaboration préalable, les substances 
assimilables dans l’organisme : elle est exercée par les lymphatiques 5 
l’autre non assimilatrice , s’exerçant, au moyen des radicules veineuses, 
sur toutes les substances non assimilables, les sels par exemple, sou¬ 
mis à l’inhalation. ïl est évident que ces faits sont en harmonie par¬ 
faite ayec l'opinion dont il s’agit dans les réflexions de ce travail. 


/ 


( 78 ) 

ramollissement du cancer exposé à l’air atmosphérique après 
avoir séjourné quelque temps dans l’eau. 

Nous avons dit, en effet, que le tissu cancéreux, bouilli 
avec de l’alcool a 4o°, acquiert de la dureté, de l’élasticité et 
un aspect fibreux ; or, l’alcool a 4-0° prive ce tissu d’une 
grande partie de l’eau qu’il contenait. 

Ainsi, dans l’empire des lois chimiques, la résorption 
alcoolique , comme la résorption veineuse pendant la vie , 
augmente la consistance d’un tissu induré. 

Un autre fait chimique étaye encore, a mon avis, cette 
manière de voir. Beaucoup de principes immédiats animaux 
se durcissent en perdant l’eau qu’ils contiennent ; si on la leur 
rend par Y imbibition , ils reprennent, d’après le beau travail 
de M. Chevreul, leur aspect et leur consistance primitifs. 

Je n’ajouterai rien a ces réflexions. M. Bouillaud publiera 
sans doute le travail lu h l’Athenée de médecine, où il a con¬ 
signé son opinion, eiayée de toutes les preuves que l’observa¬ 
tion et une saine logique pouvaient fournir a cette discussion. 


Réflexions sur les doubles vaccinations ; par le docteur 
Boffinet, Médecin à Civ ray. 

On a, dans ces derniers temps, élevé des doutes sur la 
vertu préservative de la vaccine. Des épidémies de variole 
qui ont régné ont éveillé, à ce sujet, l’attention des méde¬ 
cins et des gouvernemens. Des recherches et des observations 
ont été faites; il en est résulté que quelques personnes pré¬ 
cédemment vaccinées ont contracté la variole. Mais il faut, 
se hâter de dire que les cas où la vaccine n’a pas été préser¬ 
vative se sont montrés en très-petit nombre. 

La médecine a cherché l’explication de cette anomalie. 
Des médecins ont prétendu que la vaccine, depuis sa décou¬ 
verte, pourrait avoir perdu de son efficacité, et que, pour 
remédier à cet inconvénient, il était nécessaire de renouveler 
â sa source le virus vaccin. 

D’autres, et de ce nombre sont Hufeland et Dufresne de 
Genève, ont pensé que, dans certains cas, la vaccine n’éteint 
pas complètement la susceptibilité de contracter la vaccine. 

Des médecins enfin ont émis l’opinion que les effets de la 
vaccine pourraient avoir une durée limitée, c’est-â-dire qu’elle 




) 



( 79 ) 

ne serait préservatrice que pour un certain nombre d’années , 
au bout desquelles cette faculté serait usée. 

Toutes ces opinions , pour être validées, ont besoin d’ex¬ 
périences nouvelles et nombreuses, et d’un temps bien plus 
long que celui d’où date l’existence de la vaccine. C’est dans 
le but d eveiiler l’attention des médecins que je publie quel¬ 
ques expériences bien concluantes que je viens de faire à ce 
sujet. 

Il n’était pas fort raie autrefois de voir des personnes et 
même des familles entières que la variole atteignait deux 
fois. On sait également que tout le monde n'est pas apte 
au même degre à contracter une maladie contagieuse. Bien 
des circonstances peuvent être, pour certaines personnes, 
sinon préser vatives , du moins atténuantes des effets de la 
contagion : telles sont la force physique et morale, une vie 
sobre et régulière, un caractère heureux , etc. Tous les jours 
les médecins sont à portée d’observer les effets de la conta¬ 
gion. D’après de pareilles circonstances, il paraît bien dé¬ 
montré que l’on doit admettre une susceptibilité plus ou 
moins grande, suivant les individus, à contracter la variole. 
Maintenant je suppose que l’on ait développé un seul bouton 
de vaccin sur une personne disposée à avoir la variole con¬ 
fluente, sera-t-il bien certain que, dans ce cas là, la vaccine 
éteindra pour toujours le développement du virus vario¬ 
lique. Je sais bien que la question a été résolue par l’affir¬ 
mative par la plupart des médecins, mais je ne crois pas que 
la découverte de Jenner date d’assez loin pour justifier ou 
réfuter tousjes doutes à cet égard. 

Partageant depuis long-temps l’opinion d’Hufeland et de 
Dufresne à cet egard, j’avais réitéré, sans succès, la vac¬ 
cination sur quelques personnes et sur moi-même (j’ai été 
vacciné en 1799 , et j’en porte à la partie supérieure des deux 
bras les traces irrécusables). U11 nouvel essai m’a parfaite¬ 
ment réussi , et je vais en rendre compte. 

Ma femme, âgée de vingt-huit ans, a été vaccinée en 
1801 ; il y a, par conséquent, vingt-sept ans. Quatre cica¬ 
trices, qui, pour ceux qui en ont vu beaucoup, résultent 
de boutons vaccinaux , et qui existent à la partie supérieure 
des deux bras,ne laissent aucun doute sur la régularité delà 
marche de la vaccine chez elle. Kl le a joui une des premières, 
dans ce pays-ci, des bienfaits du préservatif. Tout en con¬ 
séquence se réunissait pour que l’on observât attentivement 


( 8o ) 

îa marche d'une découverte qui promettait tant d’avantages , 
et qui était sujette alors à tant de contradictions. Cette ri¬ 
goureuse observation , d’après les renseignemens que j’ai 
recueillis , ne laisse aucune espèce de doute sur la nature 
des boutons qui se sont développés. 

Le 6 mai 1828, après avoir vacciné un certain nombre 
d’enfans, je fis, avec la pointe d’une lancette , deux piqûres 
vaccinales à la partie antérieure de l’avant-bras gauche de 
ma femme; comptant peu sur la réussite de cet essai, je 
choisis assez mal le lieu. L’enfant sur lequel je pris du vaccin, 
et auquel je l’avais communiqué moi-même huit jours avant, 
était âgé de neuf mois , très-fort, très-bien portant, et offrant, 
à chaque bras deux beaux boutons ombiliqués au centre, 
entourés d’une auréole rouge-vif, et pleins d’un liquide par¬ 
faitement transparent, visqueux et portant par gouttelettes 
aux piqûres faites pour le recueillir. J’acquis la certitude que 
chez cet enfant la marche des boutons avait été régulière; 
l’éruption n’avait commencé â se développer que vers la fin 
du troisième jour. 

Le 10 mai, les deux piqûres pratiquées a ravant-bras, 
qui jusque la n’avaient pas beaucoup éveillé mon attention, 
offrirent une petite élevure rouge ; le toucher y sentait dis¬ 
tinctement une légère dureté. 

Le ti, cette élevure s’accroît, devient circulaire, se dé- 
prime au centre ; le cercle rouge s’étend : démangeaison sup¬ 
portable. 

Le 12 et, le 1 H , l’auréole se prononce davantage et s’éclair¬ 
cit; le bouton, de forme lenticulaire, s’élève et se déprime 
davantage au centre. 

Le 14, les boutons offrent un point rouge au centre; le 
bourrelet qui entoure ce centre se remplit d’un liquide blanc 
argenté , l’auréole s’étend un peu. 

Le t 5 , les deux boutons sont bien remplis, l’auréole a 
pris un peu plus d’étendue, et l’inflammation a envahi le 
tissu cellulaire sous-jacent; le liquide n’est point troublé. 

N’ayant aucune espèce de doute sur la marche et la nature 
de cette vaccination, je l’ai montrée, le i5 mai, a un grand 
nombre de personnes, et notamment â trois médecins, dont 
l’un a été chargé pendant long-temps de la pratique de la 
vaccine dans cette ville. Tous ont très-bien reconnu le déve¬ 
loppement des deux beaux boutons de vaccine ; les croûtes 
sont devenues grisâtres, sont tombées vers le trentième jour, 


(•8i ) 

et ont laissé deux cicatrices favéolées , en tout semblables 
aux quatre qui existent déjà a la partie supérieure des deux 
bras. 

Voulant donner a cette expérience, déjà concluante, les 
développemens qu’elle demandait pour l’appuyer encore da¬ 
vantage, je pratiquai, le même jour i 5 mai, sur trois enfans, 
des piqûres avec du vaccin recueilli sur ma femme. 

i°. Sur un enfant de quinze mois, quatre piqûres, deux 
à chaque bras, ont eu un résultat très satisfaisant. La vac¬ 
cine a parcouru très-régulièrement ses périodes, comme je 
m’en suis assuré en visitant l’enfant. 

2°. Sur les deux autres enfans , l’un de trois mois, l’antre 
de deux ans, je pratiquai deux piqûres au bras gauche, tou¬ 
jours avec le même vaccin. Deux autres piqûres furent faites 
sur les deux bras droits avec du vaccin provenant d’une autre 
source. Tons les boutons des quatre bras se sont développés 
égalementavecrégularité, et m’ont offert la véritable vaccine. 

3 °. Je plaçai, le même jour, i 5 mai, du même vaccin 
sur des plaques de verre. Le 19 mai , je l’insérai a deux en¬ 
fans, l’un de huit mois, l’autre de deux j la vaccine s’est éga¬ 
lement développée d’une manière régulière chez ces deux 
enfans. 

4 °. Le même jour encore, je revaccinai ma femme ; mais , 
le surlendemain, il 11’existait plus de traces des piqûres. 

Que conclure de ces faits? que ma femme était destinée 
a avoir une seconde fois la variole, ou bien que les quatre 
boutons développés en 1801 , n’avaient pas suffisamment 
neutralisé le virus variolique, ou bien encore que, suivant 
Hufeiand, ce cas était un de ceux très-rares où la vaccine 
ivéteini pas complètement la susceptibilité de contracter la 
variole? 

Quelle que soit, au reste, la théorie à cet égard , l’expé¬ 
rience n’en demeure pas inoinaprécieuse, en prouvant la pos¬ 
sibilité de la réussite d’une double vaccination, et certes, 
l’on peut avancer, sans aucun doute, que celte seconde opé¬ 
ration, lorsqu’elle réussit, n’est pas dépourvue d’utilité* 
quelle que soit d’ailleurs cette utilité, de nombreuses expé¬ 
riences et le temps peuvent seuls éclairer une pareille question. 

3 Nul inconvénient, et pour la vaccine , et pour la personne 
vaccinée, ne s’oppose a ce que l’on réitère cette opération. 
Une légère piqûre et l’éruption de quelques boutons, lors¬ 
qu’ils se développent, sont trop peu de chose, sous le rap¬ 
port de la douleur, pour être balancées avec les avantages de 

TO XXXI. 6 


( 89 -) 

celte nouvelle opération, avantages qui, quoique encore pro¬ 
blématiques , n’en doivent pas moins, d’après les effets connus 
de la vaccine, être sentis par les personnes à même d’appré¬ 
cier les bienfaits de cette précieuse découverte. 

Tout engage donc a répéter, et même plusieurs fois sur 
le même individu, les vaccinations. Je pense encore qu’il 
serait à propos d’y soumettre les personnes qui portent les 
traces d’une variole bénigne. Je me propose d’étendre et va¬ 
rier ces expériences , encouragé, comme je le suis, par les 
succès que j’ai obtenus, laissant de côté le ridicule que cer¬ 
taines gens pourraient y voir; car, ce n’est qu’à l’aide de 
l’expérience , du temps et d’une observation soutenue que 
l’on parviendra , autant que cela se peut, a séparer les bornes 
du possible et de l’impossible. 

Ces vues nouvelles , loin de nuire à la vaccine, serviront, 
je pense, au contraire, à en faire ressortir futilité. Dans 
ces derniers temps, les détracteurs de cette précieuse décou¬ 
verte ont tiré avantage des nombreuses épidémies de variole 
qui ont eu lieu, lesquelles épidémies, il faut le dire, ont 
atteint quelques personnes qui avaient été vaccinées ; mais, 
dans ce cas, comme il résulte de recherches faites a ce sujet, 
la variole a été très-bénigne chez les personnes en très-petit 
nombrequ’eilea attaquées, quoiqu’elles eussent été vaccinées. 

Des médecins ont avancé qu’un seul bouton vaccinal était 
un préservatif aussi certain que quatre, six, dix, etc. Sans 
m’éîever contre une semblable assertion , je laisse au temps 
et à l’expérience, seuls juges en pareille matière, le soin de 
la justifier ou de l’infirmer. • 

Qu’il me soit permis, à cetïe occasion, de blâmer le peu 
d’encouragement que reçoit la vaccine en général, et en par¬ 
ticulier dans le pays que j’habite. Cette précieuse découverte 
semble subir le sort de toutes les nouveautés, qui perdent de 
leur prix et trouvent moins de partisans à mesure qu’elles 
vieillissent. Ce n’est pas à un pareil bienfait que devrait être 
réservé l’engouement de la nouveauté. 

J’accuse ici, je dirai presque l’indifférence de l’autorité, 
le peu de zèle des ministres de la religion, qui, mieux que 
qui que ce soit, surtout dans nos campagnes , seraient à même 
de vaincre l’apathie et les vieilles erreurs des villageois. J’ac¬ 
cuse encore la mesure du précédent ministère qui, dans un 
moment d’humeur sans doute , détruisit, d’un trait de plume, 
ce comité central de vaccine qui servit si long-temps a diriger 
et à éclairer la marche de la découverte de Jenner, et que 


( 83 ) 

Ton eût dû respecter a cause des nombreux services qu'il 
avait rendus et qu’il rendait encore , que l’on eût dû respec¬ 
ter, n’eût-il eu d’autre titre que d’être présidé par l’intro¬ 
ducteur de la* vaccine en France, le vénérable patriarche de 
la philanthropie. 


Cas de menstruation habituelle par les deux seins ; par le 

docteur Jacobson. 

Une femme de vingt-quatre ans, ayant joui dans son en¬ 
fance d’une bonne santé, interrompue seulement par des 
fréquens saignemens de nez et des afflux de sang vers la tête 
et la poitrine, fut mariée àquatorze ans ; l’année suivante paru¬ 
rent ses règles, qui revinrent ensuite régulièrement, mais ac¬ 
compagnées de violentes douleurs dans le bas-ventre. A seize 
ans, elle devint enceinte, et pendant les deux premiers mois de 
sa grossesse, elle resta menstruée. Au bout de ce terme, les rè¬ 
gles disparurent,mais aux sixième et septième mois elles reparu¬ 
rent avec la même force et les mêmes douleurs que parle passé. 
La femme accoucha d’un garçon qui vit encore : la couche fut 
régulière, et la sécrétion laiteuse abondante; les lochies du¬ 
rèrent un mois. Deux mois après raccouchement, quoiqu’elle 
allaitât, ses règles reparurent. A cette époque, une vive affec¬ 
tion morale lui attira une maladie grave, au début de laquelle 
il lui coula tout, a coup pendant trois a quatre jours du sang 
des ongles des deux mains et des gencives, ce qu’elle n’avait 
point encore éprouvé. Avec îe temps, elle se rétablit. Au 
lieu de sevrer son enfant au bout d’un an, elle l’allaita encore 
une année, durant laquelle la sécrétion du lait fut copieuse 
et les règles régulières. Lorsqu’enfin elle sevra, un véritable 
flux de lait s’établit chez elle; jour et nuit, ses seins en ren¬ 
daient, et si l’écoulement s’arrêtait un jour ou deux, elle 
ressentait de la tension et des douleurs dans lu poitrine, comme 
en éprouvent souvent les femmes qui ont les seins pleins et 
qui prennent une nourriture abondante. L’écoulement était 
ce qui la soulageait le plus, et il n’altérait en rien sa santé. 
Les seins demeurèrent mous et indolens, la menstruation 
conserva son type accoutumé. Cette femme allaita pendant 
dix-huit mois encore l’enfant d’une voisine ; et, lorsque, dans 
ses voyages, elle rencontrait des nourrices, elle présentait le 
sein à leurs enfans, pour se débarrasser elle-même d’un far¬ 
deau incommode. Cet état dura six ans. A cette époque, un 

6 . 



( 84 3 

médecin lui promit de la guérir; ilia saigna d’abord du bras 
droit ; deux jours après , du bras gauche, et des deux pieds, 
puis de la main droite, et enfin du front et de l’oreille, du 
moins a ce qu’elle assure. Immédiatement après ces saignées, 
l’écoulement de lait s’arrêta, et a sa place s’en établit de 
sang par les deux seins, accompagné de violentes douleurs, 
s’étendant vers les épaules et le cou, et que la cessation du 
flux rendait intolérables. Jour et nuit, à cela près d’une 
très-faible interruption, coulait un sang noir et ténu qui 
teignait le linge en rouge-foncé, et lui imprimait une odeur 
fétide. La quantité et la qualité du sang restaient les mêmes 
au temps de\la menstruation. Du reste, santé parfaite, som¬ 
meil quand les douleurs cessaient, digestion bonne. 

Lorsque je vis cette femme, elle était fraîche, d’aspect 
pléthorique, et bien portante, 'a cela près de son saignement 
continuel et des douleurs qui s’y joignaient. Les seins qui, 
a son dire, avaient diminué de moitié depuis la perte du 
lait , étaient mous et sans nulle trace d’inflammation , 
mais si sensibles que la moindre pression des habits était in¬ 
supportable ; mamelons bien conformés et indolens; chaque 
jour il en suintait un sang limpide, noirâtre et facilement 
putrescible, dont la quantité s’élevait de trois drachmes à une 
once ; mais on ne pouvait l’exprimer, comme autrefois le 
lait ; les douleurs dans les seins étaient insupportables; lors¬ 
que le temps se mettait au froid ou à la pluie, et que le sai¬ 
gnement s’arrêtait, elles s’étendaient rapidement au cou, à 
la tête et aux épaules, jusqu’aux bras ; alors elles détrui¬ 
saient le sommeil, troublaient l’appétit, et causaient sou¬ 
vent le vomissement des alimens ingérés. Du reste, pas 
de fièvre, pouls lent et mou, peau sèche, selles et urines 
régulières. Pendant toute la durée de l’hémorragie, la men¬ 
struation avait conservé exactement son type quadri-sep- 
timanial; mais peu avant que je visse la femme, elle s’ar¬ 
rêta pour la première fois, et, au milieu de congestions con¬ 
tinuelles vers la partie supérieure du corps, il s’établit, par 
le poumon, une hémorragie qui ne tarda pas à être suivie 
d’hématémèse. La femme expectora et vomit plusieurs fois 
du sang noirâtre en grande quantité; elle éprouvait, dans le 
même temps, des vertiges, du malaise, de la tension dans les 
deux hypocondres , des douleurs dans le bas ventre. Les ac- 
cidens diminuaient quand elle avait bien vomi, mais ne tar¬ 
daient pas a renaître. Les rafraîchissons et les acides calmaient 
1 hémorragie pulmonaire et stomacale. 

Le traitement qu’on mit alors en usage eut pour but de 


(_ 85 ) 

faire déri ver le sang des parties supérieures, vers lesquelles il 
avait tant de tendance. Ainsi plusieurs fois on appliqua des 
sangsues à la vulve et on lit des saignées du pied ; on donna 
la digitale, l’acide hydrocyanique, les laxatifs, les résolutifs; 
on prescrivit des demi-bains et des pédiiuves; on soutint les 
seins par un suspensoire, et on les garantit de toute action 
irritante. Cependant le inal résista à tous les remèdes, et la 
difficulté de le guérir devint d’autant plus grande que, du¬ 
rant trois périodes menstruelles, il survint à chacune, pen¬ 
dant huit jours, une menstruation anormale par l’estomac et 
les poumons. A la vérité, une fois, il parut, après l’applica¬ 
tion de vingt sangsues, un faible vestige des règles; mais 
elies cessèrent dès le lendemain ; et, au milieu d’un gonfle¬ 
ment du ventre, des hypocondres surtout, de nausées et de 
vomissemens, enfin de violentes douleurs dans les bras, les 
seins et la tête, il survint une hématémèse et une hémoptysie, 
qui évacuèrent une grande quantité de sang noirâtre et ténu. 

Cependant la femme se rétablit chaque fois en peu de 
temps. Mais encore aujourd’hui, â la moindre secousse mo¬ 
rale, au plus léger écart de régime, elle éprouve des spasmes 
d’estomac et des vomissemens, même hors du temps de la 
menstruation. 



Au Rédacteur général. 

Mon cher confrère, 

Je viens de lire, non sans étonnement, dans le cahier 
d 'avril de votre estimable Journal, un article intitulé Ré¬ 
flexions sur la pratique des accouchemens à l’hospice de la 
Maternité de Paris , par M. Flamant. C’est sept ans après 
la publication du premier volume, trois ans après celle des 
deux autres, que M. Flamant s’aperçoit que la Pratique des 
accouchemens de madame Lachapelle est un livre odieux, 
et qu’il croit de son devoir d’en signaler au public les doc¬ 
trines homicides. Notre collègue aurait-il voulu attendre que 
l’auteur eût cessé de vivre et restât ainsi sans défense? Au¬ 
rait-il voulu aussi laisser s’affaiblir la mémoire d’un mérite 
trop universellement reconnu du vivant de la personne qu’il 
attaque? Serait-il du nombre de ces hommes a qui la re¬ 
nommée d’une femme porte ombrage, même quand elle n’est 
plus. Ces hommes-la sont heureusement assez rares, et le 





( 86 ) 

professeur de Strasbourg peut revendiquer la gloire d’être le 
premier qui ait cherché 'a ternir la réputation de savoir et 
d’habileté de madame Lachapelle. Ceux mêmes qui n’ont 
point pensé comme elle sur certains points de l’art, 11e l’ont 
attaquée qu’avec les ménagemens dus a son jugement, à son 
expérience; ils auraient cru se déshonorer eux-mêmes eu lui 
appliquant des épithètes que leur injurieuse exagération ne 
rend que ridicules. 

Les reproches d 'ignorance, à'impéritie , de maladresse, 
de niaiserie , etc., dont M. Flamant se montre si prodigue, 
ne sont pas propres a prouver de sa part la justice, l'impar¬ 
tialité d’un critique de bonne foi. Je ne suis pas homme à 
répondre sur le même ton, bien que je puisse, a juste titre, 
prendre ma part de ces injures. Editeur et rédacteur de la 
Pratique des accouchemens , j’ai fondu dans cet ouvrage le 
résultat de mes études et de mes observations, comme je l’ai ) 
formellement énoncé dans les avertissemens du premier et du 
second volumes. J’en suis donc le défenseur naturel ; mais une 
discussion commencée sous de pareils auspices ne saurait être 
à ma convenance. Si M. Flamant a réellement pour but le 
bien de l’humanité, les progrès de la science, qu’il aban¬ 
donne les formes rudes, le langage haineux qui ne peut nuire 
qu’à lui ; qu’il présente sa critique sur un pied décent et 
digne du sujet, alors je répondrai volontiers à ses attaques, 
et je lui donnerai, s’il le désire, des éclaircissemens qu’on a 
cru devoir plus d’une fois abandonner à l’intelligence, à 
l’instruction préliminaire du lecteur, dans un livre qui n’est 
point élémentaire. Eu attendant, je me bornerai à le com¬ 
plimenter sur la régularité et la complaisance avec laquelle la 
nature paraît se prêter, a Strasbourg, aux vues de l’art; je le 
féliciterai encore de la précision avec laquelle il sait appli¬ 
quer la règle, même dans les cas anormaux; je l’engagerai 
pourtant, malgré ces brillans avantages, et en vertu même 
des préceptes qu’il donne (page i44)> à ne point repousser 
désormais au dessus du détroit supérieur, pour l’y prendre 
plus victorieusement avec son forceps, la tête d’un fœtus que 
la nature pousse dans l'excavation, et aurait bientôt sans doute 
poussé au dehors (page 1 5 1 ). 

Agréez, etc. 

Ant. DUGES, Professeur de pathologie 
chirurgicale à la Faculté de médecine 
de Montpellier. 



( 8 7 ) 

ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE. 

SÉANCES DU MOIS DE JUIN ïBaB. 


Séance générale du 5 juin. — Allaitement artificiel. —- 
M. Moreau fait un rapport sur les bouts de sein artificiels 
de M. de Ferrochel. Après avoir indiqué les diverses causes 
qui peuvent s’opposer a l’allaitement naturel, telles que la 
conformation vicieuse des mamelons , les inflammations éry¬ 
sipélateuses, les ulcérations, les simples gerçures, etc., il 
jette un coup d’œil rapide sur les nombreux moyens, soit 
mécaniques, soit pharmaceutiques, qui ont été préconisés 
contre les obstacles dont il s’agir. M. Moreau pense qu’il 
n’existe pas de médicament qui soit constamment utile dans 
les cas de maladie du mamelon. De tous les moyens mécaniques 
ou chirurgicaux inventés pour remédier aux obstacles a l’allai¬ 
tement déjà signalés, les plus avantageux, bien qu’ils puissent 
échouer quelquefois, sont les bouts de sein artificiels aux¬ 
quels on adapte la peau des tetines de vache convenablement 
préparée, et que M. Moreau appelle tetines russes , parce que 
c’est sur une dame russe que, en i 8 i 5 , il eut, pour la première 
fois, occasion d’en observer l’usage.Les bouts de sein artifi¬ 
ciels de madame Lebreton, ont, pour un de leurs principaux 
élémens, ces tetines de vache. Or, les bouts de sein que pro¬ 
pose M. de Perrochel sont presque absolument semblables à 
ceux de madame Lebreton ; ils n’en diffèrent qu’en ce que 
le bouton qui les termine est plus conique, ce qui est, sui¬ 
vant M. Moreau, un perfectionnement; mais ce qu’il faut 
surtout faire connaître, c’est que M. de Perrochel est par¬ 
venu à trouver le moyen de préparer ces précieux instrumens 
avec tant d’économie qu’il peut les fournir au modique prix 
de 35 centimes, tandis que ceux de madame Lebreton se 
vendent 5 francs, ce qui empêche que la plupart des femmes 
du peuple auxquelles ils seraient utiles, puissent se les pro¬ 
curer. M. de Perrochel ne fabrique ses bouts de sein que 
dans un but purement philanthropique, et nullement par 
spéculation. Le rapporteur termine en applaudissant au zèle 
de M. de Perrochel, et en rengageant à propager, à popu¬ 
lariser des appareils dont la simplicité égale l’utilité. —- 
M. Désormeaux dit que les tetines de vache ont été employées 
bien long-temps avant l’époque signalée par M. le rappor¬ 
teur, spécialement en Alsace et en Allemagne. 11 insiste sur 


( 88 ) 

les incouvéniens de cestetines, qui, connue toutes les matières 
animales, se décomposent assez promptement. Sous ce rapport, 
il préfère les bouts de sein en gomme élastique, tels que les 
fabriquent MM. Féburier et Verdier. D’ailleurs, M. Désor- 
rneaux pense que, au lieu de terminer par un cône la plaque 
de buis qui s’aj uste sur le sein, comme le fait M. de Perrochel, 
il vaudrait mieux qu’elle fût seulement terminée par un trou 
rond. En effet, le cône ne s’appliquant pas immédiatement 
sune mamelon, la succion devient très-difficile, ou même im¬ 
possible, lorsque le nouveau-né est très-faible.—-M. Moreau 
répond que le cône a le grand avantage de préserver le ma¬ 
melon du contact et de la pression des lèvres de l’enfant, 
dans les cas où la sensibilité de cet organe est tellement ex¬ 
quise que le moindre attouchement est douloureux. Il con¬ 
vient, au reste, que, dans certaines circonstances, ce mode 
d allaitement peut être impraticable. — MM. Baudelocque et 
Deneux disent que l’usage des tetines de vache est connu 
depuis plus de cent ans.— L’Académie adopte les conclusions 
du Rapport. 

Fabrication de la gélatine . — M. Robinet lit un rapport 
sur ie Mémoire de M. Grenet, concernant la préparation de 
la gélatine et les applications de cette substance organique. 
M. le rapporteur reconnaît dans la gélatine, fabriquée par 
M. Grenet, des qualités supérieures a celles de la gélatine 
employée jusqu’à ce jour. 

Nomination des juges pour le concoursfondé par M. Mo¬ 
reau \de la Sarthe). —Les juges de ce concours sont au nombre 
de seize, parmi lesquels il y aura quatre suppléans. Sont 
nommés juges, à la majorité absolue des suffrages : MM. Dou¬ 
ble, Desgenettes, Adelon, Marc, Virej', Désormeaux, Renaul- 
din , Itard, Louyer-Villermay , Ant. Dubois , Hipp. Cloquet, 
Brescbet, Orfila, Mérat, Pelletier et Leveiilé 1 . 

Section de médecine. — Séance du io juin 1828.— 
Affections rhumatismales chroniques. M. Guibert envoie 
un Mémoire sur ie traitement de ces maladies. Le secrétaire 
de la section donne lecture de ce Mémoire, qui produit sur les 
auditeurs une impression en général peu favorable. M. Guibert 
enumère, en les critiquant, les moyens jusqu’ici employés con¬ 
tre les rhumatismes chroniques. Il prétend que, en se servant 

# 

M. Moreau (de la Sarthe) a légué, par son testament, les livres de 
sa bibliothèque à l’élève qui, au jugement de l’Académie royale de 
médecine, aura montré le plus de savoir dans la philosophie et la lit¬ 
térature médicales. 


C 8g ) 

de la méthode qu’il propose, on ne regardera plus comme in¬ 
curables les affections rhumatismales chroniques, même les 
plus invétérées. M.Guibert fait un usage combiné des moyens 
externes et des médicamens internes. C’est surtout pour com¬ 
battre l'irritation nerveuse qu’il emploie ces derniers. De 
larges vésicatoires qu’il entretient en les pansant avec des pom¬ 
mades irritantes; les rafraîchissans, les caïmans, les opia¬ 
cés, les laxatifs doux, tels sont les principaux élémens de 
la méthode de M. Guibert. Il rapporte des observations à 
l’appui de sa doctrine , et invoque le témoignage de M. Oulès , 
pharmacien. — M. Louyer- Villermay , confondant l’au¬ 
teur de ce Mémoire avec un autre médecin, dont le nom 
ressemble au sien, fait remarquer que déjà l’auteur du Mé¬ 
moire en question en a présenté d’autres dans lesquels il 
traite assez amèrement ses confrères. — On fait observer à 
M. Louyer-Villermay que les Mémoires qu’il rappelle n’ap¬ 
partiennent pas à M. Th. Guibert; alors il termine en disant 
qu’il n’y a rien de nouveau, et que les moyens les plus utiles 
y sont omis. — M. Castel dit qu’il règne dans ce Mémoire un 
ton d e forfanterie , et qu’il contient des notions fausses et 
incomplètes. —Plusieurs membres prennent la parole pour 
rappeler les justes droits de M. Th. Guibert à la bienveillance 
de la section.— Ce Mémoire est renvoyé a une commission 
dont nous ferons connaître le travail. 

Hydrophobie. — M. Girard communique deux cas de 
rage observés chez des chiens. Les deux animaux observés 
par M. Girard, avaient été mordus le même jour par le même 
chien. Ils ont offert l’appareil effrayant des symptômes hy¬ 
drophobiques vers le soixantième jour, à deux jours d’inter¬ 
valle l’un de l’autre. Un de ces animaux fut saigné a la ju¬ 
gulaire. «A peine fut-elle ouverte, dit M. Girard, qu’il 
fut pris des convulsions les plus horribles, les plus violentes 
que j’eusse encore vues , et il succomba au milieu de ces con¬ 
vulsions. d — M. Chomel demande si, chez les chiens, comme 
chez l’homme, les sujets les plus jeunes sont plutôt affectés 
de la rage. — M. Viliermé fait observer que le temps d’incu¬ 
bation du virus varie, l’âge étant le même, et qu’ainsi c’est 
tantôt le dix-huitième jour, tantôt le trentième, le quaran¬ 
tième, le soixantième jour, ou même plus après la morsure, 
qu’éclatent les phénomènes rabiques. — M. Castel explique 
pourquoi la rage se manifeste plus promptement lorsque 
l’individu mordu est jeune. Cela dépend de ce que l’absorp¬ 
tion est plus rapide chez l’enfant, cl de ce que le virus a 


( 9o \) 

moins de chemin 'a parcourir pour arriver dans le torrent 
circulatoire, il rappelle.qu’ici, comme dans les autres conta¬ 
gions, la peur contribue à la propagation du mal. Il cite un 
auteur qui a soutenu que la peur seule peut produire la peste 
(mouvement général d’hilarité dans l’auditoire). — M. Bour- 
ois-de-la-Motte demande si on a pratiqué des injections 
d après la méthode de M. Magendie. —— M. Girard répond 
négativement. M. Itard demande si on s’est servi de la bave 
des chiens enragés pour communiquer la maladie a d’autres 
animaux. M. Girard répond qu’on a excorié la peau a deux 
brebis, que l endroit dénudé a été recouvert de la bave des 
chiens, et que les deux brebis soumises a cette expérience 
sont mortes enragées. 

Dothinentente. — M. Leuret, médecin à Nancy, envoie 
un Mémoire sur cette maladie. — M. Adelon , secrétaire de la 
section , donne lecture d’une partie de ce travail. — Quelques 
membres, vu la longueur du Mémoire, demandent que la 
lecture en soit suspendue , et qu’il soit renvoyé à une com¬ 
mission. Nous reviendrons sur ce travail, qui nous a paru 
digne d une grande attention, à l’époque où la commission 
lera son rapport. Mais nous croyons devoir dire, par antici¬ 
pation, i° que M. Leuret partage la plupart des opinions 
de M. Bretonneau et de ses élèves sur le caractère contagieux 
delà maladie qu’ils ont désignée sous le nom de dothinen¬ 
tente , et qu ils comparent à la variole • 2 0 que ce médecin con¬ 
sidère comme étant conforme a l’observation ce que ceux-ci 
ont dit sur le mode de développement et la marche de l’érup¬ 
tion intestinale; 3 ° que M. Leuret regarde comme d’un pré¬ 
sage funeste la présence d’un carbonate ammoniacal dans 
l’urine, et qu’il est disposé à croire que la formation de ce 
sinistre produit doit être attribuée à la décomposition pu¬ 
tride qui est un des caractères de la maladie ; 4° que le même 
observateur n’est pas partisan des purgatifs dans le traite¬ 
ment de la dothinentérite. 


Mort par strangulation. — M. Amussat présente plu¬ 
sieurs pièces anatomiques provenant du cadavre d’un indi¬ 
vidu qui s’est pendu. L’examen attentif de ce cadavre a donné 
lieu à quelques remarques dignes d’être connues : i° dans le 
point correspondant à la corde, la peau du cou est amincie, 
sèche et comme brûlée; glotte ferméê, légère déformation 
de l’épiglotte ; les artères carotides, vides de sang, au niveau 
de 1 étranglement, sont altérées comme si elles avaient été 
serrées par une ligature , c’est-à-dire que leurs membranes 


( 9 1 ) 

interne et moyenne sont rompues , déchirées. Il n’y a ni 
rougeur, ni congestion faciale. Le cerveau est plutôt déco¬ 
loré qu’injecté et engorgé. La muqueuse gastro-intestinale 
est engorgée (la rate ne l’est pas); le pénis est dans un état 
de demi-érection ; les vésicules séminales sont vides, comme 
après l’éjaculation, phénomène commun dans les cas de sus¬ 
pension , et qui paraît avoir eu lieu dans le cas présent; tous 
les organes génitaux sont gorgés de sang. M. Amussat, rap¬ 
prochant certaines circonstances de ce fait, croit pouvoir 
donner une nouvelle explication de l’éjaculation qui a lieu 
chez les pendus. Il la considère comme le résultat de la con¬ 
gestion sanguine toute mécanique du système générateur: 
« Les artères carotides , dit-il, étant, en quelque sorte , liées, 
le sang qui ne peut plus arriver au cerveau, se dirige vers 
ce système , l’irrite et provoque l’émission du sperme. » 

Séance du i 4 juin. — Hydropisie ascite .— M. Gasc lit 
un rapport sur une observation de M. Lecourt de Cantiily 
relative a une ascite pour laquelle la ponction a été prati¬ 
quée cent trente-cinq fois. Cette ascite fut consécutive à une 
inflammation du péritoine, survenue à la suite d’une fausse 
couche qui eut lieu quinze jours après que la femme, sujet 
de l’observation , eut été battue à coups de pied et traînée 
par les cheveux par un de ses créanciers. Pendant dix-huit 
mois , la malade, plongée dans la plus affreuse misère, lut 
en outre tourmentée d’une fièvre quarte. Elle éprouvait, par 
intervalles, des hallucinations, des visions. Tous les remèdes 
ayant été vainement employés, cette malheureuse succomba. 
On trouva, a l’ouverture de l’abdomen , des traces non équi¬ 
voques de péritonite chronique (fausses membranes anciennes, 
épaississement lardacé, etc..). Les deux ovaires étaient con¬ 
sidérablement tuméfiés, tranformés en kystes contenant delà 
sérosité. Dans l’un d’eux , on rencontra une collection d’hy- 
datides , de la grosseur d’un œuf de poule. L’utérus, énor¬ 
mément tuméfié, était transformé en substance carcinoma¬ 
teuse, fibreuse , lardacée , encéphaloïde. 

M. le rapporteur rapproche, du cas observé par M. Lecourt 
de Cantiily , quelques cas analogues recueillis par divers au¬ 
teurs.— M. Louyer-Villermay cite l’observation d’une lemme 
de la capitale qui avait subi un très-grand nombre de paracen¬ 
tèses , et qui, sur la fin, se faisait elle-même cette opération.— 
M. Marc ajoute, comme une circonstance digne de remarque , 
que, chez cette même femme, lorsque la ponction était trop dif- 
féi ée, la sérosité abdominale était évacuée par le vomissement. 


( 9 2 ) 

Nouvelle théorie des fonctions du système nerveux. —- 
M. Ollivier lit un rapport sur un Mémoire dans lequel 
M. Bachouet cherche a pénétrer la nature intime de l’inner¬ 
vation. L’auteur, s’appuyant sur les recherches de M. Du- 
trochet et sur les curieuses expériences de M. Becquerel , 
considère l’action du système nerveux comme un phénomène 
de galvanisme. On sait que cet habile physicien a démontré 
que lorsque deux substances sont mises en communication 
avec une troisième, pourvu que les premières exercent simul¬ 
tanément une action chimique sur l’autre, il s’établit con- 
stamment un courant galvanique , qui se dirige la où 
l’action chimique est, plus forte. Or , l’auteur prétend que 
l’organisme se trouve dans cette condition. Les centres 
nerveux et les organes communiquent au moyen des nerfs ; 
un courant galvanique a lieu, et de la les sécrétions, la nu¬ 
trition et toutes les actions chimiques de l’économie. Lors¬ 
que le courant se dirige vers des organes où ne s’exerce pas 
une action chimique, tels que les différens muscles, des mou- 
vemens se manifestent. Suivant M. Bachouet, les animaux 
ne sont que des groupes d’élémens simples combinés pour 
produire un certain nombre de phénomènes chimiques, dont 
i ensemble constitue la vie. Les maladies consistent dans une 
altération des actions chimiques. M. le rapporteur regarde 
l opinion de l’auteur comme probable; il la trouve du moins 
fort ingénieuse, et regrette que cet auteur ne l’ait pas prou¬ 
vée par des expériences. Dans l’état actuel, elle ne constitue 
donc qu’une hypothèse développée avec talent.—M. Rochoux 
pense que l’opinion de M. Bachouet n’est ni ingénieuse , ni 
exacte. 11 cite les expériences de M. Pouillet, d’après les¬ 
quelles il est prouvé que l’on n’observe aucun signe d’électri¬ 
cité dans les nerfs pendant la contraction musculaire, ce qui 
devrait avoir lieu si un courant existait dans ces conducteurs, 
il croit donc que l’action nerveuse diffère essentiellement des 
actions galvaniques.— M. Boisseau répond qu’en supposant 
que l’opinion de l’auteur du Mémoire ne serait pas exacte, elle 
n’en serait pas moins ingénieuse. — M. Castel dit qu’il suffit 
pour expliquer les mouvemens du cœur du contact du sang 
sur cet organe.—Le Mémoire sera déposé dans les archives. 

Influence de V instruction sur la santé publique. —M. Marc 
fait un rapport sur un Mémoire de M. F. Mêlier, relatif 
à l’influence qu’exerce l’instruction sur la santé et la mor¬ 
talité publiques. M. le rapporteur fait très justement obser¬ 
ver que, pour avoir des notions précises sur la mortalité , il 


( 9 3 ) f 

ne faut pas considérer seulement la population, mais bien 
toutes les influences physiques et morales auxquelles les 
hommes sont soumis. Pour mettre plus d’exactitude dans ses 
recherches, M. Métier, adoptant un procédé déjà employé par 
M. Ch. Dupin, divise la France en deux grandes sections, 
dont Tune comprend les départemens moins avancés en civi¬ 
lisation. Chacune de ses sections est représentée sur une 
carte : les points lumineux de la carte indiquent les premiers ; 
les seconds y $ont représentés par des teintes obscures ou 
noires. Apres avoir établi que la mortalité générale, eu 

France, est yy~~7~. M. Mêlier fait voir que la mortalité pro¬ 
portionnelle est plus considérable dans les départemens noirs . 
Plus les départemens sont lumineux , plus le nombre pro¬ 
portionnel des morts y diminue. Ainsi donc , dit M. Mêlier, 
si l’ignorance n’est pas l’unique cause de l’augmentation 
de la mortalité, on peut avancer du moins que , toutes 
choses égales d’ailleurs, la mortalité est plus grande dans 
les départemens ignorans (noirs), que dans les départe- 
içens lumineux ( instruits). La teinte noire est donc véri¬ 
tablement un emblème de mort; l’instruction, par consé¬ 
quent, un premier besoin, et l’ignorance un fléau. L’in¬ 
fluence sanitaire de l’instruction est d’ailleurs facile a expli¬ 
quer, puisque, avec l’instruction ou à sa suite, marchent 
l’industrie et l’aisance. Or , personne ne contestera que l’ai¬ 
sance ne soit favorable a la santé. C’est donc avec raison que 
Hufeland a placé l’instruction parmi les causes de longévité. 
L’instruction étant un agent hygiénique salutaire, accorder 
celle qu’on appelle élémentaire au pauvre , c’est lui procurer 
de la santé; la lui refuser, c’est, en quelque sorte, attenter 
a ses jours. M. le rapporteur fait le plus grand éloge du tra¬ 
vail de M. Mêlier. 

Incombustibilité . — La séance est terminée par quelques 
détails sur l’expérience faite a Tivoli, et dont les journaux 
quotidiens ont rendu compte. Ces détails ne sont pas encore 
assez précis ni assez authentiques pour trouver place ici. 

Section de chirurgie — Séance du 12 juin .— Traite- 
tement des rétentions d'urine. — M. Ainussat entretient 
la section des injections forcées qu’il emploie contre les 
rétentions d’urine. Pour les pratiquer, il se sert d’une pe¬ 
tite sonde de gomme élastique a laquelle est adaptée une 
bouteille de caoutchouc; en pressant celle-ci, l’injection a lieu. 
M. Ainussat a recours à ce moyen dans les gonflemens de la 



( 94 ) 

prostate, dans les cas défaussés routes/lesquelles ont lieü 
dans le bulbe et dans la prostate, et non dans la portion 
membraneuse, comme on l’a dit. M. Amussat présente une 
pièce anatomique propre a démontrer que la portion mem¬ 
braneuse est environnée de fibres charnues, de faisceaux mus¬ 
culaires très-robustes, en sorte que, loin d’être la région la 
plus faible , elle est la plus forte , la plus résistante du canal. 
M. Amussat emploie également les injections forcées dans les cas 
de fistules urinaires.— M.Larrey ditque c’est vers la lacune 
de la région bulbeuse de l’urètre qu’ont lieu îe plus souvent 
les fausses routes. On sait très-bien que la portion membra¬ 
neuse de ce canal est fortifiée par des expansions des muscles 
ischio et bulbo-caverneux. Cet honorable membre pense que , 
dans les rétrécissemens de l’urètreavec ou sans fistules urinaires, 
l’introduction de cordes-à-boyau d’un diamètre gradué, jus¬ 
qu’à ce que l’on puisse faire pénétrer une sonde, est un très-bon 
moyen. Ce procédé lui a parfaitement réussi plusieurs fois. 
Les sondes, une fois introduites, les fistules se cicatrisent 
très-promptement. On continue l’emploi des sondes jusqu’à ce 
que la dilatation du canal soit suffisante. Quant aux injec¬ 
tions forcées, elles n’ont évidemment qu’un effet instantané, — 
M. Amussat dit qu’il ne faut pas confondre les faisceaux mus¬ 
culaires dont il a parlé, avec les fibres des ischio et bulbo-caver¬ 
neux. Ils constituent un muscle intrinsèque de la portion mem¬ 
braneuse, lequel muscle , dit-il, concourt à l’éjaculation. Re¬ 
venant aux injections forcées, il répond à M. Larrey qu’il ne 
les emploie que dans les cas où l’introduction des bougies les 
plus fines est impossible. M. Larrey croit que si les injections 
peuvent traverser le canal, on pourrait bien y faire passer une 
bougie filiforme. Cette introduction fait cesser le spasme, 
et provoque la sortie de l’urine. M. Amussat termine en di¬ 
sant que, dans les rétrécissemens extrêmes, on a recours aux 
sondes coniques, ce qui entraîne fréquemment la formation de 
fausses routes , et que c’est pour éviter cet accident qu’il em¬ 
ploie les injections forcées. 

Rétention d'urine chez lafemme , rétroversion de Vutérus. 
— Le même membre cite des cas curieux de rétention d’urine 
chez la femme. Il fait l’observation que, dans les chutes de 
l’utérus, le canal de l’urètre se recourbe, change de direc¬ 
tion, et se trouve plus ou moins comprimé. La rétroversion 
de l’utérus, dans l’état de vacuité, est encore peu connue, mal 
décrite, quoique moins rare que l’antéversion. — M. Larrey 
a observé un cas de rétention d’urine, dépendant de la com- 


_ ( 95 ) 

pression du col de la vessie par une tumeur de i’utérus. Il 
sonda la malade, et retira quatre pintes d’urine. Après la 
rnort, on trouva la vessie dilatée au point d’occuper presque 
toute la cavité abdominale; l’utérus tuméfié était carcinoma¬ 
teux.— M. Deneux pense que la rétroversion de l’utérus est 
très-rare. Il cite des cas d’antéversion avec tuméfaction de cet 
organe, qu’en aurait pu confondre avec des cas de tumeurs 
de l’abdomen, ou même de pierres enkystées. — M. Evrat a 
rencontré plusieurs cas de rétroversion dans l’état de vacuité; 
l’antéversion lui a paru moins fréquente. —M. Amussat a vu 
un cas de rétroversion qui a mis obstacle à l’excrétion des 
matières fécales.— Suivant M. Deneux, la rétention d’urine 
est la cause fréquente de la rétroversion. 

Nouvelle forme de mandrin et de sonde. — M. Amussat 
présente, i° unmandrintrès-recourbé > plus fort que ceux qu’on 
emploie ordinairement; 2° une sonde d’argent sur laquelle 
on peut faire glisser une sonde de gomme élastique, au moyen 
d’un mandrin qui s’adapte a l’extrémité extérieure de la pre¬ 
mière.— M. Larrey s’étonne que M. Amussat ait construit un 
mandrin si recourbé, lui qui a tant insisté sur l’emploi des 
sondes droites. — M. Amussat répond que c’est d’après la con¬ 
naissance de la direction du canal de l’urètre que le cathété¬ 
risme doit être pratiqué, et que peu importe ensuite la forme 
de la sonde qu’on emploie. 

Organisation de l'ivoire des dents et des productions cor¬ 
nées. — M. Larrey rapporte un cas de maladie dentaire qui 
lui paraît en opposition avec l’opinion de M. Oudet sur les 
dents. Il présente l’ergot d’un vieux coq, où l’on voit mani¬ 
festement des vaisseaux, provenant des supports osseux de 
cet ergot : celui-ci est transformé lui-même en substance os¬ 
seuse. M. Larrey ne pense donc pas que les productions cor¬ 
nées, ainsi que les dents, puissent être considérées comme 
étant en dehors de l’organisation. M. Oudet répond qu’il 
compare la chute d’une dent nécrosée, avec fistule, a celle 
des dents temporaires. Les dents reçoivent des vaisseaux par 
rintermédiaire de leurs follicules. Il faudrait que le follicule 
produisît, sécrétât , pour ainsi dire, des vaisseaux, pour 
qu'il y en eût dans l’ivoire des dents. L’e humification n’est, 
en effet, que le produit de la sécrétion du follicule den¬ 
taire. Il ne peut donc y avoir de vaisseaux dans l’ivoire. 

Séance du 26 juin. — Taille sus-pubienne. — M. Maio- 
S^lt rappelle qu’il a lu un Mémoire sur les avantages de la 
taille sus-pubienne. 


N 


C 96 ) 

Cataracte avec amaurose. — M. Demours vient d’opérer 
par le procédé de l’extraction une cataracte, chez une dame, 
affectée depuis dix-huit mois d’une cécité complète. Depuis 
quatre a cinq ans, la pupille était d’un noir intense. M. Du¬ 
bois, qui avait vu la malade, pensa qu’il existait une amau¬ 
rose. En pratiquant l’opération, M. Demours comptait peu 
sur le succès. Cependant la malade voit très - bien, si ce 
n’est que les objets lui paraissent très-près de l’œil, phéno¬ 
mène qui disparaîtra avec l 'éducation du sens qu’elle a re¬ 
couvré.—— M. Larrey onjecte que l’amaurose qu’on a cru re¬ 
connaître n’était probablement que la diminution de la vue 
produite par la cataracte commençante. Il ne nie pas qu’il ne 
puisse y avoir eu amaurose dans ce cas; mais cela lui paraît 
peu vraisemblable. 

M. Amussat demande la parole pour se plaindre de l’infi¬ 
délité avec laquelle certains journaux ont rendu compte des 
séances de la Section, en ce qui le concerne. Il présente un 
article de journal, où on fait planer sur lui le soupçon de 
charlatanisme. — M. le président (M. Larrey) fait observer 
qu’il ne peut accorder la parole sur un semblable sujet, et 
que, d’ailleurs, la Section n’a pas le droit de s’ériger en tri¬ 
bunal.— Plusieurs membres pensent que c’est une affaire qui 
11e regarde pas la Section , et que l’on doit passer à l’ordre du 
jour.— Sur la proposition de M, Ribes , les articles dejour- 
naux contre lesquels M. Amussat réclame sont déposés entre 
les mains des membres du bureau, qui en prendront connais¬ 
sance, et décideront, à la prochaine séance, si la Section doit 
ou non s’occuper de cette affaire. 

Nez artificiels. — M. Boulu, dentiste, soumet a Pexa- 
men de la Section un jeune homme auquel il a appliqué un 
nez artificiel de sa façon. Ce nez, construit en argent doré, 
est adapté à des lunettes, et maintenu par leur intermède. 
Ce n’est pas un moyen nouveau , mais un perfectionnement 
d’un moyen connu que M. Boulu présente a la Section. Chez 
le jeune homme offert à l’examen de l’Académie, l’art est 
parvenu à imiter si heureusement la nature, que, a quelques 
pas de distance, on ne s’aperçoit pas que le nez artificiel 
diffère en rien d’un nez naturel. 


PARIS, IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOUCKE, 

RUE DES POITEVINS, N°. if. 














JOURNAL 

COMPLÉMENTAIRE 

D U 

DICTIONAIRE DES SCIENCES MÉDICALES. 

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Observations de phlegmasies de Varachnoïde et de la pie- 
mère chez les enfans , suivies de remarques pratiques 
sur ces maladies et sur leur traitement ; par Th, Gui- 
bert, D. M. P. 

( Premier article. ) 

Observation i re . —Arachnoïdite suppurée ; terminaison 
par la mort. — François Braconniez, âgé de treize ans, était 
malade depuis six jours, lorsqu'il fut amené à l’hôpital des 
Enfans. Au début, céphalalgie très vive, frissons violens 
suivis de chaleur fébrile; délire dès le jour même de l’inva¬ 
sion. Les deux jours suivans, même état, persistance du 
délire. Le quatrième, mouvemens convulsifs du bras et de la 
jambe gauches ; aphonie. Le cinquième , paralysie complète 
de tout le côté gauche, état comateux, perte de connaissance. 
Le malade ne répond plus aux questions qu’on lui fait ; les 
mâchoires sont serrées, et la déglutition extrêmement diffi¬ 
cile. Le sixième , nul changement: Le septième, au matin 
coucher en supination , face pâle, un peu grippée; mouve- 
raens convulsifs des lèvres, paupières demi-fermées, immo¬ 
bilité des yeux, pupille droite plus dilatée que la gauche, 
strabisme, respiration fréquente , gênée, stertoreuse ; pouls 
très-accéléré, 1 3 o battemens par minute ; convulsions et 

TOME XXXI. * n 


( 98 ) . 

mouveniens automatiques du bras droit ( Infusion d’oranger , 
julep étlièré , vésicatoires aux cuisses , sinapismes aux 
jambes ). L'enfant mourut dans la.soirée. 

Autopsie . — Crâne : vaisseaux sanguins du cerveau légè- 
gèrement injectés: arachnoïde cérébrale lisse, luisante et 
sèche. Au dessous de cette membrane, sur les deux hémi¬ 
sphères , se trouvait une grande quantité de pus épaissi, jau¬ 
nâtre et concret, placé entre l'arachnoïde et la pie-mère; 
amassé en plus grande quantité le long des gros vaisseaux, ce 
pus s'enfoncait profondément dans les anfractuosités du cer¬ 
veau. Dans tous eès endroits, l'arachnoïde était opaque , et 
son inflammation paraissait également prononcée à la surface 
convexe des hémisphères et dans les scissures interlobulaires. 
Les ventricules latéraux ne contenaient chacun qu'une très- 
petite quantité de sérosité transparente; quelques points pu- 
rulens existaient sous la portion de la séreuse qui tapisse la 
dure-mère en avant des apophyses d'Ingrassia , et en arrière, 
vers le pressoir d'Hérophile. Entre les deux lobes du cervelet 
et en arrière, une assez grande quantité de pus épaissi et mein- 
branifonne se rencontrait au dessous de l'arachnoïde qui, là 
d’ailleurs, se trouvait transparente. Les couches de pus pé¬ 
nétraient aussi dans les petites scissures du cervelet ; le pa¬ 
renchyme du cerveau et du cervelet était, au reste, parfaite¬ 
ment sain. 

Thorax : poumons crépitans, gorgés de sang ; le droit seul 
offrait une légère adhérence ancienne; muqueuse des bron¬ 
ches dans l’état normal. Le cœur renfermait du sang fluide 
et des caillots fibrineux ; les parois du ventricule gauche 
étaient deux fois aussi épaisses que celles du droit. 

ylbdomen : estomac sain , renfermant beaucoup de liquides; 
sa muqueuse décolorée, couverte d’un peu de mucus ; intes¬ 
tins sains, leur muqueuse sans aucune rougeur; l’iléon pré¬ 
sentait une invagination de huit 'a dix pouces; le cæcum 
offrait une plaque d’un rouge livide; le foie très-sain; sa 
vésicule remplie d’une bile verdâtre ; la vessie était distendue 
par une urine trouble, floconneuse et jaune. 

Cette observation offre une arachnoïdite très-étendue dans 
son plus grand état de simplicité , puisque l’autopsie, faite 
avec l’attention la plus minutieuse, ne put faire découvrir 
aucune trace de complication. Quelle que fût la cause de 
cette phlegmasie, ses progrès furent d’autant plus rapides 
qu’on ne lui opposa d’abord aucun traitement, et celui qui fut 


* 


( 99 ) 

prescrit vers la fin n était guère capable d’en arrêter un seui 
instant la marche. La suppuration abondante qu’offrit l’arach¬ 
noïde à l’ouverture du corps , montra d’ailleurs bien claire¬ 
ment qu’arrivée a cette période, la maladie devait être néces¬ 
sairement au dessus de toutes les ressources de l’art, et que 
les émissions sanguines les plus copieuses, seule méthode 
rationnelle qu’on eût du employer d'abord, n’eussent eu de 
chances de succès qu’immédiatement après l’invasion de cette 
terrible affection. 

Obs.2.— Symptômes peu tranchés cVaraclmoiditc ■ in¬ 
flammation de poitrine du côté gauche : éruption de variole 
concomitante, suivie de la mort au huitième jour ; infil¬ 
tration sanguine peu étendue entre Varachnoïde et la. pie- 
mère ; rougeur de la plèvre gauche avec épanchement sé¬ 
reux et fausses membranes ; hépatisation pulmonaire du 
même côté ; tubercules bronchiques et pulmonaires à droite ; 
pharyngite , excoriations du derme à la face. — Antoine 
Chasson, âgé de six ans et demi, avait eu, disait-on, la 
variole, eî avait été vacciné deux fois sans succès. ïl eut, 
à plusieurs reprises, des engorgemens glanduleux en di¬ 
verses parties du corps, et quelques-uns même abcédèrent; 
il fut aussi atteint de dartres furfuracées, et eut la rougeole h 
i’âge de cinq ans. Depuis cette époque, sa santé fut constam¬ 
ment chancelante. 

Vers le milieu de février i 8 i 3 , les dartres furfuracées dis¬ 
parurent, et dès lors céphalalgie fréquente, dyspepsie, nau¬ 
sées par intervalles, sentiment d’oppression, mouvemens 
fébriles. Depuis le 8 avril, douleurs de tête très-vives, lassi¬ 
tudes, brisement des membres , chaleur générale, rougeur 
de la face, yeux injectés, larmoyans, vomissemens répétés, 
oppression et sentiment de plénitude à la poitrine; toux , 
insomnie, délire passager, mouvemens convulsifs dans les 
paroxysmes, pouls constamment fébrile, soif ardente. 

Dans la nuit du 12, apparition de petits boutons sur le 
corps, ardeur à la gorge, gêne de la déglutition. 

Le i 3 , entrée â l’hôpital; éruption variolique bien carac¬ 
térisée, nombreuse surtout â la face et aux membres; pus¬ 
tules très-rouges, petites et coniques; paupières légèrement 
tuméfiées ; chaleur forte, lia li tueuse ; pouls fréquent et plein 
abattement général; langue chargée d’un enduit épais, jau¬ 
nâtre et tenace; pharynx plus rouge que de coutume; point 

7 - 


( 100 ) 

de symptômes morbides au thorax , ni à l’abdomen ; ventre 
souple et de volume ordinaire. 

Le 4 , même état, progrès de l’éruption, céphalalgie très- 
intense , délire, pouls très-accéléré ( tisane de mauve , deux 
pots ; eau de laitue émulsionnée , quatre onces ; saignée 
du bras de neuf onces ; lavement , diète.) 

Le 1 5 , persistance du délire et de la fièvre, douleur au 
ventre, vers la région cœcale {sioc sangsues dans celte région). 
L’évacuation sanguine qui en résulta fut extrêmement abon¬ 
dante, et dura jusqu’au soir. On employa inutilement. pour 
l’arrêter, les tampons de charpie; la pierre infernale seule 
put y parvenir, après une application long-temps prolongée. 
Cette perte de sang jeta le malade dans l'affaiblissement, les 
pustules varioliques pâlirent, le pouls se ralentit beaucoup, 
et cependant le délire continua. 

Le 16, grande faiblesse, toux fréquente, délire tranquille, 
pouls fréquent et encore dur; éruption très-pâle et nom¬ 
breuse {eau de laitue émulsionnée , deux vésicatoires aux 
jambes , sinapismes sur le coude-pied , un bouillon). 

Le 17 , même état, délire tranquille, dont on peut retirer 
l’enfant en lui parlant; pouls plus fort, éruption moins pâle 
{mauve , sirop de gomme 1 julep gommeux , vésicatoire à la 
nuque , demi-portion de vin , bouillon). 

Le iB et iy, continuation de la fièvre et du délire. 

Le 20, pouls dur et fréquent , agitation portée au point 
qu’on estobligé de mettre la camisole ; langue chargée, un peu 
sèclie, soif ardente, excoriations à la face, un peu de sensi¬ 
bilité au ventre; ecchymoses étendues au niveau des endroits 
où l’on a mis des sinapismes {décoction de quinquina vi¬ 
neuse , julep cordial éthéré , deux demi-lavemens de quin¬ 
quina , frictions sur les membres avec l’alcool camphré). 
Pustules très-pâles, affaissées, ayant la plupart un point noir 
a leur centre. Mort dans la soirée, 

Autopsie : l’arachnoïde cérébrale était sous-infiltrée de 
sang dans la région supérieure de l’hémisphère droit , et 
les fosses occipitales inférieures contenaient un peu de séro¬ 
sité. Le pharynx offrait une rougeur très-intense a la sur¬ 
face de sa membrane muqueuse , qui était recouverte d’une 
couche adhérente, jaunâtre et puriforme. On voyait aussi 
sur cette membrane des traces de pustules varioliques. Le 
larynx et la trachée étaient dans l’état naturel. 

Dans la poitrine , la plèvre costale et médiastine du côté 


( IOI ) 

gauche était d’un rose assez prononcé, surtout en amère- la 
cavité formée par cette membrane renfermait environ six 
onces de sérosité trouble et blanchâtre; le poumon du meme 
côté était hépatisé dans sa partie inférieure, et couvert pos¬ 
térieurement de fausses membranes très-minces; le poumon 
droit présentait quelques adhérences anciennes avec les côtes ; 
son tissu était tuberculeux vers la racine , endroit où se 
rencontraient également des glandes bronchiques tubercu¬ 
leuses. 

Tous les organes abdominaux étaient parfaitement sains 
et affaiblis; le colon offrait une teinte noirâtre, due aux ma¬ 
tières fécales qui le remplissaient. On voyait sur la surface 
de la muqueuse beaucoup de petits follicules dilatés, avec 
une ouverture distincte a leur centre. 

L’extérieur du corps n’avait de remarquable que les nom¬ 
breuses excoriations de la peau dans les diverses parties de 
la face. 

L’inflammation des méninges fut, chez l’enfant dont on 
vient de lire l’histoire, masquée par la variole et i’infiamma- 
tion de poitrine, maladies qui se développèrent toutes pres¬ 
que simultanément. La céphalalgie seule et le délire pou¬ 
vaient faire soupçonner l’existence d’une phiegmasie cérébrale, 
et la persistance du dernier symptôme surtout devait peut- 
être rendre le traitement plus actif, et le faire diriger de 
préférence contre les symptômes d’irritation encéphalique. 
Cependant, une évacuation sanguine très-abondante, obtenue 
par les sangsues qui furent appliquées à la région du ventre, 
diminua considérablement la fièvre, et produisit même beau¬ 
coup de faiblesse; mais, chose étonnante, le délire continua 
comme auparavant. La méthode excitante , employée bientôt 
après pour empêcher la rétropulsion de la variole, ne fit 
qu’exaspérer tous les symptômes morbides, et accéléra peut- 
être une terminaison funeste que les lésions , indiquées par * 
l’oiîverture du corps, devaient rendre inévitable. 

Obs. 3. — Symptômes de méningite à la suite de la rou¬ 
geole ; toux , céphalalgie , cris , assoupissement ; injection 
de l 1 arachnoïde, bronchite , phiegmasie des glandes mé¬ 
sentériques. — Jean Lavaissière , âgé de cinq ans, venait 
d’avoir un rhume dont il .était convalescent depuis plusieurs 
jours , lorsque tout a coup la toux redoubla , s’accompagnant 
de fièvre, de lassitudes, de céphalalgie et de rougeur aux 
yeux. 


( 102 ) 

Le deuxième jour, chaleur a la peau, fréquence du pouls, 
éruption de rougeoie a la face, vomissemensspontanés {mauve, 
bourrache , julep gommeux avec sirop de coquelicot). 

Le quatrième jour, même état, céphalalgie intense, vo- 
missemens répétés. 

Le cinquième jour, dévoiement, ventre un peu douloureux 
(i cataplasmes émolliens sur le ventre). 

Le sixième jour, petite toux fréquente, respiration accélé¬ 
rée, point de vomissement; langue blanche et humide, taches 
de rougeole pâles et peu marquées à la face; irritation de l’œil 
droit (cinq sangsues à la poitrine , diète) ; redoublement de 
fièvre le soir, cris, vomissemens, peau brûlante, pouls très- 
fréquent, assoupissement par intervalles dans la nuit. 

Le septième jour, toux presque continuelle, fièvre ardente , 
poitrine moins sonore â droite, irritation des yeux , suppu¬ 
ration des paupières , écoulement abondant de mucosités par 
les fosses nasales ( huit sansgues à droite et en arrière de la 
poitrine , pédiluve sinapisé). 

Le huitième jour, les taches reparaissent â la face; lar¬ 
moiement, céphalalgie intense, bouffissure; langue très- 
chargée, un peu sèche; fétidité d’haleine, soif vive, chaleur 
extrême de la peau, agitation, toux continuelle et sèche 
(mauve) bourrache , trois pots; julep huileux , un grain 
d'émétique ; saignée du bras d'une palette et demie , à ré¬ 
péter le soir ; un vésicatoire à la nuque) ; dans la nuit, in¬ 
somnie, délire , efforts pour se lever de son lit, soif ardente. 

Le neuvième jour, cris violens , assoupissement par inter¬ 
valles ; toux , respiration gênée , pouls très-fréquent ; l’érup¬ 
tion a reparu plus abondamment sur la face; soif extrême ; 
le sang de la dernière saignée contenait beaucoup de sérum; 
lèvres sèches, mucosités filantes dans la bouche (un vésica¬ 
toire sous l'omoplate droite). Mort dans la soirée. 

yJutopsie : sur la convexité de l’hémisphère droit du cer¬ 
veau , l’arachnoïde était très-rouge, et, au dessous d’ellê, le 
tissu cérébral paraissait peu ramolli; poumons sains, bron¬ 
ches gauches un peu injectées ; gonflement des glandes bron¬ 
chiques; larynx et trachée-artère en bon état; estomac très- 
contracté, rougeur sur ses rides, intestins grêles un peu rouges 
aussi, offrant cinq invaginations assez étendues; gros intes¬ 
tins sains; glandes mésentériques engorgées et rougeâtres. 

Ici l’inflammation de l’arachnoïde, compliquée seulement 
de quelques symptômes vers la poitrine, fut mieux dessinée 


( iod )• 

que dans l’observation précédente. La céphalalgie, les vomis- 
semens, les cris, la somnolence, réunis et persistant plusieurs 
jours de sujte, étaient sans doute bien suffisans pour faire 
établir un diagnostic certain. Cependant l’irritation bron¬ 
chique et la douleur du ventre détournèrent pendant plu¬ 
sieurs jours l’attention du médecin, que les symptômes céré¬ 
braux auraient, sans cela, fixée d’une manière exclusive,et 
permirent a la phlegmasîe de l’arachnoïde de faire ddmou- 
veaux progrès dont il fut bientôt impossible d’arrêter la 
marche. 

Obs. 4 - —Arachnoïdite coïncidant avec une affection'ver¬ 
mineuse j tubercules et mélauose des ganglions bronchiques . 
— Jean-Baptiste Charpenel, âgé de treize ans, était malade 
depuis huit jours : céphalalgie dès le début; anorexie, vo- 
missemens répétés de mucosités bilieuses, au milieu desquelles 
se sont trouvés en plusieurs fois huit vers lombrics; insom¬ 
nie, constipation, peu de toux , soif ardente, point de dou¬ 
leur au ventre, lièvre continue à paroxysme le soir, diminu¬ 
tion rapide des forces et de l’emboiipoint ; aucun traitement 
ne fut mis en usage. • 

Le 29 mars, entrée a l’hôpital : nausées, céphalalgie sus- 
orbitaire intense, pupilles dans l’état ordinaire, pouls petit 
et fréquent, accablement général. La nuit suivante, vomis- 
semens répétés, évacuations aivines et urinaires. 

Le do, céphalalgie persistant au même degré; sensibilité 
des yeux, sans injection de ces organes; pouls lent, irrégu¬ 
lier, soixante battemens; langue blanchâtre, rouge sur les 
bords; chaleur à la peau, réponses lentes, toux avec expec¬ 
toration muqueuse; poitrine sonore , point de sensibilité du 
ventre, qui est souple; la pression exercée sur l’épigastre dé¬ 
termine seulement quelques nausées ( tisane de mauve, deux 
pots ; six sangsues aux tempes: épithème de glace sur le 
front , renouvelé plusieurs f ois ; pédiluve sinapisé, sina¬ 
pismes aux pieds dans la soirée ; calomel , quatre grains 
en quatre prises ); vomissemens dans la journée; le soir, 
pouls très-lent, assez régulier, céphalalgie, assoupissement, 
pupilles dilatées, beaucoup de nausées, tremblement des 
lèvres, réponses lentes ; pas de selles ni d’évacuation urinaire 
(un vésicatoire au cou). 

Le 3 i, apparition de deux parotides, écoulement abondant 
de salive, gencives blanchâtres, un peu de céphalalgie , 
néanmoins état calme, comparativement a celui delà veille; 


( to4 ) 

pouls plus fréquent, un peu irrégulier (compresse d'oxicrat 
sur le front ; calomel , quatre grains ; pèdiluve sinapisé , 
sinapismes après le bain de pieds). Dans la nuit, délire, 
agitation extreme qui porte le malade à descendre de son lit ; 
vomissemens muqueux, épais ; selles. 

Le premier avril, même état, céphalalgie ; lorsque Penfant 
tire la langue, il ne la fait rentrer que lentement dans la 
boucne ; légère somnolence ( limonade , six sangsues aux 
tempes , un vésicatoire à une jambe). Dans le reste de la 
journée, délire,assoupissement, langue chargée, blanche et 
humide; pouls, quatre-vingts battemens. 

Le 2, somnolence dont on peut retirer le malade en lui 
parlant; paupières demi-fermées, douleurs aux yeux , pesan- 
teur à la tête, pupille droite dilatée , trouble de la vue, sen¬ 
sibilité a la lumière, paroles entrecoupées, répugnance pour 
les boissons, fréquence du pouls variable, quatre-vingts à 
quatre-vingt-dix battemens ; décubitus a gauche , la face 
appuyée sur la main; pas de selles, ni d urine (l'asement, de 
la tete , frictions sur cette partie avec une once de pom¬ 
ma cite stibiee pour trois frictions ; un demi-lavement , petit- 
lait , limonade nitrée). Le soir, même état. 

Le 3 , quelques pustules se sont développées sous Pin- 
fluence des frictions; assoupissement : Penfant répond avec 
peine aux questions quon lui adresse, et souffre difficile¬ 
ment qu’on le tire de son sommeil; point de délire, vue 
trouble, pupilles également dilatées, sensibles à la lumière; 
douleur aux yeux, sans rougeur ; langue humide et blanche, 
pouls assez régulier, comme la veille; point d’évacuations 
alvines ni urinaires (prescriptions semblables,pédiluve sina¬ 
pisé , lavement avec miel de mercuriale , deux onces). 

Le 4, idem: pas d’évacuations alvines, mais excrétion 
urinaire assez abondante ; grande irritabilité (frictions avec 
la pommade stibiee , deux lavemens émolhens , sinapismes 
aux pieds ); vomissemens copieux dans la soirée, immédia- 
ment à la suite des frictions sur le crâne. 

Le 5 , même assoupissement, céphalalgie, douleur à la 
gorge, toux, constipation, urine trouble et colorée, peu de 
soif; pouls, quatre-vingt-seize battemens (mauve miellée , 
un lavement , vésicatoire sur la tête , sinapismes aux 
pieds). 

Le 6, lace animée, légère surdité, pupilles dilatées, peu 
mobiles; langue blanche et humide, toux assez fréquente, 


( i°5 f 

vomissemcns après avoir bu de l’eau rougie ; évacuation in¬ 
volontaire d’urine, pas de selles, sensibilité du ventre, len¬ 
teur des mouvemens ( julep huileux , deux demi-lavemens 
avec une décoction de quinquina , sinapismes aux pieds ? 
un bouillon ). 

Le 7, assoupissement plus profond, oscillation des pau¬ 
pières par intervalles, écoulement par la bouche d’une salive 
filante, mêlée de pus, qui paraît provenir d’une ulcération de 
la membrane muqueuse de cette cavité* refus des boissons, 
sensibilité du ventre, pouls quatre-vingt-seize battemens. Le 
malade n’a pas rendu ses lavemens, et le vésicatoire sur la 
tête n’a produit aucun effet. 

Le soir, même état; pupilles fixes , se contractant isolé¬ 
ment; facultés intellectuelles d’ailleurs intactes, réponses 
lentes, langue chargée, un peu déviée a gauche; pouls, cent 
dix battemens; toux, poitrine sonore. Le malade peut encore 
se servir de sa main pour porter un verre a sa bouche ( la¬ 
vement avec poudre de quinquina , une demi' once'). 

Le 8, évacuations alvines abondantes et fétides ; expul¬ 
sion de trois vers lombrics, deux par les selles, et l’autre par 
la bouche ; écoulement copieux de mucosités purulentes par 
la bouche et par le nez ; assoupissement plus complet que la 
veille , et néanmoins audition assez facile et réponses justes , 
toux par intervalles,pouls très-fréquent, cent trente battemens; 
strabisme en haut; légère couche albumineuse sur la cornée 
transparente; œil gauche plus fermé que le droit; déglutition 
très-difficile, et toux en avalant; plaintes lorsqu’on cherche 
à mouvoir le malade ( décoction de quinquina pour boisson , 
julep gommeux avec sirop de quinquina ; potion cordiale 
éthérée , quatre demi-lavemens avec la décoction de quin¬ 
quina , bouillon y quart de vin). Mort à sept heures du soir. 

u 4 utopsie. — Tête : arachnoïde cérébrale très-humide, ten¬ 
due sur les circonvolutions du cerveau par une légère infiltra¬ 
tion albumineuse; granulations miliaires très-nombreuses sur 
les côtés du sinus longitudinal, endroit où les membranes 
étaient adhérentes ; d’autres granulations superficielles , peu 
distinctes, au dessous de l’hémisphère droit ; ventricules laté¬ 
raux légèrement dilatés ; le gauche, par deux cuillerées de 
sérosité; le droit, par une quantité moindre ; plexus cho¬ 
roïdes décolorés; peu de sérosité dans les troisième et qua¬ 
trième ventricules. Membrane muqueuse des fosses nasales 
saine, couverte d’un peu de mucosité puriforroe; glande paru- 


( I0 6 ) 

tide légèrement tuméfiée : cou et thorax; pharynx de couleur 
rose , contenant un ver lombric ; larynx et trachée en bon 
état ; poumon ofirant quelques adhérences celluleuses an¬ 
ciennes. Leur parenchyme était en général crépitant, engoué 
«le sang, surtout au droit, dont le lobe inférieur était assez 
ferme, mais surnageait cependant bien ; ganglions bronchi¬ 
ques des deux cotés volumineux , convertis en mélanose et 
en matière tuberculeuse; bronches légèrement roses, surtout 
a droite ; cœur distendu par beaucoup de sang. 

Abdomen : membrane muqueuse de l’estomac légèrement 
José; un ver y pénétrait du duodénum. Cet intestin renfer¬ 
mait seize ou dix-sept lombrics plus ou moins longs. Dans 
le reste de 1 intestin grele, on en comptait une cinquantaine 
par pelotons ou isolés. La muqueuse était saine, un peu in¬ 
jectée seulement, et recouverte de beaucoup de mucosités bi¬ 
lieuses. La fin de l’iléon était très-rétrécie. Dans le colon, on 
trouvait encore quelques vers lombrics. La membrane mu¬ 
queuse était rouge au niveau des replis musculaires, qui étaient 
assez prononcés; rectum distendu par des matières fécales 
jaunes et fermes, dans lesquelles se rencontraient deux lom- 
biics petits et minces ; vésicule biliaire distendue par une bile 
peu colorée; vessie étroite, dans l’état normal. 

Cette observation , rapportée dans tous ses détails avec une 
exactitude scrupuleuse, doit paraître intéressante sous plu¬ 
sieurs rapports : i° quant à sa cause, qu’il est bien naturel 
de trouver dans la présence et le nombre des vers intesti¬ 
naux'; 2 relativement à sa marche et à ses symptômes : ici, 
point de complication étrangère ; invasion caractérisée par 
la céphalalgie, les vomissemens spontanés et la fièvre ; per¬ 
sistance de ces symptômes pendant plusieurs jours, et déve¬ 
loppement gradué d’autres signes non moins saillans : assou¬ 
pissement, délire par intervalles, dilatation des pupilles, 
constipation, pouls accéléré de jour en jour , etc. , aussi le 
diagnostic fut-il assez facile à établir; 3° le traitement, ap¬ 
pliqué déjà un peu tard, ne fut peut-être pas aussi actif et 
aussi énergique que les circonstances paraissaient la réclamer. 
La fréquence toujours croissante du pouls, semblait indi¬ 
quer des émissions sanguines plus abondantes et plus pro¬ 
portionnées à la gravité de la maladie autant qu a Page du 
malade. On n appliqua que deux fois les sangsues aux tem¬ 
pes, et seulement au nombre de six chaque fois. L’emploi 
de la glace en épûkème ne parut produire aucun amende- 


( i®7 ) 

ment, et le calomel ne fut continué a l'intérieur que pendant 
deux jours ; il en fut de même de la pommade stibiée, des 
vésicatoires et sinapismes, qui se montrèrent également im- 
puissans. Enfin , les toniques et le quinquina, administrés 
sous toutes les formes à une époque plus avancée, furent 
sinon nuisibles, au moins tout à fait infructueux, et ne pu¬ 
rent ni empêcher, ni retarder d’un seul instant la terminaison 
fatale; 4° l es altérations cadavériques furent complètement 
en harmonie avec les signes observés dans le cours de cette 
affection. L’adhérence des méninges à la partie supérieure 
du cerveau, et les granulations répandues en cet endroit sur 
l’arachnoïde correspondirent à la céphalalgie et au délire, 
tandis que la dilatation des ventricules cérébraux par un 
épanchement séreux, fut en rapport avec l’assoupissement, 
ainsi que l’avaient remarqué déjà en pareil cas plusieurs pra¬ 
ticiens, notamment MM. Parent-Duchâtelet et Martinet dans 
leur ouvrage sur l’arachnoïdite. 

Toutes les observations qui suivent vont nous présenter 
également la coïncidence d’un épanchement séreux dans le 
cerveau avec l’inflammation des membranes de ce viscère, 
coïncidence d’ailleurs très-fréquente chez les enfaïis. 

Obs. 5. —jlrachnoidite avec épanchement séreux ; bron¬ 
chite , tubercules bronchiques et pulmonaires . — Edmond 
Beau, âgé de quatorze ans, avait déjà séjourné trois mois 
à l’hôpital pour être traité de la variole, et en était sorti le 
3 i décembre 1818, guéri de cette maladie, mais conservant 
à la partie interne du bras droit une plaie peu étendue, suite 
d’un phlegmon gangréneux qui était survenu dès l’invasion 
de la variole et immédiatement après une saignée. Lors de 
sa rentrée, au bout de quinze jours , la plaie avait une éten¬ 
due assez considérable, la surface en était rouge, la suppu¬ 
ration abondante. Cet enfant était en outre atteint d’une 
toux fréquente, accompagnée d’expectoration , sans douleurs 
à la poitrine. 

Le 22 janvier, le malade ne toussait plus que médiocre¬ 
ment , lorsque la fièvre augmenta tout d’un coup, il survint 
de la céphalalgie et du délire, avec des cris violens, ce qu’on 
attribua à une imprudence de régime. 

Le 24, céphalalgie très-intense, irritabilité générale très- 
grande, sensibilité extrême de la vue, point de trouble dans 
les idées, toux rare et pénible, douleur au thorax, quelques 
bâillemens, ventre sensible à la pression, pouls dans l’état 


( I ° 8 ) 

naturel ( infusion de mauve , bis ; eau de laitue émulsionnée i 
six sangsues à Vabdomen , cataplasme émollient ensuite ; 
un bain dans la journée , point de délù'e , nausées la Jiuit 
seulement). 

Le a 5 , état d’abattement, céphalalgie, quelques mouve- 
mens irréguliers dans les muscles de la face ; plaintes par in¬ 
tervalles, pouls régulier, plus fréquent que la veille ; toux 
vaine, langue légèrement humide, peu de soif, constipation 
(d’après l’opinion du médecin chargé du service de la salle, 
les symptômes cérébraux paraîtraient sympathiques de l’état 
de l’estomac) : rougeur de la face par intervalles, un peu de 
délire (six sangsues aux tempes , cataplasmes sinapisés aux 
pieds ; potion émulsionnée avec eau de laitue et sirop 
diacode). 

Dans la journée, pendant l’application des sangsues et des 
sinapismes, le malade se livra à toute sa mauvaise humeur, 
en jurant et menaçant tous ceux qui l’environnaient. A la 
suite de cet accès de colère, il perdit connaissance vers les 
trois heures. Alors insensibilité du pouis, pâleur et sueur 
froide a la lace, yeux fermés, pupilles dilatées et fixes, res¬ 
piration accélérée. — Mort à six heures du soir. 

Autopsie .— Tête : l’arachnoïde était évidemment épaissie 
â la partie supérieure de chaque hémisphère, dans la scissure 
de Sylvius et près des nerfs optiques, où l’on voyait cette 
membrane couverte d’une couche comme gélatineuse. Sur 
les cotés de la grande faux et sur l’arachnoïde, on remarquait 
des granulations blanchâtres assez nombreuses. Les ventri¬ 
cules latéraux étaient distendus par une sérosité légèrement 
trouble. Il y en avait aussi dans le quatrième ventricule et 
dans les fosses occipitales. On pouvait évaluer a trois onces 
et demie toute la quantité de liquide épanchée. 

Thorax : bronches rouges , glandes bronchiques engor¬ 
gées, tuberculeuses et contenant de la matière noire mélangée 
avec la matière tuberculeuse. Les poumons renfermaient des 
tubercules miliaires et granulés, isolés et sans trace d’irrita¬ 
tion dans le voisinage. 

Organes abdominaux dans Vétat, naturel: les gros intes¬ 
tins étaient pleins de matières fécales endurcies. 

Bien différente de celle qui a été décrite précédemment, 
cette arachnoïdite a offert une marche des plus insidieuses, 
puisque le délire qui a paru dès le premier jour, disparut 
bientôt ensuite, que le pouls redevint meme presque naturel, 


( i°!) ) 

et qu'on crut devoir attribuer tous les accidens 'a une gastrite 
qui n'existait réellement point. L'autopsie seule put décider 
le diagnostic , jusque ia incertain, d'une maladie qu’une mort 
aussi prompte pouvait, tout au plus , faire soupçonner. Ce¬ 
pendant, il est bon de noter que, malgré la rémission évi¬ 
dente qu’offrit la marche de cette affection, la céphalalgie 
ne disparut jamais complètement, qu’il subsista toujours une 
irritabilité générale, de la sensibilité dans la vue, et de la 
constipation ; enfin , Ce ne fut qu’après un paroxysme nou¬ 
veau, exaspéré lui-même par un accès de colère, que sur¬ 
vinrent la perte de connaissance, l’immobilité des pupilles et 
autres signes fâcheux, précurseurs de la mort, qui arriva dans 
l’espace de quelques heures. N’est-il pas probable qu un 
épanchement se fit alors dans les ventricules cérébraux , et 
que ce fut cet accident qui amena la terminaison fatale? 

L’observation suivante paraît ajouter une nouvelle con¬ 
sistance à cette opinion , puisqu’elle présente une marche 
encore plus irrégulière de la méningite, et une terminaison 
mortelle également soudaine, â la suite d’une maladie assez 
longue et caractérisée par une intermittence bien prononcée. 

Obs. 6 —• Toux , diarrhée , convulsions à retour pério¬ 
dique ; rétraction des doigts et des orteils ; fièvre par in¬ 
tervalles ; mort a la suite de mouvemens convulsifs. Arach- 
no'idite avec épanchement séreux des ventricules ; pleurésie 
et pneumonie du côté gauche ; phlegmasie des glandes bron¬ 
chiques ; légère entérite ). — Derouvilez, âge de trois ans , 
entré â l’hôpital le 16 janvier, était malade depuis cinq se¬ 
maines. Il eut d’abord une toux fréquente, avec de la fièvre ; 
le ventre se ballona , et, quelque temps après, il survint de la 
diarrhée, puis des vomissemens et des convulsions, a la suite 
desquelles les doigts et les orteils restèrent rétractés dans le 
sens de la flexion." La poitrine , examinée lors de l’arrivée du 
petit malade, parut sonore. 

Le 19 janvier, il se manifesta de nouvelles convulsions 
(tisane de mauve, julep gommeux avec oxide de zinc , 
gr. vj et eau defleurs d’oranger § ij ; six sansgues derrière 
les oreilles , diète). 

Le 20 janvier, amélioration , diarrhée, toux accompagnée 
d’expectoration. 

Le 26, rougeur et sueur à 1 a face, soif ardente, mouve¬ 
mens convulsifs dans les bras, respiration accélérée, pouls 
tumultueux , faible, dévoiement (infusion d'oranger , julep 


( no ) 


etheré , dicte ; sinapismes aux pieds , un vésicatoire entre 
les épaules ). 

Le 27 , pouls fréquent , chaleur de la peau, soif. 

Le 28, même état , fièvre • les doigts sont dans une flexion 
permanente, les pouces engagés entre les deux doigts qui 
suivent. On soupçonne l'existence de vers intestinaux ( mousse 
de Corse ^ {$, dans eau ^ iv; lavement avec une décoction 
de fougère). 

Le 3 o, soif extrême, pouls accéléré, pas de toux ni de 
dévoiement. 

Dans le cours de la journée, plaintes continuelles, con¬ 
vulsions prolongées, avec perte de connaissance. Mortau bout 
de quelques heures. 


xlutopsie : on ouvrit la colonne vertébrale et le crâne, 
mais, par accident, la dure-mère fut percée près du trou 
occipital, et, dans chaque traction qu’on exerçait sur les os 
de la voûte crânienne, qu'on était obligé d’arracher par frag¬ 
ment, on voyait de la sérosité s’écouler par cette ouverture. 
Ce liquide ne paraissait pas venir de la moelle épinière, 
mais bien des fosses occipitales inférieures, par conséquent 
des ventricules cérébraux. La dure-mère 11e fut incisée de 
dessus le cerveau que le lendemain. Les capillaires qui se 
distribuent sous l'arachnoïde, parurent très-injectés ; les ven¬ 
tricules ne contenaient plus de sérosité, et la moelle épinière 
était saine. Dans le thorax, on voyait, sur la plèvre gauche , 
des traces d’inflammation et quelques débris de fausses mem¬ 
branes. Le poumon du même côté était rouge , engorgé de 
sang, peu crépitant â la partie supérieure, mais surnageant 
cependant l’eau ; ganglions bronchiques très-volumineux et 
rouges. Le côté droit de la poitrine était en bon état; le pé¬ 
ricarde renfermait une certaine quantité de sérosité transpa¬ 
rente ; rien à l’estomac: l’intestin grêle rouge dans quelques 
points , sans ulcération. L’appendice cœcale formait une pe¬ 
tite masse arrondie, qui paraissait composée de matière tu¬ 
berculeuse et de mélanose. 


Obs. 7. — Convulsions pendant la dentition ,* céphalalgie 
et assoupissement durant plusieurs jours , retour fréquent 
des mouvemens convulsifs , toux , respiration stertoreuse , 
perte de connaissance , raideur générale et mort le 'ving¬ 
tième jour ; épanchement séreux dans les ventricules du 
cerveau , granulations , adhérences partielles et .suppura¬ 
tion de Varachnoïde et de la pie mère ; tubercules des 


( 111 ) 

glandes bronchiques du poumon gauche et du péritoine , 
rachitis. — Louis Desfray, âgé de trois ans , avait trois dents 
qui poussaient a la fois, lorsqu’il fut atteint de convulsions 
le io mars 1819. Depuis cette époque , il se manifesta de fré- 
quens vomissemens, que l’on chercha à combattre par l'em¬ 
ploi de la magnésie dans de l’eau sucrée. Ceux-ci disparurent; 
et firent place aux symptômes suivans : assoupissement, cé¬ 
phalalgie intense, yeux à demi-fermés, fièvre continue très- 
violente, convulsions répétées pendant les journées des 22, 
23 et 24*, grincemens de dents, toux par intervalles, déglu¬ 
tition difficile, constipation opiniâtre, nécessitant l’usage des 
lavemens, difficulté d’uriner, rougeur et pâleur alternatives 
de la face. 

Le 28, respiration Stertoreuse, pouls très-accéléré, ap¬ 
parition de petites pustules miliaires au cou (six sangsues 
aux régions mastoïdiennes , deux vésicatoires aux cuisses , 
sinapismes aux pieds ). 

Le 29, entrée à l’hôpital, coma profond, pupilles dilatées, 
chaleur très-forte, pouls assez lent, évacuations involontaires 
d’urine. Dans la soirée, écoulement d’une salive écumeuse, 
déglutition très-gênée, abolition complète des sensations 
( potion tonique , lavement avec la poudre de quinquina et 
le camphre ; sinapismes aux pieds ). 

Le 3 o, inclinaison de la tête en arrière, immobilité des 
pupilles, contractions et raideur des membres supérieurs, 
pouls imperceptible ( julep cordial étheré , sinapismes aux 
genoux ). Mort à dix heures du matin. 

Autopsie. — Extérieur : la tête était conformée de telle 
manière que la bosse pariétale gauche était située un pouce 
plus loin en arrière que la droite. Le prépuce était légèrement 
adhérent au gland, et, â sa base, se trouvait une sorte d’an¬ 
neau irrégulier, formé par des concrétions blanches comme 
plâtreuses et molles (011 avait remarqué que, peu d’instans 
avant la mort , la verge était dans un état d’érection). 

Intérieur du crâne : circonvolutions cérébrales un peu 
aplaties; quelques petites adhérences entre les feuillets de 
l’arachnoïde : cette membrane paraissait humide et légère¬ 
ment sous-infiîtrée ; les ventricules contenaient environ trois 
onces de sérosité ; le septum medium était déchiré en arrière, 
le ventricule droit plus dilaté que le gauche ; la pie-mère 
était généralement infiltrée , mais surtout auprès des nerfs 
optiques. Sur l’hémisphère gauche, se trouvaient de nom- 


' ( II® ) 

foreuses granulations et un peu de matière puriforme adhé¬ 
rente : deux onces de sérosité limpide dans les fosses occipi¬ 
tales inférieures ; rien au cervelet. 

Thorax : glandes bronchiques volumineuses, converties 
en tubercules et en partie suppurées, d’autres rouges à l'ex¬ 
térieur et blanches au dedans ; poumons libres : le gauche 
contenait des tubeicules secs, très-petits et peu appareils ; 
cœur pâle, renfermant un sang fluide, son ventricule gauche 
très-épais. 

Abdomen : estomac d’un très-petit volume, sa membrane 
muqueuse saine ; intestinsgrêles généralement très-contractés, 
sans aucune augmentation sensible dans l’épaisseur de leurs 
parois. Il eût été très-difficile d’introduire le petit doigt dans 
leur intérieur, tant ils étaient ratatinés ; au dedans, la mem¬ 
brane muqueuse était en assez bon état, mais seulement sous- 
infiltrée de sang et ecchymosée en quelques endroits. La fin 
de l’iléon et toute la longueur des gros intestins étaient au con¬ 
traire distendues par des gaz, et paraissaient d’un volume con¬ 
sidérable. 11 y avait de la rougeur vers le cæcum, le reste était 
sain. La vésicule biliaire contenait un peu de bile rougeâtre, 
et la vessie était pleine d’urine. On voyait de nombreux tu 
hercules miliaires sur toute la surface du péritoine, mais 
principalement vers le diaphragme et sur l’estomac , sans autre 
altération apparente de cette meinbrane sértmse. 

La manifestation de cette maladie précisément au mo¬ 
ment de la pousse de plusieurs dents, peut faire présumer 
que cette circonstance a dû influer sur sa production. Ses 
symptômes n offrirent du reste rien de particulier , non plus 
que son traitement, qui fut tout â fait nul dans le commence¬ 
ment, et insignifiant vers la fin, époque où il était, à la 
vérité, impossible d’espérer la moindre chance de succès. 
Mais 1 ouverture du corps peut fournir matière à plusieurs 
remarques intéressantes ; car , i° elle démontra que les vomis- 
missemens observés dès le principe étaient purement sympa¬ 
thiques de l’affection cérébrale, l’estomac ayant été trouvé 
en effet parfaitement sain ; 2 0 la quantité assez grande de 
sérosité amassée dans les ventricules et a la base du cerveau , 
se trouva parfaitement correspondre â l’état comateux qui 
persista dans les derniers jours de la vie; 3° enfin, on cons¬ 
tata la complication , notée généralement par tous les au¬ 
teurs, de 1 affection tuberculeuse et du rachitis, qui se trou¬ 
vait lui-même coïncider avec une dentition tardive. 


( ti3 ) 

L’observation qui suit offre l’exemple d’une maladie plus 
promptement mortelle, caractérisée par un épanchement très- 
abondant, qui détermina une rupture de l’arachnoïde ventri¬ 
culaire , et dut sans doute occasioner une forte compression 
de l’encéphale. 

Obs. 8. — Arachno'idile suivie d'épanchement considérable 
dans le cerveau , bronchite légère , vers intestinaux ', rou¬ 
geole. — Richard, orphelin sourd-muet, âgé de huit, ans, 
avait perdu î appétit depuis plusieurs jours; dès lors, mou¬ 
vement fébrile chaque soir, état de faiblesse, respiration 
gênée. On soupçonna qu’il avait des vers, il entra à l’hôpital 
le 17 avril. 

Le 18, vomissemens abondans la nuit, soif très-vive, 
langue hrnnide et blanchâtre; peu de fièvre, toux par inter¬ 
valles , éruption sur la peau de taches de rougeole , sensibilité 
du ventre (, mauve , bourrache édulcorée ; pédiluve sinapisé , 
diète 

Le 19, fièvre toute la nuit et sueur copieuse, vomisse- 
mens répétés, soif, toux sèche et rare, langue humide et 
rose; la lèvre supérieure paraît violacée, comme si le ma¬ 
lade avait bu du vin, mais on s’assura du contraire. Il survint 
quelques mouvemens convulsifs dans les muscles des avant- 
bras, lesquels furent suivis d’une rétraction de ces muscles 
(un bain tiède , julep gommé , sinapismes aux pieds). 

Dans la soirée, céphalalgie , la face est plusieurs fois de¬ 
venue bleuâtre, rétraction spasmodique des membres supé¬ 
rieurs, assoupissement, cris par intervalles. Mort dans la nuit 
du iq au 20. 

V 

Autopsie. — Tête : granulations nombreuses de chaque 
côté du repli falciforme, avec quelques adhérences partielles; 
tissu sous-arachnoïdien infiltré de fluides albumineux : â la 
partie supérieure de l’hémisphère gauche, en arrière, on vovait 
un intervalle assez grand, entre deux circonvolutions, occupé 
par une vésicule transparente, remplie de sérosité. Lorsqu’on 
penchait le cerveau a gauche, cette vésicule semblait se dis¬ 
tendre ; si c’était du côté opposé, elle se vidait au contraire 
et s’affaissait. La vésicule ayant été ouverte, on vit que sa 
cavité s’étendait profondément, et l’on soupçonna qu’il y 
avait communication entre le fond de cette anfractuosité et le 
ventricule latéral. En effet, l’hémisphère fut â peine incisé 
transversalement, qu’on pénétra dans le ventricule, bien au 
dessus de l’endroit où l’on y arrive ordinairement. On s’assura 

TOME XXXI. 8 


( ) 

alors que l’ouverture de communication n’était pas du tout 
accidentelle, mais que les bords en étaient bien lisses, arron¬ 
dis , et qu’ils ïi’étaient recouverts d’aucune membrane. Il 
paraissait, en conséquence , que la pie mcre eût été soulevée 
par le liquide contenu dans le ventricule, après la rupture 
de l’arachnoïde ventriculaire. Le ventricule de ce coté était 
large , dilate, et contenait beaucoup de sérosité. C'était dans 
ia cavité digitale que s’était formée l’ouverture de commu¬ 
nication. Un filet médullaire, arrondi et mince, partait de 
cette cavité digitale , et se portait en avant et en dehors, vers 
la corne d’Ammon. Il n’existait pas de cloison entre les ven¬ 
tricules latéraux , qui communiquaient ainsi largement l’un 
avec l’autrej le droit était moins dilaté que le gauche. On 
trouva beaucoup de sérosité a la base du cerveau et dans les 
fosses occipitales inférieures. Le cervelet et la moelle épi¬ 
nière n’offraient rien de remarquable. 

Cou et thorax : ie larynx était sain, de même que la tra¬ 
chée artère ; les bronches, au contraire, et leurs subdivisions 
se trouvaient injectées et rouges ; les glandes bronchiques 
étaient engorgées, rouges et volumineuses; les poumons 
parfaitement sains , libres et crépi tans. 

Abdomen : rien à l’estomac, intestins grêles affaissés , rou¬ 
geâtres a l’extérieur; trois invaginations successives dans le 
jéjunum, dirigées toutes de cet intestin vers le cæcum : la 
première avait trois ou quatre pouces d’étendue ; la dernière, 
petite, contenait un ver roulé en spirale autour du bout in¬ 
vaginé. On trouva, dans l’iléon, trois vers lombrics assez 
longs; le cæcum était distendu par un paquet de ces vers, 
dont plusieurs s’introduisaient dans l’appendice cœcal, plus 
long que de coutume; un ver se rencontrait dans le rectum. 
La membrane muqueuse du gros intestin était légèrement 
injectée, mais on n’y voyait point de plaques rouges; le 
colon, contracté, formait des rides nombreuses a l’intérieur, 
et renfermait des tricocéphales ; la vessie était remplie d’une 
urine colorée en rouge-clair; les uretères offraient quelques 
traces de sang fluide; les reins, en bon état d’ailleurs, lais¬ 
saient suinter du sang à la surface des incisions qu’on prati¬ 
quait dans leur tissu. 

Ce fait paraît surtout remarquable par l’abondance de 
répanchement cérébral d’une part, et de l’autre par l’extrême 
promptitude avec lequel cet épanchement s’est formé , ce qui 
rend raison d’une manière satisfaisante de la rapidité de ia mar* 


[ u5 ) 

cîie de cette maladie et desa terminaison funeste. L état général 
de l’arachnoïde, après la mort, semblerait faire croire que cette 
membrane n’a pas été préalablement enflammée, puisqu’elle 
ne présentait aucune trace d’injection sanguine, et cette sup¬ 
position paraîtrait d'autant plus probable que la pâleur de la 
séreuse coïncidait avec des symptômes cérébraux assez peu 
prononcés durant la vie du malade, en sorte qu’on présume¬ 
rait volontiers qu’il y a eu plutôt ici une hydrocéphale essen¬ 
tielle aiguë sans phiegmasie antérieure, si les granulations 
nombreuses situées autour du repli falciforme , les adhérences 
partielles et l’infiltration albumineuse siégeant entre l’arach¬ 
noïde et la pie-mère, ne pouvaient être regardées comme des 
indices suffîsans de méningite, et si l’on ne savait d’ailleurs 
par expérience que les séreuses enflammées perdent quelque¬ 
fois toute trace de rougeur, en laissant exsuder de leur sur¬ 
face une abondante quantité de sérosité, dont l'accumulation 
devient promptement mortelle : c’est ce qu’on voit en effet 
tous les jours dans les pleurésies aiguës qui se terminent par 
un épanchement copieux. 


Observation d’une affection grave de Vestomac et du duo¬ 
dénum, ; par le docteur Bricheteau. 

M. M***, âgé de soixante-cinq ans, d’une forte constitu¬ 
tion, ayant tous les attributs du tempérament bilieux, a tou¬ 
jours joui d’une bonne santé, et mené une vie sobre , active 
et laborieuse, mais traversée par des affections morales et 
des revers de fortune ; la dernière catastrophe survenue dans 
les affaires du malade, et qui date de tBsô, l’avait plus 
vivement affecté qu’a l’ordinaire, sans doute parce qu’il 
avait moins d’espérance dans l’avenir, à raison de son âge 
avancé. 

Depuis plusieurs mois, M. M*** digérait difficilement ; il 
éprouvait, après le repas, des douleurs, des pesanteurs dans 
les premières voies, accidens qui, réunis a des ennuis de 
toute espèce, que lui suscitaient de mauvaises affaires, ren¬ 
daient sa santé chancelante et tout a fait précaire. 

Le n avril dernier, il me fit appeler pour lui donner des 
soins; il se plaignait de douleurs assez vives dans la région 
ombilicale, qui était tendue et rénitente 5 il avait perdu en 

8, 



( ii6 ) 

outre l’appétit, et éprouvait une constipation opiniâtre : il 
n’y avait ni fièvre ni chaleur â la peau. 

Je prescrivis l’application de vingt sangsues à l’anus, des 
fomentations émollientes sur l’abdomen , des Lavemens émol- 
liens, des bains tièdes, une boisson adoucissante et la diète. 
Ces moyens ayant fait cesser les douleurs, je lis prendre â 
M. M*** deux onces d’huile de ricin, pour déterminer quel¬ 
ques évacuations alvines, ce qui eut lieu en effet sans au¬ 
cune douleur; le malade se trouva très-bien à la suite de ce 
laxatif, et reprit l’usage des alimens solides. 

Dans la nuit du 19 au 20 avril, vers deux heures du ma¬ 
tin, on vint m’éveiller pour porter secours â M. M***, qui 
éprouvait depuis cinq ou six heures des souffrances inouies 
dans le ventre; les parois abdominales étaient fortement con¬ 
tractées, et ne permettaient pas d’explorer l’état des viscères. 
Les douleurs, qui s’étaient d’abord développées à la partie 
inférieure gauche de la poitrine, sous les fausses cotes, se 
faisaient sentir à mon arrivée dans le côté opposé, vis-à-vis 
du foie et du duodénum ; elles arrachaient de grands cris au 
malade, qui est ordinairement calme et très-courageux : il 
n’y avait point de chaleur à la peau, et le pouls n’était pas 
fébrile. Je fis de suite appliquer des serviettes bien chauffées 
sur l’abdomen, en attendant du laudanum, que j’avais en¬ 
voyé chercher; je mêlai ensuite ce laudanum, dans une forte 
proportion, avec de l’huile d’olives chaude, et fis moi-même 
de larges frictions sur le ventre avec le mélange ; j’adminis¬ 
trai en outre une potion narcotique opiacée : une heure suffit 
pour calmer les douleurs aiguës de M. M***. Vers six heures, 
je fis donner un bain tiède. La journée se passa dans le calme, 
et l’abattement devait résulter de six heures de souffrances 
presque intolérables. 

Le lendemain, je fis appliquer vingt sangsues sur la région 
épigastrique, un peu à droite; je prescrivis des cataplasmes, 
des lavemens légèrement narcotiques, afin d’anéantir des 
douleurs peu intenses, à la vérité, mais qui semblaient tou¬ 
jours au malade être sur le point de ramener sa grande crise ; 
c’est ainsi qu’il caractérisait les horribles douleurs qu’il avait 
éprouvées. 

Quand le ventre fut moins tendu, je pus explorer les ré¬ 
gions épigastrique et hypogastrique; une pression un peu 
forte développait de la douleur, et je sentais, d’une manière 
distincte, un engorgement résistant, et de forme oblongue, 


( 117 ) 

dans la direction du pylore et de la portion sous-hépatique 
de l'estomac, qu’on appelle petit cul-de-sac ; il y avait de la 
fréquence dans le pouls. 

M. M***, débarrassé de ses douleurs les plus vives, souf¬ 
frait toujours dans le point que je viens d’indiquer. Je le 
maintins h une diète rigoureuse 5 je fis appliquer presque 
continuellement sur la région épigastrique des cataplasmes 
arrosés de laudanum ; je prescrivis en outre l'eau de Seltz 
pour boisson. Les douleurs devinrent de plus en plus ob¬ 
tuses, mais le malade maigrissait, perdait ses forces, avait 
souvent des éructations, une constipation opiniâtre, presque 
point de sommeil; enfin , après avoir éprouvé pendant 
quelques jours le sentiment pénible qui résulte de la pléni¬ 
tude de l’estomac, il vomit abondamment des matières bru¬ 
nâtres, ressemblant assez bien a du marc de café délayé dans 
l’eau. M. M*** se sentit soulagé et débarrassé de la sensation 
pénible dont nous avons parlé, mais son état n'en fut du 
reste aucunement amélioré. Quoique je n’eusse accordé pour 
toute nourriture que du lait coupé, que le malade semblait 
assez bien digérer, le vomissement ne s’en renouvela pas 
moins huit jours après; les matières vomies étaient d’une 
couleur plus foncée encore que la première fois, et en plus 
grande abondance. Quoiqu’il souffrît fort peu , M. M*** s’af¬ 
fecta vivement, non sans motif; il perdit tout a fait le som¬ 
meil, fit appeler avec calme un de ses amis, auquel il re¬ 
mit ses papiers les plus précieux, en lui recommandant sa 
femme. J’avoue que je 11’étais guère plus rassuré que le ma¬ 
lade sur son compte ; je prescrivis néanmoins de faire trois 
fois par jour de larges frictions avec la pommade d’Auten- 
rieth sur les régions ombilicale et épigastrique ; pour bois¬ 
son 9 toujours de l’eau de Seltz, dont le malade a consommé 
beaucoup, avec un peu de bière coupée, et la diète absolue : ce 
11e fut qu'au bout de huit jours que la peau, sèche et un peu 
raccornie, se couvrit de pustules, qui ne tardèrent pas a ac¬ 
quérir les dimensions de celles de la vaccine. Pendant ce 
temps, le malade n’eut point de vomissemens, quoiqu’il en 
fût souvent menacé. Je sentais toujours dans l’épigastre , 'a 
droite et inférieurement, la tumeur ovoïde dont j’ai parlé : 
elle continuait à être douloureuse a la pression. La constipa¬ 
tion persistait, malgré un grand nombre de lavemens émoi- 
liens. 

11 y avait plus de dix jouis que M. M*** n’avait vomi ; il 


( *‘8 ) 

ne prenait chaque jour, comme je l’ai déjà dit, que de Peau 
de Seiîz et de la bière coupée, lorsqu’il se laissa aller à la ten¬ 
tation de manger cinq ou six asperges à la vinaigrette; le 
soir même, il eut des éructations, et dans la nuit il vomit 
des matières noirâtres, avec les débris des asperges qu’il avait 
mangées. 

Je prescrivis de nouveau une diète absolue, et des bains 
tièdes ; je fis appliquer en outre un emplâtre opiacé sur l’épi- 
gasire ; ou revint peu à peu au lait et à la bière coupée , 
puis ou y joignit le bouillon. Les douleurs changèrent de 
place, et se firent sentir plus bas; Ja pression ne les excita 
plus dans le point que j’ai indiqué plus haut, et la tumeur 
diminua d’une manière sensible. 

Dans la vue de diminuer l’extrême faiblesse du malade, 
je lui iis faire des frictions sur les membres et la colonne ver¬ 
tébrale avec la teinture de quinquina. Aucune excrétion 
alvine n ayant eu lieu depuis très-long-temps, je conseillai 
un lavement laxatif, d’abord avec l’huile de ricin, ensuite 
avec Une décoction de séné : ce dernier fit rendre des ma¬ 
tières arrondies et extrêmement dures, du volume de pe- 
tiies noix de galle. Outre le soulagement que cette évacua¬ 
tion causa au malade, elle eut l’avantage de fortifier chez lui 
1 idée qu il avait que sa guérison commencerait dès que son 
ventre serait ouvert, pour me servir de son expression. 

Le mieux que M. M*** venait d éprouver alla en augmen¬ 
tant; toutefois il souffrait encore dans la région ombilicale 
et au dessus, presque toujours trois ou quatre heures après 
avoir pris quelque substance alimentaire, mais il calmait 
cette douleur en se couchant ou en prenant un peu de lait. 

Le sommeil ne tarda pas a revenir, à la suite de l’améliora¬ 
tion dont nous venons de parler ; le malade put bientôt aller 
a la selle, à l’aide de simples lavemens. Le lait a été pendant 
quelque temps la nourriture exclusive de M. M***, puis il y 
a joint des potages, des légumes légers, comme des épinards", 
des œufs au lait, continuant la bière pour boisson. Vers le 
quarantième jour de la maladie, il est survenu une érup¬ 
tion miliaire pustuleuse très-abondante qui, ayant commencé 
a la base de la poitrine, a parcouru successivement l’abdo¬ 
men et les extrémités inférieures, et a fini par une sorte de 
desquamation. A dater de l’époque de cette éruption, la 
santé de M. M*** s’est encore fortifiée; il a repris des forces, 
un peu n embonpoint, et a pu prendre un peu d’exercice. 


( 1 *9 ) 

Ayant exploré, j'ai été agréablement surpris de ne rencon¬ 
trer aucune trace de l'espèce de tumeur dont j’ai parlé plus 
haut. Le malade n’éprouve que de loin en loin de légères 
douleurs ; il a repris ses occupations et son régime de vie or¬ 
dinaire, sauf le vin. Le toucher, la nature du vomissement, 
l’amaigrissement de M. M*** me firent craindre une dégéné¬ 
ration organique de l’estomac : l’apyrexie , le peu d intensité, 
des douleurs qui survenaient après l’ingestion des alimens 
me confirmaient dans cette fâcheuse opinion ; quant aux vives 
souffrances que le malade avait éprouvées dans le principe, 
je les expliquais par ht présence de quelques calculs biliaires 
dans le canal cholédoque ou dans la vésicule biliaire; mais 
ces souffrances ne s’étant pas renouvelées, j’ai dû y attacher 
moins d’importance. Il est évident d’ailleurs qu’il y avait de 
l'engorgement et de la douleur dans la paroi anterieure du 
ventricule; il n’est pas moins évident que cet engorgement, 
et celui que la pression me faisait supposer dans l’ouverture 
pylorique, expliquent très-naturellement le vomissement et 
les douleurs qui se faisaient sentir trois ou quatre heures 
après le repas. Mais s’il y avait eu là une lésion organique, 
comme le toucher 1 indiquait, aurait-elle disparu ? J’en 
suis convaincu ; et je crois que cette résolution est due au 
traitement, et eu particulier a l’usage prolongé ue l’eau 
de Seltz et aux frictions faites avec la pommade émétisée, 
l’un des moyens les plus énergiques qu’ort puisse employer. 
Cet effet ne me paraît pas plus difficile à concevoir que ceux 
qu’on obtient des eaux de Yichi dans des cas anal gués, h e 
ruption survenue a la fin de la maladie a-t^elle concouru a la 
guérison ? 


Expériences sur cette question : C animent l'application des 
ventouses sur une plaie empoisonnée détruit-elle l'action 
du poison? par le docteur Westrumb. 

Le traitement des plaies faites par la morsure des chiens 
enragés, par celle des serpens venimeux, parla piqûre des 
insectes venimeux, ou par des flèches empoisonnées, était fort 
simple autrefois, et consistait principalement dans la succion 
de la plaie, soit par l’application d’une ventouse, soit par 
l’action de la bouche d’fin homme. 



( 12 ° ) 

Galien , Paul d’Egine l 2 , Celse 3 et autres considèrent l’ap¬ 
plication d’une ventouse comme un remède souverain dans 
les plaies envenimées, et l’on sait, tant par eux que par 
d’autres écrivains de l’antiquité, comme Strabon , Pline 3 , 
Plutarque 4 , que diverses peuplades, les Psylies, lesMarseset 
les Ophiogènes, étaient surtout en réputation de guérir les 
morsures des serpens au moyen de la succion faite avec la 
bouche. 


Ce mode de traitement simple et si efficace, au rapport des 
médecins précités, tomba tout à fait dans l’oubli avec le temps, 
ce qui est d autant plus surprenant qu’au rapport d’Ehrenberg, 
la succion des morsures envenimées est encore aujourd’hui 
une coutume généralement répandue parmi les peuples de 
l Orient, où chacun porte sur soi une ventouse, ou plutôt 
une pointe de corne grossièrement travaillée , et munie d’un 
petit trou au sommet, qui, après qu’on a été mordu par un 
serpent venimeux, s’applique sur la plaie préalablement bien 
scarifiée : on ferme l’orifice du sommet avec un morceau de 
cuir quon a tendu d avance sur la langue, et ce moyen fait 
que la morsure n’entraîne pas la moindre suite fâcheuse. 

Le docteur Barry a publié tout récemment une série d’ex¬ 
périences fort intéressantes sur l’action salutaire de la ven- 
îouse dans les plaies envenimées. Les résultats en sont d’au¬ 
tant plus briilans que le fait qui en découle, savoir , que 
1 application d’une ventouse sur la plaie empêche l’action du 
poison quand elle 11’a pas encore commencé, et même quand 
elle s est déjà fait sentir, a été pleinement constaté par di¬ 
verses expériences et observations faites par d’autres. 

Les expériences que j’ai entreprises, et dont on va lire les 
détails, confirment pleinement aussi les assertions de Barry. 
Sous ce rapport donc, elles ne sont pas dénuées d’intérêt. 
J espère d ailleurs les rendre plus curieuses en les faisant 


1 De re medlcâ , lib. v, cap. 2. 

2 Lib. y, cap. 7. 

* fhst. mit., lib. vu, cap. 2; lib. xxvm, cap. 3. 

4 Plutarque raconte que Catou, dans ses expéditions d’Afrique, 
ayant perdu plus de guerriers par les morsures des serpens venimeux 
que par le 1er des ennemis, emmena beaucoup de Psv Iles et de Marses, 
qui , suçant les plaies avec la bouche, sauvèrent la vie à plus d’un 
soldat qui aurait succombé sans eux. 

SueLone rapporte aussi qu Auguste ayant vu le cadavre de Cléopâtre 
qm venait de succomber à la morsure’d’un serpent, ordonna à plu¬ 
sieurs Psylles et Marses de sucer les plaies , dans l’espoir de rappeler à 
la vie cette orgueilleuse victime de son ambition. 


( 12 " ) 

servir à discuter plusieurs problèmes physiologiques qui me 
paraissent importans. 

Expérience i re . — On prit trois lapins de même grosseur et 
de même force; on leur rasa la cuisse droite, au côté externe 
de laquelle on lit une plaie longue de six lignes, et pénétrant 
jusqu’aux muscles, après quoi on détacha circulairement la 
peau de ceux-ci. J’introduisis dans cette plaie un scrupule 
de prussiate de potasse en poudre et cinq grains de strych¬ 
nine réduite en bouillie avec de l’eau ; je cousis ensuite les 
bords de la plaie sur un lapin, la couvris d’un emplâtre agglu- 
tinatif, et abandonnai l’animal à son sort. Trois minutes 
après l’empoisonnement, parurent de violentes convulsions 
dans les membres de derrière, que suivirent presque sur-le- 
champ des secousses spasmodiques générales, qui dégénérèrent 
en tétanos, dans lequel l’animal périt avant l’expiration de 
cinq minutes depuis l’expérience. 

Quant au second lapin , immédiatement après l’empoison¬ 
nement, je lui appliquai une forte ventouse sur la plaie, et 
fixai l’animal, par le moyen d’un bandage croisé, de manière 
que, malgré ses efforts, il ne put pas changer de position , 
couché, comme il était, sur le côté. De dix en dix minutes, 
j’enlevais la ventouse, et j’en réappliquais de suite une nou¬ 
velle; la plaie fut soustraite ainsi à l’influence de l’air pen¬ 
dant quarante minutes. Après qu’elle eut été bien lavée et 
nettoyée du sang coagulé et de la bouillie qui y restait,, 
j’appliquai encore une ventouse pendant cinq minutes, puis 
je laissai l’animal en liberté. Nul accident n’éclata ni de suite, 
ni plus tard; le lapin demeura dispos, mangea de bon appé¬ 
tit , et conserva une santé parfaite. 

Chez le troisième lapin, de violentes convulsions s’établi¬ 
rent trois minutes après l’empoisonnement. Une bonne ven¬ 
touse fut appliquée sur la plaie ; a peine eut-elle commencé â 
agir, que les convulsions s’apaisèrent, pour cesser tout à fait 
peu de temps après. Elle resta en place pendant un quart 
d’heure, au bout duquel le lapin fut mis en liberté, sans 
qu’on nettoyât la plaie autrement qu’en enlevant avec le verre 
le sang qui s’était amassé dans son intérieur. L’animai fit 
sur-le-champ usage de sa liberté, se mit à sauter vivement 
dans la chambre, et alla se cacher dans un coin. Cependant, 
deux heures étaient à peine écoulées qu’il survint de nouveau 
des spasmes dans les pattes de derrière ; mais ce symptôme 
céda très-promptement â l’application (Tune autre ventouse 


( 122 ) 

sur la plaie. Au bout de vingt minutes, on enleva le verre, 
on lava la plaie avec soin, et on la pansa avec un emplâtre 
agglutinatif; l'animal ne ressentit plus aucun accident d’em¬ 
poisonnement, et le lendemain matin il était aussi dispos 
qu’avant l’expérience. 

Cependant, je ne dois pas oublier de dire que les deux 
lapins traînaient un peu la patte de derrière droite en cou¬ 
rant, mais je crois que ce phénomène doit être mis sur le 
compte de la blessure. 

Une heure après la mort du premier lapin, on procéda à 
l’examen de la plaie, de l’urine contenue dans la vessie, et 
du sang tiré des gros vaisseaux. Voici quels résultats on ob- 
tint ; 1 eau employée pour nettoyer la plaie acquit une belle 
couleur bleue-foncée lorsqu’on y versa une solution d’hydro¬ 
chlorate de fer, preuve certaine que le prussiate de potasse 
n’était point encore absorbé. Mais ce qui annonça qu’il était 
déjà passé en partie dans les organes circulatoires et excré¬ 
teurs , c’est que le sang, mêlé avec de l’eau et quelques gouttes 
d’acide hydrochlorique, puis filtré, prit une teinte de bleu- 
verdâtre quand on y ajouta de la dissolution d’hydrocblorate 
de fer, tandis que l’urine, traitée de la même manière, ac¬ 
quit une belle couleur de bleu-clair. 

La strychnine n’avait point non plus été ahsorbéetout en¬ 
tière. Je crois au moins pouvoir le conclure de la manière dont 
le caillot, contenu dans la plaie, se comporta avec les réactifs. 
Je ne pus parvenir à constater sa présence dans le sang. 

Le sang tiré parles ventouses au second lapin, contenait 
la strychnine et le prussiate de potasse, et ce dernier en 
proportion décroissante, si on en juge d’après l’intensité du 
changement de couleur produit par la dissolution d’hydro¬ 
chlorate de fer, de manière que ce changement était le plus 
prononcé dans le sang tiré parla première ventouse, le moins 
sensible dans celui qu’on avait obtenu par la dernière, et à 
peine perceptible encore dans l’eau employée pour laver la 
plaie. 

Le sang du troisième lapin qui était contenu dans la ven¬ 
touse appliquée après la première apparition des phéno¬ 
mènes d’empoisonnement, acquit, par le même traitement, 
une couleur de bleu-verdâtre foncé, et celui que la seconde 
ventouse évacua au ho.ut de deux heures, donna sensible¬ 
ment lieu à la même réaction , indiquant la présence du prus¬ 
siate de potasse. 


( 12 ? ) 

Exp. 2. —Deux lapins furent empoisonnés de la même 
manière. Chez l’un, immédiatement après l’empoisonnement , 
on appliqua sur la plaie une ventouse, qui fut laissée en place 
pendant vingt-cinq minutes; chez l’autre, on n ? en posa une 
que quand les convulsions , survenues dans les pattes de der¬ 
rière , annoncèrent l’absorption du poison. 

Ch ez le premier lapin, nul symptôme ultérieur d’empoison¬ 
nement ne se manifesta après l’enlèvement de la ventouse et 
le nettoiement exact de la plaie, durant l’espace de six heures, 
et quoique je fusse déjà persuadé d'avance que l’application 
de la ventouse avait prévenu l’absorption du poison chez cet 
animal, je cherchai a m’en assurer en mettant le lapin à mort, 
et soumettant le sang et l’urine a l’action des réactifs suscep¬ 
tibles de déceler la présence du prussiate de potasse. Cçtte 
operation chimique fut faite avec soin; cependant, elle ne 
donna pas le moindre résultat annonçant que l’absorption eût 
en lieu ; je crois donc pouvoir d’autant plus sûrement admettre 
que l’absorption du prussiate de potasse et de la strychnine, 
introduits dans la plaie, ne s’étaient point faits, qu’à coup sûr 
le premier, dont il est si facile de découvrir les plus petites 
parcelles dans l’urine, aurait dénoté sa présence par la réac¬ 
tion qui le caractérise. 

Au contraire, chez le second lapin, qui, après que la ventouse 
fut demeurée perdant vingt minutes appliquée sur la plaie , 
puis celle-ci nettoyée avec soin et pansée avec un emplâtre 
agglutinatif, ne montra aucun symptôme d’empoisonnement 
durant l’espace de six heures, et que, par conséquent, je 
tuai, au bout de ce laps de temps, l’urine prit unecouleur de 
bleu-clair par l’addition de la solution d’hydrochlorate de fer , 
ce qui peut servir à prouver que, comme il ressort déjà de l’ap¬ 
parition desaccidensd’empoisonnement, l’absorption du poi¬ 
son et du prussiate de potasse avait déjà commencé dans la 
pla.ie, maisque l’application de la ventouse l’avait suspendue. 

Exp. 3. —Ayant pris trois lapins de même taille, je leur fis, 
au côté externe de la cuisse gauche , une incision longue de 
six lignes et pénétrant jusqu’à la substance musculaire , dans 
laquelle j’introduisis une bouillie de trois grains d’acétate de 
morphine, avec dix grains de prussiate de potasse. 

Chez un de cts animaux, une ventouse fut appliquée 
sur la plaie immédiatement après rempoisoimemeut. Elle 
tomba par accident, après être restée près de vingt minutes 
en place. La plaie ne fut point nettoyée , mais couverte d’un 


C 12 4 ) 

emplâtre agglutinatif, et le lapin mis liberté. Cependant 
deux heures ne s’étaient point encore écoulées qu’il survint 
un état spasmodique général ; pupille extrêmement dilatée, 
tremblement et mouvemens convulsifs , surtout dans les 
membres de derrière , changement dans le pouls, en uri mot 
tous les symptômes d un commencement d’empoisonnement 
par la morphine. C’est pourquoi on s’empressa d’appliquer sur 
la plaie une ventouse , dont l’effet fut de faire diminuer gra¬ 
duellement les symptômes. Cette ventouse resta en place pen¬ 
dant vingt minutes, laps de temps après lequel la plaie fut 
nettoyée et lavée avec soin. Le lapin n’éprouva plus d’autre 
effet delà part du poison, qu’une lenteur des mouvemens 
qui dura plusieurs heures. 

Chez l’autre lapin, la ventouse ne fut employée que 
quand l’action du poison avait commencé déjà, et l’animal 
éprouva un tremblement général, avec de légers mouvemens 
convulsifs. Son action, prolongée pendant un quart d’heure, 
fut suffisante non - seulement pour déterminer la cessation 
des symptômes d’empoïsonnement chez l’animal, mais encore 
pour le soustraire, en apparence totalement, a l’action du 
poison. Cependant, comme je n’avais pas lavé la plaie, je 
ne fus pas surpris, au bout d’environ deux heures , de voir 
reparaître des accidens, qui s’aggravèrent avec rapidité, passè¬ 
rent des convulsions générales à un état de torpeur, et firent 
périr l’animal en quinze minutes, au milieu de nouvelles con¬ 
vulsions tétaniques générales. 

Chez le troisième lapin, j’appliquai deux ventouses sur la 
peau non lésée et rasée, à deux pouces environ au dessus de 
la plaie. Les symptômes caractéristiques de l’empoisonnement 
ne s’en déclarèrent pas moins au bout de cinq minutes, et 
douze minutes après l’animal avait succombé. 

Le contenu de la ventouse appliquée en premier lieu sur 
le premier lapin, indiqua très-manifestement la présence du 
prussiate de potasse par les réactifs ; la même réaction eut 
lieu avec le contenu de la seconde ventouse et avec l’eau 
employée pour laver la plaie; le prussiate de potasse avait 
passé de même dans la ventouse avec le sang tiré par elle de 
la plaie du second lapin , et lorsque, plus tard, je versai dans 
l’urine de cet animal quelques gouttes de dissolution d’hydro¬ 
chlorate de fer, elle prit une belle couleur bleue. 

Chez le troisième lapin , l’urine et le sang indiquèrent de 
la manière la plus manifeste la présence du prussiate de 


( 125 ) 

potasse, et lorsque j'étendis d’eau distillée Je sang de cet 
animal, filtrai la liqueur, l’évaporai dans une capsule de por¬ 
celaine , mis le résidu en digestion avec de fort alcool à une 
douce chaleur, évaporai ensuite, repris par l’eau le faible 
résidu, et versai dans la liqueur d’une part de l’ammoniaque, 
de l’autre de l’acide sulfurique concentré, je vis paraître, 
dans le premier mélange, quelques flocons blanchâtres très- 
petits, et, dans l’antre , une légère teinte rougeâtre-orangée. 
Peut-on conclure de là qu’il y avait de la morphine dans le 
sang ? 

Exp. 4 - — Sur un chien de moyenne taille, j’introduisis 
dix grains d’oxide blanc d’arsenic dans une plaie faite à la 
cuisse gauche, rapprochai les bords de la plaie par des points 
de suture, et appliquai, à deux pouces environ au dessus 
d’elle, plusieurs ventouses scarifiées, dans l’espoir , à la vé¬ 
rité, très-faible, de suspendre par là l’action du poison. Au 
bout d’une heure et demie, le chien se trouvait bien, et ne 
manifestait aucun symptôme d’empoisonnement ; mais, après 
ce laps de temps, il eut des frissonnemens, des nausées, des 
vomissemens de matières visqueuses, des convulsions, une 
paralysie des membres de derrière; en un mot, trois heures 
après l’empoisonnement, les symptômes en étaient si pro¬ 
noncés, que j’essayai bien l’application de la ventouse, mais 
ne parvins par là, à ce que je crois, qu’à prolonger les souf¬ 
frances de l’animal, la quantité d’arsenic absorbée, passée 
dans les organes circulatoires, et soustraite ainsi à l’influence 
de la ventouse, étant trop considérable pour que la vie pût 
triompher de son action. Le chien périt dans de violentes 
convulsions, neuf heures après l’expérience. 

Exp. 5. — J’incisai à un lapin les tégumens généraux des 
deux cuisses, détachai la peau des muscles, dans l’étendue 
d’un pouce environ vers le bassin, introduisis un tuyau de 
plume dans la plaie, et fis passer, par son moyen, entre la 
peau et les muscles de la cuisse droite, trois grains d’acétate 
de morphine ; la cuisse gauche reçut dix grains de prussiate 
de potasse finement pulvérisé. Les bords des plaies furent 
réunis par des points de suture, et j’appliquai une ventouse 
à la cuisse gauche, de manière qu’elle couvrît et la plaie et 
l’endroit où se trouvait le sel. 

Cinq minutes après l’empoisonnement, parurent les phé¬ 
nomènes particuliers qui ont coutume d’accompagner l’action 
de l’acétate de morphine sur l’économie animale. Ces syrnp- 


( 126 } 

tomes allèrent toujours en augmentant , et, au bout Je douze 
minutes, l'animal avait perdu la vie. 

Alors j'enlevai la ventouse delà patte gauche, qui était 
restée en place ; j’ouvris la plaie jusqu'à l’endroit où le prus- 
siale de potasse avait été déposé ; je lavai avec soin la plaie, 
et j’essayai l’eau de lavage , ainsi que le peu de sang contenu 
dans la ventouse, avec les réactifs convenables, qui produisi¬ 
rent , dans la première, une couleur bleue très-foncée , et, 
dans l'autre, les phénomènes indicateurs de la présence du 
prussiate de potasse. L’urine contenue dans la vessie de cet 
animal, fut également essayée avec soin par les réactifs chi¬ 
miques; elle ne donna aucun indice de prussiate, ce qui, a 
mon avis, fournit une preuve irrécusable que la ventouse 
s’était opposée a l’absorption de ce sel, d’autant plus qu’on 
sait avec quelle facilité on parvient à en découvrir les moin¬ 
dres traces dans l’urine, au moyen de l’hydrochlorate de fer. 

Exp. 6. — L’expérience précédente fut répétée de la même 
manière, avec cette seule différence qu’on appliqua la ven¬ 
touse sur la cuisse du lapin chez lequel on avait introduit le 
poison. Elle fut tenue en place pendant une bonne heure, 
après quoi je prolongeai l’incision jusqu’à l’endroit où était 
située la morphine, lavai soigneusement l’endroit, réunis la 
plaie par des points de suture, et abandonnai l’animal à lui- 
même, touten l’observant bien. Voyant que, durant l’espaeede 
quatre heures, il ne se manifesta pas ie moindre accident an¬ 
nonçant que la morphine eût été absorbée, je tuai le lapin , 
et, à l’ouverture du corps, je trouvai ce qui suit : 

La peau, le tissu cellulaire et la surface des muscles, à 
l’endroit de la cuisse où le prussiate avait été déposé, prirent, 
quand on y lit tomber quelques gouttes de solution d’hydro¬ 
chlorate de fer, une couleur bleue foncée. L’urine, dont la 
vessie contenait une assez grande quantité , prit également 
une teinte de bleu foncé , et, dans le sang tiré des gros vais¬ 
seaux , la dissolution d’hydrochîorate de fer détermina une 
coloration en bleu verdâtre. 

Exp. y. — Trois grains de strychnine furent introduits 
dans le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse d’un lapin. 
L’animal mourut sept minutes après l’empoisonnement. 

Un second lapin, au contraire, qui avait été empoisonné 
de la même manière, mais dont la plaie fut couverte , aussitôt 
après l’empoisonnement, d’une ventouse, qu’on laissa en 
place pendant un quart d’heure, ne succomba à l’action de 


( I2 7 ) 

la strychnine que dans le cours de la troisième heure après 
l’ablation de cette ventouse. 

Exp. 8 . — Huit gouttes d’acide prussique récemment pré¬ 
paré furent injectées dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un 
lapin. Une minute après, survinrent des convulsions, et, 
dans le cours de la seconde, l’animal périt. 

La même injection fut pratiquée sur un autre lapin, et, 
lorsqu’au bout d’une minute, des symptômes d’empoisonne¬ 
ment se furent manifestés, on couvrit la plaie d’une ventouse , 
qui, retirée dix minutes après, exhala une odeur d’amandes 
amères. Cependant, cette seule application de la ventouse 
n’avait pas suffi pour attirer tout l’acide prussique hors de 
la plaie; car, au bout de cinq minutes, il se manifesta 
encore des mouvemens spasmodiques. On appliqua en con¬ 
séquence une nouvelle ventouse , qui, dans l’espace de vingt 
minutes, attira dans le verre le reste de l’acide prussique 
contenu dans la plaie, de sorte que depuis aucun symptôme 
d’empoisonnement n’éclata chez l’animal. 

Conclusions. — Si maintenant nous réunissons les résul¬ 
tats de ces expériences, qui, ainsi que le lecteur s’en con¬ 
vaincra, ne font que confirmer les faits établis par Barry et 
par les autres expérimentateurs, et si on les applique a la 
discussion de plusieurs questions physiologiques importantes, 
c’est-'a-dire à celle de la manière dont l’action des poisons peut 
être détruite par l’apposition des ventouses sur les plaies en¬ 
venimées, ils me paraissent fournir la preuve incontestable 
que l’action des ventouses, en pareille circonstance, doit être 
attribuée uniquement aux phénomènes qui résultent de leur 
application en général, ou dans tout autre cas quelconque. 

Si l’on avait égard aux faits que nous possédons relative¬ 
ment a l’efficacité de ia ventouse, dans les affections ner¬ 
veuses, comme moyen révulsif et dérivatif, on pourrait peut- 
être se croire autorisé à admettre que son action salutaire, 
dans le cas dont il s’agit maintenant, et où le système ner¬ 
veux reçoit une si profonde atteinte de la part des poisons 
mis en expérience , dépend de la contre*irritation dérivative 
qu’elle détermine. Cependant, il nous sera très-facile de nous 
convaincre de l’insuffisance de cette explication. 

En effet, si la puissante vertu dérivative des ventouses, 
dans certaines maladies où les nerfs sont principalement af¬ 
fectés , ne peut être révoquée en doute, cependant il me paraît 
êlie encore indécis de savoir si l’application de ventouses 


( 128 ) 

sèches et non scarifiées agit immédiatement sur les nerfs, ou s* 
plutôt leur action ne consiste pas surtout a diminuer la conges¬ 
tion qui accompagne l’affection nerveuse, ou qui en est le ré¬ 
sultat. Cette dernière hypothèse me semble d’autant plus pro¬ 
bable , que l’expérience nous apprend que quand l’application 
de ventouses sèches ou scarifiées se montre efficace de cette ma¬ 
nière, le cas n’a lieu que dans les affections locales plus ou 
moins étendues, et qu’elle exige qu’on la fasse aussi près 
que possible de l’organe malade. Cependant, si je me trom¬ 
pais dans mes vues à cet égard, je n’en crois pas moins pou¬ 
voir soutenir hautement, et en toute conviction , que l’effi¬ 
cacité des ventouses, dans les plaies envenimées, dépend de 
toute autre cause que leur puissante faculté dérivative, que 
personne ne saurait leur contester. 

En effet, dans la plupart des poisons, et même dans pres¬ 
que tous , comme nous l’apprennent une foule de faits incon¬ 
testables recueillis par les modernes , la sensibilité des nerfs 
mis en contact immédiat avec la substance vénéneuse, dans 
l’endroit de son application , éprouve une atteinte et une 
modification locales ■ cependant comme ces filets nerveux ne 
sont pas les conducteurs par le moyen desquels l’influence 
mortelle des poisons se propage aux parties centrales du sys¬ 
tème nerveux, cette influence ne se prononçant dans les par¬ 
ties centrales, le cerveau et la moelle épinière, que quand le 
poison , passé, par l’absorption , dans les organes circulatoires, 
s’y trouve arrivé par cette voie, ce serait, à mon avis, attri¬ 
buer une puissance immodérée a l’action dérivative des ven¬ 
touses que d’en déduire les effets salutaires que cet instrument 
produit dans les circonstances qui font l’objet de mon Mé¬ 
moire. Si les filets nerveux qui sont en contact immédiat avec 
les poisons a la surface d’application, propageaient l’action 
mortelle de ces poisons au cerveau et a la moelle épinière, 
et si l’action dérivative immédiate des ventouses sur les nerfs 
était indubitable, peut-être pourrait-on admettre l’hypo¬ 
thèse précédente. Mais comme la propagation par les nerfs 
n’a pas lieu, qu’au contraire l’ébranlement nerveux qui ré¬ 
sulte des empoisonnemens s’étend du cerveau et de la moelle 
épinière aux nerfs, et que l’action dérivative des ventouses 
sur ces derniers est fort improbable, je dois dire que cette 
manière d’expliquer les choses est tout à fait insuffisante. En 
outre les résultats de ma troisième et de ma quatrième expé¬ 
riences, dans lesquelles des ventouses sèches et scarifiées. 


( ^9 ) 

appliquées au dessus de la plaie envenimée et au voisinage 
du tronc nerveux, ne suspendirent point les effets du poison , 
démontrent déjà par eux-mêmes la fausseté de cette hypothèse 
d une manière plus que suffisante, tandis que ceux des au- 
très expériences, dans lesquelles l’action du poison fut, par 
1 application d’une ventouse sur la plaie, arrêtée de suite 
quand elle avait déjà commencé, ou tout à fait empêchée 
quand elle n’avait pas encore eu le temps de s’établir, ou 
enfin plus tardive qu’à l’ordinaire quand la plaie n’avait été 
couva te que peu de temps d une seule ventouse, peuvent 
assurément compter pour autant de preuves que l’efficacité 
des ventouses, dans ces circonstances, ne procède point d’au¬ 
tres causes que de celles d’où ont coutume de dépendre les 
phénomènes ordinaires qu’elles produisent. 

En effet, si nous examinons les phénomènes qui accom¬ 
pagnent ordinairement l’application des ventouses, nous 
observons, outre un gonflement demi-hémisphérique* de la 
peau au dessous de l’instrument, que les portions de peau 
qui, lorsqu’elles sont soumises à la pression ordinaire de 
l’air, n’offrent pas de rougeur, ou n’en ont qu’une peu con¬ 
sidérable , en acquièrent une plus ou moins foncée, et que 
les petites scarifications des ventouses scarifiées, qui auraient 
à peine saigné dans les circonstances ordinaires, versent des 
quantités assez notables de sang. Mais comme ces phéno¬ 
mènes dépendent uniquement de ce que la région de la peau 
couverte par la ventouse, est plus ou moins®ou$traite a la 
pression uniforme de l’atmosphère , suivant que la raréfaction 
de l’air est plus ou moins considérable dans la ventouse ce 
qui a pour résultat non-seulement d’augmenter l’afflux des 
liquides , mais encore de déterminer un mouvement excen¬ 
trique et rétrograde dans les vaisseaux capillaires , de même 
nous pouvons trouver, dans ces phénomènes, une explica¬ 
tion satisfaisante des effets salutaires que la ventouse pro¬ 
duit dans les plaies envenimées. 

Ce mouvement excentrique, imprimé aux liquides con¬ 
tenus dans les vaisseaux capillaires absorbons de la peau, 
ne peut effectivement qu’exercer une influence paralysante 
sur leur faculté absorbante, ou du moins s’opposer à ce que 
la matière.vénéneuse dépasse le champ de la ventouse; et 
tandis que cela seul suffit déjà pour arrêter l’action véné¬ 
neuse du poison, qui dépend de son libre accès dans les or¬ 
ganes de la circulation, et de son transport par le saDg aux. 

TOME XXXI. r. 


( .3o ) 

parties centrales du système nerveux , la ventouse agit encore 
d'une antre manière, c’est a dire que le sang qui y coule en 
abondance, par suite de l’afflux plus considérable des liquides, 
entraîne le poison déposé dans la plaie, et le chasse ainsi de 
l’organisme. 

Ce dernier effet ressort incontestablement des résultatsd 
mes expériences, dans lesquelles le sang tiré de la plaie pa 1 ’ 
la ventouse, tant immédiatement après l’application du poi¬ 
son, que quand les accidens de l'empoisonnement avaient 
déjà commencé à éclater, indiquait fortement aux réactifs la 
présence des substances introduites dans la plaie. Cependant, 
la cinquième et la sixième expériences fournissent, suivant 
moi, la preuve sans répliqué que l’application de la ventouse 
paralyse la faculté absorbante des vaisseaux, et que c’est a 
cela surtout qu’il faut attribuer les effets qu’on eu voit ré¬ 
sulter. Car, dans la cinquième, où la plaie envenimée ne fut 
pas soumise a une ventouse, où celle qui avait reçu du prus- 
siate de potasse fut au contraire ventousée , et où l’animal 
succomba a l’action du poison, l’examen le plus scrupuleux 
de l’urine et du sang de eet animal n’y put faite apercevoir 
le moindre vestige de prussiate, tandis que l’inverse eut lieu 
dans les résultats de la sixième expérience 

C’est aussi par cette influence paralysante de l’absorption 
qu’exerce la ventouse qu’il faut expliquer pourquoi, quand 
cette dernière j’enlève pas tout le poison qui a été introduit 
dans la plaie, ou quand on n’a pas soin de laver exactement 
la plaie, la substance vénéneuse qui s’y trouve ainsi retenue 
agit sur l’organisme beaucoup plus tard qU’elle ne le ferait 
en toute autre circonstance. En e/fet, on ne peut disconvenir 
que l’influence paralysante de la ventouse ne cesse pas au 
moment même où on la lave ; les régions de la peau qu’elle 
couvrait, et sur lesquelles elle tirait avec force, demeurent en¬ 
core pendant quelque temps soulevées et rouges, phénomènes 
qui dépendent de ce que le mouvement excentrique ne cesse 
dans les vaisseaux capillaires et ne revient a son rhythme nor¬ 
mal que peu à peu et par degrés. Il suit donc de là que le poison 
introduit dans la plaie ne peut être absorbé par les vaisseaux 
et porté par eux dans le torrent circulatoire, que quand ces 
vaisseaux sont revenus à leur mode habituel d’aotion. Voila 
pourquoi, dans la première expérience, chez le troisième 
lapin, l’action de la strychnine, déjà commencée, mais arrêtée 
par la ventouse, ne reprit qu’au bout de près de trois heures ; 


( i3i ) 

pourquoi, dans la seconde expérience,et sur le premier lapin , 
l'empoisonnement par la morphine ne devint sensible qu’au 
bout de deux heures ; pourquoi, dans la septième expérience , 
le lapin ne fut tué par la strychnine que trois heures après 
1 introduction , tandis que l'autre animal avait déjà succombé 
au bout de sept minutes. 

Ces faits me paraissent bien établir ia vérité de la théorie 
que je propose pour l’explication de la manière d’agir des 
ventouses. Je crois donc pouvoir passer à l’examen de la 
question qui me reste encore a traiter, celle de savoir com¬ 
ment la ventouse peut faire cesser l'action du poison , lors¬ 
qu'elle est déjà en train de s’exercer. 

La solution de ce problème ne me paraît pas offrir de grandes 
difficultés. En effet, des expérences nombreuses nous ayant 
appris qu il faut non-seulement qu'une dose de poison , va¬ 
riable suivant les individus, passe dans les organes circu¬ 
latoires, mais encore qu’un certain laps de temps , relatif a la 
force et à l’énergie du poison, s'écoule pour qu’il déploie plei¬ 
nement son action sur le corps animal, il me paraît extrême¬ 
ment vraisemblable, et même à peu près certain , qu’à l’ap¬ 
parition des premiers accidens , la dose nécessaire, pour 
produire un plein effet n’est point encore parvenue dans le 
torrent de la circulation. Mais, comme nous l’avons dit , 
l’application de la ventouse, faite en ce moment, paralyse la 
faculté absorbante des vaisseaux , et s'oppose ainsi à ce qu’il 
passe dans ces organes une nouvelle quantité de poison, qui 
ne ferait qu’exalter son* action. En outre, cette paralysie 
s’accompagne d’un mouvement rétrograde ou excentrique, 
ou plutôt elle est le résultat de ce mouvement, d où il suit 
que la quantité de poison qui a été absorbée déjà, mais qui 
se trouve encore dans les vaisseaux où l'application de la 
ventouse détermine un mouvement rétrograde, revient avec 
les humeurs que ce mouvement ramène dans la ventouse, et 
doit, par conséquent, cesser d’exercer une action délétère 
sur l’organisme. Dans cet état, de choses, l’économie ne peut 
donc plus ressentir l’influence que de la portion de substance 
vénéneuse qui s’est déjà fixée dans les vaisseaux au delà du 
cercle d’action de la ventouse, mais qui, étant trop peu con¬ 
sidérable pour produire pleinement les effets particuliers du 
poison, ne tarde pas à être neutralisée par la réaction de 
l’organisme. 

Te trouve une preuve frappante en faveur de ces vues dans 

9* 


( >32 ) 

les expériences desquelles il résulte qu’au milieu des circons¬ 
tances dont il s'agit ici, tous les symptômes d’empoisonne¬ 
ment ne cessent que quand la ventouse est appliquée aussitôt 
après l’apparition des premiers, tandis que son application de¬ 
meure sans résultat lorsqu’il y a eu déjà assez de poison ab¬ 
sorbé pour que la suspension de l’absorption et la rétrogra¬ 
dation du contenu des vaisseaux ne suffisent point a garantir 
l’organisme. Les résultats de la quatrième expérience sont 
plus que suffisans pour bien établir cette opinion. 


Gymnastique médicale. Du jeu de volant , de boules , de 
quilles , de Vescrime, de la déclamation et de la nata¬ 
tion; par M. le baron Desgenettes. 

Le volant est un jeu ou un exercice qui procure des raou- 
vemens agréables et utiles dans l’intérieur des habitations, 
surtout dans les temps iroids. Il convient particulièrement 
aux jeunes gens des deux sexes et surtout aux filles et à tous 
ceux qui mènent une vie sédentaire. A Paris, et peut-être 
dans beaucoup d’autres lieux , on joue au volant en plein air : 
passe pour les jardins publics et privés, les places et même 
les cours ; mais dans la capitale, sur le déclin des jours d’été 
et par les temps frais, on joue au milieu des rues les plus 
fréquentées; jeunes filles et garçons bondissent en se livrant 
impétueusement à l'exercice du volant, ce qui est fort in¬ 
commode pour les piétons réfléchis ou distraits, marchant 
la tête inclinée un peu en avant, parce qu’ils ont fréquem¬ 
ment le nez relevé et la tête brusquement portée en arrière 
par de grands coups de raquettes. Le modeste jeu de boules 
est la consolation et le passe-temps d’une foule d’honnêtes ci¬ 
toyens réunis, surtout dans nos jours fériés, aux barrières 
de la capitale, sur quelques boulevards un peu délaissés et, 
pardessus tout, aux Champs-Elysées. C’est un exercice très- 
agréable , peu fatigant et très-salutaire, qui convient aux 
personnes même peu robustes, qui fait faire beaucoup de 
mouvemens très variés, soit en courant, marchant au moins 
d’un pas précipité, soit en se baissant et en se relevant, soit 
en étendant les bras et en projetant les boules. Tout le monde 
a vu sur nos quais et nos boulevards cette petite lithographie 
qui représente avec tant de vérité nos joueurs de boules. Ce 



( i33 ) 

dessin, qui est une sorte de débauche d'un beau talent, est 
dû au crayon de l’un de ces Vernet qui font un si noble usage 
de leur pinceau en le consacranr a la gloire militaire de notre 
pays. 

Le jeu de boules est* un exercice amusant qui , par les 
différentes inflexionsqu’i! donne aux muscles de presque toutes 
les parties du corps, est un de ceux qui, sans trop le fati¬ 
guer, peuvent lui procurer les secousses les plus favorables, 
et contribuer le plus puissamment au maintien de la santé. 
Le jeu de quilles convient a tous les âges de la vie. On pro¬ 
portionne cet exercice a la force de ceux qui le pratiquent; 
ainsi, il y a des quilles et des boules en rapport avec toutes 
les forces; elles varient pour le volume et le poids depuis 
celles que l’on peut mettre dans ses poches et son chapeau , 
jusqu’à celles que l’on transporte dans des brouettes et. même 
des charettes. Les orthopédistes , c’est-à-dire les médecins qui 
ont pour but de redresser, dans le jeune âge, une organisa¬ 
tion vicieuse ou incomplète, ont indiqué avec raison le jeu 
de quilles comme un moyen d’exercer utilement le bras gau¬ 
che 1 or qu’il est plus faible que le bras droit. Mais tous les 
hommes, même les plus forts et les mieux proportionnés, ont 
une main qui devient plus forte que l’autre, et il faut même 
dire un bras pour parler avec exactitude. Le plus développé 
des deux est celui qui a été le plus exercé, et c’est presque 
toujours le droit. Ce serait une chose fort avantageuse d’ha¬ 
bituer les enfans a se servir également des deux mains, eî en 
faire ainsi des ambidextres, et on doit entendre , par cette 
expression, ceux qui ont une égale facilité pour se servir de 
leurs deux mains. Les avantages qui résultent de cette fa¬ 
culté sont suffisamment sentis et appréciés. Les nombreuses 
mutilations, résultat de nos guerres, offrent journellement b 
nos regards les avantages attachés à la faculté de suppléer un 
bras par un autre. Il faut dire aussi que les progrès de la 
mécanique adoucissent tous les jours le sort, des mutilés, et 
que d’autres arts congénères cachent ou déguisent le spectacle 
affligeant des mutilations. 

On définit l’escrime , l’art de se défendre ou de porter des 
coups l’épée a la main. Cela s’apprend en s’exerçant de bonne 
heure et journellement avec des fleurets qui se nomment en 
latin rudes , ce qui a fait appeler l’escrime gladialura ru- 
diaria . Les maîtres qui enseignent cet art commencent par 
habituer et rompre le corps de leurs élèves aux différentes 


C *34 } 

positions qu’il doit prendre* ils leur apprennent à ployer 
facilement les articulations et a leur donner de la souplesse 
dans tous les mouvemens généraux et d'ensemble; ils mon¬ 
trent ensuite a exécuter les mouvemens partiels du bras et 
surtout du poignet, car c’est la mai*i qui porte ou qui pare 
les coups. Les premiers mouvemens se nomment bottes, et 
les seconds parades. Après ces préliminaires, ces mêmes 
maîtres d’armes enseignent à mêler ou h combiner ces divers 
mouvemens, de maniéré à tromper son adversaire par de 
fausses attaques que l’on nomme feintes. Enfin , les maîtres 
d’escrime vous apprennent à vous servir avec le plus d’avan¬ 
tage possible des feintes et des parades. Cette partie, qui est 
le.complément de l’art, se nomme et est la parfaite 

image d’un combat à toute outrance. 

Nous ne voulons considérer ici l’escrime que sous le point 
de vue de la gymnastique athlétique ou médicale , c’est-à- 
dire comme moyen de développer les forces sans avoir égard 
à ce qui constitue la gymnastique purement militaire, ou , ce 
qui est la même chose, l’attaque ou la défense. Nous dirons 
donc que l’escrime imprime à l’homme un maintien fixe, so¬ 
lide , assuré. Dans l’état de station et en garde , tout est avan¬ 
tageusement disposé pour l’action. Dès qu’on est en mouve¬ 
ment et fendu , le corps se porte en avant et en arrière avec 
une grande vivacité. La stabilité ou l’assiette consiste surtout 
a mouvoir peu le pied gauche, à en faire le centre ou le point 
d’appui sur lequel le corps gravite et bat en retraite, ou se 
porte en arrière pour revenir rapidement en avant. Presque 
tous les muscles sont dans une action continuelle ; les jambes 
travaillent autant que les bras; à proprement parler, les 
jambes travaillent même davantage, car elles sont toutes les 
deux en action, tandis qu’il n’y a qu’un bras qui soit forte¬ 
ment occupé ; l’autre ne sert, en quelque sorte, que de balan¬ 
cier. Quoi qu’il en soit, le corps entier, et les viscères en 
particulier, éprouvent des secousses violentes et rapides, qui 
retentissent dans toute la machine. Enfin , les variations or¬ 
ganiques que fait naître cet exercice lui assignent une place fort 
importante dans la gymnastique athlétique et médicale. Mal¬ 
gré ce que nous venons de dire, les hommes de l’Europe mo¬ 
derne se sont plutôt appliqués à l’escrime dans l’intention de 
vaincre dans les combats singuliers , que pour se procurer 
un beau développement, et faire briller et admirer leur 
gyace sous les armes. Le duel, fort ancien parmi nous, a été 


* ( i35 ) 

autorisé par nos rois et par les parlemens; on en a des exem¬ 
ples mémorables qui remontent à 1 3 7 5 . Le dernier eut lieu 
en i 547 , entre Gui-Chabot de Jarnac et François de Vivone 
de la Châtaigneraye, en présence du roi et de toute la cour. 
Ces deux seigneurs se battirent a pied et avec l’épée. Vivone 
mourut des blessures qu’il avait reçues, et Henri n résolut dès 
ce moment de ne plus permettre les duels. Dès i 386 , i 4°3 
et i 4 ° 9 > nos rois avaient défendu ou limité les duels. Ils 
furent défendus de nouveau par un édit de i 569 , l'ordon¬ 
nance postérieure de Blois , un arrêt du parlement de Paris 
de 1599; par Louis xm en 1611, 161 3 , i 6 i 4 , 1617 , i 6 p 4 , 
1626 et i 654 - Louis xiv défendit les duels encore plus sévè¬ 
rement que ses prédécesseurs , et fit exécuter les règlemens , 
comme on peut en juger par ses édits de i 643 et i 65 i, par 
l’ordonnance de 1670, et plusieurs déclarations de 1679» 
1704 et 1711. Louis xv fit serment a son sacre, exemple suivi 
depuis par nos rois, de 11’exernpter personne de la rigueur des 
peines ordonnées contre les duels, et il renouvela, par un edit 
de 1729, les défenses portées par les règlemens antérieurs. 
Les peuples les plus civilisés de l’Europe , pour ne pas re¬ 
monter plus haut que i5oo, ont prodigieusement varié la 
forme de leurs épées. Les Espagnols et les Napolitains, 
comme leurs vassaux, sont ceux qui ont le plus long-temps 
conservé les épées de trente-deux pouces avec une ample garde 
ou coquille. Plus tard, dans le reste de l’Europe, la no¬ 
blesse et les officiers des troupes portèrent des épées qui 
allèrent en décroissant de longueur, et avant notre révolu¬ 
tion , elles étaient si courtes, surtout dans les états-majors 
des places, qu’on les nommait plaisamment lisettes ; mais 
ce qui n’est pas risible , c’est que ces lames triangulaires et 
très-aiguës faisaient des blessures très-dangereuses ; d’ailleurs, 
ceux qui en étaient armés se touchaient presque du pied droit, 
et que, pour me servir d’une expression empruntée de l’art, 
on se joignait de suite sous la coquille. Les maîtres français 
se sont toujours distingués par la simplicité et la franchise 
des principes et une taciturnité imposante , et contrastant 
singulièrement avec les vociférations fatigantes et continues 
des Italiens. Nous pouvons affirmer qu’il 11’est point d exer¬ 
cice qui procure d’aussi vive,s commotions que celui des armes. 
Tous les muscles des bras , des cuisses, des jambes, plusieurs 
de ceux du torse et de la tête éprouvent alternativement des 
snouvemens de flexion et d’extension, de pronation et de 


( i36 ) ♦ 

supination qui forcent les appareils ligamenteux à s’étendre 
et a se raccourcir avec une mobilité qui doit promptement, 
dans le jeune âge, augmenter leur force et leurs proportions. 
On imprime , par cet exercice, au tronc et a tous les viscères 
des commotions qui doivent leur être favorables en facilitant 
la circulation et en augmentant l’énergie de tous les organes. 
Les orthopédistes doivent surtout invoquer les secours de 
l’escrime pour développer les adolescens lents, paresseux, 
phlegmatiques, ceux que ia morosité éloigne des jeux et des 
plaisirs de leur âge, enfin ceux qui croissent lentement, et ne 
le font pas avec rectitude, soit qu’ils pèchent par la confor¬ 
mation de la poitrine, les jambes ou la colonne vertébrale. 
On procure , par l’escrime , 'a ces êtres faibles, plus de res¬ 
sort dans les solides, et de fluidité dans les liquides. Assez 
souvent on les voit se redresser, grandir et acquérir une force, 
une agilité et une grâce dans le port du corps dont on ne les 
aurait jamais crus susceptibles. On ne peut donc trop répéter 
que l’escrime, enseignée par de bons maîtres, peut seule 
donner la pose calme, noble et aisée, qui semble surtout dé¬ 
signer, pour la profession des armes et le commandement, 
ceux qui en sont doués. 

Les éclats répétés de la voix que nous avons désignés sous 
le nom de 'vociférations , engagent à dire un mot de la dé¬ 
clamation, que ies anciens plaçaient au rang des exercices de 
la gymnastique, talent d’ailleurs agréable, utile et même 
indispensable dans quelques professions et plusieurs circon¬ 
stances de la vie. Un assez bon nombre de médecins de l’an¬ 
tiquité, entre autres Celse, Ætius , Oribase, ont conseillé 
la déclamation ou la lecture soignée et a haute voix, comme 
un moyen de guérison dans diverses maladies, et comme pro¬ 
phylactique pour ceux dont ies digestions sont lentes et pé¬ 
nibles. Ï1 est positif que ia déclamation «agit non-seulement 
d’une manière directe sur l’appareil entier de ia respiration , 
mais qu’elle agit de proche en proche et secondairement sur 
tous les organes. Le diaphragme, mu plus rapidement, im¬ 
prime aux viscères contenus dans la cavité abdominale des 
secousses continuelles qui augmententent l’énergie de leur 
action, et par conséquent les fortifient. 

La natation est un exercice tout h fait différent de ceux 
dont nous avons traité jusqu’ici. Lorsqu’un accident vous 
fait tomber dans l’eau, il est essentiel de savoir nager • ia 
natation est aussi un talent fort utile pour les gens de guerre, 


( i3 7 ) 

les chasseurs et les pêcheurs. Les anciens, qu'il faut toujours 
considérer comme les premiers maîtres de la gymnastique 
athlétique, médicale et militaire, faisaient un grand cas de 
la natation, qu'ils avaient réduite en un art auquel ils don¬ 
naient beaucoup de soins. Ils avaient, pour but principal, 
de se garantir de Faction d’un élément redoutable. L’homme 
est un des animaux les plus impropres a la natation, a cause 
de sa tête qui pèse au bout d’un long levier, quand il est hori¬ 
zontalement dans l’eau. Mais l’hommedoit-il nagerborizontale- 
ment ? Je crois que non. L’homme nage si peu naturellement, 
que, s’il n’a point reçu de leçons, il se noie d’ordinaire quand 
il tombe dans une eau profonde. Nous voyons, au contraire, 
les quadrupèdes les plus volumineux franchir les fleuves les 
plus rapides avec autant de succès que d’assurance. L’homme 
qui ne sait pas nager, devient souvent pusillanime, et le cœur 
le plus bouillant de valeur est enchaîné sur le rivage, parce 
qu’il redoute une mort peut-être ignoble ou au moins obscure 
dans nos préjugés populaires, quoique Poniatowski, couvert 
de sang, et précipité dans l’Adler par les feux de l’ennemi, 
ait fini aussi glorieusement sa vie dans les flots, que s’il l’eût 
perdue au milieu des bataillons les plus épais. Les taureaux, 
traversant les fleuves, ont exercé les pinceaux des plus grands 
maîtres. Ils ont peint surtout sous ce déguisement le plus puis¬ 
sant des Dieux, errant d’abord dans une prairie émaillée de 
fleurs , souffrant plutôt qu’il ne paraît rechercher les caresses 
d’unb mortelle; il ploie ses jarrets vigoureux , reçoit sur son 
dos la trop confiante Europe, et la portait comme en triomphe 
quand il s’élance avec elle au milieu des ondes. Le sanglier 
ainsi que le porc, son congénère, sont parfaitement construits 
pour nager; je n’avais jamais été a portée de m’eu convaincre 
aussi bien qu’en 1812 en marchant sur Moscou. Arrivé sur 
les bords $11 Borysthène, et résolu a y passer la nuit, je fus 
tout à coup frappé par des cris très-bruyans , et que je re¬ 
connus comme partant de quelques chasseurs de la garde ita¬ 
lienne qui poursuivaient des porcs, et de ces animaux qui 
cherchaient à échapper à leur poursuite. L’un de ces porcs, 
d’une taille énorme , et, malgré cela , fort leste, se trouvant 
barré sur la route par quelque obstacle, se jeta a l’eau ; il fut 
à l’instant suivi et entouré par des nageurs armés de ces sabres 
courts que nous nommons briquets. 11 éluda quelque temps 
la poursuite; atteint, il reçut plusieurs coups sans paraître 
.blessé ; enfin , un coup de pointe ouvre largement les parties 


( ‘33 ) 

latérales du cou, et il versa un torrent de sang qui rougit 
les ondes autour de lui. On vit alors entièrement disparaître, 
dans les mouvemens rapides que lui inspira sa défense, ce 
que le porc a d ignoble : c’est le sanglier d’Erymanthe aux 
prises avec Hercule ; c’est celui qui succomba sous les coups 
oe Méléagre, celui qui versa le saugd’Adonis. Le nôtre blesse 
plusieurs de ceux qui le poursuivent ; le fer s’échappe des 
mains de quelques-uns d’entre eux. Un nouvel assaillant sur¬ 
vient; il est armé d’un long levier, il frappe l’animal à la 
tète et 1 assomme; alors il chavire et reparaît sur le flanc , 
apiès avoir lin instant disparu sous l’eau. J’oubliais de dire 
que ses cris prirent, dans la fureur du désespoir, un caractère 
effrayant, et dont le son prolongé sur les deux rives y ré¬ 
pandit 1 alarme, comme dans une surprise de l’ennemi au 
milieu d’une nuit obscure. 

Si nous recherchons maintenant quel fut l’état de la nata¬ 
tion chez les anciens , nous verrons qu’il fut très-avancé par¬ 
ticulièrement chez les Egyptiens , les Grecs et les Romains , 
comme faisant partie de la gymnastique athlétique et militaire. 
Les peuples avaient consacré à la natation de nombreuses 
ecoîes. Ceux qui se seraient abstenus de les fréquenter étaient 
regardés comme des hommes pusillanimes, bons a reléguer, 
tout au plus, parmi les femmes; mais, dans aucun temps 
et dans aucun pays que je sache , les femmes n’ont aimé 
les hommes de cette espèce ; elles recherchent et honorent, 
au contraire, la force et le courage, comme un appui de 
leur faiblesse naturelle. L’histoire } ainsi que des monumens 
de divers genres, et particulièrement les bas-reliefs des co¬ 
lonnes triomphales, représentent souvent des guerriers tout 
armés, franchissant , a la nage, de larges fleuves et des tor- 
reus rapides. La désuétude de la natation, dans nos exercices 
militaires modernes, nous oblige a traîner a la si^te de nos 
armées des équipages énormes. Je sais bien que les pontons 
servent à autre chose qu’à passer des hommes et des chevaux , 
puisque l’artillerie et tous les approvisionnemens passent 
dessus ; mais je dois faire observer que les ponts, même ceux 
que l’on nomme volans , ne peuvent arriver et se placer par¬ 
tout ou on en aurait besoin. C’est un fait positif que les armées 
inodernes sont souvent arrêtées par des obstacles qu auraient 
franchis celles des anciens. D’après cela, ne devrait-on pas 
apprendre a nager à tous les soldats? La natation fut aussi en 
honneur parmi les Gaulois, nos valeureux ancêtres, et, sans 


( l3 9 ) 

remonter aussi loin, 1rs chevaliers français, a leur récep¬ 
tion, devaient faire preuve de leur habileté dans Part de 
nager, et ces exercices se pratiquaient encore sous le règne 
de Louis xi. On ne sait par quel motif les nations, en se 
poliçant, se sont écartés de cette utile institution. En effet, 
nous voyons que tous les peuples sauvages, que tous les bar¬ 
bares de l’Asie, de l’Afrique , des Amériques et de l’Océa- 
nique savent parfaitement nager, et nagent presque debout. 

Revenons aux Européens, car on ne peut trop insister sur 
la nécessité de multiplier et perfectionner nos écoles de nata¬ 
tion. C’est un moyen puissant de donner aux jeunes gens, 
c’est a-dire a l’espoir de la patrie , une constitution physique 
et des habitudes qui les rendraient susceptibles des travaux 
les plus pénibles ; quelques-uns y trouveraient aussi le con¬ 
trepoison d’une éducation molle et efféminée. Nos écoles ac¬ 
tuelles de natation font pitié quand on les compare avec les 
nanmacbies des anciens. Nous les avons surpassés dans la 
confection des routes, des ponts, des canaux, des ports; 
faisons aussi bien pour les écoles de natation , dont on pourrait 
aussi tirer parti pour Péducatiou navale. 

Celui qui nage exécute, pour se soutenir sur Peau, des 
mouvemens rapides et continuels; mais ce fluide offre très- 
peu de résistance ; les contractions et les redressemens suc¬ 
cessifs des membres ne causent plus de chocs, de réper¬ 
cussions de mouvemens, n’ébranlent plus tout l’organisme , 
comme la course, le saut, la danse , l’escrime. Cependant , 
la natation exige des mouvemens musculaires puissans, qui 
deviennent secondairement, et de proche en proche, une 
cause impulsive ou excitante pour tous les appareils organi¬ 
ques. Un résultat important de cet exercice, c’est l’impres¬ 
sion de l’application de Peau sur la peau, en vertu de sa pe¬ 
santeur, de sa température et autres qualités physiques. On 
peut conclure, de ce qui vient d’être dit, que la natation ne 
ressemble point au bain simple , et qu’il y a entre eux des 
différences remarquables. Dans la natation , les mouvemens 
vifs et répétés que l’on fait pour se soutenir à la surface de 
Peau , sont bien propres a la faire pénétrer dans le corps , et 
à y produire une action utile. On acquiert aussi , par cet 
exercice , une force morale, une hardiesse qui, dans plu¬ 
sieurs circonstances, peuvent être avantageuses pour soi, et 
pour porter du secours aux autres. Quels que soient, au 
reste, les avantages que nous attachons h la natation, nous 


( * 4 ° ) 

ne nous dissimulons point ses inconvéniens. Nous avouerons 
sans contrainte qu’elle convient peu à ceux qui sont nés faibles 
et délicats, à ceux qui ont la poitrine peu développée, et qu’il 
faut surtout les empêcher de se livrer à la natation après le 
repas. De fréquens exemples ont fait ressortir les dangers de 
cette imprudence, tandis que des hommes bien constitués , et 
qui en ont graduellement contracté l’habitude, peuvent, sans 
inconvénient, se plonger dans l’eau en sortant de manger. 
Les lois de la physique indiquent assez pourquoi on se sou¬ 
tient difficilement sur l’eau avec une poitrine étroite, et com¬ 
ment on s’y soutient si bien avec d’amples poumons remplis 
d’air. Il en est de même des gens secs et maigres, comparati¬ 
vement a ceux qui sont fort gras, et sont sur l’eau comme 
un morceau de liège. 

Parmi ceux qui ont traité des avantages et des principes 
de la natation , on doit placer au premier rang Kenelm Digby, 
Winmann et Ihévenot. Le dernier est celui qui a le mieux 
exposé tout ce qu’il faut pour arriver dans cet art au degré 
de perfection désirable. Il a placé dans son ouvrage intitulé : 
1 de nage ?’, des gravures qui indiquent les différentes 
positions que le corps doit prendre dans l’eau; ses préceptes 
sont fondés sur ce que l’expérience a appris de plus positif. 
Leux qui bouquinent sur les quais de la capitale et autres 
lieux pourront trouver sur leurs pas une brochure ayant 
pour titre : 1 uirt de neiger entre deux eaux. Cet écrit n’a 
rien de commun avec la gymnastique; il est simplement des¬ 
tiné h former au talent d’obtenir et surtout de conserver des 
places sous les régimes les plus opposés. 

J.-B. Leroy, de l’Académie des Sciences, a donné le plan 
d une école de natation, avec la description de divers globes 
ou tubes en fer-blanc, formant des scaphandres impénétra¬ 
bles, tant pour passer une rivière sans mouiller ses vêtemens, 
que pour se garantir de l’action de l’eau froide, et sauver, 
meme au milieu des rigueurs de l’hiver, ceux qui seraient 
dans le danger de se noyer. L’expédient principal auquel on 
a recours pour former des nageurs armés de la sorte , est 
une poulie mobile portée par une corde attachée a deux 
poteaux placés aux deux extrémités d’un canal ou bassin 
pratiqué exprès pour servir à cet exercice. On fixe sur la 
poulie une corde garnie de quelques bandelettes, a l’aide 
desquelles l’apprenti nageur, soutenu a la surface de l’eau , 
peut recevoir les leçons d’un bon maître. Ce travail d’un 


( ' 4 ‘ ) 

académicien estimé et très-répandu dans le inonde fut bien 
accueilli ; et , malgré cette prévention favorable, après un 
mûr examen , je crois ce projet défectueux. La natation, dans 
un canal ou bassin , étroitement limité, est un joujou propre 
a amuser des enfans. Ceux qui excelleraient dans cette bai¬ 
gnoire perdraient toute présence d’esprit en tombant dans 
une grande masse d’eau, et s’y enfonceraient de plusieurs 
pieds; et, en supposant qu’ils revinssent un moment à la 
surface de l’eau, leur tète ne se remettrait pas davantage. 
Observez tous les peuples nageurs; enfans, et dès qu’ils vont 
h l’eau, ils commencent par plonger, c’est-â-dire enfoncer la 
tête dans l’eau; ils débutent ainsi dans l’apprentissage de 
l’art par la plus grande des difficultés. Dans la plupart de 
nos provinces, où l’éducation a quelque chose de plus agreste 
et de plus mâle qu’à Paris , nous avons vu apprendre et 
appris nous-même a nager, ainsi qu’il suit : d’abord le plon¬ 
geon ; une main amicale vous redressait un instant , ou vous 
laissait encore barbotter quelques secondes. On formait en¬ 
suite un faisceau de joncs demi-circulaire ou décrivant un 
angle obtus, et on appuyait dessus le menton et les deux 
bras. Quand on sentait son corps soutenu, on abandonnait 
par instans , on chassait devant soi, et, au besoin , on re¬ 
prenait son appui. Arrivé dans la capitale, et entouré de 
toutes sortes de maîtres, par les soins et les sacrifices de 
nos bons parens, nous reçûmes aussi des leçons de natation. 
Elles étaient méthodiques et bien raisonnées. Notre institu¬ 
teur connaissait assez bien les puissances locomotrices, et il 
en faisait une démonstration qui égayait beaucoup ses élèves: 
se dépouillant de sa robe de chambre, de son bonnet de nuit 
et de ses pantoufles, il se plaçait à plat-ventre sur un lit 
et expliquait avec démonstration les mouvemens qu’il con¬ 
vient de pratiquer. Il répétait moins heureusement ses leçons 
au milieu de la rivière, où il ne conservait plus que l’avantage, 
d’un énorme embonpoint. Notre véritable maître, le prati¬ 
cien, était le porteur d’eau de la pension, très-habile et 
prudent nageur. Quand nous avons eu besoin de revenir sur 
la théorie de la natation comme partie de la gymnastique, 
et, par conséquent, de l’hygiène, nous avons trouvé de 
très-bonnes choses dans un écrit de Nicolas Roger, inséré 
dans la Bibliothèque économique de 1783. 



( I<+2 ) 


Observations sur l’état du cerveau et des nerfs dans les 
monstres ; par le professeur F. Tiedemann. 

Observation i re . — Monstruosités de la moelle épinière 
par défaut , avec absence des membres. — Il y a quelques 
années, on m’envoya un enfant mal conformé, du sexe féminin, 
qui était mort peu de jours après sa naissance , et qui man¬ 
quait des membres supérieurs et inférieurs. Au lieu des extré¬ 
mités pelviennes, on remarquait, sur les parties latérales du 
bassin, deux petits appendices cutanés mous et dépourvus 
d’os, indiquant, pour ainsi dire, l’endroit où ces membres 
auraient dû se trouver. 

Les men 
c’est-a-dir 
avec leurs 

représentaient deux moignons courts et terminés en pointe , 
hors desquels les humérus, minces et dépouillés du périoste, 
faisaient une saillie de quelques lignes. A la hauteur de la 
jonction de L’humérus avec l’omoplate se voyait encore, de 
chaque coté, en avant, un petit appendice mou de la peau, 
long de deux lignes, dans lequel il n’existait point d’os. A 
l’extérieur, on ne voyait nulle trace d’aucun autre vice de 
conformation. 

A l’examen de l’intérieur du corps, mon attention se di¬ 
rigea, avant tout, sur l’état de la moelle épinière et de ses 
nerfs. La colonne vertébrale et le crâne furent ouverts, et le 
cerveau , ainsi que la moelle épinière mis a nu , avec les nerfs 
qui en proviennent. A ma grande surprise, la moelle se montra 
excessivement mince et étroite) elle n’avait pas tout à fait 
deux lignes de large. En la comparant avec celle d’un enfant 
nouvellement né et bien conformé, on reconnut qu’elle était 
plus mince et plus étroite de plus de la moitié. Les nerfs cer¬ 
vicaux inférieurs provenant de la moelle épinière, et dont 
la réunion produit le plexus brachial, étaient petits. La 
moelle ne présentait pas, à leur origine, le renflement qu’on 
rencontre là dans l’état normal. Les nerfs lombaires et sacrés 
avaient aussi une minceur extraordinaire. Le canal de la 
moelle épinière, qu’on rencontre dans les premiers temps de la 
vie du fœtus, existait encore, et contenait un peu de liquide. 

Je ne reconnus aucune aberration dans le cerveau. Le nerf 
grand sympathique fut examiné aussi pour savoir s’il ne 


bres supérieurs manquaient aussi en grande partie, 
i qu’ri n’y avait ni avant-bras ni mains. Les épaules, 
muscles , étaient parfaitement formées. Les bras 


( 43 ) 

serait pas par hasard plus mince et plus délié j mais sa con¬ 
formation parut régulière , de même que celle des ganglions 
situés le long de la colonne vertébrale. Le cœur, les organes 
de la respiration, ceux de la digestion, de la sécrétion uri¬ 
naire et de la génération étaient tous dans Tétât normal. Les 
artères axillaires et crurales étaient très-petites ; elles se ter¬ 
minaient par une pointe en cul-de-sac. 

L'absence des membres supérieurs et inférieurs est un 
vice de conformation qu’il n’est pas rare de rencontrer tant 
chez l’homme que chez les animaux. Reisei 1 * , Albrecht % 
Crommelin 3 4 , IsenfUmm \ Dupuytren 5 6 7 et Morton G ont publié 
des observations d’hommes chez lesquels les membres n’exis¬ 
taient pas; mais je ne sache pas qu’on ait jamais examiné 
l’état de la moelle épinière dans cette monstruosité. Il n’est 
pas sans vraisemblance que le peu de développement de cet 
organe est en connexion intime avec l’absence des membres. 
Duraeril a trouvé aussi 7, dans le sujet qu’il a disséqué, et qui 
était né sans bras ni avant-bras, non plus que sans cuisses 
ni jambes, mais avec des mains et des pieds, les nerfs et 
vaisseaux de ces parties d’une petitesse extrême. 

Obs. 2 . — Excès dans la formation du cerveau et de 
scs nerfs , s'accompagnant de la présence d'organes surnu¬ 
méraires. — La tête d’un chat nouveau-né, du sexe féminin , 
faisait apercevoir diverses anomalies annonçant un vice de 
conformation par excès. A droite, se trouvait, à l’endroit 
ordinaire, un gros œil, qui était composé de deux globes 
oculaires confondus ensemble. A côté de cet œil, plus en 
arrière, se voyait une moitié d’un second nez, consistant en 
une courte saillie, ayant la forme d’une trompe; derrière 
existait un œil très-saillant, qui était dépourvu de paupières. 
Du reste, il n’y avait nulle part aucun vestige d’anomalie. 

Cette monstruosité faisait soupçonner un vice de confor¬ 
mation par excès du cerveau et de ses nerfs., La conjecture 
fut convertie en certitude par l’examen anatomique. A l’ou¬ 
verture du large crâne , on aperçut trois hémisphères du 
cerveau. La moelle épinière et le cervelet étaient simples et 

1 Mise. ad. nal. curios., 1639, dec. Il, ann. vin, p. 106. 

51 Act. nal. curios. , vol. Y, p. g5. 

3 Journal, de physique, 1777, t. IX , p. ’i3g. 

4 Beylræge zur Zergliederungsliunde , 1.1, cah. 2, p. 268. 

5 Bulletin de la Société Philomatique, t. III, p. 126. 

6 London med. and phys. Journal (mars 1823). 

7 Bulletin de la Société Philomatique, t. III, p. 122. 


( *44 ) 

sans nulle trace d’anomalie. Du pont de Varole partaient trois 
cuisses du cerveau, qui pénétraient chacune dans un hémis¬ 
phère. La paire postérieure des tubercules quadrijumeaux 
était simple ; au devant d’elle se trouvaient trois tubercules 
antérieurs, qui reposaient sur la face supérieure des trois 
cuisses du cerveau. Chaque hémisphère était composé d’une 
couche optique, d’un corps cannelé, et du couvercle médul¬ 
laire renversé d’avant en arrière et de dehors en dedans, sur 
lequel on n’apercevait que de faibles traces, a peine sensibles, 
d’anfractuosités et de sillons. Le cerveau normal avait son 
corps calleux , sa voûte, ses cornes d’Ammon, sa glande 
pituitaire et sa glande pinéale. Le troisième hémisphère sur¬ 
numéraire du côté droit n’avait qu’une petite glande pitui¬ 
taire ; il était dépourvu de corps calleux et de glande pi¬ 
néale. Du couvercle renversé sur lui-même partait une petite 
lamelle médullaire, dirigée en arrière et en dehors, qui re¬ 
présentait la corne d’Ammon. Les nerfs du cerveau normal 
étaient très-réguliers. De la couche optique et des tubercules 
quadrijumeaux antérieurs de l’hémisphère surnuméraire nais¬ 
sait un gros nerf optique , qui se rendait a l’œil surnuméraire 
externe, mais envoyait d’abord une branche h l’œil moyen, 
lequel était composé de deux yeux confondus ensemble. En 
outre, il provenait encore de ce cerveau un nerf oculo-inuscu- 
laire, qui se répandait dans les muscles de l’œil surnuméraire. 
Le troisième hémisphère ne présentait pas de nerf olfactif' 
la troisième moitié du nez n’étant qu’un simple 
ment sans conduit nasal. 

De cet aperçu résulte évidemment qu’il y avait concor¬ 
dance des nerfs et du cerveau surnuméraires avec les organes 
existans en excès. 

Obs. 3. —Il y a quelques années, je reçus un canard 
monstrueux, qui venait d’éclore, et qui était mort peu de 
temps après. Ce monstreétait composé de deux corps com¬ 
plets accoilés par le sommet de la tête. Le cerveau était dou¬ 
ble ; cependant les deux hémisphères antérieurs des deux 
corps se trouvaient, d’un côté, parfaitement réunis et con¬ 
fondus en une seule masse. Les deux autres hémisphères, au 
contraire , de même que les cervelets, étaient tout a fait dis¬ 
tincts et séparés. La double moelle épinière et les nerfs ne 
présentaient aucune anomalie. Les os du crâne étaient réunis 
à leur partie supérieure. Nulle part ailleurs on n’apercevait 
aucun vice de conformation. 



( i45 ) 

Il est manifeste que cette monstruosité ne pouvait pas pro¬ 
venir, comme on l’admettait autrefois, de la fusion de deux 
embryons d’abord distincts, puisque les hémisphères du cer¬ 
veau étaient unis de la manière la plus intime. Nous sommes 
obligés d’admettre , au contraire, qu’elle s’était formée dans 
le germe meme, et que la monstruosité a dépendu de la dis¬ 
position anormale du cerveau. 

Barkow a décrit et figuré une monstruosité de canard 
semblable ‘.Des monstruosités pareilles ont été observées chez 
l’homme par Albrecbt*, Sannie 3 4 et Jæger \ On peut égale¬ 
ment ranger ici le cas remarquable, décrit par Home 5 , dans 
lequel une tête seule, avec le crâne, reposait sur celle d’un 
enfant à terme. Dans ce cas, comme dans celui dont parle 
Jæger, les cerveaux des deux tètes n’étaient cependant pas 
confondus ensemble. 

A ces monstruosités, unies par le sommet de la tête, se 
rattachent d’une manière immédiate celles dans lesquelles la 
réunion des crânes a lieu par l’occiput. Hemery 6 a décrit un 
cas de ce genre, mais il n’avait point examiné le cerveau. Ici 
se range encore une monstruosité que Barkow a disséquée 7 . 
Les os des deux crânes étaient unis à l’occiput de manière a 
ne constituer qu’un seul crâne commun ; mais les deux cer¬ 
veaux , contenus dans la cavité , étaient trop ramollis pour se 
prêter à un examen attentif. Cependant, on crut remarquer 
qu’ils avaient dû être séparés l’un de l’autre par les pie-mères, 
et en partie aussi par la dure-mère. 

Qbs. 4- —Un monstre datant de la fin du cinquième ou du 
commencement du sixième mois de la grossesse , et sur l’ori¬ 
gine duquel je ne possède aucun renseignement, se compose 
d’une tête, d’une poitrine, d’un ventre, de quatre bras et de 
quatre jambes. Ces parties sont unies avec la cavité abdominale 
commune de manière a présenter presque la forme d’une croix. 
L’une des jambes de la croix, celle qui regarde en haut, est 
formée par la poitrine, avec deux extrémités supérieures, le cou 
et la tête ; la jambe opposée et inférieure, l’est par deux bras 


1 De wons Iris duplicibus verlicibus inter se junctis ; in- 4 °., tab. iv. 
Berlin, 1821. 

a Commère, litterar. JYorib. , p. 021, tab. ix, fig. 10 (1734). 

3 Dans les Mcm. de la Soc. de Harlem, t. I, p. 282, tab. vin, fig. 2. 

4 Sahburger medizinisçh-chirurgiche Zeilung, t. II, p. 272 (1799). 

5 Philcsoph. Transact ., p. 296 (1790). 

Histoire de l 1 * Académie des Sciences , p. 39(1703). 


7 Loc. cil ., p. 9, tab. 1, ir, m. 
TOME XXXI. 


I O 


( 46 ) 

dirigés en bas ; les côtés le sont par les pieds accouplés par 
paires. Au milieu de la croix, on aperçoit, à la face anté¬ 
rieure, la cavité abdominale, qui se prolonge en un sac 
saillant. Ce sac est formé par le péritoine et une pellicule de 
de la gaine du cordon ombilical, laquelle gaine s’unit avec 
les bords des tégumens généraux. Il contient les viscères du 
bas ventre, et représente ainsi une hernie ombilicale congé- 
niale. Le cordon ombilical simple s’unit en bas, entre les 
bras, avec le ventre, au niveau duquel il est coupé. Entre 
les cuisses se trouve de chaque côté une verge avec le scrotum. 
A la face postérieure, on aperçoit les deux anus, situés entre 
les fesses. 

L’examen anatomique fut commencé par l’ouverture de la 
cavité abdominale. L’estomac et la plus longue portion de 
l’intestin grêle étaient simples. Inférieurement, rintestin grêle 
se partageait en deux courts lambeaux, qui se réunissaient a 
angle aigu , et se jetaient dans les cæcums. Le gros intestin 
était parfaitement double : chacun décrivait plusieurs cour¬ 
bures, pénétrait dans une des cavités pelviennes, et se ter¬ 
minait par un rectum , puis a l’anus. Le foie , avec la vésicule 
biliaire, la rate et le pancréas, étaient simples , et 11e s’écar¬ 
taient de l’état normal ni pour la situation, ni pour la forme. 

Hors du péritoine, se trouvaient, dans la cavité abdomi¬ 
nale, quatre reins lobuleux, avec les capsules surrénales, 
qui correspondaient, dans leur situation, à la direction laté¬ 
rale des bassins. De chaque rein partait un uretère, qui se ren¬ 
dait aux deux vessies situées dans les cavités pelviennes. A 
l’extrémité inférieure de chaque rein , se voyait un testicule 
pendant a un prolongement en forme de mésentère. 

A l’ouverture de la cavité thoracique, on aperçut les 
poumons ayant leur situation et leur forme accoutumées. Le 
poumon droit était composé de trois lobes , et le gauche de 
deux. Entre les poumons se trouvait un cœur renfermé dans 
une membrane séreuse, avec ses deux oreillettes et ses deux 
ventricules. La veine cave supérieure et l’inférieure, les veines 
pulmonaires et l’artère pulmonaire étaient disposées d’une 
manière imparfaitement régulière. L’aorte décrivait sa crosse 
à la manière accoutumée, fournissait les artères carotides et 
sous-clavière, descendait ensuite le long de la colonne verté¬ 
brale, et pénétrait dans le bas-ventre à travers le diaphragme ; 
là, elle donnait les vaisseaux destinés à l’estomac, au foie, 
à la rate et a l’intestin grêle. Ensuite elle se partageait, sous 


( 47 ) 

un angle très-obtus, en deux troncs qui se rendaient aux deux 
moitiés de corps situées sur les côtés. Chacun de ces troncs 
envoyait des branches aux reins, fournissait aussi une artère 
mésentérique inférieure, puis se partageait, à son entrée dans 
la cavité pelvienne, en deux artères iliaques. Celles-ci se 
partageaient, a la manière ordinaire, en iliaques internes et 
externes. De chaque bassin sortait une artère ombilicale par¬ 
tant d’une iliaque interne. 

A l’extrémité inférieure du corps, où ne se trouvait point 
de tête , existait encore un rudiment de second cœur, com¬ 
posé d’une oreillette et d’un ventricule. Du ventricule nais¬ 
sait un tronc artériel, qui fournissait de chaque côté une ar¬ 
tère brachiale, puis se portait sur les vertèbres placées en 
cet endroit, envoyait plusieurs petites artères intercostales, 
et ensuite contractait des anastomoses avec les deux petits 
troncs de l’aorte de la moitié supérieure du corps. 

Quant à ce qui concerne les veines, celles des deux bassins 
s’unissaient avec une veine cave inférieure, qui se rendait 
dans l’oreillette droite du cœur de la moitié supérieure de 
corps. Les veines brachiales et intercostales de la moitié de 
corps inférieure et incomplète s’abouchaient dans l’oreillette 
du petit cœur. Les veines de la moitié de corps non dévelop¬ 
pée s’anastomosaient, dans la cavité abdominale, avec celles 
de la partie supérieure du corps. 

J’étais fort curieux de connaître l’état et la disposition du 
système nerveux dans cette singulière monstruosité. J’aperçus 
un cerveau et un cervelet, avec une moelle épinière , pour la 
moitié supérieure du corps pourvu d’une tête, et une simple 
moelle épinière raccourcie pour la moitié inférieure impar¬ 
faite. Ainsi, ce sujet offrait, dans le sens le plus rigoureux , 
un monstre acéphale uni a un autre corps dans lequel le cer¬ 
veau se trouvait. 

Les hémisphères du cerveau étaient parfaitement lisses, 
sans sillons ni circonvolutions, comme c’est toujours le cas 
dans les fœtus de cet âge. Ils ne couvraient pas encore le cer¬ 
velet, et leurs ventricules latéraux étaient fort grands. Le 
cervelet n’était que divisé en lobes par des sillons transver¬ 
saux, comme c’est également la règle a cette époque de la 
vie. La moelle épinière, considérablement épaisse, fournis¬ 
sait ses nerfs de chaque côté. Inférieurement sa pointe se 
courbait un peu à gauche, et se confondait avec la pointe 
de la moelle épinière de la moitié du corps opposée et incom- 


( '48 ) 

plèle. Cette seconde moelle épinière était beaucoup plus 
courte que l’autre. Elle formait un petit renflement, à la 
suite duquel elle se courbait de droite à gauche. Elle donnait 
de chaque côté environ seize nerfs • les premiers nerfs for¬ 
maient, de chaque côté aussi, les plexus pour les bras, et 
les suivans représentaient les nerfs de la poitrine. Les nerfs 
nés vers les points confondus des deux moelles épinières, se 
réunissaient des deux côtés, marchaient le loug des vertèbres 
lombaires et sacrées, et formaient les nerfs destinés au bassin 
et aux membres inférieurs. Le grand sympathique ne put 
être suivi a cause de sa ténuité. 

Je n’ai point examiné la disposition du squelette , afin de 
ne pas détruire entièrement cette monstruosité remarquable. 
La moitié du corps inférieur n’offrait que quelques vertèbres 
cervicales et plusieurs dorsales, sur lesquelles ne s’articu¬ 
laient point de côtes ; il n’y avait point non plus la de sternum. 

Maunoir a décrit un cas qui ressemble beaucoup a celui-la ’. 
Mais ici les parties génitales femelles existaient dans les deux 
bassins. Le cordon ombilical était simple. A la tête, réguliè¬ 
rement conformée, était opposé un rudiment, de tête sans 
cervelle; l’estomac et la partie supérieure de 1 intestin grêle 
étaient simples, mais ce dernier se partageait en deux canaux 
intestinaux^ Le cœur était également simple. L’aorte se par¬ 
tageait, à sa sortie du diaphragme, en trois troncs pour les 
deux bassins et jambes, et pour la moitié inférieure du corps, 
avec les bras. Les quatre reins étaient fondus en deux. 

Il est très-digue de remarque qu’ici aussi les extrémités des 
moelles épinières des deux moitiés de corps s’unissaient en¬ 
semble au milieu du corps, et que les nerfs des deux bas¬ 
sins et des jambes naissaient de l’extrémité commune de la 
moelle, comme dans mon sujet. 

Un examen très-superficiel de ces monstruosités dénote 
qu’elles ont dû dépendre de la disposition du système ner¬ 
veux. A la conformation primitivement anormale delà moelle 
épinière. durent se ployer toutes les autres parties qui re¬ 
çoivent d’elle leurs nerfs. 

Obs. 5 . — J examinai le système nerveux d’un autre monstre 
double, du sexe masculin, composé de deux têtes, une poi¬ 
trine et un ventre communs , deux membres supérieurs par¬ 
faitement conformés, deux bras dirigés en arrière, et adhé- 

j ■ ■ * ■ V \ ' 

1 London med. c/tir. Tram ., \ol. vu, p. i cl 25 7. 


( '49 ) 

rens jusqu’aux mains, enfin deux extrémités inférieures. Le 
cordon ombilical, situé au milieu de la cavité abdominale, 
ne contenait, avec la veine, qu’une seule artère. L’anus était 
fermé. 

Les deux colonnes vertébrales, fortement inclinées l’une 
sur l’autre, se confondaient ensemble dans le sacrum. 
Les côtes antérieures, de longueur extraordinaire, s’unis¬ 
saient en devant avec un sternum complet. Les côtes diri¬ 
gées en arrière, étaient fort courtes, et se réunissaient les 
unes avec les autres, parce qu’il n’y avait point là de ster¬ 
num. Le corps de chaque enfant avait un œsophage et un 
estomac. Les deux intestins grêles se réunissaient au tiers in¬ 
férieur, sous un angle aigu, et produisaient une petite dila¬ 
tation a l’endroit de leur réunion. Au-dessous de celle-ci, ils 
se séparaient de nouveau. Celui de l’enfant droit parcourait 
une étendue de quelques pouces, et représentait ensuite un 
court appendice terminé en cul-de-sac, tandis que celui de 
l’enfant gauche s’unissait à un cæcum muni d’un appendice 
vermiforme. Le reste du gros intestin formait les diverses 
circonvolutions du cæcum, et se plongeait, comme rectum, 
dans la cavité du bassin ,* là, il représentait un long sac très- 
dilaté, clos et rempli de méconium. 

Le foie était fort gros, et semblait composé de deux foies 
réunis. A sa face inférieure se trouvaient deux vésicules 
biliaires, avec leurs conduits excréteurs. Il y avait aussi deux 
pancréas et deux rates. L’appareil des voies urinaires et des 
organes de la génération était simple. 

Le cœur, simple, occupait le milieu de la poitrine. L’oreil- 
iette droite était fort grosse et en même temps, confondue 
avec la gauche, sans qu’il existât entre elles de cloison. Dans 
cette vaste oreillette commune s’ouvraient les veines caves 
supérieures et inférieures, ainsi que les veines pulmonaires 
des deux enfans. Du ventricule droit du cœur, qui était bien 
conformé, naissait l’artère pulmonaire, laquelle s’unissait à 
l’aorte par le moyen du trou de Botal, puis se partageait en 
deux petits troncs pour les poumons de. 1 enfant droit et de 
l’enfant gauche. De l’oreillette gauche sortait l’aorte, qui 
produisait deux crosses, d’où naissaient les artères pour les 
tètes et les bras. Les deux troncs descendant marchaient le 
long des colonnes vertébrales, et donnaient les branches or-^ 
dinaires. Au bassin, chaque aorte se partageait en une ilia¬ 
que interne et une externe. 


( i5o ) 

Il y avait des poumons doubles. Ceux de l’enfant gauche 
étaient plus grosque ceux du droit. Chaquegrande aile pulmo¬ 
naire dirigée en dehors se composait de trois lobes, tandis que 
les internes, situéesau-dessus de la partie supérieure des troncs 
vasculaires du cœur, étaient fort petites. L’une des ailes pul¬ 
monaires de l’enfant gauche avait deux petits lobes, et celle 
de l’enfant droit n’en avait qu’un. Le thymus était fort gros, 
et composé de deux glandes confondues ensemble. 

Quant au cerveau et au système nerveux, ils étaient doubles. 
Chaque enfant avait son cerveau et son cervelet complets, entre 
les paires de nerfs qui s’y rapportaient ; mais chaque moelle épi¬ 
nière présentait cela de particulier, que sa moitié interne, 
dans le canal des vertèbres dorsales et lombaires était très- 
étroite, de plus de moitié, et que les nerfs thoraciques, tom¬ 
bai res et sacrés internes, qui se rendaient aux moitiés de corps 
confondues et non développées, étaient beaucoup plus petits 
et plus minces que les externes, qui se rendaient aux deux 
moitiés de corps parfaitement développées. Nous voyons donc 
encore ici un accord parfait entre la disposition du système 
nerveux et l’état des diverses parties du monstre par dupli¬ 
cation. 

Des monstres , analogues à celui - là ont été observés par 
Reyger 1 , Fribe 2 , Scultet 3 4 , Schmuck \ Bils 5 , Buchner 6 , 
Caqué 7 , Moreau de la Sarthe 8 9 et Pendleton9. 

Quelques observations recueillies par cTautres anato¬ 
mistes .—J’ajoute, d’après d’autres écrivains, quelques ob¬ 
servations et anatomies de monstres avec excès, prouvant 
également qu’un excès dans la formation des organes se rat¬ 
tache à un pareil excès dans celle du système nerveux , qui 
est constamment en connexion intime avec le nombre et la 
disposition des parties surnuméraires. 

Observation de Brugnone ,0 . — Brugnone a examiné la 
disposition du cerveau dans un monstre double, du sexe 

1 Abhanàl. der Akad. der Naiurforcher, t. I, p. i 9. 

* Ibid., t. III, obs. 175. 

3 Ib'ul. y t. III, obs. 9 . 2 /f. 

4 Fascicnlus admirandorum naturœ , tab. i Strasbourg, 1679, 

5 Specimen anatomie. (1661). 

6 Misccll phys. med , p. 128, ann. 1727, febr. 

7 Journal de physique, t,. XXXIX , p. 65 . 

s Description des principales monstruosités, pl. 27. 

9 Pliiludelphie Journal, t. VIII, p. 469. 

'o Mérn. de l’Académie de Turin, p. 275 (1792). 


( '5i ) 

féminin, avec une véritable tête de Janus, deux corps unis 
depuis la tête jusqu’au nombril, quatre bras et quatre jam¬ 
bes, dont le cordon ombilical contenait quatre artères et 
deux veines. Les deux cerveaux étaient confondus en une 
seule masse, mais les deux cervelets et les deux moelles épi¬ 
nières étaient distincts.Toutes les paires de nerfs étaient dou¬ 
bles, et correspondaient a la disposition des organes. 

Obsevation de Giulio et Rossi \ — Ginlio et Rossi ont 
disséqué un monstre de chèvre qui se composait de deux 
corps confondus par la poitrine et le ventre, avec quatre 
pattes de devant et quatre de derrière. La tête était simple; 
cependant on voyait en arrière deux trous occipitaux com¬ 
muniquant avec deux colonnes vertébrales. Le cœur était 
simple. De l’artère pulmonaire, naissait une seconde aorte, 
qui descendait le long d’une colonne vertébrale. L’estomac, 
le canal intestinal, le foie et la rate étaient également sim¬ 
ples. L’appareil des voies urinaires et génitales était parfai¬ 
tement double.On comptait quatre reins, avec leurs uretères , 
deux vessies urinaires et deux matrices. 

Le système nerveux offrait la disposition suivante, corres¬ 
pondant aux parties existantes. Le cerveau et le cervelet 
étaient simples; mais la moelle allongée se partageait, der¬ 
rière les pyramides et les olives, en deux moelles épinières, 
qui passaient dans les canaux des vertèbres, et envoyaient de 
chaque côté des nerfs. Il n’y avait que deux nerfs pneumo¬ 
gastriques, comme aussi deux séries de ganglions du nerf 
grand sympathique. 

Les mêmes observateurs ont décrit un agneau, dont le 
tronc simple, et armé de quatre membres, portait une tête 
double en devant. Il y avait quatre yeux, deux nez et deux 
cavités buccales. Legrand crâne contenait deux cerveaux et un 
cervelet. La moelle épinière était simple. Les sept premières 
paires de nerfs étaient doubles sur chaque cerveau. Les nerfs 
auditifs, glosso-pharyngiens, pneumo-gastrîques, accessoires 
de Willis, et hypoglosses, étaient disposés comme a l’ordinaire. 
Ainsi donc, la disposition du cerveau et de ses nerfs était 
manifestement en harmonie avec le nombre des organes sur¬ 
numéraires. 

Observations de Prochaska .— Prochaska décrit un nions- 


{ Mém. de l’Académie de Turin, i. XII, p. ^7. 


( ^2 ) 

tre à deux têtes du sexe masculin '. Chaque tête avait un cou 
particulier. La poitrine était composée de deux cavités con¬ 
fondues ensemble. Le ventre était simple. Il n’y avait que 
deux membres supérieurs et deux inférieurs. Dans la poitrine, 
se trouvaient quatre poumons et deux cœurs renfermés dans 
des séreuses particulières. Le cœur du côté gauche était bien 
conformé. Il se composait de deux oreillettes et de deux 
ventricules. De l’oreillette droite sortait l’artère pulmonaire, 
et de la gauche Taorte. 

Le cœur du côté droit n’était pas formé 5 les deux oreil¬ 
lettes ne constituaient qu’une seule cavité, et les deux ven¬ 
tricules étaient dans le même cas. La cloison n’existait qu’in¬ 
complète. Il y avait une artère pulmonaire et une aorte. Les 
aortes des deux cœurs se confondaient en un seul tronc, après 
la sortie du diaphragme. Il n’y avait qu’une seule artère om¬ 
bilicale. L’œsophage et l’estomac étaient doubles. Les deux 
duodénum se réunissaient en un canal intestinal simple 5 le 
foie était simple, cependant pourvu de deux vésicules biliai¬ 
res. L’estomac gauche seul présentait une rate ; le pancréas 
était double. 

. A cet état de chose correspondait exactement la disposi¬ 
tion du système nerveux. Chaque tête avait son cerveau, avec 
les paires de nerfs ordinaires. La moelle épinière était double 
jusqu à la quatrième vertèbre lombaire, et là les deux cordons 
se confondaient en un seul qui, devenant plus mince, et se ter¬ 
minant en pointe, s’étendait jusqu’au sacrum. La colonne ver¬ 
tébrale était double aussi loin que l’était la moelle de l’épine. 
Les nerfs externes de chaque moelle fournissaient au tronc 
et aux extrémités d’un côté, tandis que les internes se ren¬ 
daient seulement au cou jusqu’à la poitrine , sans pénétrer 
dans celle-ci ni dans le ventre. Les quatre nerfs pneumo¬ 
gastriques qu’on voyait correspondaient aux deux larynx et 
aux quatre poumons, aux deux cœurs, aux deux œsophages 
et aux deux estomacs. Le grand sympathique formait, jus¬ 
qu au diaphragme, quatre cordons qui descendaient le long 
des deux colonnes vertébrales. Les deux cordons internes se 
réunissaient et se perdaient après le passage à travers le dia¬ 
phragme. 

Ainsi donc, il y avait manifestement concordance exacte 

1 Descrïpt. anal, mous tri humani bicipilcs monocorporie, in AdnolaL 
Acad., fasc. 1, tab. r, ri, ni, p. 45. 


. ( >53 ) 

entre le nombre des nerfs surnuméraires et les organes en 
excès. 

Prochaska a observé aussi ' une disposition extrêmement 
remarquable des nerfs cérébraux dans une autre monstruosité, 
du sexe masculin, qui se composait de deux corps unis par la 
tête, le cou, la poitrine et le ventre, avec quatre bras et 
quatre jambes. Les deux têtes étaient accollées de manière 
qu'une tête regardait d’un côté, et l’autre du côté opposé, 
d'où résultait une tête de Janus, semblable a celles que 
Scharf, Bordenave, Zimmer , Lenhossek et autres ont dé¬ 
crites et figurées. Dans le crâne , qui était très-volumineux , 
se trouvaient deux cerveaux parfaitement développés, qui se 
touchaient en dedans par leurs lobes antérieurs, sans 
toutefois être confondus. Entre les hémisphères de chaque 
cerveau , plongait un replifalciforme étendu d’un occipital â 
l’autre. Chaque cerveau avait son cervelet, sa moelle épinière, 
et le nombre accoutumé de paires nerveuses; mais ces nerfs 
présentaient cela de remarquable qu'ils se rendaient â des têtes 
différentes. 

Le nerf olfactif d'un cerveau se rendait a une face, et 
l’autre â la face opposée. Il en était de même des nerfs op¬ 
tiques, des paires troisième, quatrième, cinquième, sixième, 
et des autres. Chaque moitié d’une tête et d'une face recevait 
donc ses nerfs d'un autre cerveau , ou chaque face et chaque 
tête recevait ses nerfs de deux cerveaux a la fois, a droite de 
l’un , et a gauche de l'autre. 

Observation cle Schercr 2 . — Scherer a donné la descrip¬ 
tion d'un fœtus monstrueux de lièvre, qu'on peut également 
citer, comme une preuve de la concordance exacte qui existe 
entre la disposition du système nerveux et celle des organes 
surnuméraires. 

Ce monstre n'avait qu'une seule tête, soutenue par un 
corps double. Cependant les deux corps semblaient réunis 
par la poitrine et la partie supérieure du ventre. Il y avait 
deux colonnes vertébrales, deux cavités pelviennes, quatre 
pattes de. devant et quatre de derrière. Le cœur et les pou¬ 
mons étaient dans l'état normal. Le tronc de l'aorte se par¬ 
tageait en deux crosses, qui dégénéraient en aortes descen¬ 
dantes le long des colonnes vertébrales. L’œsophage et l'es- 

1 MedizinischeJahrhücherdesœsterreichischenSlaales, t. III, p. iqS, 
tal). i, fig. i, 2. 


( i54 ) 

îomac étaient simples. L’intestin grêle se partageait en deux 
canaux. Le cæcum, le colon et le rectum étaient doubles, 
le foie et la rate simples. Il y avait au contraire quatre 
reins, deux vessies, et des organes génitaux mâles complè¬ 
tement doubles. Le cerveau et ses nerfs étaient parfaitement 
réguliers dans la tête simple ; mais la moelle épinière se 
partageait, au dessous du cervelet, en deux cordons qui en¬ 
voyaient de chaque coté des nerfs aux quatre pattes de de¬ 
vant et de derrière, ainsi qu’aux doubles appareils urinaires 
et générateurs. La présence d’un cœur simple, la disposition 
accoutumée des poumons, de Fœsophage et de l’estomac, 
semblent s’accorder ici avec Fétat normal de la paire vague. 


Observations pour servir à l’histoire des maladies du cer¬ 
veau et de la moelle épinière ; par le D r Buet. 


Observation i ro . — Arachnoïde et méningite de la hase 
du cerveau et de la moelle épinière ; ramollissement du 
septum médian et. des parois ventriculaires ; pulpe spinale 
saine. Symptômes : coma profond, raideur tétanique de la 
colonne vertébrale et des extrémités , pupilles très-rétré¬ 
cie s , paralysie du mouvement dans la moitié inférieure du 
corps , de l’iris et des paupières , pouls petit et fréquent, 
— Le 26 août 1825 , Fournier, jeune homme de dix-sept a. 
dix neuf ans, s’alite pour une céphalalgie frontale d'une 
extrême violence, accompagnée de vomissemens, et suivie 
bientôt de délire, avec raideur du cou, fixité du regard et 
douleurs le long de la colonne vertébrale. On applique trois 
sangsues derrière les oreilles, un vésicatoire volant à la nuque, 
des sinapismes aux extrémités inférieures, et l’on prescrit des 
frictions camphrées sur le rachis. 

Le 'j septembre, il est reçu à FHôtel-Dieu dans les salles 
de M. Petit, présentant les symptômes que nous avons énu¬ 
mérés ci-dessus. La raideur tétanique est telle qu’on soulève 
1 individu tout d’une pièce, en le prenant par l’occiput et en 
le faisant porter sur ses talons. Les urines et les selles sont 
entièrement supprimées (vingt sangsues derrière le s oreilles, 
deux vésicatoires aux jambes et un autre à la nuque ,la- 
vemens émolliens). 



C [ 55 ) 

Le 8, mouvemens convulsifs. Mort après une heure 
d’agonie. 

Nécropsie. — Crâne : Le cerveau, enlevé en masse, paraît 
mou et très-développé ; les circonvolutions hémisphériques 
sont entièrement effacées; les méninges du sommet n’offrent 
rien de particulier. A la hase du cerveau et du cervelet, 
l’arachnoïde est opaque, très-épaissie, doublée en plusieurs 
endroits de fausses membranes, ce qui lui donne un aspect 
nébuleux et floconneux, disposition que l’on rencontre 
dans tous ses prolongemens. Ainsi, le faisceau qu’elle forme 
sous le pont de Varole, la toile choroïdienne, etc. , sont 
très-rouges, épaissis, consistans et hérissés de productions 
pseudo-membraneuses ; point de liquides dans les ventri¬ 
cules ; la membrane qui les tapisse est désorganisée, réduite 
en pulpe, détachée des parois, et flotte en petits rouleaux 
dans leur cavité, de manière que les petits vaisseaux qui la 
parcouraient, se trouvent artistement disséqués, et se balancent 
librement dans les ventricules, dont les parois sont extrême¬ 
ment ramollies. La substance du cerveau n’est ni injectée, ni 
infiltrée; celle du cervelet est saine. 

Rachis : après avoir ouvert la colonne vertébrale , et in¬ 
cisé la première enveloppe dans toute sa longueur, nous 
avons trouvé l’arachnoïde dans le même état qu’à la base du 
crâne, depuis sa sortie du trou occipital jusqu’à son extrémité 
lombaire. Entre elle et la pie-mère, il y avait partout des 
adhérences pseudo-membraneuses, dont les interstices étaient 
remplis de sérosité. La pie-mère est d’un rouge foncé uni¬ 
forme, très-épaissie, et tellement consistante qu’on a pu 
l’isoler en entier de la pulpe, sans la déchirer , en raclant 
celle-ci, soit avec le doigt, soit avec le scalpel. Sa face in¬ 
terne est couverte de granulations ; la moelle a paru très- 
saine : tout était en bon état dans le thorax et l’abdomen. 

Obs. 2. — Ramollissement partiel du cordon cervical , 
enveloppes saines. Symptômes : entendement sain , rai¬ 
deur du cou et des membres thoraciques ; paralysie coin- 
plète de la moitié inférieure du corps, pouls petit, irré¬ 
gulier. — Vers le commencement de mai i825 , Hérot, âgé 
de cinquante-deux ans, terrassier, se levantun matin, entre 
trois et quatre heures, comme à son ordinaire, sent tout a 
coup ses forces l’abandonner, et tombe sans mouvement; il 
veut se relever, vains efforts ! Cette attaque inopinée ne 
s’était annoncée par aucun symptôme précurseur capable 


( «56 ) 

à u moins de fixer l’attention du malade, de l’espèce de ces 
indidivus dont l’obtuse sensibilité n’est ébranlée que par de 
graves lésions ou de vives douleurs. Quinze jours plus tard, 
les selles et les urines se suppriment entièrement. Je ne vois 
le malade que le 2 juin, sept jours après son entrée à l’Hôtel- 
Dieu, dans l’état que voici : 

Facultés morales intactes, la vue et l’ouïe aussi bonnes 
qu’avant l’accident, point de céphalalgie, somnolence habi¬ 
tuelle, pouls petit, faible , intermittent, cou raide; paralysie 
dans le degré suivant : sensibilité physique et puissance mus- ' 
culaire entièrement détruites inférieurement depuis les ré¬ 
gions épigastrique et asternale , très-faillies sur le thorax et 
les membres supérieurs, que le malade ne peut mouvoir que 
très-légèrement et tout d’une pièce, comme si les coudes 
étaient ankylosés ; les mouvemens que leur donne une main 
étrangère sont très-douloureux entre les épaules , l’aspiration 
toute diaphragmatique; la poitrine et l’abdomen sont sains. 
Depuis ce jour jusqu’au moment de sa mort, qui arriva le 8 , 
il ne s’est rien passé de notable. On avait promené des vési¬ 
catoires volans, et appliqué des sangsues sur la colonne ver¬ 
tébrale, des sinapismes aux extrémités inférieures, et pres¬ 
crit des lavemens laxatifs et des boissons nitrées. 

JVécropsie. — Crâne : tout en bon état. • 

Rachis : ayant ouvert la colonne cervicale dans toute sa 
longueur, et mis à nu le cordon cervico-dorsal, dont les mem¬ 
branes nous ont paru saines, nous avons trouvé ce dernier à 
la région correspondante a la troisième et quatrième vertèbres 
cervicales , et sur une étendue d’un pouce environ , entière¬ 
ment désorganisé et réduit en bouillie diffiuente et d’un gris 
noirâtre. Tout le reste du cordon était en très-bon état. 

AhcLomdU : Nous avons remarqué , dans cette cavité, une 
perforation accidentelle de la vessie, occasionée par l’im¬ 
prudence des infirmiers qui avaient enlevé le cerceau des¬ 
tiné à soutenir les couvertures du lit, et les avaient laissé 
porter sur l’extrémité extérieure de la sonde placée à demeure 
pour vider la vessie. 

Thorax : un peu d’engorgement des poumons. 

Obs. 3.— Ramollissement partiel de la moelle cervi¬ 
cale, enveloppe s saines ; hypertrophie du foie. Symptômes : 
entendement sain , semé aphonie ; raideur du cou., para¬ 
lysie générale , pouls obscur, régulier. — Berquet , âgé de 
cinquante-quatre ans, ancien militaire, avait fait, depuis 


( i5 7 ) 

plusieurs années , une chute de la hauteur de douze pieds 
environ, dans laquelle la tête avait porté. La plaie s’était ci¬ 
catrisée promptement et sans accident, et il assure avoir 
toujours joui depuis d’une bonne santé. Vers le commence¬ 
ment de mai 1825 , il éprouve d’abord une raideur du cou, 
qu’il prend pour un torticoli ; bientôt une douleur assez vive 
se fait sentir vers la septième vertèbre cervicale, et se prolonge 
entre les deux épaules. Il s’ensuit un engourdissement con¬ 
sidérable des extrémités supérieures, qui l’empêche de tra¬ 
vailler, attendu qu’il ne peut saisir les objets avec les mains. 
Quelques jours après, une sensation de poids et de tiraillement 
à la région asîernale droite fixe son attention. Cet état per¬ 
siste, sans changement notable, environ trois semaines, pen¬ 
dant lesquelles il applique des sangsues sur le côté doulou¬ 
reux , puis un vésicatoire, prend des bains aromatiques, se 
promène, vit et mange comme a son ordinaire. Le 27 mai, 
au matin, il veut quitter le lit et s’habiller : vains efforts ! Une 
retrouve plus ses forces , tous ses membres sont paraisses. 
11 est reçu 'a i’Hôtel-Dieu, le premier juin, dans l’état sui¬ 
vant : 

La maigreur de l’individu paraît en rapport avec son âge 
et son genre de vie ; le seul œil qui lui reste est affecté d’une 
ophthalmie chronique - les facultés morales sont intactes; la 
voix est très-faible et couverte depuis l’invasion de la 
paralysie, mais la prononciation est distincte; la tempé¬ 
rature de la peau ordinaire, le pouls petit, obscur, con¬ 
tracté , mais régulier. Le malade n’éprouve aucune douleur 
dans les grandes cavités , et les traits de la face ne trahissent 
aucune lésion profonde. Destruction totale des mouveraens 
et de la sensibilité cutanée du tronc et des extrémités ; ré¬ 
gion cervicale (vers la septième vertèbre) légèrement tumé¬ 
fiée, douloureuse, le cou raide: immobile dans son lit et 
couché sur le dos, l’individu ne peut changer dune seule 
ligne sa position. La langue épaisse, rouge, sillonnée, sèche; 
soif très - vive, appétence; l’épigastre et l’abdomen com¬ 
plètement indolens; ce dernier volumineux, tendu, dur et 
résistant pour deux causes différentes : d’abord on reconnaît 
au toucher une tumeur formée du lobe gauche du foie , et 
occupant exactement toute la région épigastrique ; elle s’est 
développée a l’insu du malade, qui en a ignoré l’existence 
jusqu’à ce moment. Il n’a jamais eu ni teint ictérique, ni 
vomissemens, ni douleur locale, si ce u’est ces picotemens 


>( i 58 ) 

et ce sentiment de pesanteur dont nous avons parlé plus 
haut, et dont il faisait peu de cas. La seconde cause du vo¬ 
lume du ventre est raccumulation des urines dans la vessie 
et des matières stercorales dans les gros intestins, par suite 
de la paralysie de ces organes. Il n’y a ni toux, ni expecto¬ 
ration morbide, ni douleur quelconque dans le thorax, mais 
la lete est fléchie en avant, le tronc élevé, la dyspnée consi¬ 
dérable, la voix faible. Dans tout le côté gauche, la percus¬ 
sion est sonore , la respiration libre, pure et bien entendue. A 
droite, en avant, la percussion donne un son obtus, la respi¬ 
ration ne se fait entendre que dans les deux tiers supérieurs du 
thorax. Du même côté, en arrière, le son est complètement 
mat, et la respiration tout à fait silencieuse. Le côté droit 
présente encore, en arrière, une ampliation des parois, une 
extension des côtes très-saillantes, et, en avant, un soulève¬ 
ment bien marqué de l’hypocondre. La différence des deux 
diamètres antéro-postérieurs, droit et gauche , est de deux 
pouces environ. Ces dispositions font naître, au premier 
abord, l’idée d'une collection empyémateuse. Mais l'absence 
totale des signes concomitans d’une affection de la membrane 
séreuse ou du parenchyme pulmonaire, les antécédens et 
l’état de l’abdomen nous permettent de juger que la cavité 
de la poitrine est occupée par le lobe correspondant du foie 
qui, en acquérant un volume considérable, a refoulé peu a 
peu le diaphragme de bas en haut. On promène des vésica¬ 
toires sur la colonne dorsale, on applique des cataplasmes 
sur l’abdomen, on prescrit des boissons laxatives et adoucis¬ 
santes et des Javemens irritans pour dégager l'intestin, on 
vide la vessie par cathétérisme, et le malade meurt au bout 
d’une dixaine de jours. 

JVécropsie. — Crâne : membranes, substance et cavités 
cérébrales, cervelet, protubérances, moelle allongée, tout 
est parfaitement sain. Le péricrâne qui recouvre le pariétal 
gauche, présente une ecchymose ancienne de l'étendue d’une 
pièce de trente sous, sans altération de l’os. 

Rachis : la moelle épinière, a partir du milieu de la ré¬ 
gion cervicale jusqu’à deux pouces plus bas, est tellement 
ramollie qu'elle s’écoule en bouillie diffluente et grisâtre a 
travers l'incision des membranes, dans lesquelles il ne reste 
que l’extrémité des nerfs qui y prennent naissance. Immédia¬ 
tement au dessus et au dessous , la moelle reprend un peu de 
sa consistance, et quelques lignes plus loin, elle offre sa fer- 


( > 5 ^ ) 

inetéet sa couleur naturelles. Après avoir enlevé la dure-mère, 
nous examinons le corps des vertèbres situées derrière la lésion 
delà moelle, et nous trouvons celui delà quatrième cervicale 
entièrement détaché du fibro-cartilage qui Punît a la cin¬ 
quième , de sorte qu’on peut passer le doigt entre ces deux 
vertèbres, en fléchissant fortement la tête ; mais elles ne sont 
ni ramollies ,'ni cariées, ni purulentes. La peau et les muscles 
ne présentent aucune trace de l^ion. 

Thorax : le poumon droit réduit a un très-petit volume: 
tout le reste en bon état. 

Abdomen : le foie est d’un volume énorme ; son grand 
lobe refoule fortement le diaphragme a droite, remonte jus¬ 
qu’au niveau de la quatrième côte sternale, et occupe ainsi 
la plus grande partie de la cavité pectorale droite, de manière 
que le poumon de ce côté se trouve relégué au sommet de cette 
cavité , et rapetissé dans un espace de trois pouces de hau¬ 
teur. Le lobe gauche du foie se prolonge jusqu’à l’ombilic , 
et forme la tumeur que nous avions constatée. On peut juger, 
d’après cela, du volume et du poids de cet organe. 11 est 
non-seulement hypertrophié, mais aussi couvert à l’extérieur 
de granulations blanchâtres et comme fibreuses. Son paren¬ 
chyme est rempli tout entier de productions accidentelles , 
dont la nature, ni tuberculeuse , ni encéphaloïde, est diffi¬ 
cile a déterminer : c’est un tissu dur , blanc, coriace , criant 
sous le scalpel , squirreux, en un mot, et sans traces de ra¬ 
mollissement. 

Le temps ne nous a pas permis d’examiner les autres or¬ 
ganes de l’abdomen, surtout l’estomac et le duodénum , 
que l’on regarde comme le point de départ des maladies du 
foie. Mais ici l’affection de cet organe ne proviendrait-elle 
pas de la commotion cérébrale qu’a éprouvée le malade dans 
la chute dont nous avons parlé ? 

En comparant les symptômes fondamentaux que nous 
avons mis en regard des lésions anatomico pathologiques , on 
peut suivre pas à pas les caractères distinctifs de plusieurs 
des maladies du cerveau et de la moelle épinière, et il nous 
semble que les argumens que l’on peut tirer des Lits que 
nous avons sous les yeux, sont propres à conduire à quel¬ 
ques résultats, sinon de haute science, du moins de mé¬ 
decine pratique élémentaire. On remarque donc dans les 
phlegmasies des méninges prédominant h la partie supé¬ 
rieure du cerveau , une exaltation plus ou moins violente des 


( i6o ) 

fonctions de la vie de rapport ; dans les phlegmàsies prédo¬ 
minant sur les développeraens raéningiques de la base, l’abo¬ 
lition plus ou moins complète de ces mêmes fonctions. Nous 
disons prédominant, dans F un et l’autre cas , parce qu’il est 
infiniment rare que la phlegmasie soit exactement limitée a 
l’une ou l’autre de ces régions crâniennes, et il n’est pas rare 
de voir cet envahissement réciproque se signaler par la com¬ 
plication des deux ordres de symptômes que nous avons 
observés. 

De nombreux travaux, faits de main de maître, ont 
déjà jeté le plus grand jour sur les affections aiguës du 
cerveau ; aussi notre intention n’est pas de nous livrer da¬ 
vantage a l’examen de leurs signes caractéristiques. Mais 
nous ne saurions trop répéter combien il importe de savoir 
apprécier le caractère des symptômes précurseurs de ces ma¬ 
ladies insidieuses, si l’on veut obtenir quelques succès. Nous 
ne craignons pas d’avancer, d’après les nombreuses obser¬ 
vations que nous avons faites, dans les hôpitaux surtout, 
que la plupart des revers que les praticiens éprouvent dans 
leur traitement, proviennent de leur inaptitude a recon¬ 
naître les premiers symptômes , et de l’habitude qu’ils se sont 
laite d’attendre, pour agir vigoureusement et par tous les 
moyens connus, que la méningo céphalitê soit portée au 
plus haut degré. Qu’on passe en revue les faits qui précèdent, 
et tous ceux qui se trouvent consignés dans les auteurs mo¬ 
dernes , on verra que leur début est constamment le même , 
chez les enfans comme chez les adultes, et qu’il n’est peut- 
être pas de maladie dont l’invasion offre un caractère aussi 
tranché. Elle se fait par une céphalalgie plus ou moins in¬ 
tense, ayant ordinairement son siège au front ou au syn- 
ciput, si la phlegmasie se déclare a la partie supérieure du 
cerveau, à la région occipitale ou aux tempes, si elle débute 
par la base. Après quelques jours de durée, quelquefois plus 
promptement, surviennent des exacerbations caractérisées 
par des douleurs lancinantes très-vives, qui se renouvellent 
fréquemment, et arrachent des cris aux malades. C’est à la 
première appari tion de ces douleurs qu’apparaissent les vomîs- 
semens en général - d’autres fois , ils débutent en même temps 
que la céphalalgie, et durent vingt-quatre ou trente-six heures. 
C’est a cette première période de la maladie qu’il est urgent 
d’en reconnaître la nature, et de se hâter, sans plus attendre, 
d’en arrêter le cours par tout l’appareil du traitement anti- 


( 161 ) 

pîïlogistique le plus actif, dont les saignées locales et géné¬ 
rales, souvent répétées, doivent faire la base. Si l’on n’est 
pas assez heureux pour la faire avorter, du moins elle ne 
présentera plus, a sa seconde période, cette gravité qui 
élude trop souvent l’efficacité des soins tardifs qu'on lui op¬ 
pose. Un exemple fortifiera ces assertions. 

Obs. 4 - —Une jeune enfant de sept ans , extrêmement inté¬ 
ressante, eut la rougeole dans le courant d’avril dernier. L'érup¬ 
tion n’était pas considérable, mais les symptômes gastriques 
offraient beaucoup d’intensité. Néanmoins une application de 
six sangsues a l’épigastre, les fomentations émollientes sur 
l’abdomen, les boissons adoucissantes et une diète sévère la 
rétablirent parfaitement au bout de douze jours. Sa santé était 
brillante, lorsque, le 25 juin dernier, elle commença à se 
plaindre d’une légère céphalalgie frontale, qui cessa, en aug¬ 
mentant les jours suîvans : ses joues se fanaient, la conjonc¬ 
tive, au contraire, et les paupières s’engorgeaient. 

Le 29, elle eut, pendant la nuit, de fréquens vomissemens, 
qui se renouvelèrent toute la journée du 3 o , et elle éprou¬ 
vait en même temps, a des intervalles rapprochés, des dou¬ 
leurs lancinantes très-vives à la région frontale, qui lui fai¬ 
saient jeter des cris aigus, et étaient immédiatement suivies 
de vomissemens. Le pouls était fréquent, petit et même 
inégal, la peau un peu plus chaude que dans l’état normal 
les bords de la langue légèrement rouges. Je crus reconnaître 
a ces symptômes l’invasion d’une méningite primitive aiguë. 
Je pratiquai de suite une saignée au bras de cinq onces , et 
fis appliquer trois sangsues sur chaque tempe , avec ordre 
de laisser couler a volonté. Quatre heures après, les piqûres 
de sangsues ne donnaient plus de sang, les vomissemens 
avaient cessé ; la jeune personne était très-pâle, abattue et 
comme assoupie, mais elle avait encore, à des intervalles plus 
éloignés, des douleurs lancinantes qui lui arrachaient des 
cris ( pédiluves légèrement sinapisés de cinq minutes toutes 
les heures). 

Le premier juillet, au matin, le regard était vif; la pe¬ 
tite malade changeait â chaque instant de position dans 
son lit, ne répondait plus que par monosyllabes, avec in- 
dilférence et d’un air sévère , aux questions quon lui adres¬ 
sait, et ne se plaignait plus de la céphalalgie. Le pouls 
était plus développé que la veille, mais très-rapide ( nou¬ 
velle application de trois sangsues sur le trajet de chaque 

TOME XXXI. , , 


( ïfe ) 

jugulaire , avec recommandation de laisser couler le sang 
à volonté, et d’avoir soin de réappliquer six autres sangsues 
aux mêmes régions aussitôt que l’écoulement cesserait ; pé- 
diluves comme précédemment , boissons laxatives acidu¬ 
lées, un demi-lavement légèrement irritant). 

J'eus le bonheur d’avoir affaire à des parens qui avaient 
une confiance absolue en leur médecin, et qui ne vinrent pas 
contrebarrer ses prescriptions par leurs préjugés ou le conseil 
des commères. Elles furent exécutées ponctuellement. De¬ 
puis le i cr juillet, à huit heures du matin, jusqu’au 2 , a dix 
heures , 011 entretint continuellement l’évacuation sanguine 
par trois autres applications de quatre sangsues chacune. 
Dans la nuit, la jeune Amélie avait manifesté du délire, de 
l’agitation, de la loquacité par mornens. 

Le 2, a dix heures, je la trouvai si abattue, d’une pâleur 
si générale, et le pouls tellement faible, que je craignais d’avoir 
poussé trop loin les saignées. Cependant le pouls était régu¬ 
lier, égal, la conjonctive, qui, la veille, dans la soirée, était 
très-injectée, avait considérablement pâli ; la peau conser¬ 
vait une chaleur partout égale, quoique moindre que dans 
l’état naturel. La malade avait eu deux ou trois garderobes; 
bien qu’elle eût encore un peu d’agitation par mornens, les 
facultés morales paraissaient rétablies dans leur intégrité. Je 
m’en tins aux boissons acidulée s , a une potion huileuse et 
aux pédiluves. 

Le 3 , le pouls avait repris de la consistance, et était moins 
fréquent, la température de la peau était plus élevée, la 
prostration moins considérable ; la petite malade paraissait 
sortir d’un sommeil profond et pénible. Depuis ce moment, 
il y eut une amélioration plus marquée de jour en jour. 

Lé 4 , petit vésicatoire volant a la nuque. 

Le 8 , elle entra en pleine convalescence. 

Je laisse au lecteur le soin de se livrer aux réflexions que 
peut inspirer cette dernière observation, a laquelle nous pour¬ 
rions en joindre plusieurs autres analogues. 



( 163 ) 


>ur une maladie de V estomac qui entraîne une ‘perforation 
régulière dans les tuniques non ramollies de ce viscère ; 
par le docteur C.-H. Ebermaier. 

(Deuxième et dernier article.) 

. Septième cas , rapporté par Trinius. —Un homme en 
apparence bien portant et d’une complexion robuste, fut 
pris tout a coup, en i 8 i 3 , à 3 a suite d’un grand refroidis¬ 
sement, après avoir été trempé parla pluie, d’une violente 
douleur à la région de l'estomac, qui diminua bien peu a 
peu, niais qui se transforma plus tard en un spasme d’esto¬ 
mac sujet a de fréquens retours. Le mal fut si léger jusqu’en 
automne 1824, que le sujet ne réclama jamais de secours ré¬ 
guliers. 

A cette époque, il était dans l’embonpoint, et h l’excep¬ 
tion de fréquens et violens accès de spasmes d’estomac, qui 
s’établissaient sans gonflement ni grande sensibilité h la ré¬ 
gion précordiale, il jouissait d’une bonne santé. Point de 
Vomissemens ni de constipations, digestions parfaitement ré¬ 
gulières; le magistère de bismuth procure un soulagement 
si rapide et durable que le malade cesse de voir son mé¬ 
decin. 

Dans les derniers jours de décembre, les accès de cardial- 
gie reparurent plus forts que par le passé. Us étaient sur¬ 
tout violens h la suite des écarts de régime. Les antispasmo¬ 
diques ne produisirent aucun bien sensible, et la douleur 
conserva la même intensité dans les paroxysmes. Cependant 
il y eut en janvier des intervalles parfaitement libres, durant 
lesquels*le malade prenait et supportait des alimens, et allait 
se promener sans ressentir d’autre incommodité que des ai¬ 
greurs. Le i2 5 il était sorti en voiture le matin, et plus tard 
il avait mangé avec appétit de la viande salée, lorsqu’à son 
retour il fut pris tout à coup d’un affreux accès de dou¬ 
leurs, avec une agitation extraordinaire et une respiration 
gênée, saccadée. Le bas-ventre était tout retiré vers l’épine, 
la face pâle et glacée, ainsi que les extrémités. Douleurs 
dans tout le ventre, accompagnées de ténesme, et s’étendant 
jusqu’aux clavicules. En même temps, vomissemens de mu¬ 
cosités visqueuses, pour la première fois depuis la maladie; 
sentiment tout particulier de plénitude dans le bas ventre * 

t i. 


/ 


( .64 ) 

qui cependant était indolent au toucher. Pulsations si nom¬ 
breuses qu’on ne peut les compter, quoique le malade soit 
en pleine connaissance. Au moindre mouvement, sentiment 
d’agitation subite d’une masse pesante se remuant dans i’ab- 
doinen. A trois heures après-midi, mort douce et tranquille, 
avant la chute des sangsues qu’on avait appliquées, dans la 
croyance a une entérite. A l’ouverture du corps, la section 
des tégumens laissalluer unequantité considérable d’un lit]uide 
couleur de chocolat. L’estomac, pâle, aplati et affaissé, pré¬ 
sentait, au voisinage du pylore, un trou circulaire de la 
grandeur d’un pouce. Un examen plus exact lit voir qu’il 
offrait sur plusieurs points des adhérences contre nature 
avec les parties voisines, mais que du reste il était dans un 
état parfaitement normal. Le pylore lui-même était libre, sa 
valvule intacte, et le bord circulaire du trou ni épaissi, ni 
tuméfié. Cette perforation était éloignée d’environ un demi- 
pouce du côté gauche du pylore • au dessous et près d’elle se 
trouvait une plaque noire, mais gangrenée seulement d’une 
manière superficielle. Le pancréas, le foie, la rate et tous les 
autres viscères étaient parfaitement sains, seulement d’une 
couleur très-pâle. 

Huitième cas. — Le cas rapporté par Becker, et décrit 
dans ce journal, ne paraissant pas se rapporter tout â fait 
à la forme de maladie dont il s’agit ici, mais plutôt h une 
inflammation chronique avec suppuration, comme le pense 
l’auteur lui-même, je ne citerai plus que le suivant, d’après 
M. Spitta. 

Un homme de vingt ans, sujet, après ses repas, a des 
dyspepsies, provenant vraisemblablement d’une sueur des 
pieds supprimée, fut pris tout à coup, après que ce mal eut 
duré une année, tantôt plus et tantôt moins fort, d’un 
spasme d’estomac très-violent. Il était couché sur un sophâ, 
ramassé sur lui-même, et jetant les hauts cris au moindre 
mouvement. Le pouls était insensible. Au bout de quelques 
heures, la mort survint en pleine connaissance. On avait 
tenté inutilement une saignée. A l’ouverture du cadavre, il 
s’échappa beaucoup de gaz du bas-ventre, dans lequel ori 
trouva un épanchement considérable d’un mélange d’alimens 
et de boissons. L’estomac, affaissé sur lui-même, présenta 
sur sa face antérieure, près de sa petite courbure, à deux 
pouces du pylore, une ouverture à bords tranchés net, et 
paraissant faite par un emporte-pièce, plus ovale que ronde, 


( 165 ) 

longue de neuf lignes et large de six. A peu près en face 
d’elle, a la face postérieure de l’estomac, un peu plus près 
du bas-fond, on découvrit une petite tache ronde et morti¬ 
fiée, qui paraissait être aussi sur le point de se rompre ; on 
n’y put reconnaître que quelques faibles traces de la tu¬ 
nique musculeuse, et la muqueuse y était totalement détruite 
dans une grande étendue. Du reste, nulle trace d’inflamma¬ 
tion ayant eu lieu dans les derniers temps, ni d’injection 
vasculaire. Tous les autres viscères du bas-ventre étaient 
sains; les intestins grêles seulement un peu plus rouges 
peut-être. 

Neuvième cas . — Ce cas, qui m’a été communiqué par 
un déniés amis, M. Thevissen, me paraît d’autant plus in¬ 
téressant , qu’il prouve que la désorganisation dont il s’agit 
dans ce travail peut avoir lieu aussi dans d’autres organes 
dont la structure permet qu’il s’y fasse des perforations avec 
épanchement mortel de liquides. 

Une fille de trentetrois ans, qui n’avait jamais eu de ma¬ 
ladie sérieuse, se plaignit tout a coup de douleurs excessive¬ 
ment violentes dans le bas-ventre, qui avaient éclaté sans la 
moindre cause présumable. Elle dit cependant que ces dou¬ 
leurs pouvaient tenir a une suspension de règles qu’elle 
éprouvait depuis quatre mois. On trouva le bas-ventre très- 
sensible 'a la moindre pression. La malade se plaignait d’une 
soif inextinguible. Les extrémités étaient couvertes d’une 
sueur froide et froides comme du marbre; traits décompo¬ 
sés, face pâle, presque jaunâtre; pouls extrêmement fréquent 
et petit. D’après ces symptômes, on crut à l’existence d’une 
inflammation abdominale, et l’on prescrivit un traitement 
antiphlogistique sévère, qui n’eut pas le moindre succès. 
Les douleurs allèrent toujours en augmentant; il survint des 
vomissemens fréquens de masses d’un noir jaunâtre, le pouls 
devint de plus en plus fréquent et petit; enfin la malade 
parut moins souffrir, et elle mourut dans la nuit du lende¬ 
main, au milieu des symptômes de la gangrène, sans avoir 
ni uriné ni été â la selle dans toute sa maladie. A l’ouver¬ 
ture du corps, il s’écoula du bas-ventre une grande quantité 
d’un liquide d’odeur urineuse; nulle trace de gangrène, ni 
même d’inflammation ; tous les viscères étaient sains; la ma¬ 
trice contenait un fœtus de quatre mois. A la face postérieure 
de la vessie, a peu près au milieu de son diamètre longitu¬ 
dinal, on découvrit une perforation ronde et circulaire. 


( 166 ) 

d’environ deux lignes de diamètre. Les bords de ce trou 
n'étaient ni gangrenés, ni enflammés, ni durs, mais uni¬ 
formes, comme l'auraient été ceux d’un trou fait avec un 
emporte-pièce. Du reste, la vessie était parfaitement saine. 

Telles sont, parmi les observations que je connais des 
perforations arrondies de l’estomac a bords tranchés net, 
lisses et non ramollis, celles dans lesquelles les phénomènes 
morbides antérieurs à la mort ont été décrits, quoique la 
plupart du temps de mémoire seulement. Avant de faire 
connaître mes propres vues , il ne sera pas sans intérêt d’ex¬ 
poser en peu de mots celles des autres sur l’origine de cette 
lésion organique remarquable. 

Gérard dit que les perforations de l’estomac en général ne 
peuvent être attribuées, ni a une matière âcre, parce qu’aîors 
l’organe serait corrodé dans une plus grande étendue, ni a 
des vers 5 qu’elles surviennent surtout chez des sujets en 
apparence bien portans, ou du moins non atteints d’une 
maladie mortelle par elle-même, et que la mort est la suite 
unique de la rupture par gangrène, ulcération ou abcès; 
que, par conséquent, on se demande s’il ne conviendrait 
pas de l’attribuer à un petit abcès développé lentement dans 
les tuniques de l’estomac, et ouvert tant en dehors qu’e'n de¬ 
dans, ce qui serait d’autant plus vraisemblable, d’après une 
observation de Lieutaud, que celui-ci a trouvé du pus entre 
les membranes de l’estomac, chez une femme qui s’était 
plaint long-temps de cardiaïgie. 

Chaussier, d’après Laisné, dérive toutes les perforations 
de dégénérescences squirreuses et de suppurations, rejetant 
les digestions spontanées des tuniques de l’estomac admises 
par Hunter, aussi bien que l’action des vers. Il les fait pro¬ 
venir de ce qu’il appelle travail morbide d’ulcération, la T 
quelle peut être aigiie ou chronique. Quoiqu'il n’v ait pas 
d’altération chimique d’humeurs devenues âcres, cependant 
la cause tient a une irritation particulière des solides, par 
suite de laquelle les liquides acquièrent une propriété dis¬ 
solvante, qui fait qu’on trouve souvent les linges à panse¬ 
ment perforés et dissous par l’ichor des ulcères. Il est impos¬ 
sible de caractériser ce travail, ni d’après ses signes extérieurs, 
ni d’après son essence, parce qu’il se passe dans le tissu 
même des organes , aux extrémités des systèmes lympha¬ 
tique, vasculaire et nerveux, et qu’on ne le connaît que par 
ses résultats. Il est le contraire du travail de nutrition, qui 


( 167 ) 

ne tombe pas non plus sous les sens. Lorsqu’il s’empare 
d’une partie, on voit les vaisseaux sanguins s’y multiplier 
peu a peu et y paraître comme injectés 3 il s’écoule un liquide 
ichoreux, qui attaque le tissu, et dont l’effet est de détruire 
les parties qu’il touche. Les taches et perforations de l’esto¬ 
mac ne sont que des degrés d’une seule et même maladie. 
De l’estomac coule alors un liquide visqueux, onguentacé, 
non fétide, qui a quelquefois une odeur musquée, et qui est 
toujours brunâtre, avec des flocons noirâtres. Les bords de 
la perforation sont mous, frangés, amincis, et l’on voit clai¬ 
rement. que le travail morbide a détruit d’abord la membrane 
muqueuse, puis en dernier lieu la séreuse, et les deux in¬ 
ternes dans une plus grande étendue que l’externe. Jamais 
ils ne sont durs et calleux. Sur tous les autres points, l’or¬ 
gane a sa forme, sa couleur et sa solidité ordinaires3 seule¬ 
ment le réseau capillaire est plus développé dans la mem¬ 
brane muqueuse, surtout autour du point détruit. Quelque¬ 
fois ce travail s’établit tout a coup , dans l’espace de quelques 
heures, chez des sujets bien portans; mais le plus souvent 
c’est après quelques jours de maladie. 

Henke pense que les perforations spontanées de l’estomac 
dont Chaussier parle sont identiques avec la maladie qu’on 
connaît en Allemagne sous le nom de ramollissement géiati- 
niforme de cet organe, et qui s’observent principalement 
chez les enfansj qu’elle est précédée par une inflammation 
de l’estomac, tantôt plus et tantôt moins aigiie.^ 

Desgranges prétend que, dans le cas observé par lui, les 
violentes contractions de l’estomac, portant toujours sur un 
seul point, y ont occasioné mécaniquement une déchirure. 

Les perforations de l’estomac se présentent, d’après Rauch, 
sous quatre formes principales : i° vrais ulcères a bords 
amincis,calleux, enflammés ou sphacélés,et alors les tuniques 
des viscères sont détruites peu a peu 3 2 0 déchirures du tissu 
parfaitement sain, a bords inégaux, frangés, plus ou moins 
enflammés3 par l’action des gaz, les efforts de vomisse¬ 
ment, etc.; 5° trous ronds, à bords lisses, sans suppuration, 
gangrène, inflammation , ramollissement ni épaississement, 
mais parfois avec amincissement3 on peut admettre ici un 
amincissement progressif et une absorption locale des mem¬ 
branes du viscère 5 4° ramollissement gélaiiniiorme. 

Trinius suppose que l’endroit où le trou se fit, dans le 
cas qu’il rapporte, était celui où- le chyme séjournait le plus 


( i68 ) 

long-temps avant de franchir le pylore, et où il devait sur¬ 
tout s’arrêter chez le malade, a cause des adhérences anor¬ 
males du viscère; que d’abord l’équilibre troublé par la ten¬ 
sion spasmodique des parties produisit une congestion passive 
et un relâchement toujours plus grand au devant du pylore, 
puis peu â peu seulement de l'amincissement; mais que, 
dans les dernières semaines de la vie, il y eut dégénérescence 
réelle du suc gastrique en cet endroit, rappelant, au moins 
dans ses effets, les propriétés de l’acide oxalique; que, dans 
le dernier accès de cardialgie, exaspéré par la viande salée 
et les liqueurs, l’endroit malade se déchira, et l’épanche¬ 
ment eut lieu; que la forme circulaire du trou et le gonfle¬ 
ment de sa périphérie dépendaient de la rétraction uniforme 
de la substance de l’estomac, par suite des contractions lé¬ 
gères qui survinrent aprè§ l’accident. 

Spilla explique les perforations d’une manière a peu près 
semblable. Il lui paraît fort important de distinguer d’avec le 
ramollissement gélatiniforme les perforations qui entraînent 
une mort inévitable, et qui diffèrent aussi des trous faits par 
digestion spontanée, suivant Hunter, parce qu’elles sont 
précédées, dans tous ou presque tous les cas, d’ulcération 
et de gangrène ; qu’il faut, par conséquent, dans l’examen 
anatomique, distinguer ces états de l’érosion, qui est un 
effet de l’âcreté du suc gastrique, ce qui n’est pas difficile 
quand on a acquis quelque habitude; qu’il paraît aussi que 
le fond de l’estomac est le siège principal des perforations' 
que l’amincissement des parois se fait peu a peu, que les 
douleurs d’estomac, le défaut d’appétit et le vomissement 
tiennent le viscère vide la plupart du temps, ou que quand 
enfin la perforation arrive, la mort ne tarde pas â s’ensuivre; 
que si, dans presque tous les cas, l’ulcération préalable est 
assez manifeste, il n’en finit pas moins rechercher si les spas¬ 
mes violens dans l’organe ne suffisent point pour produire 
une lésion sans inflammation ni ulcération, comme l’admet 
Desgranges. 

Becker a donné une classification des perforations de l’es¬ 
tomac, que les lecteurs de ce Journal pourront consulter. 

Si l’on pèse avec soin ces diverses théories, sans s’arrêter 
aux dénominations générales, on sera convaincu qu’on n’a 
point encore essayé de présenter en tableau, de manière à ce 
qu’ils s’éclairent réciproquement, les cas dans lesquels les 
perforations de l'estomac étaient munis dç bords ronds, cou- 


/ 


( >69 ) 

pés net et non amincis. De même, en ayant égard aux cas 
que j’ai rapportés, on sera obligé d’avouer que l’uniformité 
des lésions trouvées dans les cadavres annonce une cause 
morbifique commune. Essayons de les classer sous quelques 
points de vue généraux, pour arriver a des idées plus pré¬ 
cises sur la nature de la maladie. 

i°. Dans tous les cas, la maladie fut extrêmement lente, 
et mit plusieurs années à se développer. 

2°. Dans aucun , les médecins ne soupçonnèrent la vraie 
nature du mal, puisque, dans certains, les symptômes fu¬ 
rent tellement énigmatiques, qu’on ne songea nullement à 
une affection de l’estomac, ou que les lésions de la digestion 
ne furent attribuées qu’à une atteinte sympathique portée à 
ce viscère : jamais on ne prévit d’avance la terminaison fu¬ 
neste, qui survint parfois inopinément ,au milieu d’une santé 
peu dérangée. 

3 °. Le mal persista sans interruption , sans intervalles li¬ 
bres , comme il arrive souvent dans les vraies cardiaigies ner¬ 
veuses, quoique fréquemment a un degré si faible qu’a cela 
près d’un léger mal d’estomac, le sujet se croyait bien por¬ 
tant. En général, il ne survint de fortes douleurs que dans 
les derniers jours, et pas même alors toujours. Les précé¬ 
dentes étaient légères, bornées à un sentiment obtus de pres¬ 
sion ou d’érosion à la région précordiale et a des spasmes 
simples. 

4 °. Cette longue chaîne de maux n’entraîna jamais de ca¬ 
chexie j la digestion même et la nutrition ne reçurent pen¬ 
dant fort long-temps aucune atteinte, quoique quelquefois, 
ou souvent, les alimens fussent vomis* le sujet ne sentait 
donc pas ses forces diminuer. Son air extérieur demeurait 
celui d’un homme bien portant ; la face était bien souf¬ 
frante, et souvent pâle, mais non jaunâtre, comme chez les 
cachectiques. L’amaigrissement n’eut lieu que dans le cas 
cité par Rauch, mais qui paraît avoir été une maladie com¬ 
pliquée. Dans tous les autres, on n’observa jamais de fièvre 
hectique, et la mort ne fut la suite ni de l’épuisement des 
forces vitales, ni du défaut de nutrition, mais fut subite, a 
cause de l’épanchement, sans lequel elle aurait pu tarder 
encore. 

5 °. Les perforations se trouvaient toutes dans la région 
du pylore, ou du moins auprès de lui. 

. 6°. Dans aucun cas l’examen le plus attentif ne peut faire 


( 1 7 ° ) 

apercevoir aucun vestige d’inflammation ou de suppuration 
des autres parties de l’estomac. Les tuniques de ce viscère 
étaient parfaitement saines hors du lieu de la perforation, et 
plutôt pâles que rouges. 

7 0 . L'état de la perforation était partout le même. S’ap¬ 
prochant de la forme parfaitement ronde, et presque tou¬ 
jours d’une grande étendue, elle pénétrait uniformément 
toutes les tuniques de l'estomac, de sorte que la portion man¬ 
quante semblait avoir été enlevée d’une manière régulière, 
soit en droite ligne, soit un peu obliquement, et alors avec 
un peu plus dՎtendue en dedans. Jamais les alentours nՎ 
taient ramollis, ni les bords amincis. On voyait autour, dans 
la plupart des cas, une induration tuméfiée, mais ni tuber¬ 
culeuse, ni cartilagineuse, régulière, et se fondant insensi¬ 
blement dans les parties saines, qui devait naissance aux 
membranes de l’estomac lui-même, augmentées de volume et 
non altérées dans leur texture. Aucune trace de pus, d’ichor, 
de mucus, ni d'inflammation ou d’ulcération. 

Mais ce qui rend le cas que j’ai observé moi-même si inté¬ 
ressant et propre à répandre du jour sur la vraie nature de 
ces perforations, c’est le tissu accidentel et épais qui entou¬ 
rait la paroi externe de l'estomac autour de la perforation. Il 
en résulte que la rupture n’a pas pu être la suite d’un amin¬ 
cissement ou d’un affaiblissement local, mais qu’elle a dé¬ 
pendu d’un travail régulier, uniforme, marchant sans cesse 
depuis l’origine de la maladie. 

D’après cela, nous pouvons dire 

i°. Que les perforations régulières de l’estomac dont il 
s’agit ici ne sont jamais le résultat accidentel ou mécanique 
d’un spasme violent. 

2°. Que cette maladie ne consiste pas dans un squirrhe 
ou un cancer de l’estomac. D V 0 : 

3 °. Qu’elle n’est pas la suite d’une inflammation chronique 
ordinaire. 

4 °- Enfin qu’elle n’est point la suite non plus d’un ramol¬ 
lissement des parois de l’estomac. 


( r 7 1 ) 


Réflexions critiques sur la pratique des accouchcmens à 
l’hospice de la Maternité de Paris ; par le D r Flamant, 
Professeur à VEcole de Médecine de Strasbourg. 

(Deuxième article.) 


Observations de la quatrième position. — Occiput ré¬ 
pondant à la symphyse ilio-sacrée droite. — Page 225 . — 
Obs, 38 . — Forceps dans Vexcavation pour inertie. — Le 
sujet de eette observation est une femme de trente ans, 
lymphatique, mais habituellement d’une assez bonne santé, 
portant, depuis le cinquième mois de sa grossesse, une 
hernie crurale maintenue par un brayer. Elle avait passé 
trois mois a l’hospice, sans être traitée d’aucune maladie : 
travail suspendu au bout de vingt-quatre heures;- vomis- 
semens verdâtres. On applique le forceps assez méthodique¬ 
ment. Pendant l’extraction, le périnée avait été vigoureuse¬ 
ment soutenu par trois mains appliquées les unes sur les 
autres. Nous avons déjà fait remarquer à combien d’accidens 
ce procédé pouvait donner lieu. Après la sortie de la tête, 
la face se tourna vers l’aine droite de la mère. On n’explique 
pas pourquoi; ou Ton .s’était trompé sur la vraie position , ou 
les épaules avaient fait un demi-tour de rotation dans l’ex¬ 
cavation. 

L’enfant, violacé, eut quelques mouvemens convulsifs , et v 
périt le soir même. Pour la mère, les vomissemens et la fièvre 
continuèrent. Le délire et la diarrhée s’y joignirent, et mal¬ 
gré les antispasmodiques, les caïmans, les adoucissans, les 
dérivatifs et les évacuans, la malade mourut le troisième jour. 
L’autopsie présenta des traces d’engorgement et d’inflamma¬ 
tion à la tète, à la poitrine et au bas-ventre. Les symphyses 
du bassin étaient mobiles ! 

Nous prions le lecteur de ne pas oublier cette observa¬ 
tion, parce q«e nous y reviendrons en examinant la pratique 
médicale de l’hospice. La sage-femme dit , dans ses ré¬ 
flexions, que ce n’est pas une chose indifférente qu’une ap¬ 
plication de forceps, et qu’on ne doit point s’y décider à la 
légère, ce qui nous fait craindre que l’opération n’ait con¬ 
tribué à la mort de l’enfant et de la mère. Ici, comme dans 
beaucoup d’autres observations, on ne voit figurer ni accou- 


( * 7 2 ) 

cheur, ni médecin. N’est-il donc pas de leur devoir d’arrêter 
de si funestes désordres, pour ne rien dire de plus? 

Page 223. — Obs. 3g. — Forceps au détroit supérieur 
pour longueur de travail. — On ne sait si c’est la première 
ou la quatrième position. Les branches en travers, sans dire 
par laquelle on a commencé, saisissent encore la tête obli¬ 
quement, après plusieurs essais pénibles pour les rapprocher 
et les fixer. L’enfant meurt pendant l’opération. 

Page 23 1 . — Obs. 4-0. — Forceps dans Vexcavation pour 
lenteur de travail. — On croit a la quatrième position au 
détroit supérieur. La tête descend dans l’excavation, et, sans 
égard a sa position dans un cas aussi douteux, on fait appli¬ 
quer les branches sur les côtés du bassin, par une élève. La 
tête, en sortant, se trouve dans la deuxième position, et 
otlre des excoriations; le périnée est endommagé assez large- 
ment. 

Les réflexions puériles qui suivent cette observation ne 
voilent pas les fautes commises, et on est attristé de voir la 
légèreté avec laquelle on confie à une élève sans expérience 
des opérations importantes, dans des cas aussi graves. Ce¬ 
pendant l’élève a été plus heureuse que la maîtresse, puis¬ 
que mère et enfant ne sont pas morts. 

Page 234* —- Obs. 4i. — Ici, longueur, obscurité,, con¬ 
fusion dans l’exposé, comme dans les raisonnemens qui l’ac¬ 
compagnent; lecture bien propre a lasser la patience d’un 
critique, aussi nous y renonçons. 

Page 239 . — Obs. 4 2 * — Forceps au détroit supérieur 
pour lenteur de travail. — On éprouve quelques difficultés 
pour placer l’instrument, mais ensuite tout se termine bien. 
Cependant l’enfant meurt de convulsions, vingt-quatre heures 
après sa naissance, et la mère, saisie par la péritonite le len¬ 
demain, succombe le vingtième jour. 

Page 241 . — Obs. 43. — Forceps au détroit supérieur 
pour lenteur de travail. — Etroitesse du bassin estimée à 
trois pouces et un quart de diamètre sacro-pubien. La tête 
est prise obliquement; on ne peut fermer l’instrument; on 
serre les crochets avec un cordon, et ou ne parvient a en¬ 
foncer la tête dans l’excavation qu’a l’aide de bras vigoureux. 
L’enfant, né mort, avait une fracture longitudinale à la 
partie supérieure des pariétaux, et un peu de sang fluide au 
voisinage. La rupture du cordon ombilical, par les efforts 
peut-être immodérés des élèves pour délivrer, a forcé la sage- 


( ! 7 5 ) 

femme d’introduire la main dans l’utérus, pour chercher le 
placenta. Eiie convient que l'application trop serrée du for¬ 
ceps peut bien être pour quelque chose dans ces fractures. 

Il ne faut pas y regarder de très-près pour se convaincre 
que le fœtus a été tué par l’instrument. Quatre pages ne suf¬ 
firaient pas pour relever tout ce qu’il y a de vicieux dans 
cette observation. 

Page 245. — Obs. 44- — Forceps dans l’excavation sans 
énoncer la cause. — On a méconnu la position de la tête 
jusqu’à sa sortie, puisque la sage-femme annonçait une pre¬ 
mière position, et qu’après l’extraction de la tête la face pa¬ 
rut en avant et un peu à gauche, caractère de la quatrième 
position. L’application du forceps décidée, la sage-femme 
fait exécuter l’opération devant elle par une personne sûre. 
Faisons connaître par les faits le degré de confiance que mé¬ 
ritait cette personne sûre. • 

On appliqua la branche gauche ou femelle, la première, 
sous le trou sous-pubien droit : la branche mâle, poussée en 
arrière et a gauche, était retenue par l’angle sacro-vertébral ; 
en baissant le crochet, on franchit l’obstacle. Il fallut dé¬ 
croiser les branches, qui se placèrent en travers. Néanmoins 
on tira, mais le forceps venait seul. On soupçonne une 
branche sur la face, on les fait désarticuler, et on les ren¬ 
fonce, en les replaçant obliquement. 

On ne peut pas exécuter un procédé plus absurde. Pour 
que la deuxième branche ou mâle ait franchi l’obstacle de 
l’angle sacro-vertébral, il fallait que cette branche, qu’on 
dit avoir été placée en arrière et à gauche , l’eût été en 
arrière et à droite. Pour la rectification de ce procédé, je 
ne répéterai pas ce que j’ai dit dans mon Mémoire sur le 
forceps. 

La femme, âgée d’environ vingt-cinq ans, malade pen¬ 
dant toute sa grossesse, fut prise de fièvre et de douleurs 
dans l’abdomen quinze jours avant d’accoucher. Le travail 
commença cinq jours avant la même époque. Après la déli¬ 
vrance, la fièvre continua pendant environ trois semaines, 
sans caractère déterminé ; observation à conserver pour un 
mémoire sur la pratique médicale de cet hospice, a l’article 
fièvre puerpérale. 

Page 24 B. — Obs. 45. — Forceps au détroit supérieur. 
Quatrième position. Réduction spontanée à la seconde. — 
L’élévation de la tête au dessus du détroit supérieur ne per- 


( I?4 ) 

mettait pas a la sage-femme de distinguer si c’était la qua¬ 
trième ou la première position. Elle regarde son incertitude 
comme de nulle conséquence. Elle commence par appliquer 
la branche mâle entre la tête et la symphyse sacro-iliaque 
gauche ; mais comme elle pressait trop la tête contre le bassin 
pour laisser passer la branche femelle a droite, elle retire la 
branche male. La branche femelle arrive sans peine à la partie 
interne du trou ovalaire droit, puis on réintroduit la bran¬ 
che mâle à gauche et en dessous : les cuillers, mal con¬ 
tenues pendant l'opération, ont glissé sur les côtés du bassin, 
et la tête a été prise obliquement, comme cela arrive pres¬ 
que toujours. La face dégagée se tourne en devant et à 
gauche, ce qui prouve que la quatrième position a tou¬ 
jours existé. 

Où est donc la preuve que, par un mouvement de ro¬ 
tation spontané #de la tête, la quatrième position s’était 
trouvée réduite à une seconde position du vertex ? Mais 
cette réduction devenait nécessaire pour expliquer la mort 
de l’enfant, en supposant la torsion que le col avait éprouvée. 
C’était bien assez de la vicieuse application du forceps, de 
l’excès de compression sur la tête du fœtus et sur les parties 
delà mère, et de l’extrême irritation produite par l’intro¬ 
duction répétée des mains et des branches de l’instrument, 
pour expliquer la mort de l’enfant et de la mère, mort sur¬ 
venue le quatrième jour, au soir, après l’accouchement. Une 
péritonite s’annonce, une demi-heure après la délivrance, par 
un violent frisson. Le lendemain, fièvre, vomissemens bi¬ 
lieux, toux, douleurs hypogastriques , incontinence d’urine* 
avec distension de la vessie, paralysie, délire. Il n’est point 
question de médecin pour le traitement de cette maladie. 

Rien n’est plus ridicule que les réflexions sur cette ob¬ 
servation, et on doit en conclure que les deux morts sont 
dues à l’imprudence des manœuvres. 

Page 2.52. — Obs. 46. — Forceps dans Vexcavation pour 
inertie qui n existait pas. —ha branche femelle est d’abord 
placée sous le trou sous-pubien droit, et l’autre devant 
l’échancrure sciatique gauche : la tête descend un peu, mais 
le forceps davantage. La résistance est si grande qu’on craint 
d’employer des forces trop considérables et de produire indubi¬ 
tablement des lésions dangereuses : il fallut déplacer les bran¬ 
ches, pour les mettre sur le côté du bassin. 

Après l’extraction, la tête, d’ailleurs tuméfiée, offrait 


( I 7 5 ) 

x° les traces du forceps sur l’angle gauche de la mâchoire et 
sur l’oreille droite dans îa première application* 2 0 sur la 
région mastoïdienne gauche et sur le frontal et l’orbite droits, 
ce sont les vestiges de la deuxième application qui, de leur 
pleine connaissance, a été irrégulière. 

L’enfant eut des convulsions, et mourut le troisième jour. 
Il y avait un très-petit abcès sous la contusion du frontal 
droit; du sang noirâtre et demi-coagulé enduisait les deux' 
lobes postérieurs du cerveau. 

Les craintes de la sage-femme de produire des lésions dan¬ 
gereuses, ne se sont que trop réalisées, et personne 11 e doute 
qu’elle n’ait causé la mort de l’enfant par ses mauvaises ma¬ 
nœuvres. 

Ce cas et-le précédent étant les mêmes, quant à la posi¬ 
tion de la tête, on n’explique pas pourquoi, dans l’observa¬ 
tion quarante-cinquième, on commence par la branche mâle 
en dessous et a gauche, et, dans la quarante-sixième 9 par la 
branche femelle en devant et a droite. Se conduire ainsi, sans 
en rendre raison, annonce une opération routinière, sans 
réflexion, une ignorance complète de ce qui peut se trouver 
de meilleur dans divers auteurs. 

Page 255. — Obs. — Forceps dans Vexcavation pour 
suspension du travail.—On n’a reconnu l’obliquité antérieure 
et droite de rutérus qu’au moment d’appliquer le forceps. 
Le front était fort bas, ce qui rendit difficile l’application 
des branches, dont une h droite et l’autre a gauche. La tête 
descend sur le périnée; on retire les branches : la tête ne sort 
pas. La femme s’affaiblit. On est sur le point de réappliquer 
le forceps, mais la tête paraît au dehors. Il faut en conclure 
que la tête avait encore été saisie obliquement, puisque les 
traces des branches, d’un côté sur le frontal droit et sur le 
haut du gauche, et, de l’autre, sur le côté gauche de l’oc¬ 
ciput, étaient très-manifestes. Comme on ne prend jamais la 
précaution de relever le front et d’abaisser la région occipi¬ 
tale avant de serrer la tête dans le forceps, il paraît que îa 
longueur des cuillers était parallèle au diamètre vertical de 
la tête. Ceci explique les difficultés qu’on éprouva pour son 
extraction. 

Le bassin bien conformé , le fœtus petit, la faiblesse de la 
mère offraient les conditions les plus favorables à Implica¬ 
tion du levier, avec lequel on eût terminé facilement l’ac- 


( r 7 6 ) 

coucheraenl, bien que l’auteur dise que cet instrument es£ 
abandonné. 

Trois observations de la cinquième position. — Page 2.5 7 . 
— Obs. 48. — Forceps dans Vexcavation pour lenteur du 
travail. — N’ayant rien à dire contre l’application de l'ins¬ 
trument , nous ferons cependant remarquer que rien ne pres¬ 
crivait son emploi, et que c’est a tort qu'on accuse la lenteur 
du travail, car il n'avait commencé qu’a sept heures du matin, 
chez une femme de vingt-neuf ans, d’une forte constitution , 
d’un embonpoint modéré, et au terme de sa seconde grossesse. 
Les contractions avaient été fortes et fréquentes, et, a six heures 
du soir, le travail se ralentit, sans doute par la fatigue; 
suivant toute apparence, après un peu de repos, tout aurait 
fini par une parturition. Le périnée fut échancré, quoique 
bien soutenu. 

Page 259 . — Obs. 49* — Forceps au détroit supérieur 
pour longueur du travail. — Il y aurait beaucoup trop a 
dire sur cette observation, et surtout sur les réflexions qui la 
terminent, réflexions qui n’excusent point la maladresse du 
procédé. Après trois jours de travail, on n'avait point encore 
pu décider si c’était la cinquième ou la deuxième position , 
parce qu'on s’était borné a porter les doigts à l'entrée de l’ori¬ 
fice utérin. 

Une personne instruite fit sous mes yeux l’application du 
forceps. On va juger du degré d'instruction de l'élève et de 
la maîtresse. La branche droite ne pouvant avancer resta ap¬ 
pliquée sur l’extrémité gauche du diamètre transverse, et la 
branche femelle le fut sur l’extrémité droite du même dia¬ 
mètre. Après le croisement des branches, les crochets restèrent 
très-écartés, ce qui indiquait que la tête était prise par les 
extrémités d’un grand diamètre. 

Cependant, on ne craignit pas d’agir sur-le-champ : on lia 
les crochets ; la tête descendit un peu, mais bientôt le forceps 
glissa, sortit"brusquement, et échancra légèrement le périnée ; 
on le replaça comme la première fois. En tirant, l’instrument 
échappait ; on le fit désarticuler pour le pousser plus avant, 
et de nouvelles tractions terminèrent. Les traces de l’instru¬ 
ment se trouvèrent sur une tempe et derrière l’oreille opposée. 

Après l’accouchement, des difficultés d’uriner furent sui¬ 
vies, vers le huitième jour , de l’issue involontaire de l’urine, 
qui s’écoulait goutte à goutte, ét mêlée de pus. Il y avait à 


( 1 Tj ) 

h partie intérieure du vagin des inégalités. Quatre a cinq 
jours après, l’urine fut retenue et évacuée volontairement. Le 
séjour de la tete dans le détroit supérieur, et sa compression 
sur la vessie et sur son col , les avaient enflammés et en¬ 
gorgés, etc. 

Pour peu qu’on ait un peu plus d’instruction qu’on n’en 
suppose aux auteurs de cette observation, un jugera facile¬ 
ment qu’on aurait évité tous ces accidens, en suivant nos pré¬ 
ceptes, qui consistent à soulever la tête au dessus du détroit 
supérieur, en explorer la circonférence, pour s’assurer delà 
position, et placer les branches du forceps, comme nous 
l’avons indiqué. 

Page 253. — Obs. 5o. — Forceps au détroit supérieur. 
— Indécis sur la véritable position de la tête, on introduisit 
la main dans l’utérus, et on reconnut la cinquième. Le for¬ 
ceps fut appliqué comme dans le cas précédent. Les branches 
ne purent être commodément réunies qu’après être devenues 
tout à fait latérales. L’enfant mourut dans la nuit suivante 
malgré tous les soins possibles. 

Comme on ne désigne pas la cause de cette mort , nous 
allons essayer de la chercher, et tout homme attentif la trou¬ 
vera, aussi bien que nous, dans l’application du forceps. Les 
branches, au lieu de correspondre aux extrémités d’un dia¬ 
mètre oblique, se sont placées dans la direction du diamètre 
transverse, et, pour peu que la tête ait un peu tourné, elle 
aura été saisie de la face a l’occiput. Dans le cas même où 
elle n eut ete prise qu’obliquement, elle n’aura franchi le dé¬ 
troit qu’au moyen de tractions violentes et d’une trop forte 
compression qui l’aura écrasée, comme cela est arrivé dans 
plusieurs observations précédentes. 

Observations de la septième position. —- Occiput à Vex- 

trémité gauche du diamètre transvèrse. — Page 265 . _ 

Obs. 5i. — Forceps au détroit supérieur. — Après deux 
jours de travail, les membranes rompues depuis long¬ 
temps, et l’utérus, très-serré sur le fœtus, ne permettant 
pas la version , on se décide pour le forceps. Incertain de 
la position, on suppose la première. Les branches intro¬ 
duites diagonalement saisissent mal la tête. On retire les bran¬ 
ches, et on introduit la branche femelle derrière ia sym- 
phise des pubis. La branche mâle, arrêtée par l’angle sacro- 
vertébral, elles passent toutes deux sur les côtés, et'prennent 
tome xxxi. , o 


( *7» ) 

la tête du front a l’occiput. Elle est retirée dans l’excavation. 
On retire l’instrument, et après le mouvement de rotation, 
on est obligé de le réintroduire pour que la tête puisse fran¬ 
chir le détroit inférieur; fœtus volumineux mort après 
avoir appliqué quatre fois l’instrument. 

Si la sage-femme eût introduit toute la main droite dans 
l’utérus, comme dans l’opération précédente, elle eût reconnu 
la véritable position; elle eût abaissé l’occiput, et, en con¬ 
duisant la branche mâle en dessous avec la main gauche, 
elle eût placé la cuiller parallèlement au diamètre sus-occi- 
pito - mentonnier, en engageant la protubérance pariétale 
gauche dans la fenêtre de la cuiller. Alors portant la tête 
en devant et au dessus du pubis, elle l’eût fait tenir dans 
cette position première. Il lui eût été facile de faire passer 
l’autre branche sur la face. L’instrument fixé, l’extraction 
devenait facile, et l’on n’aurait pas eu a craindre de compro¬ 
mettre la vie du fœtus. 

Page 268 . — Obs. 52. — Page 270 . — Obs. 53. — Ap¬ 
plication du forceps. — Elles méritent les reproches déjà 
faits ci-dessus. 

Page 272 . — Obs. 54- —- Forceps dans Vexcavation .— 
Nous aurions réuni cette observation aux deux précédentes 
si nous n’avions a faire observer que la saisie oblique de la 
tête; mais le fœtus est mort, et l’on ne dit pas pourquoi. 

Page 273 . — Obs. 55.— Forceps dans Vexcavation pour 
rétrécissement du bassin. — Le diamètre sacro-pubien est 
estimé à trois pouces, et le diamètre sciatique a deux pouces 
et demi. La tête, prise dans l’excavation , est extraite jusqu’au 
dehors; épine sciatique gauche très-saillante en dedans; em¬ 
preintes des cuillers marquées sur les côtés de la tête, ce qui 
11 e doit pas étonner, puisque son diamètre transversal a dû 
être réduit 'a moins de deux pouces et demi, ce qui est in¬ 
croyable. De pareils contes sont bons pour des sages-femmes. 

Page 275 . — Obs. 56. — Forceps au détroit, supérieur 
pour rétrécissement dubassin. — Le bassin avait trois pouces 
et un quart de diamètre sacro-pubien. L’index touchait aisé¬ 
ment l’angle sacro-vertébral. La main élevée vers l’arcade , 
le doigt mesurait quatre pouces moins un quart; déduction 
faite de six lignes pour l’obliquité du doigt, restent trois 
pouces et un quart. Pour admettre ce calcul, il fallait que 
l’index eût trois pouces trois quarts de long , depuis la tête 
du deuxième os du métacarpe jusqu’au bout du doigt. Une 


( *79 ) 

telle longueur est assez rare, et la sage femme n’a donné 
nulle part les dimensions des diverses parties de sa main. 

La branche mâle en dessous a de la peine h passer entre 
l’angle sacro-vertébral et le pariétal gauche, et la branche 
femelle éprouve les mêmes difficultés pour passer entre la 
symphise et le pariétal droit : il fallut tâtonner, et, les branches 
réunies, les tractions furent inutiles. La tête et les branches 
serrées ne pouvaient descendre. Elle ôte les branches , et les 
introduit hardiment sur les côtés, en annonçant aux élèves 
que la tête est saisie dû front à l’occiput; bientôt elle fut â 
la vulve; on retire le forceps, et la rotation se fait seule. 

En prenant la tête transversalement, il a fallu la comprimer 
fortement; cette compression, en raccourcissant le diamè¬ 
tre occipito-frontal, devait augmenter le pariétal, et la tête 
n’a pu descendre aisément sans être écrasée, ce qui a dû causer 
la mort du fœtus, plutôt qu’une putréfaction arrivée l’on ne 
sait comment. 

Un léger mouvement de rotation , après avoir saisi la tête 
convenablement, pour réduire cette septième position à la pre¬ 
mière, eût suffi pour faire descendre la tête dans l’exca¬ 
vation. 

Page 278 . — Obs. — Forceps dans Vexcavation pour 
suspension du travail ; septième position réduite naturelle¬ 
ment à la cinquième dans Vexcavation. — Il s’était déjà 
écoulé plus de vingt-quatre heures depuis le commencement 
du travail. M. Dubois, qui fut consulté, jugea le forceps 
nécessaire, et se chargea de l’opération. La tête arrive au 
dessus du détroit inférieur; il tire vigoureusement en haut, 
pour dégager l’occiput au devant du périnée. Le mot vigou¬ 
reusement ne convient pas plus ici que le mot hardiment 
dans l’observation précédente : il est inutile de dire pourquoi. 

On est fort étonné de voir consulter, pour un cas très- 
simple , l’accoucheur qui n’a pas paru dans les cas précé- 
dens, beaucoup plus graves. C’était une élève oui devait faire 
cette opération. 

Page 280 . — Obs. 58. — Forceps dans Vexcavation sans 
désigner la cause. — Le travail 11 ’avait pas duré plus de 
douze heures. L’application du forceps fut faite cette fois 
sous les yeux de la maîtresse, par une personne de confiance. 
Une branche du forceps est appliquée sur le front, et l’autre 
sur l’occiput; les branches articulées, les crochets présentè- 

12 . 


( 180 } 

rent un écartement considérable; ils furent liés ensemble; la tête 
avança toujours tranversalement, et quand elle fit fortement 
saillir le périnée, on n’eut pas le temps d’ôter l'instrument, 
et la tête sortit sans rotation. Un garçon de sept livres avait 
une trace du forceps sur la racine du nez et le front, une 
autre sur l’occiput et la nuque. 

Les réflexions suivantes vont faire juger que la personne 
de confiance n’en méritait pas plus que la sage-femme : des 
accoucheurs ne croiront jamais que la tète d’un enfant de 
sept livres, qui devrait avoir au moins trois pouces et un 
quart de diamètre occipito-frontal, et saisie dans ce sens , 
ait pu sortir dans cette direction , et brusquement, avec le 
forceps, par le diamètre sciatique d’un bassin dont les deux 
branches de l’arcade étaient resserrées. Le périnée bien sou¬ 
tenu lut préservé de la déchirure, qui paraissait inévitable. 
Or, si le périnée était bien soutenu, la tête, encore dans les 
branches du forceps, ne pouvait pas sortir aussi facilement. 
Que de contradictions en si peu de lignes ! Mais comme on 
dit avoir écrit pour des sages-femmes , il n’est pas étonnant 
qu’elles ne s’en soient pas aperçu. 

Page 282 . — Obs. 59 . — Forceps dans Vexcavation pour 
suspension des douleurs. — La tète faisait saillie entre les 
lèvres de la vulve. On croyait qu’elle avait fait son mouve¬ 
ment de rotation, et ce ne fut qu’après sa sortie qu’on s’aper¬ 
çut que la branche femelle avait été appliquée sur le front, 
et la branche mâle sur l’occiput. C’est dans celte direction 
transversale qu’elle traversa la vulve sans lésion du périnée, 
qui fut vigoureusement soutenu. La plupart des réflexions 
précédentes sont applicables a ce cas. 

L’enfant périt peu après sa naissance. La mère éprouva le 
lendemain des douleurs abdominales, une rétention d’urine 
et de la fièvre. Elle mourut le troisième jour d’une péritonite 
quon attribua peut-être à la longueur du travail. Des accou¬ 
cheurs clairvoyaus reconnaîtront bien ici deux victimes de 
l’application du forceps. 

Page 285. — Obs. 60. — Forceps dans Vexcavation. — 
La branche gauche ou femelle arrive sans peine sous les 
pubis; mais voulant porter la branche mâle trop haut, on 
heurte contre l’angle sacro-vertébral. Forcé de retirer la 
branche femelle, on place l’autre convenablement en dessous, 
et en réintroduisant la première, on ne peut la faire avancer 
au delà de la région cotyloïdienne droite. La tête est prise 


( îBi ) 

obliquement, el marquée sur le frontal droit et derrière 
l’oreille gauche. 

Après raccouchement, perte de sang légère et prompte¬ 
ment suspendue; petite déchirure au périnée. La mère meurt 
le cinquième ou le sixième jour, d’une péritonite. 

11 faudrait lire cette observation tout entière pour se faire 
une idée des bévues commises pendant l’opération et le trai¬ 
tement de celte femme.... Les violences exercées sur l’utérus 
et sur le foetus expliquent assez les accidens qui ont suivi. 
On ne fait jamais mention des lochies, ni de la lièvre de lait. 

Page 288. — Obs. 61. — Perforation du crâne ... For¬ 
ceps. — On avait appliqué deux fois le forceps sans succès. 
Avant d’amener cette femme à l’hospice , elle était en travail 
depuis quarante huit heures. La tête était bien dirigée , les 
douleurs très-énergiques, et le bassin paraissait très-bien 
conformé. Pourquoi donc la tête n’était elle pas descendue 
dans l’excavation , se demande la sage-femme ? C’est un pro¬ 
blème qu’elle chercherait vainement h résoudre. Ne connais- 
Scpit pas 1 obstacle qui retenait la tête, elle commence par 
diminuer son volume en enfonçant le perce-crâne de Smellie 
dans une suture. La masse du cerveau , broyée par l’instru- 
ment, et délayée par des injections d’eau tiède, sortit en 
grande partie. Elle apphque le forceps , et, sans s’inquiéter 
des règles ordinaires, elle place les branches sur les côtés 
du bassin, et la tête vient sans peine. 

La teie, immobile au dessus du détroit supérieur , ne des¬ 
cendait pas , parce que l’occiput était retenu, et si on l’eût 
accroché avec les doigts de la main gauche, ou avec le levier 
pour imprimer a la tête un mouvement de bascule, les dou¬ 
leurs très-énergiques ( pour dire les contractions) auraient eu 
toute leur action sur cette tête, dont le diamètre sus'-occipito- 
mentonni.er aurait été parallèle à S’axe du détroit abdominal, 
et le travail de la parturition eût achevé l’expulsion du 
fœtns. 


Voici la note de cetteobservation. M. le professeur Dubois , 
qui est consulté dans tous les cas difficiles, m’a confié, dans 
presque tous ceux-ci, la terminaison de l’accouchement. . 

On voit plus haut (page 278, observation ce pro¬ 
fesseur appelé dans un cas très-simple, et faisant devant les 
élèves un tour de force en appliquant le forceps an moment 
où la tête allait sortir, el tirant la face en dessus sans s’en 
douter, et on ne le voit pas assister une seule fois â des accôu- 


C 182 ) 

chement si fâcheux ! C’est alors qu’il eût dû arracher des 
mains inhabiles d’une sage-femme un instrument avec lequel 
elle immolait si souvent mères et enfansî ! 


Cours d’histoire naturelle pharmaceutique , ou Histoire des 

substances usitées dans la thérapeutique , les arts et 

Véconomie domestique ; par A.-L.-A. Fée, Pharmacien. 

Paris, 1828. Deux volumes in-8°. de xxv-659-822 pages. 

Parmi les innovations qui ont été faites dans l’enseigne¬ 
ment médical, il en est une qui aurait pu produire des 
résultats très-avantageux si elle eût reçu un plein dévelop¬ 
pement. En obligeant les jeunes gens qui se déterminent à la 
pratique de la médecine, â se faire d’abord recevoir bacheliers 
ès-sciences , on avait sans doute pour but de les contraindre 
à recevoir le complément indispensable de l’éducation avant 
de se livrer à l’étude de l’homme sous le point de vue médical. 
Si , au lieu de rétrécir cette idée, on l’avait agrandie, si l’on 
avait exigé que nul ne pût être admis â étudier en médecine 
sans être docteur ès-sciences et licencié ès-lettres, il ne 
serait plus nécessaire de publier des physiques médicales, des 
chimies médicales, des botaniques médicales, voir même des 
arithmétiques et des logiques médicales ou à l’usage des mé¬ 
decins; les histoires naturelles médicales et même pharma¬ 
ceutiques rentreraient dans la classe des compilations inutiles. 
Mais la futilité des examens pour le baccalauréat ès-sciences 
est telle que les étudians sont a peine initiés aux sciences 
dans la connaissance desquelles ils devraient être parfaitement 
versésavant d’en venir a la médecine proprement dite. Il faut 
donc que l’on fasse des cours d’histoire naturelle â l’usage 
des étudians en médecine et en pharmacie, et c’est ce qui 
assure le succès de celui que nous annonçons, non qu’il soit 
parfait, mais parce qu’il répond â un besoin que créent les 
imperfections de nos institutions. 

L’auteur dit de la pharmacographie qu’elle est la sauve¬ 
garde de la thérapeutique et de l’hygiène; nous avons le 
malheur de ne rien comprendre à cette belle phrase, qui appa¬ 
remment recèle une pensée très profonde ; M. Fée aurait 
dû s’exprimer en termes plus clairs et moins ambitieux; cela 
eût mieux valu que de remonter a Yorigine des choses. 



( i83 ) 

L’opinion la plus vraisemblable, dit-il, sur les causes qui 
ont fait connaître à l’homme les propriétés des médicamens 
est appuyée principalement sur la nécessité de l’alimentation 
et sur les accidens auxquels ce besoin toujours renaissant a 
pu donner lieu. Ceci est un peu plus clair, mais il est plus 
probable que le hasard a d’abord eu grande part a la dé¬ 
couverte des médicamens , et qu’ensuite l’analogie les a 
fait multiplier. Il ne faut pas croire que l’homme n’a rien 
appris des bêtes. Quoi qu’en puisse dire M. Fée, les navi¬ 
gateurs ont plus d’une fois goûté avec hardiesse des fruits 
qu’ils voyaient avoir été entamés par les oiseaux, et se sont 
abstenus de faire usage de ceux qui étaient intacts. Mais c’est 
assez parler de l’Introduction de l’ouvrage de M. Fée5 on y 
retrouve le style ampoulé des pharmaciens qui écrivent sur 
la matière médicale. Ce n’est pas là ce qu’il importe le 
plus de faire connaître au public, et nous n’en avons parlé 
que pour signaler un nouvel exemple du mauvais goût qui 
règne trop souvent dans les productions relatives à l’art de 
guérir. 

On doit des éloges à l’auteur qui s’est abstenu d’indiquer 
les doses auxquelles doivent être administrés les médicamens, 
et les cas pathologiques qui en réclament l'emploi. L’éloge 
serait complet s’il n’avait cru devoir indiquer les antidotes, 
tant il est difficile de persévérer dans le bien. 

M. Fée fait un tableau pompeux des rapports des phar¬ 
maciens avec l’autorité. Il n’y a rien a répondre, sinon qu’il 
applique au pharmacien ce qui n’est vrai que du chimiste. 
Certes, ce n’est point a titre de fabricans de cérat et de 
préparateurs de potions purgatives , que les pharmaciens sont 
consultés, dans les cas d’empoisonnement par exemple, et la 
preuve c’est qu 'a peine y a-t-il en France un pharmacien sur 
cent qui soit capable de répondre, en cas pareil, au désir 
des tribunaux. 

Cette critique est guidée par l’amour de la vérité, qui vaut 
bien l’amour de la science dont parle M. Fée. Pourquoi, lors¬ 
qu’on s’est imposé la tâche de rassembler des faits, s’aban¬ 
donner a des déclamations, et foudroyer cathédratiquement 
des erreurs que personne ne défend ? C’est un moyen par trop 
facile et trop vulgaire de se faire admirer d’élèves au début 
de leurs études. 

Puisque M. Fée a si vivement attaqué le ridicule des 
vieilles pharmacopées et de quelques pharmacopées modernes 


( '84 ) 

qui placent au nombre des inédicamens des substances ani¬ 
males plus dégoûtantes qu'efficaces, il aurait dû ne point 
accorder de place dans son ouvrage a la tortue, a la # vipère, 
au scinque, a la grenouille, a l’escargot, au ver de terre, 
au cloporte, a l’écrevisse, a la cochenille, a la fourmi, au 
sabot d’élan, a l’os de sèche, aux perles, aux bézoards, a la 
civette, au ver a soie. Tout cela doit se trouver dans un 
conspectus des pharmacopées, parce qu’un conspectus de ce 
genre doit être un miroir fidèle de toutes les vérités et de 
toutes les absurdités qui ont régné dans la tête des médecins 
et du vulgaire qu'ils ont trop souvent suivi de près. Mais cela 
ne devait point se trouver dans un livre que l’auteur destine 
aux pharmaciens , puisque nul pharmacien n'est appelé au¬ 
jourd’hui a préparer ces prétendus inédicamens. Il ne fallait 
pas non plus faire mention des substances uniquement em¬ 
ployées par l’industrie. 11 ne fallait pas mettre les caractères 
des plantes, d’abord en latin, puis en français, car il y a inutilité 

un cote ou de 1 autre. 

Si, à toutes ces causes d'alongement, on ajoute que l'au¬ 
teur a prodigieusement multiplié les alinéa, l’étendue énorme 
de son ouvrage s’explique facilement. Un goût sévère et un 
choix bien entendu l’auraient réduit a un seul volume. Le 
public et les éditeurs perdent beaucoup a cette manière lâche 
d écrire qui exige une phrase pour chaque fait qu'onpourrait 
exprimer par lin seul mot. Mais cette manière a des parti¬ 
sans parmi les lecteurs, et nous ne doutons pas que l’ouvrage 
de M. Fée nese débite rapidement; il a suffisamment de quoi 
justifier ce succès. 





( '85 ) 

Note sur les secours publics. 

C’est assurément une .belle institution , dans son principe , 
que celle des secours à domicile; mais il est difficile de la 
diriger de manière à ce qu’elle produise tout le bien qu’on 
est en droit d’en attendre, L’Angleterre, après avoir déclaré, 
par une de ses lois, qu’une taxe devait subvenir a toutes les 
misères, s’est occupée de la répartition de celte taxe au do¬ 
micile des indigens ; elle a voulu que ce domicile fût inva¬ 
riablement fixé dans chaque paroisse , sans admettre le droit 
si naturel du déplacement d'une commune a une autre; elle 
a subordonné l’assistance des détresses les plus urgentes a 
l’examen d’une question de domicile ; elle est tombée dans 
la prodigalité envers les pauvres domiciliés , qu’elle a trans¬ 
formés en rentiers ; et, négligeant une foule d’infortunés, 
retranchée dans les formes inexorables de sa bienfaisance , 
et s’acquittant de cette*Vertu, comme on s’acquitte du paie¬ 
ment d’une contribution publique ou d’une dette commer¬ 
ciale, elle est devenue impuissante pour le bien qu’elle vou¬ 
lait faire. Aussitôt les souscriptions particulières se sont 
multipliées pour opérer ce qu’elle ne faisait pas ; on a mis a 
honneur de savoir se passer de l’intervention d’un régulateur 
rigoureux et incomplet dans la distribution de ses bonnes 
œuvres, et l’administration municipale, en perdant tout 
moyen de contrôle sur les proportions et sur le mode d’assis¬ 
tance des pauvres , est devenue indifférente et étrangère a 
tout ce qui n’est pas le paiement de la taxe annuelle. 

Tels sont les inconvéniens que les membres des bureaux de 
charité de Paris ont cru apercevoir dans le mode adopté en 
Angleterre pour la collocation des secours a domicile, et tels 
sont ceux qu’ils se proposent d’éviter. Leur pensée n’est point 
de s’opposer d’une manière quelconque a l’élan charitable 
des particuliers, mais ils croient utile qu’en laissant la plus 
entière liberté à tous les bienfaiteurs de l’indigence, l’admi¬ 
nistration locale soit cependant avertie de tout le bien qui se 
fait ou même qui se prépare, soit pour favoriser les projets 
dignes d’encouragement, soit pour coordonner la dispensa¬ 
tion des secours en proportion des infortunes, soit pour mul¬ 
tiplier les relations entre les hommes charitables , soit enfin 
pour éclairer, par l’autorité de l’exemple et de l’expérience, 


( 186 ) 

les personnes qui s abandonneraient sans réflexion aux entraî- 
nemens de la compassion et de la générosité. 

Peut-on arriver, par un moyen quelconque, a ces résultats? 
Gela est fort douteux ; jamais l’administration ne sera avertie 
de tout le bien qui se lait; elle ne connaîtra jamais que la 
bienfaisance de la haute fortune, qui se contente d’envoyer 
aux bureaux de charité une telle somme sans consacrer à la 
répartition une partie de son temps. Tout le bien fait sans 
biuit, en cachette, par les fortunes médiocres, par l’indi¬ 
gence même, lui sera toujours caché, et ce n’est pas le moins 
considérable. 

L institution des Sœurs de charité n’en est pas moins ad¬ 
mit able, et c est avec raison que i on a dit de ces femmes dé¬ 
vouées à l humanité , que si un malheur extraordinaire fait 
naître une protection extraordinaire, le mal de tous les jours, 
la pauvreté sans énergie et sans reconnaissance ne sera soignée 
que par elles; elles seules iront, après avoir trouvé le gîte des 
lépreux , avertir l’homme riche auquel la Providence réserve 
le bonheur de secourir l’infortune. # 

Mais il est une infortune que ni les Sœurs de charité , ni 
les Dames véritablement animées de l’esprit de charité ne 
sauraient atteindre, c’est celle qui est due à certaines condi¬ 
tions de l état social actuel, état où l’on néglige d’ouvrir les 
grandes sources de la prospérité, croyant sans doute avoir 
assez fait, quand on assure une livre de pain et un morceau 

de viande de loin en loin aux malheureux flétris du nom de 
pauvres. 

Il 11’est véritablement qu’un seul moyen efficace de remé¬ 
dier aux souffrances des indigens sans favoriser la paresse, 
sans donner un aliment aux vices, sans ôter des bras à l’in¬ 
dustrie : il faut ouvrir des ateliers de travaux , où chaque 
homme, chaque femme, apportant ses bras, puisse, en em¬ 
ployant ses forces, gagner sa soupe et le pain de la journée, 
sans recevoir d’autre salaire que des alimens : alors les secours 
a domicile seront pour les estropiés, les enfans, les mères 
et les vieillards. 

Quand, par un moyen de ce genre, on sera certain qu’au¬ 
cun être vivant ne se couche sans avoir mangé au moins du 
pain, le citoyen actif savourera, sans arrière-pensée, ses 
tepas de chaque jour, et, le soir, l’idée de tant d’indi- 
gens que la faim tient éveillés, et que la honte réduit à 
i inanition, ne viendra pas retarder l’instant de son sommeil. 


( ) 

Chaque année, i, 5 oo,ooo francs sont dépensés pour les 
secours a domicile dans Paris : un tiers de cette somme est 
employé pour la construction des maisons de secours, des 
écoles et des asiles ; un million se distribue en pain, bouillon, 
bois, vêtemens et autres secours. Quatre-vingt mille per¬ 
sonnes partagent cette somme, c’est-à-dire que chacune 
d’elles reçoit io à 12 francs par an, ce qui fait trois ou quatre 
centimes par jour. Si cette répartition est également faite, 
on se demande de quelle utilité peut être un tel secours aux 
indigens. A la vérité, les secours, régulièrement distribués 
par les bureaux de charité, sont spécialement destinés aux 
infortunés que la bienfaisance particulière n’assiste pas ; mais, 
comme la distinction est impossible, il est évident que c’est 
trop pour le fainéant, et trop peu pour le pauvre incapable 
de travailler ou sans ouvrage. 

On voit d’ailleurs avec un vif intérêt l’administration mu¬ 
nicipale s’occuper d’améliorer les maisons de secours, les 
salles d’école et d’asile : elle ne demande pour cela que 
dix centimes par chaque indigent.Nul doute qu’elle ne finisse 
par les obtenir ; car enfin le moment devra venir ou 1 on n ap¬ 
pliquera plus un demi-million à la construction de bâti- 
mens, et où la majeure partie de cette somme sera reversée 
sur les indigens eux-mêmes. 

Il serait à désirer également que le service de santé des 
bureaux de charité ne fût plus un monopole dont les motifs 
secrets ne sont pas toujours très-purs; qu’on cessât d’en laire 
un moyen de se procurer de la clientèle, et d’arriver au salon 
en passant par le grenier de l’indigence et la loge du portier. 
11 suffirait pour cela d’admettre tout médecin, tout chirur¬ 
gien qui se présenterait pour donner assiduement ses soins 
à telle portion du quartier qu’il habite; â la moindre né¬ 
gligence, il perdrait le titre officiel de bienfaiteur privi¬ 
légié des indigens malades, et l’on ne verrait pas tel de ces 
messieurs daigner à peine entrer dans le taudis du pauvre, 
pour le traitement duquel il est pourtant payé, puisque les 
soins qu’il est censé donner aux malheureux l’exemptent de 
la patente. 

L’adininstration municipale demande que des bains de 
Seine soient procurés aux pauvres ; c’est une heureuse et 
vraiment philantropique pensée. Que de malades on évite¬ 
rait aux hôpitaux par une pratique si salutaire ! On 11e sau- 


: . () 

rait trop faire de vœux pour que cette proposition soit 
adoptée. 

L'administration demande encore que des gens élevés 
en dignité ne s arrogent plus le droit de placement dans 
les hospices ; car il en résulte que le misérable, sans aucune 
ressource, et cruellement infirme, languit dans la plus affreuse 
ietraite, tandis que des hommes encore valides et aidés par 
diverses mains, vont prendre la place qu’il devrait occuper. 
Nul, en effet, ne saurait mieux que 1 administration muni¬ 
cipale éviter cet abus; mais celte administration se com¬ 
pose-t-elle d hommes plus inaccessibles que celle des hospices 
à la séduction des apostilles et des lettres de grands per¬ 
sonnages ? La réponse ne sera pas difficile à qui connaît Iç 
cœur humain. 


slu Rédacteur général. 

Monsieur, 

Je lis, dans un des derniers cahiers de votre intéressant 
Recueil, un Mémoire de M. Scoutetteu, où cct auteur se féli¬ 
cite d avoir publié , en 1822 , la première monographie qui 
ait paru sur 1 alteration du tubedigestil que MM. Serres et 
Petit avaient présentée comme caractère de ce qu’ils appelaient 
la fièvre enléro-mésentérique , et dont M. Bretonneau, re¬ 
produisant leurs idées sous un nouveau nom, a fait sa dolhi- 
nentétite.... Déjà un autre auteur, dans un ouvrage sur la 
phthisie, couronné par l’Académie des Sciences, s’était at- 
tiihué ce mente. Nous ne savons s’il est bien grand ; mais 
s il y en a quelqu’un, nous sera-t-il permis de mettre sous 
les yeux de vos lecteurs ce que nous avons écrit nous-méme 
a ce sujet long-temps avant qu il fut question dans le monde 
de la dothinentérite de M. Bretonneau , et même de la Dis¬ 
sertation de M. Scoutetteu ? 

« La fièvre entéro-mésentérique n’est autre chose qu’un 
ensemble de plusieurs irritations qui se sont successivement 
produites et compliquées entre elles; i° une irritation peu 
vive, mais long-temps persistante , a, d’une manière insen¬ 
sible, altéré dans sa texture une portion de la muqueuse in¬ 
testinale cl des follicules muqueux qui se cachent dans son 





( 189 ) 

épaisseur : la vitalité a été tout a fait pervertie; les fluides 
exhalés et sécrétés h la surface de l’intestin, ont changé de 
nature; ils ont contracté une âcreté particulière, et ajouté, 
par leur contact, à l’irritation de la muqueuse (on peut 
s’apercevoir de leur qualité a l’impression qu’ils font sur les 
doigts a l’instant de l’ouverture) : les cryptes muqueux se 
sont engorgés; les petits ganglions lymphatiques (glandes de 
Peyer), placés sous la tunique muqueuse, se sont, par con¬ 
tiguïté ou autrement, affectés eux-mêmes. Cependant, soit 
par suite d’absorption et d’une action directe, soit par le fait 
d’une irritation purement sympathique, les ganglions mésen¬ 
tériques sont devenus malades ; mais il u’y a encore qu’inap- 
pétence, langueur, tristesse, diarrhée, etc. Les choses peu¬ 
vent rester dans cet état pendant pins ou moins de temps... 
2° L’engorgement a fait des progrès; l’affection s’est étendue 
aux parties voisines; l’abdomen est devenu douloureux , sui¬ 
vant l’attache du mésentère, etc.: dès lors l’irritation est 
transmise aux système nerveux et circulatoire ; le pouls s’a¬ 
nime ; les symptômes cérébraux, l’altération des traits, l’abat¬ 
tement , la stupeur, les convulsions, les soubresauts se ma¬ 
nifestent; la fièvre entéro-mésentérique ex iste dans toute sa 
force... Il est facile d’apercevoir qu’elle se compose, i° d’une 
phlegmasie chronique de la muqueuse intestinale ; 2 0 d’une 
phiegmasie d’abord lente, puis aiguë, des ganglions lympha¬ 
tiques abdominaux ; 3 ° de l’irritation sympathique du cerveau 
et du système circulatoire. Dans la première période, on 
peut l’assimiler à l’entérite ou au catarrhe pulmonaire chro¬ 
nique; mais, dans la seconde, les traits de ressemblance dis¬ 
paraissent; elle prend une physionomie propre; lessymptômes 
et les altérations de tissus diffèrent également. Le caractère 
propre, qui se prononce alors, résulte de l’affection des gan¬ 
glions lymphatiques, laquelle, eu passant a l’état aigu, au 
centre de la cavité abdominale, au milieu des nombreux filets 
du grand sympathique, détermine nécessairement des accidens 
nerveux toujours redoutables. .. La mort est le résultat im¬ 
médiat de ceux-ci, et non de l’affection abdominale... Les 
granulations, les espèces de pustules que l’on trouve dissé¬ 
minées ou réunies eu groupes sous forme de plaques, h la sur¬ 
face interne de l’intestin, et d’autant plus nombreuses que l’on 
se rapproche davantage du cæcum , ne sont autre chose que 
les cryptes muqueux engorgés , et les glandes de Peyer déve* 


( ’9° ) 

loppées par Pirritation : les plaques ne sont autre chose qu'un 
assemblage de ces dernières; la muqueuse, dans les points 
qui leur correspondent, est soulevée , et non boursoufflée ; 
elles sont ovales, elliptiques, occupent la convexité, et sur¬ 
tout le partie inférieure de l’intestin, parce que les groupes, 
formés par la réunion des glandes de Peyer, affectent la même 
forme, et occupent la même place_En ouvrant les cada¬ 

vres , on pourra se couvaincre que je ne donne pas une ex¬ 
plication, mais que j’exprime un fait, dont la raison se trouve 
dans la structure même des parties... Ces granulations offrent 
à l’extérieur le même aspect que les ganglions mésentériques; 
si on les incise, on observe que leur tissu est analogue. . . . 
L’ulcération n’est qu’une conséquence du mode d’inflamma¬ 
tion et de la nature des parties qu’elle affecte ; elle commence 
par les ganglions placés au dessous de la muqueuse. .. L’ir¬ 
ritation de cette dernière, par laquelle la maladie débute, 
n’en constitue pas plus l’essence que les symptômes fébriles 
qui l’accompagnent, ou les accidens nerveux qui la termi¬ 
nent: elle n’est, dans le fond, ni une phlegmasie muqueuse, 
ni une affection nerveuse, ni une fièvre, mais une maladie 
du système lymphatique a sa dernière période ; c’est la 
phthisie mésentérique ou le carreau des adultes. J’ai vu un 
grand nombre d’entérites aiguës et chroniques ; j’ai vu des 
diarrhées de plusieurs mois , et même de quelques années de 
date, et jamais les cadavres ne m’ont offert ni engorgement, ni 
plaques ni ulcérations remarquables; c’est que la constitution 
différait chez ces individus, et que l’irritation était bornée 
aux exhalans, aux vaisseaux sanguins, ou aux cryptes mu¬ 
queux... Si l’on veut comparer Ventéro-mésentérite au car¬ 
reau, on sera frappé de l’analogie qui existe entre ces deux 
affections pour les causes, les symptômes et les altérations 
de tissu ; on remarquera qu’elles se développent chez les in¬ 
dividus de même tempérament, c’est-à-dire chez des individus 
qui se distinguent par le développement et l’activité des 
systèmes muqueux et lymphatique, joints à la langueur des 
muscles et de l’appareil circulatoire : on conviendra que les 
deux affections ne sont que la même maladie à des âges dif- 
férens , et l’on reconnaîtra que l’excellent praticien qui a le 
premier fixé l’attention sur ces cas difficiles en a justement 
saisi les indications. » 

Voilà textuellement ce qui se trouve consigné dans un 


( I.9 1 ) 

travail publié par nous en 1821, sous la forme d’une sorte 
de pathologie générale, et que nous présentâmes pour notre 
thèse à la Faculté de médecine d’alors. Certes, nous approu¬ 
vons que M. Scoutetten n’adopte point les idées de M. An- 
dral, déjà émises par d’autres sur l’épuisement circonscrit 
de la muqueuse intestinale dans ce cas, et plus encore les 
idées de M. Bretonneau (renouvelées du Traité de la fièvre 
entéro-inésentérique) sur la contagion des pustules. Ces idées, 
aussi bien que celles de M. Cruveilhier , répugnent trop au 
plus simple examen anatomique des parties, comme à la plus 
simple observation clinique. Mais nous ne voyons pas bien 
que le Mémoire de M. Scoutetten pût avoir aujourd’hui pour 
objet d’expliquer (ce que n’avaient pu faire directement les 
médecins physiologistes) la cause des lésions morbides dans 
le cas qui nous occupe , d 'en montrer le développement suc¬ 
cinct , et d’éviter les erreurs commises jusquà ce jour par 
les médecins anatomo-pathologistes. 

Nous osons espérer que M. Scoutetten voudra bien ad¬ 
mettre que, sous ces divers rapports , la tâche qu’il s’était 
imposée se trouvait en grande partie remplie, et que, parmi 
nos confrères, ceux-là seuls avaient quelque chose des er¬ 
reurs de M. Bretonneau, qui ne se tiennent point au courant 
de la littérature médicale, au moins sous le point de vue 
pratique. 

J’ai l’honneur d’être, etc. 


GUÉRIN DE MAMERS. 



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( 19 * ) 


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OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES. 

Mois météorologique de juin,' Je 3 i jours, du 21 ma* 
au 20 juiit 18ÏB, inclusivement ; temps de la durée du 
Soleil dans le sigi^e des Gémeaux , ou durée de la Terre 
eu opposition avec*cette constellation. 

• \ 4 ' ► 

Température la plus élevée du présent mois, 20 degrés 7 dixièmes. — 
La moins élevée, 7 degré 5 dixièmes. 

Température moyenne , 14 degrés 5 dixièmes. — Celle du mois pré¬ 
cédent^ g degrés 5 dixièmes. — Celle du mois*de juin de l’année pas¬ 
sée, i 5 degrés g dixièmes. 1 * * 

Plus grande pression de Vatmosphère, déterminée à l’aide du baro¬ 
mètre, 28 pouces 3 lignes. — Moins grande pression , 27 pouces g lignes. 
—- Pression moyenne , 28 pouces 1 ligne, répondant à 1 degré de 
beau temps. 

Petits ayant dominé pendant ce mois, ceux de la partie du Sud 
et de V Ouest, dans la proportion de g jours sur 3 i. 

Nombre des jours dans lesquels il est tombé de la pluie, g. 

Dans le mois préeédenL, 7. 

Plus grand intervalle sans pluie, 7 jours. 

Plus grande hauteur des eaux de la Seine à Paris, o mètre g7 centi¬ 
mètres.— Moins grande , o. piètre 42 centimètres. — Hauteur moyenne, 
o mètre 65 centimètres. — Celle du mois précédent, o mètre g6 centi¬ 
mètres. ■ 


y . 


Mois météorologique de juillet, de 5 i jours, du 21 juin 
au 21 juillet 1828 inclusivement ; temps de la durée du 
Soleil dans le sistfie dè V Exrevis se , ou durée de la T'erre 
en opposition ap£c cette QOjibtedation, 

Température la du présent mois, 24 degrés o dixième, le 

4 juillet. — La moins eldyée, g degrés o dixième. 

Température mnyjenné i 5 degrés 1 dixième — Celle du mois précé¬ 
dent, 14 degrés 5 dixièmes. — Celle du mois de juillet de l’année pas¬ 
sée, i5 degrés 7 dixièmes. 

Plus grande pression de l’atmosphère , déterminée à l’aide du baro¬ 
mètre, 28 pouces 7 lignes.— Moins grande pression, 27 ponces 5 lignes. 
—■ Pression moyenne, 27 pouces 10 lignes, répondant ù 2 degrés de 
mauvais temps- 

Pçnts ayant dominé pendant ce mois, ceux de la partie de V Ouest 
et du Siul-Ouest, dans la proportion de 17 jours sur 5 i. 

Nombre des jours dans lesquels' il est tombé de la pluie, 18. 

Dans le mois précédent, 7. v 

Plus grand intervalle sans .-pluie, 4 jours. 

Plus grande hauteur des eaux de la Seine a Paris, o mètre 85 centi¬ 
mètres. — Moins grande, o mètre 20 centimètres. — Hauteur moyenne , 
o mètre 55 centimètres. — Celle du mois précédent, o mètre 65 cen¬ 
timètres. • - 


IMPRIMERIE UE G. L. E. PANCKOUCKE , RUE UES POITEVINS , N° * 4 ?‘ 


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JOURNAL 

COMPLÉMENTAIRE 


DU 


DICTIONAIRE DES SCIENCES MÉDICALES. 


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t)ES irritations encéphaliques , rachidiennes et nerveuses , 
•fcms le rapport de V étiologie et de la thérapeutique ; 
par Guérin de Mamers , /). il/. P. 

(Troisième article.) 

(considérations générales. —Nous avions, des 1821, établi 
comme principe fondamental de Ja médecine, telle que nous 
la concevons, non-seulement qu’il n’y a , dans aucun cas 
de pathologie donné, maladie générale ou totius substantiœ, 
mais qu’il n’y a pas davantage, dans les maladies locales, 
simultanéité d'affection de tous les élémens organiques des 
parties. 

Nous avions avancé, comme piincipe également fonda¬ 
mental, que, dans toutes les maladies, soit générales (en 
entendant ce mot dans un sens convenable), soit locales , 
l’affection débutait par le système nerveux. Ces deux faits 
généraux , si féconds en déductions de théorie et en applica¬ 
tions pratiques, 'nous en donnions la raison, nous en prou¬ 
vions la réalité par des exemples. De la, la nécessité d’étu¬ 
dier la lésion respective et successive des tissus généraux dans 
les maladies, et, d’apres ces spécialités, des considérations 
nouvelles tant en pathologie qu’en thérapeutique. Plus tard 
tome xxxi. i3 


( »94 ) 

nous dîmes ce que nous entendions par irritation et par 
phlegmasie. Nous nous expliquâmes sur celles dont l’encéphale 
et la moelle épinière, ou les enveloppes de l’un et de l’autre 
sont susceptibles ; nous nous expliquâmes également sur les 
diverses formes qu’elles affectaient d’après la lésion plus spé¬ 
ciale de tel ou tel élément organique, etc. 

Nos propositions donnaient à penser * ; cependant on ne 
les accueil lit d’abord que comme de simples aperçus, de sim¬ 
ples conceptions; c’étaient comme des tentatives faites sur 
un terrain nouveau , mais douteux. J’avais essayé de porter 
dans la pathologie les distinctions purement anatomiques de 
Bichat, ce que l’on n’avait point fait encore. Si c’était un mé¬ 
rite, on ne me le contestait pas 3 . On admettait que mes idées 
pouvaient mener h des vérités nouvelles, mais jusque là, ace 
qu’il paraît, on ne voyait pas bien qu’elles en eussent elles- 
mêmes le caractère. Ou ne concevait pas que je pusse faire 
de l’irritation vasculaire un simple épisode de l’irritation 
nerveuse , et l’on s’écriait : quel épisode que Ici suppuration 
d'un poumon ! On ne voulait cependant pas arrêter la marche 
de la science. 

Le temps a beaucoup modifié les esprits. M. Bouillaud, 
après avoir, consécutivement à M. Dugès, adopté et con¬ 
signé dans son ouvrage toutes nos idées sur la fièvre, déclare 
que le moment est venu de s’occuper de l’anatomie patholo¬ 
gique générale, c’est-à dire de celle des systèmes généraux, 
avec le même zèle que l’on a cultivé l’anatomie pathologique 
des organes composés , et que c’est seulement en exploitant 
cette mine riche et féconde que Von parviendra à expliquer 
tous les mystères de la doctrine pathologique. 

A Lyon, MM.TrollietetBrachet; à Paris, MM. Ollivier, 
Dezimeris , Defermon , Gama , Fabre , Barras, Van de Keere , 
Tartra, Ribes, Tanchou et beaucoup d’autres de nos confrères 
que nous pourrions citer; le docteur Paganinj, au delà des 
Alpes; en Angleterre, le docteur Abernelhy ; en Amérique, les 
docteurs Jackson et Laroche, etc., se sont rattachés aux mêmes 
principes, soit par leurs travaux, soit par leur t}iéoj;ie, soit 
par la pratique. M. Ranque , médecin en chef des hôpitaux 

1 Voyez l’avis placé par M. Broussais en tète de l’un de nos Mé¬ 
moires {Ann. de la médecine physiologique , i 8 a 5 ). 

a Voyez Journal complémentaire (mars, 1826). 


( > 9 5 ) 

d'Orléans, déclare cette doctrine (car il veut .bien se servir 
de ce terme) éminemment simple , éminemment positive , 
éminemment physiologique '. 

Enfin, M. Broussais lui-même, qui avait, en 1825, pré¬ 
venu ses lecteurs que, tout en accueillant nos idées, ii n’en¬ 
tendait point leur donner une entière approbation , parait les 
avoir décidemment adoptées. Il fait aujourd’hui {Annales de 
la médecine physiologique , 1827) les memes distinctions que 
nous relativement aux tissus plus particulièrement ou succes¬ 
sivement affectés dans les maladies; il ne confondplus main¬ 
tenant, dans celles-ci, l’affection du système nerveux et celles 
du système sanguin, malgré l’intimité des rapports de leurs 
divisions respectives. Il reconnaît avec nous (numéro de sep¬ 
tembre, page 235 ) que la première action de toutes les sti¬ 
mulations, de quelque ordre qu’elles soient, est toujours 
nerveuse, c’est-à-dire se passe toujours sur le système ner¬ 
veux. Il admet que les irritations sont toujours d’abord 
nerveuses, c’est-à-dire ayant leur siège dans ce système. Il 
est vrai qu’il n’en est point non plus encore arrivé à subor¬ 
donner, ainsi que nous, dans tous les cas, l’affection des au¬ 
tres systèmes, et notamment, l’affection du sys'tème sanguin, 
à celle du système nerveux, et dès lors à placer, comme 
nous, les névroses en première ligne dans le cadre nosolo¬ 
gique; mais comme cette manière de voir, à laquelle l’obser¬ 
vation mène directement, est encore la première conséquence 
qui découle du principe qu’admet M. Broussais , il est im¬ 
possible qu’il ne finisse pas par l’adopter à son tour. Un 
homme d’un esprit tel que l’auteur de Y Examen des doc¬ 
trines , etc., ne peut se refuser long-temps à l’évidence. Je 
sais que M. Broussais est arrêté par la crainte défaire perdre 
de vue, dans le traitement des maladies, l’indication fonda¬ 
mentale des émissions sanguines, mais il 11’y a absolument 
rien à déduire de nos principes contre cet ordre de moyens; 


1 On peut voir h cet égard, pour M. Jackson, les Annales de là 
médecine physiologique, 18275 pour le docteur Laroche, un Mé_ 
moire adressé récemment de Philadelphie ù la Société médicale d’Emu. 
lation; en ce qui concerne M. Ranque , son Mémoire sur la colique d e 
plomb; pour M. Brachet, son ouvrage sur l’emploi de l’opium, eic 
Ce n’est point à nous de faire ressortir la parfaite identité des idées 
développées par ces différens auteurs avec celles que nous avions dé¬ 
veloppées nous-mêmes dans nos précéderas Mémoires; du moins on 
nous permettra, je pense, de la constater. 

i3. 


\ 


( l 9$ ) 

leur seule conséquence est d’apprendre a en faire un meilleur 
emploi, soit quant aux cas, soit quant à l’époque, soit quant 
a la mesure. Que deviendraient les sciences si la crainte que 
1 on y abuse de la vérité pouvait empêcher delà reconnaître et 
de la proclamer ? Ce serait le système des moralistes qui, crai¬ 
gnant l’abus des lumières, veulent gouverner par l’ignorance. 

Ainsi, ce n’était point sans fondement que nous disions, 
en 1826 {Ann. de la méd. phys.), que, par suite des don¬ 
nées récemment acquises sur l’organisation , les fonctions, les 
maladies du système nerveux, et son influence dans l’état 
pathologique, la science faisait des progrès, éprouvait des 
modifications telles qu ’une ère véritablement nouvelle com¬ 
mençait pour le médecin . 

Une- fois les principes généraux bien établis et bien com¬ 
pris, il semble que toute dilficulté, sur les mêmes points, 
soit désormais impossible , au moins parmi ceux qui les 
adoptent. Cependant, il n’en est point ainsi. Les principes 
généraux sont quelquefois modifiés ; les applications que l’on 
en fait 11e sont pas toujours les mêmes; puis surgissent les 
considérations secondaires, sur lesquelles les divergences se 
prononcent encore davantage. 

M. Gama, chirurgien en chef de l’hôpital du Val-de-Grâce , 
que nous avons vu , avec plaisir, adopter en général, sinon 
nos opinions, du moins les mêmes opinions que nous, 
relativement à la thérapeutique des affections cérébrales par 
cause externe 1 , relativement 'a celle des accidens hépati¬ 
ques qui se développent alors, et de la stupeur qui peut sur¬ 
venir, M. Gama pense qu’a moins d’être soumise à l’action des 
corps extérieurs, l’arachnoïde ne peut s’enflammer qu’en re¬ 
cevant l’irritation du cerveau et de la pie-mère, de soi te que 
l’arachnoïdite des auteurs n’est jamais qu’une des nuances de 
l’encéphalite. 

Cette opinion est sans doute bien différente de celle de 
M. Bouillaud, contre laquelle nous nous étions élevé, sa¬ 
voir: que l’encéphalite générale est constamment la suite de 
1 arachnoïdite, mais elle 11’est cependant pas plus vraie. Dès 
1 époque que nous rappelons ici 2 , nous avions présenté, 

1 Voyez d’une part notre Mémoire, Quelques cas dits de chirur¬ 
gie, etc. (Mnn. de la médecine physiologique, iS 25), et de l’aulre. 
celui de M. Gama, Médecine et chirurgie militaire , 1826. 

a -Dans cet examen, auquel nous procédons, de ce que l’on a publié 


( >97 ) 

dans des considérations générales sur les diverses maladies 
du système nerveux cérébro-spinal, la pulpe et les mé¬ 
ninges comme également susceptibles d’affections primi¬ 
tives.... Dans notre Mémoire sur l’aliénation mentale, nous 
avons, je pense, clairement démontré que ce n’était point a la 
lésion des méninges que devaient être rapportés les occidens 
propres de l’affection. Nous avons cité beaucoup d’autres cas 
de maladies cérébrales qui débutaient par la lésion de la 
pulpe, et non par celle des méninges. Nous avons développé 
ce que nous avions dit précédemment des cas d’encéphalite 
générale ou partielle par lésion primitive de la pulpe, non- 
seulement comme possibles , mais encore comme les plus fré- 
queus, à peu près comme ceux de pneumonie ou de gastrite 
par lésion primitive de la muqueuse- mais aussi nous avons 
eu soin d’ajouter que ce mode de développement n’excluait 
nullement celui des affections cérébrales par lésion pri¬ 
mitive des méninges, et nous avons cité, comme offrant 
ce dernier caractère, les fièvres cérébrales des enfans, celles 
donts’accompagnent les couches ou la seule lactation, etc. Sous 
ce rapport, M. Gama n’aurait donc fait, dans son Mémoire, 
en exagérant une vérité désormais généralement admise, qu’y 
associer une erreur. 

M. Gama attribue à M. Lallemand l’honneur d’avoir rat¬ 
taché a la théorie de l’irritation la doctrine des affections 
cérébrales, et a M. Serres celui d’avoir enseigné que les 
symptômes* apoplectiques, notamment la paralysie, sont 
le résultat de l’irritation , et peuvent exister indépendam¬ 
ment de tout épanchement a la surface ou dans la propre 
substance de l’encéphale. Ce double honneur, en ce qui 
tient à l’irritation, considérée comme cause première de la 
généralité des accidens dans les affections cérébrales, n’ap¬ 
partient a personne autre qu’a M. Broussais. Assez d’irn- 
portans travaux ont illustré le nom de M. Serres , pour qu’il 
soit inutile de lui rapporter une gloire qui lui est étrangère. 
Quant a la paralysie en particulier, considérée comme pou¬ 
vant exister indépendamment non-seulement de tout épan- 

snr les maladies du système nerveux depüis que nous avons écrit nous- 
mème sur ce sujet, si nous citons nos propres travaux, nous espérons, 
que les lecteurs ne nous l’imputeront point à mal, puisqu’il nous es}, 
impossible de nous en dispenser. 


( *9$ ) 

chement, mais encore de toute altération de la pulpe céré¬ 
brale, fait secondaire sans doute, mais cependant encore impor¬ 
tant, ce n’est point M. Serres, ce n’est pas meme M. Broussais, 
mais nous qui, le premier, avons exprimé et prouvé ce fait, con¬ 
trairement aux allégations de M. Lallemand et plus tard de 
M. Bouillaud. L’Annuaire des hôpitaux, pour 1819, at¬ 
teste que M. Serres professait alors à cet égard les opinions 
consignées par MM. Lallemand et Bouillaud dans leurs ou¬ 
vrages. 

Peu importent les questions purement de personnes. Mais 
comment M. Gama , qui admet d’abord le fait relatif à la para¬ 
lysie dont nous venons de parler, et qui va même aussi loin 
que personne, en répétant, d’après M. Serres, que toutes^ 
les paralysies attribuées aux collections de liquides , ne dépen¬ 
dent réellement jamais que de l’irritation ; comment M. Gama, 
écrit-il, bientôt après, pouvoiraffirmer que/e mouvement mus¬ 
culaire ii est jamais aboli aussi long-temps que le sang reste 
en totalité dans ses 'vaisseaux? Le sang échappé de ses 
vaisseaux , n’est-ce donc pas l’épanchement ? et si cette con¬ 
dition est nécessaire a l’abolition du mouvement musculaire , 
comment la paralysie peut-elle exister sans épanchement?... 
Nous avons fait voir (if/em. siw Valiénation mentale) com¬ 
ment la simple irritation de la pulpe nerveuse peut amener 
la paralysie, et l’encéphalite se compliquer ainsi de cet acci¬ 
dent; mais l’observation pathologique et les expériences prou¬ 
vent directement que la compression en est aussi une cause : 
nous l’avons également démontré. M. Cullerier cfte l’exemple 
d’un individu, opéré du trépan par M. Pelletan , à la suite 
d’un coup violent sur la tête. Il y ayait ecchymose a la partie 
latérale et supérieure du cou, etc. Les tégumCns de la tête incisés 
sur le pariétal, on vit une fêlure par laquelle transsudait un 
peu de sang. On appliqua une première couronne de trépan 
vers la partie moyenne du pariétal, mais sans résultat ; puis 
une seconde vers le bord inférieur du même os. Par celte 
dernière, il s’écoula environ deux cuillerées a café de sang, 
et presque aussitôt le malade fit une forte inspiration, re¬ 
mua les bras , et ne tarda pas a recouvrer la connaissance. 
Cetteobservationne prouverait-elle pas à elle seule que la pres¬ 
sion mécanique, exercée par les épanchemens, est bien réelle¬ 
ment une cause de paralysie. Que peut contre elle et contre 
beaucoup d’autres preuves analogues que nous pourrions éga- 


# 

( J 99 ) 

lement citer , le résultat en apparence négatif de quelques 
expériences sur les animaux ? C'est donc a tort que M. Gaina, 
considérant les épanchemens de fluide comme un simple 
effet, s'est cru autorisé a adopter l’opinion qu’ils ne sont 
pour rien dans la production des accidens de l’apoplexie. Je 
l’ai dit ailleurs: la seule compression d’une simple conges¬ 
tion accidentelle peut donner lieu a tous les accidens de 
l’apoplexie; j’ai vu ce résultat a la suite de l’administration 
d’un bain trop chaud. Dès lors , comment la compression des 
épanchemens, ainsi que celle des corps étrangers, pourrait- 
elle être sans effet? Dans le cas de M. Cullerier, ou dans 
celui que je viens de citer , y avait-il une irritation antécé¬ 
dente pour expliquer les phénomènes, et cette irritation dis¬ 
parut-elle aussitôt par le fait de la trépanation, etc.? S’il 
existe des épanchemens sans apoplexie, cela tient donc a 
leur mode de formation, h leur siège, h leur étendue , etc.; 
et s’il existe des apoplexies sans épanchement, c’est que les 
apoplexies reconnaissent en effet d’autres causes. Ici M. Gama 
est donc , par exclusion encore , hors de la vérité, en outre de 
la contradiction où il se met avec lui-même. Ajoutons qu'il 
commet une erreur extrêmement grave en cherchant, dans le 
crâne, la cause de toutes les paralysies. Ceci se rattachant 
a un point de physiologie fort important, nous le discute¬ 
rons ailleurs. 

M. Broussais ne voit, dans la jièvrq hydro-céphalique 
des en fan s , qu'une gastro-entérite aiguë.... Il est certain que, 
chez les enfans, la généralité des affections cérébrales ont 
leur point de départ dans l'abdomen, et, avec cette donnée 
qui semble ressortir de la première et de la plus simple 
observation, on n’est pas peu surpris de voir, aujourd’hui 
encore, dans ces sortes de cas, toute l’attention de certains 
praticiens se diriger et se fixer vers la tête; on est plus que 
surpris, on est tristement affecté, en les voyant se consumer en 
vains efforts pour lutter contre des apparences, en négligeant 
d’attaquer le mal la où en est réellement le siège; mais si 
telle est la condition la plus ordinaire des choses, elle n’est 
cependant point celle de l’universalité des cas.... Un de nos 
jeunes confrères présente le cerveau, en tant qu'organe de nos 
rapports extérieurs, comme sommeillant dans l'enfance, et 
servant alors presque exclusivement aux fonctions assimi¬ 
latrices , comme auxiliaire et régulateur des fonctions digesti 


( 200 ) 

ves. G est par cette raison et par ia moindre distance qui, selon 
lui , existe a cette époque de la vie du cerveau a l’estomac* 
qu il faut., dit-il, expliquer l’influence alors si marquée 
des affections de 1 estomac sur le cerveau* Il serait diffi¬ 
cile de renfeimer en aussi peu de mots autant d’idées moins 
exactes. 

A aucune époque de la vie , je pense , le cerveau, comme 
organe des fonctions de relation, n’en remplit déplus ac¬ 
tives que dans le premier âge. Sans doute, l’enfant ne pense 
point à fa manière dont on le fait vers l’époque moyenne de 
la vie ; il ne réfléchit point comme l’adulte- mais chez lui 
tout est impressions nouvelles ; il n’est point d’objet qui 11e 
provoque une impression, et, par suite, 1111e perception, une 
action cérébrale nouvelle. L’excessive mobilité des enfans , leur 
action perpétuelle, la fatigue qu’elle produit, et le besoin de 
repos qu elle fait naître, leurs ris comme leurs pleurs, tout 
annonce que les centres cérébro-spinaux, loin de sommeiller 
connue organe des fonctions de relation , sont, sous ce rap¬ 
port, plus que sous tout autre, dans la plus grande activité. 
De là , en joignant à cette considération celle d’une vitalité 
générale plus grande, et, par suite, celle de sympathies 
plus vives, delà, les congestions qui se font alors vers la 
tête avec tant de facilité, et les convulsions si fréquentes 
que ces congestions amènent à leur suite... Loin d’être liées 
avec 1 estomac par des rapports d’autant plus marqués que le 
sujet est plus jeune, i’anatomie comparée et les expériences, 
d accoid en cela avec I observation , enseignent au con¬ 
traire que c’est avec l’âge que ces rapports se prononcent da¬ 
vantage, deviennent plus intimes, et prennent le caractère 
d’une véritable nécessité. Proportionnellement à la force d’im¬ 
pulsion du cœur, la distance qui sépare cet organe de la 
tête est la même dans tous les âges; et quant à l’estomac, 
sous les memes rapports (son plus ou moins d’éloignement 
relativement à la tête), dans le jeu des sympathies, comme 
dans les phénomènes de l’électricité, que%ont les distances? 
Il y aurait donc peut-être là quelque puérilité. Il y a cer¬ 
tainement contradiction dans cette idée d’un organe qui som¬ 
meille , et qui pourtant concourt, comme régulateur, à l’une 
des plus importantes fonctions de la vie : outre que cette 
dernière idee, empruntée de MM. Gall et Georget, d’un 
centre, régulateur des fonctions nutritives, dans le système 


( 201 ) 

cérébro-spinal, est une donnée exagérée et fausse qui n’est 
plus de notre époque. 

Cette plus grande activité que le cerveau, en tant que 
centre des perceptions, partage dans le premier âge avec 
l’estomac comme centre des fonctions nutritives ; ce surcroît de 
vitalité que le premier offre, comme le second, h cette époque 
de la vie, et que nous venons de dire être comme le mobile 
des congestions céphaliques et des accidens convulsifs qui 
s’observent alors, n’est pas moins que la condition où peu¬ 
vent se trouver, à cet âge, les voies gastriques, une prédis¬ 
position aux irritations, aux phlegmasies cérébrales; et si ces 
affections ont plus généralement, comme nousTavions déjà 
dit nous-même, et comme nous venons de le répéter, leur 
point de départ dans l’abdomen , c’est que les abus , ne pou¬ 
vant être les mêmes de part et d’autre, le cerveau ne se*trouve 
point également et aussi fréquemment soumis à l’influence 
de causes nuisibles. Toutefois , l’action de ces causes spéciales 
ou directes d’excitation cérébrale se prononce dans plus d’un 
cas, et les affections primitives se développent. Nous avons dit, 
dans notre premier Mémoire , que ces affections (fièvres) céré- 
brales primitives chez les enfans se développaient surtout 
par suite de la répercussion des exanthèmes cutanés, ou de la 
sécrétion qui se fait encore h la surface de la peau long-temps 
après la disparition de ceux-ci, et qu’elles portent plus par¬ 
ticulièrement alors sur l’arachnoïde... Si donc, dans les gastro- 
pbalites, les premières indications se tirent de l’état de l’ab¬ 
domen , il en est cependant aussi qui dérivent de celui de la 
tête. Bien plus, l’affection cérébrale, quoique, dans l’origine, 
purement sympathique et secondaire, peut cependant, ve¬ 
nir à prendre un tel caractère, que, menaçant plus prochai¬ 
nement la vie, ce soit d’elle désormais que dérivent les indica¬ 
tions les plus importantes 'a remplir. Dans tous les cas , elle 
ne doit jamais être négligée. L’opinion trop exclusive de 
M. Broussais, outre qu’elle ne renferme, au moins impli¬ 
citement, aucune distinction relative, soit aux causes, soit 
aux tissus organiques plus généralement intéressés, et qu’elle 
réduit, pour tous les cas, la thérapeutique à un seul ordre 
de moyens, conduirait a diriger tous ces moyens sur l’abdo¬ 
men , et, comme ce serait une autre faute , il est important 
qu’elle ne soir pas commise. Je n’ai pas besoin de faire re¬ 
marquer que ceci n’étabüt rien de contradictoire à ce que 
j’ai dit ailleurs des applications de sangsues â l’abdomen , 


( 202 ) 

comme lieu de prédilection dans les affections cérébrales, même 
primitives, et que cela ne préjuge pas davantage contre ce 
que je pourrai ajouter plus tard à ce sujet. 

M. C. Broussais a rapporté deux cas d'affections cérébrales 
auxquelles l'auteur n'a voulu imposeraucun nom particulier, 
dans la crainte de se jeter dans Y ontologie , mais qu'il pré¬ 
sente comme nécessairement inflammatoires , parce qu'elles 
avaient été précédées de vives émotions morales ou de tra¬ 
vaux intellectuels excessifs, et qu’elles cédèrent à de fortes 
soustractions de sang. Certes, notre confrère a bien fait de 
n intituler ses observations ni des folies , ni des apoplexies , 
ni des épilepsies , car elles n’étaient effectivement rien de tout 
cela, je veux dire qu'elles n'offraient point précisément le 
groupe de symptômes que l'on désigne à l’ordinaire par l’im 
ou 1 autre de ces termes; mais si la langue médicale n'offre 
point, et n'a pas non plus besoin d’offrir , pour chaque forme 
ou chaque nuance morbide, un nom spécial, ce qui pour¬ 
rait être, du reste, sans aucune ontologie, pourquoi avoir 
négligé celui d’irritation qui, à l’avantage de ressortir de la 
nature même des affections morbides, joignait celui de ne rien 
préjuger sur elles?... PourJeur caractère inflammatoire (et 
c’est-là le point le plus grave), la nature des causes sous l’in¬ 
fluence desquelles elles s’étaient développées, en y joignant 
meme la stimulation de l’alcool, est pour nous la preuve d'un 
état morbide beaucoup plutôt nerveux qu’inflammatoire, 
je veux dire d’une irritation affectant beaucoup plutôt la 
pulpe nerveuse encéphalique, que les capillaires sanguins de 
l’encéphale. Les succès par les émissions sanguines abondantes 
ne sont rien moins qu’une preuve du contraire. 

M. Van de Keere, dans un Mémoire sur les convul¬ 
sions des enfans, a présenté à son tour le tétanos, la chorée, 
1 hystérie, etc., comme des maladies inflammatoires de l'ap¬ 
pareil d’innervation, et, a ce titre, il a mérité les éloges de l'un 
des rédacteurs des Annales de la médecine physiologique. 
Ces éloges d'un travail que peut-être aujourd’hui M. Van de 
Keere désavouerait lui-même; ces éloges qui révèlent, sur les af¬ 
fections du système nerveux, l’opinion, si différente de la nôtre, 
que professent aujourd’hui encore le plus grand nombre des 
médecins physiologistes ; ces éloges dangereux nous imposent 
l’obligation de reproduire ici ce que pourtant nous avons déj à 
bien des fois écrit ailleurs, savoir : que si les affections du 
♦ystème nerveux que nous venons de nommer offrent en 


( ao3 ) 

effet, a l'instant où on les observe, le caractère de Yinflam¬ 
mation (et si elles n'ont pas été de bonne heure arrêtées dans 
leur marche, il est impossible qu'il n’en soit pas prompte¬ 
ment ainsi), elles ont, avant tout, ou dans le principe, été des 
affections purement nerveuses (nous entendons des irrita¬ 
tions bornées a la pulpe nerveuse cérébrale ou rachidienne); 
que cette irritation primordiale en fait toujours la hase; 
qu’elle existe alors même que les accidens inflammatoires 
(nous entendons ceux qui tiennent surtout à l’irritation du 
système vasculaire sanguin) sont à leur maximum d’intensité ; 
qu’on la trouve encore persistante a l’époque où ceux-ci ont 
diminué ou même entièrement disparu ; que dès lors le ca¬ 
ractère phlegmasique qu'on atribue a l’affection générale 
n'est point, en considérant les choses dans leur essence , celui 
qu’elle offre réellement, et que c’est à tort que l'on croit 
pouvoir le lui attribuer, comme le font des médecins phy¬ 
siologistes, d'après les bons effets des émissions sanguines, 
cette conclusion n'étant nullement rigoureuse , nullement 
philosophique. Trop de données thérapeutiques de premier 
ordre se rattachent à ces considérations pour que nous puis¬ 
sions nous dispenser de nous prononcer encore ici d’une ma¬ 
nière formelle. 

Le docteur Tanchou pense que les affections morbides des 
enfans ont cela de particulier, qu’elles ne produisent de con¬ 
vulsions que lorsqu’elles sont légères, tandis que les inflam¬ 
mations graves , telles qu’un érysipèle phlegmoneux , une 
péripneumonie, une gastro-entérite très-intense, etc., n’en 
déterminent point. Il n’y a rien, sous ce rapport, de par¬ 
ticulier à l’enfance. Chez l’adulte, comme dans le premier 
âge, la différence qui peut s’observer entre les divers cas de 
phiegmasie, quant aux mouvemens convulsifs dont ils s’ac¬ 
compagnent, tient au siège de l’affection, a l’influence qu'en 
Reçoivent les centres cérébro-spinaux, a la part qu’ils y pren¬ 
nent , a l’état où ils se trouvent alors eux-mêmes, à la réac¬ 
tion dont ils sont alors capables, et, dans le cas de réaction, 
aux organes sur lesquels celle-ci s’opère. Dans les phlegmasies 
membraneuses (muqueuses ou cutanées), comme l’irritation 
est plus vive que dans celles qui affectent le parenchyme des 
organes, il doit nécessairement y avoir transmission plus 
vive d'impressions vers les centres, et réaction de ceux-ci 
également plus vive : c’est pour cela qu’une angine déter¬ 
mine plutôt des convulsions qu'une pneumonie, comme une 


( 2°4 ) 

simple irritation érythémateuse de la peau plutôt qu’un 
phlegmon. 

L'affection étant considérée dans le même tissu , ou 
comme occupant le même siège, les phlegmasies légères s’ac¬ 
compagnent de convulsions, tandis que les phlegmasies pro¬ 
fondes n en provoquent pas, parce que da sensibilité locale 
(ou iinpressionabilité) étant diminuée ou abolie, il n’y a 
plus transmission d’impressions aux centres cérébro-spinaux, 
et d ailleurs parce que ceux-ci, qui n’ont pu tarder à partager 
1 affection locale, sont devenus incapables de réaction par le 
fait de la congestion qui s’est faite aussi sur eux , ou que si 
toute réaction , de leur part, n’est pas suspendue, elle se 
fait tout entière sur la partie malade , au lieu de s’opérer 
en même temps sur le système locomoteur , comme il arrive 
dans les cas d’affection légère. C’est pour cela qu’une simple 
indigestion, ou l'irritation transitoire d’un léger purgatif, pro¬ 
duit des convulsions, tandis que les gastro-entérites graves 
n’en déterminent* point, les soubresauts des tendons , dont 
elles s’accompagnent , tenant a un autre mode de dévelop¬ 
pement que nous ne pouvons exposer ici. 

haussions sanguines. De ces questions d’étiologie ou de 
pathologie générale, passons a quelques-unes des questions 
de thérapeutique qui nous avaient occupés en i8 r i5, mais 
que nous n avions lait encore , pour ainsi dire, qu’indiquer à 
l’attention de nos confrères, quelles que pussent être, du 
reste, dès cette époque, nos opinions personnelles , ou du 
moins nos présomptions , et d’abord à celles du lieu où l’on 
doit plutôt faire les applications de sangsues ou de ventouses 
scariüées dans les affections cérébro-spinales. 

L un des rédacteurs de ce Journal, en rendant compte de 
nos premiers Mémoires, protestait que rien ne pourrait le dé¬ 
terminer h considérer avec moi comme nuisible, dans les cas 
d irritation cérébro-spinale, les applications de sangsues qui 
se font alors h la tète. 

M. Dufour , médecin du département des Landes, éprouve, 
dit-il, de la répugnance a se persuader que ce soit, dans ces 
cas, une pratique vicieuse de faire les applications de sang¬ 
sues h la base du crâne, etc., quoiqu’il reconnaisse avec nous 
que l affection cérébrale soit alors le plus ordinairement sym¬ 
pathique d’une phlegmasie primitive des voies digestives. 

M. Cha mbolle, chirurgien aide-major au 4^ e de ligne, 
qui a fait, d’une partie de nos idées, une heureuse applica- 


( 2 o 5 ) 

lion au traitement de la fièvre jaune, dit, dans des observations 
recueillies par lui a la Guadeloupe , qu’il ne partage point 
nos opinions sur le lieu d’application des sangsues dans les 
gaslro encéphalites. 

Ces questions pouvant être aujourd’hui beaucoup avan¬ 
cées, sinon entièrement résolues par les faits, c’est a eux que 
nous allons recourir. 

Dans un cas d’encéphalite chez une femme de vingt-six 
ans, deux applications de sangsues ÿyant été faites au cou, 
quoique l’évacuation sanguine fût abondante, à chaque fois 
les douleurs devinrent atroces; il y eut du délire et une exa¬ 
cerbation générale de tous les accidens; il fallut renoncer à 
ce moyen ( Ann . de la méd. phjs., nov. 1825 pag. 4 TO 0 

Ch ez un homme de quatre-vingt-cinq ans, atteint de 
mouveaiens convulsifs sans fièvre, d'embarras des facultés 
intellectuelles, de propension au sommeil, de difficulté de 
la parole, de déviation de la langue à gauche, d’un com¬ 
mencement de paralysie du bras et de la jambe du même 
coté, etc., des sangsues ayant été mises au cou et aux tem¬ 
pes : pouls plus tendu, plus vibrant et plus irrégulier, face 
plus animée, chaleur plus prononcée, hémiplégie plus mani¬ 
feste, etc. (Jauni, complém ., mai 1827, pag. 228). 

A la suite d’une application de vingt sangsues aux tempes, 
chez une femme de soixante ans, affectée d’une fièvre inter¬ 
mittente, dont les accès s’accompagnaient de délire, etc , 
quoique la malade eût déjà subi une saignée générale et une 
première application de vingt sangsues, le délire devint 
continu , etc. 

À l’Hôtel-Dieu, une jeune fille offrait tons les caractères 
d’une méningite-.aiguë , portée a un haut, degré d’intensité. 
M. Petit y ayant fait faire une application de sangsues aux 
tempes, des accidens convulsifs (hystériques'), auxquels ia 
malade était sujette, se reproduisirent, et dans la nuit même 
la malade succomba, il est vrai de dire que l’autopsie démon¬ 
tra des altérations organiques qui rendaient ce cas tout-à-fait 
incurable. Aussi n’est-ce pas le résultat définitif auquel nous 
entendons nous arrêter. 

Le docteur Bigel, médecin du grand-duc Constantin, 
rapporte dans son ouvrage sur l’homœopathie, qu’un jeune 
homme , sanguin, pléthorique, étant sujet aux maux de tête 
et aux congestions sanguines de cette partie , les applications 
de sangsues au cou et aux tempes le soulageaient, mais que 


( 2o6 ) 

les espèces d’attaques auxquelles il était sujet se reprodui¬ 
saient bientôt, en se rapprochant de plus en plus, etc. 

J’ai, il y a peu de temps, donné moi-même des soins à un 
homme qui était absolument dans le même cas. C’était aussi 
par les sangsues que l’on attaquait les maux de tête auxquels 
il était sujet, et qui se reproduisirent de la même manière 
jusqu’à ce qu’enfm on adopta une autre marche. 

Ce fut postérieurement à une application de trente sang¬ 
sues faite derrière les oreilles, chez l’empereur Alexandre, 
que le pouls s’élevant jusqu’à 125 pulsations par minute, on 
observa l’altération des facultés intellectuelles , et que la mort 
survint. 

A peine avons-nous eu besoin d’ouvrir quelques numé¬ 
ros de nos recueils périodiques, pour y trouver aussitôt ces 
faits confirmatifs de nos premières assertions. • 

Dans la première de ses observations, M. Chambolle s’étant 
borné aux saignées générales, et à une application de sang¬ 
sues aux tempes , la phlegmasie abdominale ent son cours, 
et, au bout de deux jours, la langue était sèche, d’un 
rouge-violet avec des stries noirâtres ; le pouls petit, le cou¬ 
cher en supination; l’assoupissement presque continuel, etc. 
L’auteur dit que les douleurs de tête avaient cessé ; mais 
qui ne voit que cette cessation des douleurs était elle-même 
un indice des progrès du mal, suivant que la mort rapide 
du malade vint bientôt l’attester. 

Dans un autre cas, le même praticien ayant fait encore 
une application de sangsues aux tempes, le lendemain, quoi¬ 
que cette application eût été précédée d’une saignée géné¬ 
rale, tous les symptômes persistaient, la douleur de tête 
avait, acquis le plus haut degré d'intensité ; le jour suivant, 
il était survenu des vomissemens continuels, etc.; le troi¬ 
sième, malgré deux nouvelles applications de sangsues aux 
tempes, loin que l’état du malade s’améliorât, la langue était 
devenue sèche, d’un rouge foncé, etc. 

Nous croyons que, dans tous les cas, c’est à l’anus ou sur 
l’abdomen qu’il convient de faire les applications de sang¬ 
sues ; mais s’il en est un où le lieu que nous indiquons doit 
être préféré, certes ce cas est celui de fièvre jaune , où, de 
toute évidence, les accidens les plus graves ont l’abdomen 
pour point de départ... Que si, en comparant les résultats de 
la propre pratique de l’auteur, on trouve que l’un de ces 
deux modes d’application lui a beaucoup mieux réussi que 


( 207 ) 

l’autre, qui peut donc motiver son opinion contraire à ia 
mienne, et justifier ses regrets de n’avoir pu toujours sui¬ 
vre la pratique commune? Pour nous, si nous éprouvons 
un regret, c’est qu’il n’ait qu’en partie adopté nos vues, 
puisque ses malades s’en trouvaient bien, et qu’au lieu de 
vésicatoires a la nuque ou a la région ombilicale, ou même 
du quinquina, il n’ait pas eu recours a nos bains par affu¬ 
sions tièdes. Par .eux, avec les applications de sangsues sur 
l’abdomen ou les ventouses a défaut de sangsues, avec les 
boissons gommeuses acidulées et les réfrigérans sur la tête, 
il eut, suivant toutes probabilités, guéri les malades qu’il a 
perdus, et rétabli plus promptement ceux qu’il a sauves, en 
adoptant, au moins en partie, un traitement plus rationnel. 

Nous avons cité, dans notre premier Mémoire, deux des 
plus heureux praticiens de la capitale, qui, ainsi que nous, 
ne font jamais qu’à l’abdomen leur application de sangsues, 
dans les cas qui nous occupent. L’un d’eux a publié un grand 
nombre de faits qui justifient cette pratique. A la masse de 
ces faits, joints à ceux que nous avons publiés nous-même, 
et qu’il nous aurait été aisé de multiplier, ajoutons le fait 
suivant dû à un praticien également recommandable : 

Une demoiselle rendait des vers; elle avait une irritation 
des voies gastriques. Le docteur Merot, médecin à Save- 
nny, fit une application de vingt sangsues à l’épigastre; les 
symptômes d’irritation gastrique se calmèrent; mais bientôt 
la malade ressentit quelque chose remonter par Tœsophage 
et l’arrière-bouche.... Dans un cas à peu près semblable, j’ad¬ 
ministrai un grain d’émétique mêlé à i 5 grains d’ipécacuanha 
et tout fut terminé. M. Merot ne crut point devoir agir 
ainsi; il donna la fougère mâle, la mousse de Corse, l’huile 
de ricin à la dose de deux onces, et le calomel à celle de 
27 grains à la distance d’une heure. L’irritation gastri¬ 
que se reproduisit, et une encéphalite consécutive se déve¬ 
loppa ; l’abdomen ne pouvait supporter le poids des couver¬ 
tures : il y avait soif, fièvre très-forte, perte de connais¬ 
sance , etc. Peut-être ces accidens n’étaient que la conséquence 
de la médication adoptée; mais notre habile confrère eut bien¬ 
tôt réparé le mal : une application de vingt-huit sangsues à 
l’épigastre fit aussi disparaître tous ces symptômes. Le len¬ 
demain , ceux-ci ayant parti vouloir se renouveler, seize 
sangsues furent encore appliquées au même endroit , en 
même temps que six à l’un des côtés de la poitrine, où 


1 


( 2o8 ) 

une douleur s’était manifestée, etc. Dès-lors le délire , quoi- 
qu aucune application de sangsues n’eût été faite aux tem¬ 
pes ou à d’autres régions de la tête, disparut sans retour, 
comme tous les autres accidens, et au bout de huit jours la 
malade était convalescente. 

Qu’eussent fait, dit le docteur Merot, en parlantJde 
l’influence sympathique de l’estomac sur le cerveau, des ap¬ 
plications de sangsues a la tête? rien ou presque rien; tandis 
que ^ placées a l épigastre , elles faisaient, comme par en¬ 
chaînement , cesser presque aussitôt le délire. 

Certes, c’est en général une conduite bien étrange d’ad¬ 
mettre qu’une affection donnée a son siège réel dans un lieu, 
et d agir dans un autre : on voit que le docteur Merot ne 
commet point dans sa pratique cette bizarre inconséquence, 
et que des accidens purement sympathiques ne lui en im¬ 
posent pas pour ceux d’une affection primitive et positive. 


Qeservations sur Vètat du cerveau et des nerfs dans les 
monstres ; par le professeur F. Tiedemann. 

(Deuxième et dernier article.) 

Les observations que j’ai fait connaître prouvent de la 
manière !a plus péremptoire qu’un rapport exact règne, dans 
les monstruosités, entre l’état du système nerveux et la for¬ 
mation , ainsi que la disposition des autres parties. Le manque 
de nerfs s’accompagne de l’absence des organes auxquels 
ces nerfs se rendent dans l’état régulier. S’il n’y a point de 
nerfs optiques , on ne trouve pas d’yeux; si ies nerfs auditifs 
sont ab/ens, l’oreille interne manque. L’absence totale des 
nerfs olfactifs et des accessoires de ces nerls entraîne celle 
du nez interne, comme on l’observe dans les cyclopes. Dans 
plusieurs cas de bec-de-lièvre , avec double luette, il y avait 
également absence des nerfs olfactifs. Dans un enfant né sans 
bias ni jambes, la moelle épinière, avec ses nerfs, n’était point 
développée. On ne saurait donc méconnaître que le système 
nerveux n est pas convenablement développé dans les mons- 
Ues auxquels il manque des parties, ou chez lesquels ce sys¬ 
tème est retardé dans son évolution. Tantôt les nerfs des 
parties absentes manquent tout a Lit, et tantôt seulement 
ils sont restés en deçà de leur développement habituel. 



( 2 °9 ) 

Les monstres acéphales nous fournissent encore une preuve 
parlante en faveur'de cette assertion. Ils sont dépourvus du 
cerveau, de la moelle alongée et des douze paires de nerfs 
cérébraux ; ce qui s’accompagne de l’absence de la tête en¬ 
tière, avec tous les organes des sens, et des glandes, muscles 
et os qui s’y trouvent. En outre, on remarque généralement 
l’absence de ceux des orgartes du cou, de la poitrine et du 
ventre qui reçoivent des branches des paires de nerfs céré¬ 
brales, du pharyngien, du pneumo-gastrique et de l’hy¬ 
poglosse, en particulier le pharynx , l’œsophage, l’estomac, 
le foie, le larynx , la trachée-artère, les poumons et le cœur* 
Vallisnieri et Gilibert seuls disent avoir trouvé le cœur et 
les poumons dans les monstres acéphales qu’ils ont disséqués. 
Mais très-probablement il existait la les nerfs-des paires va¬ 
gues, avec la partie supérieure de la moelle épinière, quoi¬ 
qu’il n’en soit pas fait mention. Si ces monstres sont privés 
aussi de la portion cervicale de la moelle épinière, ils n’ont 
point les nerfs diaphragmatiques qui en naissent, non plus 
que le diaphragme : ils sont dépourvus aussi des nerfs cer¬ 
vicaux formant le plexus brachial et des membres supérieurs. 
En général, il n’existe des organes dans les monstres acé¬ 
phales, qu’autant qu’on trouve chez eux la moelle épinière, 
avec ses nerfs et les ganglions du grand sympathique. Au 
degré de développement du système nerveux correspondent 
aussi l’existence des organes et leur développement. Ce que 
nous voyons le plus constamment chez les monstres acé¬ 
phales, c’est la moitié inférieure du corps, le bassin et les 
membres inférieurs , ainsi que l’extrémité anale du canal 
intestinal, les organes urinaires et les parties de la génération. 
A ces parties, correspond l’existen.ce de la portion inférieure 
de la moelle épinière , avec ses nerfs, ou au moins de ceux-ci, 
et celle de !a fin du nerf grand sympathique. Les nombreux 
laits recueillis par Meekei 1 et par moi 2 , de même que ceux 
qui ont été publiés par L. Brèra 3 , Béclard 4 , Vrolik 5 , G. San- 

' Handbuch der palhologischen Anatomie . t. I, p. 140. 

2 Anatomie der kopjlasen Missgeburten. Lan cl s luit ; i8i3. 

3 Memorie di matematica e de fisica délia Sôcieta iialiana , t. XII 

/ T7 ' or 47 7 A J 

p. 004. Verone, 1010. 

4 Joufnal de médecine' ( 181 5 et 1816). 

’ Verhu/ulelingen der ers le /t lasse van hel Konirktige nederlandsche 
Institut te Amsterdam , t. III, p. 247. 

TOME XXXI. 4 


( 210 ) 

ditort 1 2 , Emmei t ", Elbcn 3 4 , Hayn 4 , et Kalck 5 , prouvent cette 
assertion. 

Béciard a émis l’opinion que l’acéphalie survient à la suite 
d’une maladie qui, au commencement de la vie fœtale, arrête 
la formation et l’accroissement de la moelle alongée et de la 
partie supérieure de la moelle épinière, et que toutes les 
anomalies qu’on observe ensuite sont les résultats nécessaires 
de cet évènement pathologique. L’accord entre le degré de dé¬ 
veloppement des membres, ainsi que les viscères existans, 
et l’état du système nerveux , oblige à admettre un rapport 
de causalité entre les nerfs et les organes.Cependant, on pour¬ 
rait objecter contre cette vue qu’il a été observé des mons¬ 
tres acéphales chez lesquels il n’y avait pas de nerfs du tout, 
et qu’en conséquence les nerfs ne sont pas plus nécessaires a 
la formation des organes, que la présence et la disposition 
de ceux-ci ne dépendent de l’état dans lequel on les trouve. 
Ainsi, Clarke 6 7 dit n’avoir trouvé aucun vestige de nerfs dans 
le monstre sans tête, ni poitrine, qu’il a disséqué. Cepen¬ 
dant, je doute beaucoup du fait, et je penche a croire que 
la dissection n’a point été laite avec soin, car on ne connaît 
aucun autre exemple de monstre chez lequel les nerfs aient 
manqué totalement. Il y a plus même, on pourrait citer 
des monstres en tout semblables à celui dont parle Clarke , 
plus simples encore, dans lesquels les nerfs existaient, et 
assez développés pour prendre le rang d’organes. Ainsi Ro¬ 
bert Bland 7 a examiné une masse extrêmement déformée, 
presque globuleuse , qui sortit à la naissance d’un enfant 
bien conformé , et dans laquelle on ne trouva que quelques 
branches de vaisseaux ombilicaux, sans nul. viscère, mais 
qui offrit cependant des traces de moelle épinière, avec des 
nerfs propres. Vroîik 8 a décrit et figuré un monstre acé¬ 
phale, qui avait une forme arrondie, ne présentait pas de 
membres, mais offrait une artère et une veine ombilicales, 

1 Verhandelingen der crste Klasse van hcL Konicklige nederlandsche 
Institut te Amsterdam , t. V, p. i 5 i. 

2 Archiv fuer die Physiologie, t. VI, p. i. 

3 De acephalis swe nions tris corde carentibus. Berlin, i S 21. In- 4 °. 

4 Mo ns tri unicurn pedem referenlis descriptio anatomica. Berlin, 1824. 

ïn-4°. _ . # . 

s Monstri acepludi hurnani expositxo anatomica. Berlin, 182a. ln~ 4 °. 

G P lui. Trans ., P. II, p. 164 ( 1 79 ^ )• 

7 Ibid ., P. I, p. 363 (1781). 

s Mém. sur quelques sujets, etc., iratl. par Fallojt, pl. iv, v. Ams¬ 
terdam, 1822. 


( an ) 

et ne possédait, pour tout viscère, qu’une très-faible portion 
d’intestin , mais dans lequel on trouva cependant un fragment 
de moelle épinière, avec des ramifications nerveuses. De même 
Hayn 1 a trouvé, dans un monstre mis au monde par une 
chèvre, et composé d’une seule patte de derrière avec une 
hanche et un os annulaire ressemblant à une vertèbre, des 
nerfs qui sortaient d'une petite masse médullaire située dans 
la cavité de la vertèbre, et qui se distribuaient dans les mus¬ 
cles et la peau de la patte. Emmert vit aussi des nerfs dans 
l’agneau acéphale qu’il disséqua, et qui consistait également 
en une extrémité postérieure seule. Buttner, Odhelius et 
Cooper , enfin, disent n’avoir pas trouvé de moelle épinière 
dans les monstres acéphales disséqués par eux, quoiqu’Odhe- 
lius ait rencontré les membranes de cette moelle; cependant, 
ils ne disent pas formellement que les nerfs spinaux aient 
manqué tout à fait. Ainsi, nul doute que l’état du système 
nerveux ne corresponde, chez les acéphales, à l’existence et à 
la disposition de leurs parties. 

Il résulte aussi des observations rapportées dans mon pré¬ 
cédent article que, dansles monstres a parties surnuméraires, 
il y a toujours, dans le système nerveux, excès correspondant 
à celui des organes qu’on rencontre. La disposition de ce 
système est toujours en rapport intime avec celle des organes 
surnuméraires. 

En un mot, dans tous les monstres avec excès de forma¬ 
tion , on retrouve une disposition du système nerveux qui 
s’accorde avec cet excès, soit qu’il se borne h quelques par¬ 
ties , soit qu’il s’étende a tout le corps, que la duplication ait 
lieu en haut, en bas, en avant, en arrière ou sur les côtés. 

Enfin, la disposition du système nerveux dans les mons¬ 
tres chez lesquels des organes sont confondus ensemble , 
montre également que la aussi il y a corrélation parfaite entre 
le mode de fusion des organes et la réunion des parties ner¬ 
veuses, ainsi que le démontrent surtout les cyclopes. 

Ainsi donc, puisqu’on ne saurait méconnaître un rapport 
intime entre l’état et la disposition du système nerveux, et 
l’existence, ainsi que la formation des parties dans les mons¬ 
tres, nous avons à résoudre les deux problèmes suivons : 

i°. Le défaut, dans la formation d’organes , est-il la suite 
de la non-format ion des nerfs, ou bien les nerfs ne se for- 


( 212 ) 

ment-ils pas parce que les organes auxquels ils devraient 
se rendre n’existent point? * 

2 °. L excès, dans la formation d’organes, dépend-il d’un 
excès de production des organes cérébraux et des nerfs, ou 
bien se lorme-t-il des parties surnuméraires dans le cerveau 
et des nerfs de plus parce qu’il se forme des organes sur¬ 
numéraires ? 

La solution de ces deux problèmes si importans pour la 
théorie de la formation animale, ne peut être obtenue qu’en 
remontant a l’histoire de la formation du fœtus, et à la 
théorie de la génération. Essayons d’y arriver, autant que 
la chose est praticable dans l’état actuel de cette branche de 
la physique des corps vivans, qui n’a point fait encore de 
grands progrès , on doit l’avouer. 

Aristote a déj'a reconnu et dit que les parties, dans la 
matière générative fécondée de la femelle, tant dans les 
graines des plantes que dans l’œuf des animaux, ne naissent 
point toutes ensemble , mais les unes après les autres, et 
dans un ordre régulier, dans une certaine succession. C’est 
une proposition qu’Harvey a suffisamment démontrée par 
ses précieuses recherches sur la,génération. 

L’ingénieux Gaspard-Frédéric Wolff 1 , dans ses excellentes 
recherches sur la génération et la formation des corps orga¬ 
nisés, a le premier dirigé l’attention .des physiciens sur la 
différence qui existe entre les plantes et les animaux,sous le 
rapport de la manière dont les parties naissent de la matière 
générative de la femelle après la fécondation. Chez les plantes', 
il .y a plutôt développement ou évolution de parties , naissant 
les unes des autres, tandis que, dans les animaux, chaque 
appareil a son mode spécial d’origine, et que les appareils 
ne proviennent point les uns des autres par évolution. La 
plante se développe de sa graine avec ceux des organes qui 
paraissent les premiers, le radicule et le plumule , organes 
dirigés dans deux directions différentes et opposées d’après 
les influences et conditions extérieures d’où dépend la vie 
des végétaux. La première, la radicule, s’enfonce dans le 
sol, et s’y ramifie , attirant a elle , par l’absorption , les subs¬ 
tances alimentaires destinées à la nutrition et à l’accroisse¬ 
ment ultérieur. Quant a la plumule, elle s’étend du côté de 
la lumière, et se développe en tige, branches, feuilles et 

1 Theoria generationis. Halle, — JY ou. Comment. Ac. Pelrov.. 

t. XII, p. 4 o 3 , t. XIII, P . 478. ' * 


( 21 3 ) 

fleurs, organes chargés , d'une part, d'entretenir le meuve*- 
ment de la sève, la respiration , l’exhalation, la préparation 
dn suc formateur , et la nutrition , c’est-à-dire les fonctions 
relatives a la conservation de la vie individuelle, et, d’un 
autre côté, les fonctions de la génération et de la propagation, 
c esî-à-dire celles qui tendent à la conservation de l’espèce. 
Ici les parties se développent les unes des autres, et la vie 
des végétaux ne se manifeste-que par des phénomènes de 
développement, de formation , de nutrition, d’accroissement 
de génération. 

Ce n’est point ainsi que, chez les animaux, les diverses 
parties naissent de la matière générafive de la femelle après 
la fécondation. A la vérité, on aperçoit peu à peu , dans l’em¬ 
bryon de tous les animaux provenant d’un œuf, des organes 
et des appareils diliérens, et nous voyons la structure se com¬ 
pliquer toujours de plus en plus, à mesure que ces organes 
font des progrès dans leur développement. Cependant, la 
formation des appareils a plusieurs points de départ, comme 
Wolffl’a démontré, et chacun de ces points naît et se forme 
d une manière qui lui est particulière. Le système nerveux , 
celui des vaisseaux sanguins, le canal intestinal, le système 
respiratoire et urinaire, ies organes de la génération, h 
squelette avec les muscles , ne proviennent point les uns des 
autres, par évolution, mais* chacun de ces appareils a son 
mode particulier de développement, dont il atteint le dernier 
terme d’une manière qui lui appartient en propre. 

Relativement à l’ordre suivant lequel les divers appareils 
naissent dans l’œuf fécondé des animaux supérieurs ou à or¬ 
ganisation compliquée, il n’est plus douteux, d’après les 
recherches faites sur la formation de l’embryon dans l’œuf 
des oiseaux, des reptiles et des poissons, que les appareils 
qui se produisent les premiers sont ceux qui se répandent 
dans le corps entier de l’etnbryon , et dont les diverses parties 
forment un tout sans interruption, savoir le système vasculaire 
et le système nerveux. L’action de ces deux systèmes semble, 
en outre, jouer un grand rôle dans la production et le déve¬ 
loppement des autres appareils, dont iis paraissent être une 
des conditions. Mais lequel de ces deux systèmes fondamentaux 
se forme le premier dans le petit corps de l’embryon composé 
d'une matière presque fluide ? c’est ce qui, depuis long¬ 
temps , a été un sujet de discussion entre les naturalistes les 
plus distingués. 


( 2*4 ; 

Aristote regardait le cœur comme la partie qui se forme 
la première dans l’animal. Harvey soutint que c’est le sang 
qui se forme d’abord, puis le cœur, avec les vaisseaux, 
après quoi paraissent peu a peu toutes les autres parties, qui 
sont, par rapport a leur origine , sous la dépendance du sang 
et du cœur. Haller, quoique, en.sa qualité de partisan zélé de 
la théorie de l’évolution ou de l’emboîtement, il admît que 
toutes les parties existent déjà, mais invisibles, dans le germe, 
prétendait toutefois avoir également observé, dans ses îe- 
cherchessur la formation de l’embryon dans l’œuf des oiseaux, 
lescommencemeris du système vasculaire et du canal du cœur 
avant le système nerveux. Il pensait même que le petit cœur 
invisible est tout d’abord excité à agir par l’influence fécon¬ 
dante ou vivifiante delà semence du mâle, et que c’est là une 
condition indispensable à l’évolution des autres parties. Mal- 
pighi ‘ et Wollf a , au contraire, dans leurs observations sur 
l’œuf couvé des oiseaux, aperçurent les linéamens de la inoelie 
épinière et du cerveau avant ceux des vaisseaux sanguins et 
du canal du cœur; le premier vit les comtnencemens du cer¬ 
veau et de la moelle épinière vers la vingt-quatrième heure 
de la couvaison , tandis que les vaisseaux sanguins et le canal 
du cœur ne se montrèrent a lui que plus tard. Wolff observa 
la même chose, et il dit expressément que le système qui , 
Je premier, dans l’embryon, se développe et acquiert la forme 
déterminée qui lui appartient, est celui des nerfs. J. F. 
Meckel s’est prononcé en faveur de cette assertion, à l’appui 
de laquelle il a allégué aussi plusieurs argumens 3 . Brera* a 
également adopté l’opinion que le système nerveux est le 
point de départ de la formation de l’embryon. Enfin , cette 
doctrine s’appuie encore sur les recherches de Pander, Home, 
Prévost et Dumas. Pander 5 a déjà reconnu les premiers li¬ 
néamens de la moelle épinière dans l’embryon des oiseaux 
dix-huit à vingt heures après la couvaison, tandis que les 
traces des vaisseaux sanguins et du canal du cœur n’étaient 
visibles que vers la trentième heure. Home 6 prétend même 

• De formalione pulli, p. 55 , fig. 2, 5 — Appendix de ovo incubalo , 
p. 78, lig. 18, 25 . 

2 Loc. cil. 

i Deutsches Archiv. juer die Physiologie, t. I, eau. 1. 

4 Memorie délia Sociela italiana , I. XV. 

5 Beylrœge zur Entwichelungsgeschichle des Hühnchens irn Eic. 
Wurzbourg, 1817. 

6 Philos. Ira ns. } P. II, p. 55 g; pl, xxxin, (ig. 4 , 5, 6 (1822). 


( ai5 ) 

avoir aperçu le commencement de la moelle épinière et du 
cerveau huit heures après la couvaison , avec le secours du 
microscope , dans l'œuf de la poule, et il assure que ces par¬ 
ties sont les premières de toutes à paraître dans l’embryon. 
Quant au canal du cœur , il ne put, au contraire , l'apercevoir 
qu’au bout de trente-six heures. Prévost et Dumas 1 ont vu 
aussi les premiers liriéamens de la moelie épinière avant ceux 
du cœur, dans l’embryon de l’œuf de la poule. Eux 2 et 
Home 3 ont également observé la même chose dans le déve¬ 
loppement des têtards de grenouille. „ 

Il résulte donc de ces recherches que le système nerveux, 
notamment la moelle épinière, est le premier organe qui naît 
dans le liquide du germe, et qu’il paraît avant le sang , avant 
les vaisseaux sanguins, et indépendamment d’eux. A ia partie 
supérieure de la moelle épinière se rattachent les organes 
cérébraux. A partir de ces deux centres se forment lesnerfs , 
qui s’étendent peu à peu , ainsi que ce fait a été observé par 
Malpighi , Meckel, Carus et moi 4 . 

Cependant, il résulte de mes observations que les nerfs 
grands sympathiques, avec leurs ganglions, paraissent ne 
point se former à partir de la moelle épinière , mais que les 
ganglions , d'abord très-volumineux proportionnellement , 
naissent a part, et peu de temps après la moelle épinière. De 
ces ganglions proviennent ensuite leurs branches et rameaux , 
qui se répandent à la périphérie, et dont les uns vont se 
rendre à leurs organes respectifs, tandis que les autres entrent 
en anastomose avec les nerfs cérébraux et spinaux. 

Plus tard que les premiers linéamens du système nerveux, 
la moelle épinière et le cerveau paraissent, d’après les obser¬ 
vations des auteurs cités précédemment, le sang, les veines 
qui le conduisent des membranes de l’œuf au corps de 
L’embryon, et le canal du cœur. De ce dernier, naissent les 
troncs artériels, l’aorte et l’artère pulmonaire. 

L’aorte se divise a la manière d’un arbre dans le corps, 

1 Annales des sciences naturelles, t. II, p. gG, 

2 Ibid. 

* Philos. Trans., P. I, p.6i (1826). 

4 Serres a émis ( Anat. camp. du cerveau, t. I, p. % 44 ) une opinion 
totalement, erronée , et qui ne mérite pas rélulation, en disant que les 
nerfs existent avant le cerveau et la moelle épinière, qu’ils se forment 
à partir de la périphérie, et qu’ils se mettent en communication avec 
îe cerveau et la moelle épinière, en perçant les membranes de ces or¬ 
ganes. 


( 216 ) 

enfonce ses ramifications dans les premiers iinéamens des 
divers organes qui proviennent de la matière génitale fécon¬ 
dée de îa femelle, et leur apporte le sang , matière des for¬ 
mations nouvelles. Nul physiologiste ne doute de la part que 
le sang, le cœur et les vaisseaux sanguins prennent à la for¬ 
mation de l’embryon et de ses parties. Tous considèrent le sang 
comme !e suc formateur et nourricier, que le cœur et les 
vaisseaux sanguins distribuent dans le petit corps de l'em¬ 
bryon , et dont les premiers Iinéamens des organes tirent 
les matériaux nécessaires à leur croissance et a leur déve¬ 
loppement. Les veines qui naissent dans les membranes 
périphériques de l’œuf, et sont les premiers commencemens 
du système sanguin , absorbent, dans i’œnf des oiseaux et 
des reptiles , les matériaux nutritifs fournis au germe par la 
mère, le blanc et le jaune. Ces matériaux acquièrent les qua¬ 
lités du sang sous l’influence des parties ^constituantes de 
l’air atmosphérique , qui pénètre à travers les pores de la 
coquille ou de îa membrane extérieure de l’œuf. Dans Pœuf 
des mammifères, qui se développe au sein de la matrice, les 
matériaux nutritifs sont puisés dans la membrane maternelle 
de l’œuf, ou ils sont déposés du sang, par les artérioles de la 
matrice. Des veines mènent le sang formé dans les enveloppes 
de l’œuf au canal du cœur qui, par sa faculté contractile 
bientôt mise en jeu , le distribue, au moyen des altères, dans 
le corps, où il répand les matériaux de la nutrition. Tous les 
organes qui se forment dans la matière muqueuse de l'em¬ 
bryon reçoivent ainsi les matériaux dont ils ont besoin du 
«/ •» 

système vasculaire , lequel, une fois qu’ils sont formés, con¬ 
tinue a leur envoyer ceux qui sont nécessaires à leur accrois¬ 
sement. La moelle épinière même, lecerveau et les nerfs re¬ 
çoivent îes principes nutritifs dont ils ont besoin pour grossir 
des branches artérielles disséminées au milieu de leur subs¬ 
tance. Quoiqu’ils commencent a sortir du liquide du germe 
avant la formation du système vasculaire, cependant ils ont 
besoin du sang, comme liquide général de nutrition, pour 
continuer à se développer. Les veines du corps de î’erabryon , 
qui, d’après les recherches de Wolff, naissent plus tard 
que les artères, ramènent le sang veineux des organes dans 
les oreillettes d’abord confondues en un seul sac. Ce sang se 
mêle avec le nouveau sang apporté par la veine ombilicale, et 
il est ramené en partie, par l’artère ombilicale, dans la 
membrane vasculaire, où, dans l’œuf des oiseaux , des rep» 


( 21 7 ) 

tiies et des poissons, il se trouve de nouveau converti en 
sang artériel, par l’influence de Foxigène des milieux qui en¬ 
tourent les œufs. Dans l’œuf des mummiiereé, Foxigénation 
du sang du fœtus semble être opérée au moyen du sang arté¬ 
riel de la mère. Ce sang artériel, mêlé avec les matériaux 
nutritifs absorbés et convertis en sang, est conduit de nou¬ 
veau dans le corps du fœtus. En conséquence, le cœur et le 
système vasculaire contiennent le liquide nourricier puisé 
dans les liquides de l’œuf ou dans l’amnios, et converti en 
sang, et ils le répandent dans le corps du fœtus, où il fournit 
des matériaux de formation et d’accroissement. 

Après l’apparition des premiers liné.amens des deux sys¬ 
tèmes fondamentaux, l’appareil nerveux et le système vas¬ 
culaire destiné à contenir le liquide foimateur, s'opère, dans 
le liquide amorphe du germe , la formation des autres appa¬ 
reils , dont chacun a son mode particulier d’origine , ainsi que 
Woff l’a fait voir. Les membranes muqueuses communiquant 
avec la peau extérieure aux ouvertures du corps, membranes 
qui sont la base des appareils de la digestion, de la respi¬ 
ration, de la sécrétion urinaire et de la génération, et dont 
Faction se rapporte aux fonctions de la nutrition et de la 
reproduction, naissent tout le long des deux sériés de gan¬ 
glions du nerf sympathique, auprès du tronc de l’aorte et de 
ses principales branches. Les organes des sens et les muscles 
naissent sur les nerfs, procédant eux-mêmes du cerveau et 
de la moelle épinière. On voit paraître d’abord, comme pre¬ 
mière based.u squelette, desgermes osseux qui se réunissent 
pour produire les vertèbres et les os du crâne, et se moulent 
sur la masse centrale du système nerveux et sur les nerfs, 
ainsi que sur les vaisseaux sanguins qui vont au cerveau ; aux 
os du crâne se rattachent ceux de la face , qui s’accommo¬ 
dent également aux organes sensoriaux qu’ils renferment. 
Les côtes, qui partent des vertèbres dorsales, croissent d’ar¬ 
rière en avant, et embrassent le cœur et les poumons. Des 
deux côtés des vertèbres sacrées, naissent les os du bassin , 
qui entourent une partie des appareils urinaire et génital, avec 
l’extrémité inférieure du canal intestinal. Enfin , les membres 
supérieurs et inférieurs se forment, en dernier lieu , sous l’as¬ 
pect de petits tubercules faisant saillie a la surlace du tronc. 
Peu a peu paraissent en eux, à mesure qu’ils grandissent, 
des os, qui se rencontrent dans les articulations, et dont la 
disposition ramifiée semble être en rapport jusqu’à un certain 
point avec celle des principaux troncs nerveux et vasculaires. 


( 2Î S ) 

Les muscles se forment successivement, à mesure que les di¬ 
verses régions du système osseux se développent. 

Si maintenant, après ces courtes remarques sur l'ordre 
dans lequel naissent les divers appareils de l’embryon, nous 
demandons si le système nerveux, qui se développe le pre¬ 
mier, prend part à la formation de tous les autres organes, 
plusieurs motifs nous déterminent à répondre par l’affirma¬ 
tive. En effet, le système nerveux , par cela même qu'il pa¬ 
raît le premier, semble régler la production et la disposition 
des autres appareils, relativement a leur forme et a leur si¬ 
tuation. Rapportons les argumens en faveur de cette vue , 
qui pourra sembler paradoxale. 

D’abord nous remarquons que le système nerveux est l’ap¬ 
pareil de l’organisme animal qui en constitue l'essence, et 
duquel dépendent tous les actes appelés animaux. Tout, dans 
l’animal, se rapporte à l’exercice des fonctions de ce sys¬ 
tème. C’est lui surtout qui nous offre une gradation sensible 
dans sa composition et dans son énergie. Nous le voyons se 
compliquer peu à peu depuis les derniers animaux jusqu’à 
l'homme, ce qui s’accompagne d’une intensité et d’une di¬ 
versité croissantes de facultés, ainsi que d’une multiplica¬ 
tion évidente des autres appareils. 

En second lieu , ce système est celui dont l’organisation 
et la disposition varient le plus dans la série animale , et c’est 
de là surtout que dépendent les différences essentielles et ca¬ 
ractéristiques des animaux. Chaque classe des vertébrés pré¬ 
sente des particularités caractéristiques dans la conformation 
du cerveau et de la moelle épinière. Même dans chaque genre, 
espèce ou individu , l’habitude extérieure porte l’empreinte 
de l’organisation du cerveau et des nerfs. 

Comme le système nerveux est le premier organe qui pa¬ 
raisse dans le fluide du germe , nous ne pouvons nous em¬ 
pêcher de voir en lui le principe régulateur du développe¬ 
ment de l’embryon. L'œuf développé dans le corps de la 
mère, contient la matière de laquelle doit se former un nouvel 
être. L'agent qui détermine cette matière à prendre forme 
est la semence du mâle, qui ressemble sous bien des rap¬ 
ports à la substance nerveuse, et dont l'émission n’a jamais 
lieu sans une excitation préalable du système nerveux. L’ac¬ 
tion plastique ainsi excitée produit d’abord le système ner¬ 
veux, qui paraît ensuite régler l'apparition et le développe¬ 
ment de tous les autres. 

Le système nerveux, avec ses premiers linéamens, ia 


( ) 

moelie épinière et le cerveau , représente en quelque sorte 
le noyau du corps commençant de l'embryon , noyau autour 
duquel s’appliquent tous les autres organes. Quand il est 
symétrique, il paraît déterminer une disposition symétrique 
aussi dans les organes des sens et du mouvement, c’est- 
à-dire qu’a mesure que les paires de nerfs procèdent de la 
moelle épinière et du cerveau , d’autres organes sont déposés 
sur eux du sang qu’y amènent les ramifications toujours crois¬ 
santes de l’aorte. Les vaisseaux sanguins ne fournissent 
que les matériaux , mais il paraît que c’est l’influence vi¬ 
vifiante du système nerveux qui détermine ces matériaux 
a produire les organes avec une disposition et une texture 
données. 

Une autre preuve de la part que le système nerveux prend 
h la formation et au développement du fœtus se tire de la 
succession que nous observons dans la formation de l’appareil 
nerveux du fœtus, et des change mens qui surviennent en 
même temps dans celle des autres parties. La moelie épinière 
et le cerveau se montrent d’abord sous une forme très-simple, 
et ils n’arrivent que peu a peu à une structure complexe, 
ainsi que le prouvent assez les nombreuses recherches qu’on 
a faites sur la formation et le développement du système 
nerveux dans le fœtus de l’homme et des animaux. En meme 
temps que ce système continue ainsi a se développer, nous 
voyons tous les autres organes, ceux des sens et du mouve¬ 
ment, de la digestion , de la circulation, des sécrétions et de 
la génération, atteindre un degré de perfection qui corres¬ 
pond au sien. Comme il paraît avant tous les autres, nous 
ne pouvons pas considérer les changernens qu’il subit comme 
résultant de ceux des autres organes , qui paraissent au con¬ 
trait e-être les effets des siens. Cette vue s’appuie principale¬ 
ment sur les changernens que Hérold a aperçus dans le sys¬ 
tème nerveux de la chenille et de la chrysalide pendant leur 
métamorphose. Le système nerveux de la chenille adulte du 
papillon dn chou se compose, avant le passage à l’état de 
chrysalide, d’un gros ganglion antérieur, correspondant au 
cerveau , et de douze ganglions plus petits, qui s’étendent le 
long du corps et communiquent ensemble par des nerfs. Ces 
ganglions, pendant la métamorphose en chrysalide et en pa¬ 
pillon, se rapprochent les uns des autres par le raccourcis¬ 
sement des filets d’union , plusieurs des plus petits se con¬ 
fondent ensemble et en forment de plus gros. En même temps 
que le système nerveux se développe ainsi, les autres or- 


( 220 ) 

ganes de la chenille marchent aitssi vers la perfection. Quinze 
jours après la conversion en chrysalide, le ganglion nerveux 
qui suit le cerveau s’en rapproche , et du cerveau devenu 
ainsi plus gros, partent, des nerfs pour les yeux composés 
et les antennes ^du papillon. Plus tard , les quatrième et cin¬ 
quième ganglions se confondent en un seul. Dans la chrysa- 
lyde d’hiver, le système nerveux reste stationnaire jusqu’au 
printemps. Ensuite disparaissent les sixième et septième gan¬ 
glions. Des ganglions devenus plus gros procèdent les nerfs 
pour les trois paires de pattes et les ailes. 

Rengger a observé aussi ces changemens dans le système 
nerveux de la chrysalide. Il le décrit ainsi : les eorddhs qui 
unissent les ganglions nerveux commencent a se raccourcir, 
et deviennent par-là un peu plus épais. Les ganglions eux- 
‘môines se rapprochent : le premier s’approche beaucoup de 
la hase du cerveau • deux autres , le troisième et le quatrième, 
ou le quatrième et le cinquième, se confondent en un seul. 
Les d eux derniers semblent se résoudre peu à peu en simples 
cordons nerveux. Ce changement du système nerveux paraît 
avoir une grande influence sur tous les autres organes de 
la chenille. 

Enfin , ce qui prouve encore que le système nerveux 
semble être le régulateur de la formation de l’embryon, c’est 
le rapport exact qu’on observe, dans les monstres, entre sa 
disposition et la nature de la monstruosité. Quand des nerfs 
ne se forment pas, on ne trouve pas non plus les organes 
auxquels ils devraient se rendre} si le système nerveux pré¬ 
sente un excès dans sa totalité ou quelqu’une de ses parties, 
un excès correspondant a lieu dans les organes qui se dévelop¬ 
pent. S’il s’écarte d’une manière quelconque de la règle, il 
s’ensuit une anomalie, dans l’organisation du fœtus, qui cor¬ 
respond au genre de la sienne. 

Cette vue explique l’ingénieuse remarque de Sœmmer- 
ring, que la nature, dans la production des monstres, ne 
s’aband onne j oint à des caprices désordonnés , mais obéit à 
des lois et des règles certaines. Ainsi on ne pourra pas citer 
de cas où l’on ait vu des doigts au front, on un œil soit au 
ventre, soit sur un membre. La vérité de cette assertion est 
connue de tous ceux qui ont étudié la structure des mons¬ 
tres. Nous ne pouvons chercher la cause de pareilles lois que 
dans les lois de formation du système nerveux. 

On pourrait peut-être objecter, contre l’importance que 
j’attache a ce système, les cas d’enfans nés sans cerveau. Là, 


( aai ) 

presque toujours, quoique le cerveau soit absent, existent 
les nerfs provenant de ce centre, avec les nerfs auxquels ils 
se rendent. On a même vu la moelle épinière manquer avec 
le cerveau , comme le prouvent les observations recueillies 
par Wepfer *, Rayger % Littré 1 2 3 4 , FauveM, Mery 5 , Sue 6 7 , 
Morgagni ? et autres, et cependant les nerfs partant de ces 
organes existaient. En outre, il n’est *pas rare que le cerveau 
manque chez les monstres avec excès, ou chez ceux qui sont 
vraiment doubles, comme dans les cas publiés par lieiland 8 9 * , 
Cbilian 9, Schellhase ,0 , Ledel 11 , Bœhmer ‘ 2 , Sœmmerring l3 * * * * 18 * 20 , 
SchweickhardLaunay-Han net ' 5 , Zimmermann' 6 , etc. 
On pourrait donc conclure de là que le cerveau et la moelle 
épinière ne sont point essentiels à la formation et au déve¬ 
loppement des parties qui reçoivent d’eux leurs nerfs. Cette 
conclusion serait fondée, s’il était prouvé que le cerveau et 
la moelle épinière ont manqué dès l’origine dans ces monstres , 
ou qu’ils ne s’y étaient point formés. Mais Morgagni •i a déjà 
fait remarquer, à l’occasion d’un enfant né sans cerveau , que 
cet organe n’avait pas toujours manqué, qu’il avait été dis¬ 
tendu , dissous, détruit par une sécrétion morbide d’eau, et 
que l’eau avait ensuite déchiré les membranes distendues. 
Hailer ,8 , Sandifort Pinada, Klein , et autres, attribuaient 
aussi l’absence j du cerveau à des causes mécaniques, surtout 
a l’hydrocéphale. Prochaska 2 °, se fondant sur le fait, vrai 
pour l’homme après la naissance, que la vie ne peut pas con- 

1 Eph.nat. Car ., clec. i, ann. ni, obs. i2q. 

2 Ibid ., dec. 2, ann. viii, obs. 107. 

3 Mém. de i’Acad. des Sciences , p. 120(1701). 

4 Ibid., p. 33 (1711). 

5 Hist. de l’Acad. des Sciences, p. 5 i (17x2). 

G Mém. de TAc^ad. des Sciences, p.61 (1746). 

7 De sed. ci caus. morbor ., dec. 3 , ep. 48, n° 5 o. 

8 Dans Licet. de monstris. — Monslrum hassiacuni. 

9 Eph. nat. Car., dec. 2, ann. 1, p. 356 . 

■o Ibid., ann. ni, p. 5 o 3 . 

' 1 Ibid ., ann. V1, p. i 55 . 

12 Obs. anat. rar., faso. it. 

* 3 Abbildungên und üeschreib. einiger Missgeburlen (1791), 

>4 Heschreibung einiger Missgeburlen (1801). 

,s Journal de médecine, L XXI, p. 44 * 

lG Physiol. Uniersuchungen ueber Missgeburlen, ta b. v. 

1 7 Epist. anat. XX , ri os 56 , 57. — De sed. el caus. morb ., lib. 1, ep. 12 , 
n° 6. 

18 Opp. niinor., t. III, p. i 36 . 

•9 Analomc infantis cerebro déstilul. (1784g 

20 Annot. acad., fasc. in, p. i 85 . 


( 222 ) 

îinuer après la destruction du cerveau, a émis l’opinion que 
cet organe ne s’était point formé dans l’origine, opinion ad¬ 
mise aussi par Sœramerring ‘ et.Gall 1 * 3 4 . Moi-même je l’ai 
embrassée autrefois, croyant avoir des raisons à alléguer en 
faveur de l’absence primitive du cerveau dans les monstres 
acéphales 3 . Mais une observation faite depuis m’oblige de 
revenir a celle de Morgagni, soutenue dans ces derniers temps 
parMeckeH, Otto 5 , Rudolphi 6 et Béclard, celle que le 
cerveau, dans les acéphales ou hémicéphales, a été détruit 
par une sécrétion morbide et une accumulation d’eau. 

Il y a quelques années, je reçus un enfant monstrueux du 
sexe masculin, auquel manquait la voûte du crâne, ati lieu 
de laquelle on voyait une grosse tumeur vésiculeuse pleine 
de liquide. Les tégumens généraux se changeaient, au dessus 
des yeux et des oreilles , en une peau mince et blanche, dé¬ 
garnie de cheveux. Au dessous de cette peau était une mem¬ 
brane fibreuse , représentant la dure-mère, avec les faux et 
la tente, et contenant les sinus du cerveau. Après avoir en- 
levé cette membrane, on aperçut la pie-mère cérébrale. Je 
ne pus distinguer l’arachnoïde. Gomme j’avais injecté avec 
soin les artères, leur distribution dans la pie-mère était très- 
visible. Cette membrane dilatée en sac était pleine d’un li¬ 
quide trouble, opaque, blanchâtre et mêlé de sang. Evi¬ 
demment il y avait la hydrocéphale, et le cerveau avait été 
dissous et détruit par l’accumulation morbide de sérosité. Si 
les membranes s’étaient déchirées pendant la grossesse, et 
que le liquide se fut mêlé de bonne heure avec les eaux de 
l’amnios , on aurait eu un monstre acéphale , semblable sous 
tous les rapports à ceux que les auteurs ont décrits. 

Après avoir vidé la pie-mère du liquide, dont le poids 
s’élevait à trois onces et un gros, j’aperçus les nerfs olfactifs, 
optiques, oculo-musculaires et pathétiques, dont les origines 
représentaient une substance blanche , molle et floconneuse, 
contenue dans la pie-mère. La moelle allongée existait, avec 
ses nerfs , et son extrémité supérieure dans le crâne paraissait 

1 Loc. cil., p. 35 . 

7 Recherches sur le système nerveux, p. 269. Paris, 1809. 

* Anatomie derkopflosen Missgelnirten, p. 92,95. 

4 Handbuch iterpaLhologischen Anatomie , t. I, p. 193. 

r> Mnnslrorum sex inimanorum analomica et physiologica descriplio , 
p. 20. Francfort, 1811. 

Schnften ( 1 er Akad. der Wissenschaflen zu Berlin, lab. 1, fie. 1. 
Berlin, 1824. 


( 223 ) 

également ramollie et diffluente. Je noterai encore une con¬ 
gestion morbide de sérosité dans le péricarde et les deux 
plèvres. Le liquide jaune-rougeâtre contenu dans ces mem¬ 
branes, pesait trois onces deux gros et deux scrupules. Les 
poumons et le cœur n’avaient que le volume qu’ils ont dans 
un fœtus de quatre ou cinq mois. 

Il résulte de là que les enfans nés sans cerveau ne sont 
point une objection contre l’influence originelle du système 
nerveux sur la formation du fœtus. Le cerveau et ses nerfs 
existaient d’abord chez eux , et avec les nerfs qui en prove¬ 
naient se formèrent les organes auxquels ils se rendaient. 
Que le cerveau vienne à être détruit et dissous peu a peu 
par une accumulation morbide de sérosité, les nerfs déjà 
formés continuent à croître, et avec eux les organes dans la 
composition desquels ils entrent. L’accroissement ultérieur 
de ces nerfs paraît ne plus dépendre du cerveau ni de la 
moelle épinière, et avoir sa cause en eux-mêmes. Donc, dès 
qu’ils se sont formés, le cerveau et la moelle épinière peu¬ 
vent être détruits par des dégénérescences morbides, sans 
qu’il en résulte le moindre préjudice pour leur croissance 
ultérieure. Mais si, dans le principe, il ne se forme pas de 
cerveau chez l’embryon futur, il ne se produit pas non plus 
de nerfs cérébraux, et le fœtus est un monstre acéphale. 

Il est donc très-vraisemblable que le système nerveux joue 
le rôle le plus important dans la formation et le développe¬ 
ment de l’animal. La disposition des diverses parties semble 
se régler sur la sienne, et la sienne n’être point sous la dé¬ 
pendance de la leur. Le système vasculaire, qui naît plus 
tard, ne paraît avoir de l’importance, dans l’évolution de 
l’embryon, qu’en ce qu’il contient le liquide nécessaire à 
cette opération, fluide qu’il distribue sous l’influence du 
système nerveux , sans exercer lui-même une influence ré¬ 
gulatrice sur le développement de l’embryon. A la vérité, 
dans un de mes précédens écrits, j’ai émis l’hypothèse que 
l’activité plastique éveillée et excitée dans l’œuf par l’acte de 
la fécondation , produit d’abord le sang et les premiers linéa- 
raens du système sanguin , avec le cœur, et que les organes 
se groupent autour de l’aorte à mesure que celle-ci pro¬ 
duit les branches destinées pour chacun d’eux. Je pensais 
donc alors que la formation graduelle de l’embryon et la pro¬ 
duction de ses divers organes et appareils ont pour point de 
départ le développement successif et la propagation périplié- 


( } 

rique du système vasculaire, et je regardais ce système 
comme celui dont l’activité plastique produit la formation et 
révolution du fœtus. 

Mon opinion était en outre que les anomalies de l’activité 
plastique se manifestent d’abord dans le système vasculaire 
de l’embryon, et que de là dépendent celles de tous les au¬ 
tres appareils chez les monstres; que, quand ce système ne 
se développait pas complètement, par défaut d’énergie de 
la force plastique, il résultait de là des monstres par défaut; 
et que, quand il se développait avec exubérance, cet effet 
avait pour résultat des monstres par excès; qu’enfm, s’il va¬ 
riait dans le nombre et la disposition de ses branches, a ses 
écarts se rattachaient des anomalies correspondantes dans le 
nombre et la situation des parties. Un plus mûr examen m’o¬ 
blige à rejeter toutes ces idées; je me fonde sur les raisous 
suivantes : 

Il est prouvé que le système vasculaire ne se forme dans 
# l’embryon qu’après les premiers linéamens.du système ner¬ 
veux. L’origine de celui-ci ne peut donc point dépendre de 
la sienne. En outre, nous remarquons, entre la formation suc¬ 
cessive de divers organes et appareils de l'embryon, et le dé¬ 
veloppement du cœur et des vaisseaux sanguins, une con¬ 
nexion beaucoup moins intime qu’entre elle et le développe¬ 
ment du système nerveux. De plus, nous trouvons qu’entre 
la formation et -la disposition des diverses parties du corps 
et les anomalies du système vasculaire, il n’y a pas la même 
corrélation qu’entre elles et les anomalies du système ner¬ 
veux. Très-souvent le système vasculaire présente des ano¬ 
malies dans sa disposition, sans qu’on en observe pour cela 
dans la conformation des autres organes. Ainsi le cœur, chez 
les en fans atteints de cyanose , est plus ou moins retardé dans 
son développement, sans qu’on voie rien d’anormal dans les 
autres organes. Combien de variétés des plus bizarres n’ob- 
serve-t-on pas dans les artères et les veines de toutes les 
parties du corps, sans qu’on puisse apercevoir la moindre 
irrégularité dans la situation ni la structure des ^parties aux¬ 
quelles se distribuent les vaisseaux écartés de l’ordre normal. 
Or, s’il y avait connexion intime entre le système vasculaire 
et les autres, sous le rapport de la formation et de la dispo¬ 
sition, on devrait toujours, avec les anomalies dans le pre¬ 
mier, en voir coïncider quelques-unes dans les autres par¬ 
ties, ce qui n’est pas. Enfin nous voyons que l’état du 


cœur et la disposition des vaisseaux dans les monstres iront 
point, avec le genre de monstruosité, un rapport si intime 
et si nécessaire que celui qui existe entre lui et le système 
nerveux. Quelques exemples viendront à l’appui de cette as¬ 
sertion. brodie examina des jumeaux nés au septième mois 
de la grossesse : l’un était hydropique et avait un bec-de- 
lièvre; le pouce lui manquait a la main droite, et la gauche 
n’avait qu'un seul doigt ; le cœur manquait tout a fait, ainsi 
que le foie, et la circulation du sang n’était entretenue que par 
les vaisseaux seuls. Cependant le cerveau existait, avec ses 
nerfs. Il suit donc de là que la présence du cerveau ne dé¬ 
pend pas de celle du cœur, comme le prétendait Elben : hy¬ 
pothèse contre laquelle s’élève aussi cette autre circonstance, 
qu’on rencontre quelquefois le cœur chez les acéphales, ainsi 
que l’ont vu Vogli et Gilibert. 

Beaucoup de monstres avec excès ont le cœur simple, ce 
qui prouve que, chez eux, la disposition du cœur n’a point 
de connexions nécessaires avec l’excès de formation. Dans 
celui qui fait le sujet de ma quatrième observation , le cœur 
était simple. La même chose avait lieu dans le chevreau mons¬ 
trueux décrit par Giulio et Rossi, et dans le lièvre mons¬ 
trueux disséqué par Scherer. Lecat a vu aussi un cœur sim¬ 
ple dans un veau à deux têtes. On a même rencontré des 
monstres avec excès dont le cœur était resté en deçà de sort 
développement normal. Lemery a trouvé, dans un monstre à 
deux têtes, avec une double colonne vertébrale, un cœur 
composé seulement d’une oreillette et d’un ventricule. Len- 
tîlius parle aussi d’un monstre à deux corps unis, qui n’a¬ 
vait qu’un seul cœur, contenant deux oreillettes et un ven¬ 
tricule. 

Enfin nous pouvons citër des cas qui prouvent que l’excès 
dans la formation du cœur n’en entraîne point un dans celle 
des autres parties. Il n’est pas rare de rencontrer deux Cœurs 
avec un corps parfaitement simple, chez les oiseaux. C’est ce 
qu’ont vu Littré dans une poule, d’Aboville dans une per¬ 
drix, Sœmmerring dans une oie, et Barzellotti dans un pi¬ 
geon. Winsiow a trouvé, dans la poitrine simple d’un cy- 
clope, deux cœurs situés l’un à côté de l’autre, et dont chacun 
était entouré d’un péricarde distinct. Les troncs artériels et 
veineux provenant des deux cœurs se réunissaient en troncs 
simples. Cbaussier a vu sur un enfant nouveau-né, qui né 
présentait d’ailleurs aucune difformité, deux cœurs placés, 
tome xxxi, i5 


( 2 2Ô ) 

l’un dans la poitrine et l’autre dans le bas-ventre : ces deux 
cœurs étaient unis ensemble par des vaisseaux sanguins. 

Le résultat des observations consignées dans ce mémoire, 
et des réflexions qu’elles m’ont suggérées, est la vraisem¬ 
blance (je n’ose pas dire plus ) que le système nerveux est le 
principe régulateur de la formation animale. Dans l’em¬ 
bryon extrêmement simple, au moment où l’on commence a 
l’apercevoir, toutes les parties ne se trouvent pas de suite 
en réalité, mais seulement en puissance. La même force qui 
passe de l’être générateur à l’être engendré paraît se manifes¬ 
ter d’abord, dans la matière fécondée de l’œuf, par la pro¬ 
duction du système nerveux, et continuer à agir par ce sys¬ 
tème dans la formation des autres parties de l embryon. 

Maintenant, si l’on demande quel est l’agent qui entre en 
action pour produire le système nerveux , et qui, celui-ci 
une fois produit, développe sa puissance, nous devons avouer 
franchement que la solution de ce problème dépasse les 
bornes actuelles de notre savoir. Nous ne pouvons que dé¬ 
duire des effets l’existence de cet agent, sans qu’il nous soit 
donné de rien dire touchant sa nature. Appelons-ie, avec les 
anciens, âme végétative, force ou nature génératrice, idea 
operatrix, flamme vitale, force plastique, etc.; ou, avec 
Wolff, force essentielle; ou, avec Biumenbach, nisusfor - 
matiyus : tous ces «lots ne répandent pas plus de clarté sur 
le sujet. Nous voyons cet agent se conserver de génération 
en génération dans les diverses espèces de corps vivans au¬ 
jourd’hui existantes, sans savoir quand, d’où et comment 
il a pris naissance. Ses effets paraissent se rattacher immé¬ 
diatement au système nerveux dans les organismes animaux, 
du moins dans les plus composés. Tout ce qu’on peut ad¬ 
mettre comme certain, c’est que cet agent, qui produit d’a¬ 
bord le système nerveux dans l’œuf fécondé, et qui semble 
exercer, par le moyen de ce système, une influence régula¬ 
trice sur la formation, le développement et la disposition 
des autres appareils, rend aussi le système nerveux et les 
corps animaux capables d’exercer les fonctions proprement 
dites de l’âme, sous ce point de vue qu’il produit les appa¬ 
reils doués de qualités telles que la force sensoriale puisse se 
manifester par eux. Treviranus a dit plus clairement encore : 
la même force qui forme le corps avec une matière amor¬ 
phe , agit sur lui, quand il est formé, comme force conser¬ 
vatrice de la nature, se manifeste comme instinct, et, envisagée 


( 22 7 ) 

sous le point de vue spirituel, produit l’imagination et en¬ 
gendre les idées. 

Mais je m’arrête pour ne pas tomber dans le champ glis¬ 
sant des hypothèses : il me suffit d’avoir rapporté quelques 
faits servant a faire connaître la part, que le système nerveux 
prend à la formation du fœtus. 


Sur. Vemploi du chlore contre la phthisie pulmonaire ; par 
M. G annal, ancien préparateur de chimie à la Faculté 
des sciences. 

Deux méthodes générales ont été mises en usage afin de 
combattre la phthisie du poumon. La première, que l’on 
peut nommer indirecte ou révulsive, consiste, soit à appli¬ 
quer au dehors des topiques irritans destinés a opposer a l’ir¬ 
ritation interne des phlegmasies externes assez fortes pour 
la déplacer et la guérir ; soit a administrer par la voie de 
l’estomac des substances médicamenteuses susceptibles de 
calmer la trop grande intensité des mouvemens vitaux et de 
procurer ainsi la cessation de la maladie. Ces deux ordres de 
moyens sont ordinairement employés de concert dans la pra¬ 
tique; mais tel est leur peu d’efficacité, qu’ils se bornent en 
général à retarder les progrès de la maladie, et que celle-ci, 
lorsque sa marche est déclarée, que la fièvre hectique l’ac¬ 
compagne , que la diarrhée se manifeste , est considérée 
comme incurable par la majorité des praticiens. 

Pénétrés de cette insuffisance des moyens internes ou ex¬ 
ternes de traitement, les médecins ont, à diverses époques, 
demandé a la chimie des substances gazeuses, susceptibles 
d’être mêlées h l’air et portées avec ce fluide dans le poumon, 
afin de calmer directement l’irritation de cet organe, de mo¬ 
difier l’action sécrétoire de sa membrane muqueuse, ou de 
cicatriser les ulcérations qui s’y développent. 

De grandes espérances s’attachèrent d’abord à l’emploi de 
cette méthode nouvelle du traitement des phthisies : les va¬ 
peurs aqueuses émises par l’eau ou les décoctions mucilagj- 
neuses, la vapeur du goudron de varec, et d’autres subs¬ 
tances plus ou moins différentes de celle-ci, employées 
d’abord, se montrèrent utiles dans les cas peu graves, mais 
n’eurent que des succès incertains et contestés lorsque l’in- 



( 228 ) 

flaiumation avait fait de grands progrès et occasions de pro¬ 
fonds désordres. 

A la fin du dernier siècle, a cette époque brillante où la 
chimie moderne préludait a la révolution qui Ta élevée au 
premier rang parmi les sciences utiles, a cette époque, dis-je, 
la théorie de Lavoisier sur la respiration, et les considérations 
importantes qui en découlèrent relativement à l’influence de 
Foxigène sur les fonctions organiques, firent penser que ce 
gaz pourrait exercer une action favorable chez les sujets at¬ 
teints de phthisie. Divers essais furent tentés avec ce fluide, 
de 1781 a 1790 ; leurs résultats parurent d’abord heureux : 
les malades respiraient plus facilement et avec plus de li¬ 
berté, leurs douleurs se calmaient, les crachats diminuaient 
sensiblement, la toux s’apaisait, tous croyaient a leur guérison 
prochaine. Mais ce bien-être ne fut pas de longue durée ; 
quinze jours après ce premier effet de Pair vital, des acci- 
dens d’excitation aiguë du poumon se manifestaient, le sang 
était expulsé en quantité plus ou moins grande avec les cra¬ 
chats, la fièvre s’allumait, la coloration devenait plus vive, 
la chaleur plus grande, et il fallait recourir aux antiphlogis¬ 
tiques, après l’action desquels la phthisie reprenait sa marche 
et faisait des progrès plus rapides qu'avant l’administration 
du gaz. Témoin de ces faits, Fourcroy, qui en rendit compte, 
déclara que Foxigène est loin d’être un antiphthisique, ainsi 
qu’on l’avait pensé; cet arrêt suspendit les expériences, et 
fit tomber l’enthousiasme qui s’était déjà emparé des esprits. 

Comme a cette époque on croyait le chlore un composé 
de radical muriatique et d’oxigène, on dut être naturelle¬ 
ment porté a considérer son action comme analogue à celle 
de Foxigène, et connaissant Faction de cette substance, 011 
n’aurait eu garde de s’en servir. Si donc il y eut des idées sur 
son emploi, elles ne peuvent être antérieures a 181 4. 

Mais aujourd’hui que la chimie, après avoir paru d’abord 
envahir la médecine, et fournir des remèdes assurés contre 
nos maladies, se relève de l’injuste discrédit dans lequel ses 
applications a Fart de guérir étaient ensuite tombées, il con¬ 
vient de rechercher si , parmi les substances qu’elle nous a 
fait connaître, il n’en est pas qui produisent des effets aussi 
favorables, sans être accompagnés des mêmes dangers , que 
Foxigène. 

Cette substance existe évidemment, et c’est le chlore, étudié 
d’abord par Guyton-Morveau , qui signala la plupart de ses 


( 229 ) 

applications. On connaît les avantages qu’il présente connue 
désinfectant, et l’énergie de son action sur les matières ani¬ 
males. Des faits récemment publiés par un grand nombre de 
médecins du plus haut mérite, ont démontré qu’il modifie 
puissamment les actions organiques, déterge et neutralise les 
anciens ulcères, met des bornes à la putréfaction et à la gan¬ 
grène, tarit les écoulemens muqueux anciens, et peut même 
être administré avec avantage, a l’intérieur, dans le scor¬ 
but, les fièvres dites putrides, et autres maladies du même 
genre. 

La plupart de ces résultats avaient été indiqués par Guy- 
ton-Morveau, Halle et Fourcroy ; mais grâce aux efforts d’un 
pharmacien estimable, grâce à cet amour pour le bien gé¬ 
néral qui porte aujourd’hui les hommes à réunir leurs efforts 
pour faire triompher tout ce qui est utile, les applications du 
chlore, combiné en excès aux oxides métalliques, auquel il 
adhère peu, ont été rendus plus générales et couronnées de 
plus de succès. Quatre ans d’expériences hygiéniques et mé¬ 
dicales ont mieux fait connaître ce moyen que ne l’avaient pu 
faire les vingt années qui suivirent les belles recherches de 
Guyton-Morveau. 

11 résulte donc de l’ensemble des connaissances acquises 
aujourd’hui sur le chlore, que cet agent non-seulement dé¬ 
truit les émanations animales putrides, et constitue par con¬ 
séquent le moyen désinfectant le plus énergique que nous pos¬ 
sédions, mais qu’il exerce encore mie influence Lien marquée 
et très-salutaire sur les êtres vivans eux-mêmes, et modifie 
puissamment les actions organiques qui les distinguent. 

Il restait à déterminer , dans cet état de choses, jusqu’à 
quel point le chlore, employé avec avantage contre certaines 
affections locales externes, pouvait être administré sans in¬ 
convénient et avec succès à l'intérieur chez les sujets atteints 
de phthisie pulmonaire; l’analogie portait à penser que s’il 
était utile contre les flux muqueux abondans du vagin, contre 
les ulcères sordides et gangreneux des membres, il devait 
produire aussi d’heureux effets contre les ulcères et les sé¬ 
crétions muqueuses exagérées qui constituent souvent les 
pbthisies. Un fait important vint transformer pour moi en 
certitude ce qui n’était jusque-là qu’une induction seulement 
probable. • 

Dans le courant de 1816, faisant du chlorate de potage 
dans le laboratoire de chimie de l’Académie des sciences 9 


( 23o ) 

j’avais confié la conduite de l’opération a un élève qui travaillait 
avec moi. Un jour, durant la leçon deM. Gav-Lussac, une forte 
odeur de chlore me fit pressentir qu’un accident était arrivé 
dans le laboratoire, qui se trouvait fermé ; en y entrant, je fus 
subitement arrêté par une atmosphère suffocante de chlore ga¬ 
zeux. Il devait y en avoir considérablement, carie ballon qui 
servait contenait six litres d’acide hydrochlorique, pour le¬ 
quel on avait, depuis trois heures, allumé un feu doux. A 
l’aspect de cet accident, la première idée qui me vint fut de 
chercher mon opérateur maladroit ; mais au silence qui règne 
de tous côtés, je juge qu’il a pris la fuite ou qu’il est as¬ 
phyxié. Dans ce cas, il fallait te chercher sans retard, et a 
cet effet j’entrai ; mais la quantité du gaz qui se trouvait dans 
la pièce ne permettait point qu’on y prît une inspiration ; 
on ne pouvait même y ouvrir les yeux. J’avais déjà fait un 
tour sans rien trouver, lorsque mes pieds heurtèrent contre 
un objet que je reconnus être mon imprudent jeune homme, 
que je saisis et que j’entraînai dans la cour. 

Depuis fort long-temps nous avions remarqué que cet 
élève avait la poitrine faible. Il toussait souvent, avait des 
expectorations purifornues, et ne pouvait participer 'a aucun 
de nos plaisirs sans être incommodé pendant plusieurs jours. 
Nous le considérions tous comme phthisique. 

Dès que je l’eus déposé dans la cour, il commença à respi¬ 
rer, mais le mouvement d’inspiration paraissait lui occasio- 
ner de violentes douleurs. Au bout de quelques minutes, 
une toux sèche, puis un vomissement de sang se manifestè¬ 
rent. Nous lui fîmes prendre de l’eau et lui tînmes des linges 
mouillés sur le visage. Au bout d’une demi-heure, la respi¬ 
ration devint un peu moins douloureuse, le sang commença à 
diminuer et le malade eut assez de force pour pouvoir pren¬ 
dre la position assise. Mais il ne revint à lui que deux heures 
après, et les premiers mots qu’il nous dit exprimaient les 
souffrances qu’il éprouvait dans la poitrine. Le sang avait 
disparu , eî les crachats blancs mousseux et très-abondans 
qui lui succédèrent étaient remplis de petits fragmens d’une 
pellicule très-mince, ayant l’aspect d’une substance orga¬ 
nisée; peu après, tout l’intérieur de la bouche fut rempli de 
cette même substance, que l’on voyait se détacher de la langue 
et de la bouche, et nous pûmes nous convaincre que l’action 
du chlore avait été telle qu’elle avait attaqué la membrane 
apuqueuse des voies aériennes. 


( ) 

Le malade fut très-souffrant pendant le reste du jour ; il 
passa une fort mauvaise nuit, ayant beaucoup de peine a 
avaler le moindre liquide, et il était tourmenté par une soif 
ardente. Le lendemain il se trouva mieux; il prit quelques 
bouillons légers, et avait recouvré assez de force pour pou¬ 
voir se promener. Il nous raconta alors qu’il avait iaissé tom¬ 
ber une pince sur le ballon , et que pour que je ne m’aper¬ 
çusse pas de cet accident, il s’occupait à calfeutrer la porte 
du laboratoire, lorsqu’il fut saisi par la vapeur, et telle¬ 
ment suffoqué qu’il n’eut plus le temps de se soustraire à son 
action. 

Pendant sept à huit jours, il sentit une chaleur vive a la 
poitrine ; mais il n’avait plus ni toux ni expectoration; l’ap¬ 
pétit était devenu bien meilleur, et souvent, par la suite, 
nous le plaisantions sur cette opération , que nous préten¬ 
dions qu’il avait laite pour se faire engraisser. Vers la fin des 
cours, il quitta le laboratoire, et j’ai su depuis qu’il mourut 
phthisique dans le courant de 1821. 

Ce fait, quoique incomplet, fixa mon attention; le chlore 
me parut avoir agi favorablement; mais je n’aurais sans doute 
tiré aucune induction d’un mieux si passager et acheté si 
chèrement, si le hasard ne m’avait conduit a observer les 
effets du chlore répandu en plus faible proportion et a 1 état 
d’une plus grande pureté dans l’atmosphère. 

Etant, en 1817, attaché h St-Denis à une manufacture de 
toiles peintes, je remarquai que des ouvriers atteints ou me¬ 
nacés de phthisie éprouvaient un mieux sensible et se rétablis¬ 
saient promptement lorsqu’ils étaient plongés au milieu des 
émanations chioriques dégagées par leurs travaux. Je commu¬ 
niquai d’abord ce fait à M. Bourgeois, puis a M. Laënnec, 
qui, en 1828, fit, d’après mes communications, a l’hôpital 
de la Charité de Paris, des essais sur les fumigations chiori¬ 
ques, qui n’eurent pas de suite. M. Laënnec se servait de la 
dissolution de chlorure de chaux répandue dans la saile occu¬ 
pée par les malades , et sur du varec dont il avait fait couvrir 
!e plancher; ce mélange, qui 11e permettait pas de distinguer 
positivement ce qui appartenait, dans l’effet produit, à cha¬ 
cune des substances employées, produisit cependant quelques 
résultats favorables, mais dont les avantages ne parurent 
pas assez décisifs pour que les essais fussent continués. 

Depuis cette époque, j’avais eu plusieurs (ois 1 occasion 
de constater de nouveau les bons eflcts du chlore contre les 


( 232 ) 

affections de la poitrine, lorsqu’on septembre dernier, d’après 
une lettre insérée par moi dans les journaux, pour constater 
la priorité de l’application de cet agent, je fus invité par 
divers médecins a l’administrer a leurs malades : ce sont les 
résultats de cet emploi que je vais soumettre au public. 

Mais auparavant il convient d’indiquer ici le procédé a 
l’aide duquel j’administre le chlore. Dans les fumigations con¬ 
seillées par Guyton-Morveau , le chlore, dégagé à l’état sec 
eu trop grande quantité, souvent mêlé a de l’acide hydro- 
chlorique, et h de petites quantités d’acide sulfurique, en¬ 
traînes durant l’opération, exerçait une action violemment 
irritante sur les voies pulmonaires ; une chaleur intense , un 
sentiment de douleur, et bientôt une toux vive, étaient les 
effets de sa pénétration dans la poitrine; aussi fallait-il sou¬ 
vent évacuer les salles avant de les désinfecter, et quand on 
dégageait le chlore dans les lieux occupés, on était obligé 
d’éloigner les appareils de dégagement des malades, qui sou¬ 
vent , malgré les plus grandes précautions, se trouvaient en¬ 
core incommodés et toussaient avec violence : un semblable 
procédé ne pouvait donc être applicable aux phthisiques. 

Guyton-Morveau avait bien proposé de substituer aux fla¬ 
cons d’acide acétique et d’autres substances aussi peu efficaces, 
des flacons de chlorure d’oxide, mais ce moyen qu’on a 
rendu depuis d’un usage plus général, n’est pas lui-même 
exempt d’inconvéniens. 

Je n’entreprendrai pas de déterminer si le chlore, dégagé 
des chlorures d’oxides, diffère chimiquement de celui qui 
est a l’état de pureté parfaite dissous dans l’eau. Cependant, 
je suis porté à le croire; l’odeur de ce chlore n’est manifes¬ 
tement pas la même que l’odeur de celui qu’on obtient par 
le procédé ordinaire (oxide de manganèse et acide hydro- 
chlorique), de telle sorte que, sans oser en ce moment ré¬ 
soudre positivement cette question , je pense que le chlore 
dégagé des chlorures d’oxide ( potasse , soude, chaux) , en¬ 
traîne avec lui quelques molécules étrangères qui altèrent sa 
pureté ; si on S'applique immédiatement aux organes si sensi¬ 
bles de la respiration, cette proposition acquiert un nouveau 
degré de certitude. En effet, j’ai fait respirer h des malades 
le chlore dégagé de chlorures d’oxides; mais, a la troi¬ 
sième fumigation, ils éprouvèrent a la poitiine une cha¬ 
leur très-vive, un sentiment d’astriction à la gorge, de 

s 9 if ? et tous les signes d’une irritation très-vive, qui mç 


( 233 


fit juger convenable d’arrêter promptement mes tentatives. 

L’inspiration du chlore fourni par les chlorures ne pré¬ 
sente donc pas le degré de pureté nécessaire pour qu’on en 
prescrive l’usage à des sujets dont les poumons sont déjà ir¬ 
rités, plus ou moins altérés. 

Afin d’éviter ces obstacles , j’ai fait usage du chlore pur, 
dissous dans de l’eau distillée : pour son application , je 
prends un flacon a trois tubulures; la première est armée 
d’un tube droit qui plonge dans quatre onces d’eau environ ; 
la seconde supporte un tube qui, partant du sommet du 
flacon, se recourbe a angle droit, et a son extrémité, se Ter¬ 
mine par une embouchure aplatie; la troisième est bouchée 
par un bouchon usé à l’émeri : c’est par cette ouverture 
qu’on change l’eau , et qu’on introduit le gaz. L’eau du flacon 

fumigation , environ 32 ° cent. 


doit 


avoir 


au moment de ia 


On ajoute alors une certaine quantité de chlore liquide , on 
agite le vase, une portion du chlore se dégage 5 le malade 
l’aspire en prenant à la bouche l’extrémité évasée du tube 
recourbé; a mesure que le sujet attire l’air du flacon, une 
quantité nouvelle d’air est introduite par le tube droit, tra¬ 
verse la liqueur et se charge de nouvelles quantités de chlore ; 
l’opération peut se continuer ainsi pendant quatre h six mi¬ 
nutes , après lesquelles le dégagement gazeux est arrêté. 

Il importait, dans cette conjecture, de ne procéder qu’avec 
une circonspection commandée autant par l’énergie des moyens 
employés, que par l’importance de l’organe soumis a son ac¬ 
tion. Pour cela , je commence par dioc gouttes de chlore 
liquide a deux volumes. Si le malade supporte bien cette 
dose, et, suivant la susceptibilité de son organe, j’élève 
graduellement la dose a 12, 1 5 , 20, 3 o , 5 o , 60 , 72 a la 
fois. En général, il n’est pas deux sujets qui puissent sup¬ 
porter la meme quantité ; il faut , en quelque sorte, explorer 
avec prudence la dose convenable a la disposition des organes 
de chaque individu. 

On conçoit qu’il doit en être de même du nombre des ins¬ 
pirations durant les vingt-quatre heures; on les éloigne on 
on les rapproche selon les effets produits , et selon la sensi¬ 
bilité dont les organes se montrent doués. Le nombre de fu¬ 
migations est ordinairement de six à huit. Il est évident que, 
suivant ce procédé , le chlore ne pénètre dans la poitrine que 
chargé de molécules aqueuses , que dès lors il est moins irri¬ 
tant qu’à l’état sec, et enfin que, n’étant uni a aucune matière 


( 234 ) 

étrangère, son action , réduite a elle-même, ne se complique 
d’aucune irritation surajoutée : peut-être convient-il encore de 
taire observer que toute les parties de l’appareil, aussi simple 
que facile a se procurer, et portatif dont j’ai parlé , étant en 
verre, le chlore , en se dégageant, ne peut se charger, dans 
le trajet qu’il parcourt pour arriver aux organes, de molé¬ 
cules métalliques susceptibles de l’altérer; il ne peut, par 
exemple , agir sur des pièces de cuivre, se convertir en chlo¬ 
rure de ce métal, et, dans cet état, affecter douloureusement 
le poumon , ou même y développer, ainsi qu’on en a eu des 
exemples, des inflammations funestes. 

Il est arrivé au chlore , sur lequel ma lettre éveilla l’atten¬ 
tion, ce qu’on voit survenir toutes les fois qu’il s’agit d’un 
moyen nouveau, jusque la inusité, et sur lequel quelques 
préventions défavorables planent encore; les malades les plus 
gravement affectés , ceux dont on désespérait , furent les pre¬ 
miers sur lesquels on essaya d’en faire usage; ainsi le veut 
d’ailleurs la prudence humaine, qui ne conseille les remèdes 
incertains que dans le péril extrême. Je pourrais citer, par 
exemple , des personnes auxquelles j’ai été invité a faire 
respirer du chlore alors qu’elles étaient déjà à l’agonie , ou 
chez lesquelles même je n’ai pu arriver qu’à l’instant de 
la mort. Il serait inutile de parler de ces cas désespérés, où 
la vie, prête à s’éteindre, ne laissait aucune chance de salut 
au médecin. Parlons donc de quelques personnes dont les 
ulcérations étaient moins avancées, et qui, par suite, lais¬ 
saient quelque espoir de guérison. 

Le premier est M. L., de Gentilly. Cet homme, âgé de 
quarante ans, d’un tempérament lymphatique et bilieux , 
était depuis long-temps affecté de la poitrine, lorsqu’il 
vint implorer mes secours. Je le renvoyai à M. Laënnec, 
neveu du professeur. Ce médecin , après l’avoir exploré, 
écrivit que la poitrine présentait, sous la clavicule et l’oreille 
droite, un son plus sourd qu’à gauche; la respiration, assez 
énergique dans tout le côté droit, était caverneuse sous l’ais¬ 
selle et sous la clavicule, et s’y accompagnait d’un gargouil¬ 
lement ou râle humide; à gauche, la respiration était natu¬ 
relle, et seulement accompagnée ça et là de sifflement. 

D’après ces signes, M. Laënnec annonce l’existence d’une 
excavation tuberculeuse au sommet du poumon droit. J’ose¬ 
rai même affirmer, ajoute-t-il, que tout le reste de ce poumon 
est parsemé de tubercules crus plus ou moins volumineux, 


( 2 35 ) 

ce qu’indiquent le bruit de la respiration, variable dans son 
énergie, et un léger râle crépitant. Jecrois,ditenfinM. Laënnec, 
qu’on peut tenter les fumigations chloriques, mais avec pru¬ 
dence, en raison de la disposition au crachement de sang et 
à l'inflammation du tissu .pulmonaire. Cet homme, dont la 
maladie remontait â trois années, commença le 18 octobre 
1827 , les fumigations â dix gouttes, huit fois par jour ; du 
18 au 28, la respiration devint plus facile, les crachats de¬ 
vinrent, de puriformes, presque entièrement muqueux; la 
diarrhée fut arrêtée, Pappétit revint, et la digestion reprit 
son énergie ; les nuits devinrent plus calmes. Le 28 , cet 
homme eut une indigestion produite par des harengs ; des 
crachats, teints de sang, furent rendus, et, malgré cet acci¬ 
dent, le chlore, ayant été continué , le mieux se soutient et fit 
même des progrès; aucun inconvénient ne résulta de l’emploi de 
ce moyen. Le malade se montra sensible aux moindres varia¬ 
tions atmosphériques; quelques coliques survinrent le 17 sep¬ 
tembre, et furent calmées par deslavemens émolliens ; son ap¬ 
pétit se soutint, ses digestions furent un peu lentes , mais 
elles se faisaient bien ; il y avait une selle par jour; ses nuits 
étaient calmes; il n’avait que, par intervalles éloigné, des 
transpirations nocturnes ; ses crachats puriformes , le matin , 
étaient presque muqueux toute la journée; l’oppression avait 
presque disparu, et la toux était moins fréquente. Le 23 dé¬ 
cembre, il avait soixante-deux pulsations pendant presque 
toute la journée. Il est évident que la saison contraria les 
effets du remède, et si le malade ne guérit pas, 011 ne peut, 
en l’examinant et en l’interrogeant, se refuser de reconnaître 
que le chlore, d’une part, 11e l a jamais incommodé, et que, 
de l’autre, il en a éprouvé un tel soulagement que sa vie 
s’en est trouvée manifestement prolongée. 

Le second sujet dont j’ai à parler est M. D***. Je ne pour¬ 
rai mieux faire connaître ce qui concerne ce malade, qu’en 
copiant ce qu’en écrivait M. le docteur Houlet, son médecin, 
â un de ses confrères qui lui en demandait des nouvelles. 

Consulté dans les premiers jours de septembre par le sieur 
D***, je le déclarai atteint de phthisie pulmonaire assez 
avancée pour porter un jugement d’incurabilité. Le 8 octobre 
suivant, par le conseil de je ne sais qui, les fumigations chlo¬ 
riques furent proposées comme moyen propre de guérison , 
et , comme bien vous sentez, j’y souscrivis volontiers ^ 


( ü36 ) 

d’autant plus que ce mode m’était inconnu. A la satisfaction , 
je le déclare franchement, de chacun des médecins qui, 
comme moi , voyaient le malade, un soulagement notable se 
lit remarquer; l’état fébrile, les quintes de toux cédèrent mo¬ 
mentanément ; les organes de Indigestion éprouvèrent une 
facilité, un jeu d’expansion jusque là inconnu ; la toux 
devint moins fréquente, et, de purulente qu’elle était, de¬ 
vint purulo-muqueuse, et prit enfin une teinte muqueuse plus 
prononcée; les fumigations répétées quatre, cinq , six fois 
dans les vingt-quatre heures, et pendant trois à quatre mi- 
nuies chaque fois, plus ou moins chargées de chlore , sou¬ 
tinrent nos espérances pendant quelque temps ; le malade fut 
encouragé par le mieux d’aller du faubourg Saint-Martin 
a la place Royale, et pédesîrement ; mais , à sa rentrée, ii 
paya cher son imprudence, car il fut saisi d’un crachement de 
sang, de redoublement de lièvre, enfin d’un ensemble de 
symptômes qui ne laissaient aucun doute que toutes les mu¬ 
queuses gastro-intestinales et broncho-pulmonaires étaient 
attaquées. Tout espoir fut donc détruit, et le malade con¬ 
damné à succomber. Les fumigations n’en furent pas moins 
continuées au désir du malade, et parce que, disait-il, et 
dit-il encore aujourd’hui , elles dilatent sa poitrine et son 
estomac, selon ses propres expressions, et qu’elles lui pro¬ 
curent une espèce de jouissance ou sensation interne agréable. 

Le troisième sujet dont j’ai à parler est M. le comte de ***, 
malade depuis environ deux ans ; il avait pris une grande 
quantité de médicamens béchiques, et un vésicatoire lui avait 
été appliqué au bras lorsqu’il prit le parti de quitter la Bel ¬ 
gique pour se rendre à Paris ( d’après le conseil de son mé¬ 
decin). La toux était fréquente, opiniâtre, toujours suivie 
de crachats puruleus, et ie sommeil n’avait lieu que par des 
momens fort courts. Ce malade, d’une constitution sèche et 
ardente, alla consulter divers médecins qui, après l’avoir ex» 
ploré , lui conseillèrent de continuer les moyens dont il avait 
lait usage, et d’aller passer l’hiver à 3 \ice, en Italie, ou dans 
d’autres contrées méridionales. 

Lorsque je fus appelé près de lui, les fumigations furent 
aussitôt commencées (le ai octobre 1827); elles diminuè¬ 
rent d’abord la fréquence de la toux et la quantité des cra¬ 
chats; l’appétit devint meilleur, le visage acquit une colo¬ 
ration plus vive, la peau resta toutefois dure et sèche; des 


( 

bains furent prescrits, et M. Bégin conseilla un régime adou¬ 
cissant. Le mieux être était bien décidé dès le i er novembre. 
Depuis lors, excepté les impressions défavorables résultant 
de la variation atmosphérique, le rétablissement a continué 
à faire de sensibles progrès. Aujourd'hui, M. le comte de *** 
a l’espoir fondé d’obtenir une guérison entière3 l'appétit est 
excellent, les nuits calmes, les forces revenues à l’état ordi¬ 
naire , et tout fait présager que cette guérison ne se fera pas 
désormais attendre long-temps. 

J’ai commencé dans les hôpitaux , et spécialement à l’Ho- 
tel-Dieu de Paris, sous la direction et d’après le désir des 
médecins de cet établissement, des applications de chlore ; 
mais elles ne sont pas encore assez avancées pour que je croie 
convenable d’en parler. 

Il n’échappera à personne, d’après l’exposé succinct que je 
viens de présenter, que l’administration intérim du chlore 
pur gazeux n’offre aucun des inconvéniens reprochés par 
Fourcroy à l’oxigène. Tous nos malades ont été soulagés, 
tous ont vu leur respiration devenir plus facile, leurs cra¬ 
chats moins abondans , leur oppression moins grande; aucun, 
n’a été atteint de chaleur aux poumons, d’ardeur à la poi¬ 
trine, de fièvre, d’hémoptysie; si cet accident s’est montré 
chez le sieur D***, on doit l’attribue^* à la course impru¬ 
dente a laquelle il se livra, gt non au chlore, puisque l'admi¬ 
nistration de ce remède calma le crachement de sang, au lieu 
de l’entretenir et de l’augmenter, comme cela n’aurait pas 
manqué d’arriver s’il avait été la cause de son apparition. 

L’inspiration du chlore pur est évidemment supérieure à 
celle du chlore dégagé des chlorures d’oxides, ou conduit a 
travers des tubes métalliques jusqu’aux organes des malades; 
enfin il est a noter que, sous l’influence du chlore, tous les 
malades respirent plus facilement, dilatent mieux leur poi¬ 
trine , qu’ils éprouvent un sentiment de bien-être et de plaisir 
très-remarquable; enfin que leur appétit devient plus consi¬ 
dérable, et que souvent on est obligé d’augmenter la quan¬ 
tité des alirnens dont ils font usage, ce qui annonce à la fois, 
et la diminution de l’irritation pulmonaire, et une énergie 
plus grande communiquée à toutes les actions vitales. 

Il résulte par conséquent des faits recueillis jusqu’ici : 

i°. Que, dans aucun cas, l’inspiration du chlore n’a été 
nuisible et n’a présenté d’inconvénient ; 


( a38 ) 

2°. Que, dans les affections les plus graves et entière¬ 
ment incurables, elle soulage les malades et prolonge leur vie ; 

3 °. Que, dans les cas où les autres moyens médicaux se 
montrent insùfûsans, elle guérit en un temps plus ou moins 
prolongé, et que dès-lors elle constitue un des remèdes les 
plus puissans que l’art puisse opposer a la phthisie. 


Sur une nouvelle méthode de traiter la syphilis générale ; 
par le docteur Dzondi , Professeur à V Université de 
Halle. 


Toutes les formes sous lesquelles la syphilis se présente 
peuvent être guéries par la méthode que je vais faire con¬ 
naître , toutes* même les plus anciennes et les plus enraci¬ 
nées. Dans l’application de cette méthode , peu importe, je 
parle par expérience, le temps depuis lequel les sujets sont 
atteints de ia maladie : jours, semaines, mois, années, tout 
cela ne fait rien! Une syphilis qui date de vingt ans peut 
être guérie radicalement dans le même laps de temps (quatre 
semaines), et avec la même quantité de médicamens, que celle 
qui subsiste seulement depuis vingt jours. Celie-ci exige un 
traitement aussi long et une aussi grande quantité de remède 
que l'autre. Vérité grande, importante et toute neuve ! vérité 
qui se confirme pour moi depuis douze ans déjà ! 

Dans le voyage que je fis en 1821 et 1822 en France, en 
Hollande, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et dans une 
grande partie de l’Allemagne, et dont le but était en partie 
de m’instruire des différentes méthodes d’après lesquelles on 
traite la syphilis, je trouvai partout au fond la même ma¬ 
nière, la même marche de traitement. Partout 011 faisait pé¬ 
nétrer dans le corps du malade, pendant quelque temps, et 
soit par l’intérieur, soit par l’extérieur, une quantité plus ou 
moins considérable de mercure, jusqu’à ce que les signes ex¬ 
térieurs de la maladie eussent disparu , après quoi ou le ré- 
putait guéri, et, sans s’inquiéter ordinairement du mercure 
qu’on avait fait entrer de force dans l’économie, on ne cher¬ 
chait point à savoir s’il y restait ou s’il en était expulsé. Le 
mal était-il opiniâtre, on prolongeait l’emploi du remède 
pendant un temps plus long, durant plusieurs mois, ordi- 



( 23g ) 

naireraent à La même dose, ou tout au plus à une dose un 
peu plus forte, et si le mieux ne se faisait pas apercevoir, 
on changeait de préparations, puis on recommençait comme 
par le passé, de manière qu’il arrivait quelquefois an ma¬ 
lade d’être ainsi, pendant des années entières, traité et mal¬ 
traité avec le mercure. 

Dans la plupart des hôpitaux, on ne s’attachait pas le 
moins du monde a faire que, par une élévation convenable 
de la température, le poison mercuriel, poison bien autre¬ 
ment redoutable que le contagium vénérien , lût expulsé du 
corps par la transpiration cutanée. A Paris, je trouvai, dans 
l'hôpital des Vénériens, les fenêtres ouvertes toute la jour¬ 
née dans une saison très-froide, et de manière qu’il régnait 
toujours un courant d’air dans les salles. Les pauvres ma¬ 
lades n’étaient que légèrement couverts de couvertures en 
(aine, et pouvaient à peine se garantir du froid, bien loin de 
pouvoir s’entretenir dans une douce transpiration. 

En Angleterre, on donne le calomélas a si fortes doses et 
avec tant de persévérance, qu’il s’ensuit une salivation ter¬ 
rible, qui dégénère quelquefois en inflammation et adhé¬ 
rence totale de toute la membrane muqueuse de la bouche, 
de manière que les malades ne peuvent plus écarter les m⬠
choires de toute leur vie. J’en ai vu deux exemples a la fois, 
dans l’hôpital de Middlesex, sous Charles Bell. 

De toutes les méthodes, celle de Louvrier est assurément 
la plus redoutable, et cependant elle ne peut point procurer 
la guérison radicale des maux invétérés. J’ai guéri beaucoup 
de malades qui s’y étaient soumis inutilement. 

Mais la plus ridicule est celle de purger au moyen de 
grandes doses de calomélas : elle n’a jamais guéri personne 
de la vérole. 

Principes de la nouvelle méthode. -— i°. Le mercure est 
un poison redoutable. — Le mercure est un poison redou¬ 
table, dont les effets fâcheux sur le corps humain surpassent 
de beaucoup ceux du contagium vénérien. 

C’est la première vérité importante dont un médecin doit 
se convaincre dans le traitement de la syphilis: vérité que 
l’expérience démontre malheureusement tous les jours, et 
dont je connais d’affreux exemples; vérité que des milliers 
de médecins méconnaissent, et que certains même révoquent 
peut-être en doute. Il est beaucoup plus facile de guérir la 


( 4o ) 

syphilis la plus invétérée qu’un empoisonnement par le mer¬ 
cure. La première peut céder en quelques semaines* l’autre 
résiste des mois et môme quelquefois des années entières, 
suitout lorsque 1 empoisonnement a eu lieu peu a peu. Plus 
d un de ceux qui se croient atteints de la syphilis on d’autres 
maux, ne doit ses souffrances cju’a la maladie mercurielle. 
Cependant tout emploi du mercure ne détermine pas un em¬ 
poisonnement. Il n’y a que l’emploi inconsidéré de ce métal , 
qui, en lui-meme, est un excellent médicament, qu’aucun 
autie ne saurait remplacer. Il ne cause un empoisonnement 
que quand il séjourne dans le corps humain, surtout en 
grande quantité, car l’empoisonnement par le mercure a ses 
degrés, de même que la syphilis. Le mercure peut être 
donné en grande quantité sans causer d’empoisonnement, 
pourvu qu’il soit administré d’une manière convenable, et 
expulsé rapidement du corps. 

2 . La syphilis ne peut etre guérie radicalement sans 
mercure. Vingt années de recherches, d’observations, de 
voyages et d’expériences m’ont appris que la vraie vérole ne 
peut être guérie radicalement sans mercure dans notre climat 
septentrional. Les sudorifiques paraissent suffire dans les 
contrées plus chaudes du midi, mais ils sont insuffisans dans 
notre pays. Il est vrai que les symptômes extérieurs peuvent 
être écartés en partie et pour quelque temps par d’autres 
moyens aussi j mais jamais la vérole ne saurait être ainsi 
guérie d’une manière radicale. 

Ni le gayac, ni la salsepareille, ni les acides, ni l’ammo¬ 
niaque, ni les méthodes par la sueur et par la faim , ni les 
remèdes de Beinaid et d Osbeck ne peuvent procurer une 
guérison radicale de la vérole: le mercure seul a ce pouvoir; 
mais il ne 1 a pas quand on suit la méthode accoutumée dans 
son emploi. C’est ce qu’ont aperçu plusieurs praticiens de 
diverses nations. Aussi ont-ils eu recours a d’autres moyens. 
Ainsi Pockel à Brunswick, et Hill a Edimbourg, tous deux 
chargés d hôpitaux militaires, car on ne pourrait faire de pa- 
jeilles expériences dans d autres, ont essayé de guérir ia vé¬ 
role parla méthode débilitante générale, et, d’après ce qu’ils 
m ont dit eux-memes , ils guérissent un ulcère syphilitique 
primitif, par exemple aux parties génitales, dans l’espace de 
quatre à six semaines. Le malade sort, mais il revient un, 
deux ou trois mois après, avec un ulcère syphilitique second 


( 2 4i ) 

$aire dans la gorge.; ce nouveau symptôme est guéri encore 
de la même manière et dans le même laps de temps sans mer¬ 
cure; mais le malade rentre a l'hôpital, au bout de quelques 
semaines, avec un exanthème syphilitique. Après qu’il y a 
été traité de nouveau, pendant plusieurs semaines, par la 
saignée, les évacuans, les débilitans et la diète, sans mercure, 
on le renvoie guéri, mais il ne tarde point à rentrer avec des 
douleurs ostéocopes vénériennes. Délivré aussi de ces dou¬ 
leurs de la même manière et dans une même période de 
temps, il semble alors être radicalement guéri, parce qu’il né 
rentre plus à l’hôpital pour une maladie syphilitique recon¬ 
nue ; au moins a l’époque dont je parle n avait-on point en¬ 
core recueilli de faits positifs a cet égard. Mais il n’est pas 
pour cela débarrassé de la syphilis. Celle-ci le tourmenté 
diversement, tantôt d’une manière et tantôt-d’une autre 
comme vérole larvée, ce dont je pus me convaincre en pre¬ 
nant la peine de causer avec ces malades guéris, et de les in¬ 
terroger sur leur santé. L’un d’eux s’était même suicidé en¬ 
suite par mélancolie; un autre était presque tout contracté* 
np troisième avait toujours les yeux rouges et une toux sèche! 
Mais admettons que la syphilis finisse par guérir radicale¬ 
ment de cette manière, qui voudrait se soumettre a un trai¬ 
tement exigeant des années? 

5°. Le mercure , administré de la manière ordinaire , lia 
pas le pouvoir de guérir radicalement la 'vérole . — La ma¬ 
nière ordinaire de donner le mercure, quelque préparation 
qu’on emploie, consiste à faire prendre ou frictionner une 
certaine quantité de cette substance, par exemple un hui¬ 
tième, un quart de grain, un grain entier ou plus, pendant 
quelque temps, et à déterminer la quantité qu’un sujet a 
prise, non d’après celle qu’il a prise à la fois, mais d’après 
le temps durant lequel il a usé du mercure. On dit, par 
exemple, qu’à telle époque il a pris vingt ou trente grains 
de mercure. 

Quelquefois aussi, on note si un malade qui prend du 
mercure a salivé, et on paraît croire que c’est là un signe de 
l’activité pénétrante du métal. 

Mais ni la quantité de mercure qu’un malade a prise peu 
à peu . ni l’action que cette substance exerce sur les glandes 
salivaires, ne peut servir à prouver que la cure de la vérole 
est complète. En effet, un homme peut avoir pris, pendant 
trois mois ou trois ans. un ou deux grains de mercure par 

TOME XXXI. !(3 


('24a ) 

jour,, et cependant n’être rien moins que débarrassé de sa 
maladie. La salivation éclate très-promptement, souvent 
après deux grains de mercure, quand on s’expose a des 
causes de refroidissement. 

Il n'y a que des degrés légers de contagion syphilitique 
qui puissent être guéris radicalement par cette méthode ordi¬ 
naire. Des degrés plus vioiens, ou n’y cèdent pas du tout, 
ou ne font que s’adoucir, ou bien seulement on voit dispa¬ 
raître les symptômes extérieurs , et la maladie prend un ca¬ 
ractère larvé. 

4°- Le sublimé est le moyen qui , convenablement em¬ 
ployé , peut guérir radicalement toutes les formes de la 
syphilis. — Le sublimé corrosif, bien préparé et bien admi¬ 
nistré , est, d’après mon expérience de dix années , le seul 
moyen qui puisse guérir radicalement toutes les formes de 
la vérole, même les plus invétérées. Je dis le seul, c’est-à- 
dire le seul que je connaisse, et dont l’expérience m’ait fait 
constater l’efûcacité. En vain j’ai employé le calomélas, le 
mercure improprement appelé soluble ,Me nitrate de mercure, 
à doses croissantes; aucune de ces préparations ne m’a si 
complètement réussi que le sublimé. Peut-être y a-t-il d’au¬ 
tres moyens encore, mais je ne les connais pas. 

Le sublimé doit être bien préparé. Je le donne ordinaire¬ 
ment sous la forme de pilules d’un grain , que je fais prépa¬ 
rer avec parties égales de croûte de pain blanc non salé et 


du sucre , de manière que vingt pilules contiennent un grain 
de sublimé. Certains apothicaires trouvent plus commode 
d’avoir une solution concentrée de sublimé préparée d’avance, 
et dont, à proportion de sa force, ils prennent un plus ou 
moins grand nombre de gouttes pour correspondre au itoin- 
bre’prescrit de grains. Je crois avoir remarqué qu’une disso¬ 
lution de sublimé perd de sa force quand on la garde long¬ 
temps. Il est donc nécessaire que le pharmacien prenne du 
sublimé solide, et qu’il ne ie dissolve dans l’eau qu’au mo¬ 
ment de l’incorporer dans sa masse piiulaire. 

J’ignore combien de temps les pilules préparées conservent 
leur efficacité; ce que je sais, par expérience, c’est qu’elles 
restent certainement bonnes pendant trois ou quatre mois. 
Je n’en ai jamais gardé plus long-temps. On dit que le pain 
décompose le sublimé, et le convertit en calomel. Je n’ai pas 
observé cet effet dans le laps de temps que je viens d’indiquer. 

D’abord, je donnai le sublimé en dissolution aqueuse ou 


I 


( 243 ) 

alcoolique; et, sous celle dernière forme surtout, aux ma¬ 
lades ayant l’habitude des boissons spiritueuses ; mais j’ai 
trouvé qu’il n’est pas si bien supporté, qu’il est plus facile¬ 
ment vomi, et qu’il cause plus fréquemment des coliques. 
L’expérience m’a appris que la forme pilulaire est la meilleure 
pour le donner, surtout à haute dose, parce qu’alors il ne se 
dissout pas si vite dans l’estomac, et attaque moins ses mem¬ 
branes, n’agissant sur lui que peu à peu. J’ajoute fréquem¬ 
ment de l’opium aux pilules, et cela principalement 

a. Lorsque le sublimé donne des coliques. C’est ce qui ar¬ 
rive ordinairement trois, quatre ou cinq heures après qu’on 
l’a pris, mais se voit très-rarement, et presque toujours à la 
suite de certains alimens, tels que le lait. 11 m’arrive quel¬ 
quefois alors, au lieu de faire entrer de l’opium dans les 
pilules, de donner en même temps qu’elles, ou quaud les co¬ 
liques surviennent, une, deux, trois ou quatre gouttes de 
laudanum. 

b. Quand le malade éprouve des douleurs violentes; car 
c’est une remarque applicable à toutes les maladies et à tous 
les remèdes, que les médicamens agissent d’autant moins que 
les douleurs sont plus vives, de manière que, pour rendre 
l’organisme accessible a l’action des substances médicinales, 
il est nécessaire de le débarrasser de ses douleurs. Alors on 
doit donner les narcotiques, l’opium surtout, à doses crois¬ 
santes , jusqu’à ce que la douleur cesse. Dans les maladies 
syphilitiques, les douleurs ostéocopes etc., une petite dose 
est suffisante. Dans les douleurs dues à une cause mécanique 
(une hernie étranglée) ou chimique (brûlures), des doses en 
progression géométrique d’un, deux, quatre, huit, seize, 
trente-deux, soixante-quatre gtains par heure, sont néces¬ 
saires. Jamais les donieurs syphilitiques n’ont résisté à de 
fortes doses d’opium. 

5°. Le mercure doit être administré à doses toujours 
croissantes , suffisamment élevées et prises à la fois. — 
C’est un des trois principes fondamentaux sur lesquels ma 
méthode repose, et par lesquels elles se distingue de toutes 



pour le mercure ce qu’on fait pour l’émétique; c’est-à-dire 
au lieu d’un demi-grain ou d’un grain, d’en donner au ma¬ 
lade jusqu’à ce qu’il vomisse. Je conçus cette idée il y a envi¬ 
ron dix ans lorsque je fus parvenu à guérir la nycialopie 

16. 


( 2 44 ) 

scrofuleuse opiniâtre par des doses toujours croissantes d’ex¬ 
trait de ciguë, portées jusqu’à trois ou quatre drachmes par 
jour, en commençant par un a deux grains. J’appliquai la 
même méthode au sublimé, et l'évènement justifia mon 
attente. 

Jusqu’à présent on n’a point eu égard a la quantité de 
mercure que le malade prend par dose ; mais l’expérience 
a prouvé qu’on peut en prendre des quantités énormes, dans 
six mois par exemple, sans être radicalement guéri ; tandis 
qu’une bien plus faible quantité, prise en une seule fois, pro¬ 
cure une pleine et entière guérison. 

Fondé sur ce principe , je commençai par un dixième de 
grain de sublimé, et je m’élevai peu à peu, par un vingtième 
de grain chaque jour, jusqu’à deux et trois grains par dose, 
et de cette manière je guéris en peu de temps des malades 
qui avaient été vainement traités auparavant par d’autres 
médecins et par moi durant des années entières : malades 
atteints d’ulcères affreux qui avaient déjà causé de grands 
ravages , malades qui avaient perdu le rebord inférieur de 
l’orbite, qui avaient plusieurs ouvertures au palais, ou 
perdu le nez, un œil , une portion du crâne, ou enfin dont 
les jambes étaient couvertes de nombreux ulcères; tous fu¬ 
rent guéris dans le court espace de quatre semaines , sans 
employer aucun moyen local. 

Maintenant, dira-t-on, jusquՈ quelle dose doit-on lՎ 
lever en général, et dans tel ou tel cas particulier? Car 
ce qui est vrai des autres médicamens l’est aussi du mercure. 
Il faut une faible dose chez les uns, et une forte dose chez 
d’autres, pour produire l’effet qu’on a en vue. 

En outre, il faut peser qu’il n’v a pas seulement des 
degrés fort différens d’infection vénérienne, mais encore que 
la syphilis n’est pas également ancienne chez tous les sujets, 
que chez l’un elle n’a encore intéressé que les membranes 
muqueuses et les tégumens généraux, tandis que chez un 
autre elle a déjà attaqué le périoste ou même le système 
nerveux. 

Ces deux problèmes ne sauraient être résolus d’une ma¬ 
nière générale. 

A l’égard du second , il n’y a point de signes auxquels on 
puisse reconnaître quelle est la réceptivité d’un sujet pour le 
mercure , et combien il doit en prendre pour être radicale¬ 
ment guéri ; car, si l’on voulait tirer quelque conclusion de 


( 245 ) 

là longueur du temps depuis lequel il était malade, ori se¬ 
rait cependant incertain du degré auquel il a été infecté, puis¬ 
que les moindres degrés de la vérole peuvent durer tout aussi 
long-temps que les autres, lorsqu'ils ne sont pas traités 
d’une manière convenable. 

Quant au premier, on ne saurait plus rien établir de pré¬ 
cis a l’égard des doses auxquelles le sublimé peut et doit être 
porté en général. 

C’est donc l’expérience seule qui doit décider ces ques¬ 
tions ; aussi m’a-t-il fallu long-temps pour arriver à un degré 
suffisant de certitude. D’abord je ne fis monter l’un que jus¬ 
qu’à un grain, et l’autre jusqu’à deux et trois par dose ; et 
je vis tous les accidens disparaître après un grain, mais 
reparaître au bout de quelque temps. Deux ou trois grains 
causaient à la plupart de grandes incommodités, n’étaient 
souvent pas supportés, étaient vomis, ou causaient des 
symptômes d’empoisonnement. 

Enfin, après de nombreuses observations, je trouvai que, 
sur cent sujets, quatre-vingt-dix-neuf étaient guéris radica¬ 
lement en prenant le sublimé à dose peu à peu croissante, 
jusqu’à un grain et demi. Dans des cas très-rares, il était né¬ 
cessaire, ou de monter encore un peu plus haut, ou de re¬ 
doubler la seconde moitié du traitement, c’est-à-dire de faire 
prendre les grandes doses pendant huit à quinze jours en¬ 
core. Dans le premier, on augmente en proportion de la ma¬ 
nière dont le sublimé est supporté et des bons effets qu’il 
produit. J’ai été jusqu’à trois grains par dose ; cependant cela 
ne m’a été nécessaire qu’extrêmement rarement, à peine une 
fois sur cent. 

Comme on ne peut jamais savoir a priori si lin malade a 
besoin de peu ou de beaucoup de mercure pour sa guérison 
radicale, j’ai fixé la quantité qui vient d’être indiquée, et je 
l’ai fait prendre à tous les malades, qu’ils fussent atteints de 
la syphilis primitive ou secondaire, récente ou invétérée, 
c’est-à-dire que j’ai donné le sublimé depuis un dixième de 
grain jusqu’à un demi-grain, en augmentant peu à peu la 
dose par dixièmes de grain. 

Ayant remarqué que, ni à jeun, ni quelque temps, par 
exemple une, deux, trois heures, après le repas, le sublimé 
n’est pas facilement supporté ni digéré, mais qu’il est vomi 
ou qu’il excite des douleurs, je le fis prendre immédiatement 


( 2 46 ) 

après le repas. De cette manière les plus fortes doses sont en 
général supportées aisément. 

Cependant, il lui arrive souvent de ne point être complè¬ 
tement digéré. Alors, surtout à fortes doses, il occasione, 
quelque temps, trois, quatre ou cinq heures après le repas, 
quand la digestion dés alimens est achevée, un peu de dou¬ 
leur ou au moins un sentiment désagréable dans le bas-ventre 
ou la région précordiale, qu’on fait cesser en prenant un peu 
de nourriture légère, par exemple un biscuit, ou un, deux 
à trois grains de laudanum. 

Le sublimé va avec la plupart, des alimens; les acides 
même, pris modérément et non immédiatement après, ne 
causent aucune sensation désagréable. Le lait et les alimens 
laiteux paraissent être ceux qu’on supporte le moins, ou tout 
au moins ceux qui disposent le plus aux douleurs de ventre, 
trois a quatre heures après le repas. Les boissons spiritueuses, 
le café, le thé, ne font point de mal. 

6°. Le mercure doit être pris rarement . Comme le su¬ 
blimé est un poison, on doit, quand on l’emploie comme 
médicament, laisser a l’organisme le temps de réagir contre 
l’irritation qu’il excite, ou, ce qui revient au même, mettre 
assez d’intervalle entre les doses pour que l’organisme ne se 
sursature point de mercure. 

Je fis d’abord prendre les pilules une fois par jour, immé¬ 
diatement après le dîner, en augmentant d’une par jour. 
Mais je trouvai que cette marche amenait de la sursatu- 
ration chez certaines personnes, et qu’il fallait discontinuer 
l’emploi du mercure. C’est pourquoi je ne donnai plus en¬ 
suite les pilules que tous les deux jours, et remarquai qu’elles 
produisaient ainsi un tout aussi bon effet. Mais afin que des 
doses suffisamment fortes de mercure pussent être prises a la 
fois dans le temps donné, je fis monter chaque jour d’uti 
dixième de grain ou deux pilules, de manière, par exemple, 
que le malade prît aujourd’hui quatre pilules, demain rien, 
après-demain six pilules, le jour suivant rien, deux jours 
après sept pilules, et ainsi de suite. 

Je commence par quatre pilules, et je vais jusqu’à trente. 
Les grandes doses peuvent être partagées en plusieurs, que 
le malade avale à peu de distance les unes des autres. 

Depuis que j’emploie cette méthode, je n’ai jamais vu au¬ 
cun exemple de sursaturation de mercure, lorsque le malade 


( 2 47 ) 

n’avait pas déjà fait abus de ce métal. Il est rare aussi que la 
bouche s’affecte et que la salivation survienne, à moins que 
le malade n’ait déjà pris beaucoup de mercure auparavant, 
qu’il ne se soit refroidi pendant le traitement, que le malade, 
si c’est une femme, ne se trouve à l’époque critique. Il est 
surprenant combien il faut peu de mercure pour produire 
une violente, longue et rebelle salivation chez les femmes 
sur le retour. 

Il faut éviter avec soin la salivation , suspendre les pilules 
dès qu’on en aperçoit les prodromes, et 11 e les reprendre que 
quand tous les accidens sont dissipés. Alors on recommence 
par le nombre auquel on s’était arrêté, on soustrait le temps 
d’interruption de celui du traitement, et bon prolonge ce 
dernier d’autant de jours que le malade en a été sans prendre 
de pilules. 

Cependant, si l'on s’est élevé presque jusqu’au maximum, 
et que tous les signes de la syphilis aient disparu, il n’est 
pas absolument nécessaire d’interrompre lorsque les prodromes 
de la salivation se déclarent. Qu’on prenne alors la dernière 
dose de pilules avec quelques gouttes de laudanum, et qu’on 
se frotte souvent les gencives avec de la poudre de quin¬ 
quina, ce qu’on peut faire aussi pendant tout le traitement; 
ce sera le moyen d’empêcher que l’inflammaîion des gencives 
devienne considérable, car on sait qu’en général le sublimé 
n’occasione pas la salivation aussi facilement que le calo- 
mélas. 

7 0 . Le mercurene doit pas rester dans le corps , mais 
doit en être chassé de suite par la transpiration. — C’est 
un des seconds principes fondamentaux de ma méthode. 
Mais on ne peut expulser le mercure d’une- manière qui ne 
contrarie point son action qu’en exaltant la transpiration 
cutanée après qu’il a pénétré l’organisme entier. Il ne faut 
pas le faire sortir par le canal intestinal, car alors il n’agit 
pas, et quand il produit la diarrhée, on doit aussitôt le sus¬ 
pendre, pour combattre cet accident. 

La peau est 1 organe par lequel on doit expulser le mer¬ 
cure : car alors il a pénétré tout le corps et toute la masse 
du sang; il s’est amalgamé avec tout le contagium syphi¬ 
litique, qu’il entraîne, ou bien il l’a neutralisé, et ii le fait 
sortir avec lui par la transpiration. 

C’est donc une condition de rigueur, sans laquelle les 
pilules ne procurent pas la guérison, mais produisent seule- 


( 248 ) 

ment une nouvelle maladie, que, pendant quatre semaines 
sans interruption, la transpiration cutanée soit entretenue 
active par une atmosphère chaude et sèche. Il n’est pas né¬ 
cessaire que le malade sue, quoiqu’une sueur modérée soit 
plutôt utile que nuisible; mais il suffit que, chez lui, la 
transpiration insensible soit un peu plus abondante qu’elle 
ne l’est ordinairement. 

Pour cela, il faut qu’il s’habille chaudement, qu’il ne 
quitte jamais la chambre en hiver, qu’il ne couche point 
dans une chambre froide, qu’il ne sorte de sa chambre pour 
aucun besoin, et qu’en hiver il ne sorte que par un temps 
chaud et serein , jamais le matin ni le soir. 

Cependant il ne faut pas que la chambre soit très-chaude : 
16 'a 18 degrés suffisent, ou un peu plus, suivant les sujets. 

Le malade doit éviter le voisinage des fenêtres, près des¬ 
quelles existe toujours un petit courant d’air. 

Il doit aussi s’éloigner des murs qui communiquent avec 
l’extérieur, et ne pas coucher contre. 

Enfin, il est bon que la chambre soit spacieuse, afin que 
l’air puisse s’y renouveler plus facilement. Ce renouvelle¬ 
ment est si nécessaire que, quand on le néglige, il peut en 
résulter pour le malade des suites plus redoutables que la 
vérole elle-même. Eu effet, le mercure étant rejeté par la 
transpiration dans l’atmosphère au milieu de laquelle vit le 
malade, ce dernier le respire avec sa propre expiration cu¬ 
tanée et pulmonaire, c’est-à-dire avec les matériaux usés de 
son corps, ce qui produit pour lui le plus redoutable des 
erapoisonnemens. Lorsque ce cas arrive, les ulcères prennent 
un caractère sordide et putride, ils deviennent douloureux, 
rongent autour d’eux, grandissent en surface et profondeur, 
et ne tardent pas à détruire les parties voisines, prépuce, 
palais , nez, etc. Souvent le médecin croit n’avoir pas donné 
assez de mercure, et force la dose; mais il ne fait par là que 
rendre le mal plus fâcheux. 

Le linge de corps et de lit doit être changé souvent, mais 
après avoir été mis à l’air pendant six à douze heures dans 
une chambre chaude, et placé sur le poêle en hiver. 

Dès que les premiers symptômes de cet empoisonnement 
par une atmosphère animalisée paraissent, on cesse de suite 
l’usage du mercure, et l’on transporte le malade dans une 
autre chambre, ou bien on purifie son atmosphère en ou¬ 
vrant trois ou quatre fois par jour les fenêtres pendant un 


( 2*9 ) 

demi-quart d ; heure. Chaque fois le malade doit se retirer 
dans une autre pièce, ou se mettre au lit et s’y couvrir. 

8°. Il faut entretenir aussi active que possible la faculté 
absorbante dans le corps , afin que les substances ennemies, 
le contagium syphilitique amalgamé avec le mercure, soient 
prises par le système lymphatique, reportées dans la masse 
du sang, et rejetées par les organes exbalatoires. 

C’est le troisième principe fondamental de ma méthode. 

Pour remplir ce but, il n’y a pas de meilleure méthode 
que celle de diminuer les alimens au point de n’en permettre 
que la quantité strictement nécessaire. 

Ainsi, pendant quatre semaines, je prive le malade de la 
moitié au moins des alimens qu’il prend en santé. Je dis au 
moins, parce que la plupart des hommes pourraient très- 
bien vivre, non pas seulement quatre semaines, mais même 
toute leur vie, avec la moitié des alimens qu’ils ont coutume 
de prendre, et s’en porteraient beaucoup mieux. Beaucoup 
même en auraient assez du tiers de leur ration habituelle, 
et il en est plus d’un a qui le quart suffirait pour le rassa¬ 
sier et lui procurer une santé durable. 

Plus un. homme mange avec excès d’ordinaire, plus on doit 
le restreindre pendant le traitement 5 la moitié au moins, les 
deux tiers et même les trois quarts. 

On peut généralement manger ce qui plaît; mais cepen¬ 
dant il faut éviter les alimens difficiles a digérer et de mau¬ 
vaise qualité : il convient aussi de manger très-peu le matin 
et le soir. 

Toutes les boissons sont tolérables, pourvu qu’on n’en 
fasse pas excès, surtout des spiritueuses, et particulièrement 
de l’eau-de-vie. 

On est surpris de l’accélération que ce régime sévère ap¬ 
porte a la cure de tous les maux syphilitiques, et combien 
au contraire le traitement devient long, difficile, parfois 
même impossible, quand le malade 11e s’astreint point à la 
modération dans le manger. 

9 0 . La salsepareille est d’un grand secours pour le trai¬ 
tement. — Je fais boire une tisane de salsepareille préparée 
en jetant une pleine cuillerée à soupe de racine dans huit 
grandes tasses d’eau, réduites a quatre par une cocP.on lente, 
et donnant cette quantité, froide ou chaude, surtout dans 
l’après-midi, même les jours où le malade ne reçoit pas de 
pilules. 


( 25 o ) 

La salsepareille est un moyen depuis long-temps employé 
contre la syphilis. Elle favorise la transpiration, et paraît in¬ 
fluer sur la composition du sang et des humeurs quand il s’y 
trouve des acretés. Dans les pays chauds, on l’emploie seule 
avec avantage contre les légers degrés de la vérole - mais dans 
les contrées froides elle ne suffit pas , quoiqu’elle soit ce qu’on 
peut employer de mieux pour contribuer au succès du trai¬ 
tement. 

Mais il faut se garder d’en boire trop a la fois, surtout si 
l’on n’a pas un estomac robuste. Bue souvent par petites por¬ 
tions, elle est très-bien supportée. 

io°. Traitement local. — Tout traitement local tendant ’a 
guérir la vérole locale, ulcères, excoriations ou éruptions 
cutanées, sous quelque forme que ce soit, est nuisible. On 
doit y renoncer tout à fait, que le mal soit ancien ou ré¬ 
cent , car : 

a. Tons les symptômes loca.ux guérissent par l’administra¬ 
tion des médicamens à l’intérieur d’après la méthode indi- 
quée. Il n est donc pas necessaire de les employer aussi à 
l’extérieur. 

b. Le traitement local est surtout à rejeter parce qu’il 
nous prive du moyen de reconnaître si le traitement interne 
est efficace, et s’il a agi suffisamment. L’ulcère local est en 
quelque sorte le baromètre qui nous indique l’état intérieur 
du corps et la manière dont il se comporte a l’égard de la 
syphilis. Si on le guérit par des moyens locaux^ comme en 
le touchant avec la pierre infernale, ce qui est parfois très- 
possible, on se prive ainsi du seul signe à l’aidé duquel on 
peut s’assurer des progrès .faits dans le traitement. 

c. Enfin, après la guérison locale des symptômes locaux , 

par exemple des chancres, le mal reparaît ordinairement, 
toujours même, quelque part ailleurs, et toujours dans des 
endroits où sa présence entraîne plus de danger, lorsque la 
maladie générale intérieure n’a point été écartée par des re¬ 
mèdes interues. -n • 

Ainsi, la seule chose a faire, en cas d’ulcères récens et 
anciens, qu’ils aient ou non attaqué les os, consiste en ce 
qui suit : 

a . Garantir de l’air et du froid, par un appareil doux et 
chaud, avec de la charpie sèche, râpée quelquefois, quand 
la partie est délicate. Si cette charpie s’attache avec trop de 


( a5i ) 

force, et qu’elle cause de la douleur en la retirant, on l'en¬ 
duit de quelque corps gras ou de cérat. 

b. On n’emploie un peu de basilieum que chez les sujets 
âgés, très-faibles, et dont la peau est paresseuse. 

c. On a soin que le pus puisse s'écouler aisément, et on 
ne l'enferme pas par des emplâtres appliqués sur les ulcères. 
Il est donc nécessaire de renouveler le pansement plus d’une 
fois par jour. On applique de la charpie râpée entre le pré¬ 
puce et le gland, et on la change deux fois par jour. Jamais 
de tentes ni de bonrdonnets dans l'intérieur! Jamais d’injec¬ 
tions dans les ulcères accompagnés de maladie à l’os, sur¬ 
tout avec des substances irritantes î On n’entretiendra jamais 
la plaie ouverte de force. On n’y injectera que de l’eau tiède, 
quand le pus est abondant et fétide. 

d. Quand le traitement est fini, c’est-a-dire que les pilules 
ont été prises régulièrement pendant quatre semaines, et 
qu’un ulcère n’est point encore guéri, ou bien il n’est pas de 
nature syphilitique, ou, indépendamment de cette cause, il 
en a une autre, qui peut être une des suivantes ; 

a. De nature scrofuleuse. Alors il faut resciser les bords 
jusqu’aux parties saines, et toucher l’ulcère entier avec la 
pierre infernale, tous les deux jours. Ceci s’applique aussi 
aux ulcères couverts de bourgeons îuxnrians, qu’il faut ex¬ 
ciser et brûler, après quoi la-guérison se fait rapidement. 

b. La cause peut être mécanique ; par exemple, une forme 
fistuleuse, un corps étranger, etc. C’est le cas de conduire le 
traitement d'après les règles ciue la chirurgie prescrit. • 

c. De nature herpétique ou psorique. On traite alors en 
conséquence, mais la maladie e^-t souvent guérie, ou du 
moins adoucie, par le traitement antisyphilitique. 

d. Les os sont attaqués en même temps, et l'exfoliation ne 
peut pas se faire. Alors on ne fait rien localement, mais on 
attend que la nature ait opéré l’exfoliation, après quoi l’ul¬ 
cère guérit de suite. 

Ce qu'il y a de certain , et ce que confirme une expérience 
de dix années, c’est que quiconque suit ponctuellement ce 
mode rie traitement, peut être assuré de n’avoir plus la vé¬ 
role, et que ce qui peut encore persister en lui de symptômes 
morbides n'est plus causé ni entretenu par ce contagium. 

Il est très-rare, et se voit seulement chez les sujets qui 
ont été souvent infectés, mal traités, et non radicalement 


( 252 ) 

guéris, chez ceux dans le corps desquels le contagium véro-r 
ique a resté pendant des années entières, qu'on soit obligé 
e prolonger le traitement de quelques jours. Ce cas arrive a 
peine une fois sur cent. 

Tristes résultats d'une mauvaise application de ce trai¬ 
tement. — Le plus essentiel est de se tenir chaudement, pour 
entretenir une douce transpiration habituelle. Les écarts de 
régime, l abus du mercure, ni aucune autre faute ne peuvent 
entraîner autant de suites fâcheuses que le refroidissement 
de la peau à cette époque. 

Le plus fâcheux de tous les refroidissemens est celui qui 
dure long-temps. Un refroidissement momentané peut pro¬ 
duire la salivation ou des douleurs rhumatismales. Mais quand 
a transpiration est long-temps interrompue, il en résulte : 

1 . Salivation, excoriation, ulcération des gencives et de 
a ouche. Dès que ces accidens surviennent, on suspend les 

pilules jusqu’à ce qu’ils soient dissipés. 

2 . Douleurs et gonflemens dans diverses parties du corps, 
les pieds, les genoux, les tendons, la langue, le larynx, etc, 

i, prenant ces accidens pour vénériens, on continue l’emploi 
u mercuie, ils deviennent plus graves. La suspension du 
meicuie, les bains chauds, le soufre, l’opium, le cam¬ 
phre, etc., sont les moyens qu’on oppose à ces suites , qui 
durent souvent plusieurs mois. 

3 . Inflammations dans diverses parties du corps, yeux, 
poumons, etc. 

4 • faiblesse, tremblement par tout le corps, dyspepsie, 
paralysie, par exemple de la langue, des organes de la pa¬ 
role. 

5 °. Ulcères des plus fâcheux, surtout au nez, aux lèvres, 
dans 1 intérieur de la bouche, qui éclatent souvent lorsque 
les accidens véroliques sont dissipés, ont un aspect asthé¬ 
nique, avec des bords rongés, creusent rapidement et dé¬ 
duisent tout autour d’eux. Ces ulcères ne cèdent point au 
mercure, qui ne fait que les agraver : j’ai rarement réussi 
jusqu à ce jour à les guérir. Depuis peu seulement je crois 
avoir découvert un moyen contre eux, c’est la potasse caus¬ 
tique. On en fait dissoudre deux gros dans deux onces d’eau, 
on étend une cuillerée à calé de cette liqueur dans suffisante 
quantité d’eau pour que la langue n’en soit pas brûlée, et on 
fait prendre de ce mélange, tous les cinq à six jours, une 


( 253 ) 

cuillerée a café, en l’élevant jusqu’à 4, 5 et 6 à la fois, s’il 
est nécessaire. Ce moyen n’atîaque-pas les organes digestifs 3 
il augmente l’appétit et la faculté digestive. 

6°. L’empoisonnement général par le mercure et la ma¬ 
ladie mercurielle ne surviennent que quand le métal est [y’is 
pendant long-temps et en grande quantité, dans les circons¬ 
tances défavorables que j’ai indiquées. 

Récapitulation. — i°. Le moyen que j’emploie consiste 
en du sublimé préparé de la manière suivante : Hydrar- 

gyri sublimati corros. gr. xij, solo, in aq. distill. c. q. s. 
add. micœ panis albi , sacchari albi àà q. s. ut.f. pii. gr. j. 
n° 24.0- Consp . pulo. ciimam. aut Ijcop. D. Mais ce moyen 
ne produit rien, ou même est souvent très-nuisible, quand 
on l’emploie à la manière accoutumée. Il procure guérison 
radicale lorsqu'on l’administre de la manière suivante : 

2 0 . Les pilules sont prises seulement tous les deux jours. 

3 °. Elles le sont une seule fois par jour, immédiatement 
après le dîner; on boit ensuite un peu d’eau. 

4 °. On commence par quatre, et chaque fois on augmente 
de deux : 4» 6 , 8 , 10, de manière que le dernier jour du 
traitement le malade en prenne 3 o, ce qui fait un grain et 
demi de sublimé à la fois. 

5 °. On peut partager les grandes doses en fractions de 5 , 
6 et 8 pilules, qu’on avale l’une après l’autre. 

6°. Si les pilules sont vomies, on en donne une dose pa¬ 
reille , de suite ou peu de temps après, avec 2, 3 ou 4 gouttes 
de teinture d’opinm. 

7 0 . S’il survient des coliques, 3 , 4 ou 5 heures après leur 
ingestion, on donne 2, 3 , 4 > 5 ou 6 gouttes de teinture 
d’opium ou de laudanum. 

8°. Le traitement dure trois fois neuf jours. Il faut l’a¬ 
chever tout entier, sans exception pour aucun cas, et dans 
toutes les circonstances, si l’on veut être certain d’une guéri¬ 
son radicale, même lorsque tous les symptômes ont disparu 
dès la première moitié du traitement. 

9 0 . Si une cause quelconque, par exemple la salivation, 
oblige à interrompre le traitement pendant quelques jours, il 
faut, les obstacles étant écartés, reprendre les pilules par le 
nombre auquel on s’était arrêté, de manière à remplir le temps 
de quatre semaines. 

io°. Outre les pilules, on donne tous les jours une décoc- 


( 254 ) 

tion de salsepareille, bue peu à peu, surtout l’après-midi, 
chaude ou froide. 

i j 1 *' ma,a ^ e doit transpirer légèrement pendant toute 
la duree du traitement, même les jours qu’il ne prend pas de 
pi y îles : ne pas sortir de sa chambre en hiver, n’en sortir qu’à 
midi en ete, y être toujours vêtu chaudement, y éviter les 
courans d’air et l’humidité , s’écarter des fenêtres, et enfin se 
préserver encore des refroidisseraens pendant huit ou quinze 
jours apres le traitement achevé. 

12 1* -F ne man S er q ue l a moitié de sa ration ordinaire, 
quand il est petit mangeur, et le tiers ou le quart seulement 
.orsqu il est habitué a manger beaucoup : il ne prendra qu’un 

peu e liquide, ou tout au plus un petiî-pain, le matin et 
le soir. 

i 3 . Il peut boire et manger ce qui lui plaît, à l’excep¬ 
tion du cochon , de l’oie, du canard, du gibier, du fromage 
lait, des acides et du lait. Il ne prendra les boissons spiri- 
tueuses qu’avec modération. r 

i 4 °. On ne fera rien localement pour accélérer la guérison, 
si ce n est d écarter 1 air et le froid, et de procurer un libre 
écoulement au pus. 

Avantages de la nouvelle méthode. — Le principal est 
de procurer une guérison radicale. Jamais je n’ai vu la ma¬ 
ladie repaiaitie sous une forme quelconque chez ceux qui s’y 
étaient soumis, pourvu qu’ils ne se fussent pas de nouveau 
exposés à l’infection. 

. ün autre, quand on suit cette méthode à la lettre, con¬ 
siste en ce qu’on n’a point h craindre les suites fâcheuses de 
la sursaturation du mercure. 

Un troisième consiste en ce qu’elle ne porte aucune atteinte 
â la constitution, et peut etre employée dans toutes les cir¬ 
constances, dans toutes les saisons. 

Ulle se recommande enfin par le bon marché, car ce que 

io malade dépense en medicamens, il l’épargne, et au-delà, 
en ali mens. 

Pi e cautions pendant l emploi de cette méthode. —- Lors¬ 
que le malade a déjà pris beaucoup de mercure, surtout peu 
de temps auparavant, il est sage, avant de se soumettre à 
mon mode de traitement, de se préparer pendant deux , trois 
ou quatie semaines, par le foie de sou Ire, les Heurs de soufre 
avec 1 opium et les bains soufrés chauds , afin de chasser, par 


( a55 ) 

la sueur, le mercure qui se trouve encore dans son corps. 
Ainsi on lui fait prendre trois fois par jour une cuillerée a 
bouche de la potion suivante : Flor. ou lac suîphur. ^ij, 
tinct. opii g“. xx, aq. clistill. , ^ iv ; M. D. C. ; ou celle-ci : 
hep or sulph. /câlin., gr. xx, solve in aq. distill. ^ j, add. 
syr. cinnamomi 5 ij •> D. S ., 'a prendre en trois fois dans la 
journée. Pour le bain, on fait dissoudre une once de foie de 
soufre dans l’eau. Ce bain doit être d’abord tiède,"et seule¬ 
ment lorsque le malade y est depuis quelques minutes, on y 
ajoute de l’eau chaude peu a peu, jusqu’à ce qu’il sue. 

S’il y a disposition à la phthisie, il faut observer l’action 
du mercure sur les poumons, tenir surtout le malade chau¬ 
dement, entretenir la transpiration vive chez lui, et ajouter 
deux gouttes de laudanum aux pilules. J’ai trouvé qu’il sup¬ 
porte très-bien mon mode de traitement, avec ces précau¬ 
tions. 

Il faut guérir la diarrhée, si elle existe, ou si elle sur¬ 
vient dans le cours du traitement. Le mercure n’agit pas tant 
qu’il y a diarrhée. 

Les règles et la grossesse ne sont point un obstacle à l’em¬ 
ploi de ma méthode. Si l’écoulement sanguin est très-abon¬ 
dant , on suspend seulement les pilules pendant quelques 
jours. 


De Vefficacité du précipité blanc de mercure contre la 

dartre squameuse ; par le docteur Félix Vacquié. 

De toutes les maladies chroniques, celles qui lassent le 
plus promptement la patience humaine, ce sont incontes¬ 
tablement les affections de l’enveloppe tégumentaire, parce 
que leur existence empoisonne et détruit nécessairement le 
charme des relations sociales. Egalement pénibles aux deux 
sexes, elles n’ont pas pour seul adversaire la-coquetterie, 
ainsi qu’il arrive dans les difformités ortopédiques dont le trai¬ 
tement n’a encore été tenté que chez des femmes. Cependant, 
sous ce rapport aussi, les exanthèmes méritent toute la sol¬ 
licitude du médecin, et cela plus particulièrement pour la 
dartre squameuse qui affecte presque toujours le visage : 
« Est-il, dit M. Alibert, une maladie plus horrible et 
plus désespérante? Cependant, elle n’est malheureusement 



que trop répandue de nos jours, et les moyens de Part né 
sont que trop souvent sans pouvoir contre ce fléau si funeste 
pour l’espèce humaine? » N’est-ce rien d’ailleurs que de 
perdre tous les agrémens de la beauté? Mais d’autres désas¬ 
tres vont encore avec cette perte, que certains esprits taxent 
de frivole. Il n’est pas rare, en effet, de voir le teint se dé¬ 
colorer , la maigreur faire des progrès rapides, tous les 
phénomènes, en un mot, de la fièvre hectique , se manifester 
sous 1 influence du prurit dévorant et de l’excessive déper¬ 
dition humorale que cette affection entraîne. Il n’y a absolu¬ 
ment rien a ajouter au tableau fidèle et animé que M. Alibert 
a tracé de cet exanthème* il a d’ailleurs observé que les ma¬ 
lades qui ne succombent pas au marasme, sont alors assez 
souvent conduits par le désespoir au suicide. 

Mais alors que la dartre squameuse n’est point parvenue 
a ce degré de développement et d’intensité qui exerce une 
influence si défavorable sur le physique et le moral de 
l’homme, elle n’en constitue pas moins une affection fort in¬ 
commode. On sait qu’elle consiste en des plaques plus ou 
moins étendues et de formes diverses, d’un rouge intense, 
üccompagnéesd’un pruritinsupportable, fournissant une exsu¬ 
dation muqueuse parfois excessive, qui se concrète en écailles 
jaunâtres ordinairement larges et épaisses. Un caractère parti¬ 
culier , mais qu’on retrouve néanmoins dans quelques autres 
exanthèmes, notamment dans la gale, c’est que la dartre 
squameuse ne guérit jamais sans les secours de l’art, et 
qu’elle tend au contraire a s’accroître sans cesse. Lorsqu'elle* 
occupe l’entière habitude du corps, comme cela se voit quel¬ 
quefois, son traitement exige, dans l’emploi des moyens, 
une promptitude dont on peut absolument se dispenser lors¬ 
qu’elle est circonscrite. Dans tous les cas, c’est , je pense, 
une étude utile que de chercher un remède efficace à une 
affection aussi opiniâtre, but dont je crois m’être rapproché, 
comme on en jugera par les observations suivantes: 

Obs. i. — M. L***, propriétaire et cultivateur , âgé de 
trente ans environ, vint réclamer mes conseils, le 3 juin 
*827, pour une dartre quil portait depuis fort long-temps 
aux extrémités inférieures. Elle existait de chaque côté, à la 
partie interne des deux jambes et sur le tarse, se dirigeant 
vers le bord interne du pied. Deux plaques arrondies, de la 
largeur de deux pièces de six liv. la constituaient. Un fond 
très-rouge apparaissait dans les points qui n’étaient pas 


( 2^7 ) 

recouverts par des écailles d’un blanc-jaunâtre. On s’aperce¬ 
vait facilement, â la rougeur luisante des parties voisines, 
qu'elles avaient été successivement parcourues par l’exan’ 
thème, et l’épiderme s’en détachait encore sous forme pul¬ 
vérulente. Un prurit cuisant tourmentait incessamment le 

malade, qui résistait avec peine au désir de se déchirer avec 
les ongles. 

Une saignée fut faite conformément a son désir 5 il lui fut 
recommandé de faire des lotions fréquentes avec une disso¬ 
lution d’amidon , et de recouvrir les parties suppurantes avec 
du linge fin enduit de pommade de concombre. 

Ces moyens furent continués quinze jours , sans amener 
nn changement notable. Le cérat soufré fut substitué alors 
a la pommade précitée, mais sans plus d’avantage. Me rap¬ 
pelant alors que l’on a conseillé une pommade faite avec le 
cyanure de mercure et l’axonge, précisément dans les cas où le 
prurit est le plus vif, j’en prescrivis l’usage, en me confor¬ 
mant à la formule indiquée par l’auteur lui-même 1 : mais, 
soit méprise de la part du pharmacien , soit plutôt qu’il n’eût 
pas dans ce moment le cyanure de mercure, il employa, sans 
me prévenir , le précipité blanc. 

En moins d une semaine, la dessiccation de l’exanthème 
fut parfaite, et le prurit cessa dès la seconde application 
de la pommade ainsi composée. Une once d’axonge avec 
quinze grains de précipité blancsuffit donc pour une guérison 
qui ne s’est point démentie depuis cette époque. 

Obs. 2. Philippe R*** f domestique , âgé de vingt-cinq 
ans, était, depuis près d un an , traité pour une dartre qu’il 
avait a la jambe droite. Située au dessus de la malléole cx- 
terneelle s étendait jusque sur le coude- pied, dans un espace 
de trois à quatre pouces de circonférence. Elle s'accompagnait 
d’une démangeaison insupportable, et donnait lieu â une 
excrétion muqueuse, qui se condensait en petites écailles jau¬ 
nâtres assez épaisses, au dessous desquelles 011 découvrait la 
peau extrêmement rouge et presque saignante. 

Des lotions fréquentes avec la dissolution d’amidon et des 
pansemens avec du cérat soufré furent prescrits. S’apercevant 
aucun résultat avantageux de l’emploi de ces moyens après 


•3^ G y a mire clc nieïWre.. 

Axonge.. . ... . 

Essence dç citron. - . 

F. SM&i •' "■ ' 


î 5 grains. 

1 once. 

6 gouttes. 


TOME XXXI. 







( a58 ) 

quelques jours, j’eus recours aussitôt a la pommade que je 
croyais encore composée avec le cyanure de mercure. La pre¬ 
mière once amena un changement tel qu'il pouvait passer pour 
une guérison entière; une demi-dose fut néanmoins consom¬ 
mée encore par le malade, afin d’en obtenir la consolidation. 
Comme dans la première observation, la cessation du prurit 
fut l’effet des premières applications de la pommade. 

A quelque temps de là, le dernier malade éprouva une 
violente névralgie lémoro-poplitée, qui céda, comme par en¬ 
chantement, à Inapplication d’un vésicatoire sur le point où 
le nerf sort du bassin par l’échancrure ischiatique. Nous ver¬ 
rons plus loin comment le même moyen , le plus souvent 
prophylactique, peut aussi devenir curatif de l’exanthème. 

Ce fut pendant le cours de la seconde affection que Phi¬ 
lippe éprouva, que j’appris la substitution dont j’ai parlé. 
Loin de me plaindre d’une méprise qui avait eu d’aussi heu¬ 
reux résultats, je ne songeai qu’a en retirer de nouveaux 
services. 


Obs. 3 . — François R***, âgé de vingt-huit ans, m’avait 
consulté plusieurs fois pour une dartre squameuse qu’il 
portait de chaque côté externe du gras des jambes. Chaque 
plaie, de la largeur au moins de la paume de la main , offrait 
une couleur d’un rouge vif, couverte de petites vésicules 
d’où s’écoulait une espèce de sérosité purulente, et était le 
siège d’une démangeaison d’autant plus vive , qu’elle se trou¬ 
vait incessamment ouverte par le frottement des pantalons, 
auquel ne s’opposaient qu’imparfaitement les linges dont la 
partie était toujours recouverte. 

On avait employé inutilement, ou du moins sans avantage 
bien marqué, les bains émolliens avec la décoction de son de 
froment, la graine de lin et les feuilles de mauve; les lotions 
avec la dissolution d’amidon et les tètes de pavot ; la pom¬ 
made dp concombre opiacée , le cérat soufré , saturnisé , etc. 
Eclairé par mes deux premiers succès avec la pommade de 
précipité blanc de mercure (et non plus de cyanure), j e 1 J * 
prescrivis au malade telle que je l’ai déjà indiquée : 



Axonge... i once. 

Précipité blanc.. . i5 grains. 

Essence de ciiron. 6 goultes. 

F. S. A. 


Même succès également prompt que dans les deux obser- 







( 2 59 ) 

Valions précédentes. La guérison fut parfaite en moins d’une 
quinzaine de jours, et il ne fut consommé que deux onces 
de pommade, ce qui ne paraîtra sûrement pas excessif, rela¬ 
tivement à l’étendue et à l'ancienneté de la maladie. 

Après une expérience si claire, si décisive en faveur d'un 
mode de traitement dont, je dois l’avouer, le hasard eut 
toute la gloire, je crus utile d’étudier comparativement les 
avantages de celui que j’avais eu d’abord l’intention de mettre 
en usage. Je ne tardai pas à trouver pour cela une occasion fa¬ 
vorable , et j’en profitai, comme on va le voir dans l’observa¬ 
tion suivante : 

Oes, 4 - — M. L***, âgé de vingt-trois ans, surnuméraire 
dans l’administration de l’enregistrement, avait , a la partie 
moyenne et externe des deux jambes, mais particulièrement 
de la gauche, de larges croûtes dartreuscs qui , se détachant 
par épais fragmens , laissaient voir le tissu de la peau coloré 
en rouge assez intense , et s’accompagnaient d’une déman¬ 
geaison continuelle intolérable. 

Un médecin avait déjà prescrit des boissons dites dépura* 
tives, telles que la décoction de douce-amère, les pilules de 
Belloste et les bains domestiques, moyens qui, assez négli¬ 
gemment employés, restèrent d’ailleurs complètement inutiles. 

C’est dans les cas tels que celui de ce malade, que me 
paraissent le mieux convenir les préparations de sulfures, je 
veux dire les pommades, les lotions, les bains d’eau ou de 
de vapeur préparés avec cette substance. Je renonçai cepen¬ 
dant à ce mode de traitement, et même à celui dont je venais 
de constater si efficacement futilité, pour tenter l’essai com¬ 
paratif dont j’ai parlé tout a l’heure. En conséquence, je 
prescrivis des frictions matin et soir avec la pommade de 
cyanure. Dès ce moment , l’éruption demeura station¬ 
naire , et la dessiccation commença à se faire ; il fallut ce¬ 
pendant une quinzaine de jours pour qu’elle fût complète. 
On suspendit alors l’usage de la pommade, qu’il fallut re¬ 
prendre quelques jours après, parce que l’exanthème se re¬ 
produisait avec une nouvelle force. Le malade a déjà usé 
trois onces de pommade sans être entièrement guéri, ce qui 
démontre provisoirement que le précipité blanc est plus 
prompt et plus sûr dans ses effets; mais j’attendrai néan¬ 
moins que j’aie multiplié ces contre-épreuves avant de pro- 
noncer d’une manière définitive. 

Je ne sache pas que les préparations mercurielles, et sur- 

1 7 - 


( »6o ) 

tout le précipité blanc , aient été jusqu’ici employées en topi¬ 
ques dans ia dartre squameuse. Le précipité a été conseillé 
contre la teigne, et je me propose de reprendre, à cet égard , 
des expériences qui puissent conduire à des résultats plus con- 
cluans que ceux obtenus jusqu’à ce jour dans une des maladies 
les plus déplorables qui affligent l’humanité. L’acide hydro- 
chlorique a été mis utilement en usage à l’extérieur par 
M. Alibert, dans quelques cas de dartre squameuse affec¬ 
tant le visage ou le cou. Mais c’est surtout par les prépa¬ 
rations sulfureuses qu’elle a été combattue. Pour le mercure , 
il a été administré à l’intérieur (liqueur de Van-Swieten), 
par l’illustre médecin que je viens de citer, avec un succès 
remarquable, dans certains cas de la même affection. Il est 
donc incontestable que nous avons les premiers employé le 
précipité blanc dans cette maladie, et l’aveu sincère que 
nous avons déjà fait relativement à cette découverte, permet 
que nous parlions ainsi, sans risque d’être accusé d’obéir en 
cela à une vanité absurde ou à un ridicule amour-propre. 

Quant à sou efficacité dans les cas dont j’ai fait mention, 
je ne pense pas qu’elle puisse davantage être mise en doute. 
Chez chacun de ces malades , en effet, le précipité n’a été em¬ 
ployé qu’après que tous les autres moyens (tant rationnels 
qu’empirîques) ont été bien reconnus inutiles. La promp¬ 
titude de ses effets avantageux, après cette épreuve, a dû na¬ 
turellement ressortir avec plus d’évidence. Les émolliens, 
les anodins modéraient la rougeur, le prurit, qui repre¬ 
naient toute leur intensité aussitôt qu’on venait à en ces¬ 
ser l’usage, il en est à peu près de même dans les ophthal- 
rnies, dites scrophulcuses , qui ne cèdent, en définitive, qu’à 
l’emploi soutenu des excitans, tels que les pommades de Ja- 
nin, de Desanlt, ayant pour base l’oxide rouge de mercure. Il 
serait superflu d’analyser séparément chacun des faits précités, 
puisque le succès du précipité blanc de mercure s’y présente 
environné d’une égale certitude, et permet ainsi de les ap¬ 
précier d’une manière collective. 

Loin de moi cependant l’idée ou la prétention de faire de 
cette substance le spécifique et, pour ainsi dire, la panacée 
de la maladie dont il s’agit. Les lecteurs de ce Journal sa¬ 
vent depuis long-temps que je 11e crois pas plus aux uns qu’à 
l'autre *. Mon sentiment qui, au reste, a été celui des mé- 


1 J^oye.z année 1826. 


( 261 ) 

decins éclairés de tous les temps, est qu’il existe, dans les 
maladies, des conditions, des modifications, ou, si l’on veut, 
des nuances, sur la détermination précise desquelles doit être 
basée la.sage administration des remèdes. Ces principes, 
comme on le voit, diffèrent essentiellement de la doctrine 
qui admet des spécifiques pour toutes les maladies , en d’au¬ 
tres termes, des médicamensà effets invariables. Ce sentiment 
bien reconnu erronné aujourd’hui, relativement aux subs¬ 
tances auxquelles ce titre appartiendrait à plus juste droit, 
tels que le soufre, le mercure et même le quinquina, serait 
encore bien autrement faux dans notre hypothèse. En atten¬ 
dant que nous soyons en état d’estimer rigoureusement les 
cas dans lesquels le précipité blanc parait approprié, je vais 
rapporter encore quelques observations qui pourront nous 
servir de point de départ dans cette appréciation compara¬ 
tive. Pour juger, il faut comparer, car le jugement n’est 
autre chose qu’une comparaison , et ce précepte est surtout 
de rigueur en médecine pratique. 

Obs. 5 . — Madame C***, épouse d’un confrère, âgée de 
trente ans, d’une constitution sèche, d’un tempérament ner¬ 
veux et irritable , éprouva, vers le milieu de sa première gros¬ 
sesse, une éruption vésiculeuse sur le dos de la main droite , 
laquelle ne tarda pas a laisser suinter une humeur d’un blanc 
jaunâtre, qui se concrétait rapidement en croules d’une 
épaisseur assez considérable. Un prurit ardent accompagnait 
cet exanthème , qui envahit bientôt, le bras , et fit craindre 
encore de nouveaux progrès». 

Madame G*** fut saignée et mise â l’usage des bains géné¬ 
raux émolliens ; localement, les lotions les plus douces avec 
la décoction d’amidon, la pommade de concombre avec le 
soufre sublimé , l’acétate de plomb, l’opium, n’eurent pas plus 
que les moyens précédens d’influence sur la marche de cette 
affection. M. Biett qu’on consulta, prescrivit quelques médi- 
camens internes et externes, qui demeurèrent également sans 
succès. Je me concertai moi-même, pour cette intéressante 
malade, avec M. Alibert, et nos moyens furent tout aussi 
peu efficaces. 

Madame C*** assurait qu’un vésicatoire seul pourrait la 
déli vrer de cette incommode éruption , parce qu’elle n’avait 
pu, d isait-elle, être guérie que par ce moyen, il y avait une 
dixaine d’années, d’une affection en tout pareille. Par con¬ 
descendance, plutôt que par conviction, son mari et moi lui 


/ 


( 262 ) ) 

laissâmes, en eflet, appliquer un vésicatoire au bras du côté 
qu occupait l’exanthème. A notre grande surprise , toutes les 
croûtes eurent disparu, et la dessiccation se trouva parfaite 
quatre a cinq jours apres, au moment où le vésicatoire fut 
en pleine suppuration, sans que, d’ailleurs , l’éruption eût été 
transportée sur ce point, comme il arrive assez souvent, et 
comme on étau fondé à s’y attendre. 

Il est des individus, parmi lesquels il faut comprendre le 
sujet de celte observation , dont l’enveloppe tégumentaire 
présente naturellement une sécheresse et une rigidité peu 
favorables, comme on le sent aisément, a l’exercice des fonc¬ 
tions perspiratoires. Telle est généralement la condition des 
vieillards, chezqui, par le dessèchement des membranes amené 
par le progrès de l’âge, la peau a été, pour ainsi dire, con¬ 
vertie en parchemin. Aussi voit-ou qu’ils sont, toutes choses 
égales d’ailleurs , beaucoup plus sujets que les autres indi¬ 
vidus à ces affections prurigineuses et herpétiques, dont la 
cause réside presque toujours dans le vice des fonctions 
exhalantes. On a beaucoup fait dans tous les cas pour leur 
guérison , lorsqu’on est parvenu â ramener cette excrétion au 
type de sa quantité et de sa qualité ordinaires. Pour cela, les 
bains de vapeurs émollientes sont, h coup sûr, les moyens les 
plus efficaces , lorsque la peau se trouve sèche et aride , 
comme la vapeur sulfureuse convient aux cas dans lesquels 
la peau est frappée d’une véritable inertie. Je ne suis pas éloigné 
de penser que le vésicatoire modifie aussi Sa peau dans ce sens, 
lorsqu il na pas pour effet, comme dans le cas précédent, 
d’appeler et de fixer sur un point tout l’exanthème. 

On dit que les préparations mercurielles exercent parti¬ 
culièrement leur action sur le système lymphatique; c’est 
aussi sur l’extrémité des vaisseaux blancs'que me semble 
agir 1 e précipité, en faisant cesser si promptement la dé¬ 
mangeaison, la rougeur et la sécrétion qui constituent la 
dartre squameuse. Mais, sans m’engager plus avant dans 
cette théorie, je vais rapporter une observation qui prou¬ 
vera à quel point l’analyse physiologique est nécessaire dans 
l’appréciation des élemens morbides et de l’utilité des di¬ 
vers moyens curatifs, même dans les affections les plus 
simples. 

Obs. 6. —Madame***, blanchisseuse de dentelles, me fut 
adressée par M. Alibert, pour être traitée d’une dartre 
squameuse érythémoïde qu’elle avait sur le dos de chaque 


( 263 ) 

main. La malade, naturellement maigre, et d’une constitu¬ 
tion sèche, touchait a l âge qu’on nomme de retour; son 
éruption existait depuis plus d’un an , et avait été vainement 
combattue par les pommades sulfureuses et saturnines, par 
les dérivatifs de la membrane fructueuse eastro-intestinale, 
purgatifs, petit-lait au jus d’herbes, eaux minérales. - 

Dans cet état de choses, considérant l’extrême rougeur des 
plaques dartreuses, le prurit cuisant dont elles s’accompa¬ 
gnaient, et l’époque critique de l’âge de la malade, je pres¬ 
crivis les mariuluves répétés plusieurs fois par jour dans la 
décoction chargée d’amidon, l’entretien continuel décom¬ 
presses trempées dans te même liquide sur le siège des dar¬ 
tres préalablement enduit d’une légère couche de cérat frais 
ordinaire. Toutes les préparations sédatives d’opium on de 
plomb devinrent irritantes, il fallut y renoncer, et à la laveur 
des seuls moyens indiqués , la guérison fut complète en moins 
de quinze jours, a dater de leur application exclusive. 

La première conséquence à déduire de l’observation pré¬ 
cédente, c’est qu’on ne saurait admettre un mode de traite¬ 
ment exclusif pour la dartre squameuse, non plus que pour 
toute autre maladie. Nous avons vu, en effet, jusqu’ici, des 
exauthèmes présentant les traits de ressemblance les plus frap- 
pans, guérir par les méthodes les plus opposées, ou plutôt 
exiger, pour leur guérison, cette variété dans les remèdes. 
Les excitans, les sédatifs, les révulsifs, tour â tour mis à 
contribution , ont réussi particulièrement dans des cas où les 
autres avaient échoué, et ces résultats n’ont rien qui ne se 
concilie avec la saine physiologie. Afin de terminer ce qui 
com cerne le traitement de la dartre squameuse, je vais rap¬ 
porter encore deux observations destinées â faire voir dans 
quels cas de cette affection me paraissent convenir les exci¬ 
tans de la transpiration; ces derniers agens complètent le 
cercle de ses moyens thérapeutiques. 

Obs. 7.— La fille M***, âgée de quarante ans, cuisi¬ 
nière, avait pris inutilement plusieurs bouteilles d’un élixir 
que lui vendait un médicastre, pour une éruption dar- 
treuse existant dans la paume de ehaque main. Lorsque je 
fus consulté, ces dartres se montraient par plaques arron¬ 
dies de la largeur de pièces de deux francs, d’où se déta¬ 
chaient fréquemment des écailles épiderinoïques analogues 
au son de froment. La malade était tourmentée en même 
temps par un prurit continuel extrêmement intense. Quel- 


( 2 64 ) 

ques bains tièdes, secondés par des boissons rafraîchissantes, 
a préparèrent à i usage des bains de vapeursuîfureuse qu’elle 
alla prendre à l’hôpital Saint-Louis. Au sixième, l’affection 
avait presque entièrement disparu, et plusieurs mois après, 
a giiéiison ne s était pas encore démentie. Je ne sais si cette 
femme aura renoncé a sa profession, qui, selon moi, con¬ 
tribuait pour beaucoup au développement de l’exanthème. 

La remarque que nous faisons à cet égard est de la der¬ 
nière importance relativement à la cure radicale des dartres 
en général, et particulièrement de la dartre squameuse. On 
sait effectivement qu’elle apparaît assez fréquemment sur les 
mains des cuisiniers, des traiteurs, des boulangers, des p⬠
tissiers. J ai vu, pour mon compte, plusieurs individus de 
cette dernière profession , notamment un jeune homme affecté 
dune dartre fort étendue, occupant la partie externe de 
chaque avant-bras, lequel entra plusieurs fois à l’hôpital 
^ amt .\ L9uis P our obtenir une guérison qui n’eut lieu , en 
definitive, que lorsqu’il eut renoncé au travail des fourneaux, 
pour se livrer exclusivement a celui de la pâte. Il serait su¬ 
perflu sans doute d insister beaucoup pour démontrer com¬ 
ment I action d’une chaleur ardente, en même temps qu’elle 
deiange le travail de l’exhalation cutanée, soumet l’organe 

lui-même h une irritation continue qui n’est pas moins défa¬ 
vorable. 

Mais si, comme le prouvent les faits précédées , le change¬ 
ment de profession devient quelquefois indispensable pour ob¬ 
tenir la guérison des dartres opiniâtres, il n’est pas absolument 
lare de les voir naître et se développer sous l’influence de la 
disposition contraire. L’abandon d’un régime long-temps suivi, 
d habitations et de climats auxquels on a été accoutumé du¬ 
rant plusieurs années, le seul changement d’habitudes an¬ 
ciennement contractées produisent fréquemment ce résul¬ 
tat. Cette assertion se trouve pleinement confirmée par les 
deux observations suivantes, qui, sous ce rapport et sous 
quelques autres, me paraissent mériter la place que je leur 
donne dans ce mémoire. 

Obs. b. — L abbé M***, âgé de dix-sept ans, sortit du 
petit séminaire vers la fin de l’hiver de 1828, pour venir 
chez sa mère habiter une maison moins spacieuse et beaucoup 
moins aérée que. celle qu’il quittait. A l’habitude d’amuse- 
mens et d’exercices journaliers, à l’usage de promenades et 
de courses puis ou moins prolongées, succéda pour ce jeune 


( 265 ) 

homme une vie monotone et tout h fait ou presque entière¬ 
ment inactive. Peut-être aussi le régime alimentaire auquel 
il fut soumis dès-lors, bien que plus succulent que celui 
du séminaire, contribua-t-il au développement de l’exanthème 
dont il ne tarda pas a être affecté. 

Dès les premiers jours du printemps , le visage commença 
a se couvrir de vésicules comme pustuleuses , grosses comme 
de gros grains de vaccine, d’où suintait une humeur rous- 
sàtre extrêmement abondante. Chaque pustule était envi¬ 
ronnée d’une aréole rouge, qui, s’étendant de proche en 
proche, finit par l’envahir tout entier, se propagea aux 
oreilles, à la nuque, et enfin aux tégumens de la tête, en 
déterminant un gonflement considérable, un prurit excessif 
et des squames jaunâtres d’une largeur et d’une épaisseur 
assez grandes, qui, en se détachant, laissaient apercevoir 
un fond d’un rouge intense. 

Le jeune malade commença par prendre quelques bains 
tièdes, dont il ne retira aucun avantage. Nous lui conseil¬ 
lâmes, avec une vie moins oisive, l’usage des bains avec le 
sulfure de potasse, ainsi que l’application d’un vésicatoire; 
les uns et les autres destinés à ranimer la fonction de la 
peau, notablement diminuée, sinon abolie, par sa nouvelle 
manière de vivre. Voici un cas dans lequel cet effet se 
montre encore avec plus d’évidence. 

Obs. 9. — M. C***, âgé de cinquante ans , était rentré 
depuis quelques mois de la Louisiane, qu’il avait habitée 
durant longues années, lorsque l’affection pour laquelle il 
réclamait nos conseils commença à se développer. A l’époque 
où nous le vîmes, feu mon père et moi, le visage était énor¬ 
mément tuméfié, d’une couleur violacée , à peu près comme 
dans l’érysipèle. Le nez avait acquis un volume prodigieux, 
et de chaque narine boursouflée s’écoulait une sérosité jau¬ 
nâtre et fétide, qui irritait et excoriait même les points de 
la peau qu’elle touchait. Il s’écoulait pareillement des oreilles 
une sorfe de pus ou de cérumen liquéfié, qui exhalait une 
odeur non moins désagréable, et avait des qualités égale¬ 
ment corrosives. Quelques squames résultant de l’humeur 
qui suintait des divers points excoriés du front et de la face , 
se montraient ça et la. L’enfoncement des yeux rendu plus 
saillant par le gonflement du rebord sourcilier, quelques 
autres plis très-profonds qu’on voyait dans quelques autres 
directions, comme ie long des joues, â l’angle externe des 


( 266 ) 

yeux, imprimaient à cette figure l’aspect le plus étrange , 
et. que je ne serais pas éloigné de comparer, a l’exemple de 
M. Aliberj, a celui du lion on du tigre. 

Joutes nos vues , dans le traitement de cette horrible 
maladie, se bornèrent à ranimer l’action du système lym¬ 
phatique. Nous nous occupâmes en même temps de redonner 
a la peau l’activité qu’elle paraissait avoir perdue par suite 
du changement de climat, et aussi par l'influence de la mai¬ 
son de campagne fraîche et humide qu’il habitait en ce mo¬ 
ment. Le malade ne se souciant ni de retourner en Amérique, 
ni de voyager dans les contrées méridionales de l’Europe, 
quoique sa fortune le lui permît, il fut arreté qu'on, lui 
appliquerait un vésicatoire à chaque bras , dont on entretien¬ 
drait soigneusement la suppuration ; des bains avec le sul¬ 
fure de potasse et de vapeur sulfureuse lui furent aussi con¬ 
seillés , en même temps qu'un régime approprié â son état 
général de santé, qui n'était pas d’ailleurs notablement dé¬ 
rangé. Je ne sais avec quelle exactitude ce traitement fut 
suivi , mais nous ne tardâmes pas à apprendre que M. C*** 
avait succombé, autant sans doute à la douleur de se voir 
un objet d’horreur et presque d’épouvante, qu’aux progrès 
de sa maladie, qui paraissait devoir rester encore station¬ 
naire. 


Il nous paraît incontestable que le siège de cette affection se 
trouvait essentiellement dans le système lymphatique de la 
face , et nous avons rapporté ce fait plutôt comme une sorte 
de type, aux nuances duquel nous pourrions rattacher ensuite 
les autres observations, que pour servir de modèle sous le 
rapport thérapeutique. J’ai fait observer que le changement, 
de climat, le passage d’une zone ardente, qui nécessairement 
favorise et produit la surabondance de l'exhalation cutanée, 
a une zone contraire, en avait été la seule cause appréciable. 
L’observation précédente nous avait offert déjà un cas du 
même ordre, mais dans un degré inférieur, puisque l’affec¬ 
tion était bornée aux caractères de la dartre squameuse. 
Ne serait-il pas permis de penser que toutes ces nuances , 
toutes ces formes si variées de dartres ne sont au fond qu’une 
affection identique, modifiée par les idiosyncrasies indivi¬ 
duelles, et surtout par l'intensité des causes qui les produi¬ 
sent ê Parmi celles-ci, la suppression-du travail perspiratoîre 
de la peau nous paraît , sinon la seule, au moins la plus or¬ 
dinaire et la plus puissante. Aussi, c’est presque toujours 


( 2^7 ) 

eüe qu’on a en vue dans le choix et la direction des moyens 
qu'on emploie pour combattre ces maladies. 

Les préparations sulfureuses sont depuis long-temps en 
possession de la confiance des praticiens a cet égard , et je ne 
pense pas que personne leur conteste la qualité sudorifique. 
Ainsi, le soufre sublimé, le sulfure de potasse, le soufre, 
les vapeurs, les eaux minérales sulfureuses, constituent 
autant de modes divers pour l’administration de ces moyens, 
et tous plus ou moins appropries a l’indication que j ai si¬ 
gnalée. Les remèdes les plus rationnels et les plus efficaces 
habituellement risquent de demeurer sans effet tant que cette 
condition n'a pas été remplie. Au reste, qu'on n’aille pas 
croire que nous érigions les préparations sulfureuses, non 
plus que le précipité blanc et le cyanure de mercure, en spé¬ 
cifiques , en moyens curatifs qui réussissent infailliblement 
et dans tous les cas. Les observations rapportées dans ce 
Mémoire donnent suffisamment la mesure de notre confiance 
à cet égard; mais nous croyons donner une explication plus 
franche et plus complète encore, en disant que les moyens 
précités n’agissent que comme modificateurs de la peau , et. 
que, dans les affections pour lesquelles on les préconise, 
comme dans toutes les inflammations possibles, ils réussis¬ 
sent ou ils échouent suivant les périodes de la maladie ou 
les circonstances qui la compliquent. 

Nous avons vu, par exemple, les bains sulfureux avoir 
le meilleur succès chez les malades des observations 7 et 8. 
Chez l’un de ces malades, le changement de manière de vivre 
avait sensiblement affaibli faction perspiratoire de la peau, 
qui n’éfait guère plus énergique chez l’autre, où l’affection 
herpéiique occupait la paume de chaque main , dont l’épi¬ 
derme était devenu depuis long-temps imperméable. La ma¬ 
lade de l’observation 6 fut guérie, au contraire, par les 
adoucîssnns et les émolliens, devenus indispensables pour 
calmer l’excès d'irritation déterminé par les divers moyens 


stimulons employés jusqu'alors. Il arriva dans cette circons¬ 
tance ce qu’on voit bien des fois dans l'exercice de la méde¬ 
cine, que ce qui n’était destiné qu’a détruire un accident , 
un symptôme prédominant de la maladie, la fit entièrement 
disparaître. Ainsi, il devient quelquefois nécessaire de mo¬ 
dérer la phlegmasie, et dans d'autres inomens de l’exciter, 
afin d'en obtenir définitivement la résolution. Le vésicatoire, 
qui réussit si promptement et si complètement dans le cas 


( 268 ) 

de l’observation 5 , ne me paraît avoir que ce dernier effet. 
Mais c’est partir,utièrement sur le système lymphatique que, 
dans le traitement des dartres, aussi bien que dans celui de 
l’érysipèle, son action paraît s’exercer. Il serait sans doute 
superflu de. rappeler la spécificité du mercure a cet égard. 
J observerai seulement, pour le précipité blanc, qu’il a sur 
les préparations sulfureuses, et en général sur les autres 
moyens qu on emploie contre les affections herpétiques, 
l’avantage de calmer de la manière la plus prompte et la plus 
sure le prurit dont elles sont presque toujours accompagnées. 
Nos premières observations témoignent, je crois, suffisam¬ 
ment en faveur de cette propriété; elles indiquent aussi la 
manière dont la substance a été mise en usage; peut-être 
pourra-t-on, dans la suite, l’essayer en dissolution et dans 
les cas de dartres plus étendues. Je dois seulement ajouter h 
ce qui a été déjà dit qu’il convient d’y recourir dès le prin¬ 
cipe, et avant qu’aucune complication ait été provoquée ou 
soit survenue. 


Du degre de compétence des médecins dans les questions 
judiciaires relatives aux aliénations mentales , et des 
théories physiologiques sur la monomanie; par Elias 
Régnault, Avocat à la cour royale de Paris. Paris, 
1828. In-8°. de xi-207 pages , avec cette épigraphe : 

t i / i j . : ,• [xi ’’ " v T') \\ i * : v . 

He speaks nothing but madniah. 

Shàksp. 

_ 

Depuis quelques années, des crimes inouïs sont venus 
épouvanter notre pays; les défenseurs des accusés ne pou¬ 
vant nier les faits, ont présenté la monomanie comme excuse. 
Cet homme est monomane, disaient-ils, car il a versé le sang 
sans motif; en effet, vous n’ètes pas parvenu a découvrir ie 
motif qui le faisait agir : or là où il n’y a pas de motif, il y a 
folie, donc cet homme est fou. Cette doctrine d’une manie 
dont un délit, un crime, serait le seul symptôme, toute la 
raison restant d’ailleurs intacte, est admise par des méde¬ 
cins et des légistes qui ont étudié de près cette grave ques¬ 
tion. Quand elle se présente en fait, les tribunaux de France 



( î6 9 ) 

sont dans l’usage d’appeler près d’eux des médecins qui 
se sont consacrés a l’observation spéciale de la folie. Pia- 
rement ils en reçoivent des réponses bien concluantes, et 
cela d’abord ' parce que la matière est naturellement obs¬ 
cure, et ensuite parce que, chez nous, les médecins se sont 
fait une loi de ne présenter que des doutes vagues au pou¬ 
voir judiciaire, toutes les fois que l’évidence n’est point pal¬ 
pable. À quoi il faut ajouter que les gens de l’art qu’on a con¬ 
sultés en pareil cas n’étaient pas toujours doués de cette 
dose de savoir, de cette logique naturelle et cultivée, de cette 
rhétorique du bon sens et de l’étude, indispensables pour 
bien voir, bien juger et bien exprimer un jugement. 

M. Coste ne s’est pas occupé de signaler ces diverses sour¬ 
ces de l’incertitude, du vague , qui ont régné dans les répon¬ 
ses de quelques médecins consultés a titre d’experts pour ajou¬ 
ter les lumières de la connaissance de l’homme malade qu’ils 
devaient posséder,'a celles de la connaissance de l’homme cou¬ 
pable qui doit être approfondie par les magistrats, afin que 
de cette réunion jaillît la conviction dans la conscience des 
jurés. M. Coste a prétendu que si la loi veut que les méde¬ 
cins soient consultés sur la folie, c’est sans doute par respect 
pour l’usage ; rien , dit-il, ne serait plus gratuit que la pré¬ 
somption de la capacité spéciale des médecins en pareille ma¬ 
tière. 

r 

M. Elias Régnault saisit cette déclaration ; il se prononce 
pour l’opinion de M. Coste, parce que, dit-il, les médecins 
ne connaissent point parfaitement la nature ni le siège de la fo¬ 
lie 3 parce qne, dit il, la folie ne présente point des symptô¬ 
mes spéciaux et particuliers tellement distincts que le méde¬ 
cin puisse prononcer l’existence de cette maladie et la recon¬ 
naître lorsqu’elle est encore cachée pour tout le monde, seul 
cas où, suivant cet avocat, sa présence serait nécessaire dans 
les tribunaux ; quand la folie est évidente , on n’a pas besoin 
d’un expert; quand elle est douteuse, un médecin n’est pas 
plus que tout autre homme en état de lever le doute. Les dé¬ 
sordres de la pensée sont appréciables pour tout homme qui 
jouit lui-même de son bon sens, sans qu’il soit médecin ; les 
autres symptômes ne sont point particuliers a la folie, et 
souvent ils manquent. Par conséquent, les médecins ont eu 
tort de prendre au sérieux la politesse des tribunaux. 

Après avoir avancé que le médecin est nécessairement inu¬ 
tile aux tribunaux, dans les questions relatives à la folie, 


i 


C ^7° ) 

M. Elias Régnault s’attache à prouver que si la monomanie 
homicide existe réellement, elle doit être pour le juge comme 
si elle n’existait pas. 

Comment^ dit-il, se faire l’idée d’une manie sans délire, 
lorsque le délire est le seul caractère évident de la manie? Le9 
fii blesses de Pâme, les travers de l’esprit, les vices du cœur ar¬ 
rivent souvent jusqu’à troubler la raison au degré qui mérite 
le nom de folie; mais ce trouble 11’est pas borné à l’objet de ces 
faiblesses, de ces travers, de ces vices. Il n’y a pas encore 
monomanie chez un homme qui ne fait que pousser loin un 
goût, un sentiment, une passion, à quelque degré qu’il 
les éprouve, lorsque d’ailleurs son jugement demeure intact, 
et que dans ses actions les plus coupables il se juge aussi 
sévèrement que Médée. Il y a plus que monomanie, quand 
à cet excès se joint ou succède un dérangement de l’intelli¬ 
gence. L’irrésistibilité que l’on donne comme caractère et 
comme gage de la-monomanie, n’a lieu que dans le cas où 
le jugement est lésé, ou si elle a lieu malgré l’intégrité du 
jugement, c’est parce que la personne,, au lieu de résister, 
dès le principe, à un penchant vicieux, l’a caressé complai¬ 
samment, tandis qu’elle aurait dû s’armer contre lui. 

Je ne crains pas d’affirmer, dit M. Elias Eegnault, que 
tous les criminels, ou presque tous, sont, au moment du 
crime, dans un état d’égarement ou d’aliénation mentale pas¬ 
sager; cependant comme il n’est que la suite de leurs pas¬ 
sions, je ifhésiterais pas à les condamner ; c’est une triste 
excuse que celle qui est fondée sur la violence d’une passion; 
mais encore l’admettrais-je plus volontiers que celle qui n’est 
basée que sur une faiblesse de caractère qui nous laisse en¬ 
traîner par la première idée extravagante qui se présente. 

Enfin, M. Elias Régnault conclut qu il est impossible 
d’admettre une monomanie sans délire : dès qu’il n’y a pas 
délire, il y a conscience du mal; dès qu’il y a conscience, il 
y a faculté de choisir entre l’idée homicide, qui entraîne et 
celle du devoir qui retient; cette faculté de choisir n’est au¬ 
tre chose que la liberté; celui qui, placé entre le bien et le 
mal, sait les distinguer l’un de l’autre et choisit le dernier, 
ne saurait trouver d’excuse dans la violence du motif ou du 
désir. Il est absurde et dangereux de prétendre trouver une 
preuve de folie dans l’énormité de l’action. Dans tons les cas 
cités comme preuve de manie sans délire, il y avait réelle¬ 
ment délire. L’origine des penchans dépravés, des goûts san- 


a 


( 2 7' ) 

quinaires, est dans l’avidité des émotions, dans l’orgueil de 
la nature humaine. 11 est bien inutile d’en grossir la liste 
des monomanies pour diminuer celle des coupables. Quand 
l’homme de génie serait égaré par l’excès même de son génie, 
la loi ne pourrait transiger avec lui, dût-il présenter en 
compensation du crime un nom protégé par une longue 
gloire. 

L’autetlr pense que le suicidé peut être le symptôme ou 
le résultat de l’oliénatioh mentale, mais que seul il ne cons¬ 
titua jaûiais une aliénation. Par conséquent celui qui a com¬ 
mis un meurtre pour arriver a la mort sans se la donner lui- 
même, ne peut être considéré par cela seul comme un fou : 
il craint de vivre, et ne sait pas mourir ; il lui faut l’aide du 
bourreau ; c’est une espèce de spéculation sur la peine de 
mort; un pareil calcul, tout méprisable qu’il soit, révèle la 
volonté et la conscience, en même temps qu’il exclut toute 
idée de folie. Le suicide est simplement un acte de paresse, 
le refuge d’une âme faillie qui recule devant les épreuves de 
la vie. Sous le point de vue légal, le crime ne peut jamais 
être que dans l’acte qui satisfait le désir, encore faut-il que cet 
acte fasse naître des rapports entre celui qui l’accomplit et un 
autre membre de la société : voila pourquoi le suicide ne 
peut; et ne doit pas être un crime aux yeux de la société. 

Les mutilations parfois horribles auxquels quelques hommes 
se sont soumis doivent-elles être considérées comme des 
signes d’aliénation? M. Elias Régnault ne le pense pas, â 
moins qu’elles ne soient exercées par des sujets dont l’intel¬ 
ligence est visiblement dérangée. 

L’auteur passe en revue l’amour, la jalousie, la colère, 
dans leurs rapports avec la culpabilité, et il s’attache a sépa¬ 
rer de ces affect ions morales l’idée d’aliénation qu’on veut y 
rattacher, au.lieu d’appeler simplement l’indulgence sur les 
coupables, eu égard aux circonstances atténuantes. 

En somme, M. Elias Régnault ne voit que la folie évidente 
qui puisse écarter du prévenu la culpabilité et par conséquent 
la peine légale. 

Cette conclusion est conforme à la raison. 

Générale ou partielle, toute aliénation ne peut être admise 
que lorsqu’elle est manifeste; dans le doute , le juré doit pro¬ 
noncer d’après sa conscience, là où la science du médecin 
hésite parce qu’elle est incomplète ou parce que le cas est 
naturellement insoluble. 


( 2 7 2 ) 

Mais est-il exact de dire que les médecins ne sont point 
compétens dans les questions judiciaires relatives aux aliéna¬ 
tions mentales. INon : un médecin doué de facultés intellec¬ 
tuelles étendues , cultivées par l’étude de l’esprit et du cœur 
humains, enrichi par l’observation de l'homme physique et 
moral dans l'état de santé et dans l’état de maladie, et de 
plus , ayant observé un grand nombre de folies de toute 
espèce, ayant suivi avec sagacité le développement*des alié¬ 
nations dans leurs diverses périodes, dans leurs intermissions 
et leurs redoublemens ; ce médecin sera toujours utilement 
consulté par les tribunaux, non qu’il soit indispensable pour 
constater la folie évidente et réelle, mais pour distinguer la 
folie en apparence évidente et en réalité simulée; non pour 
poser des principes, sur lesquels on peut disputer éternelle¬ 
ment sans s’entendre, mais pour donner en conscience son 
opinion personnelle sur le fait présent et dont il est question ; 
car, non moins versé que les juges et les jurés dans la con¬ 
naissance du moral et de l’intelligence de l’homme, il a de 
plus l’avantage d’avoir vu souvent ce qu'il est appelé à recon¬ 
naître. Les symptômes autres que le délire, joints à celui-ci, 
forment, dans le cas de folie réelle, une conviction qui 
n’existe que pour le médecin , et que le médecin éclairé peut 
seul faire passer dans l’âme des jurés . 

Mais il ne faut point croire que, par cela seul qu’un médecin 
a été interne dans un hospice d’aliénés, ou qu'il est attaché 
a une maison de santé pour les aliénés, il soit seul compé¬ 
tent, non-seulement parmi les hommes en général, mais en¬ 
core parmi tous ses confrères, pour parler avec sagesse sur 
la folie. Ce sont des prétentions de ce genre qui couvrent 
notre profession de ridicule, et qui ont conduit â douter de 
la compétence des médecins en matière de diagnostic de la 
folie. 

En cela, comme dans tout le reste de la médecine prati¬ 
que , tel médecin a vu un grand nombre de malades avec 
aussi peu de réflexion que l'infirmier ; tel autre, et c’est là le 
pis, n’était pas doué d’une force de tête suffisante pour juger 
sainement de tant d’aberrations de la pensée , et après avoir 
vu beaucoup de fous , il n’en sait pas davantage sur le passage 
de l’ignorance, des goûts dépravés et des passions à l’aliéna¬ 
tion , ou bien il s’en forme des idées sans justesse, dont 
la vanité est appréciable même pour les gens du monde. 

L'ouvrage de M. Elias Régnault est écrit avec pureté 


( * 7 3 ) 

et avec élégance. L'auteur se montre armé d'une juste sévérité 
contre ce nouveau genre de bonhomie qui affecte de ne pas 
croire au mal par cela seul qu'il est excessif; repoussons, 
dit-il, ces courtisans de l’humanité , qui prétendent Phono- 
rer en faisant d’un crime une maladie, et d'un meurtrier un 
fou; appeler l’indulgence sur le vice, sur le crime où con¬ 
duit la paresse morale , c’est méconnaître la force qu’il a fallu 
à l’homme de bien pour demeurer vertueux au milieu des sé¬ 
ductions et des injustices de la société. 

. De pareils sentimens méritent l’approbation, et les méde¬ 
cins auraient grand tort de garder rancune à un auteur dont 
la conviction repose sur une telle base. Prouvons dans l’oc¬ 
casion notre compétence, c'est le meilleur moyen de réfuter 
ceux qui la contestent : alors les épigraphes tirées de Shak- 
speare ne nous paraîtront plus des épigrammes. 

F. G. BOISSEAU. 


Traité des maladies des enjans nouveau-nés et à la ma¬ 
melle , fondé sur de nouvelles observations cliniques et 
d'anatomie pathologique;' par C. Billard, D. M. P. 
Paris, 1828, in-8° de xv -653 pages. 

Morgagni s’est plaint de ce que la tendresse des parens 
s’oppose à ce que le scalpel de l’anatomiste aille révéler la 
nature et le siège des maladies des nouveau-nés. Ce senti¬ 
ment est en effet un obstacle aux progrès de l'anatomie et 
de la pathologie, peut-être aussi de la thérapeutique du pre¬ 
mier âge, mais il appartient a ce qu’il y a de plus intime 
dans le cœur humain ,’et Morgagni l'a qualifié trop sévère¬ 
ment d ’inepta charitas. Néanmoins, rien n’était moins avancé 
en médecine que la connaissance des maladies des nouveau- 
nés, lorsque, dans ces dernières années, quelques jeunes 
médecins s'en sont occupés. M. Billard a parcouru cette car¬ 
rière avec distinction ; il publie aujourd’hui le résultat de ses 
observations cliniques et de ses dissections pendant un an à 
l’hospice des Enfans-trouvés de Paris. Que l’on ne s’étonne 
pas qu’une seule année lui ait fourni la matière d’un livre 
assez volumineux, tandis que dix, vingt, trente années de 
pratique dans de grands hôpitaux n'ont pas fourni le sujet 
d une seule ligne à tant de praticiens qu'il est inutile de 
nommer; car il est notoire que, pour le plus grand nom- 
tome xxxi. * T g 



( 2 74 ) 

•fore, le titre de médecin d’hôpital n’est qu’une sorte d’af¬ 
fiche destinée à appeler les cliens. 

Le but principal de M. Billard était d’exposer les carac¬ 
tères des symptômes propres aux maladies des en fans nou¬ 
veau-nés et a la mamelle, et de les considérer dans leurs 
rapports avec les altérations des organes. On va voir qu’il a 
su atteindre ce but autant que le pouvait une seule personne 
dans un court espace de temps. 

M. Billard fait remarquer que, si la manière dont les 
fonctions s’exécutent se trouve sous la dépendance de l’or¬ 
ganisation, les troubles de fonctions résultant d’un trouble 
dans l’organisation varieront également suivant les divers 
êtres, et suivant les diverses époques de la vie d’un même 
être : simple masse de tissu cellulaire et de mucus, l’em¬ 
bryon se desséchera comme une feuille tombée d’un arbre, 
loisqu’une cause accidentelle viendra le détacher du corps 
qui lui fournissait les élémens de la vie; revêtu plus tard 
d’une enveloppe extérieure et d’un canal interne, pourvu 
de vaisseaux et d’organes circulatoires, métamorphosé par la 
suite en un corps sensible et bientôt mobile, une organisa¬ 
tion nouvelle, de nouvelles fonctions et de nouveaux symp¬ 
tômes de maladies se présenteront inévitablement, car l’or¬ 
ganisation, les fonctions, les maladies, tout se lie nécessai¬ 
rement : tout cela forme une suite d’anneaux , dont la chaîne 
constitue la vie. 

Les enfans, dit encore M. Billard, peuvent naître sains, 
malades, couvalescens, ou entièrement guéris d'une ancienne 
maladie. Ce n’est donc pas en naissant que l’homme, comme 
l’ont dit des déclamateurs, voit commencer la série de ses 
maux , la source en remonte encore plus loin : elle commence 
avec l’organisation, dont elle est la conséquence, sinon né¬ 
cessaire, du moins possible. 

L’auteur s’occupe d’abord des phénomènes généraux que 
présente l’examen extérieur de l’enfant; ensuite il donne 
l’histoire des maladies développées, soit pendant la vie intra- 
utérine, soit après la naissance, et dans l’étude de ces ma¬ 
ladies, il commence par un aperçu de révolution de l’organe, 
des altérations qu’il peut éprouver durant les diverses pé¬ 
riodes de sa formation, et enfin des aspects qu’il présente 
dans l’état de santé. 

Après un aperçu concernant les attitudes de l’enfant et la 
coloration de ses tégumens, la chute du cordon ombilical 
fixe l’attention de l’auteur. 


C 2 7 5 ) 

1 ! résulte de ses observations, que la dessiccation du cordon 
commence le plus ordinairement le premier et le second jour, 
et qu’elle peut ne pas être avancée, meme le quatrième jour; 
trois jours paraissent être nécessaires pour qu’elle ait lieu com¬ 
plètement, quoiqu’elle puisse se faire en un seul lorsque le 
cordon est fort mince. Cette dessiccation paraît être sous l’in¬ 
fluence de l’action des organes voisins. La portion située au- 
delà de la ligature se flétrit et pourrit, tandis que , pour celle 
qui est située au-delà, aussitôt après la section du cordon , ses 
vaisseaux se rétractent et se cachent dans la lymphe qui forme 
l’épaisseur du cordon ; cette lymphe se dessèche, soit près du 
sommet, soit près de la ligature ; la portion de cordon située 
entre l’abdomen et cette ligature se rétrécit, se raccourcit, 
les vaisseaux deviennent tortueux , se dessèchent eux-mêmes, 
et forment de petits filamens noirâtres et opaques. 11 n ; v a 
plus alors d’hémorragie à craindre; la dessiccation s’avance 
vers l’ombilic, s’arrête ou bourrelet cutané; celui-ci se forme 
par suite de la dessiccation du cordon, et le cordon s’en 
isole, soit par suite d’une véritable suppuration, soit par un 
travail analogue à celui qui a eu lieu lorsque le fruit des eu- 
curbitacées se détache, et cet isolement est décidé par les 
tractions que le bourrelet subit dans les mouvemens inévi¬ 
tables de la paroi antérieure de l’abdomen. 

Enfln, relativement à la médecine légale, il ne faut pas 
oublier que la dessiccation du cordon ombilical situé au-delà 
de la ligature ne peut se faire que pendant la vie; à partir 
de l’instant de la mort, cette dessiccation est suspendue ou 
considérablement ralentie: si le cordon est frais ou dans un 
commencement de flétrissure , "enfant peut être mort-né, ou 
n’avoir vécu que peu de temps ; si le cordon a déjà éprouvé 
un commencement de dessiccation , ou même une dessicca¬ 
tion complète, l’enfant a pu vivre au moins un jour. * 

L’exfoliation de l’épiderme est également, pour M. Bil¬ 
lard, l’occasion de remarques qui méritent de fixer l’atten¬ 
tion, quoique moins importantes que celles qu’on vient de 
lire. Il a constaté, sur quatre enfans nouveau-nés, que seize à 
dix-sept pouces peuvent être considérés comme la taille ordi¬ 
naire des enfans. 

Le cri, l’expression faciale et l’état du pouls chez les en¬ 
fans nouveau-nés ont fourni à l’auteur des remarques pleines 
d’intérêt. Est-il bien vrai pourtant qu’ils ne soient pas sujets 
à la fié vre? Cette assertion paraît peu fondée, même lors¬ 
qu’on la restreint aux premiers instans de la vie, et elle 

18. 


( 276 ) 

peut entraîner des suites fâcheuses, en faisant prendre pour 
une fréquence normale les battemens multipliés du pouls, 
effets d’une inflammation cachée. 

Les maladies de la peau des nouveau-nés sont amplement 
traitées par M. Billard, et calquées sur les descriptions em¬ 
pruntées par M. Rayer aux Anglais ; l'a se retrouve treize 
espèces d’érythêtne, huit érysipèles, trois rougeoles, sept ro¬ 
séoles, trois scarlatines, six urticaires, trois rupias, six her¬ 
pès, cinq uzema, quatre ecthyma, trois ocres, cinq impé¬ 
tigo, cinq strophules, sept lichens, quatre psorions; ce luxe 
de mots inutiles, inintelligibles ou détournés de leur véri¬ 
table acception , augmente la longueur de cette partie de l'ou¬ 
vrage de M. Billard, et s’y trouve d’autant plus déplacé 
que ces dénominations exotiques 11e sont point encore adop¬ 
tées parmi nous, et ne le seront probablement jamais, dans 
un pays où ia nomenclature tout autrement raisonnable de 
Chaussier n’a été reçue qu'avec défaveur. 

M. Billard combat avec succès l’opinion de M. Breschet, 
qui, prétendant que l’oedème qui constitue l’endurcissement 
du tissu cellulaire des enfans nouveau-nés est d’une autre 
nature que celui des adultes , pense que le premier peut 
dépendre de la persistance du trou de Boîal ; M. Billard 
réfute cette hypothèse par des faits, c'est-à-dire sans ré¬ 
plique. 

L'auteur s'est surtout attaché à tracer avec les plus minu¬ 
tieux détails les phénomènes des maladies de l’appareil diges¬ 
tif, pour la description desquels il suit l’ordre dans lequel 
les organes de ce meme appareil se présentent à nous. Dans 
l’impossibilité où nous sommes d’analyser complètement cette 
partie de son livre , nous nous bornerons à quelques citations. 

Lœsophagite est une des maladies les moins connues, 
même chez l’adulte, à plus forte raison chez les enfans nou¬ 
veau-nés. M. Billard a constaté que ia membrane muqueuse 
de l'œsophage est habituellement rouge, alors même qu’elle 
n’est point enflammée. Cette congestion lui paraît une des 
causes prédisposantes de la phlegmasie œsophagienne, plus 
fréquente au commencement que dans le reste de la vie. Les 
boissons chaudes et irritantes en sont les causes occasioneldes 
les plus ordinaires. L’enfant qui en est affecté vomit prompte¬ 
ment le lait qu’on lui fait boire, sans que la digestion ait eu 
le temps de l’altérer; il refuse le sein, il maigrit, et meurt 
sans offiir les symptômes des phlegmasies gastro-intestinales; 
quelqueiois il vomit, des matières venant de l’estomac, mais 


( 2 77 ) 

ce cas est rare, excepté lorsqu’il existe en même temps une 
gastro-entérite; il convient d’essayer de s’assurer s’il y a de 
in douleur, en pressant le cou, sans trop de force, dans la 
direction de l’oesophage. 

L’œsophagite est tantôt simple , même érythémateuse , 
tantôt accompagnée de sécrétion de matière blanche coagu¬ 
lable, tantôt enfin gangréneuse. Pour la traiter avec succès, 
il faut ne donner les boissons qu’à la température du lait 
sortant des mamelles d’une femme; ne faire têter et Loire 
qu’en très-petite quantité; appliquer un cataplasme au cou; 
établir sur le tube digestif une légère irritation à l’aide du 
calomélas, ou de petits lavemens de lait sucré; chercher à 
nourrir le sujet au moyen de lavemens de lait et de bouillon, 
ou avec du lait contenant de i’arrowroot ou de la fécule de 
pomme de terre. 

Ce n’est pas sous le rapport des vues thérapeutiques que 
se distingue l’ouvrage de M. Billard, quoique d’ailleurs il y 
professe souvent les meilleurs principes; l’idée d introduire 
de la bouillie dans le rectum est plus étrange qu’ingénieuse : 
c’est supposer 'a la Aembrane muqueuse de cet intestin une 
force d’absorption qu’on ne lui a jamais supposée, au moins à 
ce degré, jusqu’ici. 

L’auteur fait remarquer avec sagacité que, si l’on ne 
trouve rien sur l’œsopliagite dans les traités des maladies de 
l’enfance, en revanche on y lit de longs chapitres sur le vo¬ 
missement. On lui doit donc d’avoir fait disparaître un com¬ 
mentaire purement symptomatique', et de l’avoir remplacé 
par l'histoire d’une maladie. 

Après avoit décrit avec beaucoup de soin les différentes 
nuances de la gastrite, dont il admet plusieurs variétés fon¬ 
dées sur des observations d anatomie pathologique, M. Bil¬ 
lard trace en ces termes le traitement de cette phlegmasie, la 
considérant alors d’une manière générale, et n’ayant plus 
égard qu’à sa nature et non aux formes de ses traces. 

On pourrait, dit-il, faire boire à l’enfant, dès le début de 
la gastrite, une légère décoction de racine de guimauve blan¬ 
che , sucrée ou édulcorée avec du sirop simple; il faudrait, 
en même temps que l'allaitement est suspendu, cherchera 
nourrir légèrement l’enfant au moyen de lavemens faits avec 
la décoction de riz ou de gruau. Il ne faut pas négliger d’ap- 
pliquer un cataplasme très-léger sur la région hypogastrique; 
M. Baron croit avoir remarqué que les sangsues appliquées 
à cette région 11e réussissent pas ordinairement, et qu’elles 
épuisent inutilement l’enfant. M. Billard pense avec plus de 


C 2 7 8 ) 

raison qu’il ne faut pas balancer à appliquer deux ou trois 
sangsues a l’épigastre, lorsque la gastrite se présente avec 
des symptômes tellement graves qu’on puisse craindre une 
désorganisation de l’estomac. Un plus grand nombre, dit-il, 
serait nuisible ; j’at vu plusieurs enfans assez robustes être 
réduits a un état vraiment exsangue par l’application de quatre 
à six sangsues sur une région quelconque du corps. Ce mé¬ 
decin proscrit d ailleurs tons les moyens incendiaires recom¬ 
mandés par tant d’auteurs pour faire cesser la faiblesse qui a 
lieu en pareil cas. 

Pendant que les ouvertures de cadavres, dit M. Billard, 
nous démontrent ici que la dianhée jaune ou verte est pres¬ 
que toujours accompagnée d’une entérite, la médecine amé¬ 
ricaine, sans tenir compte de cet état morbide, conseillait des 
purgatifs, des vomitifs et des excitans. D’où vient cette dif¬ 
férence? De ce que la pratique est encore purement sympto ¬ 
matique partout où l’anatomie pathologique n’est pas suffi¬ 
samment cultivée. Elle seule, en effet, démontre à quel 
point était vraie cette maxime de l’antiquité, que le même 
symptôme peut dépendre de maladies différentes. Mais au- 
jourd hui il ne s’agit pas seulement de différences de nature, 
mais encore de différences de siège. 

La connaissance du siège des maladies n’ajoute peut-être 
pas autant qu’on le croit h la puissance thérapeutique de la 
médecine, mais elle éclaire sur le danger de moyens réputés 
curatifs; elle préserve des remords. 

Faut-il, dit M. Billard, ouvrir la trachée-artère dans le 
croup, et y promener un pinceau saupoudré de calomélas ou 
d alun pour détruire et faire tomber la pellicule membrani- 
forme ! L’expérience ne me paraît point encore avoir assez 
confirmé l’efficacité de ce moyen pour l’établir en principe, 
et l’on ne peut être autorisé à s’en servir qu’après avoir 
épuisé les moyens rationnels, lorsqu’on est enfin forcé d’user 
des médicamens extraordinaires dont Hippocrate ne permet 
l’emploi que dans des cas désespérés. Pour moi, ajoute l’au¬ 
teur, je n’oublierai jamais qu’ayant été appelé auprès d’une 
peîite fille qui se trouvait au troisième jour du croup, j’eus 
d’abord recours au traitement antiphlogistique le plus éner¬ 
gique ; mes efforts étaient inutiles, et l’enfant approchait 
d’heure en heure de sa fin , lorsque son père, qui n’était pas 
étranger a l’art de guérir , ne força, pour ainsi dire, dans 
son désespoir, d’avoir recours aux nouveaux moyens. Je re¬ 
courbai une tige de baleine, je l’armai d’un plumaceau que 
\ imbibai d’une solution concentrée d’alun; j’en introduisis 


( 2 79 ) 

dans le larynx et la trachée artère : niais aussitôt l’enfan*, 
qui était assez calme, fut pris des plus violentes convulsions 
et périt entre mes bras en moins de cinq minutes. Quoiqu'il 
fût évident que l’enfant devait périr, dit en terminant 
M. Billard, cet accident a fait sur mon esprit une telle impres¬ 
sion, que j’ai juré de ne jamais essayer d’introduire quelque 
médicament dans la trachée irritée et enflammée d’un enfant. 

On a beaucoup loué la candeur d’Hippocrate avouant 
qu’il avait pris une suture pour une fracture ; celle de M. Bil¬ 
lard est bien plus louable. Vaincu par les sollicitations d’un 
père médicomane, il consent h user .du spécifique que la 
Quotidienne préconise avec chaleur depuis quelque temps; 
l’enfant périt assez promptement pour qu’il ne puisse pas se 
dissimuler que le spécifique a nui. Il publie cet échec : hon¬ 
neur a sa loyauté, elle sauvera plusd’eufans que l’alun et le 
calornélas n’en guériront jamais. 

L’inflammation du péricarde n’est pas rare chez les enfans 
nouveau-nés; peut-être meme est-elle plus fréquente à cet 
âge qu’à toute autre époque de la vie. M. Billard aitrii) ue 
cette particularité à l’activité plus grande survenue dans les 
fonctions du cœur, lors de rétablissement de la circulation 
indépendante. En général, les enfans affectés de péricardite 
ont le cri pénible, la respiration gênée et quelquefois suffo¬ 
cante, la figure est grippée, les muscles de la face semblent 
se contracter continuellement. Quand cet état se présente, 
M. Billard pense qu’il ne peut guère être l’effet que d’un ra¬ 
mollissement gélaîiniforrne de l’estomac, d’une péricardite ou 
d’une pleurésie aiguë.Quoi qu’il en soit, il a trouvé les traces 
d’une péricardite bien caractérisée dans sept cadavres, sur 
cent qu’il a ouverts. 

L’auteur considère comme signe de congestion cérébrale 
chez les enfans nouveau-nés, un état d’abattement, de pros¬ 
tration, la congestion sanguine des tégumens des membres, 
du tronc, de la face, et les signes propres à la congestion 
pulmonaire. Il est difficile d’observer chez eux les effets croi¬ 
sés de l’apoplexie de l'hémisphère droit ou gauche , car le 
cerveau est à peine ébauché, il n’a point encore les formes 
et il ne jouit pas des propriétés qui, plus tard , la caractéri¬ 
seront. 

Sur quatre-vingts cas d’ictère chez les nouveau-nés, 
M. Billard a trouvé cinquante fois le foie et les vaisseaux ab¬ 
dominaux gorgés de sang, et il a compté quarante cas de 
congestion hépatique sans ictère; deux fois seulement il a 
trouvé la bile plus jaune et plus abondante chez les ictéri- 


( 28 o ) 

çpjes. Presque toujours, il a vu l’ictère succéder à la colora- 
tion rouge de la peau ; Papparitiou de cette couleur se fai 
par degrés. Lorsque les eufans sont encore très-rouges, on 
remarque a la surface de la peau une nuance jaunâtre qui se 
distingue a peine de la couleur rouge; si l’on applique le 
doigt sur la peau , au lieu de blanchir, elle jaunit et redevient 
aussitôt rouge; peu à peu Pictère devient plus évident, et le 
troisième, quatrième ou huitième jour, il remplace tout-à-fait 
la couleur rouge, et se trouve à son tour remplacé par la co¬ 
loration blanche ou rose tendre, qui est propre à la peau des 
jeunes enlans; il semblerait donc que l’ictère fût la nuance on 
la couleur intermédiaire entre la congestion tégumentaire et 
la couleur blanche des nouveau-nés. 

M. Billard a observé quatre lois des tubercules dans les 
poumons d’en fans morts à l’âge de un, deux, trois et cinq 
mois; ces quatre enlans, a leur naissance, offraient un état 
de fraîcheur et d’embonpoint, puis ils tombèrent peu a 
peu dans la décoloration, le marasme; leur ventre se bal¬ 
lonna ; leur cri était quelquefois altéré , et chez deux la per¬ 
cussion lit entendre un son mat; il n’y eut d’ailleurs chez 
aucun deux ni toux, ni hémoptysie, ni sueur, ni dévoie- 
ment colliquatif. Un seul eut un dévoiement abondant; un 
autre offrit les symptômes d’une laryngite. Ces tubercules 
étaient fort petits, arrondis, transparens, disséminés a la 
surface et dans le tissu du poumon, soit aux dernières ra¬ 
mifications bronchiques, soit dans les espaces qui les sépa¬ 
rent; d autres étaient plus avancés et même réduits en sup¬ 
puration , près des racines des bronches ou le long de la 
trachée-artère. 

Sur sept cents cadavres, M. Billard a trouvé, chez trois en- 
fans, un état de décomposition générale, qu’il a cru devoir 
attribuer à une altération bien caractérisée du sang qu’il né¬ 
glige (bailleurs de caractériser. Sur huit enfans,qui n’avaient 
pas vécu au-delà de onze jours, et qui avaient succombé à 
des pneumonies et des gastro-entérites, il a trouvé le sang 
extrêmement liquide, le foie gorgé de cette humeur, la mem¬ 
brane muqueuse gastrique pâle et ramollie. 

On voit combien sont rares les tubercules natifs, et mçme 
il est permis de douter que ceux qu’a observés M. Billard 
fussent antérieurs à la naissance. Quant aux altérations du 
sang, elles sont bien peu communes, et les personnes qui 
voudraient y placer la source des maladies, se contentent de 
bien peu lorsqu’elles invoquent à leur secours les résultats 
de l’ouverture des cadavres. 


( 281 ) 

Nous nous arrêtons a regret dans l'analyse de l’ouvrage 
de M. Billard. Cette production renferme une foule de faits 
et de vues ingénieuses sur lesquels on pourrait ne pas tarir 
en réflexions. Elle mérite d’être lue. Quoique le style en 
soit négligé au point de manquer souvent de clarté, et mal¬ 
gré la manière longue et diffuse qui la caractérise, ce n’en 
est pas moins un fort bon ouvrage. L’attention étant désor¬ 
mais éveillée sur l’anatomie pathologique des enfans nou¬ 
veau-nés, chaque jour verra publier de nouveaux faits* cha¬ 
que jour l’ouvrage de M. Billard sera rectifié ou enrichi, 
mais il lui restera l’honneur d’avoir placé dans nos biblio¬ 
thèques, et dans celles de l’étranger, un livre qu’on y cher¬ 
chait vainement, qui, moins régulier, moins complet que 
son ouvrage sur la membrane muqueuse gastro-intestinale, 
offre plus d’originalité, et qui, par conséquent, est plus 
susceptible de contribuer h la réputation de l’auteur.Ce n’est 
pas qu’on ne pût faire de nombreuses remarques de détails 
sur l’ouvrage de M. Billard, mais le bon l’emporte tellement 
dans cette production que nous avons cru devoir nous y ar¬ 
rêter de préférence. 


Flore medicale, nouvelle publication (i re livraison) h 

Si l’étude des végétaux est un plaisir pour les gens du 
monde, elle est un devoir pour le médecin, et, dans l’accom¬ 
plissement de ce devoir, le médecin trouve un noble délasse¬ 
ment de ses travaux pratiques. Aussi est-il peu d’hommes de 
notre profession qui ne consacrent à la botanique une partie 
de leurs instans de loisir; ils le doivent du moins, car, plus 
d’une fois on les juge sur la promptitude avec laquelle ils 
nomment les plantes qui leur sont présentées. Aucun autre 
ouvrage ne leur présente autant de moyens d’instruction que 
la Flore médicale , dont le succès a été immense, et qui l’a 
mérité sous tous les rapports. Annoncer une nouvelle publi¬ 
cation de ce bel ouvrage, c’est donc causer un vif plaisir aux 
nombreux amis de la plus aimable des sciences. La synonymie 
dans toutes les langues de l’Europe; l’indication exacte des 
noms scientifiques de Bauhin, de Tournefort, de Linné, 

1 Quatre-vingt-dix livraisons, gr. in-8°.\ sur jésns vélin; prix : 2 fr. 
5o cent. Chez C.-L.-F. Panckoucke, éditeur, rue des Poitevins, n° î/j- 

La première livraison est en vente ; les autres suivront de quinze 
jours en quinze jours. 



( 28a )' 

de Jussieu , caractères décrits dans un style pittoresque et 
anime5 indication raisonnée des propriétés physiques, chi¬ 
miques et thérapeutiques, énumération des monographies, 
loin du texte une botanique médicale complète. Les planches, 
qui ont toujours été remarquables sous le rapport chalcogra- 
phique , sont devenues, par les soins de l’éditeur, plus dignes 
encore de fixer l’attention. Pour s’en convaincre , il suffit 
de jeter un coup d’œil sur la livraison qui vient de paraître. 
Quatre-vingt-dix livraisons compléteront ce magnifique ou¬ 
vrage renlermant la représentation fidèle de trois cent soixante 
plantes médicinales. Les gravures, tirées sur grand papier 
vélin superfin , sont imprimées en couleur, et retouchées au 
pinceau avec un soin extrême, par des artistes d’un grand 
mérite. La modicité du prix, la beauté de l’exécution des 
planches, jointes au mérite du texte, rendent cette collection 
digne d’embellir et d’enrichir toutes les bibliothèques, soit 
comme livre d'utilité journalière, soit comme ouvrage d’or¬ 
nement. 


Séances de VAcadémie royale de médecine. 

Scclion de Pharmacie. 

? *.ï ; ?.. j • - Q • \ 

Séance du iy juin. — Reproduction des sangsues. — 
MM. Henry père et Virey font un rapport sur un Mé¬ 
moire de M. Trémoiiière, pharmacien à Marseille, concer¬ 
nant les sangsues et leur reproduction. Des expériences ont 
prouvé à cet observateur que les sangsues ne se conservent 
bien que dans des réservoirs au fond desquels on place de 
l’argile analogue au fond vaseux des mares, et qu’autant 
que l’eau eu est renouvelée. En effet, les maladies de ces 
animaux dépendent principalement de la décomposition pu¬ 
tride des mucosités que sécrète leur peau. M. Trémoiiière a 
vu les sangsues résister à l’odeur de la vase d’un marécage 
quelconque, même pendant les chaleurs de l’été, lorsque 
1 eau avait été renouvelée. 11 a reconnu qu’un huitième de 
noir animal ou de charbon en poudre assainit l’eau , et pré¬ 
vient le développement des maladies auxquelles succombent 
tvn si grand nombre de ces annélides. Il a observé les hirudo 
provincialis et medicinalis : elles s’accouplent au mois de 
juin. Bien quelles soient hermaphrodites, il croit, avec un 
pharmacien de Toulon (M. Châtelain), que les plus petites 
font l’office de mâles, et les plus grosses celui de femelles. 




( a83 ) 

Il dit avoir constaté, pendant quatre générations de sang¬ 
sues, que la sangsue fécondée se resserre sur elle-même, et 
sc transforme en cocon , de sorte que le cocon est le corps 
même de la mère, dont la substance intérieure fournit la nour¬ 
riture h neuf on quinze petites sangsues qui naissent dans ce 
cocon. M. Trémollière confirme cette manière de voir par 
l’exemple desgallinsectes ou cochenille et autres cocrus , dont 
le corps de la mère sert d’enveloppe et d’aliment au produit 
u'e la fécondation. — MM. les rapporteurs disent neconnaître 
aucune preuve de ce qu’avance ici M. Trémollière , et ignorer 
si les sangsues que ce pharmacien annonce comme des espèces 
nouvelles, sous les noms d 'hirudo pumila et d 'hirudo margi- 
nata , diffèrent des autres sangsues déjà décrites par Caréna 
et autres naturalistes. , 

Crame des sybarites pour teindre les cheveux en noir. 
— MM. Caventou et Chevallier font un rapport sur cette 
préparation cosmétique du sieur Godain ( le ministre consulte 
l’Académie sur l innoeuhé de cette préparation). Elle contient 
plusieurs sels de plomb, de mercure, avec de fhydi ocyanate 
ferrugineux de potasse et de l’hydro-suifure de potasse. — Les 
commissaires demandent le renvoi à la section de médecine 
pour examiner les effets de ce produit appliqué sur le cuir 
chevelu ou toute autre partie. — MM. Pelletier, Boullay, 
Robiquet pensent que cette recette peut avoir des dangers, 
et que des empiriques ne doivent pas en diriger l’emploi. — 
M. Robiquet annonce, en outre , que certains coiffeurs em¬ 
ploient, pour noircir les cheveux,-du nitrate d’argent cris¬ 
tallisé, ce qui peut entraîner des accidens, — M. Planche 
parle d’un cas où du nitrate d’argent, employé pour teindre 
des favoris, a produit une inflammation vive de la joue. — 
M. Lodibert rapporte que M. Butigny a vu des méningites 
aiguës déterminées par l’usage de cette recette. — MM. Ca¬ 
ventou et Chevallier répondent que, d’après les recherches 
de M. Rayer , l’emploi du sulfure de plomb est sans danger , 
et que l’on combat avec succès la colique de plomb par l’em¬ 
ploi des eaux sulfureuses d’une solution d’hydro-sulfate de 
potasse.— M. Robiquet a constaté qu’une liqueur, employée 
pour noircir les cheveux , était de l’huile volatile de laurier- 
cerise ou d’amandes amères , ce qui a de l’analogie avec l’em¬ 
ploi de la recette du sieur Godain, laquelle contient de l’hy- 
drocyanate de potasse. 

Peroxide de potassium . —M. Chevallier annonce qu’il se 
forme du peroxide de potassium dans la calcination du nitrate 
de potasse, fait qui avait déjà été remarqué par MM. Bridge 


( 284 ) 

de Philadelphie et Richard Philip. Ce peroxide de potassium 
donne lieu à un dégagement d’oxigène par sa dissolution 
dans l’eau. 

Séance du 28 juin. — MM. Caventou et Chevallier repro¬ 
duisent leur rapport sur la recette du sieur Godain pour 
teindre les cheveux en noir. Elle consiste en une pâle qui 
contient, outre de la chaux, du minium et de la céruse, de 
l’oxide de plomb jaune, de l’hydro-ferro-cyanate de potasse 
et du vermillon. Après avoir mis cette pâte en contact avec 
les cheveux, on promène sur ceux-ci un pinceau imbibé 
d’hydro-sulfure de potasse en dissolution. Les commissaires 
pensent que ce sulfate est sans danger; mais quant aux au¬ 
tres ingrédiens de la recette, ils en appellent h l’expérience 
et aux lumières de la section de la médecine. Ils rappellent 
que c’est â la découverte de l’existence du soufre dans les 
cheveux, par M. Vauquelin, que l’on doit l’idée de les tein- , 
dre avec des oxides métalliques, plomb, mercure, bismuth,etc* 
M. Larrey leur a communiqué une recette de ce genre qu'il 
a vu employer sans danger en Egypte. Ils pensent, enfin, que 
ces substances, en même temps qu’elles noircissent les che¬ 
veux, les hérissent et les brûlent. — MM. Virey , Henry, 
Caventou font connaître dilférens mo} r ens également propres 
à noircir les cheveux. Celui dont parle M. Caventou, em- 
„ ployé par un coiffeur de Paris, est une poudre végétale 
blanche, qui paraît exempte de substances métalliques. 

Baume de Copalui. — M. Caventou , n’a} r ant pu parvenir 
à réduire à la consistance pilulaire le baume de Copahu avec 
la magnésie calcinée, comme M. Mialhe l’a annoncé, de¬ 
mande quelles sont les conditions nécessaires au succès de 
cette opération. — M. Planche répond qu’il faut employer 
une magnésie fortement calcinée pendant quinze heures, et 
comprimée. — MM. Laugier, Serullas, Henry pensent que 
ce sujet réclame de nouvelles recherches. —- M. Caventou a 
remarqué que l’huile volatile de Copahu a une saveur plus 
désagréable que celle de la résine sèche ou cuite. — M. Bo- 
nastre croit que le choix des deux formes du Copahu doit 
être subordonné à l’état plus ou moins inflammatoire qui 
accompagne la maladie pour le traitement de laquelle on l’em¬ 
ploie. — Enfin , M. Chevallier assure qu’on a mis en usage 
aussi avec succès une résine extraite des bourgeons de sapin. 

Séance générale du premier juillet. — Monstruosité. — 
M. Poucet envoie un fœtus â deux visages. Ce monstre a vécu 
quelques minutes après l’accouchement. Il existe, outre cettç 


( 285 ) 

monstruosité, un spina-bifida et une destruction de la masse 
encéphalique, qui s’est échappée sous forme de fongus. 

Fièvre jaune. — On lit une lettre de M. Chervin conte¬ 
nant de nouvelles réflexions sur des documens relatifs à la 
fièvre jaune de Barcelone. 

M. le secrétaire-général annonce a l’Académie la perte 
qu’elle vient de faire dans la personne de M. Chaussier. —- 
Si. Desgenetîes fait la proposition de placer le buste de cet 
illustre membre dans la salle des séances de l’Académie. Il 
demande que sa proposition soit renvoyée à une commission. 
L’Académie appuie, avec acclamation , la proposition de 
M. Desgenettes. — M. Chomel pense que l’on devrait rendre 
le même honneur a plusieurs membres décédés depuis plus ou 
moins de temps, tels que Corvisart, Halle, Laënnec, etc. 
La proposition de M. Chomel est renvoyée à la même com¬ 
mission qui doit faire un rapport sur celle de M. Desgenettes. 
Cette commission se compose de MM. Desgenettes, Chomel, 
Adelon, Larrey , Dubois, Boullay et Pelletier. 

Rapport de 31 . Guéneau-de-Mussy sur les remèdes se¬ 
crets. — M. le rapporteur entretient d’abord l’Académie d’un 
remède de M. Gondret et de celui des frères Mahon contre 
la teigne. Après un examen lumineux de l’efficacité et des 
avantages de ce moyen , M. Guéneau-de-Mussy annonce que 
la commission a pensé que c’était; un de ces remèdes, malheu¬ 
reusement trop rares, dont on pourrait conseiller au gouver¬ 
nement de faire l’acquisition. Toutefois, avant de prendre 
une détermination a cet égard , il faudrait entreprendre un 
grand nombre d’expérience comparatives, afin de s’assurer 
si le remède des sieurs Mahon l’emporte autant qu’ils le pré¬ 
tendent sur tous ceux jusqu’ici employés avec plus ou moins de 
succès contre la même maladie.—M. Guersent lait observer que 
l’on ne doit, pas être surpris de la masse de laits que les frères 
Mahon invoquent en faveur de leur remède, puisque l’admi¬ 
nistration des hôpitaux leur a confié le traitement de tous 
les teigneux admis dans ces établissemens. L’honorable mem¬ 
bre appuie la demande d’expériences comparatives , comme 
l’unique rauven de constater le degré d’efficacité relative de 
ce remède. —M. Moreau dit avoir vu a l’hôpital Saint-Louis 
échouer les frères Mahon dans le traitement de ia teigne. Il 
pense que l’on doit avoir égard a une foule de circonstances 
avant de se déterminer en faveur de tel ou tel remède dans le 
cas dont il s’agit. [1 n’est pas rare, d’ailleurs, qu’on obtienne 
la guérison de la teigne en se servant de toute espèce d’agent 
propre a calmer l’irritation du cuir chevelu. — Les conclu- 


( '286 ) 

sions de M. le rapporteur sont adoptées. — Plusieurs autres 
rapports de M. Guéneau-de-Mussy sont également adoptés. 
Tous sont terminés par cette conclusion bien méritée; qu'il 
n’v a pas lieu de conseiller au gouvernement de faire l’acqui¬ 
sition des remèdes qui sont l’objet de ces rapports. En effet, 
ces prétendus remèdes spécifiques contre les maladies lai¬ 
teuses, contre les blessures, les plaies, même celles qui ne 
sont pas ouvertes ; contre les douleurs d’oreille, la goutte, 
la brûlure; contre les vers , voire même contre la peste ; ccs 
prétendus spécifiques , disons-nous, ou ne sont pas nou¬ 
veaux , ou possèdent des propriétés tellement merveilleuses 
ou ridicules, que l’assemblée ne peut en entendre l’énumé¬ 
ration sans montrer de temps en temps des marques unanimes 
A'hilarité. 

Police médicale. — M. Gasc, au nom de la commission 
de poiice médicale, lit plusieurs rapports sur des travaux re¬ 
latifs, i° à des projets de règlement contre les pratiques du 
charlatanisme: 2° à l’établissement de chambres dediscipline ; 
3 ° a l’hygiène militaire. Un travail de M. Lecourt de Can- 
tilly sur les moyens superstitieux employés dans la Basse- 
Bretagne contre une maladie désignée sous le nom de humes , 
a particulièrement fixé l’attention de la commission et de 
l’Académie. — Ces rapports sont adoptés. — La séance est 
terminée par un rapport verbal de M. Hipp. Cloquet sur 
le Bulletin des Sciences médicales de M. le baron de Fé- 
russac, offert à l’Académie par M. Defermon. 

Sec lion de Médecine. 

Séance du 8 juillet. — Epidémies. — M. Bourdon fait 
un rapport sur un Mémoire de M. Guietan, contenant la 
description d’une maladie épidémique observée dans le dé¬ 
partement du Jura. L’auteur du Mémoire considère cette 
maladie comme étant à la fois épidémique et contagieuse. Sur 
une population de deux cent? âmes, trente individus fu¬ 
rent atteints de la maladie, ce qui forme environ le sixième 
des hahitans. Le rapporteur admet le caractère épidémi¬ 
que , mais il ne trouve aucune raison solide en faveur du 
caractère contagieux. Quoi qu’il en soit, ce n’est ni aux 
lieux, ni aux alimens, mais à l’air que le mal paraît de¬ 
voir etre attribué. La maladie débutait par les symptômes 
de la gastrite , et si elle n’était pas arrêtée dans sa marche 
par un traitement antiphlogistique, on observait plus tard 
les phénomènes d’un véritable typhus. En jugeant par le 
traitement plus que par les symptômes, dit M. Bourdon , 


.... ( , a87 . } 

c’était une maladie aiguë. Ce traitement ( principalement an¬ 
tiphlogistique) ne lui paraît remarquable ni en bien ni en 
mal. M. G. n'a perdu qu’un malade sur les vingt-quatre 
qu’il a soignés, tandis que* sur les six autres confiés aux 
soins de ses confrères, deux succombèrent, il n’est rapporté 
aucune observation particulière. M. Bourdon explique le 
succès du traitement de M. G., en disant que ce médecin , 
envoyé par l’administration locale pour combattre l’épidémie, 
a pu fortifier le moral et le physique de ses malades au moyen 
des ressources officielles qu’il avait à sa disposition. Sur les 
conclusions du rapporteur, le Mémoire sera déposé aux ai - 
cliives , et on écrira une lettre de remerciemens à l’auteur. 

Epidémie de Marseille . —M. Bourdois de Lamotte de¬ 
mande si le bureau a connaissance d’une épidémie que le 
bruit public dit ravager Marseille. — M. Coutanceau annonce 
que la maladie est une variole très-meurtrière. — M. Husson 
dit qu’il s’est également manifesté une maladie épidémique 
dans l'Orléanais, et que des médecins ont été envoyés pour 
l’observer et la traiter. L’honorable membre voudrait que 
l’Académie connût de toutes les épidémies , et que des mé¬ 
decins , pris dans son sein , fussent chargés de les observer, 
il se plaint de ce que l’Académie n’a pas même été consultée. 
— MM. Dnméril et Adelon répondent que le conseil a adressé 
des réclamations à ce sujet auprès de M. le ministre de l’inté¬ 
rieur. C’est le ministre, ajoute M. Adelon, nomme les 
commissions pour observer les épidémies. L’initiative lui ap¬ 
partient et non à l’Académie qu’il consulte seulement s’il le 
croit convenable. — Suivant une lettre reçue par M. Nac- 
qnart, ies médecins de Marseille sont encore indécis sur la 
nature de la maladie désastreuse qui afflige leur ville. Ils 
ne savent pas au juste si c’est une variole pure et simple- 
elle a sévi sur des 'vaccinés et des variolés. M. le préfet a 
nommé une commission médicale pour l’observer.—-D'après 
les nouvelles reçues par M. Renauldin , l’épidémie de Mar¬ 
seille est une variole; elle a sévi d’abord sur ies en fans. On 
dit (mais ce bruit n’est pas authentique) que la cause pre¬ 
mière du mal serait l’inoculation du virus variolique au lieu 
du vaccin.—M. Moreau combat l’opinion de M. ie secrétaire. 
11 désirerait que l’Académie éclairât l’administration , et 
qu’elle n’attendît pas les ordres de celle-ci pour le faire. — 
M. Double parle dans le même sens. Il propose d’écrire aux 
correspondans de Marseille pour avoir des renseignemens sur 
l’épidémie. — M. Castel appuie a la fois la proposition de 
M. Double et l’opinion de M. Adelon. 11 croit qu’il n’est pas 


( 288 ) 

de la dignité de l'Académie de se présenter au ministère pour 
en obtenir d’êîre chargée de l’observation des épidémies. 11 ne 
pense pas non plus que l’Académie doive se déterminer 
d’après le bruit public, le seul qui, jusqu’ici, ait fait con¬ 
naître la maladie de Marseille. — M. Rochoux pense qu’il 
serait convenable de se mettre en rapport avec les Sociétés 
médicales de Marseille, pour avoir des données certaines sur 
l’épidémie. — M. Desgenettes partage l’opinion de M. Ro- 
choux ; il combat fortement les idées de M. Castel sur le bruit 
public. On ne saurait trop le respecter dans de semblables 
circonstances. C’est une sentinelle vigilante qui donne l’éveil. 
Ce fut 1 ui qui jeta le premier l’alarme, lors de la peste de 
1720 ; c’est un messager très-utile. — M. Castel répond qu’il 
ne méprise point le bruit public , et qu’il n’ignore pas que 
c’est par lui que l’on connût aussi le beau trait de M. Des- 
genettes pendant la peste de l’armée d’Egypte. La section 
écrira aux Sociétés médicales de Marseille pour avoir des ren- 
seignemens sur la maladie. 


<1/%>%^VVVVVA/V%/VVV\JVVV%<%/VVV*/VVVVVV1J%/VV%/V\/VVVVVV%/VVV%^/V*% 

OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES. 

Mois météorologique d’août, de 5 i jours y du 22 juillet 
au 21 août 1828 , inclusivement; temps de la durée du 
Soleil dans le signe du Lion , ou durée de la l'erre en 
opposition avec cette constellation . 

Température la plus élevée du présent mois, 21 degrés 8 dixièmes, le 
5 août. — La moins élevée, 6 degrés 5 dixièmes , le 5 o juillet. 

Température moyenne, 14 degrés x dixième. — Celle du mois précé¬ 
dent, i 5 degrés 1 dixième. — Celle du mois d’août de l’année passée, 
16 degrés 9 dixiémes. 

Plus grande pression de l’atmosphère , déterminée à l’aide du baro¬ 
mètre, 28 pouces 3 lignes.— Moins grande pression , 27 ponces 8 lignes. 
— Pression moyenne , 27 pouces 10 lignes, répondant à 2 degrés de 
mauvais temps . 

Tents ayant dominé pendant ce mois, ceux de la partie de VOuest 
et du Sud-Ouest, dans Ja proportion de 19 jours sur 3 x. 

JVomlre des jours dans lesquels il est tombé de la pluie , iq* 

Dans le mois précédent, 7. 

Plus grand intervalle sans pluie, 5 jours. 

Plus grande hauteur des eaux de la Seine a Paris, 1 mètre 64 centi¬ 
mètres.— Moins grande, o mètre 83 centimètres. — Hauteur moyenne , 
1 mètre 22 centimètres. — Celle du mois précédent, o mètre 53 cen¬ 
timètres. 


IMPRIMERIE DE G. L. F. PÀNCKOUCKE , RUE DES POITEVINS , N° i /*.. 













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j? F?Josri]>m€ET 




C Z F. Ptinckout 



















JOURNAL 

COMPLÉMENTAIRE 


D U 


DICTIONAIRE DES SCIENCES MÉDICALES. 


l/Wlt %/VVVl/VV*s%/l;WirW\r%/WVt/i/VV 


Essai d’histoire naturelle et médicale sur la nature et les 
propriétés médicales des eaux minérales froides , et sur 
les conditions qui favorisent leur action ; par le docteur 
FodÉiie. 

• * * • ■ , ■ * y 

(Troisième et dernier article.) 

L’eau du lac de Longemcr a donné les mêmes réullats que 
celle du lac de Gérardmer; celle du lac de Retournemer à 
présenté quelques différences: aucun changement avec l’eau de 
chaux et le nitrate d’argent; léger précipité avec; le murïate 
de baryte et le sous-acétate de plomb ; couleur légèrement lou¬ 
che avec l’acide sulfurique , la potasse caustique et l’oxalate 
d’ammoniaque; avec le prussiate de potasse, rien d’abord ; 
mais ayant été laissé jusqu’au lendemain , le mélange a sen¬ 
siblement verdi, et l’on a pu se convaincre que cette eau 
contenait du fer, avec des substances calcaires, parce que 
le résidu de trois livres évaporées , qui était d’environ trois 
quarts de grain , ayant été traité par l'acide muriatique, et 
éprouvé de nouveau par le prussiate de potasse , non-seule¬ 
ment le mélange a verdi, mais il a légèrement bleui : il est resté 
de la silice insoluble. 

Les dépenses qu’exigent Içs longs conduits en bois pour 

TOME XXXI. * io 


V 


( *90 ) 

amener l’eau aux fontaines, et les préjugés contre l’eau du 
lac ont engagé plusieurs particuliers de Gérardmer a creuser 
des puits dont l’eau , prétendent-ils, est meilleure que celle-ci, . 
et aussi bonne que celle des fontaines. Le médecin était 
lui-même tenté de faire un puits. J’examinai , en consé¬ 
quence, l’eau d’un puits de dix-sept pieds de profondeur, 
dont voici les résultats : transparente et fraîche, dissolvant 
le savon, mais moins bien que l’eau du iac, qui est cristal¬ 
line. Elle a sensiblement louchi avec l’eau de chaux, la so¬ 
lution de potasse, le muriate de baryte; le sous-acétate de 
plomb y a produit un précipité immédiat, abondant et lourd ; 
le nitrate d’argent, précipité idem; elle a sensiblement 
louchi avec l’oxalate d’ammoniaque et avec l’acide sulfurique, 
lequel a occasioné en outre un dégagement sensible de gaz 
acide muriatique. Le prussiate de potasse a occasioné dans 
cette eau, au bout de plusieurs heures, une très-légère cou¬ 
leur verte. Une livre de cette eau de puits laissa, après l’éva¬ 
poration, un résidu d’environ un demi-grain, composé de 
sulfate , muriate et carbonate calcaires, et de quelques 
atomes de silice, d’où les spectateurs ont pu se convaiiicre 
que l’eau de leur lac était bien supérieure en pureté aux 
eaux des puits, ce qui est d’ailleurs commun à toutes les 
grandes masses d’eaux douces qui reçoivent un mouvement. 

Il ne sera pas dilficile de rendre raison de la grande pureté 
des eaux de cette contrée, ainsi que des accidens que j’ai 
notés : i° toute sa surface est composée de granit pur, entre¬ 
coupée de loin en loin de quelques couches de stéaîite et de 
trapp, sans aucune apparence de substance calcaire. Ce 
granit n’est pas continu, mais ce sont tout autant de blocs 
distincts les uns des autres, cristallisés en octaèdres, c’est-a- 
dire formés de deux cônes réunis par leur base, comme le 
cristal de roche, de toutes les grandeurs; on les fait sauter 
par la mine dans les défricheraens, et les blocs conservent, 
en se divisant, la moitié de la forme qu’ils avaient étant en¬ 
tiers. En contemplant les nombreuses montagnes, symétrique¬ 
ment terminées en pointes , dont on est entouré, et couvertes 
de sapins noirs, respectivement a la belle verdure qui en 
couvre la base, on voit que c’est la même forme et la même 
nature de ces blocs cristallisés épars sous nos pieds, de la 
même manière qu’un gros cristal de sel marin est composé 
d’autant de petits cristaux, qui ont la même figure que le 
tout : 2 on n’a nullement été surpris de trouver des traces 


i 


( 2 9‘ ) 

de fer dans l’eau du lac de Retonniemer, car il y arrive un 
gros ruisseau ou plutôt un torrent qui descend d’une mon¬ 
tagne au sud, dans laquelle existent quelques maigres filons 
de ce métal. Il se laisse même remarquer dans les eaux de la 
rivière de Pologne , formée de la réunion des eaux des trois 
lacs et de quelques autres; 3° les substances calcaires, trou¬ 
vées en plus grande abondance dans le puits de Gérardrner 
que dans toutes les autres eaux de la contrée, lesquelles n’en 
contiennent pas , prouvent qu’ici les masses granitiques repo¬ 
sent sur du calcaire primitif, auquel il faut arriver pour 
trouver de l’eau. L’épaisseur de ces masses s’est trouvée, a 
l’endroit percé, de quinze pieds, qu’on a fait sauter avec la 
poudre, après quoi on est parvenu au calcaire. Delà, pa¬ 
rait-il vraisemblable que, dans cette région des Vosges, c’est 
sur des couches calcaires que sont accumulés, depuis des 
siècles, les innombrables blocs de granit cristallisé. J’en ai 
eu une nouvelle preuve à deux lieues de Gérardrner , en des¬ 
cendant au village du lliolj; j’v ai vu, dans un enfoncement, 
une fontaine permanente dont l’eau était blanche, ce qui m’a 
paru être l’effet du plâtre ou sulfate calcaire délayé, et que 
les personnes qui nous accompagnaient nous ont assuré être 
de même pendant toute i’annee. Ailleurs, je n’ai pu décou¬ 
vrir du calcaire, mais ces blocs granitiques, qui deviennent 
moins réguliers a mesure que les montagnes s’abaissent, je 
les ai vu soutenus par du grès rouge dans les vallées de la 
Bresse, de Cornemont, de Ventron, de Schimeck, de Saint- 
Dié, etc. ; par des schistes micacés dans celle de Bussang, etc. ; 
mais ces observations géologiques, dont je n’ai pu me dé¬ 
fendre , sortent de mon sujet, et je vais y rentrer. 

Conséquence à tirer des travaux précédons. — De toutes 
les analyses auxquelles on vient de voir que je me suis livré, 
après avoir étudié les travaux de mes prédécesseurs sur le 
même sujet, et après avoir fait préparer les réactifs les 
pdus sûrs par des gens plus experts que moi, nous pouvons 
tirer les conséquences suivantes: i° qu’il, n’est aucune eau , 
tant dans les entrailles de la terre qu’à sa surface, qui ne 
contienne en dissolution quelques-uns des principes des corps 
avec lesquels elle a été en contact, et que les eaux , dites mi¬ 
nérales et médicinales, ne portent ce nom que parce qu’elles 
eu contiennent en plus grande quantité que celles de la bois¬ 
son ; u° que les principes minéralisateurs de toutes ou presque 

J 9- 


( 2 9 2 ) 

toutes les eaux minérales froides, et nous osons dire aussi, 
d’après nos recherches, des eaux chaudes ou thermales, sont 
les substances ci-après, dans l’ordre où je vais les exposer: 
le sulfate de chaux, très-commun ; le sulfate de magnésie, 
mais moins commun, le sulfate de soude, mais plus rare que 
ce dernier ; 

Le muriate de chaux , très-commun: puis celui de soude, 
ensuite celui de magnésie; 

Le carbonate de chaux, des plus fréquens; quelquefois 
celui de soude ; quelquefois aussi celui de magnésie ; 

La sous-carbonate de fer oxidé, très-commun dans toutes 
les eaux minérales, tant froides que chaudes ; rarement le 
bicarbonate ; ' 

Le silice, existant, comme on vient de le voir, dans toutes 
les eaux minérales, à peu d’exceptions près; 

Le soufre, mais substance rare, que je n’ai rencontrée en 
nature que dans l’eau de Châtenois et dans une autre source 
des Alpes maritimes ; 

Le gazacide carbonique, existant probablement dans toutes 
les eaux, tant chaudes que froides, et nécessaire a la perma- 
nance de la solution des sulfates et carbonates calcaires, des 
sous-carbonates de fer et de magnésie et autres ; 

Le gazacide hydrosulfurique, et peut-être le gaz sulfu¬ 
reux, le premier assez commun , mais pouvant l’un et l’autre 
tantôt paraître et tantôt disparaître; 

Une matière organique, animale ou végétale, gélatineuse 
ou extractive, mais beaucoup moins commune , et n’étant 
souvent qu’accidentelle. 

Les eaux de Pougas, de Forges, de Vichy, de Passy, 
d’Enghien , de Spa , etc., dont j’ai lu le détail des ana¬ 
lyses dans les Annales de Chimie , et spécialement dans les 
écrits de Monnet, Bergmann , Klaproth , Fourcroy, Thom¬ 
pson, MM. Vauquelin, Déyeux, Bouillon-la-Grange, etc., 
sont minéralisées par les mêmes principes, et n’ont de la su¬ 
périorité sur celles que j’ai nommées, que par la vogue 
qu’elles ont obtenue, et peut-être par des quantités de sub¬ 
stances relatives aux saisons diverses où elles ont été exami¬ 
nées, car cette quantité varie beaucoup dans la même eau 
minérale. Il ne saurait y avoir le moindre étonnement a voir 
des eaux devenues ainsi minérales, puisqu’elles contiennent 
nécessairement et uniquement les substances des lieux sou¬ 
terrains qu’elles ont traversés et qu’elles ont dissoutes, et que 


( 3931 

rien n’est plus commun (jtie lts roches qui contiennent des 
sels calcaires, magnésiens, et du fer. Les muriates, comme 
substances salines éminemment solubles , et n’enfrant pas dans 
la composition des roches, et qui se trouvent cependantparlie 
constituante de presque toutes les eaux, même non propre¬ 
ment minérales , donnent davantage à penser sur leur ori¬ 
gine , et supposent des immenses amas de ces sels dans diffé- 
rens points des entrailles de la terre : c’est ce que prouvent 
assez les éruptions des volcans , qui contiennent toutes, du 
moins à ma connaissance, de i acide muriatique , et des mu¬ 
riates de soude et autres , ainsi que les eaux des mers , plus ou 
moins salées a différens endroits ; c’est ce qu’on peut encore 
conjecturer, en examinant a vol d’oiseau la carte hydrogra¬ 
phique des sources d’eaux minérales rapprochées de quelques 
lieues l’une de l’autre* comme, dans le département des 
Vosges, celles de Dieuze, Bains, Plombières, Luxeuil, Bour- 
bonne-les-Bains, Contrexeville, Bussang,etc., ayant à l’ex¬ 
trémité de leur rayon les vastes et riches mines de sel gemme 
de Dieuze, ou , comme le remarque M. le docteur Socquet, 
auteur de l’analyse d’une eau thermale, très-salée, nouvelle¬ 
ment découverte au lieu dit de la Perrière , à une heure de 
la ville de Moutier, en Tarentaise, eau qui, suivait lui, 
pourrait donner deux cent cinquante quintaux métriques de 
sel en vingt-quatre heures (ce que je crois très-exagéré), et qui 
peut être alimentée par un réservoir commun , qui four¬ 
nirait pareillement aux eaux d’Aix en Savoie , de Saint-Ger- 
vais, près de Salanche , et d’Echaillon en Maurienne, sur 
un rayon de cinq lieues, dont le point central serait a Con¬ 
fions etc. Il est bien entendu que les eaux d’une température 
élevée doivent se charger d’une plus grande quantité de sel. 

Il n’est pas très-aisé de découvrir l’origine du carbonate 
de soude dans les eaux qui sourdissent des entrailles de la 
terre, h moins qu’on ne suppose de secrètes combinaisons et 
décompositions par la voie des affinités doubles. C’est néan¬ 
moins un fait,que ie carbonate et le sulfatede soude n’y sont 
pas rares, et la soude se montre fréquemment dans les pays qui 
ont subi l’action d’anciens volcans, comme je l’ai vu dans le 
département de la Loire, aux environs de Montbrison, où 
se trouvent sur le sol des efflorescences de cette nature, et 
divers filets d’eau qui en sont pourvus. Quant au sulfate de 


1 Bibliothèque universelle, tome SXX11 


( 2 94 ) 

soude, peut-être les carbonates de même nature donnent-ils 
lieu a sa formation parle double échange de l’acide sulfurique 
en faveur delà soude, et de l'acide carbonique pour la chaux, 
de la môme manière que peut-être s’était-il déjà fait un 
échange de çet acide pour la soude, et de l’acide muriatique 
pour la chaux. 

La présence de la silice dans presque toutes les eaux mi¬ 
nérales, est un phénomène qui donne beaucoup à penser, 
et il ne serait pas'impossible qu’elle contribuât aussi aux 
propriétés médicales de ces eaux, d’autant plus que cette 
substance y est meme souvent en plus grande quantité que 
le fer, qui a sa part comme puissance active dans les considé¬ 
rations dont les eaux minérales sont le sujet. Je ne suis pas 
entièrement satisfait de l’explication qu’on en donne ; savoir : 
que la silice s’y trouve dissoute par'l’intermède des alcalis ; 
car , indépendamment qu’on vient d’en voir dans les eaux 
qui n’ont point d’alcalis, dans les eaux froides , il est difficile 
de supposer une fusion antérieure semblable à celle qui est 
nécessaire pour obtenir la liqueur des cailloux, et je me suis 
plusieurs fois servi de cette liqueur, a l’effet d’imiter 
complètement les eaux minérales, sans avoir jamais pii ob¬ 
tenir la limpidité de ces eaux et leur parfaite homogénéité. 
La remarque de M. John sur la propriété de l’eau de Lui- 
senbadj de dissoudre les vaisseaux de verre où on la fait 
évaporer, et les notions que l’on a sur l’acide qui seul est 
propre a cet effet, fout naturellement pressentir qu’il y a 
quelque chose de plus que des alcalis dans les eaux miné- 
nérales pour dissoudre la silice, alcalis d’ailleurs qui ne se 
trouvent pas partout où les eaux sont siliceuses, sans qu’on 
s’en doute : mais je ne reviendrai pas sur un sujet qui m’a 
déjà occupé dans mon Mémoire sur les eaux thermales des 
Vosges, inséré dans ce Journal • je me contenterai de dire 
que si, en 1819, j’ai cru devoir recourir an gaz acide 
üuorique, j’a^maintenant, pour cette opinion , l’autorité de 
Berzelius, qui nous apprend, dans son Traité publié récem¬ 
ment, avoir trouvé cet acide dans les eaux de Carlsbad et 
autres. Le gaz acide carbonique n’est pas moins un des prin¬ 
cipes nécessaires de toutes les eaux minérales froides ou 
chaudes, lors même que son abondance ne leur fait pas 
donner le nom d 'acidulés. C’est par son intermède que les 
sels calcaires, ferrugineux et magnésiens (sulfates et carbo¬ 
nates) sont dans les eaux en si grande quantité sans en trou- 


( 2 9 $ ) 

Lier la transparence , et c’est par son départ que vous vous 
rendez raison comment cette eau claire et cristalline devient 
trouble dès qu’elle arrive au 20° degré de chaleur dans nos 
vaisseaux évaporatoires ; que dis-je, c’est par là, comme la 
chose est assez connue, que vous concevez ces dépôts formés 
par des eaux limpides, aussitôt sorties des froides retraites 
où elles coulaient. Le même jeu des affinités dont j’ai parlé 
plus haut, et ce que je vais dire incessamment, rendent une 
raison suffisante de la production de cette quantité immense 
de gaz acide carbonique que récèlent les entrailles de la terre, 
et dont s’imprègnent les eaux qui y sont en circulation. 

Un point, trop abandonné par les chimistes actuels, et 
auquel leurs prédécesseurs faisaient jouer un grand rôle, 
parce qu’ils l’avaient fréquemment observé, c’est la présence 
et l’action du soufre dissous par l’hydrogène dans les eaux 
minérales quelconques : la plupart de celles dont je viens de 
présenter l’analyse ont offert des indices de ce principe, les unes 
d ? une manière fugace, et qu’on n’est pas toujours à portée d’ob¬ 
server, les autres dans un état permanent. On dira, à la vérité, 
comme l’a expliqué M. Henry, dans les Annales de Chimie, que 
Todeur sulfureuse qui se manifeste dans les eaux où il entre 
•constamment ou de temps en temps, du sulfate de chaux 
ou de fer, vient de la décomposition de ces sulfates ; que le 
soufre ne s’en dégage qu’à l’embouchure de la source aux 
dépens de l’acide sulfurique qui se décompose par l’influence 
du coffre, des tuyaux en bois, ou des racines placée dans 
la terre; qu’alors le soufre, devenu libre, se combine ou 
avec l’acide carbonique de l’eau minérale , ou avec le gaz 
hydrogène résultant de la décomposition de l’eau par les 
mêmes causes. J’eu ai fourni un exemple bien sensible à l’oc¬ 
casion des eaux de Contrexeviile, et déjà auparavant j’avais 
cru prendre la nature sur le fait relativement à une eau 
qui se charge d’hydrogène sulfuré en passant à travers de 
vieilles fascines qui servent, à côté du Rhin, à une prise 
d’eau pour un moulin, dont j’ai donné une notice dans le 
tome ni du Journal de la Société des sciences , agriculture 
et arts du Bas-Iiliin . Mais cette application nous manque, 
lorsqu’aucune matière organique n’a été mise en contact avec 
l’eau; lorque, dans celles qui, le plus ordinairement, ne con¬ 
tiennent point de sulfates , l’on découvre tout à coup, et 
comme par hasard, de ces sels , ainsi qu’on en a un exemple 
dans l’eau de Bains, où l’on voit sur les degrés et sur les 


( 296 ) 

pierres qui recouvrent les sources, du sel cristallisé en petites 
aiguilles minces et soyeuses , contenant du sulfate de soude, 
duquel le chimiste Nicolas a retiré du soufre ‘, quoique ce 
sel n’entre point ordinairement comme minéralisateur de ces 
eaux, et ainsi de plusieurs autres. Il faut nécessairement, 
dans ce second cas, que l’acide sulfureux se forme de toutes 
pièces, de soufre et d’oxigène, formation ou apparition mys*» 
térieuse, qui est probablement ce qui a fait admettre par Ber- 
zelius des sulfo-sels , qui renouvelleraient la doctrine de 
Stahl, et modifieraient celle de Lavoisier. 

Ajoutons quelque chose de plus clair , quoiqu’on l’ait égale¬ 
ment peu remarqué, c’est la fréquence manifeste dans plu¬ 
sieurs eaux de l’acide hydro-sulfurique, concurremment avec 
le carbonique, qui altère la couleur blanche des sels de plomb 
employés comme réactifs , et sert aussi à dissoudre le fer dans 
les eaux minérales : l’eau de Châtenois en donne un exemple 
frappant, et nous en avons un autre (à ma connaissance) dans 
une eau sulfurée froide du village de Pierreclos, des envi¬ 
rons de Mâcon, analysée par M. de la Martine, dans laquelle 
ce chimiste a reconnu quatre grains d’hydrosulfate de fer 
par pinte, reconnu à la source par la couleur vineuse très- 
décidée que 1 alcool gallique donne à l’eau , comme a celle 
de Châtenois , qui n’a plus lieu quand a été soustrait le gaz 
acide hydrosulfurique, et que le fer s’est précipité, métal 
dont les réactifs attestent de nouveau la présence en le fai¬ 
sant (ÿssoudre par l’addition de l’acide muriatique 9 . 

Quant aux matières gélatineuses et extractives qu’on ren- 
çontreen dissolution dans quelques eaux, mais qui pourtant ne 
s’y trouvent pas toujours, il est aisé de concevoir leur origine, 
en songeant aux coquillages et fossiles divers, dont les lits de 
plusieursroches sont stratifiés à une grande profondeur, et qui 
ont conservé intacte leur gélatine, comme aussi aux tourbières 
placées également profondément, les uns et les autres traver¬ 
sés et détrempés par les eaux souterraines, qui se chargent ainsi 
de divers débris des corps organisés, gélatineux, extractifs et 
même charbonnés, d’où résulte même quelquefois le déga¬ 
gement des gaz azote, hydrogène carboné et autres, que des 
eaux contiennent temporairement, même la présence du nitre 
qu’on ne rencontre jamais dans les eaux qui sourdissent pro- 

« Disserlation chimique sur les eaux minérales de la Lorraine , p. 02. 

a Voyez le Recueil de l 1 Académie des sciences de Mâcon, pour 
Tannée 1824. 


( 297 ) 

fondement du sein des hautes montagnes , et qu’oQ voit quel¬ 
quefois dans celles qu'on puise dans des lieux anciennement 
habités, près des cimetières, des voiries, des égouts, etc.: 
telle l’eau d’un puits situé rue des Fromages , à Cambrai, 
dans l'analyse de laquelle M. Tordeux, déjà nommé, a re¬ 
connu du nitrate de soude, du gaz azote et autres principes 
des corps organisés \ Du reste, il n’a pu .échapper au lecteur 
qu’il ne serait pas plus possible de faire une eau homogène, 
en y ajoutant de ces corps organiques, surtout de celui de 
l’eau de Contrexeville , qu’il le serait en cherchant h dissoudre 
de la silice ; qu’ainsi les eaux minérales sont comme l’air qu’on 
peut analyser, mais qu’on ne peut plus refaire par la synthèse. 

Propriétés médicales des eaux gazeuses salines et fer¬ 
rugineuses. — Quoique l’homme vive d’illusions, et que le 
mensonge lui soit bien plus agréable que la vérité, les méde¬ 
cins ne doivent cependant user de cette connaissance du cœur 
humain qu’avecsobriété, et du moins doivent-ilsêtre instruits 
de ce qu’ily a de réel dans les propriétés médicales des diverses 
substances auxquelles ils ont recours commemédicamens. Ceci 
est surtout applicable aux eaux minérales, dont il n’en est au¬ 
cune, à en croire les personnes intéressées à les prôner, qui non- 
seulement ne soit un remède général, mais encore un de spé¬ 
cial pour certains maux , pour lesquels , dil-on , elles sont 
souveraines de préférence a d’autres. Il fait beau voir ces ex 
moto rangés a la file l’un de l’autre dans le catalogue des mer¬ 
veilles que chaque entrepreneur ou chaque inspecteur attribue 
à sa nymphe, merveilles au surplus qui ne sauraient s’opérer 
que sous sa direction, dont il est extrêmement jaloux, et qui 
ne s’opèrent plus si quelqu’un s’avise de porter sur elle une 
main étrangère et profane. C’est a cet excès de crédulité, ou 
a ce défaut de critique obligé, qu’on peut attribuer en partie 
le discrédit dans lequel sont tombées ces ressources natu¬ 
relles, écueil que nous voyons tous les jours ne pas savoir 
éviter quiconque découvre une nouvelle eau , croyant de 
son devoir, après en avoir exposé •l’analyse, d’assurer sa 
renommée par l’énoncé des maladies nombreuses qu’il avance 
gratuitement qu’elle a guéries ou qu’elle peut guérir. Ainsi 
lisons-nous tout récemment, dans la Revue encyclopédique 
(juillet 1827, pag. 1 32 ) , l’annonce détaillée et louangée 
d’une description clés eaux minérales du Caucase, faite par 


1 Foyez Extrait tlQa Feuille do Cambrai , du g mai 1821. 


C 298 ) 

M. le docteur Alexandre Nélioubine, publiée en 1825 , dans 
laquelle, après les détails physico - chimiques d’usage, et 
après avoir passé en revue toutes les renommées en fait d’eaux 
minérales, l’auteur nous apprend « que les eaux minérales 
du Caucase, loin de céder aux sources minérales les plus 
connues de l’Europe, doivent être préférées a plusieurs d’entre 
elles, tant a cause, des propriétés de leurs parties consti¬ 
tuantes, que par rapport à l’effet qu’elles produisent, qua¬ 
tre-vingt-onze maladies pouvant être traitées avec efficacité 
par le moyen de ces eaux. » Certes, il est bien douteux 
qu’on aille au Caucase pour s’en assurer ; mais l’auteur de 
l’article ne nous eût-il pas donné une plus haute idée de la 
sagesse de M. Nélioubine en supprimant ce nombre de 
quatre-vingt-onze ? Sans doute l’on ne saurait nier qu’on n’ait 
souvent recouvré la santé aux eaux, et ce indépendamment 
des voyages et des distractions ; mais toutes les eaux médi¬ 
cales contenant, a peu de choses près , les mêmes principes , 
sauf les quantités , et sauf ia grande division des eaux froides 
et des eaux chaudes, elles auront tontes les mêmes propriétés, 
et ne différeront qu’en énergie à cause des différences de 
quantité des principes minéralisateurs, et ce 11’est, ce me 
semble, que sur ce point que doivent être mesurées leur ac¬ 
tivité et leur efficacité , sans vouloir attribuer a aucnned’elles, 
lorsqu’on veut éviter tout soupçon de charlatanisme, aucune 
spécificité. Une autre cause du discrédit des eaux auprès des 
hommes qui ne se laissent pas persuader aisément par ce qui 
ne porte pas le caractère du positif et de l’exactitude, c’est le 
langage du roman, toujours employé pour rendre compte de 
leur manière d’agir, et pour satisfaire l’avide crédulité: 
S’agit-il d’eaux acidulés, salines et ferrugineuses, « elles 
excitent la contractilité organique insensible ; elles donnent 
du ton à l’estomac ; elles augmentent l’action des viscères 
digestifs, et hâtent le mouvement péristaltique; elles résol¬ 
vent les engorgemeus du foie et de la rate, remédient aux 
catarrhes chroniques de tout le système des membranes 
muqueuses, dissipent les névroses produites par atonie, sont 
efficaces contre les diverses affections du système lympha¬ 
tique et contre les paralysies par engorgement; elles arrêtent 
les hémorragies passives, et, par contre, elles provoquent, 
elles régularisent la menstruation et les hémorroïdes ; admi¬ 
nistrées en bains, et chauffées artificiellement, elles forti¬ 
fient Les nerfs et les articulations, remédient aux contrac- 


( 299 ) 

tures, guérissent les maladies de peau, etc., etc. » Il n’est 
sans doute pas impossible que les cures n’aient quelquefois 
été opérées, mais il faut convenir que souvent aussi rien de 
tout cela n’a eu lieu, et qu’on a obtenu tout le contraire; 
ce qui provient de ce que ce langage obligé n’est en rapport 
ni avec ce qu’on sait de plus certain de l’économie animale, 
ni avec les véritables vertus des eaux. L’emploi des eaux 
froides, en guise d’eaux thermales , en les faisant chauffer, 
comme cela se pratique en beaucoup d’endroits, décèle la 
plus grande ignorance des principes des eaux, puisqu’elles 
perdent ce qu’elles ont de volatil, et que ie fer, par lequel 
on prétendait administrer des bains toniques , s’est précipité 
dans la chaudière. 

Sans donc vouloir , avec les personnes étrangères à la méde¬ 
cine , attribuer a telle ou telle source la même puissance de gué¬ 
rir certaines maladies, que le vulgaire accorde à telles ou telles 
statues ou effigies qu’il vénère, nous devons, ce me semble, 
nous borner à classer les médications opérées par les eaux, 
d’après leurs effets les plus sensibles, comme nous classons 
les objets ordinaires de la matière médicale, bien entendu 
encore que ces effets ne sont pas absolus, mais relatifs aux 
individus, que la médication n’aura une salutaire influence 
qu’autant qu’elle sera bien appliquée, et que ce traitement 
n’aura d’autre avantage sur celui pratiqué par les remèdes 
ordinaires, que parce qu’il'sera accompagné du voyage, du 
grand air, de l’oubli des peines éî des affaires, des plaisirs 
et des délassemens en tout genre. Or, ces effets les plus sen¬ 
sibles sont les trois suivans , comme l’avait déjà remarqué 
avant moi le judicieux Lemaire, dans son Traité des eaux 
de Bussang : purgatifs , diurétiques , diaphorétique s . 

Le premier de ces effets est le plus saillant, le plus re¬ 
cherché et le plus digne de remarque : les eaux qui le pro¬ 
duisent sont celles qui ont ie plus long-temps conservé leur 
réputation , dont il se fait le plus grand débit, et c’est tou¬ 
jours par sa manifestation que les malades qui accourent aux 
eaux minérales jugent de leur efficacité; non-seulement ils 
doivent être purgés sur les lieux mêmes, et la plupart le 
sont effectivement, mais encore, au dire des médecins, iis 
doivent encore l’être de retour chez eux, lorsqu’ils ont cessé 
de boire, attribuant a une continuité d’action dans l’intérieur 
fles viscères, où l’eau minérale va chercher la matière mor¬ 
bifique pour l’expulser, ce qui n’est que la continuation de 


( 3 oo ) 

l’irritation intestinale , long-temps entretenue par une pur¬ 
gation de plusieurs semaines j et, daiis le fait , le peuple aime 
les purgatifs, comme il a aimé un moment les sangsues, 
parce qu’il y voit un effet, et qu’il n’a pas besoin d’alambi- 
quer son cerveau avec les mots d’apéritifs , d'incisifs, et 
autres dont il ne comprend pas la signification, et c’est ce 
qui a fait et fera toujours la fortune des poudres d’Ail- 
laud, des pilules de Frank, des émétiques et d es toni- 
purgatifs de deux empiriques contemporains. Il est juste en 
meme temps de dire que cette voie a souvent été un des 
meilleurs moyens de guérison, par la quantité d’humeurs 
attirées dans les intestins, lorsque rien n’a contredit d’en sol¬ 
liciter l’action, et les médecins rationnels, ordinairement 
trop timides, comme Sydenham le remarquait déjà à l’occa¬ 
sion de Velatenum , ont ordinairement moins de brillans 
succès que les charlatans qui ne connaissent aucun danger. 
Sous^ ce rapport, je ne saurais assez recommander les eaux 
minérales salines, comme étant moins irritantes que les au¬ 
tres purgatifs, et pouvant être continuées plusieurs jours de 
suite, en se promenant à l’air, et en conservant sa gaieté et 
son appétit, n’ayant, lorsqu’elles ne sont pas contre-indi¬ 
quées, d’autre inconvénient que celui d’occasioner lin léger 
ténesme. Je lésai beaucoup employées dans ce but, même 
celles qui ont un goût ferrugineux, et j’ai presque toujours 
eu lieu d’en être satisfait. 

Le fer contenu dans ces eaux ne s’étant pas opposé a ce 
qu’elles agissent comme purgatives, je me suis souvent de¬ 
mandé quelles propriétés réelles nous devions lui attribuer : 
agit-il comme tonique, comme fortifiant, ainsi qu’on le dit 
communément? Mais j’avoue que cette attente a été le plus 
souvent illusoire chez les nombreux malades à qui j’ai admi¬ 
nistré les eaux minérales ferrugineuses dans cette unique 
intention , et je suis porté, depuis plusieurs années, a ne le 
regarder dans ces eaux que comme un adjuvant des autres 
substances qui agissent comme purgatifs; il stimule les or¬ 
ganes, et il excite, par conséquent, le mouvement péris¬ 
taltique. 

Six verres d’eau de Seydchiitz purgent assez bien ; il en 
faut douze de celle de INiederbronn, quinze a vingt, même 
quelquefois ving-einq de celle de Contrexéville , etc. Mon but, 
en analysant la première comparativement avec les autres, 
était de savoir : i° quel était le poids des substances dans les 


( 3 °I ) 

eaux minérales, suffisant pour purger ; 2 0 à quelle espèce de sels 
appartiennent-elles ?*L’on ne peut qu’être étonné que trois 
a quatre gros de ces substances suffisent ici pour purger 
complètement (et c’est là la quantité qu’on en prend dans le 
nombre total de verres d’eaux qu’on boit journellement aux 
eaux minérales), tandis que fort souvent on n’est pas purgé 
par une once d’un sel neutre quelconque dissous dans l'eau 
commune. Les sels à base de magnésie (sulfate et muriate) 
sont ceux dont la présence rend les eaux les plus purgatives, 
et celle des selsà base calcaire ( également sulfate et muriate) , 
ce qui donne à certaines eaux une action sur les organes et 
les fonctions urinaires, indépendamment de celle que nous 
ferons aussi remarquer du gaz acide carbonique excédant ses 
combinaisons avec des bases. Le résultat des analyses, com¬ 
paré avec les effets médicamenteux , donne un aspect positif 
à cette proposition ; mais néanmoins le sulfate de magnésieest 
en trop petite quantité pour que nous puissions lui accorder 
tout l’honneur de cette opération , puisqu’il est tout au plus 
à la quantité d’un gros et demi (108 grains ou 6 grammes et 
demi environ) dans les six verres suffisans pour purger (5o 
onces) d’eau de Seydchiitz, la plus purgative et la plus 
riche en sels de magnésie de toutes les eaux minérales que 
je connaisse. C’est donc (indépendammennt de ce que nous 
ignorons) l’ensemble de toute la composition, l’eau , les sels 
de magnésie, de chaux, de soude, l’acide carbonique , le 
fer et la chaux carbonates, et la silice , combinés artistement 
par la nature, qui constitue le médicament. Une mixture sa¬ 
line, dont on avait fait un secret, formée de plusieurs sub¬ 
stances, chacune en très-faible dose, à laquelle j’ai quelque¬ 
fois reconnu la vertu qu’on lui attribuait, en est une preuve; 
c’est la poudre nommé cheltenham , et composée ainsi qu’il 
suit : sulfate de soude t 120 grains; muriate de soude, 18 
grains; sulfate de magnésie, 66 grains; sulfate de fer, 
1/2 grain: mêlez, triturez, et faites fondre dans une pinte 
d’eau ‘. 

L’eau de mer , qui est certainement purgative à la dose 
de plusieurs onces , cesse de l’être si vous voulez la composer 
en faisant dissoudre deux gros de muriate de soude très-pur 
dans une livre d’eau distillée, ce qui est la proportion de 
sel que j’ai trouvée dans l’eau de mer la plus salée : il faut la 


« Journal général de médecine, tome LXXIJL 


( 3oa ) 

laisser avec les sulfates et muriates de chaux et de magnésie, 
qui la constituent dans son état naturel , et concourent puis¬ 
samment a la rendre purgative. C'est ainsi que se trouvent 
justifiées les mixtions pharmaceutiques des anciens, risibles 
aux yeux de nos savans réformateurs, mais non à ceux des 
praticiens; car, enfin, j’ai éprouvé plus de cent fois depuis 
quarante-deux ans que je suis médecin, qu'à part le quin¬ 
quina et le mercure, qui jouissent de propriétés spéciales, 
on retire plus de succès de la plupart des remèdes en les 
associant à d’autres, qu’en les employant seuls, quoi qu’à 
dire vrai, lorsqu’on est jeune, ce soit la la meilleure manière 
de les étudier. 

La propriété diurétique, soit une action sur les fonctions 
des voies urinaires, et même sur les principes de l’urine, 
n’est pas moins une propriété que nous devons admettre, et, 
comme nous l’avons dit en commençant ce Mémoire, c’est 

• à 7 • 

une de celles reconnues le plus anciennement. Le gaz acide 
carbonique et les carbonates alcalins, calcaires et ferrugineux 
contenus dans toutes les eaux, sont très-évidemment propres 
à augmenter la quantité des urines, indépendamment de la 
propriété diurétique de l’eau seule, et l’émission urinaire 
presque non interrompue des buveurs d’eaux minérales, qui 
avait fait croire a une communication directe de l’estomac 
avec la vessie, prouve assez avec quelle promptitude ces eaux 
sont absorbées et entrent dans le torrent de la circulation. Il 
y a plus de quarante ans que j’ai appris à porter du soulage¬ 
ment dans la colique néphrétique, en administrant de l’eau 
saturée du gaz acide carbonique, ce que n’avait pu faire la 
même eau , quoique chargée de mucilage, mais privée de ce 
gaz. Les sels calcaires en solution dans l’eau sont évidem¬ 
ment absorbés aussi et entraînés dans le sang des vaisseaux 
émulgensj et quoique je sois disposé a dire avec le grand 
Boerhaave : Neque eni/n de specifîcis lithontripticis hacte- 
jiùs vera fides ( Aphor . quoique, dis-je, il faille 

écouter avec réserve le récit des cures opérées par des eaux 
minérales et certains remèdes dans les affections calculeuses, 
le fait est, d’une autre part, que la chaux et scs composés 
exercent assez souvent clans les calices et les bassinets des 
reins une action chimique quelconque sur les élémens du cal¬ 
cul, ce qui, peut-être, est rendu encore plus efficace par Fac¬ 
tion tonique et stimulante du fer, dont l’absorption par les 
bouches des veines mésaraïques me paraît incontestable. 


( 3 o 3 ) 

L’on ne saurait oublier les effets surprenans que produisit le 
remède à'Amie Stephens, composé de coquilles d’œufs cal¬ 
cinées et de savon, et qui fut acheté si cher par le gouver¬ 
nement anglais ; et le soulagement obtenu par l’eau de chaux 
bue par jour a la dose de plusieurs livres, dans le temps où 
l’on était très-occupé de la recherche des lithontriptiques l , 
et qui fut abandonnée a cause de la dyspepsie et des maux 
d’estomac qu’elle occasionait. Ces recherches , qui occu¬ 
paient alors les esprits, furent cause de l’attention qu’on 
donna aux eaux de Contrexeville, lesquelles acquirent une 
grande réputation, parce qu’elles faisaient rendre des urines 
chargées de matières calcaires et de graviers, comme Cho- 
part lui-même en fait foi dans son excellent Traité des ma¬ 
ladies des voies urinaires (2 e et 3 e parties, Paris, 1792). 
C’est ce qu’011 voit encore tous les ans sur les lieux où se ren¬ 
dent divers graveleux , les uns qui ont été taillés, les autres 
qui ne l’ont pas encore été, et où s’est rendu, l’été de cette 
année 1827, un M. À***, qui a déjà été trituré ou litho¬ 
tri tié onze fois a Paris, et qui n’en a pas moins rendu jour¬ 
nellement a Contrexeville des urines ti ès-chargées. Il est vrai 
qu’on y prend peine, car, outre la boisson, on prend des 
bains chauds et des douches ascendantes qui facilitent la des¬ 
cente et la sortie des graviers. On a dit de ces effets, comme 
de ceux de l’eau de chaux , que c’était les sels calcaires de 
l’eau minérale que l’urine entraînait; mais il n’y a nulle pro¬ 
portion entre les quantités de matières rendues par les urines, 
lorsque le mnède opère, et celles de l’eau minérale et de 
i’eau de chaux, d’ailleurs claires et transparentes : ce qui 
n’empêche pourtant pas que je voudrais que la mode vînt 
qu’on mît pour inspecteur des eaux des gens en état de faire 
des analyses comparatives des eaux et des urines chez les dif- 
féiens malades : Qiiod est adhuc in votis! 

L’on ne saurait nier, |u demeurant, qu’il y ait un grand 
nombre de substances qui agissent.sur les voies urinaires, et 
qui soulagent dans les affections néphrétiques, dont le non 
usage, parce que les médecins de nos jours ont cessé de les 
connaître ou de'les employer, laisse un grand vide dans la 
pratique médicale. Je me sers tous les jours avec avantage, 
dans ces affections, de pilules de savon accompagnées d’un 
verre d’eau de guimauve, et lorsque j’exerçais dans des pays 

* Voyez les Mémoires de Morand dans cenx de l’Académie des 
prieures de Paris (années ly/jo-iy/j 7 !). 


( 3o4 ) 

où elles étaient fréquentes, je puis affirmer avoir retiré de 
bons offices du pareira brava , de Vuva ursi , de Vasplénium 
ceterach , du bois néphrétique, etc., qu’on trouve à peine 
aujourd’hui dans les pharmacies. Je ne disserterai pas ici sur 
le modus agendi de ces substances, car ce serait hors de 
propos ; mais enfin l’action spécifique bien connue des can¬ 
tharides sur les reins et sur le sphincter de la vessie, nous 
prouve qu’il est des médicamens qui affectionnent, pour ainsi 
dire , spécialement ces organes : et pourquoi les négligerions- 
nous? pourquoi ne leur redonnerions-nous pas de nouveau 
cette attention, qu’un scepticisme outré en a détournée? Et 
d’après ces vues, je croirais convenable de se diriger vers de 
nouvelles observations sur l’utilité des eaux minérales salines 
et ferrugineuses, qui, par la petite quantité de leurs prin¬ 
cipes, agissent moins comme purgatives que comme diuré¬ 
tiques, faites par des hommes instruits, plus amis de la 
science et de la vérité que de l’argent. 

Quelle que soit cependant la propriété lithontriptique 
qu’on découvre dans telles ou telles substances, il faut con¬ 
venir que, de même que par l’opération de la taille et de la 
lithotritie, de même aussi, par ces médicamens, on n'en¬ 
lève que l’effet et non pas la cause ; lorsqu’on considère que 
l’affection caleuleuse est plus commune dans le jeune âge 
que dans l’âge adulte et dans la vieillesse, où elle semble 
remplacée par la goutte et l’arthritisme; qu’elle est plus 
commune dans leTsexe masculin que dans le féminin , comme 
Saucerotle, célèbre chirurgien lithotomiste de Lunéville, l’a 
fait voir dans ses Tables; quand on réfléchit que le calcul 
urinaire est pour ainsi dire endémique dans certaines con¬ 
trées, tandis qu’on le voit à peine dans plusieurs autres, 
comme j’en ai fourni moi-même des exemples dans le vo¬ 
lume de mon Voyage aux Alpes maritimes ; on ne peut 
s’empêcher de regarder cette affeqiion comme une diathèse 
particulière, qu’il faudrait s’attacher à combattre après en 
avoir recherché la cause prochaine et éloignée. Jusque là les 
lilhontriptiques et les opérations chirurgicales ne seront que 
des palliatifs qui permettront â la maladie de reparaître, 
ainsi que cela n’arrive que trop tous les jours. Il ne s’agit 
pas, comme l’ont écrit feu le docteur Marcel et quelques 
autres, de neutraliser l’acide urique de manière à le rendre 
soluble dans les urines; mais il faudrait empêcher cette pro¬ 
digieuse fqrmation d’urée, dont quelques individus sont plus 


( 3 o 5 ) 

capables que d’autres, et son changement en acide urique; 
or, il est douteux que nos connaissances chimiques suffisent 
«à cela, d1 autant plus que la disposition au calcul est souvent 
héréditaire: peut-être faudrait-il plutôt interroger l’état phy¬ 
siologique des individus disposés, et parler à leur estomac, 
où, si j’en juge parce que j’ai observé dans Je diabètes ’ 
se trouve la cause première de plusieurs maladies des voies 
urinaires. Il en est de même des causes éloignées atta¬ 
chées à tel ou tel pays, que Pon croit et que j’avais cru aussi 
devoir favoriser la formation du calcul et de Parthritis , telles 
que les vins acides, le cidre, la biere et les alimens gros¬ 
siers, l’humidité, et en dernier lieu (pour expliquer pour¬ 
quoi il y a tant de calculeux dans la Lorraine) les mines de 
sel gemme, si abondantes dans cette province,,ce qui a fait 
imaginer les pastilles de bicarbonate de potasse, à la mode 
en ce moment! Mais le médecin qui a vieilli en voyageant 
et en observant revient bientôt de ces rêveries lorsqu’il voit 
que de nombreuses contrées qui sont soumises à ces causes 
pathogéniques n’ont point de calculeux *. Quoi qu’il en soit , 
et en attendant que nous ayons sur la cause du calcul des 
connaissances plus réelles, nous ne devons pas dédaigner de 
reprendre le travail des anciens sur les eaux minérales, pour 
savoir si nous pourrions éviter quelques douleurs a ceux à 
qui on ne présente d’autre ressource contre les corps étran¬ 
gers qui se forment dans leurs voies urinaires, que des opé¬ 
rations chirurgicales. 

Les médecins attachés aux eaux leur attribuent aussi une 
propriété diaphor étique ; mais que ne leur attribuent-ils 
pas ? Pour moi, je pense que les eaux froides ne peuvent agir 
de cette manière que dans les grandes chaleurs de l’été °et 
chez des individus très-échauffés, chez lesquels, par la sous¬ 
traction de leur excédant de calorique, l’équilibre étant réta¬ 
bli, les organes de la transpiration et de la sueur reprennent 
librement leurs fonctions; autrement, cette propriété ne sau¬ 
rait réellement appartenir qu’aux eaux thermales, dont je 

'*Voyez, sur cet intéressant sujet, le Mémoire de M. Sauceroite 
inséré parmi ceux du ? e volume de lTnstimt de France, publié en 
I an vu; l’Essai sur l’histoire chimique et le traitement médical des 
maladies calculeuses, par le docteur Marcet, i vol. in-8°, Londres, 
1817 ; et les Recherches expérimentales sur la nature des concrétions 
? 8 i 3 ) SCS 61 Ca,CuIeuses ’ elc - » P ar le docteur Thomas Egan, ibidem 

20 


T OMC XXX1. 


( 3 o 6 ) 

m’occuperai dans un autre Mémoire, où je compléterai ce 
que j’ai dit de celles de Plombières et de Bourbonne par l’exa¬ 
men des eaux de Baden. 

De la conduite qu’on doit tenir dans iadministration 
des eauxfroides , salines et ferrugineuses . — Nous avons 
à considérer, en terminant ce Mémoire, comment doivent 
être gouvernées les personnes qui prennent les eaux sur les 
lieux mêmes, et les effets qu’on peut en attendre, soit lors¬ 
qu’elles sont transportées au loin, soit lorsqu’on les fait chauf¬ 
fer pour les administrer en bains. 

L’usage des eaux minérales n’est pas une chose indiffé¬ 
rente, et il doit certainement être soumis a des règles, mais 
qui, de leur côté, ne sauraient être une routine, si l’on ne 
veut pas exposer ceux qui les prennent aux plus graves in- 
convéniens. L’un des premiers points de ce traitement, c’est 
djobserver la constitution des malades, de les interroger sur 
sur leurs habitudes, et. de connaître les voies par lesquelles 
ils sont plus ordinairement soulagés dans leurs maux, savoir, 
par les selles, les urines ou la transpiration. Dans son Traité 
des bains de Pise , Cocchi rapporte plusieurs accidens f⬠
cheux arrivés pour avoir négligé ces précautions et celles dont 
nous parlerons ci-après, et, après avoir parlé d’hydropiques 
qui avaient été guéris après avoir bu abondamment de ces 
eaux, lesquelles avaient provoqué des urines et des sueurs 
abondantes, parle de quelques autres qui n’avaient pu ni 
uriner ni suer, dont l’état avait empiré, et qui étaient morts 
subitement ; le même effet a lieu avec les eaux purgatives, et 
il est des malades qui, bien au contraire, en éprouvent une 
constipation opiniâtre qui devient très-dangereuse. Fallope, 
célèbre anatomiste, et professeur à l’Université de la même 
ville, avait fait les mêmes observations près de deux siècles 
auparavant, ce qui lui a fait recommander, relativement aux 
eaux prises en boisson, les règles suivantes, qu’on trouve 
répétées dans tous les traités des eaux : t° de se purger avant 
d’en commencer l’usage; 2 0 d’aller à la selle chaque matin, 
et de se promener avant de se mettre a boire ; 3 ° de comnjen- 
cer par de petites doses, depuis celle de trois à quatre verres 
jusqu’à celle de vingt, et de redescendre de même; 4° de ne 
dîner que trois à quatre heures après avoir achevé la boisson; 
5° que les eaux se rendent par le vomissement, les selles, 
l’urine et la transpiration, mais que la voie du vomissement 
est mauvaise, et quelle indique, lorsqu’elle se montre, la 


( 3 o 7 ) 

nécessité de les cesser; 6° qu’il est nécessaire d’observer cha¬ 
que jour les urines pour s’assurer si les eaux passent bien , et 
si elles seront efficaces; que lorsque celles-ci commencent a 
couler blanches et aqueuses, puis citrines, c’est un indice 
qu’elles se sont mêlées avec le sang; 7 0 que lorsque toute l’eau 
de la boisson ne s’écoule pas dans la journée, c’est une mau¬ 
vaise pratique de lui joindre le soir l’usage du bain, ce qui 
expose à l’hydropisie; 8° qu’on est souvent obligé, dans les 
premiers jours, d’ajouter quelques sels a l’eau minérale pour 
lui donner son cours ordinaire, ce à quoi néanmoins on ne 
réussit pas toujours, les eaux ne pouvant çpyler et occasio- 
nant une indigestion, ensuite des convulsions aux jambes 
durant leur action, ou un état d’ivresse et de vertige; 9 0 que 
l’action des eaux se continue pendant trente a quarante jours, 
durant lesquels il suffit d’observer un régime adoucissant. 

Plusieurs de ces règles sont très-sages, mais l’on a été de¬ 
puis beaucoup plus exigeant que le professeur de Pise, sans 
être plus observateur, et l'on a astreint les malades, dans la 
plupart des eaux minérales, à prendre, avant, durant et après 
chaque saison des eaux , qui est de vingt-un jours , un vomi¬ 
tif, un purgatif, souvent de se faire saigner, et de ne se 
remettre à son régime ordinaire, après avoir quitté les 
bains, qu’après avoir pris trois médecines! Mais est-il tou¬ 
jours bon d’obéir h ces coutumes, surtout, comme cela s’ob¬ 
serve souvent, quand l’estomac ayant été irrité par un vomitif 
pris sans indication, ne peut plus supporter la boisson ; et les 
histoires que les médecins rapportent d’accidens arrivés pour 
n’avoir pas pris ces précautions, ne seraient-ils pas arrivées 
également, quand même on les aurait prises; n’est-ce pas 
a la nécessité seule d’en décider? On a pu observer plusieurs 
fois que cette susceptibilité intestinale que laissent les eaux 
minérales a occasioné la dysenterie; or, n’est-ce pas provo¬ 
quer cette grave maladie que de purger durant cet état ? A 
plus forte raison, irai-je pu que désapprouver la méthode 
usitée du temps de Fallope, qui consistait, dans les cas d’in¬ 
digestion d’eau minérale et de constipation opiniâtre, à faire 
prendre aux malades des pilules purgatives, auxquelles on 
ajoutait quelques grains d élatérium. L’auteur ne rapporte 
aucun fait heureux à l’appui de ce moyen, mais certes une 
semblable pratique doit plutôt aggraver que soulager le 
mal. 


ao. 


( 3 oB ) 

Lemaire avait fait aux eaux de Plombières et de Bussang 
les observations suivantes , que je crois extrêmement justes , 
et qui méritent aussi d’êtrè connues^ tant des buveurs que 
des médecins : i° que, lorsqu’elles purgent, elles soulagent 
davantage , et même plus que lorsqu’elles passent par les 
urines et les sueurs; 2° que les eaux minérales pèsent davan¬ 
tage et donnent plus de répugnance dans les jours sombres et 
pluvieux; qu’il est par conséquent prudent alors de s’eu 
abstenir; 3 ° que, relativement à l’exercice, les gens vifs se 
trouvent bien de prendre les eaux sans en faire beaucoup, et 
que c’est le contraire pour les gens mous et phlegmatiques ; 
4° enfin, tant ce praticien que ceux qui lui ont succédé, se 
plaignent de ce que la bonne chère qu’on t’ait aux eaux est 
incompatible avec les effets sanitaires qu’on en attend. Rien 
n’est certes plus absurde que d’y voir des buveurs qui pren¬ 
nent chaque matin, avec une scrupuleuse régularité , jusqu’à 
vingt, vingt-cinq et même trente verres d’eau, afin d’être 
bien purgés, qui même y ajoutent des sels, si leur ventre 
n’est pas assez vidé, et qui, trois heures après, se gorgent 
de pâtisseries, de vins exquis , de liqueurs , et de tout ce que 
l’art des cuisiniers, qui le disputent dans ces lieux avec les 
médecins, a pu imaginer pour flatter la sensualité! Je n’ac¬ 
corderai cependant pas à ces praticiens que l’usage du gras 
soit absolument nécessaire, comme ils le prétendent, quand 
on prend les eaux, et qu’il faille le continuer après qu’on les 
a cessées, autant de temps qu’on les a prises; car, au contraire, 
un régime végétal, entremêlé de bouillons gras, en tenant le 
ventre libre, et en permettant de se livrer h des exercices 
agréables, est ce qui favorise le mieux l’action médicatrice 
des eaux minérales; d’ailleurs n’est-il jamais mieux indiqué 
que pendant ce qui reste de susceptibilité au conduit alimen¬ 
taire , au retour des eaux. 

Sans doute que ces secours naturels sont infiniment plus 
efficaces quand on les prend sur les lieux que quand on y a 
recours chez soi, après qu’ils ont été transportés : indépen¬ 
damment des avantage qu’on retire des voyages, de l’absence 
des soucis, de la pureté de l'air et de la vue des beaux sites, 
il est certain qu’en buvant les eaux à la source, on les prend 
avec tous leurs principes constituans, dont la plupart , tels 
que les gaz et le fer carbonaté ou oxidé, tenu en dissolution 
par un excédant de ceux-ci, se séparent de l’eau au moment 
de sa sortie des entrailles de la terre. J’ai donc été assez 


( 3'°9 ) 

étonné qu’ui» aussi bon esprit que J. Lemaire ait pu dire ' 
qu’elles soûl aussi bonnes étant transportées que sur les lieux, 
surtout après avoir remarqué, comme je l'ai vérifié moi-même, 
qu’elles sont plus minérales en sortant du rocher que dans le 
bassin qui les reçoit, où elles sont plus acidulés. C’est qu’il 
faut convenir que tous les principes minéralisateurs les plus 
disparates sont parfaitement combinés, hors de tout accès de 
l’air extérieur, et que la disgrégation commence dès l’instant 
de son contact, comme il arrive au meilleur vin , qui s’évente 
pareillement a l’air. Je ferai le même reproche au docteur 
Bagard, qui a pareillement écrit que les eaux de Contrexe- 
ville, transportées en bouteilles avec précaution, étaient aussi 
bonnes au bout d’un an qu’au moment où on lésa puisées, 
surtout après avoir observé lui-même dans ces bouteilles de 
petits grains blancs, quelques-uns gros comme un pois, dé¬ 
tachés de l’eau, et précipités au fond, ainsi que d’autres 
dépôts 3 ; et surtout aussi, comme il est impossible qu’il ne 
l’ait pas remarqué, en voyant que la plus grande partie du 
fer qui les minéralisé se précipite a mesure qu’elles s’écou¬ 
lent de leurs tuyaux. Or si, comme je n’en doute pas, le 
principe ferrugineux est, dans toutes les eaux, un adjuvant 
nécessaire, il en résulte qu’elles doivent être moins efficaces 
après l’avoir perdu. Je ne dirai cependant pas que les eaux 
minérales transportées soient dépourvues de vertus, surtout 
si l’on se sert de bouteilles de verre et non de cruchons de 
grès qui laissent transpirer, ainsi que cela se voit pour l’al¬ 
cool de cerises, les parties les plus volatiles de l’eau; qu’on 
les remplisse, le goulot renversé dans l’eau même, et qu’on 
les bouche bien. Ainsi à l’abri de l’air, les divers élémens 
minéralisateurs se concentrent, se replient les uns sur les 
autres, jusqu’à ce qu’ils puissent se déchaîner. La preuve 
en est que plusieurs de ces eaux qui nous arrivent de 
très-loin exercent encore les effets qu’on en attend, et 
qu’on les distingue aisément des eaux factices qu’on a voulu 
leur substituer par fraude , et que je ne sache pas avoir 
été perfectionnées au point d’imiter entièrement les natu¬ 
relles. Mais je dois parler d’un inconvénient que Fallope 
avait déjà observé , et dont je ne vois pas qu’on ait fait men¬ 
tion après lui ; c’est que la saison des eaux , étant commune- 

1 Essai analytique sur les eaux de Bussang (1750). 

2 Mémoire sur les eaux de Contrexevilîe (i 56 o). 


( 3io ) 

ment en été, le froid de la boisson ne produit que très rare¬ 
ment des effets fâcheux, à moins qu’on ne la prenne étant 
très-échauffé ; tandis que les eaux froides, en hiver, donnent 
souvent des convulsions, ce qui nous fait une règle de ne les 
prescrire qu’a condition de ne iesprendre qu’après les avoir fait 
tiédir en trempant avec précaution la bouteille dans un vase 
d’eau bouillante, et dans un appartement échauffé. Ces pré¬ 
cautions m’ont surtout paru indispensables, quand on purge 
avec les eaux de Sedliîz et de Seydchiitz , ce qui arrive en 
tout temps. Je les crois également utiles aux personnes qui 
usent, en hiver, de l’eau de Contrexeville, et qui, au 
contraire, d’après ce que j’ai appris sur le lieu, conservent 
les bouteilles de manière qu’elles n’aient jamais plus de 
9 degrés de chaleur, s’imaginant que cette basse tempéra¬ 
ture est une condition essentielle à l’efficacité de l’eau. Or, 
ce sont les principes qu’elle renferme, et non l’absence du 
calorique, qui en font le principal mérite, et je ne suis pas 
sans crainte que le préjugé où ils sont ne puisse leur être 
plus nuisible qu’utile 

A plus forte raison les eaux minérales se décomposent- 
elles, lorsqu’on les fait chauffer jusqu’à s 5 et 3 o degrés , pour 
les administrer en bains. Les entrepreneurs ou propriétaires 
de ces sortes de piscines ont tous imaginé, depuis les bords 
delà mer jusqu’au sommet des montagnes, en dépit de la 
froidure de leurs eaux, de les donner aussi en bains et en 
douches, après les avoir chargées de calorique artificiel, et 
quelquefois de drogues étrangères, afin que les malades trou¬ 
vent dans leur établissement tous les avantages réunis des eaux 
froides et des eaux thermales. Les uns et les autres se disent 
que ces bains sont fortifians, parce qu’ils contiennent du fer 
et du soufre ; les médecins se prêtent a cette fraude, quoi¬ 
qu’ils ne puissent pas ne pas voir que le fer , ainsi que plu¬ 
sieurs autres sels, sont déposés au fond de la chaudière, le 
longdestuyaux et sur les parois des murs où l’évaporation s’est 
faite. Je ne dis pas qu’il y ait la rien de dangereux pour la 
santé, et tant mieux pour ceux qui croient à ces bains, et 
qui veulent avoir le plaisir d’aller dépenser hors de chez 
eux; mais pour ceux qui se mettent à la gêne pour faire 
cette dépense, on doit les instruire franchement que ces 
bains, excepté lorsque i’eau contient de la gélatine, n’ont 
pas plus de propriétés que les bains domestiques, qu’ils 
prendraient dans leur maison. Je ne négligerai cependant 


( 311 ) 

pas de rappeler que Fourcroy, et, après lui, M.Longchamp, 
nous assurent que Peau sulfureuse d ’Enghien, dans la vallée 
de Montmorency, avec laquelle l’eau de Châtenois a de l’ana¬ 
logie , et que l’on fait également chauffer pour l’administrer 
en bains ou en douches , élevée pendant six heures a la tem¬ 
pérature de 35 degrés , ne perd point la plus petite partie 
d’hydrogène sulfuré soit libre, soit combiné, et qu’elle ne 
diffère point de l’eau qui n’a pas été chauffée ; mais on y a 
établi des appareils dans lesquels l’eau des sources est re¬ 
cueillie et chauffée au moyen de cuves en bois hermétiquement 
ferméesj en outre, les eaux sont élevées, dans les bâtimeris 
destinés aux bains et aux douches, par des pompes , pistons , 
tuyaux, etc., en zinc, métal qui 11e décompose pas les eaux 
sulfureuses ', précautions, si elles suffisent, qu’on est bien 
éloigné de prendre ailleurs. 


Réflexions sur cette question : Passe-t-il des liquides pen¬ 
dant la vie , des artères dans les veines ; par le docteur 
Mater. 

Il y a des opinions, en physiologie, qui sont irréfutables 
par la voie de îa théorie. Ce sont toutes celles qui n’impli¬ 
quent pas contradiction en elles-mêmes, mais qui n’étant que 
de simples fractions du pouvoir créateur de notre esprit, ne 
reposent sur aucune preuve, et ne sauraient non plus être ré¬ 
futées. Les opinions de ce genre sont plus nombreuses en¬ 
core dans le domaine de la philosophie, et le sens commun 
ne peut rien contre elles, parce que son jugement est trop 
ordinairement méprisé, en sorte qu’il s’est même trouvé des 
hommes qui ont rougi d’en avoir. Il n’en est pas tout h fait 
de même dans les sciences naturelles. Ici, aux lieu et place 
du sens commun, paraissent l’observation et l’expérience, et 
ce sont elles qui redressent les erreurs de l’imagination. 

Au nombre de ces opinions qui ne reposent sur aucune 
preuve et qu’on ne peut par cônscquent réfuter, repose celle* 
de Willbrand, que, dans la circulation, il n’y a point pas¬ 
sage du sang des artères dans les veines, que le sang artériel 
disparaît dans le parenchyme des organes, et que le sang vei- 

1 Voyez Analyse de l’eau minérale sulfureuse d’I’mghien, Paris, 181 G. 



( 3l2 ) 

ueux nai. l 'J ce parenchyme, comme produit tout-à-fait nou¬ 
veau. On a enseigné de tous temps que la nutrition s’accom¬ 
pagne de la disparition des élémens du sang artériel dans la 
substance des organes, et que la résorption consiste en ce 
que cette substance se résout de nouveau en élémens du 
sang * mais il n’était venu à l’esprit de personne de placer cette 
métamorphose organique dans le champ même de la circula¬ 
tion, et de faire renouveler à chaque instant un acte qui ne 
peut avoir lieu que dans un espace de temps considérable, 
ou d’étendre l’opération qui ne s’exécute peut-être que sur 
une seule ondée de sang, à toute la masse de ce liquide qui 
parcourt les organes. De cette manière, le simple phénomène 
du passage du sang des artères dans les veines fut élevé au 
rang d’acte continuel de création, et la chose facile à conce¬ 
voir, facile à apercevoir, transformée en miracle. 

Mais celui qui fait intervenir un miracle dans les sciences 
naturelles renonce à toute explication, et, sous ce rapport, 
on ne doit point élever de discussion avec lui. Combien ne 
pourrait-on pas citer d’opinions semblables, qui sont tout 
aussi paradoxales, tout aussi peu susceptibles d’être réfutées. 
Cest comme si, par exemple, quelqu’un prétendait que le 
vomitif pris par un malade n’est point rendu par le vomisse¬ 
ment, mais que, dans cet acte, le vomitif a passé dans la sub¬ 
stance de l’estomac, et que celui qui est rendu par le malade 
a dû se reformer de la substance même de ce viscère; ou, 
pour choisir une comparaison plus générale, que l’action des 
médicainens sur l’organisme animal consiste essentiellement 
en ce que celui-ci détruit les substances médicinales mises 
en contact avec lui, et les reproduit sur-le-champ avec les 
matériaux de sa propre substance, que les substances âcres, 
les sels, les principes inflammables, les huiles essentiel¬ 
les, etc., que nous prenons à titre de médicamens, disparais¬ 
sent complètement dans notre corps, et ne passent point dans 
l’urine, la sueur et les autres sécrétions, mais que les sub¬ 
stances analogues qu’on retrouve dans ces humeurs sont des 
produits nouveaux de l’organisme animal. 

La voie la plus courte pour renverser de pareilles opinions 
est sans doute d’exigef* que leurs auteurs rapportent des 
preuves, qu’il leur serait impossible de donner. Mais lors¬ 
qu’on s’engage à les réfuter par la théorie, on ne parvient 
point au but. Une hypothèse ne peut point être réfutée par 
une autre hypothèse. On ne peut non plus contraindre per- 


( 3i3 ) 

sonne à regarder comme réel ce qui n’est que possible. A l’ex¬ 
périence seule appartient le droit de confirmer ou de renver¬ 
ser une hypothèse. Seule, elle peut décider de la réalité des 
choses. Donc ce qu’il y a de mieux en pareil cas , c’est de 
l’appeler dans l’arène. 

Indépendamment du microscope , nous avons encore un 
moyen de nous convaincre du passage du sang des artères 
aans les veines ; c’est d’avoir recours aux expériences sur les 
animaux vivans. 

Arrêtons-nous aux plaintes qu’on élève sur ce qu’il n’est 
ni prouvé ni susceptible de l’être, que le sang passe réelle¬ 
ment d’une manière immédiate des artères dans les veines, 
pendant la vie, et voyons quelles sont les preuves que l’ex¬ 
périence a fournies en faveur de ce passage. 

Nous pouvons demander s’il n’y a pas différens liquides 
qui, mêlés avec le sang, passent des artères dans les veines 
pendant la vie. 

J’ai déjà publié, en 1817, une expérience relative à ce 
point de doctrine. A cette époque, je m’exprimais ainsi : 

Du mercure fut injecté, pendant une minute, à l’aide d’un 
appareil a injecter ce métal, dans la veine jugulaire droite 
d’un lapin mâle , noir et robuste. La colonne métallique avait 
trois pouces de haut, et elle exerçait une grande pression afin 
de chasser le mercure par un courant non interrompu. Après 
que trois gros et demi de métal eurent pénétré, la veine ju¬ 
gulaire fut liée. L’animal périt dans les convulsions au bout 
de quatre minutes. 

A l’ouverture du corps, je trouvai la plus grande partie 
du mercure, mêlé avec le sang, dans la veine cave infé¬ 
rieure, les veines hépatiques et les veines hypogastriques. 
J’aperçus peu de globules mercuriels dans le ventricule droit, 
mais il y en avait davantage dans l’artère pulmonaire, moins 
dans les veines pulmonaires, très-peu dans le ventricule gau¬ 
che, une très-grande quantité dans l’aorte thoracique, quel¬ 
ques-uns dans les artères coronaires du cœur, la portion ab¬ 
dominale de l’aorte, les artères rénales, et même l’artère 
cérébrale gauche. Après le foie, c’était le poumon qui con¬ 
tenait le plus de globules mercuriels. 

La mort fut probablement le résultat de la paralysie du 
cœur, causée peu a peu par la pression et la pesanteur du 
mercure ; car la plus grande partie de la masse injectée res¬ 
sortit de l’oreillette par la veine cave inférieure, de manière 


( 3i4 ) 

qu'il n’en parvint que très-peu dans le ventricule, où l’on 
n’en trouva guère non plus. Le passage du mercure à travers 
le système capillaire ne fut donc point le résultat de la pres¬ 
sion, mais il eut pour point de départ le ventricule du cœur, 
par les contractions duquel il fut déterminé. Ainsi donc le 
passage du mercure des artères pulmonaires dans les veines 
pulmonaires a lieu même pendant la vie; ou, en d'autres 
termes, le cœur est capable de chasser une substance extrê¬ 
mement pesante a travers le système des vaisseaux capillaires 
du poumon, et à plus forte raison par conséquent le sang. 
La conversion du sang en substance solide, sa métamor¬ 
phose , telle que nous sommes obligés de l’admettre dans 
l’acte de la nutrition, ne peut donc avoir lieu que hors du 
système circulatoire, dans l’intérieur duquel elle est impossible 
tant que le mouvement du sang continue. On ne saurait ad¬ 
mettre cette métamorphose dans le cours même de la circu¬ 
lation que par des hypothèses forcées,et en récusant des faits 
constatés. 

Depuis 1817, j’ai souvent répété cette expérience, et tou¬ 
jours avec le même résultat. 

Mats comme on aurait pu prétendre que le passage du 
mercure des artères dans les veines tenait a sa pesanteur et a 
sa pression, qui lui ouvraient des voies insolites, j’ai choisi, 
dans ces derniers temps, un liquide moins lourd, le lait, 
pour faire cette expérience. 

Je fais couler du lait de vache ordinaire dans la veine cru¬ 
rale des lapins. Trois à quatre onces de ce liquide sont promp¬ 
tement introduites , et supportées sans incommodité. En tuant 
l’animal au bout de quelques minutes, non-seulement on 
trouve le sang chargé de lait dans la partie droite du cœur, 
mais encore le lait se retrouve dans le sans: des cavités grau- 
ches du cœur, de l’aorte et de la veine-porte. Il est a remar¬ 
quer qu’aussi long-temps que le sang est liquide, on ne re¬ 
marque presque aucune trace de lait, même dans le sang de 
l’oreillette droite du cœur et qu’il ne se sépare que peu h 
peu, à mesure que la coagulation du sang s’opère. Si on laisse 
vivre l’animal plus de quinze minutes, on aperçoit moins 
distinctement le lait; il n’y en a déjà plus de traces au bout 
d’une heure, époque a laquelle il est en grande partie, du 
moins surtout sa partie séreuse, expulsé par l’urine, dont 
l’auimal rend une grande quantité peu de temps après l’ex¬ 
périence. 


/ 


( 3i5 ) 

Il est remarquable également qu’à l’ouverture du corps, 
dans ces cas, on ne rencontre pas du tout la rate gonflée et 
pleine de sang gorgé de lait, comme pourraient le croire 
ceux qui admettent l’opinion suivant laquelle cet organe a 
pour destination d’extraire du sang des liquides analogues 
au chyle et au sang, de les conserver et de les hématiser. 

Ainsi donc un liquide qui ressemble au sang, sous le rap¬ 
port des propriétés chimiques et vitales, passe facilement et 
immédiatement des artères des poumons dans les veines de 
cet organe, de là dans tout le système artériel, et revient en¬ 
suite des artères dans les veines. Il y a donc des canaux ou¬ 
verts par lesquels ce passage s’effectue, et c’est par ces ca¬ 
naux que le sang lui-même passe sans obstacle d’un système* 
de vaisseaux dans l’autre. 

L’expérience réussit surtout lorsque, avant de l’exécuter, 
on tire un peu de sang des veines de l’animal. 

Je me propose de faire des expériences pour déterminer 
combien les animaux peuvent vivre de temps encore, lors¬ 
qu’on leur a introduit la plus grande quantité possible de 
lait dans le système sanguin. J’espère pouvoir tirer de ces ex¬ 
périences des résultats favorables à Inutilité des injections 
dans l’état de maladie, par exemple, dans le dernier période 
de la phthisie pulmonaire, et surtout du typhus putride, de 
la rage, de l’empoisonnement par la morsure du serpent à 
Sonnettes et des autres serpens venimeux. 


Expériences tendant à déterminer la rapidité de la circu¬ 
lation du sang et de la sécrétion ; par E. Bering. 


(Premier article.) 


Parmi les différentes parties de la physiologie, il n’en est 
peut-être pas dont on se soit tant occupé, et qu’on ait envi¬ 
sagée sous tant de points de vue, que l’histoire de la circula¬ 
tion. Il suffit de renvoyer aux manuels les plus anciens comme 
les plus modernes de cette science, et à l’étendue que la doc¬ 
trine de la circulation y occupe. Nous ne manquons pas d’ex¬ 
périences sur l’existence du mouvement du sang, sur ses 
causes et ses résultats, et chaque jour on en fait de nou¬ 
velles k ce sujet. La chimie a contribué aussi pour sa part à 
faire connaître la composition de ce liquide. Cependant les 



( 3i6 ) 

théoiies les mieux fondées sur la circulation du sang n’èn ont 
pas moins trouvé de temps en temps des contradicteurs, et 
les nombreuses analyses que nous possédons n’ont point en¬ 
core décidé la question de savoir si la composition du sang 
est identique ou non dans toutes les régions du corps. 

Malgré les nombreux points de vue sous lesquels on a en¬ 
visagé la circulation du sang, on s’est peu attaché encore à 
rechercher quelle est la rapidité avec laquelle il se meut, et 
les données à cet égard sont la plupart très-vagues, assez 
souvent même contradictoires. 

Parmi les physiologistes du siècle dernier, Haies, Haller 
et Spallanzani sont ceux qui ont le mieux traité de cet objet. 

Les expériences de Haies ont été faites avec beaucoup 
d exactitude et de soin. Haies a mesuré, pesé et calculé, sans 
se laisser rebuter par rien. Il a calculé, en particulier, la vé¬ 
locité du sang pour le moment où il arrive du cœur dans 
1 aot te, et il évalua la longueur de la colonne de sang, chez un 
cheval gris, qui a trente-six pulsations par minute, à 1734,9 
pieds par heure (ou 28,9 pieds par minute). Les calculs de 
Keil donnent toujours un résultat triple, savoir, 52 o 4 î 7 
pieds par heure, ou 86,7 par minute. La longueur de celte 
colonne est évaluée a 1539 pieds pour un bœuf, et 3449,5 
pour un mouton, par heure. Celle d’un homme, dont le 
pouls battiait soixante-quinze fois par minute, et le ventricule 
gauche du cœur contiendrait une once de sang, serait de 
p 4'7 pieds par minute, selon Haies, et de y 4 d pieds, c’est- 
à-dire trois fois plus grande, d’après Keil. Harvey et Lower 
la portent au double (parce qu’ils estiment le contenu du 
ventricule gauche à deux onces), c’est-à-dire 149,2 pieds par 
minute. D apiès les lois de 1 hydraulique, la vélocité du sang 
diminue dans les artères, parce qu’il y passe d’un lieu plus 
étroit dans un autre plus spacieux, et Keil l’évalue, dans 
les plus petites artérioles à 1 / 5 2 33 , ou o,o53 pouces par 
minute, la vélocité de la circulation du sang à l’origine de 
1 aorte étant prise pour unité, et évaluée à 149,2 pieds. 

La circulation dans le poumon doit être,selon Haies, beau¬ 
coup plus rapide encore, parce qu’il doit passer, dans le 
111eme laps de temps, autant de sang a travers le poumon 
qu à travers tout le reste du corps, le ventricule gauche du 
cœur recevant ce liquide de 1 organe pulmonaire. 

Il est à regretter que, dans ces travaux, on ait admis sans 
examen, que la contraction du cœur est le seul effet du 
mouvement du sang, que les ventricules se vident complète- 


( 3l 7 ) 

ment à chaque systole, que le sang est chassé, comme un 
liquide inerte, par une sorte de double pompe, suppositions 
qu’un examen approfondi a fait voir n’ètre pas exactes. 

Sauvages a adopté les vues de Haies et fait remarquer, 
dans une note de sa traduction, que la vélocité de a/j.,7 pieds 
par minute peut être admise pour les jeunes gens , puisque 
la rapidité moyenne chez les adultes est d’à peu près trente 
pieds. Dans un passage de sa Nosologie, il compare la vélo¬ 
cité du sang qui sort du ventricule gauche, à celle d’un cou¬ 
rant dè sang tombant de sept pieds environ , et coulant en¬ 
suite horizontalement, de sorte qu’elle est d’environ vingt 
pieds par seconde, il prétend, en outre, que la rapidité du 
cours du sang est, chez l’homme en santé, semblable dans 
tous les vaisseaux à ce qu’elle est dans l’aorte ; mais que 
celle de sang qui surmonte deux obstacles, ou coule dans 
des vaisseaux , est bien moindre que celle qu’il pourrait avoir 
à l’air. Il distingue donc la vélocité réelle de la vélocité pos¬ 
sible : la première est égale au surplus de force qui reste 
pour Je mouvement du sang, déduction faite de la force em¬ 
ployée à vaincre les obstacles ; elle est un quarantième de cette 
dernière, de sorte, par conséquent, que la vitesse dans 
l’aorte ne peut être évaluée en réalité qu’à un demi-pied par 
seconde. 

Haller a consigné, dans un mémoire, un grand nombre 
d’observations sur la circulation du sang, dont les résultats 
sont en partie contraires aux hypothèses des iatro-mathémati- 
ciens. Ainsi, il se prononce en plusieurs endroits contre le 
ralentissement du cours du sang dans les petits vaisseaux, 
ainsi que contre son accélération admise par Haies dans le 
poumon. Cependant il 11e s’arrête point au problème de la vé¬ 
locité du sang, se contentant de faire remarquer qu’elle est 
très-grande, tant dans les artères que dans les veines, mais 
qu’il est très-difficile de comparer la longueur du chemin 
parcourue avec le temps. On a pas de peine à le concevoir, 
quand on se rappelle que presque toutes ses expériences fu¬ 
rent faites sur des grenouilles et de petits poissons, avec le 
secours du microscope. 

Il me paraît très-hasardé de conclure de ces observations 
que les choses se passent de même chez les mammifères et 
les oiseaux, dont le cœur surpasse tant celui des animaux h 
sang froid en perfection. Le reproche fait aux physiologistes 
expérimentateurs, surtout à ceux des temps modernes, que 


( 3.8 ) 

les mutilations cruelles qu’ils font subir aux animaux ne leur 
permettent d’arriver qu’à d’incertains résultats, s’applique 
aussi à la plupart des expériences de Haller. Il est donc sur¬ 
prenant qu’on ne se soit pas servi plus souvent, pour obser¬ 
ver la circulation du sang, des chauve-souris, dont les ailes 
peuvent y servir sans lésion, et dont la structure intérieure 
permet mieux de conclure par analogie. 

Les expériences de Spallanzani et de Dœllinger n’ont rien 
changé à l’état des choses relativement à la mesure de la vé¬ 
locité du sang. Plusieurs des objections faites à celles de 
Haller s’élèvent aussi contre elles. 

Dans plusieurs ouvrages modernes, dont les auteurs se 
prononcent sur la vitesse de la circulation chez l’homme, la 
méthode de la calculer d’après la capacité d’un des ventri¬ 
cules du cœur, la quantité de sang et le nombre des pulsa¬ 
tions dans un temps donné, s’est maintenue, et les zoophy¬ 
siologistes ont suivi, comme à l’ordinaire, la voie déjà bat¬ 
tue. L incertitude d’un pareil calcul saute aux yeux, quand 
on pense qu’un de ses facteurs, la quantité de sang, n’est pas 
connu, et que les deux autres, le nombre des pulsations et 
la capacité du ventricule gauche, sont sujets à de grands 
changemens, qui peuvent aller jusqu’au double 1 . 

Su prenant la résolution de faire une série d’expériences 
sur cet objet, je dus d’abord faire choix d’une méthode autre 
que celle qu’on avait suivie jusqu’alors. Cette méthode con¬ 
siste à mêler au sang une liqueur incapable de nuire, et qu’on 
puisse y retrouver facilement - à prendre du sang, à certains 
intervalles, sur une autre partie du corps, et, d’après l’exa¬ 
men de ce sang comparé au temps employé par la substance 
pour parvenir d’un vaisseau à l’autre par la voie que l’ana¬ 
tomie lui assigne, à se former une idée de la vélocité de la 
circulation. Une dissolution d’hydroferrocyanate de potasse 
remplissait parfaitement mes vues, parce qn’ou peut la mê¬ 
ler en grande quantité avec le sang, sans produire d’effets 
nuisibles, quand on procède avec circonspection , et qu’on la 
reconnaît facilement dans la plupart des liquides et solides 
du corps , au moyen des réactifs. 

J ai prouvé, dans plusieurs expériences faites auparavant, 
que l’infusion des liquides au moyen d’un entonnoir est bien 

1 J ai trouvé que la capacité du ventricule gauche variait de plus 
du triple dans le cheval, c’est-à-dire de 5 à 10 onces, et celle du ven¬ 
tricule droit de neuf à dix fois , depuis 4 jusqu’à 38 onces. 


( 3i9 ) 

préférable à l’usage de la seringue. Je me suis donc servi, 
dans toutes les expériences suivantes, qui ont été faites sur 
des chevaux , d’un tube, susceptible d’être fermé, appar¬ 
tenant à une grosse seringue à injection, et sur lequel se 
visse un entonnoir de laiton contenant deux onces. Le tube 
étant introduit dans la veine, je verse dans l’entonnoir le li¬ 
quide que je veux mêler au sang, j’ouvre le robinet du tube, 
et je permets ainsi la pénétration de la liqueur, qui se fait 
rapidement, l’ouverture du tube ayant le diamètre d’un tuyau 
de plume. Lorsque le liquide est entré, je tourne rapidement 
le robinet pour empêcher Pair d’entrer dans la veine. De 
cette manière les expériences ont pu être faites sans fatiguer 
beaucoup l’animal, puisque les plaies se bornaient a deux 
saignées ordinaires, et que la perte du sang était presque 
toujours peu considérable. Les animaux qui y servaient étant 
destinés a être tués tôt ou tard pour des démonstrations ana- 
tomiques, on pouvait aller a la recherche du liquide injecté 
dans les organes sécréteurs et leurs produits. 

Pour découvrir le prussiate de potasse dans le sang ou au¬ 
tres liquides du corps, j’ai trouvé le sulfate de fer préférable 
au sulfate de cuivre et au chlorure de fer. Mais comme ce sel 
n’agit que lentement et 11e forme un précipité bleu que quand 
le métal s’y est oxidé davantage, il est avantageux d’ajouter 
ensuite un peu d’acide hydrochlorique, qui fait que le pré¬ 
cipité bleuit de suite. Ou peut, de cette manière, découvrir 
manifestement le prussiate de potasse étendu dans vingt 
mille parties de sérosité. Comme la couleur foncée du sang 
ne permet pas de distinguer le prussiate de fer, surtout quand 
il est en petite quantité, j’ai toujours laissé les échantillons 
du sang reposer pendant un ou deux jours , afin d’avoir du 
sérum clair, dont j’ai fait tomber quelques gouttes sur du pa¬ 
pier blanc, ajoutant de suite quelques gouttes d’une solution 
d’un gros de sulfate de fer dans trois onces d’eau distillée, 
puis une goutte d’acide hydrochlorique concentrée : par ce 
moyen, la présence ou l’absence du prussiate de potasse se 
prononçait sur-le-champ. Le même procédé, quant au fond, 
a été employé dans l’examen des organes membraneux et 
autres. 

i re Ex pÉrience. — On prît un petit cheval brun et borgne, 
âgé de quinze h dix-huit ans, sans signe de maladie interne ; 
on lui ouvrit la veine jugulaire gauche, dans laquelle on in¬ 
troduisit un tube fermé, puis on vissa l’entonnoir sur ce 


( 3 ao ) 

tube, et on s’assura, en versant un peu d’eau tiède et ou¬ 
vrant le robinet, que le liquide coulait dans la veine. Alors 
on versa dans l’entonnoir une dissolution de deux gros de 
prussiate de potasse dans vingt-deux gros d’eau distillée, 
préalablement chauffée à -f- 24 degrés R. Il fallut quinze 
secondes pour que le liquide s’introduisît, après quoi on re¬ 
tira l’appareil, et l’on favorisa la circulation en frottant le 
long de ia veine. 

Une minute après la fin de l’infusion on fit couler par 
l'ouverture quelques onces de sang dans un verre, ce qu’on 
répéta au commencement des 2 e , 3 e , 4 e ? 5 e , 6 e , 7 e , 8 e , 9 e , 
11 e et i 5 9 minutes. La perte de sang qui en résulta put 
s’élever a deux livres. Pendant tout ce temps l’animal fut 
tranquille, il n’eut point la respiration accélérée, et conserva 
un pouls normal à 46 pulsations. Il mangea avec avidité le 
fourrage qu’on lui présenta, et plus tard encore on ne remar¬ 
qua en lui aucun changement. Au bout de trois heures envi¬ 
ron il lâcha de l’urine; on en recueillit près d’une demi- 
chopine, et l’on y versa quelques gouttes de dissolution de 
sulfate de fer; il s’y forma un précipité brun grisâtre et des 
flocons d’un bleu clair, qui prirent peu a peu une teinte de 
bleu foncé. 

Lorsque le sérum du sang, recueilli dans les onze verres, 
se fat sépare, on le traity par la même dissolution. Un pré¬ 
cipité bleu se manifesta sensiblement dans les n os 1, 2, 4> 5 
(le noir n’avait pas donné de sérum clair). Il y en eut a peine 
une trace dans le n° 6; on en trouva un peu plus dans le 
n° 7, très-peu dans les n os 8 et 9, et moins encore dans les 
11 et i5; mais en ajoutant un peu d’acide hydrochlorique à 
chaque échantillon, tous se colorèrent sur-le-champ en lilas. 
L’essai du sérum fut répété au bout de deux et trois jours, 
et le résultat resta le même. 

Ainsi le prussiate de potasse avait passé par la veine jugu¬ 
laire gauche dans le cœur droit, par le poumon dans le cœur 
droit, par la carotide dans la tète, et delà dans la veine ju¬ 
gulaire gauche, en moins d’une minute. Il était resté dans 
la circulation pendant un quart d’heure sans la troubler, et 
il se montra au bout de trois heures dans l’urine, quoiqu’il 
eût déjà dû y arriver long-temps auparavant. 

2 e Exp.— On ouvrit les deux veines jugulaires à une ju¬ 
ment de sept ans, de moyenne grandeur, qui avait la jambe 
droite de devant cassée, et, par le procédé qui vient d’ètre 


( 3s O a 

décrit, on injecta dans la gauche une dissolution d’une demi- 
once de prussiate de potasse dans deux onces d’eau distillée 
h + 3 o degrés R. En même temps on recueillit le sang de la 
jugulaire droite de quinze en quinze secondes, de manière 
que l on eut quatre échantillons par minute. Deux minutes 
après le commencement de 1 expérience, l'animal se pencha 
du côté gauche , et au bout de quelques secondes, il tomba, 
ce qui n’empêcha pas de recueillir du sang au bout de deux* 
trois et quatre minutes. Les signes précurseurs de la mort 
se montrèrent, mais un peu d’ammoniaque caustique versée 
dans le nez et la bouche la retardèrent encore uri peu. Le 
pouls, qui battait trente-six fois par minute avant l’expé¬ 
rience, ne se faisait plus sentir. Dans la dixième minute un 
peu d’urine sortit du vagin* un quart d’heure après l’infu¬ 
sion il n’y avait plus de traces de vie. La mort avait eu lieu 
sans convulsions, et le sang de la jugulaire était encore li¬ 
quide. On procéda de suite à l’ouverture du corps. 

En ouvrant le ventre, on y trouva quelques livres de sé¬ 
rosité, les intestins en grand mouvement, point de traces 
d inflammation, seulement les veines très-gorgées sur un 
point de 1 intestin, l’estomac retiré sur lui-même (sa tempé¬ 
rature et celle du colon étaient de + 3 o degrés R.), les vais¬ 
seaux chylifères et le réservoir de Fecquet remplis, l’artère 
du colon anévrismatique comme a l’ordinaire. Les poumons 
étaient rosés, et contenaient beaucoup d’air* leur tissu ne 
présentait rien d’anormal. Il y avait environ une demi-cho- 
pine de sérosité dans le péricarde ; le cœur n’offrait aucune 
anomalie, et il était assez plein de sang liquide. Tous les or¬ 
ganes donnèrent des traces de prussiate de potasse; la mu¬ 
queuse de la moitié droite de l’estomac (celle de la moitié gau¬ 
che pas), celle de l’intestin et celle de la trachée-artère, des 
vestiges assez sensibles, la muqueuse nasale de très-pronon¬ 
cées, celle de la langue moins, les joues presque pas , celle 
de la matrice moins encore. La substance tubuleuse des reins 
et le bassinet réagirent fortement. 

Le chyle tiré de la citerne était blanc de lait; il se coa¬ 
gula et devint couleur de chair au bout de deux heures. 
Le lendemain, il s’était formé dans son milieu un caillot 
sqlide, de couleur rosée, qu’entourait un liquide laiteux. Il de¬ 
vint bleuâtre par les réactifs. La sérosité du bas-ventre était 
verdâtre; celle du péricarde l’était davantage. La synovie de 
1 articulation du genou était verdâtre. Le sang tiré de l’ar— 

TOME XXXI. or 


( 3 *11 ) 

tère brachiale, du poumon, de la veine cave postérieure èï 
du cœur, se colora vivement en bleu. Les trois premiers 
échantillons employèrent trois jours a fournir leur sérum, 
et le dernier fut celui qui en donna le plus. 

Le sérum du premier échantillon de l’expérience (de i à 
1 5 secondes) ne réagit point ; celui du second devint manifes¬ 
tement bleu ; celui des 3 e et 4 e I e devint beaucoup. Il en fut 
de même de celui des échantillons de sang recueillis au bout 
de deux , trois, quatre et quinze minutes. L’urine était par¬ 
tagée, au bout de quatre jours, en une couche limpide et un 
sédiment trouble et visqueux. L’addition d’un peu de sul¬ 
fate de fer et d’acide hydrochlorique n’y fit naître qu’une 
teinte de brun verdâtre, quoique, dans la première heure 
après l’expérience, la réaction bleue eût été bien sensible 
dans un petit échantillon. 

Les liquides qui viennent d’être indiqués furent examinés 
plus tard à plusieurs reprises, et toujours avec le même ré¬ 
sultat. Par conséquent , durant les dernières quinze minutes 
de la vie de cette jument, le prussiate de potasse s’était ré¬ 
pandu dans toutes les parties du corps. Il avait été excrété à 
cette époque par les membranes muqueuses (sur les points 
où elles ne sont pas recouvertes d’un epithelium), par les 
séreuses elles synoviales, mais principalement par les reins. 
Il avait parcouru le trajet de la jugulaire gauche à la droite 
dans l’espace de quinze a trente secondes. Enfin il s’était 
mêlé au sang pendant le cours de l’expérience. La mort im¬ 
prévue de l’animal provint, suivant toutes les apparences, 
de ce que le robinet ne fut point fermé immédiatement après 
l’écoulement de la dissolution, en sorte que l’air eut accès 
dans la veine. 

Cette expérience pouvant être considérée comme n’ayant 
pas parfaitement réussi, je la recommençai comme il suit. 

3 e . Exp. — Sur le cheval qui avait servi à la première, 
on injecta une dissolution de deux gros de prussiate de po¬ 
tasse dans deux onces d’eau distillée dans la veine jugulaire 
gauche. 

Quinze secondes après que le robinet avait été ouvert (le 
liquide ne mit que huit a dix secondes pour pénétrer dans la 
veine), on commença â recueillir le sang de la veine jugu¬ 
laire droite, et l’on continua ainsi jusqu’à la trentième se¬ 
conde. Le second vase recueillit le sang depuis la trentième 
seconde jusqu’à la quarante-cinquième, le troisième depuis 


( 323 ) 

la quarante-cinquième jusqu’à la soixantième, le quatrième 
depuis line minute jusqu’à une i/4, le cinquième une 1/2 
apiès 1 expérience, le sixième deux minutes , le septième 
trois, le huitième quatre, le neuvième onze, le dixième 
vingt-quatre, le onzième une heure et demie après le com¬ 
mencement de l’expérience, le douzième trois 3/4, le trei¬ 
zième cinq 3 / 4 , et le quatorzième huit 1/4. 

Le sérum fut examiné le lendemain. Celui des n os 1, 2, 3, 
4 et 5 devint d’un bleu foncé; la teinte des n os 6, 7 et 8 parut 
un peu plus claire; le n° 9 était plus clair encore, d’un vert 
bleuâtre; le n° 10, de même; le n° 11, verdâtre; le n° 12, 
moins; len° i 3 ,à peine verdâtre; le n° 14, presque insensi¬ 
blement teint. 

Le pouls de l’animal avait toujours été à trente-six pul¬ 
sations avant, pendant et après l’expérience. La perte totale 
de sang fut de trois livres. L’urine que l’animal rendit, deux 
heures et un quart après l’infusion, devint très-bleue, comme 
aussi deux jours plus tard , et donna un sédiment marqué, 
ce qui n’eut point lieu avec le sérum. 

Dans cette expérience, on voit le liquide être répandu 
entre quinze et trente secondes dans le système vasculaire, 
et revenir par la veine jugulaire opposée. L’expulsion de là 
matière étrangère doit aussi commencer de suite, puisque 
la coloration du sérum diminue déjà d’intensité au bout de 
quelques minutes. Au bout de huit heures le sang paraît être 
totalement débarrassé. 

On pourrait croire que le liquide put passer d’un coté à 
l’autre, soit par des anastomoses entre les deux jugulaires, 
soit par un reflux momentané de la veine cave antérieure 
dans les jugulaires. Mais le reflux, quand même il serait 
possible, ne peut point s’étendre jusqu’à la plaie, à cause de 
la pression que les doigts exercent toujours au dessous après 
la saignée dans le cheval; et, quant au premier doute, l’ex¬ 
périence suivante le lève entièrement. 

4 ° Exp. -— On la fit sur une jument de quinze ans, de 
moyenne taille , traitée depuis dix jours d’une encéphalite 
chronique, déjà suivie d’un épanchement de sérosité. Cet 
animal paraissait triste depuis plusieurs jours. Tantôt il res¬ 
tait long-temps immobile, avec le cou et la tête tournés à 
gauche, tantôt il tournait continuellement en rond de gauche 
à droite, et refusait toute espèce de nourriture. Il ne pou- 

21. 


( 34 ) 

vait faire une centaine de pas qu’avec de grands efforts. Le 
pouls était a cinquante-six avant et pendant ^opération. 

La veine jugulaire gauche fut ouverte, ainsi que la grande 
saphène ; Ton injecta, dans la première, une dissolution de 
prussiate de potasse dans deux onces d’eau distillée, opéra¬ 
tion qui se fit aussi rapidement et aussi heureusement que dans 
l’expérience précédente. L’animal leva la tête, et recula de 
quelques pas. Au commencement de l’infusion , on commença 
à recueillir le sang de la saphène, ce qu’on fit jusqu’à la 
vingtième seconde. On en recueillit encore trois fois dans 
la première minute, puis, au bout d’une demi-minute, de 
deux, de trois, de quatre, de cinq, de six et de sept minutes. 

Les quantités, ainsi recueillies, étaient très-petites (de 
quelques gros seulement), parce que le sang coulait très-len¬ 
tement , et que l’animal était toujours sur le point de se laisser 
tomber. La perte peut s’être élevée à trois quarterons ou une 
livre. Le sang était d’un rouge-clair, et il ne tarda pas à se 
coaguler. Il ne s’était point encore séparé de sérum au bout 
de vingt-quatre heures, et cette séparation ne commença à 
se faire qu au bout de quarante-huit (encore même pas dans 
les n os 4 et 8). 

A l’examen par le réactif, le n° i devint verdâtre ; le 2 et 
le 3 le devinrent d’une manière assez prononcée , de même 
que tons les suivans ; mais la coloration alla en diminuant 
depuis le n° 6, de manière que le n° 9 n’était qu’un peu 
plus foncé que le n° 1, mais le n° 10 l’était redevenu davantage. 

Il résulte de cette expérience que le prussiate de potasse , 
dans l’espace de vingt secondes, a passé de la veine jugulaire 
gauche dans la saphène droite , par la moitié droite du cœur, 
les poumons, la moitié gauche du cœur, l’aorte, ses branches 
et les capillaires de la jambe de derrière. 

L’animal parut soulagé par cette expérience ; au moins , au 
bout de deux jours , n’était-il pas plus mal qu’auparavant. 

Exp. 5 . — La jument précédente était dans îe même état 
trois jours après, et extrêmement faible, mais elle tournait 
alors a gauche, et le pouls était monté à 64. Deux gros de 
prussiate de potasse furent dissous dans une once d’eau dis¬ 
tillée, et injectés dans la veine jugulaire gauche, ce qui 
n’exigea que quelques secondes. Dès que le robinet du tube 
fut ouvert, on fit couler le sang de la veine thoracique externe 
dans un vase pendant quinze secondes, puis, dans un autre, 
jusqu'à vingt-trois secondes, et, dans un troisième, jusqu’à 


c 39.5 ) 

trente. L’animal fit alors quelques pas en arrière, se ca¬ 
bra , se laissa tomber a la renverse, et se trouva étendu sur 
le sol, au milieu des ^convulsions, dans une position si peu 
favorable qu’on fuT-etdigé de suspendre l’expérience. Pour 
mettre rapidement un terme a ses souffrances, on lui perça 
la moelle épinière quatre minutes après le commencement 
de l'expérience (le pouls s’était élevé h 96) : on recueillit le 
sang de la plaie, et quelques gouttes de mucosités qui sorti¬ 
rent du vagin. On fit promptement aussi l’ouverture du 
corps, qui dura depuisla treizième jusqu’à la vingt-cinquième 
minute. ' ✓ “ 

Les essais par la solution de fer et l’acide hydrochlorique, 
donnèrent les résultats suîvans : sérum du sang des deux pre¬ 
miers vases, point de réaction ; celui du troisième vase , cou¬ 
leur verdâtre5 celui du sang de la plaie au cou, couleur 
verte; sérosité abdominale et thoracique, verdâtre; celle du 
péricarde, bleuâtre; synovie de l’articulation du pâturon, 
réaction insensible; sérum du sang de la veine cave posté¬ 
rieure, vert-bleuâtre, très-prononcé; celui du sang du ven¬ 
tricule gauche, sans réaction. 

L’estomac, le canal intestinal, la matrice, l’ovaire, les 
muscles coupés, le vagin, la trachée artère , le cerveau et le 
nerf sciatique ne réagirent ni en dehors ni en dedans; le réactif 
ne produisit sur les membranes muqueuses qu’un simple 
nuage blanchâtre, dû à de la mucosité coagulée. 

L’aorte et la veine, cave postérieure ne réagirent point inté¬ 
rieurement, les poumons devinrent bleuâtres , et plus encore 
les glandes salivaires. Dans les reins, on observa la réaction 
tant dans la substance corticale que de la médullaire; celle-ci 
devint d’un beau bleu de ciel ; le mucus même du bassinet 
devint bleuâtre, mais l’urine, dans la vessie, n’acquit pas 
cette teinte. 

Le résultat de cette expérience est que le prussiate de po¬ 
tasse mêlé au sang dans la veine jugulaire gauche, reparaît 
entre vingt-trois et trente secondes dans la veine thoracique 
cutanée droite , où il doit être arrivé par les artères de la poi¬ 
trine et des parois du bas-ventre. En outre , il a mis quatre 
minutes à passer dans les liquides sécrétés par les séreuses du 
troue, dans les glandes salivaires, et surtout dans les reins, 
d’où il n’a cependant pas pu descendre dans la vessie. Au 
contraire, il n’a point ainsi été excrété par les membranes, 
muqueuses, et on ne l’a point trouvé non plus dans les mus- 


( 326 ) 

cîes ? le vagin, ni la substance nerveuse, mais bien dans Le 
poumon. 

L’état maladif de l’animal doit sans doute avoir influé sur 
les résultats de l'expérience. Ainsi, la cïqpulation paraît cette 
fois avoir été plus lente que dans les expériences précé¬ 
dentes, puisque le sang avait un trajet moins long a par¬ 
courir des veines jugulaires a la thoracique externe. Les 
sécrétions et excrétions avaient presque entièrement cessé 
depuis plusieurs jours ; seulement il se formait encore de 
l’écume à la bouche. En mourant, l’animal rendit des excré- 
mens secs, et la vessie fut trouvée extraordinairement dis¬ 
tendue par l’urine. Les traces que la maladie avait laissées 
au cerveau consistaient en ce que les veines étaient pleines de 
sang, et le ventricule de sérosité. Les poumons étaient flas¬ 
ques , et du reste sains ; les organes abdominaux de même. 

Exp. 6. — Une dissolution de deux gros de prussiate de 
potasse dans une once et demie d’eau distillée fut introduite 
dans la veine jugulaire externe du cheval qui avait déjà servi 
à la première et à la troisième expériences. Auparavant 9 
j’avais mis a nu et ouvert l’artère temporale, mais lié la veine 
qui 1 accompagne, afin que son sang ne pût pas se mêler 
avec celui de l’artère. Le pouls et la respiration étaient dans 
l’état normal avant l’expérience j l’opération réussit et fnt 
prompte, mais une circonstance empêcha de fermer le robinet 
immédiatement après l’introduction du liquide, en sorte que 
l'air pénétra dans la veine. 

Quinze secondes après le commencement de l’infusion , 
on recueillit le sang de l’artère temporale, cequi fut continué 
pendant quinze secondes, et ne donna que quatre à six gros 
de sang, après quoi l’artère cessa d’en rendre. C’est pourquoi 
à quarante-cinq secondes, on tint un vase devant la plaie de 
la jugulaire externe. L’animal se mit à haleter, a chanceler, 
et tomba par terre au bout d’une minute, ce qui n’empêcha 
pas de recueillir du sang a i 3 / 4 , 21/2, 2 3 / 4 , 3 i/ 4 , 33/4 
et quatre minutes. Après quelques inutiles efforts pour se 
relever, la mort survint dans le cours de la cinquième minute. 

On ouvrit sur-le-champ les cavités pectorale et abdomi¬ 
nale, on prit des échantillons des liquides qu’elles contenaient, 
et on coupa des morceaux des organes suivans pour les es¬ 
sayer. Voici quels furent les résultats. La sérosité abdominale 
lut à peine verdie, la pectorale un peu plus, et la péricardine 
davantage encore (celle-là s’élevait b une demi-once environ , 


( 3a 7 ) 

€t était rougeâtre); la synovie de l’articulation du genou 
gauche, recueillie seulement au bout de trois-quarts d’heure, 
devint verdâtre; le sérum du chyle du canal thoracique prit 
une teinte verte; urine de la vessie, sans réaction ; sérum du 
sang du ventricule droit, bleu de ciel foncé; celui du sang 
du ventricule gauche un peu plus clair. L’estomac ne réagit 
point à l’extérieur, ni à l’intérieur, dans sa moitié gauche, 
tandis que la droite donna une forte réaction. Il en fut de 
même de la face interne du pharynx; mais la face externe 
de la membrane muqueuse, ou le tissu situé entre elle et la 
tunique musculeuse, devint manifestement bleu, tant au 
pharynx qu’à l’estomac (cependant presque pas dans la moi¬ 
tié gauche). Sur la membrane muqueuse de l’intestin grêle, 
la réaction fut moins prononcée qu’au gros intestin; elle se 
réduisit aussi presqu’à rien sur la membrane séreuse. Le foie 
et la rate parurent ne point réagir à l’extérieur, ni la veine 
porte à l’intérieur. La glande maxillaire bleuit sensiblement 
dans sa tranche ; la muqueuse trachéale ne devint point bleue 
a sa face interne ; la membrane musculeuse le devint à peine ; 
les arceaux cartilagineux se teignirent à peine en dehors. 
Le poumon moutra à l’extérieur des stries bleuâtres imitant 
la forme des lobules pulmonaires ; il devint d’un brun ver¬ 
dâtre dans sa tranche. L’artère pulmonaire ne bleuit que fai¬ 
blement en dedans, mais les veines prirent une teinte marr- 
quée; les glandes bronchiques se couvrirent de points bruns 
sur leur coupe; il en fut de même pour la substance du 
cœur, dont la face externe ne réagit pas, tandis que la face 
interne des deux ventricules devint très-bleue : les artères 
coronaires en dedans et l’aorte dans tout son trajet, réagi¬ 
rent plus ou moins sensiblement; la portion pectorale de 
la veine cave postérieure devint bleue; le diaphragme le 
devint peu sur sa face antérieure, et moins encore sur la 
postérieure ; les reins bleuirent dans leur substance corticale, 
et plus encore dans la tubuleuse; mais le bassinet resta 
blanc. 

Le sérum du sang de l’artère massétérine (depuis quinze 
jusqu’à trente secondes) et de la veine jugulaire (de qua¬ 
rante-cinq secondes'a quatre minutes, réagit manifestement; 
le premier devint bleu de ciel, les autres d’abord d’un bleu 
verdâtre, et, plus tard, aussi foncés que celui de l’artère. 

Cette expérience démontre encore lagrande rapidité avec la¬ 
quelle le sang se meut, puisqu’il employa quinze secondes pour 


( 3 2 8 ) 

passer de la veine jugulaire dans l'artère massétérine, et qu’au 
bout de quarante-cinq minutes il était revenu dans la veine. 
Le prussiate de potasse a pénétré presque aussi rapidement 
toutes les parties du corps, par le moyen des artères, et s’est 
mêlé, dans 1 espace de cinq minutes au plus, aux sécrétions 
des membranes séreuses, surtout à celle du péricarde, puis à 
celles de la poitrine, du bas-ventre et des capsules articu¬ 
laires, c’est-à-dire en raison directe de la distance du cœur. 
Il ne se montra pas moins sur les membranes muqueuses (là 
où elles ne sont point couvertes d’épiderme), mais surtout 
dans les reins, où il ne paraît toutefois pas avoir eu le temps 
de pénétrer dans la substance tubuleuse et le bassinet, ni 
moins encore de passer dans la vessie. Après les reins , c’é¬ 
taient les glandes salivaires qui en contenaient le plus. 

Mais il est digne de remarque que la substance du pou¬ 
mon ne réagit point d’une manière plus sensible dans l’inté¬ 
rieur, non plus que la membrane muqueuse de la trachée- 
artère, puisque le prussiate de potasse avait dû traverser 
plusieurs fois 1 organe pulmonaire, et qu’il s’en trouvait des 
traces dans le cœur et les vaisseaux ; ou bien la couleur fon¬ 
cée de ces viscères a-t-elle effacé et rendu insensible la teinte 
bleue du précipité? 

La présence du sel dans les glandes lymphatiques et le 
chyle prouve aussi que le mouvement n’y doit pas être fort 
len|, et me parait indiquer l’existence d’une communication 
entre les artères et les vaisseaux lymphatiques. 

7 e . Exp. — Sur un étalon de quatre ans et demi, atteint 
de suppuration du poumon, ayant cent pulsations et soixante 
respirations par minute. On lui introduisit dans la veine ju¬ 
gulaire gauche une dissolution de deux gros de prussiate de 
potasse dans deux onces d eau distillée. Ôn recueillit le sang 
de la droite depuis une jusqu a huit secondes, de huit à 
seize, et de vingt-quatre à trente. L’animal fut si agiié qu’en- 
viron le tiers de la liqueur se trouva perdu. Il se coucha par 
terre, et Ion recueillit encore le sang de la jugulaire gauche 
de une 1/2 à une 3/4 minute. Trois minutes après le com¬ 
mencement de l’opération 011 tua le cheval, et la cinquième 
minute écoulée, on l’ouvrit.— Synovie de l’articulation du ge¬ 
nou gauche, réaction Insensible • sérosité abdominale, réaction 
sensible, mais moins que dans tous les autres liquides séreux. 

Sérosité pectorale et péricardine, réaction verte; lymphe 
du canal thoracique, qui était rougeâtre et un peu grise, 


1 


( 329 ) 

réaction verdâtre; mucns visqueux du pylore, ichor brun du 
poumon et urine de la vessie, rien. — L'estomac ne réagit, 
ni à l’intérieur ni à l’extérieur, mais bien entre ses tuniques 
musculeuse et muqueuse, surtout dans sa moitié droite; in¬ 
testins grêles et gros, rien à l’extérieur ni à l’intérieur; pha¬ 
rynx , réaction bleuâtre en dehors, sensible entre les tuniques 
musculeuse et muqueuse, nulle en dedans ; bouche et langue, 
rien; cardia, points brunâtres; foie et rate, rien de bien 
marqué ; testicule, rien en dehors ni en dedans, non plus que 
dans la portion caverneuse du conduit déférent, les vésicules 
séminales qui étaient vides et la semence elle-même; reins 
d’un bleu foncé dans les deux substances, verte dans le bas¬ 
sinet; vessie, rien ni en dedans ni en dehors; muqueuse 
trachéale, rien à la surface libre, et réaction à peine sensible 
entre les cartilages; partie saine des poumons, presque rien 
en dehors, points et stries bleuâtres en dedans ; portion ma¬ 
lade, réaction sensible; glandes bronchiques, verdâtres en 
dehors, stries bleuâtres en dedans, comme produites par de 
petits vaisseaux; péricarde, rien en dedans; cerveau, rien. 
Le sang n’avait pas produit de sérum au bout de deux et 
même de six jours, et s’était desséché : on le fit bouillir avec 
de r eau, mais on n’y put retrouver de prussiate, et il est a 
présumer, d’après cela , que ce sel avait été détruit par la 
putréfaction commençante. On trouva, dans le cadavre, le 
cœur très-resserré, et deux excroissances polypeuses sur les 
valvules de l’aorte, le poumon en grande partie détruit par 
la suppuration, le foie de couleur argileuse. 

Quoique cette expérience ne donne aucun résultat relatif 
a la vélocité du sang, parce que ce liquide ne put être essayé 
comme â l’ordinaire, elle montre cependant, et en cela elle 
est d’accord avec les précédentes, que c’est principalement 
vers les reins et les glandes salivaires que se portent les subs¬ 
tances étrangères introduites dans le sang, que le mouve¬ 
ment en descendant du bassinet des reins est lent et suspendu 
par la mort, que les membranes séreuses sécrètent plus ra¬ 
pidement que les muqueuses, puisque, dans celles-ci, le sel 
ne se montre qu’entre les tuniques musculeuse et muqueuse, 
mais non dans la mucosité elle- même ; que les parties de ces 
dernières qui sont couvertes d’un épithélium, sécrètent 
très-lentement et peu ; enfin que les substances étrangères 
paraissent très-promptement v dans les glandes lymphatiques 
çt le canal thoracbique, que ce soit par résorption ou par 


( 33o ) 

communication directe avec les artères. Si le prussiate sa 
montre dans les liquides des cavités abdominale, thoracique 
et péricardiue, sans qu’on le trouve dans les organes tapis¬ 
sés par ces membranes, comme le foie, l’intestin, etc., le fait 
me paraît facile à expliquer, puisqu’il existe en trop faible 
quantité sur ces surfaces pour pouvoir être aperçu a travers 
la couleur foncée des organes eux-mêmes, tandis que le sé¬ 
rum étant reçu dans un vase de verre, on n’a point de peine 
à constater son changement de couleur. 

8* Exr. — Sur une jument de vingt ans, dont le pouls 
battait soixante fois, et qui respirait vingt-sept fois par 
minute. On lui injecta dans la veine jugulaire gauche une 
solution d’un gros de prussiate de potasse dans deux onces 
d’eau distillée chaude : en même temps on recueillit le sang 
de la jugulaire droite, qui, essayé deux et quatre jours 
apres , par le sulfate de fer et l’acide hydrochlorique, donna 
les résultats suivans : 


No. 


I. 

Sang de t 

seconde à 2 \ 
10 > 

2. 

5 

3. 

10 

i5 i 

4- 

15 

20 

5 . 

20 

25 

6. 

2-5 

3o 

7* 

3o 

35 

8. 

9- 

35 

4° 

4o 1 
45 / 


point de réaction. 

parut d’abord devenir un peu ver¬ 
dâtre 

réaction sensiblement verte, 
bleu elair. 
bleu foncé. 

bleu, mais moins que le n°. 7 . 


La dissolution avait mis huit à dix secondes pour passer 
tout entière dans la veine. Le pouls et la respiration ne chan- 
gèrent pas : au total, l’expérience n’influa en rien sur l’animal. 

_ Ici le prussiate de potasse est parvenu en vingt à vingt- 
cinq secondes d’une veine jugulaire dans l’autre, par consé¬ 
quent après avoir parcouru la moitié autérieure de la grande, 
et la petite circulation. Une partie paraît en être déjà arrivée 
dans les organes sécréteurs au premier et au second tours, 
ce qui explique la diminution de la couleur dans les deux 
derniers échantillons. 



✓ 


( 33i ) 


> \ 

De la contagion dans les affections fébriles. 


( Premier article. ) 

Quelques écrits récemment publiés, une polémique mal 
engagée et qui a pris une fausse direction, ont répandu 
beaucoup d'obscurité sur la question de la contagion de cer¬ 
taines maladies, notamment de la fièvre jaune. Je vais es¬ 
sayer de combattre une partie des préjugés que ces écrits et 
cette polémique ont fait naître. S’il pouvait entrer dans mon 
sujet de porter un jugement sur les incidens qui, dans une 
académie, ont amené la clôture de débats a peine commen¬ 
cés, je rechercherais si l’ambiguité d’une question est un 
motif suffisant d’en repousser ou d’en abréger l’examen, ou 
si abandonner une discussion est le seul moyen d’en éviter 
les écueils? Celle qui avait la fièvre jaune pour objet, si 
elle eût reçu les développemens dont elle est susceptible, 
aurait embrassé une grande partie de la science; car toutes 
les fièvres, celles du moins qui ont été nommées essen¬ 
tielles, ont des caractères qui leur sont communs. Il existe 
entre elles beaucoup d’analogie, non-seulement sous le rap¬ 
port des phénomènes, mais encore et principalement sous le 
rapport de la cause prochaine. On pourrait les représenter 
comme formant une chaîne dans laquelle la fièvre gastrique 
serait le premier anneau , et la peste le dernier. 

Il est difficile de désigner la cause prochaine des fièvres 
avec cette précision et cette lucidité qui préviennent toute 
contestation. J’estime qu’elle consiste dans l’embarras de lu 
circulation dans les dernières ramifications artérielles ou 
dans une portion de ce système de vaisseaux'. Cette stase 
du sang dans les extrémités vasculaires amène une sur-exci¬ 
tation qui, devenue générale, constitue l’état fébrile. La 
sur-excitation est plus vive dans les organes qui, doués de 
plus de sensibilité, sont plus excitables, et dans ceux qui, 
chargés d’une fonction importante, sont continuellement ex- 

1 Je dis la cause prochaine des Jîèvrcs , et non de la fièvre; car si 
l’on prend cette dénomination dans son acception la plus générale, il' 
est évident que tout irritant physique ou moral, capable de mettre 
en action une somme de sensibilité plus grande que celle qui est dé¬ 
pensée par les excitans ordinaires, pourra augmenter la fréquence, 
l’énergie des contractions du cœur et, par conséquent, faire naître la 
fièvre. 


( 33a ) 

cités. Voila pourquoi elle se déploie davantage dans le cer¬ 
veau , dans le diaphragme, dans le cœur, dans le tube intes¬ 
tinal, dans les appareils sécréteurs. 

L’anomalie de la circulation et la sur-excitation qui en est 
la suite peuvent etre le produit ou d’une affection particu¬ 
lière on d une modification générale du principe excitant : 
parmi les fièvres sporadiques il en est un grand nombre qui 
dépendent d’une lésion organique. Au contraire, la plupart 
des fièvres endémiques, surtout des fièvres épidémiques, 
dépendent d’une altération générale. On les observe après 

I absorption d’effluves, de miasmes, qui ont diminué l’éner¬ 
gie du stimulus, l’un des deux principaux mobiles de la vie. 

II en arrive ainsi dans la fièvre des marais, dans celle des 
camps et des prisons, dans la fièvre d’hôpital. Qu’y a-t-il de 
plus dans une fièvre contagieuse? dans celle-ci, la dégéné- 
ration des liqueurs animales est portée jusqu’à la virulence, 
et à un tel degré de virulence que les fluides qui s’exhalent 
d un corps malade vont infecter un corps qui ne l’était pas. 
C est ainsi que l’absorption de ces fluides, quel que soit le 
mode de l’absorption, suffit pour inoculer la variole. Aussi 
les auteurs qui, les premiers, ont publié des traités sur les 
maladies contagieuses, ont-ils défini la contagion, une infec¬ 
tion transmise d’un corps à un autre 1 . 

Nous sommes remontés à la source des contagions : toutes 
ont cela de commun que la matière infectante, soit qu’elle soit 
liquide, soit qu’elle soit gazeuse, est à une distance immense 
de ce que le sang, la lymphe, la matière de la transpiration 
insensible, sont dans leur état normal. Cette dégénération se 
fait voir dans des maladies qui ne présentent aucun phéno¬ 
mène fébrile et qui n’en sont pas moins susceptibles de se 
commuuiquer ; par exemple les dartres, la gale. L’agent con¬ 
tagieux peut donc exister sans le concours de la fièvre. Bien 
plus ! il n’est point une conséquence de certaines fièvres. 
Cette locution, fièvre contagieuse , n’est point exacte : nous 
l’employons parce que l’agent contagieux se dérobe à nos 
investigations. Cette défectuosité dans le langage médical et 
la fausseté de l'hypothèse qui y est contenue, seront pins 
manifestes lorsque nous nous serons élevés a d’autres aperçus. 

La fièvre doit être considérée, non comme une maladie, 
mais comme une réaction que la maladie rend nécessaire. 


1 Fracaslor, De morbis conlagiosis. 


( 333 ) 

Pour séparer plus facilement les phénomènes qui appartien¬ 
nent a la réaction de ceux qui appartiennent à la maladie, 
n’admettons dans le cadre des phénomènes de la réaction 
que ceux qui se font voir dans toute fièvre, dans la fièvre 
réduite à son état le plus élémentaire. Dans toute fièvre il 
y a sentiment de froid ou sentiment de chaleur et fréquence 
du pouls. Mais dans toutes les fièvres il n’existe point des 
taches ou des éruptions a la peau , des engorgemens de glan¬ 
des, des charbons, des mouvemens musculaires irréguliers. 
Ces phénomènes appartiennent donc a la maladie et n’appar¬ 
tiennent pas à la réaction. 

En général, la durée, l’énergie de la réaction, sont pro¬ 
portionnées à l’intensité de la maladie. C’est même a cause de 
cette connexité que nous pouvons, jusqu’à un certain point, 
mesurer les dangers de la maladie sur la persévérance et sur 
les degrés de la fièvre Cependant l’organisme et les forces 
qui en dépendent ont des limites qui ne sauraient être fran¬ 
chies. 

Les maladies les plus redoutables sont celles dans les¬ 
quelles la réaction est impossible. Viennent ensuite les mala¬ 
dies dans lesquelles la réaction est impuissante. 

Dans les premières, l’un des deux élémens du principe de 
la vie est opprimé : (la fièvre ne précède point la mort qui 
est le résultat de l’ouverture d’un gros vaisseau , de certaines 
lésions de l’encéphale ou de la moelle épinière. Elle ne pré¬ 
cède pas toujours la mort, après l’inoculation de la peste.) 

Dans les autres, ^principe de la vie est tellement modifié 
que ses efforts ne peuvent rétablir l’équilibre, et contribuent 
même à bâter son extinction : (cela arrive ainsi dans les lé¬ 
sions profondes des viscères qui ne sont pas chargés des pre¬ 
miers rôles, et aussi dans des lésions moins profondes de 
viscères qui sont au premier rang.) 

Les moyens de réaction sont dans l’organisation elle- 
même : ils proviennent de ce que toute exagération, toute 
répartition inégale des stimulans ordinaires, et toute intro¬ 
duction dans l’économie animale de stimulans qui ont cou- 

1 On objectera sans doute que la fièvre quarte, la pins persévé- 
rante de toutes les fièvres, est la moins dangereuse : je répondrai que 
les fièvres intermittentes ne sont point une seule fièvre. Elles consti¬ 
tuent une série de fièvres 5 chaque accès a son jugement, son issue. 
C’est précisément parce que la réaclion est souvent interrompue, 
c’est lorsqu’elle admet de longs intervalles, que sa puissance est 
moins active et son intervention moins décisive. 


( 334 ) 

tume de lui être étrangers, sont suivies d'un surcroît d’exci¬ 
tation. Cette excitation augmentée donne plus d’activité a la 
circulation, aux sécrétions et aux excrétions. 

Si la fièvre n’était pas une réaction, si elle était autre 
chose qu’un symptôme, le traitement qui convient aux fiè¬ 
vres intermittentes conviendrait aux fièvres continues. Pour 
se rendre maître de celles-ci, il devrait suffire d employer 
plus de quinquina qu’on n’en oppose avec succès à celles-là. 
Cependant le quinquina, comme fébrifuge, échoue contre 
les véritables continues Pourquoi? c’est parce que la ma¬ 
ladie n’est pas susceptible d’être guérie autrement que par 
une réaction prolongée. Alors la cause qui entretient la fièvre 
ne peut être domptée en quelques heures. Le même concours 
de circonstances, qui fait que l’influence de cette cause est 
permanente, n’est point suspendue à des intervalles déter¬ 
minés ou variables, fait aussi qu’elle est indomptable par les 
fébrifuges. Ce que le quinquina produit de résolution, cé 
qu il réveille de tonicité, suffit pour détruire la cause d’uné 
fièvre intermittente, et ne suffit point pour détruire la cause 
d une fièvre continue. Ajoutons à cela que l’apyrexie qui sé¬ 
pare deux accès permet d’administrer le quinquina, de l’ad¬ 
ministrer à haute dose; qu’elle laisse à cet excitant assez de 
temps pour agir avant que l’irritation se renouvelle; tandis 
que dans la .fièvre continue, l’irritation persistant, on s’ex¬ 
pose aux chances de son accroissement en administrant leâ 
fébrifuges. 

Il suit de là que, rigoureusement parlant, empêcher le 
retour d’un accès, ce n’est point couper la fièvre, comme 
on le dit vulgairement ; ce n’est point guérir la fièvre. Cette 
manière de s’exprimer, qui sera probablement toujours usi¬ 
tée, parce qu’il est difficile de la remplacer par une autre, 
n’en est pas moins fort impropre, si les considérations que je 
viens d’émettre sont vraies. Qu’est-ce donc ? C’est avoir 
ramené les fonctions à leur excercice accoutumé* c’est avoir 
affranchi la nature du besoin de faire des efforts; c’est avoir 
rendu la réaction inutile. 

Entre l’absence de toute réaction dans les maladies , et le 
plus haut période ou le maximum de cette réaction , se trou¬ 
vent un grand nombre de degrés. En général, l’énergie de 

1 Duœ si (juiflem conditioncs simul requiritnlur ad felicem usum corti - 
cas , nernpe i° ut febris conlinens non sit ; o.° ni ob aliqun gravi et pecu - 
liari partis cujuspiam vitio non pendent. {Torti, lih. v.) 


( 335 ) 

la réaction est proportionnée a Pintensité de la maladie : tou¬ 
tefois , il faut admettre ici beaucoup d’exceptions ; car il est 
beaucoup de maladies très-dangereuses, et dans lesquelles 
néanmoins la réaction est languissante. Alors, à la vérité, 
aucun des deux mobiles de la vie n’est entièrement subjugué; 
il n’est pas anéanti tout a coup, comme dans les maladies 
dans lesquelles toute réaction est impossible; mais il a subi 
de rudes atteintes. Si la puissance de réaction était toujours 
en rapport avec l’état morbide , celui-ci serait toujours gué¬ 
rissable. C’est sur l’hypothèse de ce rapport, qui en effet 
existe souvent, que sont fondées, et les sentences qui re¬ 
présentent la fièvre comme un instrument, comme un moyen 
dont la nature se sert pour épurer le corps des animaux, 
pour le délivrer d’un ennemi ‘, et les préceptes qui prescri¬ 
vent au médecin de rester spectateur dans certaines fièvres *. 
Ce que nous observons dans plusieurs fièvres éruptives jette 
beaucoup de lumière sur la différence qu’il y a entre la réac¬ 
tion et la maladie : nous voyons la fièvre cesser dès que 
l’éruption est accomplie. 

Après de tels rapprochemens , est-il besoin de chercher à 
démontrer combien sont insensés les praticiens qui mettent 
sans cesse obstacle a la fièvre, qui aspirent à s’en rendre 
maîtres , quelle que soit la cause qui l’a fait naître, quel que 
soit le type qu’elle affecte, qui attribuent les fièvres dites 
essentielles à une seule lésion organique? 

J ai dit que la langueur de la réaction était souvent un 
signe de lésion grave. Cette assertion est justifiée par l’état 
du pouls et par d’autres phénomènes dans beaucoup de fiè¬ 
vres qui se communiquent par contagion : dans l’invasion, 
le trouble est peu considérable ; le mouvement du sang n’a 
presque rien perdu de son uniformité, alors même qu’un 
germe pestilentiel va faire explosion. L’état du pouls et 
la nature des sécrétions inspirent de la sécurité aux mé¬ 
decins pour qui ce sujet d’observation n’est point devenu 
familier 1 * 3 . Dans les périodes suivantes, aucun symptôme, 

1 Voyez les médecins grecs. — Voyez aussi Boerhaave, aphor. 558. 
*— Sydenham, sect. i, chap. 4* Bordeu, Traité sur le tissu mu¬ 
queux. 

a Spectatorem agere (Van Swiéten, Comment ., etc.) 

3 La même remarque se trouve dans la Description de la fièvre jaune, 
par Bruce : Terlid vel qucirlâ circiter die , déficit pulsus Jitqiie lenlus , 
etiamsolito magis, adeo ut , absenti insuper cutis ardore , omma in vado 
esse jçctent indocli. 


( 336 ; 

propre a la fièvre, n'acquiert unegrande exaspération. Quand 
on demande au malade s’il a la fièvre, il répond qu’il n’en a 
point, mais qu’il éprouve une sorte d’angoisse. Il est couché 
sur la région dorsale, laquelle se couvre de vibices ; le pouls 
ne devient ni fréquent, ni élevé; il demeure déprimé, sans 
expansion ; des taches livides ou des abcès apparaissent bien¬ 
tôt; les yeux sont injectés ; le regard est incertain ; l’haleine 
a une fétidité particulière qui, pour le médecin exercé, est 
le signe le plus caractéristique des fièvres pestilentielles ; la 
langue est limoneuse ; la prostration est extrême; les sens 
externes sont émoussés ; les facultés intellectuelles sont 
troublées '. Fraeastor attribue l’inertie de la fièvre à ce que 
la putréfaction est très-avancée. Je ne conteste point la vé¬ 
rité de cette explication. En effet, toutes les fois que l’un 
des deux principaux agens de l’excitation est en échec, il 
existe un commencement ou du moins une grande suscepti¬ 
bilité de fermentation putride. Cependant, cette explication 
ne renferme qu’implicitement la véritable raison physiolo¬ 
gique. Je vais tâcher d’y suppléer. Dans la peste et dans 
les autres contagions qui ont de l’analogie avec celle-là , il y 
a pénurie du stimulus. La fièvre, qui est un accroissement 
d’excitation, ne peut se déployer avec beaucoup d’énergie, 
lorsque le stimulus est insuffisant, même pour l’entretien 
des phénomènes ordinaires de la vie. Est-il étonnant que, 
dans une telle situation, les hémorragies soient passives et 
sans influence critique 1 2 ? 

Au reste, la dégénération des liquides et des fluides de 
l’économie animale, dégénération admise par Fraeastor, ne 
saurait être révoquée en doute. C’est probablement h ses 
divers degrés que se rapportent les nuances très-multipliées 
de la contagion. Plusieurs de ces différences ont été notées 
par cet auteur avec assez de méthode. Mais, pour trouver 
dans son livre quelques définitions exactes et quelques faits 
précieux, on est obligé de les chercher dans un amas de 
théories absurdes, et dont quelques-unes ne s’appuient que 
sur l’astrologie 3 . 

1 Fraeastor, De morbis contagiosis. —Lind, Essai sur les maladies 
des Européens dans les pays chauds. . . (tome i, sect. 7 ). 

2 ulimus quibus libres ires sanguinis erupissenL e naribus , paulo vost 
lumen obiisse. . . (Fraeastor, De morbis contagiosis). 

3 Le tableau tracé par Fraeastor s’accorde avec les observations re¬ 
cueillies, depuis par Bertrand sur la peste de Marseille : la maladie 
a été plus funeste à ceux dont le pouls était faible, fréquent, petit, 


( 33 , ) 

Nous sommes amenés par un autre chemin à une consé¬ 
quence déjà énoncée : ce n’est pas la fièvre qui est conta¬ 
gieuse. Si la contagion dépendait de la fièvre, la propagation 
de l’une serait toujours en raison directe de la violence 
de l’autre. La description des maladies pestilentielles, que 
je viens de copier, prouve le contraire. Les faits se joignent 
donc aux raisonnemens pour faire voir que la contagion, au 
lieu d’ctre représentée comme un des attributs constans ou 
ordinaires de telle ou telle fièvre, doit être représentée comme 
dépendante des mêmes causes qui ont déterminé la fièvre, 
comme un épiphénomène qui peut s’ajoutera toutes. La conta¬ 
gion suppose la présence d’un ferment, d’un virus, d’une ma¬ 
tière vénéneuse : ce ferment, ce virus , cette matière ont une 
manière d’être différente de celie des phénomènes fébriles; 
aussi y a-t-il beaucoup de contagions sans fièvre. Dans chacune 
des maladies contagieuses, dans lesquelles la fièvre n’a pas 
coutume d’intervenir , et dans un petit nombre de celles dans 
lesquelles la fièvre intervient, le virus a un caractère parti¬ 
culier; c’est un poison sui gencris 1 , tandis que, dans la 
plupart des contagions que la fièvre accompagne, l’agent 
contagieux esta peu près de la même nature, se compose 
des mêmes élémens, n’offre de différences remarquables que 
dans les degrés. Il prend sa source dans un commencement 
de décomposition , dans la dégénération des liquides de l’ani¬ 
mal. Dans les premières de ces maladies, le caractère conta¬ 
gieux est moins modifié par les influences qui sont hors de 
l’économie; dans les autres, il est, plus d’une fois, subor¬ 
donné à ces influences, principalement a celle des localités, 
de l’air , de la température atmosphérique. L’hypothèse sui¬ 
vante serait-elle dépourvue de vraisemblance? Dans les infec¬ 
tions sans fièvre, le virus ne s’étend pas au delà des vais¬ 
seaux lymphatiques. Dans les infections avec fièvre, il a 
pénétré dans tous les systèmes vasculaires. 

Il est temps d’émettre une autre conséquence: savoir, que 

obscur, qu’à ceux dont le pouls étaiL plein et fort. Les éruptions, an 
lieu d’ajouter au danger, ont été sou-vent un moyen de guérison. Ainsi, 
les signes d’une réaction énergique, et de ce que plusieurs de nos con¬ 
temporains appellent inflammation, étaient moins redoutables que les 
signes de l’atonie. Quelques personnes ont succombé, avec un pouls 
presque naturel, et sans avoir présenté aucun symptôme remarquable ; 
d’autres sont morts subitement; un plus grand pombre, en six ou huit 
heures. .. La saignée a été presque toujours suivie de la mort. 

* On a coutume de dire, le virus psnricjiie , le virus syphilitique , le 
virus variolique , etc. 

TOME XXXI. 


22 


( 338 ) 

dans les affections fébriles la susceptibilité de se communiquer 
ne doit point être considérée d’une manière absolue, elle 
doit être considérée d’une manière relative. Il n’en est au¬ 
cune, du moins parmi celles qu’on a appelées fièvres essen¬ 
tielles, de laquelle nous soyons autorisés a dire qu’elle est 
toujours contagieuse ; il n’en est aucune de laquelle nous 
soyons autorisés a dire qu’elle ne l’est jamais. 

En m’exprimant ainsi, je ne prétends pas désigner seule¬ 
ment les conditions auxquelles toute infection est soumise, 
et qui ont rapport aux circonstances capables de favoriser 
l’inoculation, ou capables de l’empêcher; par exemple, pour 
ce qui regarde le sujet malade , la salubrité ou l’insalubrité 
de son appartement, les soins qu’il reçoit, le volume de son 
corps, la quantité de miasmes qu’il exhale, le plus ou moins 
d’intensité de la maladie, la période a laquelle elle est par¬ 
venue, et, pour ce qui regarde le sujet qui est exposé aux 
émanations, la situation physique et morale dans laquelle 
il se trouve, la durée de son séjour auprès du malade, le 
régime alimentaire, le mouvement ou l’immobilité après l’ab¬ 
sorption, la négligence ou l’usage des moyens prophylacti¬ 
ques; enfin, pour tous les deux, l’àge, l’idiosyncrasie, etc. 
J’entends parler, non des fièvres envisagées individuelle¬ 
ment, mais des divers genres , des diverses espèces de fièvres , 
de toute fièvre qui porte un nom particulier, quel que soit 
ce nom, de toute fièvre qui occupe une place dans le cadre 
nosologique : il n'en est point dans laquelle la propriété de 
se communiquer ou si l’on veut, le caractère contagieux 
soit inséparable ; il n’en est point à laquelle le caractère con¬ 
tagieux ne puisse s’associer. 

KJ 1 

Chaque genre de fièvre,au lieu de présenter une constante 
uniformité dans son origine et dans ses phénomènes, présente 
beaucoup de variétés, selon les individus, selon les lieux, 
le climat, la saison. Le typhus lui-même offre cette diversité. 
Chez un malade, on observe des défaillances; dans un autre, 
des hémorragies ; ici, la stupeur; la, le délire. Rarement 
ces symptômes se trouvent réunis; cependant, le caractère 
du genre subsiste. Les différences seraient plus tranchées, si 
je parlais de la teinte de la peau , tantôt rouge , tantôt d’un 
pourpre violacé, tantôt jaune; des exanthèmes; des degrés 
d’intensité de la maladie, de sa durée , de ses crises. On ne 
saurait admettre que le typhus doive être invariable dans son 
influence contagieuse, lorsqu’il est sujet à tant de modifica- 


a C 33g ) 

lions dans ses autres phénomènes. Il suit de la que le juge¬ 
ment que nous portons sur une fièvre, dans ses rapports avec 
la contagion, ne peut embrasser tous les règnes de cette 
maladie. Chaque règne doit être apprécié séparément. La 
même fièvre, qui a été accompagnée de contagion, dans telle 
année et sur telle plage, peut avoir été exempte de contagion 
sur une autre plage ou dans une autre année. Les degrés 
de chaleur et d’humidité atmosphérique, qui suffisent pour 
engendrer un typhus, ne suffisent pas toujours pour le rendre 
contagieux. 

Je vais m’appuyer sur les mêmes rapprochement, en discu¬ 
tant la question de la contagion ds la fièvre jaune. D’abord 
ils me servent pour expliquer la divergence des opinions des 
médecins sur celte matière. Les lumières et la bonne foi n’ont 
manqué, ni d’un côté, ni de l’autre ; mais les époques et le 
théâtre ont été différens. L’observation de faits opposés n’a pu 
mener à une conséquence identique. Cette divergence devient 
plus embarrassante, quand elle se rencontre à l’égard de la 
même épidémie, ou à l’égard des mêmes malades; alors, il 
est impossible de donner raison aux deux partis, et l’on est 
forcé de convenir que les faits n'ont pastoujours été recueillis 
avec exactitude, ou qu’ils n’ont pas toujours été interprétés 
selon la nature. Je me détermine à analyser quelques-uns de 
ceux qui viennent d’être mis au jour, et â proposer des ob¬ 
jections contre les commentaires qui y sont joints *. 

1 Voyez, notamment, l’écrit de M. le docteur Chervin, intitulé : 
Examen des principes de P administration en matière sanitaire, et le Rap¬ 
port fait à l’Académie royale de médecine sur les docuraens qu’il a 
rassemblés. Je m’empresse d’avertir que je n’ai nullement, l’intention 
d’élever des doutes sur le courage de ce médecin, sur son zèle pour 
- les progrès de la science, sur son dévouement, sur ses droits à la re¬ 
connaissance publique. 

L. CASTEL. 


# 

22 . 



( 3/jo ) 


Sur les usages (le la trompe d’Eustacke ; par le doc leur 

Westrümb. 

Quoique le canal qui fait communiquer l’oreille avec l’ar¬ 
rière-gorge fût déjà connu avant Eustache, ainsi qu’on peut 
le conclure de quelques passages des écrits d’Aristote *, Pline 1 2 , 
Celse 3 , Vesale 4 , Ingrassia 5 et autres, c’est cependant à cet 
anatomiste que nous en devons la première bonne descrip¬ 
tion, avec les premières indications du grand rôle qu’il joue 
dans l’économie animale 6 7 . 

Eustache méritait bien que son nom fût donné à ce canal, 
et l’on ne peut trop être surpris de ce que des anatomistes 
recommandables, malgré l’excellente description qu’il en a 
donnée , l’aient mal décrit eux-mêmes , ou l’aient même 
confondu avec l’aquéduc de Fallope (Riolan, Bartholin, 
Schneider. ) 

Mais les anatomistes ont émis aussi les opinions les plus 
disparates sur l’usage de la trompe d’Eustaehe; je me suis 
proposé de rapporter ces opinions et de discuter leur degré 
de probabilité. 

D’après les plus anciens anatomistes, tels que Fabrice 
d’Aquapendente 7 , Bauhin 8 , Casserio 9 10 , et même d’après 
quelques modernes, comme Bœhmer et Haller la trompe 
d’Eustache sert principalement à propager jusqu’à l’oreille 
interne les rayons sonores qui pénètrent dans la bouche, et 
à^ider la membrane du tympan et les osselets de l’ouïe à en¬ 
trer dans le mouvement vibratoire nécessaire pour l’audition. 
D’après cela, elle doit être considérée comme un organe qui 
fortifie la faculté d’entendre. 

La position de cette trompe, l’observation que l’air qui 
remplit la caisse communique par elie avec l’atmosphère ex¬ 
térieure, l’expérience si ancienne que tous les hommes, surtout 

1 Hisl. animal ., lib. i, cap. ri. 

2 Hisl. natur ,, lib. vnr, cap. 76. 

3 De re medica , lib. vi, cap. 7. 

4 De corp. hum.Jabr ., lib. 1, cap. 12. 

5 In Galeni de ossib. Comment ., lib. 1, cap. 8. 

O Opuscul. anal ., p. i 38 . Dclph., 1726. 

7 De audit, organo, P. III, cap. g. 

8 T/ieat. anal ., lib. ri, cap. 49* 

9 De auris organo, lib. iv, sect. 3 , cap. ( 3 . 

10 Institut, osteolog ., §. 174. 

51 Elément, physiol. ,»t. Y, p. .285» 


( 34 , ) 

ceux qui ont l’ouïe dure, entendent mieux quand ils ont la 
bouche ouverte ? et surtout le fait irrécusable que l’occlusion 
du canal, par une cause quelconque , entraîne la dureté d’ouïe 
ou la surdité , parurent a ces écrivains des preuves suffisantes 
de la vérité de l’hypothèse qu’ils mettaient en avant. 

A la vérité on ne peut pas révoquer ces faits en doute, 
mais les deux derniers dépendent d’une toute autre cause 
que de celle qu'on leur assigne, et, si l’homme qui a l’ouïe 
dure entend mieux la bouche ouverte, ce n’est pas parce que 
les sons ont alors plus de facilité à pénétrer dans la caisse par 
la trompe d’Eustache, comine ce n’est pas non plus l’oblité¬ 
ration de ce canal qui occasione la dureté d’oreille ou la 
surdité. 

En effet, si nous réfléchissons aux conditions physiques 
de la propagation du son en général, et dans l’organe auditif 
en particulier, nous reconnaissons sans peine que la trompe 
d’Eustache, d’après sa structure anatomique, ne peut contri¬ 
buer à propager les rayons sonores dans l’oreille interne. 

Sous le rapport de la forme elle représente un cône double, 
dont la base est une ellipse aplatie, tandis que les extrémités 
émoussées sont réunies ensemble. L’un de ces cônes est os¬ 
seux : l’autre consiste en cartilages et membranes. Le premier, 
qui, chez l’homme, fait a peu près le tiers de la longueur de 
la trompe entière, commence à la partie antérieure de la caisse, 
au dessus du promontoire, et s’étend jusqu’à l’épine du sphé¬ 
noïde et au côté externe de l’orifice du canal carotidien. Là, il 
s’ouvre par un orifice inégal, et reçoit le second cône, ou la 
portion cartilagineuse de la trompe,qui se termiuedans la gorge, 
derrière les fosses nasales, par un orifice assez large et renflé. 

On sait qu’une des principales conditions pour la pro¬ 
pagation du son est l’existence de corps élastiques, qui, 
touchés par l’air agité de vibrations , s’agitent également 
des mêmes vibrations. Or, l’extrémité de la trompe, qui 
s’abouche dans l’arrière-gorge, est composée, comme nous 
venons de le dire, de cartilages et v de membranes qui n’ont 
certainement pas assez d’élasticité pour pouvoir recevoir 
et propager les vibrations sonores de l’air. Cependant si cette 
circonstance paraissait insuffisante à elle seule, on pourrait 
y joindre que l’élasticité des rayons sonores qui ont pé¬ 
nétré dans la bouche doit être tellement diminuée , tant à 
cause de l’humidité de cette cavité qu’à raison de l’acide car¬ 
bonique qui se dégage pendant l’expiration ; et qui, d’après 


( 342 ) 

les observations de Perolle, affaiblit le son, qu’à peine pour¬ 
raient-ils être en état de produire, dans la trompe d’Eus- 
tacke, tapissée par une membrane muqueuse toujours hu¬ 
mide, l'impression nécessaire à la propagation des ondes so¬ 
nores. 

En outre, on est en droit de demander si nous pouvons 
considérer la trompe d’Eustaehe comme un canal tou¬ 
jours ouvert et libre. A la vérité son orifice guttural n'est 
point garni de la valvule que Gorter, Bauhin, Dulaurens 
et autres lui attribuaient; on ne voit point non plus à son 
orifice un pli transversal et un peu longitudinal, flexible et 
mobile, qui, comme le prétendaitRœllner, appliqué contre 
les parois du tube par les rayons sonores qui pénètrent, s'op¬ 
pose à leur sortie. Mais comme la trompe est extrêmement 
étroite dans l’endroit où sa portion osseuse se joint à sa por¬ 
tion cartilagineuse , il ne paraît presque pas douteux que les 
deux faces de la membrane muqueuse molle qui la tapisse 
sont tellement adhérentes l'une à l'autre, par le moyen de 
1 humeur qu'elles sécrètent dans l'état naturel, que l’air con¬ 
tenu dans la caisse peut bien, lorsqu'il est refoulé par un 
son trop fort, se frayer un chemin dans le pharynx par la 
trompé, que, d'un autre côté, de l'air peut aussi passer par 
cette voie de l’arrière-gorge dans la caisse du tympan, lors¬ 
qu'on bâille ou qu'on éternue, mais que les vibrations sonores 
de l’air contenu dans la bouche, lequel air ne change pas de 
place, ne sauraient ouvrir la cavité de la trompe, afin de 
s'insinuer par là dans la caisse. Cette opinion, émise par Au- 
tenrieth, devient plus vraisemblable encore lorsque nous 
avons égard à la structure de la trompe chez les animaux, 
dans plusieurs desquels, le chien et le chat par exemple, 
elle ne paraît point avoir de cavité contenant de l’air libre, 
l'intervalle de ses parois, qui se touchent presque, semblant 
être rempli par une mucosité épaisse. 

Quoique tout ce qui précède soit déjà plus que suffisant 
pour démontrer la fausseté de l'hypothèse qui représente la 
trompe d'Eustache comme un organe conducteur du son, je 
ne puis m’empêcher de rapporter ici brièvement les expé¬ 
riences de Perolle, parce que, non-seulement elles réfutent 
d une manière victorieuse cette hypothèse, mais encore don¬ 
nent une explication satisfaisante du fait que les hommes 
en general, et surtout ceux qui ont l'oreille dure, entendent 
mieux lorsqu'ils ont la bouche ouverte et dirigée vers le son. 


( 343 ) 

i 

Perolle rapprocha une montre de son oreille assez pour 
entendre le mouvement, se boucha ensuite les deux oreilles, 
et n’entendit plus le bruit de la montre, quoiqu’il tînt la 
bouche largement ouverte. Alors il s’enfonça celle-ci profon¬ 
dément dans la bouche , et ne perçut non plus aucun son 
tant qu’elle ne toucha aucune partie de la cavité buccale; 
mais il eut la sensation d’un son dès que la montre fut mise 
en contact avec la voûte du palais ou avec les dents. Schell- 
hammer a observé quelque chose de semblable lorsqu’il s’in¬ 
troduisit dans la bouche une fourchette a deux branches, 
mise en résonnance par sa fixation dans une table de bois; 
il assure n’avoir entendu le bruit que quand la fourchette, 
dans ses oscillations, touchait aux dents, aux mâchoires ou 
a quelqu’auîre partie solide de la bouche. 

Ces deux expériences, que j’ai répétées plusieurs fois, et 
qui sont faciles à recommencer, donnent évidemment, comme 
je l’ai déjà dit, la preuve convaincante que la trompe d’Eus- 
tache n est point destinée par la nature a la propagation des 
rayons sonores : car si telle était sa destination, ne devrait- 
on pas entendre le bruit d’une montre ou les vibrations d’une 
fourchette, tenues librement dans la bouche, sinon plus 
fort, du moins avec autant de clarté que par l’oreille externe , 
ou par l’apposition sur les dents ou la voûte du palais, 
puisque l’air contenu dans la bouche est mis immédiatement 
en vibration, et tout près de la trompe d’Eustache? 

Mais les expériences qui viennent d’ètre rapportées ne don¬ 
nent pas seulement la preuve irrécusable de la fausseté 
de l’hypothèse admise depuis si long-temps; elles fournissent 
également l’explication la plus satisfaisante des faits dont il 
vient d’êtrequestion. En effet, on entend le bruit de la montre 
ou la résonance de la fourchette aussitôt que les deux objets 
sont mis en contact avec les dents ou toute autre partie 
osseuse de la tête, et cela par l’unique raison que les dents , 
les os de la face, le crâne et même les vertèbres du cou , 
sont en état, suivant qu’ils sont plus ou moins couverts 
de parties charnues, de communiquer les vibration? sonores 
avec plus ou moins de force â l’organe de l’ouïe , en un 
mot ont une élasticité suffisante pour que les vibrations 
sonores qui aboutissent a eux leur impriment les oscillations 
nécessaires h la propagation du son. 

Suivant Kœllner , ce sont les dents surtout qui, chez les 
personnes dont l’ouïe est dure, accomplissent l’audition eu 


( 344 ) 

propageant les rayons sonores aux nerfs auditifs, parce qu'elles 
léunissent toutes les conditions physiques nécessaires pour 
remplir cet objet, qu’en outre la portion dure de la septième 
paire s anastomose avec ie sous-cutaue malaire de la cin¬ 
quième qui se rend a la mâchoire , de sorte que les mouve- 
mens et changeroens produits sur les dents par l’action des 
rayons sonores peuvent facilement être propagés jusque dans 
1 organe auditif, et y etre perçus. Il cite en preuve de son 
opinion l’exemple d’un individu qui avait l’oreille dure, et 
qui entendait distinctement dès qu’on lui parlait près de la 
Louche, et qui, lorsque, son infirmité croissant, ce moyen 
lui devint insuffisant, obtint du soulagement en appliquant 
les arcades dentaires l’une sur l’autre, retirantles deux lèvres 
en arrière, et se faisant parler près des dents ; ce même indi¬ 
vidu finit par ne plus pouvoir entendre de la sorte ; il eut 
recours à une tige métallique élastique qu’il tenait entre les 
dents, et dont l’autre extrémité reposait sur le chevalet d’un 
instrument à peu près semblable a un violon, instrument sur 
lequel il faisait parler, n entendant plus, même alors qu’il 

plaçait la tige dans la bouche, au lieu de la tenir entre les 
dents. 

On ne peut disconvenir que cette observation rapportée 
par Kœllner ne soit, au premier aperçu , très-propre a con¬ 
vaincre. Cependant, l’idée de regarder le grand pou voir qu’ont 
les dents de propager le son comme un résultat de l’anasto¬ 
mose du nerl iacial avec le nerf auditif proprement dit , im¬ 
plique trop contradiction pour qu’on puisse l’adopter , et 
peut que je n admette pas en tous points la réfutation qu’en 
a déjà faite Fîerboldt. D un coté, l’anastomose en ques- 
lion n a pas lieu, même entre les filamens nerveux les plus 
déliés, et de 1 autre, il est extrêmement peu vraisemblable, 
que quand bien même elle existerait, le nerf buccal fût placé, 
par rapport aux corps sonores sur la même ligne que le nerf au¬ 
ditif proprement dit. En outre cette hypothèse se réfute déjà 
d eile-meme par cela seul qu’uue dent branlante , par exem¬ 
ple, dont -le nerf sensitif, bien loin d’être détruit, a au con- 
tiaire acquis une sensibilité extraordinaire, ne fait plus per¬ 
cevoir le bruit d’une montre, tandis que des dents bien 
solides, dont les nerfs sont privés de toute sensation , ou des 
rangées entières de dents artificicielles, pour lesquelles il 
n existe point d’anastomose nerveuse, le font percevoir d’une 
manière bien sensible, au lieu que, dans l’hypothèse de 


( 345 ) 

Kœllner, l’audition devrait être exaltée dans le premier cas, 
et détruite dans le second. 

La faculté qu’ont les dents de propager les ondulations 
sonores tient donc à la cause générale qui procure cette 
même faculté aux os du crâne en général, c’est-à-dire à leur 
élasticté propre, au pouvoir qu’ils ont d’entrer, sous l’in¬ 
fluence des rayons sonores , dans l’esprit du mouvement oscil¬ 
latoire nécessaire pour les propager. Mais si cette faculté, 
comme on n’en peut pas douter , appartient aux dents dans 
une plus grande proportion qu’à aucune autre partie de la tête, 
on peut l’expliquer sans peine, tant parce qu’elles sont dures 
et non entourées de parties molles qui affaiblissent les oscil¬ 
lations sonores , que parce qu’elles sont implantées solidement 
dans les os du crâne, ce qui leur permet de propager plus 
immédiatement, et avec plus de force, par l’intermède de 
ces derniers, les oscillations qui leur ont été communi¬ 
quées, à l’oreille interne. Voilà pourquoi nous entendons 
mieux le son d’un clavecin en appuyant contre les dents de 
la mâchoire supérieure l’extrémité d’un bâton dont l’autre 
touche au sol, qu’en la mettant en rapport avec celles de la 
mâchoire inférieure , parce que celle-ci est unie au crâne 
par le moyen d’une articulation , qui affaiblit considérable¬ 
ment le son; voilà pourquoi aussi nous ne pouvons plus du 
tout discerner le corps sonore, lorsque nous l’appuyons sur 
une dent mobile dans son alvéole, ou sur une partie de 
la tête que recouvrent d’épaisses parties molles, qui amor¬ 
tissent trop le son avant qu’il soit parvenu aux os du crâne. 

On peut se convaincre très-facilement du mouvement os¬ 
cillatoire dans lequel les os de la tête sont mis par la propa¬ 
gation du son , en employant le moyen dont parle déjà Schel- 
bammer, c’est-à-dire en tenant un bâton sur le sommet de 
la tête; on aperçoit effectivement des oscillations manifestes 
dans ce bâton pendant que les sons se forment dans la glotte. 
On peut aussi appuyer une montre contre les dents de la m⬠
choire supérieure d’un cadavre; on en entendra distinctement 
le bruit en se posant le front sur le vertex de ce même 
cadavre. 

Il me paraît hors de doute que cet ébranlement manifeste 
des os de la tête produit des mouvemens ondulatoires dans 
le liquide qui entoure le nerf optique, et que c’est ainsi qu’il 
fait naître la perception du son. Cette explication me paraît 
même certaine, quand on considère combien peu considérable 


( 346 ) 

a besoin d’être le mouvement imprimé à la membrane du 
tympan par les rayons sonores auxquels le conduit auditif 
externe livre passage, pour que nous entendions clairement 
et distinctement. Ne serait-il même pas plus vraisemblable, 
précisément, à cause de cette dernière circonstance, que, 
connue l’*i dit Autenrieth , les rayons sonores , pénétrant dans 
le conduit auditif, ne tombent point seulement sur la mem¬ 
brane du tympan , mais, malgré la membrane molle qui ta¬ 
pisse ce conduit, se propagent aussi en partie a l’oreille in¬ 
terne par ses parois osseuses? Pour mon compte, je crois 
quil eu est ainsi, que le phénomène sur lequel roule l’objet 
de ce Mémoire, dépend de l’ébranlement des os de la tête 
par les rayons sonores, et nullement d une prétendue faculté 
conductrice accordée à la trompe d’Eustache. C’est ce que me 
semble démontrer encore une preuve tirée de l'anatomie com¬ 
parée ,'celle que cet ébranlement des os de la tête est la seule 
circonstance qui puisse expliquer comment les mammifères 
dépourvus d oreilie externe entendent ; or, plusieurs espèces 
de phoques sont dans ce cas, d’autant plus que l’eau dans 
laquelle ils vivent, conduit mieux les ondulations sonores 
que l’air ; et nous pouvons admetttre quelque chose de sem¬ 
blable chez les taupes et les tatous sans oreilles , couverts de 
dures écailles. 

Une opinion très-voisine de celle dont je viens de parler, 
relativement aux usages delà trompe deFallope, a été émise 
dans ces temps modernes par César Bressa. Suivant cette hy¬ 
pothèse, la trompe sert à permettre a l’homme d’entendre 
sa propre voix , ce qui est d’autant plus nécessaire que, sans 
cela, nous ne distinguerions point nos propres sons, et ne 
pourrions donner que de simples tons, dont nous ne nous 
ferions point d’idée exacte. 

Bressa allègue en faveur de cette opinion, qu’il assure avoir 
été adoptée quelque part par Arnemann, la configuration et 
la situation delà trompe d’Eustache, qu’il dit être telles, 
que ce conduit peut recevoir immédiatement et propager les 
sons venus du larynx. Il voit, dans le fait connu qu’elle 
manque a tous les animaux qui n’ont pas de voix proprement 
dite, tandis que ceux qui en ont une, la possèdent, et dans 
un degré de perfection correspondant exactement a celui de 
la voix, une preuve incontestable qu’elle sert à la perception 
de la propre voix du sujet. En outre, son opinion lui paraît 
démontrée sans réplique par une expérience fort simple, celle 


( 347 ) 

qu'en nous bouchant les oreilles, et apportant quelque at¬ 
tention , nous entendons nos propres sons, surtout les voyel¬ 
les, avec plus de force que quand nos oreilles sont ouvertes, 
ou que, quand nous nous bouchons seulement une oreille, 
elle nous procure plus distinctement que l’autre le sentiment 
de notre propre voit. Il cherche à écarter l’objection qu’on 
pourrait lui faire, que le conduit auditif externe suffît par¬ 
faitement pour entendre, en disant que la nature ne se sert 
jamais, même pour atteindre un but accessoire, de moyens 
indirects, comme serait le conduit auditif externe, par rap¬ 
port a la voix propre du sujet, sans compter que les rayons 
sonores seraient obligés à une marche rétrograde qui ne pour¬ 
rait que diminuer leur intensité. Quant à une seconde ob¬ 
jection , celle que l’homme, en parlant, ne se sert pas seule¬ 
ment du larynx, mais encore des lèvres et de la langue, pour 
former les sons et les mots, et que, par conséquent, la 
trompe de Fallope est une voie incommode, il répond que 
la voix naturelle de l’homme est infiniment plus simple que 
celle de convention qu’il a adoptée dans la société, ainsi que 
le prouve clairement le langage des sauvages, qui se servent 
presque exclusivement du larynx , et très-peu des parties de 
la Louche, pour former leurs sons. Tels sont, en peu de 
mots, les principaux argumens que Bressa allègue en faveur 
de son opinion : quoique plusieurs semblent militer en sa 
faveur, cependant le défaut de fondement de cette hypothèse 
ressort de l’impuissance dans laquelle est la trompe d’Eus- 
tache de propager le son, sans compter que la plupart de ses 
raisons, quand on les soumet a un examen attentif, se rédui¬ 
sent, en dernière analyse, a dire que les oscillations sonores 
de la voix du sujet se communiquent de la gorge aux os de 
la tête, et sont propagés par ceux-ci dans l’intérieur de l’oreille. 
En outre, l’observation souvent répétée, notamment par Au- 
tenrieth , que les hommes qui ont l’oreille très-dure par suite 
de l’occlusion morbide de la trompe d’Eustacbe, et qui ont 
la plus grande peine a entendre la voix des autres, perçoivent 
facilement, au contraire, la leur propre, prouve plus que 
suffisamment la fausseté de Popinion émise par Bressa tou¬ 
chant l’utilité de la trompe d’Eustacbe. 

Maintenant quels sont donc les usages de cet organe? 

Pour résoudre ce problème, je dois assigner à la trompe 
d’Eustacbe deux usages qui, tous deux, exercent une grande 
et puissante influence sur l’audition. 


( 348 ) 

Elle sert d'abord évidemment, ce dont presque tous les 
physiologistes anciens et modernes conviennent, de canal 
éducteur au liquide sécrété dans l’intérieur de la caisse du 
tympan, lequel, sans cette dérivation, entraînerait peu a peu 
la perte de l’ouïe par son accumulation. 

En effet, ! accumulation d’une liqueur plus ou moins mu- 
queuse, et par cela meme peu propre à propager le son, 
contribuerait déjà par elle-même à diminuer la faculté 
d entendre. Elle l’abolirait même à la fin, parce que l’air, 
primé en raison de la quantité d’humeur qui s’accumulerait, 
lie pourrait que perdre 1 aptitude à rendre les oscillations né¬ 
cessaires pour la perfection de l’ouïe, tandis que, de son côté, 
la membrane du tympan, refoulée en dehors et relâchée, 
deviendrait également incapable de percevoir convenablement 
les sons. Une preuve satisfaisante de ces assertions nous est 
fournie, à notre avis, par le cas assez peu rare des sujets 
qui deviennent peu à peu complètement sourds, parce que 
le liquide qui sert très-probablement à lubréfier la membrane 
du tympan, a cessé de pouvoir s’écouler, en raison d’une cir¬ 
constance quelconque, et s’est accumulé dans la caisse du 
tympan j ou parce qu’il s’est fait également une congestion 
dans le tympan , provenant de ce que le produit d’une sé¬ 
crétion copieuse et contre nature survenue dans les cellules 
mastoïdiennes qui communiquent avec cette cavité, n’a pas 
pu s’écouler complètement par la trompe d’Eustache, bien 
qu elle fut libre, cas dans lequel Riolan a déjà proposé de 
recourir à la perforation de l’apophyse mastoïde, pour don¬ 
ner issue au liquide accumulé, et rétablir ainsi l’ouïe. 

Mais cette faculté, qu’on ne peut contester à la trompe 
d’Eustache, d’econduire le liquide sécrété dans la caisse du 
tympan, n’est pas son principal usage. Celui-ci consiste dans 
le maintien de l’équilibre entre l’air contenu dans le tympan 
et l’air extérieur. 

En effet, la caisse du tympan est conformée comme un 
tambour ; et comme celui-ci ne rend qu’un son faible et 
sourd, lorsque l’air contenu dans la caisse ne correspond 
point avec celui du dehors par un trou percé dans la paroi 
latérale, de même aussi la membrane du tympan, dans ietat 
ordinaire de l’oreille, ne peut point remplir convenablement 
ses fonctions, lorsque l’air n’est point, libre d’entrer dans la 
caisse et d’en sortir. Ce que le trou est pour un tambour, la 
trompe d Euslache l’est pour le tympan 3 l’air entrant et sor** 


( 34 9 ) 

'tant par là, la membrane du tympan, qui se trouve ainsi 
placée entre deux masses d’air communiquant toutes deux 
librement avec l’atmosphère, peut entrer convenablement en 
vibration. Cet usage de la trompe d’Eustachc me parait repo¬ 
ser incontestablement sur des raisons physiques et physiologi¬ 
ques si péremptoires, que je crois pouvoir passer sous si¬ 
lence les premières, tirées des lois de l’acoustique. 

Une raison physiologique capitale en faveur de cette opi¬ 
nion est la facilité avec laquelle l’air peut entrer et sortir par 
ce canal, quoique, comme je l’ai déjà dit, la trompe d’Eus- 
tache n’ait très-probablement pas une cavité libre, et que la 
sécrétion qui s’y opère aglutine les parois Tune avec l’autre. 
Astley Cooper a observé, par exemple, un jeune homme chez 
qui la membrane du tympan était détruite, et qui, dès qu’il 
se remplissait la bouche d’air, en fermant les narines et com¬ 
primant les joues, faisait passer l’air avec sifflement par la 
trompe d’Eusiache dans le conduit auditif externe, à l’ori¬ 
fice duquel on le voyait faire vaciller la flamme d’une lampe. 
C’est cette pénétration de l’air en plus grande quantité par 
la trompe d’Eustache, dans le bâillement et l’éternuement, 
qui occasionne le sentiment de chatouillement et la surdité 
momentanée qu’on éprouve alors, tandis que quand des sons 
trop rudes viennent à faire une impression insolite sur la 
membrane du tympan, nous ressentons un chatouillement 
dans la bouche, dû à ce que l’air de la caisse, mis en trop 
grand mouvement par les oscillations de la membrane du 
tympan, s’échappe par la trompe d’Eustache. Aussi les ca¬ 
nonniers, pour éviter ce chatouillement, porté quelquefois 
au point d’exciter le vomissement, cuvrent-iis la bouche en ti¬ 
rant leurs pièces, ce qui permet à l’air de s’échapper plus fa¬ 
cilement par la trompe d’Eustache. 

Ces expériences confirment la facilité avec laquelle l’air 
peut entrer dans le tympan et en sortir par la trompe d’Eus¬ 
tache. Mais elles donnent aussi la preuve la plus péremp¬ 
toire de l’usage principal que j’assigne à cet organe. En 
effet, elles témoignent la tendance à établir l’équilibre entre 
l’air contenu dans la caisse du tympan et ceiui du dehors 
qui vient frapper la membrane du tympan : or, plusieurs 
faits attestent combien la destruction de cet équilibre exerce 
d’influence sur l’audilion. 

Je signalerai seulement l’expérience connue, qu’ordinaiie- 
mentnous n’entendonspas trop bien par un froid vif, parce que 


( 35o ) 

le mucus épaissi qui s’amasse alors volontiers dans la trompe 
d’Eustache, met obstacle à la libre entrée et sortie de l’air. 
Je renvoie aussi aux nombreuses observations de surdités 
produites par l’occlusion totale de ce conduit, qui détrui¬ 
sait 1 équilibre entre l’air intérieur et l’air extérieur. Val- 
salva , Haller, Cooper, citent des faits nombreux de ce genre, 
dont la force probante peut d’autant moins être mise en 
doute, que ces écrivains n’ont pas seulement observé la ces¬ 
sation subite de la surdité, aussitôt après que le canal morbi¬ 
dement obstrué redevenait libre, mais encore qu’il est re¬ 
connu que, dans la surdité occasionée par une occlusion 
morbide durable de la trompe d’Eustache, on parvient fré¬ 
quemment à rétablir l’ouïe en perçant la membrane du tym¬ 
pan, ce qui rétablit jusqu’à un certain point l’équilibre en¬ 
tre l’air du dehors et celui du dedans. 


Remarques sur la formation de la cataracte; par le 

docteur Fujvk. 

c ~ ^ 

Les médecins ont observé la cataracte depuis des milliers 
d’années : ils l’ont décrite et figurée de toutes les manières. 
Mon but n’est point de répéter ce que chacun sait. Je me pro¬ 
pose seulement de décrire en peu de mots une cataracte que 
j’ai vue sur un chat, et d’y joindre quelques réflexions. 

Chez un vieux chat galeux, je trouvai l’œil gauche cata- 
racté. Le bord supérieur interne de la cornée offrait un leu- 
coma, et, a travers cette membrane, on apercevait le cristal¬ 
lin devenu opaque. Ce corps, retiré de sa capsule, était 
jaunâtre, dur, et présentait sur sa face antérieure des sail¬ 
lies globuleuses blanchâtres, tandis que la postérieure était 
uniformément blanche. La capsule adhérait à l’iris. C’était 
donc une cataracte capsulo-lenticulaire adhérente. 

La présence de l’inflammation et du pus dans les parties 
environnant l’œil, et les dilatations variqueuses de la cho¬ 
roïde prouvaient que la cataracte tirait probablement son 
origine de lésions traumatiques et de la gale. Cette dernière 
circonstance est d’une haute importance pour l’histoire de la 
formation de cette lésion chez l’homme. 

Ce cas prouve qu’il est des maladies de l’homme qui peu¬ 
vent lui être communes avec les animaux réduits en dômes- 



( 35i ) 

ticité depuis l’origine de la société. L’histoire des épidémies 
atteste aussi qu’il en est qui éclatent en même temps chez 
les animaux domestiques, sous une forme modifiée, il est 
vrai, mais affine. En outre, la gale des chats n’est pas moins 
contagieuse que celle de l’homme. 

Lorsqu’on lit les manuels des praticiens à l’usage des 
praticiens, on y trouve de longues tirades contre les théo¬ 
ries et les spéculations, et Fou y voit comment ces mes¬ 
sieurs savent se préserver des hypothèses et des vues théo¬ 
riques. Mais ce n’est pas .sans surprise qu’on les voit ériger 
ensuite les théorèmes les plus hardis, tellement éloignés de 
la nature qu’on ne conçoit pas comment des observateurs soi- 
disant si fidèles ont pu y arriver. A quelle triste physiologie 
ou pathologie n’arriverait-on pas si on voulait la tirer de pa¬ 
reils livres! qu’on lise, par exemple, le chapitre des causes 
occasîonelles de la cataracte, et on sera étonné que tout le 
monde ne soit point encore cataracté. Cependant voilà une 
cataracte chez un chat, qui n’était ni horloger, ni fabricant 
de verre, ni écrivain. Qu’on jette ensuite les yeux sur le 
chapitre de la cause prochaine, et l’on y trouvera un gali¬ 
matias sur les âcretés, les épaississemens, les coagulations, 
inflammations, etc. Je crois néanmoins que, dans l’état ac¬ 
tuel de la physiologie et de la pathologie, il y a beaucoup 
de choses qu’on peut expliquer d’une manière simple, natu¬ 
relle et à la fois exacte. Ainsi c’est un principe généralement 
reconnu vrai aujourd’hui, que beaucoup de phénomènes pa¬ 
thologiques, chez l’homme, sont des répétitions de phéno¬ 
mènes normaux chez des êtres d’une organisation moins 
avancée. Si l’on généralise ce principe en disant que la loi 
du développement organique est l’exposant des phénomènes 
de l’organisation , on n’aura pas de peine a expliquer la ca¬ 
taracte dans le cas dont il s’agit, sans recourir a des âcretés 
ou autres causes de celte sorte. 

Un noyau de cristallin semblable à de l’amidon est un fait 
normal et constant chez beaucoup de poissons cartilagineux 
et de batraciens. Pourquoi ne regarderions-nous pas la ca¬ 
taracte lenticulaire comme une répétition de cet état? Mais 
que penser de la cataracte capsulaire? Je considère la mem¬ 
brane pupillaire ou de Wachendorf en quelque sorte comme 
le placenta du cristallin • car lorsqu’elle est complètement 
formée, le cristallin n’est point encore développé tout a fait, 
et ce n’est que quand elle meurt, que celui-ci a parcouru 


( 352 ) 

presque tout le cercle de sa formation ; aussi Meckel a-t-il 
remarqué que, dans le fœtus humain, il est beaucoup plus 
bombé, plus mou, rougeâtre et même analogue a celui des 
poissons. Une différence semblable a lieu aussi entre le cris¬ 
tallin du chat adulte et celui du chat qui vient de naître. Je 
considère donc la cataracte capsulaire comme un retour vers 
le cristallin embryonnaire. Mais ceci exige quelques déve- 
loppemens. 

Je crois pouvoir expliquer ainsi la fréquence de la cata¬ 
racte chez les vieillards, où nous trouvons le cristallin plus 
jaune et l’humeur vitrée plus trouble, précisément comme 
chez le fœtus. Or, la vieillesse est l’âge de retour, en prenant, 
comme ou le conçoit bien, ce mot dans une acceptation li¬ 
mitée. Toute déformation plastique d’un organe, quel qu’il 
soit, peut toujours s’expliquer par un nisns formations, qui 
se rattache nécessairement à l’idée de la vie organique. Ainsi 
donc inflammation et formation ne présentent pas de diffé¬ 
rence essentielle â mes yeux, mais ne sont que des modifi¬ 
cations différentes d’un seul et même acte: On pourrait dire 
que l’inflammation n’est que le nisus formations exalté d’un 
organe déjà formé et parfait. Les deux actes sont si voisins 
l’un de l’autre qu’on peut a peine les distinguer. Ainsi la 
formation du bois de cerf est îe produit d’une inflammation 
franche. Les carotides envoyant plus de sang a la tête, il se 
forme de nouveaux vaisseaux sur le cérastophorium , les té- 
gumens extérieurs se gonflent, et la température augmente : 
une matière plastique est sécrétée, et il se forme une masse 
cartilagineuse dans laquelle se déposent des particules ter¬ 
reuses; les vaisseaux nourriciers formés s’élargissent et s’a- 
longent, et voilà comment le bois croît rapidement en hau¬ 
teur, mais toujours d’abord sous forme pyramidale. Ajou¬ 
tons que la connexion la plus intime existe entre la formation 
des cornes ou des bois et le système sexuel,- et que c/est un 
fait connu qu’il se développe quelquefois des bois chez les 
biches hors d’âge. Ce fait démontre suffisamment l’intime 
connexion qui règne entre les deux actes. Mais la formation 
du fœtus en est une preuve plus positive encore et plus con¬ 
nue. Avant qu’on aperçoive la moindre trace du nouvel or¬ 
ganisme , la partie supérieure de la face interne de la matrice 
est plus molle, couvertede vaisseauxnouvellement formés et de 
flocons d’un substance plastique qui ressemble presque à du 
sang coagulé. On peut consulter à ce sujet les recherches pu- 


( 353 ) 

bliées depuis peu par Pauli', Kaltenbruuner a et Oesterrei- 
cher 3 . La formation de la cataracte est donc le produit d’une 
inflammation ou d’une formation organique. 

Gruilhuisen a donc eu parfaitement raison de dire que le 
cristallin, nourri par l’humeur de Morgagni à la manière 
d’un infusoire, est l’image la plus parfaite du tissu forma¬ 
teur. On conçoit sans peine, d’après cela, la disposition à une 
formation plus active, et cette disposition se manifeste clai¬ 
rement dans l’inflammation pure. Il est donc tout à fait in¬ 
différent que l’inflammation soit déterminée par une cause 
externe ou interne ; les choses n’en restent pas moins dans le 
même état. Mais comme le cristallin a déjà parcouru le cercle 
de sa formation, il ne peut y avoir là que rétrogradation 
‘vers une formation inférieure , qui devient pathologique en 
ce qu’elle s’applique à une formation plus élevée et com¬ 
plètement terminée. Ainsi une cataracte adhérente est un 
arrêt de développement, en cela que le cristallin ne par¬ 
court pas le cercle entier de sa formation, qui marche plus 
rapidement, se concentre davantage et reste stationnaire. 
L’objection qu’on trouve quelquefois une cataracte capsu¬ 
laire sèche , surtout chez les personnes âgées, ne prouve rien 
contre cette opinion ; car ici l’acte d’inflammation ou de for¬ 
mation est consommé, et remplacé par la sécheresse qui ca¬ 
ractérise si bien l’âge avancé. 

Si maintenant nous nous reportons aux conditions inté¬ 
rieures de la formation de la cataracte, nous trouvons toute 
la série des dyscrasies , dans lesquelles l’acte formateur ou in¬ 
flammatoire est surtout exalté d’une manière caractéristique. 
Je citerai seulement la vérole, la goutte , la lithiase, les exan¬ 
thèmes. Meckel a dit ingénieusement, à l’occasion de ceux-là, 
qu’on peut les considérée comme djes organismes très-incom¬ 
plets, ou même seulement comme des tentatives plus ou 

moins couronnées de succès pour produire des œufs. 

, * ✓ 

• J)c vulneribus sanandis Çommentalio. Gœttingvie, i 8 ?. 5 . In- 4 °. 

2 i Expérimenta circa s Latum sanguinis et vasovum in injlamrnatione , 
Munich, 1826. 

J Lehrcvom Kreislauf des Blutes. Nuremberg, 1826. 


9.3 


TOME XXXI. 



( 354 ) 


/ 


De la lithotritie, ou broiement de la pierre dans la 
vessie ; par le docteur Civiale. Paris, 1826. In-8°. de 
xv-254-28 pages, avec un tableau in-folio et 5 planches. 

Lettre à M. le chevalier Vincent de Kern ; par le meme. 
Paris, 1827. In-8°. de 76 pages, avec une planche. 

Deuxieme Lettre sur la lithotritie; par le même. Paris, 
1828. In-8°. de 182 pages. 

Remarques sur le Rapport de la Commission des prix 
Monijon en ce qui concerne la lithotritie ; par le meme. 
Paris, 1828. In-8°. de 22 pages. 

On s’étonne qu’il se soit trouvé quelqu’un d’assez hardi 
pour o'ser aller saisir une pierre à la faveur d’une incision a 
travers le penné ou la paroi antérieure de l’abdomen, a une 
époque où l’anatomie existait a peine, et il paraît plus naturel 
que l’on ait cherché les moyens de l’extraire par les voies 
ordinaires de l’urine en dilatant l’urètre. Les Egyptiens ont 
connu cette méthode. Albucasis fait mention des sondes 
droites , il en a même donné un mauvais dessin. Lieutaud a 
proposé de se servir d’une sonde droite pour éviter la ponc¬ 
tion de la vessie; Santorelli voulut substituer cette sonde aux 
sondes courbes ; Lassus était de cet avis, qui fut l'objet d’une 
thèse soutenue par Montagut. Fabrice de Hilden , Germanus, 
Sanctorius se servirent de la pince droite a trois branches de 
Ferri ou d’André de Lacroix pour retirer les calculs de l’urètre ; 
Episcope , Eldgerton et A. Cooper donnèrent une courbure à 
cette pince ; Ammon d’Alexandrie brisa la pierre dans la vessie 
ouverte a son col; Albucasis perfora le premier des calculs 
dans l’urètre; Franco, Ambroise Paré et Fischer conseillèrent 
ou mirent en usage cette pratique; Germanus proposa d’isoler 
la pierre dans le canal à la faveur d’une pince ; Alsaharavius 
voulait qu’on brisât les calculs dans la vessie elle-même; 
Sanctorius voulait qu’on la perforât avec un stylet ; un moine 
de Citeaux se la brisa, dit-on, avec un ciseau d’acier; le 
colonel Martin se l’usa a l’aide d’un ressort de montre dentelé. 

En x 8 i 3 , M. Gruithuisen proposa, a l’imitation de Ma¬ 
rini, de faire passer derrière la pierre une anse de fil métal¬ 
lique, de la fixer à l’aide de ce fil, et de la perforer avec 
une sorte de fer de lance introduit, ainsi que le fil, à la faveur 
d’une sonde droite, et mis en mouvement par un archet, 


( 355 ) 

delà diviser a l’aide d’une pince tranchante, et d’en écraser les 
fragmens avec un crochet, instrumens introduits de la même 
manière. 

En janvier 1824, M. Civiale présenta a l’Institut des ins¬ 
trumens à l’aide desquels il avait déjà heureusement broyé 
des pierres dans la vessie, et avec lesquels il en broya d’au¬ 
tres dans ce viscère devant les commissaires de l’Académie 
royale des Sciences. Dès que cette commission eut fait son rap¬ 
port, qui fut très-favorable , la lithrotîtie devint l’objet de l’at¬ 
tention générale. Quelques personnes persistèrent, et avec 
apparence de raison , dans leur prévention contre cette opé¬ 
ration; on ne la regarda plus comme impossible, mais tou¬ 
jours comme nuisible à la vessie, ne mettant pas a l’abri des 
récidives, et même susceptible de multiplier les calculs 
dans cet organe. D’autres réclamèrent l’honneur de l’inven¬ 
tion, ou du moins celui de la priorité'. Le public a pris peu 
de part a ces discussions, qui ne se rattachent qu’a des inté¬ 
rêts particuliers ; il ne s’est attaché qu’a chercher quels étaient 
les résultats définitifs de la nouvelle méthode de guérir les 
calculeux. 

Dans le premier des ouvrages dont les titres sont inscrits 
au haut de cet article, M. Civiale présente des considérations 
sur les calculs urinaires ; il parle de leur action sur l’économie 
animale, et il fait l’histoire des tentatives qui ont fini par 
donner lieu a la découverte de l’art de broyer les calculs dans 
la vessie; car , en effet, l’idée est vieille, mais l’art est neuf, 
et c’est à lui qu’il est dû. L’auteur décrit l’urètre, puis les 
diverses pièces de son appareil instrumental , le procédé 
opératoire , le traitement préparatoire ; il rapporte trois séries 
d’observations, lesquelles sont au nombre total de quarante- 
trois, ensuite il passe en revue les objections faites a la 
lithotritie, et il termine par des remarques sur les rétrécis- 
semens de l’urètre. Le rapport de l’Institut se trouve placé 
h la suite de l’ouvrage. 

Tous les malades opérés par M. Civiale jusqu’à l’époque 
où il publia son livre, un seul excepté, ont été guéris ; sept 
sont morts un an , six mois, trois ,deux , un mois après la fin 

« Revue médicale (juin 1822). — Archives générales de médecine 
(janvier 1824)- — Exposé des divers procédés employés jusqu’à ce 
jour pour guérir de la pierre sans avoir recours à l’opération de la 
taille. Paris, 1825. ïn- 8 °. — Lettre à l’Académie des Sciences sur la 
ïilhotritic. Paris, 1817.10-8°. 


( 356 ) 

du traitement, un seul avant qu’il fût terminé, par suite de 
causes tout a fait étrangères à l’opération; dans la plupart 
des cas, on a constaté , par l’ouverture des cadavres , que la 
vessie était saine, et ne contenait aucun fragment de calcul. 
La durée du traitement a été de huit jours a trois mois, et 
pour vingt-six de huit jours à un mois. 

De tels résultats ont parlé plus haut que les raisonnemens ; 
il a été démontré dès lors que la lithotritie était une con¬ 
quête moderne. Cependant M. de Kern, ayant publié une 
lettre dans laquelle il niait qu’il fût possible de broyer la 
pierre dans la vessie , et contestait à M. Civiale l’honneur 
de cette découverte, celui-ci lui répondit par une première 
lettre dans laquelle il retraça tout ce qui avait été fait avant 
et depuis lui pour parvenir a extraire les calculs par l’urètre , 
et il saisit cett,e occasion pour répondre aux objections qui 
lui avaient été faites sur la possibilité de pratiquer cette opé¬ 
ration chez les en fans. 

Dans une seconde lettre, M. Civiale rapporte quarante- 
cinq observations , desquelles il conclut que, dans tous les cas 
où la pierre est d’un petit volume, la lithotritie est générale¬ 
ment tacile, peu douloureuse et exempte de dangers; que 
la guérison est toujours certaine, et d’autant plus prompte 
que la maladie est moins ancienne; que la lithotritie peut 
encore être pratiquée avec succès, quoique la pierre ait 
acquis un certain volume , et qu’elle ait produit des altéra¬ 
tions organiques; mais le traitement est alors plus long, 
l’opération plus difficile et plus douloureuse, et la guérison 
moins avancée que dans le premier cas : la nécessité d’avoir 
recours au hroyement de la pierre aussitôt que l’existence 
eu est reconnue, doit donc attirer toute la sollicitude des 
praticiens et des malades. En prenant ce parti, le calculeux 
peut, dans presque tous les cas, éviter l’opération de la 
taille, et de plus se soustraire aux douleurs, et prévenir 
tous les accidens qui résultent du séjour prolongé d’un calcul 
dans la vessie. 

Chez des enfans et des adultes qui avaient l’urètre très- 
étroit , M. Civiale s’est servi avec succès d'instrumens qui 
ont moins de deux lignes. Chez des vieillards dont la santé 
générale, altérée par de longues souffrances ou par des lé¬ 
sions organiques profondes , semblait s’opposera toute espèce 
d’opération, il a obtenu plusieurs succès. Lorsque le calcul 
est volumineux , si d’ailleurs les autres circonstances sont 


I 


( 357 ) 

lavorables, la lithotritie peut être employée avec avantage , 
parce que l’on peut fixer dans la pince un corps de plus de 
vingt lignes de diamètre , et que l'opération peut être répétée 
un grand nombre de fois sans inconvéniens graves. Il a broyé 
quarante calculs chez un malade qui a été guéri malgré les 
circonstances défavorables dans lesquelles il se trouvait. Enfin , 
la dureté seule de la pierre ne saurait rendre l’opération im¬ 
possible , puisque l’appareil instrumental est disposé de ma¬ 
nière qu’on peut attaquer les corps les plus durs sans aucune 
crainte, seulement l’action de l’instrument est plus lente et 
la durée du traitement plus longue. Toutefois le nombre des 
pierres ou leur grosseur peut former un obstacle insur¬ 
montable à la lithotritie, surtout lorsque ces corps étrangers 
ont produit des altérations organiques profondes; mais, dans 
ces cas, les moyens d’investigation, connus jusqu’à ce jour, 
laissent souvent le praticien dans le doute, et les instrumens 
de la lithotritie peuvent seuls donner des notions plus posi¬ 
tives. Les explorations de la vessie, au moyen de ces instru¬ 
mens , ne sont ni plus douloureuses , ni plus dangereuses que 
celles que l’on fait au moyen du cathéter; elles fournissent 
le moyen de constater avec plus de sûreté l’existence des 
calculs , d’en déterminer avec plus de précision le volume et 
même le nombre, lorsqu’il ne s’élève pas au delà de trois; 
de reconnaître les engorgemens du lobe moyen de la prostate 
et les fongus du col de la vessie; enfin, par l’emploi de ces 
instrumens, on parvient à saisir et à extraire les corps étran¬ 
gers autres que la pierre. 

Il serait imprudent de faire des applications trop répétées 
de la lithotritie chez les sujets dont la constitution est de¬ 
puis long-temps détériorée, soit par des maladies générales 
étrangères au calcul, soit par des lésions organiques locales 
profondes. Ces différens états morbides se reconnaissent tantôt 
pas des symptômes manifestes permanens, tantôt par l’ap¬ 
parition soudaine de ces mêmes symptômes après les pre¬ 
mières tentatives d’opération. 

Le rétrécissement de l’urètre , l’irritabilité du malade, les 
engorgemens de la prostate, les catarrhes de la vessie, la 
dureté de la pierre ne s’opposent donc pas à l’application de 
cette méthode; ces circonstances exigent seulement des rué- 
nagemens et des précautions. Des corps qui, par leur forme , 
leur ténuité, présentent beaucoup plus de difficultés que les 


( 358 ) 

pluà petits fragmens de calcul sont retirés avec assez de 
facilité. 

Le retour de la pierie s’observe aussi bien après la taille 
qu’après la lithotritie ; la reproduction des affections calcu- 
leuses ne saurait être mise en doute. 

M. Civiaîe termine sa seconde lettre par l’examen des mo¬ 
difications proposées à la lithotritie depuis qu’il s’en occupe. 
Il est revenu sur ce sujet dans ses remarques dont nous allons 
présenter le sommaire. 

11 lui paraît absolument inutile de dilater l’urètre pour 
pratiquer la lithotritie; si, dans quelques cas, il introduit 
des sondes flexibles dans ce canal, c/est dans l’intention d’en 
diminuer l’irritabilité, et non pour le dilater, à moins qu’il 
n’y ait des rétréeissemens. 

L’expérience lui a prouvé qu’au moyen des pinces a trois 
branches on saisit la pierre avec plus de facilité ; c’est pour¬ 
quoi il a renoncé à la pince à quatre branches dont il s’était 
servi jadis. 

Il sutfit d'examiner la partie recourbée des branches et le 
mécanisme de l’instrument, quand on ferme la pince, pour 
acquérir la certitude qu’il n’y a pas lieu de craindre de pincer 
la vessie en cherchant à saisir la pierre ; d’ailleurs la vessie 
est dilatée par l’eau qu’on y injecte. 

On n’applique p;is impunément et sans occasioner de fortes 
douleurs les branches d’une pince sur le col et le bas-fond 
de la vessie, de manière à les garnir comme on a proposé de 
le faire. Par cette pratique , on peut pincer la vessie à l’ins¬ 
tant où l’on ferme la pince et où le liquide s’écoule. 

Tout lien a l’aide duquel on propose de fixer le sujet, 
est parfaitement inutile. M. Civiale n’a jamais attaché un de 
ses malades, pas même les enfans. Cette opération est facile 
a supporter. 

Le système de broiement, adopté jusqu’ici, est applicable 
a tous les calculs, quelles qu’en soit la forme et la dureté , de 
quelque manière qu’ils soient attaqués; le même instrument 
broie une grosse pierre et écrase un petit calcul. La solidité 
du lithotriteur est telle qu’on n’est jamais exposé à le voir 
casser. 

C’est a ce système que plus de quatre-vingt malades doi¬ 
vent en ce moment leur guérison. 

Un argument de ce genre est sans réplique ; il demeure 


• . .. ( 359 

constant que la lithotritie est un bienfait pour l'humanité, et 
l’on doit faire des vœux pour que les praticiens, mettant a 
profit la publication des ouvrages deM. Civiale, s’adonnent 
à la pratique de l’opération dont il a enrichi l’art de guérir. 


Recherches nouvelles sur la nature et le traitement du 

cancer de Vestomac ; par René Prxjs, D. #/., Paris 1 828. 

In- 8 °. de 239 pages. 

Les théories médicales changent de siècle en siècle selon 
que la physiologie penche vers les sciences physiques ou chi¬ 
miques, ou se dirige dans la voie de l’observation des organes. 
Aujourd’hui elles s’épurent a mesure que la science des 
maladies s’enrichit de nouveaux faits et se purge de vieilles 
erreurs. Néanmoins, parmi les idées qui se présentent il en 
est qui n’ont pas toutes absolument le cachet de la nou¬ 
veauté, si ce n’est dans le développement qu’elles ont reçu . 
tout récemment. Telle est la théorie physiologique du can¬ 
cer , aujourd’hui considéré comme phlegmasie chronique , 
on , du moins, comme effet de cet état morbide. 

M. Réné Prus s’est proposé de reviser cette théorie. Le 
cancer de l’estomac est pour lui une altération de nutrition , 
et quelquefois de sécrétion, d’une ou de plusieurs des mem¬ 
branes et couches cellulaires de cet organe, altération essen¬ 
tiellement liée à une modification particulière du système 
nerveux , qu’on pourrait appeler irritation cancéreuse. 

Certaines tumeurs de l’estomac ne diffèrent des tumeurs 
cancéreuses, avec lesquelles on les confond, qu’en ce qu’elles 
ne dépendent pas comme celle-ci d’une modification du sys¬ 
tème nerveux. Ces deux espèces de tumeurs, d’un aspect 
semblable, mais d’une nature différente, sont formées par les 
membranes et couches cellulaires plus ou moins augmentées 
de volume et indurées, avec ou sans présence de produits de 
sécrétions anormales. Ni les unes ni les autres ne présentent 
de tissu squirreux ou encéphaloïde, distinct des membranes 
ou des couches cellulaires diversement altérées. Celles de ces 
parties qui s’éloignent le plus de l’état normal , sont le tissu 
cellulaire sous-muqueux, la membrane musculaire et la mem¬ 
brane muqueuse. 

On rencontre surtout les tumeurs dites cancéreuses au 



( 36 o ) 

pylore et au cardia, c’est-à-dire dans les endroits où nor¬ 
malement la membrane musculaire est la plus épaisse et la 
plus active, où les follicules mucipares sont plus nombreux 
et plus prononcés, où la couche cellulaire sous-muqueuse 
présente plus d’épaisseur. Leur siège le moins*fréquent est 
le grand cul-de-sac , où existent des conditions opposées de la 
membrane musculai